Vitebsk, 1er août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de
Bassano, écrivez donc dans le Grand-Duché pour qu'on organise les gardes
nationales partout, et qu'on distribue des armes sur les frontières afin de s'y
mettre à l'abri des Cosaques ; qu'on forme aussi quelques bataillons de
garde-chasse pour augmenter la colonne mobile tirée de la garnison de Zaniosc
et garantir ainsi la frontière. Faites avancer l'organisation des 10,000 hommes
des régiments de Lithuanie. Je serais déjà sous Smolensk si je n'avais voulu
donner quelques jours de repos à l'armée, afin de rallier ce qui est resté en
arrière et de reposer la cavalerie.
Le major général
vient enfin de recevoir des lettres du duc de Tarente du 22, du 24 et du 26.
J'ai envoyé des auditeurs dans la Courlande; mettez-vous en correspondance avec
eux. Il n'y aurait pas d'inconvénient à ce que vous envoyassiez de Memel des
vice-consuls à Libau et à Millau.
Le prince royal
de Wurtemberg est tombé malade au château de Belmont.
Vous voyez que
toutes nos affaires vont bien. Tâchez de nous donner des .informations positives
sur le nombre des divisions qui sont en Volhynie.
Vitebsk, 1er août 1812
Au comte Laplace, chancelier du sénat et
membre de l’Institut, à Paris
Monsieur le Comte
Laplace, je reçois avec plaisir votre traité du calcul des probabilités. Il est
un temps où je l'aurais lu avec intérêt; aujourd'hui je dois me borner à vous
témoigner la satisfaction que j'éprouve toutes les fois que je vous vois donner
de nouveaux ouvrages qui perfectionnent et étendent cette première des
sciences. Ils contribuent à l'illustration de la nation. L'avancement et la perfection
des mathématiques sont intimement liés à la prospérité de l'État.
Vitebsk, 1er août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
écrivez au roi de Naples que le pont de Porietche doit être observé par sa
cavalerie légère; que la division Broussier sera placée entre Yanovitchi et
Porietche, dans une bonne position, de manière à soutenir par quelques
compagnies de voltigeurs la cavalerie de la réserve qui sera à Porietche.
Mandez ces dispositions au vice-roi, qui par ce moyen aura disponibles les
Bavarois, qu'il pourra employer à renforcer les reconnaissances sur la rive
droite; je désire qu'il pousse ces reconnaissances le plus loin possible pour
requérir des subsistances et avoir des nouvelles de ce que fait l'ennemi.
Vitebsk., 1er août 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, il
est nécessaire d'organiser les districts de Velije, de Souraje, de Gorodok et
de Nevel, et de tirer des vivres de ces quatre districts.
Le général
Saint-Cyr tirera des vivres du district de Polotsk, et le duc de Reggio des
districts de Drissa, de Sebeje, de Lioutsyne, de Riéjitsa et de Dinabourg. Toutes les ressources du district
de Lepel seront conservées pour former un magasin central à Lepel, et organiser
les étapes de Biéchenkovitchi
Vitebsk, 1er août 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
écrivez au duc de Tarente par duplicata ; une copie de votre lettre lui sera
portée par un officier de votre état-major, que vous lui expédierez
directement; l'autre copie sera adressée au duc de Reggio, qui la lui fera
passer. Vous manderez au duc de Tarente
que vous avez mis sous mes yeux ses lettres du 22, du 24 et du 26 ; que j'ai vu
avec plaisir l'opération des Prussiens ; que je leur accorde dix décorations de
la Légion pour les officiers qui se sont le plus distingués; que je désire
qu'il me présente ceux qui méritent cette récompense. Donnez-lui des nouvelles
de ce qui s'est passé ici et de la situation où se trouve l'armée. Dites-lui
qu'il peut prendre pour chef d'état-major le général Ricard ou le général
Bachelu, et pour officiers d’état-major des officiers polonais de la division
Grandjean; que le payeur de la division Grandjean servira pour son état-major;
que l'équipage de siège est à Tilsit avec tout son matériel et son personnel ;
qu'il y a également un équipage de siège du génie, qui a aussi son personnel et
son matériel ; que le général Campredon doit diriger le siège de Riga; que le
général Chasseloup complète ses officiers du génie au nombre de 20 ; que sur la
Dvina les meilleurs équipages sont des ponts de radeaux; que nous n'en avons
pas employé d'autres dans tous les passages que nous avons faits.
Écrivez au
général Chasseloup pour qu'il complète au nombre de 20 les officiers du génie
pour le siège de Riga et pour qu'il y envoie les compagnies de sapeurs
nécessaires pour cette opération.
Vitebsk, 1er août 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, écrivez
au duc de Reggio pour lui faire connaître que la brigade de cavalerie légère du
général Guyon, qui a passé sur la rive droite de la Dvina, ici à Vitebsk, a
poussé jusqu'auprès de Nevel et n'y a rien trouvé; que le vice-roi de son côté
a poussé des partis sur Velije et Ousviale et n'a
également rien rencontré; que Wittgenstein doit donc être à Sebeje ou avoir
appuyé sur Riga; que nous n'avons pas de ses nouvelles (du duc de Reggio)
depuis le 2.7, et que nous sommes fort impatients d'en avoir; que le duc de
Tarente a investi Riga sur la rive gauche ; qu'il était occupé le 26 à réunir
des moyens pour jeter un pont ; que l'ennemi avait détruit la tête de pont et
brûlé le pont; que de ce côté-ci l'ennemi s'est retiré à Smolensk ; que le roi
de Naples est à Roudnia, le vice-roi à Souraje, le prince d'Eckmühl en avant
d'Orcha, à demi chemin de Smolensk, le prince Poniatowski à Mohilef et les
Bavarois à Biéclienkovitchi.
Vous enverrez
cette dépêche au duc de Reggio par duplicata; l'une, par la rive droite, sera
transmise par les soins du général Guyon, l'autre, par la rive gauche jusqu'à
Polotsk, sera portée par un officier de votre état-major.
Vitebsk, 1er août
1812, cinq heures après midi
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande
Armée, à Souraje.
Mon Fils, je
reçois votre lettre du 31 juillet. Vous ne dites pas le numéro des régiments et
des corps auxquels appartenaient les quatre bataillons qui ont été culbutés par
votre cavalerie.
Le général
Nansouty est à Troubilova et le général Bruyère sur Porietche ; ainsi vous êtes
couvert de ce côté. Le corps du duc d'Elchingen est à Liozno et s'étend jusqu'à
Roudnia. Vous pouvez porter la division Broussier sur le chemin de Porietche,
entre Yanovitchi et Porietche; elle devra fournir quelques compagnies
d'infanterie légère pour appuyer la cavalerie qui est à Porietche et éviter les
échauffourées.
On a poussé des
coureurs jusque près de Nevel sans trouver l'ennemi. Vous devez plutôt
éclairer Velije et Ousviate que les occuper. Je vois avec plaisir que la farine
que vous avez prise vous offrira de bonnes ressources. Envoyez des partis à 15
ou 20 lieues, si l'ennemi vous le permet, surtout sur la rive droite, et faites
requérir des blés, de la farine, des bœufs. Approvisionnez-vous vous-même par
ce moyen.
Il est bien
extraordinaire que les officiers qui commandent les détachements aient été
assez bêtes pour piller les dépêches du courrier, qu'il était si important
d'avoir. Faites faire une enquête là-dessus.
Vitebsk, 2 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.
Monsieur le Duc de
Bassano, j'ai reçu vos différentes lettres. J'ai lu avec intérêt les
renseignements que vos voyageurs vous ont donnés sur la Courlande. Envoyez de
nouveau des hommes intelligents peur avoir de plus amples renseignements
encore.
Vitebsk, 2 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.
Monsieur le Duc
de Bassano, l'estafette arrive et m'apporte des nouvelles de l'échec arrivé aux
trois bataillons que le général Reynier avait laissés si ridiculement en l'air.
Écrivez au prince
Schwarzenberg que je vous ai fait connaître que je mettais le 7e corps sous ses
ordres; que mon intention est qu'avec les deux corps réunis, qui doivent faire
40,000 hommes, il marche sur Tormasof et Kamenski, pour leur livrer bataille;
qu'il entre même en Volhynie, s'il le faut, et qu'il ait soin de faire en sorte
que, dans aucun cas, ni l'un ni l'autre ne puissent venir sur moi.
Faites connaître
au prince Schwarzenberg que les Prussiens ont battu à Ekaou le général Essen et
lui ont fait 300 prisonniers, et qu'ils ont investi Riga.
Il n'y a du reste
ici rien de nouveau. L'ennemi s'est retiré en toute hâte sur Smolensk. Nos
postes ont été jusqu'à Nevel; nos avant-postes sont aux trois quarts du chemin
de Smolensk.
C'est toujours
pour moi un problème de savoir si Bagration a quatre ou six divisions.
Reployez vos
agents du côté de la gauche; envoyez-en même à Mittau et sur Riga, et surtout
qu'ils aillent rapidement.
P. S. Envoyez
aussi des agents dans le district de Vidzy, jusqu'à Drissa et Disna, pour savoir
s'il y a des traînards, si la tranquillité est rétablie, et si l'on a des
inquiétudes des Cosaques du côté de la rive droite.
Vitebsk, 2 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
envoyez un officier au prince Schwarzenberg pour lui faire connaître que je
mets le 7e corps sous ses ordres, qu'il rallie ce corps et marche à Tormasof et
Kamenski et leur livre bataille, et qu'il les doit suivre partout, jusqu'à ce
qu'il en soit venu à bout.
Faites connaître
au général Reynier que j'ai donné au prince Schwarzenberg le commandement
supérieur sur les deux corps réunis.
Vitebsk, 2 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, écrivez
au prince d'Eckmühl pour lui faire connaître que par ma lettre du 30 juillet je
lui ai mandé qu'il était nécessaire qu'il eût un pont et une tête de pont sur
le Borysthène ; que remplacement naturel de ce pont me paraissait être sur la
route de Lioubavitchi à Liady ; qu'il fallait avoir un pont et une tête de pont
à Orcha; qu'il en fallait autant à Mohilef; qu'il fallait que le 8e corps à
Orcha et le 5e à Mohilef exerçassent un grand mouvement sur la rive gauche,
tant pour se procurer des vivres que pour ne pas laisser l'ennemi s'en
approcher; que le général Gudin est à Pavlovitchi; qu'il a fourni deux
bataillons au général Grouchy et placé un bataillon à Babinovitchi ; que je ne
serai pas éloigné de diriger cette division sur lui aussitôt que je connaîtrai
définitivement la position qu'il a prise.
Vitebsk, 3 août
1812
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, il
est convenable que vous expédiiez aujourd'hui, avant six heures du matin, un
officier polonais intelligent et de confiance au prince Schwarzenberg, avec le
duplicata de la lettre que vous lui avez écrite par votre aide de camp
Flahault. Vous lui ferez connaître que, conformément à l'intention que m'avait
manifestée l'empereur d'Autriche, je voulais appeler son corps d'armée sous mes
ordres immédiats; que je pensais que le corps du général Reynier pourrait être
suffisant pour contenir les troupes de la Volhynie, projetant d'envoyer un
corps considérable de Polonais par Mozyr dans la Volhynie aussitôt que le corps
du prince Schwarzenberg serait entré en ligne; mais qu'aujourd'hui, l'ennemi
ayant si fortement pris l'initiative et le corps du général Reynier s'étant
laissé entamer, mon intention est qu'il marche en toute diligence pour
repousser l'ennemi et l'empêcher de ravager cette partie du territoire; que,
comme c'est particulièrement de cavalerie que manque le général Reynier, sa
cavalerie peut prendre les devants ; que je désire qu'il laisse un millier de
chevaux, deux batteries d'artillerie et une brigade, au total 4,000 hommes, à
Nesvije, afin de former une réserve, commandée par un général de brigade, qui
puisse servir selon les circonstances ; que je le laisse même maître de porter
cette réserve à 7 ou 8,000 hommes, s'il croyait pouvoir le faire sans
inconvénient.
Mandez-lui que
Tormasof a une division à Mozyr et probablement deux divisions avec lui ; que
ces deux divisions ne doivent être composées que de 3e bataillons, comme
celles de Courlande, qui ont été culbutées si facilement par les Prussiens ;
que 200 chevaux italiens du vice-roi ont rencontré aussi quatre de ces
bataillons et les ont culbutés d'une charge; que, dans l'organisation générale
de l'armée russe, nous savions que Tormasof devait avoir la 27e division., qui
était une nouvelle division et qui formait sa véritable force; mais je crois
que cette 27e division n'a pas pu le joindre, et qu'il est probable alors qu'il
aura gardé la 9e ou la 15e division; qu'il est nécessaire qu'il prenne tous les
moyens pour bien connaître les divisions que l’ennemi a en Volhynie; que nous
croyons que Bagration a passé le Borysthène avec six divisions; que, cela
étant, il en resterait tout au plus une en Volhynie, indépendamment des 3e
bataillons de Tormasof; que je désire donc qu'il marche avec rapidité, attaque
et culbute l'ennemi, Kamenski et Tormasof, et porte la guerre dans la Volhynie;
que d'ailleurs les événements qui se passeront et les renseignements précis
qu'il aura sur le nombre de divisions régulières que l'ennemi a en Volhynie me
mettront à même de lui faire connaître mes intentions .ultérieures.
P. S. Que le
général de brigade qu'il laissera à Nesvije ait ordre de correspondre avec le
quartier général, et avec le général
commandant à Minsk, .pour instruire de tout ce qu'il y aurait de nouveau.
Vitebsk, 3 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
mandez au général Saint-Cyr qu'il se mette en mouvement demain 4 pour se
diriger sur Polotsk. Cette ville étant assez considérable, il y trouvera plus
de moyens de se réorganiser. Il sera sous les ordres du duc de Reggio, pour
pousser l'ennemi et l'obliger à quitter ces parages. Ainsi, sous le double
point de vue des opérations militaires, et des cantonnements de subsistances,
il sera mieux placé là.
Recommandez au
duc de Reggio de bien faire évacuer tous les prisonniers sur Vilna, en ayant
soin de les faire bien escorter et d'avoir l'état des officiers, sous-officiers
et soldats prisonniers par régiment et par division. Cet état surtout est
très-nécessaire. Envoyez l’adjudant commandant Falkonski
pour interroger ces prisonniers. Il s’attachera spécialement à savoir de quel
division et de quel corps sont ces prisonniers, s'il y en a beaucoup parmi eux
des 3e bataillons ; enfin s'il y en a des régiments que commande le prince Repnine. Y en a-t-il de la 5e division ?
Réexpédiez cette
lettre au duc de Reggio par l’adjudant commandant Falkowski;
on expédiera plus tard l'aide de camp du duc de Reggio. Faites connaître au duc
de Reggio que le corps du général Saint-Cyr se rend à Polotsk pour le renforcer
afin de pousser vivement le général Wittgenstein et de l’obliger à évacuer
toute la rive droite de la Drissa.
Vitebsk, 3 août 1812, six heures du soir.
Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl,
commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.
Mon Cousin, je
reçois votre lettre du 2 à onze heures du soir. Vos troupes me paraissent bien placées;
mais ayez soin que vos têtes de ponts soient bien faites, qu'elles soient palissandées et qu’elles soient des ouvrages qui puissent
être utiles. Il faut que, voulant ne manœuvrer que sur une rive, on puisse
rester maitre du pont et que l’ennemi ne puisse le détruire quoique maître de
l’autre rive.
Cette incertitude
sur Bagration me contrarie beaucoup, puisque, par là,
je ne sais point les forces qui se trouvent en Volhynie ; si Bagration n’a
que quatre divisions, il est clair qu’il y a trois divisions, indépendamment
des divisions formées des 3re bataillons. Il est nécessaire que le général
Latour-Maubourg se place sur la droite de Mohilef, tenant en observation
Robrouiak et pouvant même savoir à temps ce qui se passe à Mozyr. Une division
du prince Poniatowski doit être placée plusieurs journées plus bas que Mohilef,
afin d’être bien éclairé sur tout ce qui se fait dans le midi. Le général
Kamenski a attaqué Kobrine et y a enlevé, après quelques heures de combat,
trois bataillons saxons que le général Reynier y avait laissés. J'ai donné
ordre au prince Schwarzenberg, qui était déjà arrivé à Nesvije, de se diriger
en toute diligence sur la Volhynie et d'attaquer Tormasof et Kamenski, mais on
m'assure qu'il y a à Mozyr une division sur laquelle il est convenable de se
tenir éveillé.
Le duc de Reggio
a eu, le 30, le 31 et le 1er août, des affaires assez chaudes avec le prince
Wittgenstein, entre Polotsk et Sebeje. Le résultat a été la prise de 14 canons,
3 caissons, 3,000 prisonniers et un grand nombre de tués. Il n'évalue notre
perte qu'à 600 blessés, mais j'ai lieu de la croire double. Les Prussiens ont
eu, le 19, à Ekaou, une affaire avec le corps qui est à Riga; ils l’ont battu,
lui ont fait 300 prisonniers et ont cerné la tête de pont.
Ne pouvant plus
compter sur le prince Schwarzenberg à Minsk, il est nécessaire, ainsi que je
l'ai dit plus haut, que le prince Poniatowski ait une de ses divisions avec de
la cavalerie qui se rapproche de l'ennemi et ait l'air de menacer Bobrouisk et
Mozyr. .
Faites-moi
connaître comment vous vivez et quelle est la situation de vos troupes. A-t-on
construit des fours à Mohilef ? Avez-vous évacué tous vos blessés de l'affaire
de Mohilef sur Borisof et Minsk, afin de ne rien avoir en première ligne ?
Vitebsk, 4 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, je reçois vos lettres du Je
vous ai déjà fait connaître que mon intention était que le prince Schwarzenberg
allât au secours du général Reynier. Le duc de Reggio a eu, le 30, le 31 et le
1er août, des combats avec Wittgenstein et le prince Repnine;
il leur a pris 14 pièces de canon, tué 2 à 3,000 hommes et fait 3,000
prisonniers. Mandez cela au prince Schwarzenberg à Varsovie, et au duc de
Tarente. L'ennemi paraît s'être entièrement retiré sur Smolensk; il fera dans
peu de jours sa jonction avec Bagration; mais il paraît, d'après les lettres
du général Reynier, qu'il a laissé deux divisions derrière lui. Ainsi, en
ajoutant à l'absence de ces divisions les échecs qu'il a reçus, il n'amènera
pas un grand renfort. Le prince Schwarzenberg a pris le bon parti ; réuni aux
Saxons, j'espère qu'il portera rapidement la guerre en Volhynie.
J'ai jugé
convenable de m'arrêter pour donner un peu de repos à l'armée et organiser les
magasins. Employez-vous efficacement pour qu'on organise ceux de Vilna et de la
route. Veillez à ce que le gouverneur fasse décharger les bâtiments et
emmagasiner leur chargement, afin qu'ils puissent retourner à Kovno.
Écrivez au duc de
Tarente que je n'ai pas de ses nouvelles depuis le 26, que j'attends avec
impatience qu'il ait passé la Dvina, puisqu'il fera diversion en faveur du duc
de Reggio.
4 août 1812 -
Quartier impérial de Vitebsk.
ORDRE.
1° Grains. — Dix
mille quintaux de seigle et de grains seront pris dans les pays de la rive
droite de la Dvina, et ils seront emmagasinés à Vitebsk.
Le duc d'Istrie
commandera à cet effet des détachements de la cavalerie de la Garde, et
l'intendant général fera fournir trois convois des voitures du quartier
général, chacun de 70 voitures; le 1er convoi partira aujourd'hui, le 2e convoi
partira demain, et le 3e convoi partira après-demain 6.
Indépendamment de
cela, les voitures appartenant à la Garde et à la suite de la Garde soit à
pied, soit à cheval, seront employées au transport desdits grains. On emploiera
également les voitures qu'on trouvera dans le pays.
Si cela est
nécessaire, les voitures chargées de farine qui sont au quartier général seront
déchargées, et les farines mises en magasin pour être rechargées au moment du
départ.
Un commissaire
des guerres et un employé de l'administra lion prendront les ordres du duc
d'Istrie pour cette opération.
2° Farines.
—Toutes les farines existant à Vitebsk seront requises pour les besoins de
l'armée.
3° Moulins. — Le
général Chasseloup commandera un officier avec le nombre d'ouvriers nécessaire
pour raccommoder tous les moulins, afin qu'ils soient en état de servir le
plus tôt possible.
Tous les moulins
à bras existant dans la ville, dans les faubourgs et aux environs seront
recensés et requis. Des détachements de la Garde seront commandés pour
travailler aux moutures.
Les dispositions
seront faites de manière que tous ces moyens de mouture réunis puissent
procurer aux magasins de Vitebsk au moins 600 quintaux de farine par jour.
4° Foin. —Il sera
construit trente-deux fours, de manière à pouvoir confectionner par jour
100,000 rations de pain.
5° Hôpitaux. —
Les boutiques, qui restent fermées par l'absente des propriétaires seront
inventoriées et saisies ; tout ce qui s'y trouverait d'utile aux hôpitaux ou à l'armée
sera livré aux différentes administrations. Il sera fait une descente dans les
caves des couvents des Jésuites et autres ; les vins y existant seront affectés
au service des hôpitaux.
L'intendant
général prendra des mesures pour procurer du café aux hôpitaux, afin de
suppléer autant que possible au vin.
6° Le major général donnera tous les ordres
nécessaires et tiendra la main à l'exécution du présent ordre.
Vitebsk, 5 août
l8l2.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.
