Vitebsk, 1er août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez donc dans le Grand-Duché pour qu'on organise les gardes nationales partout, et qu'on distribue des armes sur les frontières afin de s'y mettre à l'abri des Cosaques ; qu'on forme aussi quelques bataillons de garde-chasse pour augmen­ter la colonne mobile tirée de la garnison de Zaniosc et garantir ainsi la frontière. Faites avancer l'organisation des 10,000 hommes des régiments de Lithuanie. Je serais déjà sous Smolensk si je n'avais voulu donner quelques jours de repos à l'armée, afin de rallier ce qui est resté en arrière et de reposer la cavalerie.

Le major général vient enfin de recevoir des lettres du duc de Tarente du 22, du 24 et du 26. J'ai envoyé des auditeurs dans la Courlande; mettez-vous en correspondance avec eux. Il n'y aurait pas d'inconvénient à ce que vous envoyassiez de Memel des vice-consuls à Libau et à Millau.

Le prince royal de Wurtemberg est tombé malade au château de Belmont.

Vous voyez que toutes nos affaires vont bien. Tâchez de nous donner des .informations positives sur le nombre des divisions qui sont en Volhynie.       


Vitebsk, 1er août 1812

 

Au comte Laplace, chancelier du sénat et membre de l’Institut, à Paris

Monsieur le Comte Laplace, je reçois avec plaisir votre traité du calcul des probabilités. Il est un temps où je l'aurais lu avec intérêt; aujourd'hui je dois me borner à vous témoigner la satisfaction que j'éprouve toutes les fois que je vous vois donner de nouveaux ouvrages qui perfectionnent et étendent cette première des sciences. Ils contribuent à l'illustration de la nation. L'avancement et la per­fection des mathématiques sont intimement liés à la prospérité de l'État.


Vitebsk, 1er août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au roi de Naples que le pont de Porietche doit être observé par sa cavalerie légère; que la division Broussier sera placée entre Yanovitchi et Porietche, dans une bonne position, de manière à soutenir par quelques compagnies de voltigeurs la cavalerie de la réserve qui sera à Porietche. Mandez ces dispositions au vice-roi, qui par ce moyen aura disponibles les Bavarois, qu'il pourra employer à renforcer les reconnaissances sur la rive droite; je désire qu'il pousse ces reconnaissances le plus loin possible pour requérir des subsistances et avoir des nouvelles de ce que fait l'ennemi.


Vitebsk., 1er août 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, il est nécessaire d'organiser les districts de Velije, de Souraje, de Gorodok et de Nevel, et de tirer des vivres de ces quatre districts.

Le général Saint-Cyr tirera des vivres du district de Polotsk, et le duc de Reggio des districts de Drissa, de Sebeje, de Lioutsyne, de Riéjitsa et de Dinabourg. Toutes les ressources du district de Lepel seront conservées pour former un magasin central à Lepel, et orga­niser les étapes de Biéchenkovitchi


 

Vitebsk, 1er août 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc de Tarente par duplicata ; une copie de votre lettre lui sera portée par un officier de votre état-major, que vous lui expédierez directement; l'autre copie sera adressée au duc de Reggio, qui la lui fera passer. Vous manderez au duc de Tarente
que vous avez mis sous mes yeux ses lettres du 22, du 24 et du 26 ; que j'ai vu avec plaisir l'opération des Prussiens ; que je leur accorde dix décorations de la Légion pour les officiers qui se sont le plus distingués; que je désire qu'il me présente ceux qui méritent cette récompense. Donnez-lui des nouvelles de ce qui s'est passé ici et de la situation où se trouve l'armée. Dites-lui qu'il peut prendre pour chef d'état-major le général Ricard ou le général Bachelu, et pour officiers d’état-major des officiers polonais de la division Grandjean; que le payeur de la division Grandjean servira pour son état-major; que l'équipage de siège est à Tilsit avec tout son matériel et son per­sonnel ; qu'il y a également un équipage de siège du génie, qui a aussi son personnel et son matériel ; que le général Campredon doit diriger le siège de Riga; que le général Chasseloup complète ses officiers du génie au nombre de 20 ; que sur la Dvina les meilleurs équipages sont des ponts de radeaux; que nous n'en avons pas em­ployé d'autres dans tous les passages que nous avons faits.