Monsieur le Duc
de Bassano, écrivez au prince Schwarzenberg que j'approuve le mouvement qu'il a
fait sur la Volhynie. Instruisez-le que le duc de Tarente est entré à Dinabourg
et s'y est emparé de huit pièces de canon ; qu'ainsi, après avoir travaillé
trois ans à cette place, l'ennemi l'a abandonnée; qu'on me rend compte que la
division qui se trouvait à Mozyr a passé le Borysthène, pour se diriger sur
l'armée; que toute l'armée russe est concentrée à Smolensk, hormis le corps
d'armée de Wittgenstein, qui est entre Polotsk et Saint-Pétersbourg; que le
général Latour-Maubourg s'est porté à Saint-Pobolof,
entre Bobrouisk et le Borysthène, ayant des postes vis-à-vis Mozyr et Bobronisk.
Faites passer
10,000 francs au contre-amiral Baste. Il doit y avoir un payeur à Vilna.
Employez ce moyen ou tout autre qui vous paraîtra le plus expédient. Faites passer
la lettre ci-jointe au colonel Deponthon à Tilsit.
(Cette lettre n'a pas été retrouvée, mais on sait qu'elle contenait l’ordre au
colonel Deponthon de se rendre auprès du duc de
Tarente, pour être employé au siège de Riga.
Vitebsk, 5 août
1812, six heures du soir.
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande
Armée, à Souraje.
Mon Fils, je
reçois votre lettre du 5 août. Vous ne me faites point connaître si
l'exaltation des paysans au-delà de Velije est dans l'ancienne Pologne ou dans
l'ancienne Russie. Vérifiez le fait. Si cette révolte des paysans avait lieu
dans l'ancienne Russie, cela pourrait être considéré comme une chose
très-avantageuse et dont nous tirerions un bon parti. Porietche est déjà dans
l'ancienne Russie. Donnez-moi des renseignements là-dessus, et faites-moi
connaître quelle espèce de décret et de proclamation on pourrait faire pour
exciter la révolte des paysans dans la Russie et se les rallier.
Vitebsk, 5 août
1812.
Au maréchal
Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à
Doubrovna.
Mon Cousin, je
reçois votre lettre datée de Doubrovna le 4 août à huit heures du soir. Le duc
de Tarente est entré à Dinabourg; après avoir travaillé pendant trois ans à
cette place, l'ennemi a jugé à propos de l'évacuer. Il a pu s'y emparer de huit
pièces de canon. J'attends avec impatience le résultat de vos appels. Je
suppose qu'un jour d'affaire vous serez content du général Dessaix, qui est un
bon soldat. Envoyez-moi le croquis des positions où vous êtes, avec vos ponts
sur le Dniepr et les ouvrages que vous faites construire. L'ennemi étant tout
entier réuni à Smolensk, il faut être -très-attentif, parce qu'après quelques
jours de repos il pourrait tenter quelque opération. Il doit être facile par
Mohilef d'envoyer des agents et des espions; ne les épargnez pas, afin de bien
savoir ce qui se passe.
VCitebsk,
5 août 1812
Au capitaine d’Hautpoul, officier
d’ordonnance de l’empereur, à Vitebsk.
L'officier
d'ordonnance d'Hautpoul se rendra à Ostrovno et de là à Biéchenkovitchi. Il verra à Ostrovno si le village est réhabité et s’il y a un commandant de place pour le
réorganiser. Il verra à Biéchenkovitchi si les ponts sont faits et si on a
substitué un pont de radeaux au pont de chevalets, qui ne résisterait pas aux
premières crues de la rivière; il verra si on a travaillé à la tête de pont. Il
verra l'hôpital, la manutention, les magasins, et enfin si le pays commence à
se réorganiser. Il me rendra compte des troupes qui s'y trouvent, ainsi que des
convois et des troupes qu'il rencontrera, soit cavalerie, soit artillerie, soit
infanterie, soit équipages militaires. Il verra à Biéchenkovitchi le 4e
régiment des chasseurs de la Garde et le bataillon de Hesse-Darmstadt, auxquels
j'ai ordonné de rester là en position jusqu'à nouvel ordre; il doit y avoir
aussi plusieurs pièces d'artillerie. Il faudra avoir soin que tout cela soit en
position, et qu'on travaille à la tête de pont, afin de la terminer. Il
s'informera si on a des nouvelles des Cosaques, et, s'il est nécessaire, il
restera un jour à Biéchenkovitchi, afin de tout voir et de faire sa dépêche ;
il m'écrira de cet endroit, en ayant soin de remettre sa lettre à la première
estafette qui passera.
De
Biéchenkovitchi, il continuera sa route sur Polotsk, d'où, il m'expédiera sa
seconde dépêche. Il verra les fortifications de la ville, l'hôpital, la
manutention. Il me fera connaître combien de prisonniers a faits le duc de
Reggio à ces différentes affaires qui viennent d'avoir lieu, combien de
blessés, tout ce qu'il pourra apprendre sur ces affaires et sur la situation du
corps du duc de Reggio. Le duc de Tarente ayant pris Dinabourg, l'officier
d'ordonnance d'Hautpoul s'informera si la communication entre les deux corps
s'est opérée. Il prendra toutes les informations qui pourront me faire
connaître la nature des forces opposées au duc de Reggio. Il restera avec ce maréchal,
auquel il remettra la lettre ci-jointe, jusqu'à ce que celui-ci ait attaqué
l'ennemi, éclairci la rive droite et opéré sa communication avec Dinabourg.
Vitebsk, 6 août
1812.
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc
de Feltre, je vous ai mandé que je désirais qu'une brigade de six cohortes de
garde nationale, en prenant des cohortes composées d'anciens Français, se
rendît à Bremen. Cette mesure me paraît plus urgente que jamais. Vous porterez
un soin particulier à cette organisation. Vous ferez avancer, pour remplacer
cette brigade à Utrecht et dans la 24e division militaire, la brigade qui est
au Havre, afin que, si Hambourg était attaqué, cette brigade pût se porter
aussi au secours de la 32e division militaire; le cas arrivant, vous enverriez
un général de division commander ces deux brigades.
Donnez ordre au
général Heudelet de porter son quartier général à Hambourg et de réunir entre
Hambourg et le Mecklenburg toute sa division. Deux demi-brigades pourront être
dans le Mecklenburg et trois à Hambourg et Lubeck. La brigade d'Erfurt doit
s'être rendue dans la Poméranie suédoise pour faire partie de la division
Morand. Pressez autant qu'il vous sera possible la formation de la division de
dragons et de l'artillerie de la division Heudelet. Par ce moyen, il y aurait à
Hambourg cinq demi-brigades provisoires et six cohortes de garde nationale,
indépendamment des six autres cohortes, qui, de la Hollande, seraient prêtes à
s'y porter. La division Morand aurait douze bataillons dans la Poméranie, et le
duc de Castiglione aurait dans sa main deux divisions prêtes à se porter sur le
point menacé.
Un débarquement
ne peut avoir lieu que du côté de Lubeck, dans le Mecklenburg ou dans la
Poméranie suédoise. Il ne paraîtrait pas naturel qu'on fît un débarquement qui
compromettrait les Prussiens. Il est donc convenable que le général Heudelet
reconnaisse lui-même Lubeck et le Mecklenburg, ait sa division dans sa main et
s'entende avec le général Morand pour pouvoir promptement se secourir.
Vous ne m'avez
pas mandé si le duc de Castiglione était parti de Paris. Ayez soin de lui
envoyer un général d'artillerie.
Envoyez deux
nouvelles compagnies d'artillerie de ligne dans la 32e division militaire pour
servir selon les besoins.
Tenez la main à
ce que les officiers des cohortes, ceux des corps et les officiers d'artillerie
soient à leur poste.
Vitebsk, 6 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Dur
de Bassano, je désire que vous demandiez à la Prusse qu'en cas qu'il y eût une
descente en Poméranie, ou dans le Mecklenburg, ou à Hambourg, elle fasse partir
de Potsdam, ou de tout antre endroit, une brigade de 1,000 chevaux
et douze pièces d'artillerie légère qui seront aux ordres du duc de
Castiglione.
Vitebsk, 6 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, je désire que vous fassiez donner l’ordre à Kovno, par le
gouverneur général, que toutes les voitures d'équipages militaires qui y
passeront se chargent, avant tout, de riz, jusqu'à ce qu'on ait épuisé tout ce
qu'il y a de riz dans les magasins de Kovno, et, à défaut de riz, de biscuit.
Si ces voitures sont chargées de farines, elles laisseront leurs farines à
Kovno. Voyez aussi le gouverneur général pour que des mesures soient prises
pour foire emmagasiner à Kovno, dans les églises et les couvents, fout ce qui
est arrivé par le Niémen, et que les bateaux soient envoyés. Il faut qu'on
prenne à Kovno tous les couvents, qu'ils aient été destinés pour des hôpitaux,
pour la Garde ou pour qui que ce soit ; le principal est que sans délai tout y
soit mis à couvert. Faites écrire à Kovno pour qu'on expédie des vivres sur
Vilna, Grodno, Bialystok et même sur Varsovie. Ce qui est bien important, c'est
que tous les bateaux qui sont è Kovno soient renvoyés et redeviennent disponibles
pour rapporter l'avoine et tout ce qu'on pourra tirer de Danzig et de
Königsberg. Remuez donc cette commission de gouvernement, qui vraiment ne fait
rien ; il est ridicule qu'il n'y ait qu'une aussi petite quantité de blé dans
leurs magasins.
Les prisonniers
que le duc de Reggio a faits à Polotsk sont dirigés sur Vilna. Je désire que
vous les fassiez interroger avec soin, pour savoir de quel régiment, de quelle
division et de quel corps ils sont. Je vous envoie une lettre que vous écrit le
consul de Riga. Il est nécessaire que ce consul rejoigne sur-le-champ le duc de
Tarente. Envoyez son mémoire au duc de Tarente.
P. S. Le
gouverneur général qui commande tous les gouvernements de la Lithuanie, le
général Hogendorp, donnera main-forte à la commission de gouvernement et fera
désormais exécuter ses différentes dispositions à Grodno, à Bialystok et
ailleurs.
Vitebsk, 6 août 1812, cinq heures après midi
A Eugène Napoléon, vice-roi
d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Souraje
Mon Fils, je
suppose que vous n'avez pas de malades à Souraje ; que vous n'avez du
moins que des malades que vous puissiez promptement évacuer,
puisqu'il est important que vous soyez toujours en mesure d'évacuer avec
rapidité tout le pays, sans y rien laisser. Faites-moi connaître quand vous
pourrez avoir du pain pour huit ou dix jours, quand tous vos attelages seront
suffisamment reposés et quand on pourra marcher sur Smolensk. Mon intention est
de marcher à l'ennemi, probablement, par la rive gauche du Borysthène,
d'enlever Smolensk, et de livrer bataille à l'armée russe, si elle veut tenir
dans la position où elle est.
Avez-vous vos
batteries de réserve ? J'ai vu hier votre parc de réserve à la position que
vous occupiez près de Vitebsk : il attend à chaque instant une grande quantité
de voitures. Faites-moi connaître si vous espérez recevoir encore quelques
renforts et rallier beaucoup de vos troupes.
Vitebsk, 6 août 1812
Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl,
commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.
Mon Cousin, j'ai
donné ordre à la division Gudin de se rendre à Babinovitchi. Laissez-la dans
cet endroit, parce qu’elle y trouvera plus de facilités pour les subsistances;
elle sera là à vos ordres. Je désire savoir quand deux ponts solides seront
établis à Orcha, s'il y a des ponts à Doubrovna, enfin s'il y en a entre la
Berezina et Rossasna.
Faites-moi
connaître votre opinion sur cette question : est-il plus utile de marcher sur
Smolensk par la rive droite que par la rive gauche ? Quelle est la nature du
pays ? Y a-t-il des ressources pour nourrir la cavalerie, et des subsistances
pour l'infanterie ? Si je me résous à marcher par la rive gauche, il faudra que
la cavalerie du roi de Naples, le vice-roi, le 3e corps, viennent passer le
Borysthène entre Rossasna et la Berezina. Il faudrait pour cela avoir des ponts
solides et nombreux. Pendant ce temps, vous vous porteriez sur Krasnoï avec le
corps du général Grouchy, le 8e et le 5e corps. Quelle est la marche que
devrait faire le 5e corps ? Vous auriez alors sous vos ordres les divisions
Compans, Gudin, Dessaix et Claparède, ce qui doit faire plus de 30,000 hommes
d'infanterie. Le 8e corps doit être de 10,000 hommes, et le 5e corps de 20,000
hommes; vous auriez donc 60,000 hommes d'infanterie. La cavalerie du prince
Poniatowski, celle du général Grouchy, la vôtre, la division Valence et le
corps du général Latour-Maubourg devraient faire plus de 12,000 hommes de
cavalerie. Votre seule armée serait donc de plus de 80,000 hommes. Le corps du
duc d'Elchingen, le corps du vice-roi, la cavalerie du roi de Naples, la Garde
et les divisions Morand et Friant devraient faire plus de 100,000 hommes.
Faites-moi connaître si vos troupes pourront se procurer pour huit ou dix
jours de vivres, s'il y aurait suffisamment de ponts et de ponts solides pour
faire passer la cavalerie, afin que le passage ne fasse point le défilé sur
aucun point du Borysthène. J'attends l'appel de vos différents corps.
Vitebsk, 7 août
1812.
A
M. Barbier, bibliothécaire de l’empereur, à Paris
L'Empereur
désirerait avoir quelques livres amusants. S'il y avait quelques bons romans
nouveaux, ou plus anciens qu'il ne connût pas, ou des mémoires d'une lecture
agréable, vous feriez bien de nous les envoyer, car nous avons des moments de
loisir qu'il n'est pas aisé de remplir ici.
Par ordre de
l'Empereur, le secrétaire du portefeuille.
Vitebsk, 7 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, faites-moi connaître où en est la formation des troupes de la
Lithuanie. Les armes sont arrivées à Kovno. Je désirerais connaître quand ces
régiments seront suffisamment formés pour faire les garnisons de Vilna, de
Kovno, de Minsk et de Grodno, afin que je puisse retirer toutes les troupes que
j'ai dans ces différentes places. Les cinq régiments dont la formation a été
ordonnée sont-ils pour toute la Lithuanie, ou seulement pour le gouvernement de
Vilna ?
Vitebsk, 7 août
1812
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, dites au gouverneur général Hogendorp qu'il est nécessaire qu'il
m'écrive tous les jours par l'estafette sur ce qui se passe dans son
gouvernement, indépendamment des comptes qu'il rend à l'état-major. Dites-lui
que, comme Drissa est dans son gouvernement, il serait bon qu'il y envoyât un
bataillon avec des sapeurs pour démolir le camp retranché des Russes. Il faudrait
que ce bataillon emportai avec lui quatre ou cinq cents outils; en séjournant
huit ou dix jours à Drissa, il finirait ce travail. J'attache de l'importance à
ce que ce camp retranché soit entièrement détruit.
Lorsque le duc de
Bellune sera arrivé à Tilsit, mandez-lui qu'il vous fasse connaître l'époque où
les différents bataillons y arriveront.
Vitebsk, 7 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, je désire que vous voyiez si on a renfermé dans une église ou à
l'arsenal les deux à trois cents chariots d'ancien modèle qui ont été laissés à
Vilna exposés à l'air. Si cela n'avait pas encore été fait, le gouverneur
devrait le faire.
Vitebsk, 7 août
1819.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
répondez au duc de Reggio que l'état de situation qu'il a remis du corps de
Wittgenstein contient un double emploi ; que les quatre régiments de chasseurs
à pied que commande le général Koulnief sont des régiments de la 5e et de la
14e division, c'est-à-
dire les 23e, 24e, 25e et 26e; que, depuis cette campagne, les Russes ont pris
l'usage de mêler l'infanterie légère avec la cavalerie pour former leurs
avant-gardes, et par conséquent ces régiments ne font pas nombre; que les corps
du général Sazonof, commandant la 14e division (Navaginsky,
Tenginsky, Toulskoï et Esthlandskoï, justement les régiments de la 14e division),
sont encore un double emploi; que le corps de Wittgenstein se réduirait à trois
divisions, c'est-à-dire dix-huit régiments ou 15,000 hommes, supposant, ce qui
est possible, que la 7e division y soit; mais les deux régiments d'infanterie
légère de la 7e division n'y sont pas, que cela ne ferait donc que 14,000
hommes; qu'il est possible que le prince Repnine ait
six bataillons de réserve composés de compagnies des 3e bataillons, que nous
n'avons pas de renseignements là-dessus; qu'à peu près ce nombre des 3e
bataillons était à Dinabourg; qu'il est possible qu'on ait retiré les
grenadiers de ces 3e bataillons, que cela ne ferait au plus qu'une force de 17
à 18,000 hommes d'infanterie.
Vous ajouterez au
duc de Reggio que dans aucune campagne nous n'avons suivi avec plus d'attention
les corps russes, et que nous sommes parfaitement au fait de leur organisation
; que tout porte à penser qu'il n'a pas plus de 20,000 hommes devant lui.
Toutefois quel inconvénient y avait-il à ce qu'il restât dans sa position de
Biélaya et vît l'ennemi se déployer en deçà du défilé ? Il aurait pu alors le
compter. Depuis, quelle difficulté y avait-il à rester à Polotsk, couvert par
quelques lunettes qu'il pouvait faire dans une nuit ? Dans une bonne position,
il ne pouvait pas craindre un corps qui lui eût été même supérieur d'un tiers ;
enfin, après qu'il aurait vu l'ennemi et qu'il se serait assuré de sa
très-grande supériorité, n'était-il pas toujours à même de faire sa retraite et
de repasser ses ponts ? Mais cette manière de faire très-légère compromet les
opérations générales, puisqu'elle peut porter l'Empereur à faire de faux
mouvements; et si nous n'étions pas très-supérieurs en forces à l'ennemi, le
mouvement rétrograde du 2e corps sur Polotsk serait une véritable faute. Après
la belle victoire qu'il avait obtenue, il est étonnant que ce soit l'ennemi
qui soit resté maître du champ de bataille. Il a reculé, l'ennemi a avancé;
l'ennemi a su que deux divisions avaient passé la Dvina, il a avancé encore
plus. La guerre est une affaire d'opinion, et l'art était de se conserver
l'opinion qu'il avait pour lui, après le grand avantage qu'il avait remporté.
Ayez soin de
faire observer au duc de Reggio que le prince Repnine
n'est que général-major et ne peut commander qu'une brigade.
Vitebsk, 7 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
écrivez au duc de Reggio que les prisonniers qui ont dit qu'ils avaient entendu
le canon sur notre gauche avaient raison ; que le duc de Tarente, qui était à
Dinabourg, aura suivi l'ennemi, ce qui aura donné lieu à cette canonnade ; que
l'aide de camp Philipof, se trouvant déjà en route
pour Vilna, ne peut plus être échangé, puisqu'il se trouve sur les derrières de
nos armées et a vu nos mouvements; que la réponse qu'il a faite relativement
au prisonnier Vadbousky est convenable ; qu'on n'a
pas le droit d'envoyer des parlementaires lorsqu'on se bat.
Mandez-lui qu'il
faut conserver l'artillerie régimentaire comme elle est formée, qu'on ne
saurait avoir trop de pièces de canon, et que je désapprouve tout ce qu'il a
fait pour envoyer des pièces sur les derrières. Recommandez-lui de soigner
cette artillerie, au lieu de la laisser se désorganiser; que j'espère qu'avec
sa belle division de cuirassiers il donnera une belle poussée à Wittgenstein,
et qu'aussitôt que celui-ci aura été rompu il le mènera loin.
Vitebsk, 8 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
donnez ordre que tout ce qui appartient à la Garde et qui se trouve à
Biéchenkovitchi en parte à deux heures après minuit, pour être rendu ici
après-demain de bonne heure.
Vitebsk, 9 août 1812, deux heures du matin.
Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl,
commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.
Mon Cousin, je
vous prie de m'envoyer l'itinéraire d'une route de Babinovitchi à Rossasna, ou
tout autre point plus direct pour se rendre de Vitebsk à Smolensk, de sorte que
de Vitebsk on puisse se rendre sur le Dniepr en trois jours et arriver le
sixième devant Smolensk. Je vous prie de même de me faire connaître les routes
qui pourraient communiquer de Liozno et de Roudnia à Smolensk. Je désire
connaître la nature de ce pays. Je vous prie de me tracer la route que pourrait
tenir le prince Poniatowski pour arriver en trois ou quatre jours à la hauteur
de Krasnoï; la grande route le conduirait en trois jours à Mstislavl, et en
quatre ou cinq à Sviériakovo, sur la route de Smolensk à Roslavl ; cette marche
serait avantageuse et nous permettrait d'arriver sur deux colonnes pour éviter
une position assez forte que l'ennemi a en avant de Smolensk ; ce chemin la
tournerait. Resterait à connaître les communications intermédiaires de Liady à
Smolensk et entre Liady et Sviériakovo, toujours sur Smolensk. J'attends, pour
fixer le moment où je passerai le Dniepr, de connaître celui où vos ponts
seront terminés et où vous aurez des fours à Doubrovna.
Vitebsk, 9 août
1812, deux heures du matin.
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande
Armée, à Souraje.
Mon Fils, il est
possible que de Souraje vous puissiez vous porter sur le Dniepr, en passant par
Kolychki et Rossasna, afin de manœuvrer avec l'armée sur la rive gauche du
fleuve; dans ce cas, faites secrètement reconnaître la route, sa nature et le
nombre de jours nécessaire pour la marche. Je n'ai pas besoin de vous dire que,
dans cette hypothèse, on ne peut laisser de garnison à Souraje; il faut tout
évacuer sur Vitebsk.
Vitebsk, 9 août
1812, cinq heures du matin.
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps (le 6e corps était
placé, depuis le 7 août, sous le commandement du général Gouvion Saiot-Cyr) de la Grande Armée, à Souraje.
Mon Fils,
l'ennemi s'est porté hier en grande force vis-à-vis Inkovo, ce qui m'a décidé
de réunir l'armée à Liozno, où se trouve le duc d'Elchingen. Les divisions
Friant, Morand et Gudin se mettent en marche ce matin. Mettez-vous en marche de
votre côté et réunissez-vous près de Liozno. Envoyez un aide de camp au duc d'Elchingen
pour savoir ce qui se passe, et dirigez-vous en très-petites ou en grandes
journées, selon ce qui se sera passé aujourd'hui. Si c'est un mouvement
offensif de l'ennemi, arrivez le plus vite que vous pourrez ; si, au
contraire, ce n'est qu'une reconnaissance de cavalerie, faites toujours votre
mouvement, mais faites-le doucement, mon intention étant de continuer alors ces
mouvements pour marcher sur Smolensk. Laissez une arrière-garde d'infanterie et
de cavalerie le plus longtemps possible-à Souraje; tâchez de ne laisser
personne sur la rive droite. Une arrière-garde d'infanterie et de cavalerie
paraît devoir être nécessaire à Souraje encore pendant plusieurs jours.
Faites-moi connaître toutes vos dispositions. Je n'ai pas besoin de vous
répéter d'envoyer auprès du roi de Naples et du duc d'Elchingen pour savoir ce
qui se passe, afin de bien régler vos mouvements.
Vitebsk, 9 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, une
fois que le mouvement sur Smolensk sera décidé, il sera nécessaire que la
communication de Smolensk avec Vilna se fasse par Minsk, puisque cette nouvelle
direction n'aura que 116 lieues et que celle de Smolensk avec Vilna par Vitebsk
et Gloubokoïé en aurait 136. Le pays est d'ailleurs meilleur, il n'a pas été
entamé, et l'on aura d'ailleurs pour point de repère Borisof et Minsk, qui sont
deux grandes villes. Il est donc nécessaire d'écrire au gouverneur de Minsk de
prendre d'avance ses mesures pour bien organiser cette route et pour que le
passage des troupes et des prisonniers puisse se faire sans attirer de
désordres dans le pays. Cette nouvelle route offrira aussi l'avantage d'une
direction de Minsk sur Varsovie sans passer Vilna : de Smolensk à Varsovie, il
n'y aura que 225 lieues.
Vitebsk, 9 août
1812.
Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl,
commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.
Mon Cousin, je désire
que vous me donniez des renseignements sur une route qui longerait la rive
gauche du Dniepr à trois ou quatre lieues de distance, et passerait par Savvya, Romanovo, Gorodok, Palkino,
Montchina, etc. Cette route, si elle existe,
tournerait tous les petits torrents qui versent leurs eaux à la rive gauche du
Dniepr.
Vitebsk, 9 août
1812
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, je reçois vos lettres du 6 août. J'espère qu'à l'heure qu'il est
le dac de Reggio aura sa communication ouverte avec le duc de Tarente. Le
général Wittgenstein a été blessé au combat de la Drissa; le général Koulnief a
été tué ; c'était un officier de cavalerie qui est regretté des Russes. Les
fatigues ont mis un peu de retard dans la marche du duc de Reggio ; il est à
peu de marches de (manque). L'ennemi a fait une forte attaque sur la division
Sébastiani, à huit lieues de Smolensk. Il y a eu beaucoup de coups de sabre donnés sans trop de résultat. L'ennemi
avait 10,000 hommes de cavalerie contre cette seule division. Je compte marcher
sur Smolensk pour voir si l'ennemi veut nous attendre, ce qui paraît assez
probable, puisque sa réunion avec Bagration est faite et qu'il n'a plus grand'chose à attendre. Faites interroger les prisonniers
qu'a faits le duc de Reggio, à mesure qu'ils arriveront, afin de bien connaître
les troupes qu'avait Wittgenstein. Pressez autant qu'il vous sera possible pour
les subsistances et pour que les étapes des derrières soient abondamment
pourvues; c'est la seule manière de maintenir l'ordre et la tranquillité sur
les derrières.
Une fois que nous
serons à Smolensk, il serait possible que la route passât par Orcha et Minsk.
De Smolensk à Vilna par Minsk il n'y a que 116 lieues, et de Smolensk à Vilna
par Gloubokoïé il y en a 136. Il faut donc que la route de Vilna à Minsk soit
parfaitement organisée pour les étapes, ainsi que celle de Minsk à Orcha.
P. S. Je vous
renvoie des lettres de service que j'ai ouvertes.
Vitebsk, 9 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, écrivez à Danzig et à Königsberg pour que l’on fasse partir tous
les dépôts d'habillement, soit de la Garde, soit des différents corps de
l'armée, car déjà le besoin d'effets d'habillement et de souliers commence à se
faire sentir; que tout cela soit embarqué, transporté sur le Niémen et débarqué
à Kovno. Écrivez à l'amiral Baste qu'il fasse son affaire de ce mouvement, et
qu'il rende compte de tout ce qui arrivera. Je désire que vous écriviez aussi
au général Loison, à Königsberg, pour lui recommander que, conformément aux
ordres que j'ai donnés, tout l'équipage de siège de Magdeburg, qui était
destiné pour le siège de Dinabourg, rentre à Danzig. La moitié qui était à
Elbing est déjà rentrée ; l'autre moitié, qui est à Königsberg, doit y rentrer
sur-le-champ. La prompte rentrée de cet équipage aura deux résultats : 1°
compléter l'armement de Danzig ; 2° empêcher qu'en cas de descente l'ennemi
puisse s'emparer de cet équipage, et rendre les bateaux disponibles pour faire
venir des dépôts d'habillement ce qui sera nécessaire. Mandez à l'amiral Baste
de presser la rentrée de cet équipage sous le canon de Danzig.
Un autre objet
important dont je désire que vous vous occupiez, c'est de voir si l'on pourrait
passer un marché, soit avec des juifs du pays, soit avec des gens de
Königsberg, pour le transport, de Kovno à Vitebsk et à Smolensk, des objets
d'habillement et de subsistance qui se trouveront à Kovno. Le marché serait
fait en argent comptant, à tant par quintal. Vous vous concerterez avec
l'ordonnateur et les gens du pays pour savoir quel prix il serait raisonnable
d'accorder, en ne perdant pas de vue qu'il faudrait établir deux prix, l'un
d'ici au traînage, l'autre pour le moment du traînage. C'est la meilleure
manière de pourvoir à ce que les effets d'habillement, le biscuit, le riz,
etc., qui sont à Kovno, nous arrivent. Il faudrait qu'ils s'engageassent à
mettre tous les jours en mouvement tant de quintaux, et, en cas que les objets
dussent rester en route, le prix serait réglé selon la distance. Vous
remarquerez que ces voituriers pourraient rapporter du sel de Vitebsk, d'Orcha
et de Borisof. Nous en avons une immense quantité, pour près de 20 millions, et
on m'assure que le pays de Königsberg, la Courlande et la Samogitie tiraient
leur sel d'ici. Voyez à combiner une opération là-dessus. Il faudrait faire
également un marché pour le transport sur Minsk, par Grodno, des farines, riz,
effets d'habillement, etc., que nous avons à Varsovie, en établissant
également deux prix, l'un pour le moment du traînage et l'autre avant le traînage.
L'armée ayant passé, le pays doit se rétablir, et avec de l'argent on doit
trouver tout cela.
Vitebsk, 10 août 1812, une heure du matin.
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée,
à Yanovitchi
Mon Fils, j'ai
reçu votre lettre dans laquelle vous me faites connaître que vous serez à huit
heures du soir à Yanovitchi. J'ai reçu des lettres des avant-postes de hier 9,
à quatre heures après midi. Il parait que l'ennemi s'est retiré et que c'était
une affaire de cavalerie, provoquée probablement par les imprudences du général
Sébastiani, qui ne sait pas se garder dans des cantonnements de repos et va
s'enfoncer dans des plaines où il croit que l'ennemi n'est pas en force. Ainsi
donc vous êtes maître de votre mouvement de la journée. Faites ce que vous
jugez le plus convenable pour le bien de vos troupes. Le temps est si mauvais,
et il pleut tant, que je suis bien fâché de voir mes troupes en mouvement par
un pareil temps.
Votre mouvement a
été d'ailleurs brusque. Ralliez bien tous vos détachements, rappelez tout votre
monde, et employez la journée à vous réunir, ou marchez à votre volonté : vous
ne devez être dirigé que par l'intérêt de vos troupes.
Je ne fais pas
partir la Garde aujourd'hui à cause du mauvais temps, mais elle partira demain.
Ayez soin de
mettre à l'embranchement des routes un officier d'état-major, avec un piquet,
pour empêcher vos soldats de continuer à se rendre à Souraje; prenez la même
précaution au pont, sur la route qui va à Velije ; car en vérité ils sont sans
considération, et, quand ils voient un pont, ils y passent, de sorte que nous
perdons ainsi en détail beaucoup de monde.
Vitebsk, 10 août 1812, deux heures du
matin.
Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl,
commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.
Mon Cousin, le
mouvement d'hier a été provoqué, à ce qu'il paraît, par le général Sébastiani,
puisqu'on m'écrit des avant-postes, à quatre heures après midi, que l'ennemi
s'est retiré. Le vice-roi a porté son quartier général à Yanovitchi et commencé
son mouvement. Je voudrais avoir des renseignements sur les routes de Lioubavitcbi À Rossasna et de Babinovitchi à Rossasna.
J'aurais fait partir ce matin toute ma Garde, mais il pleut tant, que je
retarde son mouvement d'un jour pour laisser passer le mauvais temps. Je
retiens également la division Friant, qui, étant bien baraquée, est à l'abri de
la pluie, mais tout le monde est prêt à partir. Je suis encore indécis de
savoir si de ma personne je prendrai la route de Liozno ou celle de
Babinovitchi. Je me déciderai par les nouvelles ultérieures que je recevrai de
l'ennemi et par les renseignements que vous m'enverrez sur les localités. Il
est nécessaire que le général Latour-Maubourg se rapproche, afin que je fasse
venir sa cavalerie et même la division d'infanterie à la bataille, puisque, si
l'ennemi tient à Smolensk, comme je suis fondé à le penser, ce sera une affaire
décisive, et nous ne saurions y être trop de monde. Je suppose que, d'après mon
ordre d'hier, vous aurez appuyé Latour-Maubourg sur Mohilef, et qu'ainsi tout
cela pourrait se faire. Il faut à Rossasna, où l'armée doit passer, quatre
ponts. Faites préparer tous les moyens, sans pourtant jeter ces ponts, mais de
sorte que vos sapeurs et vos pontonniers aient d'avance tout ce qui est
nécessaire, et puissent jeter ces ponts aussitôt que la tête de la gauche
paraîtra, sans démasquer plus tôt le mouvement.
Vitebsk, 10 août
1812, au matin.
Au maréchal
Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à
Doubrovna.
Mon Cousin,
j'avais donné l’ordre hier aux divisions Gudin, Morand et Friant de se porter,
l’une sur Babinovitchi, l'autre sur Poloviki et
l'autre sur Liozno, de crainte que l'ennemi ne prît l'initiative. L'ennemi
paraissant s'être retiré, j'ai donné ordre que ces divisions prissent position
entre Liozno et Rossasna, de manière qu'elles puissent les premières se réunir
à vous. Le mauvais temps m'a décidé à retenir ici la division Friant. Je crois
que je serai le 13 ou le 14 à Rossasna, avec ma Garde et toute l'armée. C'est donc
dans la nuit du 13 au 14 qu'il faut que nos quatre ponts soient jetés, afin que
le Dniepr ne puisse pas nous arrêter. Vous avez beaucoup de moyens en sapeurs
et en matériel du génie; portez tout cela en avant sur Rossasna. Il est
probable que je marcherai sur Smolensk avec 200,000 hommes. Puisque vous êtes
dans le pays, étudiez un peu les chemins pour savoir si l’on ne pourrait pas
marcher sur trois colonnes, une sur le grand chemin, une sur le pendant des
eaux de ces petits torrents qui versent dans le Dniepr, et la troisième sur la
droite, mais sans être éloignées de plus de 2 à 3 lieues l’une de l'autre. Je
vous recommande surtout d'avoir beaucoup de fours.
Vitebsk, 10 août
1812, au matin.
Au maréchal
Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à
Doubrovna.
Mon Cousin, vous ne
m'avez pas encore envoyé l'appel du 8e corps, du 5e corps, ni du 4e corps de
cavalerie; envoyez-moi ces appels le plus tôt possible. Vous ne m'avez pas fait
connaître si vous avez des fours à Orcha, à Mohilef, à Rossasna et à Doubrovna.
Je vous prie de me répondre le plus tôt possible. Il serait bien important
d'avoir des fours à Orcha, Doubrovna et Rossasna, dans cette dernière ville
surtout; s'il n'y en avait pas, faites-en construire douze. J'ai requis, il y a
quinze jours, 6,000 quintaux de farine à Borisof : 2,000 sont arrivés ici;
j'ordonne que les autres 4,000 soient dirigés sur Orcha. J'en fais requérir
10,000 à Minsk, 4,000 à Sienno, et j'envoie des agents pour organiser ces
convois et les diriger sur Orcha. Tous les convois de l'armée vont changer de
route à Kamen et se diriger également sur Orcha. Est-ce qu'on ne peut pas
requérir dans le gouvernement de Mohilef ? Il devrait pourtant offrir la
ressource de quelques milliers de quintaux. Il me semble que depuis le 20 vous
n'avez pas suffisamment approvisionné votre point central d'Orcha ou de
Kokhanovo. Faites-moi un projet de route d'étape de Kamen à Orcha. Aussitôt que
mon mouvement sera démasqué sur Smolensk, Orcha deviendra le point central de
l'armée, et il est probable que je prendrai alors ma direction par Borisof,
Minsk et Vilna.
Vitebsk, 10 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, j'ai
donné ordre qu'un tambour embrassant plusieurs maisons crénelées et palissadées
couvrit la tête du pont de pilotis, et pût mettre 200 hommes à l'abri de toute
insulte. Le gouvernement y fera porter une pièce de canon pour enfiler la
grande rue du faubourg. On placera à l'hôpital et à côté de la manutention des
pièces de canon pour battre la plaine.
Indépendamment du
pont de pilotis, il y a, en descendant tout près, un pont de radeaux qui se
trouvera couvert par ce tambour.
Donnez ordre aux
pontonniers qui sont restés ici de faire lever, dans la journée de demain, un des
deux ponts de radeaux que l'artillerie a construits plus bas. Ce pont sera
transporté contre le pont de pilotis, mais en haut, et fera pendant à celui qui
est sur la droite, de sorte que le pont de pilotis et les deux ponts de radeaux
soient couverts tous trois par le même tambour et défendus par la même garde.
Cela devra être fait dans la journée de demain. Après-demain, après que ce
travail sera terminé, on lèvera le quatrième pont et on en transportera les
pièces près des deux autres ponts de radeaux, pour servir à les agrandir à
mesure que la rivière augmentera.
Vous donnerez
ordre au général Chasseloup de faire également établir un tambour au petit pont
placé sur le ravin, lequel sera adossé à l'église neuve, qui sera crénelée et
mise en état de défense, de sorte que 100 hommes avec une pièce de canon
puissent être là dans un bon poste.
Je désire qu'un
autre tambour soit établi sur la route de Souraje, en avant de la porte, et
qu'une soixantaine d'hommes puissent s'y trouver à l'abri de toute insulte de
la cavalerie légère.
Il doit rester un
officier du génie et un officier d'artillerie commandant, attachés au général
Charpentier. L'officier de pontonniers sera chargé de la garde et de
l'entretien des deux ponts sur pilotis.
Aussitôt que les
huit fours commencés et complétant le nombre des fours à vingt-quatre seront
achevés, les constructeurs partiront et suivront le quartier général.
L'officier du génie fera, avec les sapeurs et quelques ouvriers du pays,
construire les huit autres fours et achever la manutention; vingt-quatre étant
déjà faits, les huit autres ne sont plus si pressés, et je lui donne huit jours
pour le construire.
Vitebsk, 10 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
écrivez au duc d'Elchingen pour lui faire connaître que le vice-roi a commencé
son mouvement; que les divisions Morand, Gudin, Friant ont dû se mettre
également en marche; que, mon intention étant de les porter sur le Dniepr
aussitôt que je serai certain que l'ennemi ne veut pas prendre l'offensive, je
désire qu'il place ces trois divisions dans les lieux où il jugera qu'elles
pourront vivre plus facilement, entre lui et le Dniepr; qu'il serait possible
que j'eusse mon quartier général le 14 à Rossasna, où il y aura quatre ponts,
que j'y passasse le Dniepr et qu'avec près de 200,000 hommes je me portasse
sur Smolensk; qu'il est convenable que, si dans la journée du 10 il est prouvé
que l'ennemi n'a aucun projet offensif, il dirige diagonalement en arrière sa
batterie de réserve et son gros parc, entre lui et le Dniepr, afin que rien ne
le retarde.
Mandez-lui que je
désire qu'il me fasse connaître l'état des pertes qu'a faites son corps dans la
journée d'hier; qu'il faudrait remplacer la compagnie du 24e en en formant une
autre, que cette perte est bien désagréable; que le duc de Reggio poursuit
Wittgenstein, que dans son combat du 1er août il lui a tué et pris beaucoup de
monde ; que cette armée ennemie paraissait être dans la consternation, que le
général en chef Wittgenstein a été blessé et le général Koulnief tué.
Vitebsk, 10 août
1812.
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
donnez ordre au général Chasseloup de partir demain, à deux heures du matin,
avec tous les sapeurs, mineurs, ouvriers du Danube, caissons et matériel du
génie, pour se rendre à Bahinovitchi. Le général
Kirgener et les sapeurs de la Garde partiront par la même occasion, ainsi que
les deux compagnies de marins de la Garde. Ils auront tous du pain et de la
viande assurés pour huit jours. Deux compagnies de sapeurs, dont une de la Garde,
et une compagnie d'ouvriers du Danube, suivies des caissons les mieux attelés,
marcheront à grandes journées, afin d'être rendues dans la journée du 13 à
Rossasna.
Donnez ordre au
général Éblé de marcher à grandes journées avec deux compagnies de pontonniers,
afin d'être arrivé le 13 de bonne heure à Rossasna, et de s'y employer
sur-le-champ à jeter dans cet endroit quatre ponts. Faites-moi connaître quand
l'équipage de pont et le matériel du génie arriveront à Babinovitchi, afin que
je n'oublie point de leur donner des ordres. Donnez ordre au petit quartier
général de partir demain, à la pointe du jour, pour être rendu le 12 à
Babinovitchi.
Vitebsk, 10 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
écrivez au roi de Naples qu'il est nécessaire que le corps du général Nansouty parte
demain pour passer derrière Roudnia, être le 12 à Lioubavitchi et passer le
Dniepr le 13 au soir. Il sera nécessaire que les deux divisions de cuirassiers
du général Montbrun suivent, le 12, le mouvement du général Nansouty, afin que,
le 13 au soir, elles puissent passer le Dniepr. La division Sébastiani servira
de rideau pour couvrir ce mouvement. Écrivez au vice-roi qu'il dirige son
mouvement de manière que le 13 il puisse passer le Dniepr du côté de Rossasna.
Donnez ordre au duc de Danzig de partir demain, à la pointe du jour, avec la
division de la vieille Garde, pour se rendre à Babinovitchi en deux jours. Vous
ferez connaître au prince d'Eckmühl que les divisions Friant, Morand et Gudin
ont ordre d'être arrivées le 13 sur le Dniepr; que le général Éblé, avec
l'équipage de pont et le matériel du génie, y arrive également par
Babinovitchi; que le corps du général Nansouty y arrive par Lioubavitchi ainsi
que le vice-roi et le 3e corps; qu'il est donc convenable qu'il porte son
quartier général à Rossasna, où il réunirait ses cinq divisions avec la
division Claparède, le corps du général Grouchy et sa cavalerie légère couvrant
les deux rives. Il est nécessaire que, le 13 au soir, il y ait à Rossasna
quatre ponts, et deux sur la route de Lioubavitchi à Liady. A la même époque,
le 13, le prince Poniatowski et le duc d'Abrantès doivent être à Romanovo, le
général Latour-Maubourg occupant Mohilef, Mstislavl et Romanovo, et prêt à
venir nous joindre si cela était nécessaire. Il est probable que le 12 je serai
de ma personne à Rossasna.
Vitebsk, 10 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
donnez ordre au général Guyon de venir porter demain son quartier général dans
le faubourg de Vitebsk, sur la rive droite. Il se rendra de sa personne au
quartier général. Vous lui ferez connaître qu'il doit continuer l'opération des
grains et des farines qu'a commencée la Garde, afin d'approvisionner les
magasins de Vitebsk. Il doit placer un de ses régiments sur cette rive, afin
d'avoir des postes en avant de la ville et d'éclairer tous les environs, soit
du côté de Souraje, soit du côté de Roudnia, l'armée se portant tout entière
sur la rive gauche du Borysthène, dans la direction de Smolensk. Il sera sous
les ordres du général Charpentier, gouverneur de la province, et lui rendra
compte. Il veillera à ce que tous les ponts faits par les maraudeurs, d'ici à
Souraje, soient détruits. Il enverra des reconnaissances sur toutes les routes
à la pointe du jour, ainsi que des agents du pays, afin de bien éclairer les
environs de la ville. Il instruira le général Charpentier de tout ce qui
pourrait intéresser la sûreté de cette place de dépôt. Faites connaître au
général Charpentier que je laisse cette brigade sous ses ordres afin d'éclairer
la province. Le général Guyon aura de plus sous son commandement les 200
lanciers qui appartiennent à la division Valence, et qu'il gardera jusqu'à ce
qu'il puisse communiquer avec cette division.