Écrivez au général Chasseloup pour qu'il complète au nombre de 20 les officiers du génie pour le siège de Riga et pour qu'il y envoie les compagnies de sapeurs nécessaires pour cette opération.


 

Vitebsk, 1er août 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc de Reggio pour lui faire connaître que la brigade de cavalerie légère du général Guyon, qui a passé sur la rive droite de la Dvina, ici à Vitebsk, a poussé jusqu'auprès de Nevel et n'y a rien trouvé; que le vice-roi de son côté a poussé des partis sur Velije et Ousviale et n'a également rien rencontré; que Wittgenstein doit donc être à Sebeje ou avoir appuyé sur Riga; que nous n'avons pas de ses nouvelles (du duc de Reggio) depuis le 2.7, et que nous sommes fort impatients d'en avoir; que le duc de Tarente a investi Riga sur la rive gauche ; qu'il était occupé le 26 à réunir des moyens pour jeter un pont ; que l'ennemi avait détruit la tête de pont et brûlé le pont; que de ce côté-ci l'ennemi s'est retiré à Smolensk ; que le roi de Naples est à Roudnia, le vice-roi à Souraje, le prince d'Eckmühl en avant d'Orcha, à demi chemin de Smolensk, le prince Poniatowski à Mohilef et les Bavarois à Biéclienkovitchi.

Vous enverrez cette dépêche au duc de Reggio par duplicata; l'une, par la rive droite, sera transmise par les soins du général Guyon, l'autre, par la rive gauche jusqu'à Polotsk, sera portée par un offi­cier de votre état-major.


Vitebsk, 1er août 1812, cinq heures après midi

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Souraje.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 31 juillet. Vous ne dites pas le numéro des régiments et des corps auxquels appartenaient les quatre bataillons qui ont été culbutés par votre cavalerie.

Le général Nansouty est à Troubilova et le général Bruyère sur Porietche ; ainsi vous êtes couvert de ce côté. Le corps du duc d'Elchingen est à Liozno et s'étend jusqu'à Roudnia. Vous pouvez porter la division Broussier sur le chemin de Porietche, entre Yanovitchi et Porietche; elle devra fournir quelques compagnies d'infanterie légère pour appuyer la cavalerie qui est à Porietche et éviter les échauffourées.

On a poussé des coureurs jusque près de Nevel sans trouver l'en­nemi. Vous devez plutôt éclairer Velije et Ousviate que les occuper. Je vois avec plaisir que la farine que vous avez prise vous offrira de bonnes ressources. Envoyez des partis à 15 ou 20 lieues, si l'ennemi vous le permet, surtout sur la rive droite, et faites requérir des blés, de la farine, des bœufs. Approvisionnez-vous vous-même par ce moyen.

Il est bien extraordinaire que les officiers qui commandent les détachements aient été assez bêtes pour piller les dépêches du cour­rier, qu'il était si important d'avoir. Faites faire une enquête là-dessus.


Vitebsk, 2 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, j'ai reçu vos différentes lettres. J'ai lu avec intérêt les renseignements que vos voyageurs vous ont donnés sur la Courlande. Envoyez de nouveau des hommes intelligents peur avoir de plus amples renseignements encore.


Vitebsk, 2 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, l'estafette arrive et m'apporte des nouvelles de l'échec arrivé aux trois bataillons que le général Reynier avait laissés si ridiculement en l'air.

Écrivez au prince Schwarzenberg que je vous ai fait connaître que je mettais le 7e corps sous ses ordres; que mon intention est qu'avec les deux corps réunis, qui doivent faire 40,000 hommes, il marche sur Tormasof et Kamenski, pour leur livrer bataille; qu'il entre même en Volhynie, s'il le faut, et qu'il ait soin de faire en sorte que, dans aucun cas, ni l'un ni l'autre ne puissent venir sur moi.

Faites connaître au prince Schwarzenberg que les Prussiens ont battu à Ekaou le général Essen et lui ont fait 300 prisonniers, et qu'ils ont investi Riga.