Faites connaître
au général Charpentier la situation du duc de Reggio et celle de
Biéchenkovitchi, afin qu'il se mette en communication avec ces différents
points. Il est nécessaire de donner ici une consigne sévère pour qu'aucun
soldat du 4e corps, ni du 3e ni de la cavalerie, ne dépasse Vitebsk, sous
prétexte de rejoindre son corps ; tous ces hommes doivent être retenus ici et
réunis en bataillons et en escadrons de marche, pour être dirigés ensuite par
Babinovitchi sur Doubrovna. Des escouades de gendarmerie seront laissées à
Vitebsk. Il sera placé des postes au pont, sur le défilé où l'ennemi était en
position, afin de ne laisser passer aucun détachement qui voudrait entrer ici
et de les prévenir que tous leurs corps sont sur la droite. L'exécution de
cette mesure peut sauver beaucoup d'hommes ; sans quoi tous les traîneurs iront
dans la plaine se faire prendre par les cavaliers ennemis. Je désire laisser
ici 3,000 hommes de garnison. Une compagnie de sapeurs et une d'ouvriers du
Danube resteront pour les différents travaux. J'ai destiné les trois bataillons
de la Vistule à former la garnison de cette place; faites-moi connaître quand
ils arrivent. Il y a un régiment de marche de trois bataillons qui a été formé
à Mayence, qui est resté longtemps à Thorn, à Königsberg et à Vilna, qui est
parti de cette ville; faites-moi connaître quand il arrive ici. Je laisse
encore le régiment de flanqueurs de la Garde, qui est de 1,000 hommes. Ces forces réunies feront près de 4,000 hommes. Je
suppose qu'il y a ici un commandant d'armes et deux adjudants de place. Un
bataillon de Hesse-Darmstadt et différents détachements de la Garde arriveront
successivement demain et après-demain; faites-moi connaître leur force et le
jour de leur arrivée; je les laisserai ici, en attendant que les bataillons de
la Vistule soient arrivés.
Vitebsk, 10 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
donnez ordre aux généraux Friant, Gudin et Morand de se diriger à petites
journées, de manière à être arrivés le 13 entre Lioubavitchi et Rossasna, sur
le Dniepr, d'où ils enverront des officiers auprès du prince d'Eckmühl, qui
est à Doubrovna, et de qui ils recevront des ordres. Ils préviendront également
de leur mouvement le duc d'Elchingen, afin que, s'il arrivait quelque
événement imprévu, il puisse savoir où les trouver.
Vitebsk, 10 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, je
désire que vous donniez l’ordre que les 1,000 quintaux de farine chargés sur
les voitures du 6e bataillon d'équipages militaires partent pour Babinovitchi,
à cinq heures du matin; ils y arriveront en deux ou, au plus, trois jours.
Donnez l'ordre que le petit quartier général, tel que je l'ai réglé, soit prêt
à partir aujourd'hui à deux heures après midi. Remettez-m'en
l'état du personnel et du matériel à midi. Les boulangers et constructeurs
resteront aujourd'hui pour continuer les fours et faire du pain. Ils ne
partiront que demain.
Donnez l'ordre au
général Chasseloup de tenir prêts à partir demain tout le personnel et le
matériel du génie, hormis une compagnie de sapeurs et une d'ouvriers du Danube,
qui resteront pour les ponts, les fours et les moulins de Vitebsk. Cependant
tout le personnel continuera à travailler aujourd'hui. Remettez-moi à midi
l'état de ce qui partira.
Donnez l’ordre au
général Éblé de partir aujourd'hui pour Babinovitchi avec trente-deux pontons
et les outils et agrès nécessaires. Il laissera ici une compagnie pour garder
le reste de l'équipage de pont. Il fera marcher la moitié du 4e bataillon
d'équipages de la marine militaire et deux compagnies de pontonniers avec les
pontons, et gagnera les devants avec le reste de son monde, muni d'outils et
agrès nécessaires pour construire des ponts de radeaux. Il me fera connaître le
moment de son arrivée à Babinovitchi, ainsi que l'arrivée des pontons.
Donnez l'ordre au
général Sorbier de se mettre en route aujourd'hui pour Babinovitchi avec les
trois batteries de réserve de la Garde.
Vitebsk, 10 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
écrivez au général Loison pour lui faire connaître qu'il est nécessaire
d'envoyer du corps prussien qui se trouve dans la province de Königsberg une
brigade de 2,000 hommes, avec une batterie d'artillerie, à Memel. Cela ne
compterait pas sur le contingent, et tiendrait garnison à Memel. Il
préviendrait de ce mouvement le duc de Tarente et le général Grawert, qui, par
ce moyen, seraient plus forts devant Riga.
Faites connaître
au général Loison que je vois avec peine les bâtiments qu'on a mis dans la
passe de Pillau ; qu'il les fasse retirer ; que les seules batteries sont
suffisantes et que les bâtiments sont inutiles; qu'au contraire ils tenteront
les Anglais d'envoyer nuitamment des embarcations pour les enlever; que c'est
donc une disposition mauvaise et une dépense inutile.
Vitebsk, 10 août
1812, après midi
Au maréchal
Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à
Doubrovna.
Mon Cousin, la
division Gudin est à Babinovitchi; la division Morand est à trois lieues en
arrière de Liozno; la division Friant est à Falkovitchi.
J'ai donné l’ordre que, dans la journée de demain 11 et celle d'après-demain
12, ces trois divisions s'approchent insensiblement du Borysthène, de manière
à pouvoir être le 13 à Rossasna. Elles se trouveront ainsi naturellement sous
vos ordres. Placez-les dans de bonnes positions entre Rossasna et Liozno.
Les nouvelles que
je reçois sont que l'ennemi s'est entièrement retiré; on a poussé à plusieurs
lieues en avant et on ne l’a point trouvé.
Vitebsk, 10 août 1812. cinq
heures du soir.
Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl,
commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.
Mon Cousin, je vois
par votre lettre du 9 que la route de Doubrovna est la meilleure; mais il me
semble que de Babinovitchi à Doubrovna il y a une lieue de plus que de
Babinovitchi à Rossasna , et qu'il y a, en outre,
trois lieues de Doubrovna à Rossasna. Je perdrais donc quatre heures ou presque
une marche. Je préfère, en conséquence, avoir les ponts à Rossasna. Je
voudrais aussi en avoir à
l'intersection de la route de Lioubavitchi à Liady du côté de Khomino. Le 13, toute l'armée va être sur Rossasna. Je
dirige le duc d'Elchingen par Lioubavitchi sur l'intersection de la route
vis-à-vis Liady, point où il jettera un pont; il gagnera ainsi Liady et formera
l'avant-garde. Le vice-roi se dirige sur Rossasna par Liozno; il y sera le 13.
Je vous ai fait connaître que vos trois divisions se dirigent
également sur Rossasna. La Garde se dirige sur Rossasna. Il est possible que je
charge le duc d'Elchingen de faire l'avant-garde, avec le roi de Naples commandant le corps de Grouchy, le corps de
Nansouty, le corps de Montbrun, la cavalerie légère du duc d'Elchingen et, s'il
est nécessaire, la vôtre, celle du vice-roi et celle de la Garde. Vous
marcherez après le duc d'Elchingen avec vos six divisions. Le vice-roi marchera
après vous, et en6n la Garde. Faites en sorte que
le prince Poniatowski puisse être le 13 à portée, soit à Romanovo, soit à Baïévo. Vous
réunirez derrière le corps du prince Poniatowski tous les Westphaliens.
Je n'ai pas pu
avoir l'état du corps du prince Poniatowski ; mais je suppose que cavalerie,
infanterie et artillerie, et réuni au duc d'Abrantès, cela doit bien faire
30,000 hommes. Le général Latour-Maubourg occupera Mohilef et sera à portée de
venir me rejoindre, s'il est nécessaire. Il reprendra ensuite sa position à
Bobrouisk, où d'ailleurs il peut laisser quelques colonnes mobiles ; mais il
est bon que son infanterie et le gros de sa cavalerie soient avec lui, a6n
qu'il puisse rejoindre le prince Poniatowski pour livrer bataille. Je vois avec
plaisir que demain au soir nous aurons des fours à Doubrovna. Il serait utile
d'en avoir aussi à Rossasna. Vous ne me faites pas connaître si vous en avez à
Orcha, où il est également nécessaire d'en avoir. Portez-vous à Rossasna dans
la journée du 12, et réunissez-y tout ce que vous avez. Aussitôt que les 1e, 2e
et 3e divisions vous auront rejoint, rendez-leur leurs sapeurs; elles ont
beaucoup souffert de ne pas en avoir.
Vitebsk, 10 août
1812.
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée,
à Vanovitchi.
Mon Fils, je
reçois votre lettre du 10. J'approuve que votre corps se réunisse demain à Velechkovitchi, de manière à être le 13 à Rossasna, où je
serai de ma personne. Faites-vous précéder de vos pontonniers, marins,
sapeurs, afin que, lorsque vous serez arrivé à Lioubavilelii,
si cela était convenable, au lieu de passer à Rossasna, vous puissiez passer sur
la route de Lioubavitchi à Liady, où vous jetteriez un pont. Il est nécessaire
que votre arrière-garde, qui est à Souraje, y reste jusqu'au 14, c'est-à-dire
jusqu'au moment où le mouvement offensif sera fortement prononcé. Elle pourra
vous rejoindre par la route que vous aurez prise, et, en cas d'événement, se
jeter sur Vitebsk.
Vitebsk, l0 août
1812.
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc
de Feltre, je crois vous avoir mandé d'envoyer six cohortes d'anciens Français
à Bremen. Je crois encore vous avoir mandé d'envoyer, en cas de descente à
Bremen, une deuxième brigade de cohortes, celle qui est à Utrecht, et de faire
partir en même temps pour Wesel la brigade qui est à Paris. Ces dix-huit
cohortes, destinées à défendre la 32e division, seraient alors à la disposition
du duc de Castiglione.
Je crois vous
avoir dit d'envoyer deux autres compagnies d'artillerie de ligne dans la 32e
division militaire, outre celles du 9e et indépendamment des compagnies
d'artillerie des cohortes. Je pense aujourd'hui qu'il est convenable que vous
fassiez partir deux autres compagnies d'artillerie de ligne pour la Pomeranie
suédoise. Si elles y sont de trop, elles serviront pour Stettin. Envoyez-en une
de plus à Magdeburg et une de plus à Spandau. Ce sera donc six compagnies d'artillerie
de ligne dont vous affaiblirez l'intérieur. Dans le projet que vous m'envoyez
et auquel je répondrai incessamment, vous me proposez d'en tirer vingt ; ainsi
il n'y aura pas d'inconvénient.
Je vous recommande
de porter une attention particulière au 11e corps. Envoyez-y un bon chef
d'état-major, les généraux du génie et d'artillerie qui sont nécessaires, et un
bon ordonnateur. Envoyez-y deux compagnies de sapeurs et une de pontonniers.
Chacune des trois premières divisions du duc de Castiglione doit avoir deux
batteries de seize pièces d'artillerie attelées. La 4e division, qui est celle
du général Morand (Joseph), a l'artillerie hessoise; ainsi l'artillerie du 11e
corps se composerait donc de quarante-huit pièces françaises et huit hessoises.
Si la descente
avait lieu en Pomeranie, le duc de Castiglione pourrait tirer des munitions de
Stettin, de Spandau et de Magdeburg.
Si la descente
avait lieu dans la 32e division militaire ou dans le Mecklenburg, Stettin et
Magdeburg seraient encore à portée de ces différents points; mais il est
nécessaire que le maréchal ait auprès de lui un commandant du génie, et que
vous fassiez pour chacun une instruction qui leur fasse connaître les
ressources d'artillerie et du génie qui sont dans ces places. Je ne sais pas si
Coeverden et Delfzyl, en cas que la guerre ait lieu à Hambourg, ne pourraient
pas fournir quelques ressources.
Il faut que le
général Heudelet ait un officier du génie et deux d'artillerie. Je suppose que
le général Morand les a déjà. Enfin, en cas de descente, vous devez donner
ordre au général commandant la 32e division et aux préfets de cette division de
fournir par réquisition les chevaux nécessaires pour atteler seize autres
pièces et porter l'artillerie de la division Heudelet à trente-deux pièces.
Mandez au général
Morand d'organiser des attelages pour seize pièces de canon; il fera les
réquisitions nécessaires dans le pays. On pourrait également organiser dans le
Hanovre et dans le Mecklenburg des attelages de réquisition pour les deux
autres divisions. Enfin occupez-vous de ce corps d'armée. Ce n'est pas que je
croie que les Russes, dans le moment actuel où nos avant-postes ne sont qu'à 80
lieues de Moscou, et où nous allons assiéger Riga, puissent faire diversion de
ce côté, mais il convient d'y être en mesure.
J'ai renvoyé
l'équipage de Magdeburg pour l'armement de Danzig, qui n'était pas assez fort.
Cet équipage nous était devenu inutile depuis l'occupation de Dinabourg.
Vitebsk, 10 août 1812
Au comte Mollien, ministre du trésor, à
Paris
Monsieur le Comte
Mollien, j'ai reçu la balance du trésor pour les premiers six mois de l'année.
Je n'ai pas pu la lire avec toute l'attention que j'aurais voulu y donner. Les
droits réunis et l'enregistrement doivent rendre ce qu'ils ont promis; les
douanes seules sont douteuses. Parlez-en au ministre du commerce, afin
d'arrêter nos idées là-dessus. Quant aux 40 millions de l'extraordinaire, ils
seront couverts soit par 40 millions de biens des États romains, soit par 40
millions que produira le pays. Car, comme le trésor fait des budgets pour l'armée,
les recettes que fera l'armée entreront au trésor. Ayez soin que ces dernières
soient imputées sur l'extraordinaire.
J'ai frappé 2
millions de roubles de contribution sur la Courlande ; on a trouvé dans les
caisses environ un million de roubles; il est vrai que ce n'est que du papier,
mais cela fait toujours 3 millions de francs.
J'ai des magasins
de sel considérables à Borisof ; j'en ai ici pour 15 à 20 millions. On m'assure
qu'au moment du traînage, la Courlande viendra les prendre. Il serait bon que
le ministre de la marine profitât de cette circonstance pour se procurer des
mâts; je n'ai pas le temps d'en écrire au ministre de la marine ; voyez-le pour
cela.
Ces mâts
formeraient toujours une ressource, vu qu'ils pourraient être payés par le
budget de la marine. Écrivez au payeur ici pour que les recettes du pays soient
tenues en compte particulier et pour qu'il vous en instruise. Vous aurez soin
de lui communiquer les dépenses que vous ferez par le budget, en ayant égard à
la dépréciation des valeurs.
Vitebsk, 11 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, écrivez à mon ministre à Berlin pour demander qu'en cas de descente
sur un point quelconque des cotes le roi de Prusse fournisse un millier de
chevaux et douze pièces d'artillerie, soit de Kolberg, soit de Graudenz.
Écrivez à mon ministre à Dresde pour que dans le même cas la Saxe fournisse
deux bataillons d'infanterie, un régiment de cuirassiers et douze pièces de
canon. Écrivez à Stuttgart pour qu'on fournisse deux bataillons d'infanterie,
un régiment de cavalerie et douze pièces de canon. Écrivez à Munich pour qu'on
fournisse quatre bataillons, un régiment de cavalerie et douze pièces de canon
; à Bade pour qu'on fournisse un bataillon d'infanterie, 500 chevaux et six pièces
de canon. Demandez que ces différentes troupes soient tenues prêtes à marcher
à la première demande qu'en ferait le duc de Castiglione. Vous chargerez mes
ministres de vous faire connaître si l'on peut compter là-dessus et si l'on
peut même espérer davantage.
Écrivez au comte
Saint-Marsan qu'il serait convenable que la cour de Prusse écrivît à Stockholm
que la moindre entreprise qui serait faite contre le continent, soit en Prusse,
soit dans la Poméranie, soit dans la 32e division militaire, tendant à troubler
la tranquillité de l'Allemagne, provoquerait la marche de 30,000 Prussiens de
la Silésie et des autres parties du royaume. Cette démarche faite par le roi à
Stockholm, et notifiée au ministre suédois à Berlin, pourrait être utile. On ne
redoute pas ce que peuvent faire les Suédois avec les Anglais et les Russes,
mais une notification de ce genre, soutenue d'un ton fier et ferme, pourrait
éloigner toute idée d'inquiéter l'Allemagne.
Vitebsk, 11 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, le 6e
bataillon d'équipages militaires est parti hier avec 1,000 quintaux
de farine : il doit arriver ce soir à Babinovitchi. Donnez ordre à ce convoi de
continuer sa route pour Doubrovna, où je désire qu'il soit arrivé demain 12, ou
au plus tard après-demain 13. Instruisez le prince d'Eckmühl de ce mouvement,
et faites-lui connaître que les farines appartiennent à la Garde.
Donnez ordre au
général Éblé de diriger les pontons sur Doubrovna ,
parce que ce chemin est le meilleur ; mais que lui, avec son équipage léger, se
porte sur Rossasna ; que je désire qu'il soit de bonne heure, le 13, à
Rossasna, afin que dans la nuit il m'établisse là quatre ponts de radeaux.
Instruisez le prince d'Eckmühl de l'arrivée du général Éblé à Rossasna et de
celle des pontons par Doubrovna.
Donnez ordre au
général Chasseloup de se diriger sur Rossasna avec son équipage du génie, et
d'y être le 13, afin de travailler promptement avec le général Éblé à y établir
quatre ponts pour le passage de l'armée.
Instruisez encore
le prince d'Eckmühl de l'arrivée du général Chasseloup, en lui faisant
connaître que l'équipage du génie a une cinquantaine de voitures et 7 à 800
hommes ; que c'est à lui à protéger tout cela et à les diriger différemment,
s'il y avait le moindre danger.
Vitebsk, 11 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, donnez
ordre au commandant de la 32e division militaire de faire partir sur-le-champ
le sieur Bourrienne de Hambourg et de la 32° division militaire, et de le
renvoyer en France sous peine d'être arrêté vingt-quatre heures après la
signification du présent ordre.
Vitebsk, 11 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, il
résulte d'un état que m'a remis hier l'intendant général que la 3e et la 5e
compagnie du 14e bataillon des équipages militaires devaient arriver le 9 à
Vitebsk avec 165 voitures, portant 900 quintaux de farine; que les 3e et 5e
compagnies du 7e bataillon devaient arriver le 10 avec 25 voitures portant 112
quintaux; que la 6e compagnie du 20e bataillon devait arriver le 10 avec 24
voitures et 257 quintaux de farine; que la 2e compagnie du 6e bataillon, ayant
61 voitures et 365 quintaux, devait arriver le 10; qu'ainsi donc, entre le 9 et
le 10, il devait arriver 295 voitures portant 1,634 quintaux de farine.
Faites-moi connaître s'il y a des nouvelles de ces voitures, et quand elles
arriveront; faites dépouiller les situations du commandant de place pour
savoir où elles se trouvent
La 1e compagnie
du 6e bataillon, forte de 22 voitures portant 76 quintaux de farine, 28 de riz
et 7,000 rations de pain biscuité, a dû arriver le 8; la 1e compagnie du 7e
bataillon, forte de 18 voitures portant 135 quintaux, a dû arriver le 8; la 6e
compagnie du 14e bataillon, ayant 90 voitures et 220 quintaux de farine, a dû arriver
le 8 ; la 5e compagnie du 16e bataillon, ayant 03 voitures et 178 quintaux de
farine, a dû arriver le 9; ainsi donc, le 8 et le 9, il devait arriver 193
voitures portant 6 à 700 quintaux.
Enfin, au 12, qui
est aujourd'hui, il devrait être arrivé 900 voitures portant 440 quintaux de
farine, 220 quintaux de seigle, 28 quintaux de riz; ce qui, joint aux 243
voitures qui sont ici, aux 80 du quartier général et aux 60 voitures du 6e
bataillon qui sont parties, ce qui fuit 383 voitures, ferait 1,283 voitures
présentes à l'armée; ce qui ne laisserait pas d'être une ressource
considérable.
Vitebsk, 12 août
1812, trois heures du matin.
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée,
à Liozno.
Mon Fils, le roi
de Naples est aujourd'hui à Lioubavitchi. Il fait occuper tous les bords de la
petite Berezina. La division Bruyère occupe Roudnia. Votre mouvement se fera
derrière le rideau. Il est bien nécessaire que vous envoyiez des officiers avec
de petites patrouilles sur la route de Yanovitchi à Vitebsk, et que votre
arrière-garde, qui est à Souraje, en envoie également sur la route de Vitebsk,
pour faire replier sur Vitebsk tous les traîneurs isolés, en leur disant même
que l'ennemi arrive, pour leur faire peur : c'est indispensable pour sauver
bien des gens qui iraient se faire prendre. Un autre moyen, c'est de marcher
doucement et de bien tenir tout votre monde réuni. Il faut même laisser une
arrière-garde à Liozno, si le duc d'Elchingen n'en a pas laissé une, pour
rallier derrière vous les traîneurs. Je laisse le général Guyon à Vitebsk pour
battre la plaine. Je lui ai donné ordre de se mettre en communication avec le
commandant de votre arrière-garde à Souraje. Recommandez bien à ce commandant
d'ôter le pont sur la Dvina.