Il n'y a du reste ici rien de nouveau. L'ennemi s'est retiré en toute hâte sur Smolensk. Nos postes ont été jusqu'à Nevel; nos avant-postes sont aux trois quarts du chemin de Smolensk.

C'est toujours pour moi un problème de savoir si Bagration a quatre ou six divisions.

Reployez vos agents du côté de la gauche; envoyez-en même à Mittau et sur Riga, et surtout qu'ils aillent rapidement.

 

P. S. Envoyez aussi des agents dans le district de Vidzy, jusqu'à Drissa et Disna, pour savoir s'il y a des traînards, si la tranquillité est rétablie, et si l'on a des inquiétudes des Cosaques du côté de la rive droite.


Vitebsk, 2 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, envoyez un officier au prince Schwarzenberg pour lui faire connaître que je mets le 7e corps sous ses ordres, qu'il rallie ce corps et marche à Tormasof et Kamenski et leur livre ba­taille, et qu'il les doit suivre partout, jusqu'à ce qu'il en soit venu à bout.

Faites connaître au général Reynier que j'ai donné au prince Schwarzenberg le commandement supérieur sur les deux corps réunis.


Vitebsk, 2 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au prince d'Eckmühl pour lui faire connaître que par ma lettre du 30 juillet je lui ai mandé qu'il était nécessaire qu'il eût un pont et une tête de pont sur le Borysthène ; que rempla­cement naturel de ce pont me paraissait être sur la route de Lioubavitchi à Liady ; qu'il fallait avoir un pont et une tête de pont à Orcha; qu'il en fallait autant à Mohilef; qu'il fallait que le 8e corps à Orcha et le 5e à Mohilef exerçassent un grand mouvement sur la rive gauche, tant pour se procurer des vivres que pour ne pas laisser l'ennemi s'en approcher; que le général Gudin est à Pavlovitchi; qu'il a fourni deux bataillons au général Grouchy et placé un batail­lon à Babinovitchi ; que je ne serai pas éloigné de diriger cette divi­sion sur lui aussitôt que je connaîtrai définitivement la position qu'il a prise.


Vitebsk, 3 août 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, il est convenable que vous expédiiez aujourd'hui, avant six heures du matin, un officier polonais intelligent et de con­fiance au prince Schwarzenberg, avec le duplicata de la lettre que vous lui avez écrite par votre aide de camp Flahault. Vous lui ferez connaître que, conformément à l'intention que m'avait manifestée l'empereur d'Autriche, je voulais appeler son corps d'armée sous mes ordres immédiats; que je pensais que le corps du général Reynier pourrait être suffisant pour contenir les troupes de la Volhynie, projetant d'envoyer un corps considérable de Polonais par Mozyr dans la Volhynie aussitôt que le corps du prince Schwarzenberg serait entré en ligne; mais qu'aujourd'hui, l'ennemi ayant si fortement pris l'ini­tiative et le corps du général Reynier s'étant laissé entamer, mon intention est qu'il marche en toute diligence pour repousser l'ennemi et l'empêcher de ravager cette partie du territoire; que, comme c'est particulièrement de cavalerie que manque le général Reynier, sa cavalerie peut prendre les devants ; que je désire qu'il laisse un mil­lier de chevaux, deux batteries d'artillerie et une brigade, au total 4,000 hommes, à Nesvije, afin de former une réserve, commandée par un général de brigade, qui puisse servir selon les circonstances ; que je le laisse même maître de porter cette réserve à 7 ou 8,000 hommes, s'il croyait pouvoir le faire sans inconvénient.