Je ne serai que
le 13, à midi, à Babinovitchi. S'il y avait quelque chose de très-important,
envoyez-le-moi en double à Babinovitchi et, pour le cas où quelque circonstance
aurait retardé mon départ, à Vitebsk.
Vitebsk, 12 août 1812, trois heures du
matin.
Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl,
commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.
Mon Cousin, le
roi de Naples sera aujourd'hui 12, à midi, à Lioubavitchi. Vos trois divisions,
le duc d'Elchingen et le vice-roi, tout est en mouvement sur le Dniepr. La
Garde sera aujourd'hui à Babinovitchi. Je suppose que vous avez mis en
mouvement le 8e et le 5e corps. Le général Éblé doit être demain à Rossasna
avec tous les moyens pour jeter des ponts. L'équipage de pont, qui n'arrivera
probablement que le 14, se rendra à Doubrovna; c'est aussi sur Doubrovna que
j'ai dirigé différentes voitures chargées de farine. Le major général doit vous
avoir instruit de tout cela. Peut-être partirai-je ce soir 12 pour me rendre à
Babinovitchi; peut-être ne partirai-je que demain 13. Dans tous les cas, je
désire trouver à Babinovitchi un de vos officiers qui connaisse tous les
chemins et puisse me donner des renseignements sur les lieux où vous êtes et
sur la position de toutes les troupes.
Vitebsk, 12 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
envoyez un officier au duc de Reggio pour lui faire connaître que nous n'avons
pas reçu de ses lettres depuis celle du 8 à neuf heures du matin ; que des
rapports me feraient penser que des troupes du corps de Wittgenstein sont en
mouvement pour gagner Nevel et Velije ; que j'aurai mon quartier général à
Doubrovna, sur le Borysthène, le 20, et que l'armée, sur la rive droite du
Borysthène, marchera sur Smolensk ; qu'il n'y a à Vitebsk qu'une garnison de
3,000 hommes; qu'il est donc nécessaire qu'il couvre toujours cette place
contre les agressions du corps de Wittgenstein, et surtout qu'il nous donne des
nouvelles tous les jours; que cette manière de rester trois ou quatre jours
sans écrire est tout à fait contraire au bien du service; qu'il a dû
correspondre avec le duc de Tarente, qui est à Dinabourg et y a réuni toute sa
7e division.
Napoléon.
Vitebsk, 12 août
1812
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
donnez ordre au duc de Danzig de partir demain à la pointe du jour de
Babinovitchi pour se rendre, par Sitna, sur le Dniepr, vis-à-vis Rossasna,
conformément au croquis ci-joint. Il y trouvera le général Grouchy et le prince
d'Eckmühl. Le duc de Trévise suivra ce même mouvement, ainsi que le petit
quartier général, le parc du génie et l'équipage de pont.
Vitebsk, 12 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
écrivez au duc de Castiglione que vous ne comprenez pas comment il dit qu'il n'a
pas un seul homme de cavalerie, puisqu'il a un beau régiment saxon de 700
hommes qui lui sera fourni aussitôt qu'il en aura besoin, mais qui sert en ce
moment à la garde du roi de Saxe ; qu'il a an régiment de dragons à Hanovre,
déjà fort de 800 hommes et qui le sera bientôt de 1,600; que quant à des
expéditions d'armée de 60,000 hommes, cela est absurde; que les Anglais et les
Russes ont autre chose à penser qu'à faire des descentes; que la Suède, si
elle veut tenter quelque chose, attaquera la Norvège; que dans tous les cas
cette puissance ne peut exposer plus de 15,000 hommes; qu'il est toutefois
nécessaire qu'il aille inspecter la côte, qu'il passe la revue des troupes et
reconnaisse par lui-même les localités.
Vitebsk, 12 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, j'ai
demandé à Borisof 6,000 quintaux de farine : 2,000 sont arrivés ; il faut faire
diriger les 4,000 autres sur Orcha. Si ce convoi était déjà en route, il
faudrait ordonner que de l'endroit où il serait rencontré bu le dirigeât sur
Orcha ou Babinovitchi. J'ai également fait réunir des moyens de vivre à Lepel;
il faut les diriger sur Orcha. Enfin le district de Sienno est en bon état;
envoyez-y un officier d'état-major avec des agents de l'intendance pour
requérir 4,000 quintaux de farine et les diriger sur Orcha.
Quant à la route
de l'armée, faites étudier une route qui de Kamen vienne sur Orcha. Par ce
moyen, tous les détachements qui sont en ce moment en route pour venir à
Vitebsk me rejoindront bien plus promptement. Je pense que de Kamen à Sienno et
de Sienno à Orcha il y a un bon chemin et un bon pays. Tracez cette route et
faites-la organiser. Orcha doit être considéré comme devenant le point d'appui
de l'armée aussitôt que j'aurai passé le Dniepr et que je serai en marche sur
Smolensk. Écrivez à Minsk, au gouverneur, que j'ai besoin de 10,000 quintaux de
farine, qu'il les requière et les dirige sans délai sur Orcha. Demandez aussi
50,000 pintes d'eau-de-vie.
Vitebsk. 12 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin, je
viens de voir un ordre que le major des équipages vient de donner à deux
compagnies, de se rendre au quartier général du 3e corps. Cet ordre est
absurde, puisque le quartier général d'un corps change à chaque instant; il
laissait l'officier dans l'incertitude sur ce qu'il avait à faire; aussi
celui-ci allait-il prendre la direction qu'il ne fallait pas. Le major des
équipages ne doit donner aucun ordre de départ, mais il doit aller à
l'état-major général pour demander l’ordre, et, quand l'état-major n'y est pas,
il doit s'adresser au commandant de la place, sans quoi le plus grand désordre
existerait. Si, au lieu de donner cet ordre ridicule, le major était venu à
l'état-major général, il en aurait reçu un ordre de départ pour Babinovitchi et
Doubrovna. Tous les ordres de mouvement doivent venir de l'état-major général
ou du commandant de la place; sans quoi, tous les mouvements ne pouvant être
communiqués à tous les chefs de service, il en résulterait beaucoup de
confusion. Donnez des ordres et prenez des mesures pour que cela n'arrive plus.
Vitebsk, 2 août
1812
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.
Mon Cousin,
donnez ordre que 243 voitures des équipages militaires appartenant à
différents bataillons, et qui se trouvent ici à vide et disponibles, partent à
deux heures. Elles se dirigeront par Babinovitchi sur Doubrovna. Un
commissaire des guerres et des agents des transports seront placés à la tête de
ce convoi; un détachement de gendarmerie et quelques troupes en feront partie.
Ils ramasseront tout ce qu'ils pourront trouver sur la route en farine, blé,
seigle et avoine. Vous recommanderez que ces voitures ne perdent pas de temps
en route; elles nous seront nécessaires, tant pour tirer parti de ce qui se
trouvera dans les localités que pour les ambulances et le transport des
blessés.
Vitebsk, 12 août 1812, cinq heures du soir.
Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl,
commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.
Mon Cousin, je
serai à la pointe du jour à Babinovitchi, où j'espère trouver un de vos
officiers, qui me fera connaître le chemin que je dois prendre et le lieu où
sont les troupes. Vous pouvez faire avancer vos troupes sur la grande route
jusque vis-à-vis Rossasna, c'est-à-dire jusqu'à Koziany
sur la petite rivière de Rossasna. Comme il paraît que l'ennemi voudra défendre
la petite rivière de Mereya, frontière de l'ancienne
Russie, il sera bon que le prince Poniatowski et le duc d'Abrantès soient
placés de manière à ne rien compromettre. Envoyez un officier au roi de Naples,
qui doit être aujourd'hui à midi à Lioubavitchi. Vous lui ferez connaître que
je serai demain à Rossasna, et que, s'il a des nouvelles du vice-roi et du duc
d'Elchingen, il vous en donne. Tout porte à penser
qu'il y aura une grande bataille à Smolensk, il nous faut donc des hôpitaux. Il
en faut à Orcha, Doubrovna, Mohilef, Kokhanovo, Bobr, Borisof et Minsk. Faites
choisir l'emplacement de ceux de Doubrovna et d'Orcha. Informez-vous s'il y a
entre Doubrovna et Smolensk quelque couvent ou quelque grand château. Le grande
quartier général part demain à cinq heures du matin pour Doubrovna ; il y sera
en trois jours, c'est-à-dire le 15. Ayez soin que vos sapeurs et constructeurs
de fours partent, aussitôt que l’avant-garde aura passé, pour Liady, afin d'y
construire sur-le-champ des fours. Je suppose que vous avez fait venir à Doubrovna
votre parc général, ainsi que ceux du prince Poniatowski et du 8e corps, afin
qu'ils puissent s'approcher à cinq ou six lieues en arrière, et réparer toutes
les pertes en munitions que l'on fera pendant la bataille.
Vitebsk, 12 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de
Bassano, faites-moi connaître quand je pourrai retirer de Kovno, de Minsk, de
Grodno et de Vilna les différentes troupes que j'y ai, et les remplacer par les
nouvelles troupes lithuaniennes , pour la police et
la garde des dépôts.
Bivouac de Boyarintsova, entre Krasnoï et Siniski, 15 août 1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, je suis à Krasnoï; je marche sur Smolensk. Il est possible qu'il y
ait demain ou après une grande bataille. Une affaire d'avant-garde a eu lieu
hier : la 27e division russe a été écrasée ; huit pièces de canon, dont six de
12 et deux obusiers, ont été prises; 1,200 à 1,500 prisonniers ont été faits.
Les opinions des prisonniers sont partagées. Les uns prétendent que l'armée
ennemie est tout entière sur Smolensk; d'autres qu'il n'y en a qu'une partie.
Donnez ces nouvelles à Paris. Donnez-les aussi au duc de Bellune, au gouverneur
de Königsberg et au duc de Castiglione. Communiquez-les également au général
Reynier et à Varsovie. Vous aurez écrit au gouverneur de Minsk de bien
organiser les postes jusqu'à Orcha, puisque c'est par cette route que passe
aujourd'hui notre correspondance.
Smolensk, 18 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, je rentre à l'instant; la chaleur est excessive et il y a beaucoup
de poussière, ce qui nous fatigue un peu. Nous avons eu ici toute l'armée
ennemie; elle avait ordre de donner ici bataille, et ne l'a pas osé. Nous avons
pris Smolensk de vive force. C'est une très-grande ville, ayant une muraille et
des fortifications respectables. Nous avons tué à l'ennemi 3 à 4,000 hommes,
blessé
le triple, et trouvé ici beaucoup de pièces de canon; plusieurs de ses généraux
de division ont été tués, à ce qu'on dit ici. L'armée russe marche fort
mécontente et très-découragée dans la direction de Moscou. Schwarzenberg et
Reynier réunis ont battu les Russes. l
(Note de
l'original. — Sa Majesté s'étant jetée sur son lit immédiatement après avoir
dicté cette lettre, et l'estafette étant partie sans retard, cette lettre est
envoyée à M. le duc de Bassano sans être signée.)
Smolensk, 19 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
donnez ordre au général de division Claparède de prendre position dans la tête
de pont de la ville au-delà du Dniepr. Faites-lui connaitre qu'il cesse de
faire partie du corps du prince d'Eckmühl avec sa division et qu'il retourne
sous les ordres du duc de Trévise.
Donnez ordre au
vice-roi de placer ses troupes sur les hauteurs de Smolensk, à peu près dans la
position qu'occupait le duc d'Elchingen, afin de pouvoir déboucher sur la rive
droite sur les deux ponts du duc d'Elchingen, aussitôt que la cavalerie aura
débouché. Qu'il laisse la division italienne et la cavalerie légère bavaroise
où elles sont, jusqu'à ce que mes derrières soient nettoyés des coureurs
ennemis. Les garnisons qui étaient à Rossasna et à Khomino
renforceront la garnison de Krasnoï.
Donnez ordre au
prince Poniatowski de réunir son corps d'armée dans une position sur la droite
de la ville, de rallier ses corps, de faire faire des appels, de bien
reconnaître sa situation, les places vacantes par mort, et défaire des
propositions pour les remplacements, de faire éclairer notre droite jusqu'à
dix lieues, le long de la rive gauche du Dniepr.
Smolensk, 19 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
écrivez la lettre suivante au duc de Reggio : « J'ai reçu vos lettres du 14.
L'Empereur a vu avec peine que vous ne suiviez pas Wittgenstein
, auquel vous êtes opposé, et que vous laissiez ce général maitre de se
porter sur le duc de Tarente ou de passer la Dvina pour faire une incursion sur
nos derrières. Vous avez les notions les plus exagérées sur les forces du
général Wittgenstein, qui n'a que deux ou au plus trois divisions de troupes de
ligne, six 3e bataillons sous les ordres du prince Repnin, et quelques milices
qui ne valent pas la peine d'être comptées. Il ne faut point que vous vous en
laissiez imposer par des pièges aussi grossiers. Les Russes publient partout
et sur les derrières la victoire éclatante qu'ils ont remportée sur vous,
puisque sans raison vous les avez laissés coucher sur le champ de bataille. La
réputation des armes à la guerre est tout et équivaut aux forces réelles. Sa
Majesté vous ordonne de chercher Wittgenstein et de l'attaquer partout où vous
le trouverez, ayant soin de le manœuvrer s'il a une forte position ; s'il n'a
point de position, il ne peut vous résister.
Le duc de
Tarente, qui a ordre de se porter tout entier sur Riga, pour faire le siège de
cette place, se trouve arrêté, par l'effet de vos manœuvres, sur Dinabourg. IL
ne faut point que vous ajoutiez foi aux bruits répandus par l'ennemi que Repnin
commande une division de la garde. Le prince Repnin n'est que général de
brigade; il a jadis fait partie de la garde, mais depuis Austerlitz il en a été
retiré. Vous n'avez de la garde qu'un escadron de Cosaques et un escadron de
dragons. Le principe des Russes dans cette guerre est de disséminer les
bataillons de garnison dans les différentes armées, afin de rendre plus
difficile la connaissance de leurs mouvements et de leurs forces. C'est ainsi
que Tormasof a eu en Volhynie la réputation d'avoir 60 à 80,000 hommes. Le
prince Schwarzenberg a marché à lui avec 25,000 Autrichiens; ce fantôme s'est
dissipé. Tormasof s'est trouvé n'avoir que deux divisions d'infanterie et deux
de cavalerie formant 4,000 hommes; elles ont été dispersées, battues et ont
perdu 3,000 hommes; on les a poursuivies pendant l'espace de vingt lieues ; on
les poursuivait encore en Volhynie au départ de l'officier porteur des
dépêches. Devant nous, les Russes disent avoir 300,000 hommes. Les habitants,
officiers, généraux, tout le monde le dit. Le fait est que, si l’on ôte les
milices armées de piques et quelque 3e bataillons qui ne comptent pas, ils
n'ont que le tiers de ces forces. »
Smolensk, 19 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin, donnez
ordre que le pont sur pilotis de Smolensk soit rétabli, et que le génie
commence à y travailler dès aujourd'hui.
Smolensk, 19 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
mandez au duc de Reggio qu'au combat de Krasnoï le roi de Naples et le duc d'Elchingen
ont fait 1,500 prisonniers, pris huit pièces de canon et quatorze caissons
attelés, et tué beaucoup de monde à l'ennemi; en outre, que nous avons
poursuivi l'ennemi sur Smolensk, qui a une chemise en briques de dix pieds
d'épaisseur et un chemin couvert ; que la moitié de l'armée ennemie était dans
la ville et sur les glacis, et l'autre moitié sur la rive droite; que l'ennemi
a été attaqué et battu ; qu'il a laissé 4,000 hommes sur le champ de bataille;
qu'il a eu plusieurs généraux tués et 10 ou 12,000 blessés; qu'il a laissé une
centaine de pièces de canon, dont plusieurs de siège, et qu'il a repassé le
fleuve en grande hâte; que nous le poursuivons sur la route de Moscou.
Smolensk, 19 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
donnez ordre que les ponts de Khomino et de Rossasna
soient levés; que les hôpitaux et ambulances qui seraient dans ces deux
endroits soient évacués, et que les détachements qui s'y trouvent soient
employés aux garnisons d'Orcha, de Doubrovna et de Krasnoï. Il y a des fours à
Orcha et à Doubrovna ; donnez ordre que l’on en construise six à Krasnoï. La
route de l'armée sera par Minsk : organisez-la définitivement.
Smolensk, 19 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Donnez l'ordre au
prince d'Eckmühl de réunir tout son corps d'armée dans une position au-delà du
couvent, sur la hauteur, en faisant prendre la tête au général Friant, d'y
réunir également sa brigade de cavalerie légère.
Vous lui ferez
connaître que la division Claparède n'est plus sous ses ordres et rejoint le
corps du duc de Trévise.
Smolensk, 20 août
1812.
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin, je
vous prie de m'envoyer l'état des garnisons d'Orcha, de Doubrovna, de Liady, de
Krasnoï et de Korytnia, afin que je voie si cette
route est suffisamment assurée contre les incursions des Cosaques et s'il y a
des précautions à prendre. Répondez-moi de suite.
Smolensk, 20 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
donnez des ordres pour qu'aucun convoi ni troupe n'entre en ville. Le service
pour l'armée se fera autour de la place ; faites reconnaître les chemins et les
ponts à cet effet. Les convois de blessés et les voitures où seraient les
généraux qui ont quartier au quartier général pourront seuls entrer en ville.
Donnez des ordres pour que les voitures d'artillerie et d'équipages militaires
soient parquées hors de la ville.
Écrivez à
l'intendant général que le service des ambulances se fait mal ; qu'il est
étonnant que depuis hier, où il y a eu des engagements d'avant-garde, les
chirurgiens du quartier général, quelques ambulances et des voitures vides du
quartier général ou autres n'aient pas été envoyés à l'avant-garde pour
ramasser les blessés; que l'administration n'a aucune direction.
Donnez des ordres
pour que la ville soit partagée en quartiers, qu'il soit formé des patrouilles
d'infanterie et de gendarmerie d'une trentaine d'hommes, autant qu'il y aura de
quartiers. Ces patrouilles seront destinées à fouiller les maisons pour arrêter
les soldats russes malades qui s'y trouveraient ou enterrer ceux qui seraient
morts. Tous les prisonniers seront renfermés dans des églises ou des couvents,
sous bonne garde; et vous donnerez ordre que, sous quelque prétexte que ce
soit, aucun ne soit relâché pour faire des corvées.
On se plaint
qu'ils échappent.
Smolensk, 20 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
témoignez mon mécontentement au général Chasseloup du peu d'activité qu'il met
dans son service. Les débouchés de la ville n'ont pas été soignés par le génie,
d'où il résulte des encombrements. Aucun officier du génie n'a suivi
l'avant-garde, soit pour réparer les ponts, soit pour en construire sur chaque
ruisseau et par là favoriser les communications d'avant-garde et les
mouvements, soit en avant, soit en retraite. Prescrivez-lui de prendre des
mesures pour que je n'aie plus de pareils reproches à faire au corps du génie
et à lui personnellement.
Smolensk, 20 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
écrivez au général Grouchy qu'il envoie au prince d'Eckmühl ses deux brigades,
lorsqu'il sera en communication avec lui (ce maréchal faisant l'avant-garde) ;
qu'il envoie de fortes reconnaissances pour s'assurer que les routes de
Roudnia et de Yanovitchi sont libres et tâcher de communiquer avec Vitebsk par
des agents; qu'il prenne enfin des informations pour faire l'historique de tout
ce qui s'est passé sur Roudnia, depuis notre départ ; qu'il marche avec la plus
grande partie de ses forces sur Doukhovchtchina; que, comme nous sommes ce soir
sur Tsourikovo, il peut arriver dans la journée de demain jusqu'à la rivière.
Smolensk, 20 août
1812, orne heures do soir.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
donnez ordre au vice-roi de faire partir, à trois heures du matin, le général
Pino avec sa division; il se rendra à grandes marches à Inkovo pour se mettre
en correspondance avec Vitebsk et agir suivant les circonstances. Donnez ordre
au général Pajol de se rendre à Inkovo pour se réunir avec la division Pino,
afin que ces deux divisions réunies, formant à peu près 8,000 hommes, infanterie
et cavalerie, puissent se porter sur Vitebsk ou tout autre point menacé. Donnez
ordre au général Pino de correspondre fréquemment avec vous, et au général
Pajol de correspondre avec le gouverneur de Vitebsk et avec le général Guyon,
qui commande la cavalerie légère, afin de ne pas manquer le moment de secourir
Vitebsk et de le dégager des Cosaques qui l'environnent. Le général Pajol sera
sous les ordres du général Pino. Faites connaître ces dispositions au général
Grouchy, afin qu'il se lie avec les mouvements qui auront lieu. Enfin faites
connaître au général Pino qu'il doit envoyer de forts partis pour purger mes
derrières et donner une vigoureuse chasse aux Cosaques qui s'y étaient glissés.
Smolensk, 20 août
1812.
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée,
au camp de Smolensk.
Mon Fils, je vous
envoie un rapport du commandant de Krasnoï. Vous n'avez donc pas donné des
ordres à la cavalerie, comme je vous l'avais dit, pour protéger mes derrières
et les couvrir des Cosaques ?
Smolensk, 21 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
écrivez au général Latour-Maubourg qu'il donne ordre à la division Dombrowski,
infanterie et artillerie, de rétrograder pour prendre la position la plus
convenable pour garder Mohilef et Minsk, tenir en respect la garnison de
Bobrouisk et le corps qui est à Mozyr. Comme ce dernier général n'a pas de
cavalerie, le général Latour-Maubourg lui donnera une brigade de cavalerie
légère forte au moins de 1,200 chevaux, ce qui devra
compléter la division Dombrowski à plus de 6,000 hommes, cavalerie, artillerie
et infanterie. Cette division fera revenir le bataillon qu'elle a à Grodno et
se mettra en mesure. Le général Dombrowski aura soin d'envoyer des rapports aux
gouverneurs de Mohilef et de Minsk, au gouverneur général de la Lithuanie à
Vilna, et de vous rendre compte de ce que fait le corps de Mozyr, de la
garnison de Bobrouisk et de ce qui se passe dans le pays.
Le général
Latour-Maubourg, avec l'autre brigade de cavalerie légère, celle de cuirassiers
et son artillerie, se portera entre Smolensk et Roslavl et fera occuper Roslavl
par des reconnaissances pour soumettre le pays. Il fera partir de Mstislavl et
de Roslavl, et autres points, des convois de farine, de bœufs, de blé,
d'eau-de-vie pour l'armée. Il établira des postes de correspondance du point où
il sera sur Minsk, afin qu'on puisse toujours lui envoyer des ordres.
Smolensk, 21 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin , donnez
l'ordre au général Chasseloup de faire partir sur-le-champ le général Kirgener
avec trois compagnies de sapeurs et une compagnie du Danube, pour suivre la
route de l'armée, raccommoder tous les ponts que l'ennemi a endommagés, et même
en construire de doubles pour faciliter les communications de l'armée, enfin
pour faire tout ce qui est nécessaire pour améliorer le chemin.
P. S. Il se
partagera au moins en six ateliers.
Smolensk, 22 août
1812, trois heures et demie du matin.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin, donnez
ordre au prince Poniatowski de laisser ici, pour être attaché à la garnison de
Smolensk, un de ses régiments de cavalerie, et de partir avec son corps pour
être rendu aujourd'hui à Bielkino, ou près de là. De là il se portera entre
Yelnia et Dorogobouje, en se tenant toujours à deux ou trois lieues sur la
droite du roi de Naples, qui était hier soir à Sloboda-Pnevo sur le Dniepr. Il
se liera avec le roi de Naples par des patrouilles, afin de suivre son
mouvement et de pouvoir prendre part aux combats d'arrière-garde qui peuvent
avoir lieu. Il couvrira la droite de partis de cavalerie.
P. S. Il écrira
plusieurs fois par jour pour donner des nouvelles de l'ennemi, nouvelles qu'il
sera plus à même de savoir que le Roi, puisque l'ennemi brûle les villages
devant lui, et que le prince, se trouvant sur la droite, pourra trouver des
villages et des habitants qui lui donneront des renseignements.
Smolensk, 22 août
1812, quatre heures du matin.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mou Cousin,
répondez au général Grouchy que j'approuve le mouvement qu'il veut faire; que,
une fois en correspondance avec le roi de Naples, il suivra ses ordres; qu'il
continue cependant à nous envoyer des renseignements; qu'il est plus à portée
de savoir ce que fait l'ennemi que le roi de Naples, puisqu'il se trouve dans
une ligne que l'ennemi ne défend pas; qu'il faut donc qu'il interroge les paysans
et qu'il en tire le plus de renseignements possible ; que le roi de Naples
était hier sur le Dniepr, à Sloboda-Pnevo.
Smolensk, 22 août
1812, quatre heures du matin.
Au maréchal
Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Pnevo.
Mon Cousin, vous
ne m'écrivez pas ; je désire que vous m'écriviez tous les jours; que vous
m'envoyiez un détail du pays, l'emplacement de vos troupes et tous les
renseignements qui peuvent m'intéresser. Je recommande au roi de Naples de ne
pas trop fatiguer les troupes par cette extrême chaleur, de n'engager que des
affaires d'arrière-garde, et de prendre position aussitôt qu'on aura lieu de
penser que l'ennemi a pris la sienne pour recevoir bataille. Vous m'aviez aussi
annoncé la carte du pays, que vous avez et qui me serait bien nécessaire.
Smolensk, 22 août
1812.
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
donnez ordre au duc d'Elchingen de partir demain de sa position pour prendre
celle de Sloboda-Pnevo, sur le Dniepr, et y faire bien rétablir les ponts. Il
sera là à portée de soutenir le roi de Naples et le prince d'Eckmühl, s'il en
est besoin.
Donnez ordre an
vice- roi de partir à deux heures du matin pour se porter sur la route de
Doukhovchtchina, qu'a suivie le général Grouchy. Il laissera ici un aide de
camp pour prendre des instructions que je ferai demain matin. Il aura soin de
laisser des postes de correspondance, afin que la communication soit
très-rapide. Il enverra demain un officier au général Grouchy afin d'avoir des
nouvelles, ce général devant déjà avoir communiqué avec le roi de Naples.
Smolensk, 22 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
envoyez un officier au général Pino, qui est à Inkovo, pour lui donner ordre de
communiquer avec Vitebsk; il s'y porterait avec tout son corps, s'il était
nécessaire pour en avoir des nouvelles; mais, s'il pense qu'on puisse se passer
de son infanterie, vu qu'il y a déjà à Vitebsk 8 à 10,000 hommes d'infanterie,
il y enverra la cavalerie du général Pajol, si cela est nécessaire pour balayer
les environs de cette ville, devant laquelle des Cosaques se sont présentés; ou
bien il se contentera, si cela est suffisant, d'y envoyer la brigade du
général Guyon, qui paraît avoir bien mal
rempli la tâche que je lui avais donnée d'éclairer Vitebsk et de protéger les
communications de cette ville avec l'armée. Ce général semble avoir peu
d'activité.
Il est nécessaire
aussi d'être bien instruit de l'infanterie que l'ennemi aurait à Souraje. Des
postes de cavalerie seront laissés d'Inkovo à Smolensk, afin que la
correspondance de ce côté puisse être rapide. Le général Pino enverra un de ses
aides de camp à Vitebsk pour en rapporter promptement le rapport de tout ce qui
s'est passé sur les deux rives.
Smolensk, 23 août
1812.
A
Madame la comtesse de Montesquiou, gouvernante des enfants de France, à Paris.
Madame la Comtesse
de Montesquiou, j'ai reçu le portrait du Roi, je l'ai trouvé fort ressemblant.
Il me fournit une occasion, que je saisis avec plaisir, de vous témoigner toute
ma satisfaction des soins que vous prenez de lui.
Smolensk, 23 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, je n'ai point reçu de lettre de vous par l'estafette arrivée
aujourd'hui.
Je donne ordre au
duc de Bellune de venir promptement sur Kovno.
Je vais retirer
le régiment illyrien et le 129e, qui sont à Vilna, pour les envoyer à Minsk ;
je suppose que les troupes du gouvernement de Vilna sont suffisantes pour la
garnison de cette ville.
Il me semble que
Bignon marche mal ; il fait des diatribes contre le gouverneur, au lieu de
l'appuyer. Le pays ne fait rien. Depuis que Hogendorp est à Vilna, les choses
ont pris une meilleure tournure; mais c'est encore bien loin de ce que cela
devrait être; le gouvernement dort.
Smolensk, 23 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
donnez ordre au duc de Bellune de marcher sur quatre colonnes pour arriver
rapidement sur Kovno.
Smolensk, 23 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
donnez ordre au duc d'Elchingen de porter son corps d'armée jusqu'à la poste de
Mikhaîlovka, si le roi de Naples est à Dorogobouje.
Instruisez-le que le vice-roi a ordre de se diriger sur le village de Prost, à
moitié chemin de Doukhovchtchina à Dorogobouje; que le prince Poniatowski est
parti hier et se dirige par Bietkino pour aller se
placer entre Yelnia et Dorogobouje ; enfin, que les Westphaliens ont ordre de
se rendre à Sloboda-Pnevo.
Donnez ordre aux
Westphaliens de partir demain pour se rendre à Sloboda-Pnevo, sur le Dniepr, et
d'y faire achever les ponts, de manière qu'il y en ait au moins quatre bons.
Vous leur recommanderez de se mettre en communication avec le général Grouchy,
qui est arrivé à Doukhovchtchina, et avec le vice-roi, qui a ordre de se Tendre
au village de Prost.
Smolensk, 23 août
1812, six heures do soir.
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée,
à Pomogaïlova.
Mon Fils, le
général Grouchy est arrivé à Doukhovchtchina. Je suppose qu'aujourd'hui votre
tête sera à Pomogaïlova. Je ne vois pas de nécessité que vous alliez jusqu'à
Doukhovchtchina; et, si les routes étaient bonnes et praticables, je désire que
vous vous dirigiez sur le village de Prost, c'est-à-dire à mi-chemin de
Doukhovchtchina à Dorogobouje.
Le roi de Naples
était ce matin à la poste de Mikhaïlovka; je suppose qu'il sera ce soir à
Dorogobouje avec le prince d'Eckmühl. Le duc d'Elchingen est à Sloboda-Pnevo ;
il se rend demain à Mikhaïlovka. Les Westphaliens se rendent à Sloboda-Pnevo.
Le général Pino
est arrivé à Inkovo. Il me semble qu'il a mal compris ses instructions,
puisqu'il parait qu'il se porte sur Vitebsk; mais Vitebsk est dégagé de tout,
et il n'avait ordre de s'y rendre qu'autant que cela serait nécessaire. Il est
donc important que lui et le général Pajol, une fois qu'ils seront bien
rassurés sur Vitebsk, reviennent vous joindre. Vous les ferez d'abord venir sur
un point de la route de Smolensk à Porietche, d'où ensuite on les dirigera
selon les circonstances.
Smolensk, 23 août
1812, au soir.
Au maréchal
Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Dorogobouje.
Mon Cousin, j'ai
reçu votre lettre du 22 à minuit. Je suppose que ; vous serez aujourd'hui à
Dorogobouje. Réunissez tout votre corps entre la poste de Mikhaïlovka et
Dorogobouje. Je donne ordre au vice-roi de se rendre sur votre gauche à Prost ;
au prince Poniatowski de se placer à droite sur la route entre Dorogobouje et
Yelnia ; au duc d'Elchingen de se porter sur Mikhaïlovka, et aux Westphaliens de
remplacer le duc d'Elchingen à Sloboda-Pnevo. Ainsi, dans vingt-quatre heures,
toute l'armée peut se réunir. J'attends de vos nouvelles ce soir pour mettre en
marche la Garde, afin que, si l'ennemi veut nous attendre, nous puissions lui
livrer bataille.
Smolensk, 24 août
1812, neuf heures du matin.
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée,
à Prost.
Mon Fils, vous
aurez reçu l’ordre que je vous ai donné de vous diriger sur Prost. Le roi de
Naples me mande que l'armée est en présence et que l'ennemi a toute son armée
en bataille à Dorogobouje; il vous en aura sans doute instruit. Il est donc
nécessaire que vous rejoigniez promptement l'armée. Je partirai cette nuit.
L'avant-garde du roi de Naples est entre Ousviate et Dorogobouje, et son
quartier général est en avant d'Ousviate.
Les nouvelles de
Vitebsk sont que l'ennemi a disparu, non-seulement du côté de Vitebsk, mais
encore de Souraje, pour se retirer sur Velije. Écrivez au général Pino, comme
de mon côté je lui ai écrit, de se mettre en marche promptement pour vous rejoindre,
et de se trouver à la bataille. Le général Pino n'a pas bien compris ses
instructions : sans aller à Vitebsk, il pouvait d'Inkovo avoir, par des
patrouilles de cavalerie et par des agents, des renseignements sur ce qui se
passait à Vitebsk. Tâchez de n'avoir point de traînards et de réunir tous vos
moyens. Si vous passez par la rive droite du Dniepr, j'ai écrit au roi de
Naples de faire jeter un pont en arrière d'Ousviate; mais on assure que la
rivière de ce côté est bien peu de chose.
Smolensk, 24 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
donnez ordre au général Claparède de partir à midi avec sa division, pour faire
une marche pour se rendre à Ponova dans la direction de Dorogobouje ;
indépendamment des huit pièces de régiment qu'a celte division, on fera marcher
avec elle toutes les pièces de la division Delaborde, à l'exception des huit
pièces de régiment de la jeune Garde qui doivent toujours être attachées à la
division Delaborde.
Vous donnerez
également ordre au général Sorbier de partir aujourd'hui avec toute la réserve
de l'artillerie de la Garde pour se diriger sur Dorogobouje. Il est nécessaire
qu'il marche le plus vite qu'il pourra. Vous donnerez ordre au duc de Trévise
de porter aujourd'hui son quartier général à Ponova, avec la division
Claparède, qui partira aujourd'hui à midi, la réserve de l'artillerie de la
Garde, l'artillerie de la division Delaborde, comme il a été dit ci-dessus, et
la division Roguet, laquelle partira à quatre heures après midi.
Donnez ordre au
duc de Danzig d'être prêt à partir dans la nuit, de faire en conséquence passer
ce soir à sept heures, lorsque tout le corps du duc de Trévise aura passé, tous
ses caissons et toute son artillerie au-delà de l'eau t afin que, s'il est
nécessaire, il puisse partir demain à deux heures du matin el faire une grande
marche.
Smolensk, 24 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin, donnez
ordre que les chirurgiens de la Garde et des différents corps partent demain
pour rejoindre leurs corps d'armée, vu que l'armée est en présence.
Donnez ordre que
le petit quartier général parte à six heures du soir.
Donnez ordre que,
dans la journée d'aujourd'hui et celle de demain, les six cents voitures du
quartier général qui sont ici partent chargées de vivres ou à vide; elles se
chargeront en route.
Smolensk, 24 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
donnez ordre au duc de Danzig de partir à deux heures du matin avec la vieille
Garde pour faire une bonne marche, sans cependant trop fatiguer son monde. Il
continuera successivement à marcher jusqu'à ce qu'il ait joint l'Empereur.
Donnez ordre au général
Delaborde de rester avec sa division et huit pièces de canon pour garder la
place de Smolensk ; il remplira provisoirement les fonctions de gouverneur
général. Indépendamment de sa division formant 4,000 hommes, il aura sous ses
ordres une compagnie du bataillon du Danube et deux compagnies de sapeurs, un
régiment polonais qui est ici et que vous lui nommerez. Vous lui ferez
connaître le commandant de la place. Le commandant de l'artillerie laissera un
officier d'artillerie, et le commandant du génie un officier du génie. Le
général Delaborde aura soin de prendre toutes les précautions pour lu garde de
Smolensk ; il fera fermer la brèche avec du bois. Il aura sous ses ordres un
commandant d'armes et quatre adjudants. Il tiendra les Cosaques éloignés de la
route de communication. Il correspondra avec les commandants de la ligne d'ici
à Orcha. Il fera approvisionner la place par des réquisitions dans les
campagnes. Il se servira de quelques membres de la municipalité restés, pour
engager les habitants à revenir; il fera faire quelques proclamations aux
habitants des campagnes, et tâchera de rassurer tout le monde.
Le régiment de
marche de la Garde et celui du 3e corps qui sont à Vitebsk auront ordre de
venir à Smolensk ; d'autres troupes doivent également y arriver, de sorte que
dans sept à huit jours la division de la jeune Garde pourra partir d'ici. Le
général Delaborde partira en laissant le commandement dans d'autres mains que
l'Empereur désignera, et en laissant une garnison de 4,000 hommes. Il sera
laissé une escouade de gendarmerie pour la police des ponts.
Le général
Delaborde aura soin d'écrire tous les jours par l'estafette de l'Empereur qui
passera, et une autre fois par la correspondance. Il retiendra les hommes
isolés et les petits détachements qui passeraient, et en formera des bataillons
de marche; il les placera dans des églises ou couvents, jusqu'à ce qu'il
reçoive l'ordre de les faire rejoindre. Il surveillera également la
manutention. Il commandera des hommes de corvée pour le service des hôpitaux
et des blessés. Il se mettra en correspondance avec les gouverneurs de
Mohilef, de Vitebsk et de Minsk, afin de s'instruire réciproquement de ce qu'il
y aurait de nouveau. Il aura soin de marquer la place que chaque individu doit
occuper en cas d'alerte; enfin il travaillera autant que' possible à la
réorganisation de la ville.
P. S. L'aide de
camp Caulaincourt restera la journée de demain ici pour mettre le général
Delaborde au fait.
Smolensk, 24 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin, vous
trouverez ci-joint un bon sur l'intendant pour fournir au prince Schwarzenberg
une seconde avance de 500,000 fr.
Faites connaître
au prince ma satisfaction de la victoire qu'il a remportée; que demain je
marche sur l'ennemi, qui a l'air de prendre position à vingt lieues d'ici, sur
la route de Moscou ; que je désire qu'il fasse en sorte que Tormasof et les
troupes que l'ennemi peut avoir en Volhynie ne viennent pas se porter sur moi ;
que je lui recommande de les occuper.
Écrivez au
général Reynier dans le même sens.
Vous ferez
connaître au prince Schwarzenberg que j'ai demandé à l'empereur d'Autriche que
tous les avancements se fassent dans son corps et qu'il lui fût accordé des
récompenses; que je me réserve de mon côté d'en accorder sur le rapport qu'il
m'en fera ; que j'attends ses propositions.
Écrivez au duc de
Tarente pour lui faire connaître ce qui s'est passé, et que je me mets en
marche.
Écrivez aussi au
général Saint-Cyr; faites-lui savoir que j'attends ses propositions pour donner
des récompenses à son corps d'armée; qu'il résulte des bulletins russes que
Wittgenstein n'a que deux divisions, formées de bataillons de réserve qui ne
sont composés que de recrues.
Smolensk, 24 août
1819.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
écrivez au prince Poniatowski pour lui faire connaître que l'armée était en
présence sur la rivière de l'Ouja, et que je pars cette nuit pour me rendre à Ousviate;
que je suppose qu'il aura communiqué avec le roi de Naples, et qu'il sera déjà
en mesure de tourner la position de l'ennemi ou de prendre sa position de
bataille.
Smolensk, 24 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
donnez ordre au général Éblé de lever les ponts et de partir en avant avec son
personnel, pour gagner une marche, en laissant ce qui sera nécessaire pour les
ponts.
Donnez ordre au
général Chasseloup de laisser à Smolensk une compagnie du bataillon du Danube
pour rétablir le pont sur pilotis, et deux compagnies de sapeurs, et de faire
partir tout le reste avec le petit quartier général pour Sloboda-Pnevo. Vous
lui donnerez ordre d'y être rendu de sa personne le plus promptement possible,
et, si les localités le permettent, de faire construire sur ce point une
redoute à la tête du pont qui puisse protéger le passage rétrograde de l'armée
au défilé des ponts, si le cas arrive. Recommandez-lui de faire établir partout
des doubles ponts sur les ruisseaux et les défilés, afin que les mouvements
rétrogrades de l'armée, s'ils avaient lieu, se fassent avec toute facilité.
Smolensk, 24 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
envoyez un officier au général Latour-Maubourg pour lui porter le duplicata des
ordres que vous lui avez déjà donnés pour lui et pour la division Dombrowski.
Mandez au général Latour-Maubourg de presser sa marche pour arriver entre
Yelnia et Dorogobouje, et pouvoir prendre part à la bataille qui pourra avoir
lieu sous peu de jours.
Réitérez l’ordre
au général Dombrowski de prendre des mesures pour protéger le pays de Minsk et
assurer la grande route de Borisof et de Mohilef.
Donnez ordre au
régiment illyrien qui est à Kovno et au 129e, qui est à Vilna, de se rendre
sans délai l'un et l'autre à Minsk.
Smolensk, 24 août
1812.
Au prince de
Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.
Mon Cousin,
écrivez au général Pino que vous avez reçu sa lettre ; que, puisqu'il n'y a
rien de nouveau à Vitebsk, il rejoigne, avec la division Pajol et la brigade de
cavalerie légère du général Guyon, le 4e corps, parce que nous sommes en
présence devant Dorogobouje, et qu'il vous fasse connaître quand il arrivera,
la cavalerie pouvant toujours prendre les devants.
Smolensk, 24 août
1812.
Au général comte
Hogendorp, gouverneur général de la Lithuanie, à Vilna.
Monsieur le Comte
Hogendorp, je vous ai nommé président de la commission provisoire du
gouvernement de la Lithuanie. Par un autre ordre du jour, je vous ai chargé de
la nomination aux emplois des neuf régiments qu'on lève en Lithuanie et de
toutes les mesures à prendre pour accélérer la formation de ces régiments. Je
vous envoie différentes notes du duc de Bassano, relatives à cette levée. Voyez
ce ministre et pourvoyez à ce qu'il propose.
Smolensk, 24 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de
Bassano, l'anarchie et le peu de décision qui existent dans la commission du
gouvernement de Vilna m'ont fait penser qu'il était indispensable d'en donner
la présidence au général gouverneur général de la Lithuanie. Je défends au
général Hogendorp de recevoir aucun traitement extraordinaire du pays ni aucuns
frais de table, et je lui écris de manière à le faire changer de conduite. S'il
ne le faisait pas, je verrais à le remplacer. Il n'a pour lui auprès de moi que
deux faits : c'est que depuis son arrivée à Vilna le service s'y est bien
amélioré, et que, d'un autre côté, le gouvernement ne fait rien. Voyez-le et
parlez-lui dans ce sens.
Smolensk, 24 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, je lis votre lettre du 9 août; j'ai pourvu à tout ce qu'elle
contient. J'ai chargé le gouverneur général, par un ordre du jour, de nommer
aux emplois dans les régiments (Les neuf régiments créés dans le duché de Lithuanie) et
d'accélérer leur formation. J'ai mis 500,000 francs à la disposition de la
commission du gouvernement pour l'habillement des troupes, et seulement comme
prêt. Les armes doivent être arrivées à Kovno ; il paraît donc qu'aucun
obstacle ne doit plus se présenter. J'ai autorisé le 129e régiment et le
régiment illyrien à se recruter de Polonais. Les cadres de ces corps existant,
cette opération sera plus simple.