Mandez-lui que Tormasof a une division à Mozyr et probablement deux divisions avec lui ; que ces deux divisions ne doivent être com­posées que de 3e bataillons, comme celles de Courlande, qui ont été culbutées si facilement par les Prussiens ; que 200 chevaux ita­liens du vice-roi ont rencontré aussi quatre de ces bataillons et les ont culbutés d'une charge; que, dans l'organisation générale de l'armée russe, nous savions que Tormasof devait avoir la 27e divi­sion., qui était une nouvelle division et qui formait sa véritable force; mais je crois que cette 27e division n'a pas pu le joindre, et qu'il est probable alors qu'il aura gardé la 9e ou la 15e division; qu'il est nécessaire qu'il prenne tous les moyens pour bien connaître les divi­sions que l’ennemi a en Volhynie; que nous croyons que Bagration a passé le Borysthène avec six divisions; que, cela étant, il en resterait tout au plus une en Volhynie, indépendamment des 3e bataillons de Tormasof; que je désire donc qu'il marche avec rapidité, attaque et culbute l'ennemi, Kamenski et Tormasof, et porte la guerre dans la Volhynie; que d'ailleurs les événements qui se passeront et les ren­seignements précis qu'il aura sur le nombre de divisions régulières que l'ennemi a en Volhynie me mettront à même de lui faire con­naître mes intentions .ultérieures.

 

P. S. Que le général de brigade qu'il laissera à Nesvije ait ordre de correspondre avec le quartier général,  et avec le général comman­dant à Minsk, .pour instruire de tout ce qu'il y aurait de nouveau.


Vitebsk, 3 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, mandez au général Saint-Cyr qu'il se mette en mouvement demain 4 pour se diriger sur Polotsk. Cette ville étant assez considérable, il y trouvera plus de moyens de se réorganiser. Il sera sous les ordres du duc de Reggio, pour pousser l'ennemi et l'obliger à quitter ces parages. Ainsi, sous le double point de vue des opérations militaires, et des cantonnements de subsistances, il sera mieux placé là.

Recommandez au duc de Reggio de bien faire évacuer tous les prisonniers sur Vilna, en ayant soin de les faire bien escorter et d'avoir l'état des officiers, sous-officiers et soldats prisonniers par régiment et par division. Cet état surtout est très-nécessaire. Envoyez l’adjudant commandant Falkonski pour interroger ces prisonniers. Il s’attachera spécialement à savoir de quel division et de quel corps sont ces prisonniers, s'il y en a beaucoup parmi eux des 3e batail­lons ; enfin s'il y en a des régiments que commande le prince Repnine. Y en a-t-il de la 5e division ?

Réexpédiez cette lettre au duc de Reggio par l’adjudant commandant Falkowski; on expédiera plus tard l'aide de camp du duc de Reggio. Faites connaître au duc de Reggio que le corps du général Saint-Cyr se rend à Polotsk pour le renforcer afin de pousser vivement le général Wittgenstein et de l’obliger à évacuer toute la rive droite de la Drissa.


Vitebsk, 3 août 1812, six heures du soir.

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 2 à onze heures du soir. Vos troupes me paraissent bien placées; mais ayez soin que vos têtes de ponts soient bien faites, qu'elles soient palissandées et qu’elles soient des ouvrages qui puissent être utiles. Il faut que, voulant ne manœuvrer que sur une rive, on puisse rester maitre du pont et que l’ennemi ne puisse le détruire quoique maître de l’autre rive.

Cette incertitude sur Bagration me contrarie beaucoup, puisque, par là, je ne sais point les forces qui se trouvent en Volhynie ; si Bagration n’a que quatre divisions, il est clair qu’il y a trois divisions, indépendamment des divisions formées des 3re bataillons. Il est nécessaire que le général Latour-Maubourg se place sur la droite de Mohilef, tenant en observation Robrouiak et pouvant même savoir à temps ce qui se passe à Mozyr. Une division du prince Poniatowski doit être placée plusieurs journées plus bas que Mohilef, afin d’être bien éclairé sur tout ce qui se fait dans le midi. Le général Kamenski a attaqué Kobrine et y a enlevé, après quelques heures de combat, trois bataillons saxons que le général Reynier y avait laissés. J'ai donné ordre au prince Schwarzenberg, qui était déjà arrivé à Nesvije, de se diriger en toute diligence sur la Volhynie et d'attaquer Tormasof et Kamenski, mais on m'assure qu'il y a à Mozyr une division sur laquelle il est convenable de se tenir éveillé.