Je ne sais pas où
en est le 3e régiment de lanciers de la Garde : faites-moi un rapport
là-dessus; il paraît que cette organisation va très-doucement. J'avais
également autorisé Krasinski à porter à 2,000 hommes son régiment, en prenant
toute la jeune noblesse qui voudrait se présenter ; mais ce beau régiment, où
l'on est si bien payé, n'est encore que de 3 à 400 hommes. Je ne vois rien se
faire ! D'un autre côté, l'armée du prince Poniatowski n'a que 12 à 15,000
hommes; tous ses corps se fondent et aucuns renforts ne sont envoyés. En
dernière analyse, on est de bien peu de secours. Parlez-en avec les membres de
la commission de Vilna; mettez-les d'accord avec le gouverneur et avec M.
Bignon. Je ne veux aucune discussion ni d'étiquette ni de contrariété.
Smolensk, 24 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, j'ai nommé le général Hogendorp président de la commission
provisoire du gouvernement de la Lituanie; par ce moyen, toutes les
difficultés survenues cesseront. Je suis peu satisfait de M. Bignon, qui, au
milieu des besoins et embarras où je me trouve, fait des épigrammes et des
quolibets. Il est un fait, c'est que depuis l'arrivée du général Hogendorp le
service s'est amélioré. Le devoir de M. Bignon était donc de le seconder avec
force et non de le contrarier.
Je vous prie de
témoigner de ma part à la commission du gouvernement de Vilna mon
mécontentement de son peu d'activité ; elle ne fait rien. Celles de Minsk, de
Mohilef, etc., ont fait bien davantage. Le résultat de tout cela serait de
dégoûter de la cause. Ils n'ont pas un seul homme, un seul bataillon à donner,
soit pour garder les marais de Pinsk, soit pour arrêter les Cosaques. Bien
plus, je suis obligé de laisser à Vilna et à Minsk des garnisons comme dans des
villes ennemies. On ne m'a fourni aucune espèce de ressource, mes hôpitaux sont
mal, mes magasins sont dépourvus de tout. Le gouvernement ne m'aide en rien et
ne fait rien que des babioles. L'autorité civile et l'autorité militaire
doivent marcher ensemble.
Enjoignez à M.
Bignon d'être en quelque sorte le secrétaire do gouvernement général et de
l'aider de tous ses moyens; que c'est le seul moyen que je connaisse pour lui
de me rendre des services.
J'ai besoin de
former enfin mes magasins pour nourrir mon armée pendant toute une année; il
faudrait 1,200,000 quintaux de farine et le reste en
proportion, qu'il s'agit de répartir entre les gouvernements de Vilna, de
Minsk, de Grodno, de Bialystok, de Mohilef et de Vitebsk. Je vous prie de voir
comment cette répartition pourrait se faire et de suggérer les moyens
d'organiser les différents services. Pendant le temps de la récolte et tout le
reste de la belle saison, l'armée peut se nourrir en fourrageant, au grand
détriment de la discipline et aussi du pays; mais, pendant la mauvaise saison
et l'hiver,, cela est impossible. J'avais ordonné que
des marchés fussent passés pour le transport des magasins de Kovno et des
effets d'habillement : je ne sache pas qu'on ait encore rien fait ; du moins je
n'en ai plus entendu parler. C'est cependant une opération bien importante.
IL doit y avoir
un payeur à Vilna; je suis étonné qu'il ne soit pas garni des fonds
nécessaires.
Smolensk, 24 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, par votre lettre du 9 août vous m'avez proposé l'établissement d'inspecteurs
supérieurs pour l'organisation des régiments, et différentes nominations. Mon
intention est que le gouverneur général, que je viens d'établir président de la
commission provisoire du gouvernement, ait toute l'autorité nécessaire pour
cela, sauf à faire breveter dans la suite les individus par moi. Mon éloignement
et mes occupations ne me permettant pas de répondre à toutes les demandes avec
l'exactitude nécessaire, j'ai donc confiance entière dans le gouverneur général
et dans M. Bignon pour cet objet.
Smolensk, 24 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, je pars cette nuit pour me porter sur Dorogobouje, où il parait que
les armées sont en présence, l'ennemi ayant fait halte. On assure qu'il y a
une position dont ils veulent profiter pour livrer bataille et couvrir
Moscou. -
Smolensk, 24 août
1812.
A
M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc
de Bassano, j'ai donné ordre au duc de Bellune de se porter sur Kovno en quatre
colonnes , par la rive droite et par la rive gauche,
afin d'arriver promptement. Vous pouvez lui transmettre cet ordre directement,
en cas que l'officier du major général perde du temps pour arriver.
Le général Loison
a, je ne sais pourquoi, marché avec 10,000 hommes de Königsberg
sur Rastenburg et Grodno. J'ai blâmé sa conduite. Je lui ai ordonné de
renvoyer à Königsberg les jeunes conscrits de la division Lagrange qui n'ont
pas besoin d'être fatigués, et qui sont destinés à réparer les pertes que font
les cadres. Je lui ai fait donner l’ordre de diriger sur Minsk le 7e et le 8e
régiment de marche de cavalerie , et le 8e régiment westphalien
, et deux bataillons saxons des régiments de Low et
de Rechten, sur Minsk. Écrivez au général Loison par
l'estafette pour lui faire connaître cette disposition. Écrivez en même temps
par des agents polonais qui iront à la rencontre de ces régiments, pour qu'au
cas qu'ils se trouvent du côté de Loraza ils se rendent
directement à Minsk.
Écrivez au duc de
Tarente que l'avant-garde est à soixante lieues de Moscou; que l'armée ennemie
est en position et qu'il paraît qu'elle veut donner bataille.
J'ai donné ordre
au régiment illyrien et au 129e de se rendre à Minsk; ce mouvement est nécessaire. Les troupes du pays
peuvent suppléer à la garnison de Vilna. Le duc de Bellune, d'ailleurs, qui arrive
en position à Kovno, peut remédier à tout événement; au lieu qu'à Minsk, soit
la garnison de Bobrouisk, soit un corps venant de Volhynie, peut inquiéter les
communications. Faites connaître au
gouverneur de Minsk qu'il aura un régiment illyrien, deux bataillons du 129e
avec leurs canons, deux bataillons du 33e léger, deux bataillons westphaliens
et deux bataillons saxons avec leur artillerie ; que la division Dombrowski
avec deux régiments de cavalerie et vingt-quatre pièces de canon a eu ordre de
rétrograder sur Minsk, pour tenir en respect la garnison de Bobrouisk. Faites
connaître au gouvernement de la Lithuanie qu'il serait nécessaire de tenir deux
bataillons de chasseurs du côté des marais de Pinsk, ou même deux bataillons de
gardes nationales, qui mettent le pays à l'abri des incursions des Cosaques.
Les fusils doivent être arrivés à Minsk; qu'on en envoie partout où on peut
armer des troupes. Il est ridicule que des villes comme Vilna, Minsk, Mohilef,
ne puissent pas se défendre contre un escadron de Cosaques, et puissent être
mises à contribution par ces misérables.
P. S. Faites
passer cette lettre à Vienne par un courrier.
Smolensk, 24 août
1812.
A
François Ier, empereur d’Autriche, à Vienne.
Monsieur mon
Frère et très-cher Beau-Père, en exprimant à Votre Majesté Impériale ma
satisfaction de la conduite du corps que commande le prince de Schwarzenberg,
qui n'aura pas manqué de mettre sous ses yeux le rapport de l'avantage qu'il a
dernièrement remporté, je prie Votre Majesté de faire une chose qui me serait
extrêmement agréable, en accordant de faire remplir les places vacantes dans ce
corps par des officiers qui en font partie. Ayant mis sous les ordres du prince
de Schwarzenberg le corps que commande le général Reynier, et les circonstances
de la campagne pouvant me mettre à même de lui confier d'autres corps, je prie
Votre Majesté de lui accorder le grade de feld-maréchal.
Je saisis cette
occasion pour remercier Votre Majesté de tout ce qu'elle a fait pour
l'Impératrice pendant son séjour en Bohême. Elle est en ce moment à
Saint-Cloud, où tout le monde l'a trouvée bien portante et fort engraissée.
Je pars cette
nuit pour me rendre à mon avant-garde, qui est à vingt lieues sur le chemin de
Moscou.
Je prie Votre
Majesté de ne pas douter de mon inaltérable attachement , ni du désir que j'ai
de lui être agréable dans toutes les circonstances et de lui donner des
preuves de l'estime et de la haute considération avec lesquelles je suis, de
Votre Majesté Impériale, le bon Frère et Gendre.
Napoléon.
Smolensk, 24 août
1812.
A
Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart.
Monsieur mon
Frère, j'ai reçu les deux lettres de Voire Majesté, le 23 juillet. Le prince
royal, qui doit être maintenant auprès de Votre Majesté, lui aura donné les
détails de l'affaire désagréable dont elle me parle. Je regrette que la santé
du prince l’ait ainsi éloigné de l'armée, et m'ait privé d'une occasion de lui
prouver qu'il n'a rien perdu des sentiments que je lui porte.
Je fais donner
des ordres au duc de Tarente, qui est dans la Courlande, pour que la terre de
Vurzau soit traitée avec les ménagements auxquels a droit Mme la duchesse
Henriette, belle-sœur de Votre Majesté.
Napoléon.
Dorogobouje, 26
août 1812, deux heures du matin.
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée,
à Zasur.
Mon Fils, je
reçois votre lettre par laquelle vous m'informez que vous serez de bonne heure
à Dorogobouje. Restez sur la rive droite du Dniepr. Passez le Dniepr entre
Blagové et Chorki (la position de ces deux points correspond, sur la carte de l'état-major
russe, à celle de Molodilova et de Blagoiechtchenskoïé), et dirigez-vous
sur Viazma, en vous tenant toujours à une ou deux lieues sur la gauche de la
route. Vous aurez devant vous le général Grouchy, qui se liera au roi de Naples.
Éclairez bien votre gauche. Je ne suppose pas que vous puissiez aller
aujourd'hui plus loin qu'au-delà du Dniepr, mais le général Grouchy ira jusqu'à
la hauteur de Slavkovo, qui est le point qu'occupera le soir le roi de Naples.
Le prince Poniatowski forme la droite et marche sur la gauche de la Vosma.
J'aurai
probablement aujourd'hui toute la journée mon quartier général à Dorogobouje.
Écrivez au général
Pino et au général Pajol pour qu'ils viennent. Il est probable que l'armée
ennemie nous attendra à Viazma ; il faut y arriver nombreux et en ordre. Faites
battre la route de Dorogobouje à Velije. Je suppose qu'il ne sera rien passé
sur cette route et que tout sera reployé sur Viazma.
Dorogobouje, 26
août 1812, deux heures du matin.
Au maréchal Davout,
prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée.
Mon Cousin, formez une avant-garde d'infanterie
qui marche avec la cavalerie une heure avant votre corps d'armée, et prenant
toujours position à une lieue en avant de vous. Cette avant-garde doit
elle-même être précédée par deux bataillons de voltigeurs. Le reste de votre
corps, placez-le toujours en bataille une heure en arrière. Allez aujourd'hui
jusque près de Slavkovo.
Le vice-roi
marche à votre gauche et le prince Poniatowski sur votre droite, de sorte que
ces trois corps bivouaqueront en bataille, formant une seule ligne, séparés
chacun par une lieue ou deux d'intervalle et occupant de la gauche à la droite
trois à quatre lieues.
Le duc
d'Elchingen, la Garde et le duc d'Abrantès formeront la seconde ligne.
Il faut marcher à
petites journées et avec ordre. Si la plaine est comme on le suppose, et que la
cavalerie puisse passer de droite et de gauche, la marche peut être dirigée de
manière qu'elle ne soit pas fatigante pour l'infanterie. Il la faut venir de
bonne heure. Toutes les probabilités sont que l'ennemi nous attendra à Viazma;
il faut donc y arriver en ordre. Faites bien réparer tous les ponts et faites-
en faire de doubles. Il faut mettre trois jours pour arriver près de
Viazma.
19144.
— AU PR1XCE DE NEUCHATEL ET DE VVAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DB
LA GRAXDB ARMÉB, A DOROGOBOUJB.
Dorogobouje. 26 aoAl 1812.
Mon Cousin, vous
ordonnerez l'arrestation du sieur qui,
au
lieu de faire Hier des effets des hôpitaux, a, sous prétexte d'envoyer du vin
à l'Empereur, fourni dix caissons à un marchand de vin. Vous remarquerez que , indépendamment de la violation du service des
hôpitaux, il y a aussi violation du respect dû à l'Empereur, daus la prostitution qui a été faite du nom de sa Maison.
Le sieur... savait bien que ce n'était pas vrai, ou du moins ne s'est fait
représenter aucune lettre du grand maréchal qui pût certifier une pareille
assertion.
Vous ferez demander aussi au sieur ce que
c'est que
deux
caissons que le commandant de la jeune Garde a escortés à Vilna ; c'est
probablement encore du vin; de sorte que cet offleier
a sacrifié ses devoirs à des spéculations de commerce. Tous les effets que le
sieur a ainsi fait transporter abusivement sur ces
dix caissons
et
sur les deux autres seront versés aux ambulances pour le service des hôpitaux.
Vous me rendrez
compte de l'interrogatoire du sieur. .. ., pour qu'il
soit pris à son égard les mesures qu'exige la gravité du délit.
Napoléon.
19145.
— AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DE
LA GRANDR ARMER, A DOROGOBOUJB.
Doro3obouje, 26
août 1812.
Mon Cousin,
donnez ordre au duc d'EIchingen de porter ce soir son
quartier général et de réunir tout son corps d'armée sur la grande route, au delà de la Vosma, en arrière du village de Boldinesky.
Donnez ordre au
duc d'Abrantès de porter ce soir son quartier général à Dorogobouje et de
placer son corps d'armée en avant de la ville.
Napoléon.
19146.
— AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DR
LA GRANDE AR1IÉB, A DOROGOBOUJR.
Dorogobouje, 26 aoôi 1812.
Mon Cousin, écrivez
au duc de Bel lune de se rendre de sa personne à Vilna, afin d'y voir le duc de
Bassano et d'y prendre connaissance des affaires et de l'état des choses; quc'je serai après-demain à Viazma, c'est-à-dire à cinq
marches de Moscou' qu'il y aura probablement une bataille qui nous conduira à
Moscou ; qu'il est possible que dans cet état de choses les communications
viennent à être interceptées; qu'il faut donc que quelqu'un prenne alors le
commandement et agisse selon les circonstances; que j'ai ordonné qu'on
dirigeât sur Minsk le 129e régiment, le régiment illyrien, le régiment west-phalien qui était à Kœnigsbcrg
et les deux régiments saxons; que j'ai en outre placé entre Minsk et Mohilef la
division Dombrowski, forte de 12 bataillons et d'une brigade de cavalerie
légère; que je crois qu'il est important que son corps s'approche de Vilna et
qu'il le dirige selon les circonstances, afin d'être à'méme
de soutenir Smolensk, Vitebsk, Mohilef et Minsk; que la division Dombrowski
doit être suffisante poor maintenir la communication
de Minsk par Orcba jusqu'à Smolensk, puisqu'elle n'a
à contenir que la division russe du général Hertel qui est à Mozyr, forte de 6
à 8,000 hommes, la plupart recrues, et contre laquelle d'ailleurs le général
Schwarzenberg peut opérer; que les nouveaux renforts que j'envoie à Minsk
pourront aussi subvenir à tous les inconvénients, et que, dans tous les cas, le
mouvement du duc de Bellune sur Minsk et Orcha, et de là sur Smoleusk, me parait propre à maintenir tous les derrières;
que j'ai 4,000 hommes de garnison à Vitebsk et autant à Smolensk; que le duc de
Bellune, prenant ainsi position entre le Dniepr et la Dvina, sera en
communication facile avec moi, pourra promplement
recevoir mes ordres et se trouvera en mesure de proléger
les communications de Minsk et de Vitebsk ainsi que celles de Smolensk sur
Moscou; que je suppose que le général Gouvion Saint-Cyr a suffisamment des 2e
et Ge corps pour tenir en échec le général IVitlgenslein
et n'en avoir rien à craindre; que le duc de Tarente peut se porter sur Kiga pour investir la place ; enGn
que j'ordonne aux quatre brigades de marche formant 9,000 hommes, qui faisaient
partie de la division Lagrange, de se diriger sur Kovno; qu'ainsi ce ne serait
que dans le cas où le général Gouvion Saint Cyr serait battu par le général VVitt-genstein et obligé de repasser la Dvina que le duc de
Belltine devrait marcher à son secours d'abord ; que,
ce cas excepté, il doit suivre sa direction sur Smolensk.
Napoléon.
19147.
— AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DB
IA GRANDB ARMÉB, A DOROGOBOl'JR.
Dorogibouje,
26 août 1812.
Mon Cousin, je ne
sais trop quels ordres donner au duc de Reggio. C'est lut seul qui doit voir
l'état de sa blessure. Si elle devait le meltre pour
longtemps hors d'état de servir, je ne verrais pas d'objection à ce qu'il
retournât en France; enGn, ce que je désire avant tout,
c'est qu'il se rétablisse promptement.
Napoléon.
19148.
—AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM t
MAJOR GÉNÉRAL DB
LA GRANDE ARMÉB, A DOROGOBOUJB.
Dorogobouje, 26
août 1812.
Mon Cousin,
donnez l'ordre au prince Poniatowski de se diriger aujourd'hui 26 sur Viazma,
jusqu'à la hauteur en arrière de la première poste, en suivant la rive gauche
de la Vosma et en envoyant des partis de cavalerie de manière à éclairer toute
la droite. Le roi de Nuples sera aujourd'hui à une
lieue en avant de Slavkovo. Le prince d'Eckmûhl sera
à Slavkovo; il aura soin de communiquer fréquemment, aûn
de pouvoir agir suivant les circonstances, si Ton avait besoin de lui.
Donnez ordre au
vice-roi de se diriger sur Viazma eo passant le
Dniepr entre Blagové et Chorki ', et de se tenir toujours à une ou deux lieues
de la route, sur la gauche. H aura devant lui le général Grouchy, auquel vous
donnerez le même ordre. EnGo vous lui donnerez ordre
d'éclairer bien la gauche et de correspondre avec le roi de Naplcs
et le prince d'Eckmûhl, qui iront aujourd'hui jusqu'à
Slavkovo. Vous manderez de plus au vice-roi d'accélérer l'arrivée du général
Pino et de la division Pajol ; donnez le même ordre au général Grouchy.
Napoléon.
19149.
— A M. MARET, DUC DE BASSAN0,
MINISTRE DES
RELATIONS EXTÉRIEURES, A VILNA.
Dorogobouje, 26
août 1812.
Monsieur le Duc
de Bassano' l'ennemi, après avoir construit des1 fortifications, élevé des batteries
et des redoutes et avoir annoncé l'intention de tenir ici, a, comme à
l'ordinaire, manqué de résolution. Nous sommes entrés dans cette ville, qui
est assez considérable, puisqu'il y a huit ou dix clochers. Le pays est bon et
Ton assure qu'il se soutient très-beau jusqu'à Moscou. La chaleur que nous
éprouvons est excessive. Le temps continue à être très-beau. On dit que l'ennemi
est résolu à nous attendre à Viazma.'Nous y serons
dans peu . de jours, et nous serons alors à rai-chemin
de Smolensk à Moscou , et, je crois, à quarante lieues
de Moscou. Si l'ennemi est battu là, rien ne pourra garantir celte grande
capitale, j'y serai alors le 5 septembre.
Je vois avec
plaisir le duc de Bellune arriver à Kovno ; il sera là en mesure de se porter
partout où il sera nécessaire pour maintenir ses communications avec moi , si elles venaient à être interrompues par la présence
de quelque force que ce soit. -
Vous ne manquerez
pas de réitérer l'ordre que le 8e régiment westphalien, les deux bataillons
saxons qui étaient sous les ordres du
i Voir la note de
la pièce 19142.
général Loison , ainsi que le régiment illyrien et le 129# régiment,
se rendent à Minsk. Écrivez au gouverneur de Minsk de se servir de ces troupes
pour assurer sa communication avec l'armée, et, réuni à la division Dombrouski, pouvoir se porter partout où cela serait nécessaire,
au secours de Smolensk ou sur tout autre point. 11 ne faudrait pas attendre
mes ordres si la communication veuait à être
interrompue.
Donnez de mes
nouvelles au général Saint-Cyr à Pololsk, au duc de
Tarente et au prince Schwarzenberg.
je
désirerais que le bataillon de la division Dombrowski, qui est à Grodno, se
rendît à Minsk pour rejoindre cette division.
Mandez au duc de
Bellune de faire faire, pour chaque soldat, un sac capable de contenir dix
livres, et de faire prendre à chacun dix Uvres de
riz.
Napoléon.
19150.
— AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,
MINISTRE DE LA
MARIXK, A PARIS.
Dorogohoujc.
26 août 1812.
Monsieur le Comte
Decrès, nou3 sommes maîtres de tous les pays et débouchés qui fournissent des mâts.
J'espère que vous avez envoyé des maîtres et des ouvriers pour les reconnaître
et faire des abatis, que j'aurai soin de me conserver dans les conditions de
paix.
Napolj&ox.
19151.
—AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DE
LA GRANDE ARMEE, A SLAVKOVO.
Slavkovo, 27 août
1812.
Mon Cousin,
écrivez au prince d'Eckmùhl que'je
viens de donner ordre à la division Compans de prendre les armes, pour profiter
de la fraîcheur et se porter avec la cavalerie légère, s'il n'y a pas
x d'obstacle, à
six lieues en avant. Le prince d'Eckmûhl suivra ce
mouvement avec tout son corps d'armée, en faisant prendre les armes
successivement, de manière qu'il n'y ait pas d'encombrement et que
,1a troupe ait le
moins de fatigue possible.' Il mettra en marche tous ses bagages et tous ses
derrières, afin que le duc d'Elchingcn et la Garde
puissent arriver ici aujourd'hui sans obstacle. Écrivez aussi au prince
Poniatowski par le général Bordesoulle d'accélérer son mouvement, afin de se
trouver à la hauteur de l'avnnt-garde.
Donnez ordre au
duc d'Elchingen de se porter ici ; il fera occuper par sa cavalerie légère
l'embranchement des deux routes à une lieue en avant du quartier général. 11
placera une division en avant du quartier général pour nous couvrir. 11 est bon
que la lre division arrive de meilleure heure
possible.
19152.
—AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAlf,
MAJOR GÉNÉRAL DR
LA GRANDE ARMEB, A SLAVKOVO.
Slavkovo,27août 1812.
Mon Cousin,
demain 28, le 3" bataillon du 1" régiment delà Vistule et le 3e du 2'
régiment idem arrivent à Smolensk, ce qui fera un renfort de 1,400 hommes pour
la garnison de cette place. Les deux bataillons du 33e d'infanterie légère
doivent y être arrivés, ce qui fera un nouveau renfort de 1,200 hommes ; enfin un régiment de marche du 3e corps doit être
arrivé de Vitebsk, ce qui fera encore un renfort de 1,200 hommes. Le 3"
bataillon du 3e régiment de la Vistule se dirigera également sur Smolensk, ce
qui, joint aux hommes isolés, soit à ceux sortis des hôpitaux assez rétablis
pour faire le service de la place, soit à ceux qui arrivent des derrières, doit
porter la garnison de Smolensk à un état raisonnable. Mon intention est donc
que le général Baragucy d'Hilliers reste à Smolensk
comme gouverneur général de la province, et, en attendant son arrivée, je
désire que le général Delà borde laisse un général de brigade de la Garde pour
commander, et qu'aussitôt qu'il y aura 3,000 hommes à Smolensk le général
Delaborde en parte avec sa division pour venir rejoindre l'armée. Je désire que
vous me remettiez un état de tous les détachements de cavalerie et
d'infanterie qui arriveront à Smolensk d'ici au 5 septembre, afin que j'aie
sous les yeux l'accroissement successif qu'éprouvera cette garnison. La seule
chose qui manquera, ce sera de l'artillerie. 11 est indispensable qu'il y ait
six pièces. Donnez ordre au général Delaborde de laisser quatre de ses huit
pièces, attelées, avec leurs munitions et leurs canonniers, jusqu'à ce que le
général d'artillerie ait pu se procurer les six pièces^ de canon pour Smolensk.
Faites-moi connaître s'il doit arriver de l'artillerie dans cette place d'ici au
G septembre.
Donnez ordre au
général commandant l'artillerie de faire venir dix-huit pièces de canon, de
celles prises à l'ennemi qui sont à Orcha, et de les organiser pour la défense
de Smolensk. Donnez-lui ordre également de placer à Smolensk deux compagnies
d'artillerie ;
il
peut prendre la compagnie prussienne que j'avais fait venir de Kœnigsberg. Donnez-lui ordre de faire venir à l'année la
compagnie d'artillerie qui est à Thorn et celle qui est à Marienburg, la compagnie
de pontonniers qui était sur la Vistule, toutes les compagnies de l'équipage de
Magdcburg; donnez-lui ordre également de tirer une
compagnie de Danzig, une de Pillau et une de Spandau ,
et de dirigée tout tela sur Smolensk. Enfin
donnez-lui ordre d'employer la compagnie d'ouvriers du Danube à organiser
quelques affûts bâtards, aGn d'utiliser quelques
pièces de gros calibre ou mortiers qui se trouvent à Smolensk.
Napoléon.
19153.
— AU MARÉCHAL AUGEREAU, DUC DE CASTIGLIONE,
COMMANDANT LE 1 Ie CORPS DR LA GRANDR ARMER, A BERLIN.
SUvkovo,
27 août 1812.
Mon Cousin, j'ai calculé
sur l'arrivée de tous les renforts qui doivent rejoindre mon armée pour en
former des réserves successives sur mes derrières. H est donc convenable que
tout ce qui n'est pas destiné, par des dispositions arrêtées par moi, à faire
partie de votre ^ corps d'armée, continue sa route pour me rejoindre /Vous ne
devez retenir aucun hussard, aucun chasseur, aucun train d'artillerie; faites
tout filer. Je me trouverais très-contrarié si, dans l'éloignement où je suis,
tous les renforts qui me viennent étaient arrêtés et détournés de la
destination que je leur ai donnée.
Napoléon.
19154.— AU GÉNÉRAL COMTE DEROY, a polotsk.
Slavkovo. 27 août
1812.
Monsieur le
Général de division Comte Deroy, je vous fais cette lettre pour vous témoigner
toute ma satisfaction de la belle conduite que vous avez tenue au combat de
Polotsk et le regret que j'ai de vous savoir blessé. Je veux moi-même vous
apprendre que je vous •ai nommé Comte de l'Empire et vous ai accordé une
dotation de 30,000 francs, transmisstble à vos
enfants; et, voul.mt vous rassurer sur le sort de votre famille, je vous fais
passer un brevet de 6,000 francs de pension pour la comtesse Deroy e.
Napoléon.
1 Le général
Deroy commandait l'une des deux divisions bavaroises attachées
19155.— AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE VVAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DE
LA GRANDE ARMEE.
Des hauteur» de
Viazma. 29 août 1812.
Mon Cousin,
écrivez au gouverneur de Smolensk qu'il organise nos communications. A cet effet, on retranchera la maison de poste de Goredikino avec de fortes palissades, de manière à la
mettre à l'abri de toute attaque de Cosaques et de paysans. 11 y placera un
commandant avec 100 hommes d'infanterie, un piquet de 15 hommes de cavalerie,
des chevaux de poste ef les chevaux de l'estafette.
11 aura soin que cette redoute soit toujours approvisionnée pour huit jours en
pain et viande. Un pareil établissement sera placé au point de Sloboda-Pnevo,
de manière à défendre en même temps les ponts. Un pareil sera fait à
Mikhaïlovka. Cela exigera donc l'emploi de trois compagnies ou de 300 hommes
d'infanterie et de 45 hommes de cavalerie. Les ordres seront donnés pour que
les estafettes soient escortées par de l'infanterie et de la cavalerie, quand
on aura à craindre quelque chose; les commandants arrêteront même l'estafette
dans les cas où elle pourrait être compromise, et lui feront attendre le
passage de fortes troupes. Aussitôt qu'il sera possible, et que de l'artillerie
sera arrivée à Smolensk, on placera une pièce de canon dans chacune de ces
redoutes ou blockhaus. La garnison de Smolensk fournira à ces différents
postes.
H sera placé à
Dorogobouje un bataillon de 600 Westphaliens avec un escadron de 120 chevaux.
Le commandant fera retrancher la citadelle en faisant réunir par des
palissades les quatre maisons et l'église. Le commandant de la place, le
commissaire des guerres, l'estafette et les chevaux de poste seront placés là.
Le général Chasseloup y enverra un ofGcier du génie
et une escouade de sapeurs pour diriger les travaux de manière que les 600
hommes n'aient rien à craindre de tous les paysans et Cosaques du inonde.
Donnez ordre au
duc d'Abranlès de choisir, à peu près à la hauteur de
Slavkovo, le point le plus favorable pour y retrancher une maison et un poste
avec de bonnes palissades el des fossés, de manière que 100 hommes d'infanterie
et 15 de cavalerie s'y trouvent à l'abri de toute attaque, ainsi que
l'estafette, le poste de correspondance et les magasins qu'on pourra réunir sur
ce point. On fera le même établissement aux autres maisons de poste jusqu'à
Viazma. Le bataillon de
au
6a corps de la Grande Armée (dnc de Reggio). Il était
mort, le 18 août, des suites des blessure» qu'il avait
reçues au combat de Polotsk. A la date du 27 août, Napoléon ne connaissait pas
encore la mort de ce général.
Dorogobouje
fournira le poste de Slavkovo. Le bataillon qui sera à Viazma fournira le poste
de Semlevo.
Réitérez les
ordres au commandant de Smolensk de ne laisser partir des détachements de
cavalerie et d'infanterie, ainsi que des convois de vivres et artillerie, que
lorsqu'il y aura 5 à 600 hommes d'infanterie et de cavalerie bien organisés et
allant de poste en poste. Faites-lui connaître que son commandement s'étend
jusqu'aux limites du gouvernement de Smolensk, et que c'est à lui à veiller à
ce que les redoutes ou blockhaus soient mis en état; il n'y a pas un moment à
perdre pour cela. Recommandez au général Chasseloup d'envoyer un officier du
génie qui parcourra toute la ligne et sera chargé de faire retrancher ces
redoutes. Dans un pays où il y a tant de bois, il doit être bien facile de
mettre promptement 100 hommes d'infanterie et quelques hommes de cavalerie à
l'abri des Cosaques.
Napoléon.
P. S. Instruisez
de ces dispositions le grand écuyer et le duc d1 A bran tes.
19156. — AU
PRIXCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DE
LA GRANDE ARMÉE.
A deux lieues en
arrière de Viatma. 29 août 1812.
Mon Cousin,
donnez ordre au vice-roi de se porter sur la roule de Tver, à deux lieues en
avant de. Viazma, d'envoyer de forts partis dans cette direction, d'en envoyer
aussi dans la direction de Bieloï.
Donnez ordre au
prince d'tickmûhl de se porter sur la grande route de
Moscou, à deux lieues en avant de Viazma.
Etonnez
ordre au prince Poniatouski de se mettre à cheval sur
la route de Viazma à Kalouga et d'envoyer de forts partis de cavalerie dans
cette direction pour éclairer le pays et savoir ce que fuit l'ennemi. Le
prince Poniatowski continuera de flanquer la droite de la Grande Armée, qui
prend la route de Moscou.
Donnez ordre au
roi de Naples de prendre position à deux lieues en avant de Viazma, en poussant
en avant la cavalerie légère des généraux Bruyère et Chastcl,
et aussi loin que l'ennemi voudra lui permettre d'aller. Instruisez-le de la
position que doivent prendre le vice-roi et le prince Poniatowski.
Donnez ordre au
duc d'Elchingen de venir dans la position où nous sommes aujourd'hui.
Donnez ordre à la
Garde impériale à pied et à cheval de venir à Viazma.
Aussitôt qu'on
sera en mesure d'entrer à Viazma, envoyez-y de la gendarmerie» le général Caulaincourt,
l'ordonnateur du quartier général et le petit quartier général. Il sera fait
défense de faire du pain dans les fours de la ville, de crainte d'y mettre le
feu, et on y établira la meilleure police possible.
Vous donnerez
ordre au duc (TA bran tes de rester dans la position où il se trouve, et le
chargerez spécialement de mettre Tordre sur nos derrières et dans la petite
ville de Dorogobouje, et d'assurer nos communications avec Smolensk, en
renforçant, s'il est nécessaire, le poste qui est au pont. Il laissera,
jusqu'à nouvel ordre, l'arrière-garde de cavalerie que je lui ai ordonné de placer à Dorogobouje, et il fera de fortes
patrouilles de cavalerie dans toutes les directions pour faire filer et faire
rejoindre tous les traineurs. Tous ces ordres, je les donne en supposant que l'enuemi ne tienne pas à Viazma et ne dérange en rien ces
dispositions.
Napoléon.
19157. — A II.
MARET, DUC DE BASSANO,
MINISTRE DES
RELATIONS EXTÉRIEURES, A VILNA.
l'iaima, 29 août 1812.
Monsieur le Duc
de Bassano/nous sommes à Viazma. L'ennemi | continue sa retraite sur
Moscou/J'attends encore de nouveaux ren-j seignements pour
connaître la marche des 16e
et 2:2° divisions russes qui viennent de Moldavie. J'ai écrit à l'empereur
d'Autriche pour le prier de renforcer de 3,000 hommes de cavalerie le corps du
prince Schuarzcnberg, et d'envoyer 6,000 hommes pour
réparer ses pertes. Faites passer la lettre. Les divisions du prince Schwarzen-berg, incomplètes comme elles le sont, ne peuvent
pas faire plus de 8 à 10,000 hommes. Accompagnez cette lettre d'une lettre à M.
de Metternich.
Réitérez les
ordres à Danzig et à Königsberg pour que tous les dépôts, matériel et
personnel, tout ce qui est en état de se battre, filent sur Kovno pour se
diriger d'abord sur Vilna et par suite sur Smolcusk.
J'ai donné ordre
au major général de placer le général Jomini ailUurs.
Parlez fortement
au général Hogendorp pour qu'il modère sa
fougue
et ne donne lieu à aucune plainte. Faites accélérer la formation des troupes
lithuaniennes.
Réitérez les
ordres au gouverneur de Danzig de faire partir les quatre demi-brigades de
marche provenant de la division Lagrange, pour se rendre à Kœnigsberg,
et au gouverneur de Kœnigsberg de les faire partir
pour Kovno. 11 est temps de proGter du reste de la
bonne saison pour leur faire rejoindre les corps où elles doivent être
incorporées.
Écrivez au duc de
Tarente pour qu'il chasse de Memel le consul
de
Russie.
Napoléon.
19158.— A FRANÇOIS I", EMPEREUR D'AUTRICHE,
A
VIBNNE.
Viawna,
29 août 1814.
Monsieur mon Frère
et très-cher Beau-Père, Votre Majesté Impériale m'ayant promis à Dresde de
tenir complet le corps du prince Schwarzenberg, et même de l'augmenter s'il
était nécessaire, je prie Votre Majesté de renforcer ce corps de 3,000 hommes
de cavalerie et de 6,000 hommes d'infanterie, pour réparer la différence de
l'effectif au présent qui y existe, et le mettre à même de se faire honneur et
de tenir tête aux renforts que l'ennemi peut envoyer à
Tormasof.
Napoléon.
19159.— AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DE
LA GRANDE ARMÉE, A VIAZMA.
Viarma,
30 août 1812. orne heures du soir.
Mon Cousin,
donnez ordre au roi de Naples de faire demain uue
journée ordinaire, mais de manière pourtant à se trouver à huit ou neuf lieues
de Viazma, et à pouvoir, après-demain, arriver à Ghjatsk.
11 est convenable
qu'en cas d'événement le vice-roi puisse tourner la droite de l'ennemi, et le prince
Poniatowski sa gauche, et que les trois avant-gardes soient tellement à portée
qu'elles puissent donner ensemble ; ce qui nécessairement épargnera du sang et
mettra l'ennemi hors d'état de résister. Donnez ordre au vice-roi de suivre
l'ennemi sur la gauche et de manière à pouvoir tourner la droite de l'ennemi,
de se trouvera la hauteur du roi de Nàples, qui est
aujourd'hui au village de KIokova et qui va demain
faire une petite macche qui le conduira à huit ou
neuf lieues de Vitfzma. Prévenez le vice-roi qu'il
est nécessaire qu'avec toute sa cavalerie et une bonne avant-garde d'infanterie
et d'artillerie il puisse tourner la droite de l'ennemi et prendre part aux
coups de canon s'il y en a; que c'est le seul moyen d'épargner du sang et
d'accélérer la retraite de l'ennemi. Donnez le même ordre au prince Poniatowski
pour la droite : il doit tourner la gauche de l'ennemi.
Le prince d'Eckmuhl suivra, de manière à se trouver une lieue en
arrière du roi de Naples, et le duc d'Elchingen à deux lieues en arrière du
prince d'Eckmuhl. Le duc de Trévise partira à dix
heures du matin pour se rendre à Federoskoïé,
derrière le duc d'Elchingen. Le duc d'Àbranles se
rendra à Viazma, passera les ponts sur la droite de la ville et prendra
position à une lieue en avant.
Napoléon.
19160.
—AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DE
LA GRANDE ARMÉE, A VIAZMA.
Viazma. 30 août
1812, minuit.
Mon Cousin,
donnez ordre au général Eblé de partir à cinq heures
du matin pour rejoindre l'avant-garde. 11 fera réparer tous les ponts sur les
derrières. 11 marchera avec tout son personnel et le matériel qui consiste en
outils et autres agrcs#de cette espèce, mais il n'emmènera
pas avec lui les bateaux. Vous ferez comprendre à ce général que, comme nous
sommes presque en présence de l'ennemi, et qu'il est probable que dans trois ou
quatre marches il y aura une bataille générale, le succès peut dépendre de la
rapidité avec laquelle seront établis les débouchés et les ponts sur les
torrents et les ravins; qu'il est donc indispensable qu'il y soit lui-même,
pour que, aussitôt qu'il sera possible, il puisse travailler à l'établissement
de ces débouchés. Pour une armée comme celle-ci il en faut toujours au moins
six. 11 doit donc à cet effet se concerter avec le
génie, et n'attendre aucun nouvel ordre pour prdonner
lui-même l'établissement des ponts sur les ravins et petites rivières.
Donnez ordre au
général Chasseloup de partir également à cinq heures du matin, d'emmener avec
lui tout son personnel et matériel, hormis une compagnie qui peut être
nécessaire pour réparer les ponts qui sont ici et achever la manutention et les
fours. Faites-lui comprendre Tordre que vous donnez au général Eblé, la nécessité qu'il se trouve à Tavant-garde
et qu'il se concerte avec le général Eblé; qu'il
centralise tous les moyens de tous les corps, ceux du génie et du général Eblé, pour que tous les ponts et mauvais passages sur la
route soient réparcs, pour qu'il y ait sur les
ruisseaux ou ravins par où débouche Tavant-garde au
moins six ponts et six grands débouchés, aGn que
l'armée puisse promptemenl arriver sur ses positions
ou s'en retirer si le cas arrivait. Faites-lui également comprendre que nous
sommes en présence de l'ennemi ; qu'il est probable qu'une grande bataille aura
lieu avant quatre ou cinq marches, et que l'intelligence de ces six débouchés
et la promptitude de leur confection peut beaucoup influer sur le succès; qu'il
faut avoir soin que les six ponts aient six débouchés différents , car si
plusieurs avaient le môme débouché ils se trouveraient annulés. En se
concertant avec le général Eblé, les moyens généraux
des parcs joints aux moyens des corps d'armée, il y a de quoi faire
très-rapidement le service. Faites-lui connaître aussi qu'il est possible que
sur le champ de bataille je fasse retrancher une ou deux positions dans une
nuit, qu'il faut donc y avoir non-seulement des ingénieurs et des sapeurs, mais
qu'un assez bon nombre d'outils soient prêts à la minute. Qu'il parle donc à
cinq heures du matin pour arriver, et qu'il envoie un officier du génie à
l'avant-garde près le roi de Naples.pour connailre ses mouvements et la nature du terrain.
Faites-moi
connaître où se trouve le petit quartier général, en quoi il consiste et quand
il pourra partir.
19161. — AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DE
LA GRANDE ARMÉB, A VIAZMA.
VUtma,
31 août 1813.
Mon Cousin,
donnez ordre au duc de Danzig et au duc de Trévise de fqire
prendre de l'cau-de-vie pour dix jours à la Garde.
Donnez ordre à l'ordonnateur Joitiville, du petit
quartier général, de faire charger d'eau-de-vie les caissons qu'il aurait
vides, pour servir un jour de bataille.
Donnez ordre au
duc d'Jstrie de partir avec toute la cavalerie de la
Garde et de faire
aujourd'hui six lieues, de manière à arriver dans
- la journée de demain
à la petite ville de Gbjatsk/ Donnez ordre au
Iduc
de Danzig de partir à midi avec la vieille Garde et de faire
•.aujourd'hui
cinq ou six petites lieues'pour arriver demain à Ghjatsk.
Donnez ordre au
général Sorbier de partir avec toute la réserve de la Garde. EnGn donnez ordre au petit quartier général de partir avant
midi.
Napoléon.
19162.
— AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DB
LA GRANDE ARMÉE, A VBL1TCHBVO.
Velitchevo,
1" septembre 1812, une heure du malin.
Mon Cousin, écrivez
au vice-roi que jusqu'à cette heure je vois que son corps d'armée est toujours
en arrière ; il est urgent cependant qu'il soit toujours en avant sur la
gauche, de manière à pouvoir tourner Tennemi qui est
sur le grand chemin devant l'avant-garde du roi de Naples^par
la raison que, la position du grand chemin étant déterminée, l'ennemi peut s'y fortiBer par des redoutes ou prendre de bonnes positions,
tandis que, la position de la gauche et celle de la droite n'étant pas
déterminées, il ne peut opposer aucune redoute de ces côtés. Le vice-roi doit
donc partir de bonne heure et ne pas passer par la ville de Gbjatsk,
mais à deux lieues plus haut.
Napoléon.
19163. — AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,
MAJOR GÉNÉRAL DB
LA GRANDE ARMÉE, A VBLHCHBVO.
VelilchefO,
1" septembre 1812, une heure du matin.
Mon Cousin, donnez
ordre au roi de Naples de mettre son avant-garde en marche à cinq heures du
matin, alin d'arriver de bonne heure sur Ghjalsk et de pouvoir l'occuper si l'ennemi le dispute. Il
est nécessaire que le vice-roi le tourne par la gauche, en même temps que le
prince Poniatowski le tournera par la droite. Une division de cuirassiers
partira à six heures du matin, et les trois autres divisions pourront partir à
sept ou huit heures. Donnez des ordres en conséquence au vice-roi, au prince
Poniatowski, au prince d'Eckmühl et au duc d'Elchingen.
Napoléon.