Le duc de Reggio a eu, le 30, le 31 et le 1er août, des affaires assez chaudes avec le prince Wittgenstein, entre Polotsk et Sebeje. Le résultat a été la prise de 14 canons, 3 caissons, 3,000 prison­niers et un grand nombre de tués. Il n'évalue notre perte qu'à 600 blessés, mais j'ai lieu de la croire double. Les Prussiens ont eu, le 19, à Ekaou, une affaire avec le corps qui est à Riga; ils l’ont battu, lui ont fait 300 prisonniers et ont cerné la tête de pont.

Ne pouvant plus compter sur le prince Schwarzenberg à Minsk, il est nécessaire, ainsi que je l'ai dit plus haut, que le prince Poniatowski ait une de ses divisions avec de la cavalerie qui se rapproche de l'ennemi et ait l'air de menacer Bobrouisk et Mozyr. .

Faites-moi connaître comment vous vivez et quelle est la situation de vos troupes. A-t-on construit des fours à Mohilef ? Avez-vous évacué tous vos blessés de l'affaire de Mohilef sur Borisof et Minsk, afin de ne rien avoir en première ligne ?


Vitebsk, 4 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois vos lettres du          Je vous ai déjà fait connaître que mon intention était que le prince Schwar­zenberg allât au secours du général Reynier. Le duc de Reggio a eu, le 30, le 31 et le 1er août, des combats avec Wittgenstein et le prince Repnine; il leur a pris 14 pièces de canon, tué 2 à 3,000 hommes et fait 3,000 prisonniers. Mandez cela au prince Schwar­zenberg à Varsovie, et au duc de Tarente. L'ennemi paraît s'être entièrement retiré sur Smolensk; il fera dans peu de jours sa jonc­tion avec Bagration; mais il paraît, d'après les lettres du général Reynier, qu'il a laissé deux divisions derrière lui. Ainsi, en ajoutant à l'absence de ces divisions les échecs qu'il a reçus, il n'amènera pas un grand renfort. Le prince Schwarzenberg a pris le bon parti ; réuni aux Saxons, j'espère qu'il portera rapidement la guerre en Volhynie.

J'ai jugé convenable de m'arrêter pour donner un peu de repos à l'armée et organiser les magasins. Employez-vous efficacement pour qu'on organise ceux de Vilna et de la route. Veillez à ce que le gou­verneur fasse décharger les bâtiments et emmagasiner leur charge­ment, afin qu'ils puissent retourner à Kovno.

Écrivez au duc de Tarente que je n'ai pas de ses nouvelles depuis le 26, que j'attends avec impatience qu'il ait passé la Dvina, puis­qu'il fera diversion en faveur du duc de Reggio.


4 août 1812 - Quartier impérial de Vitebsk.

 

ORDRE.

1° Grains. — Dix mille quintaux de seigle et de grains seront pris dans les pays de la rive droite de la Dvina, et ils seront emmagasinés à Vitebsk.

Le duc d'Istrie commandera à cet effet des détachements de la cavalerie de la Garde, et l'intendant général fera fournir trois con­vois des voitures du quartier général, chacun de 70 voitures; le 1er convoi partira aujourd'hui, le 2e convoi partira demain, et le 3e convoi partira après-demain 6.

Indépendamment de cela, les voitures appartenant à la Garde et à la suite de la Garde soit à pied, soit à cheval, seront employées au transport desdits grains. On emploiera également les voitures qu'on trouvera dans le pays.

Si cela est nécessaire, les voitures chargées de farine qui sont au quartier général seront déchargées, et les farines mises en magasin pour être rechargées au moment du départ.

Un commissaire des guerres et un employé de l'administra lion prendront les ordres du duc d'Istrie pour cette opération.

2° Farines. —Toutes les farines existant à Vitebsk seront requises pour les besoins de l'armée.

3° Moulins. — Le général Chasseloup commandera un officier avec le nombre d'ouvriers nécessaire pour raccommoder tous les mou­lins, afin qu'ils soient en état de servir le plus tôt possible.

Tous les moulins à bras existant dans la ville, dans les faubourgs et aux environs seront recensés et requis. Des détachements de la Garde seront commandés pour travailler aux moutures.

Les dispositions seront faites de manière que tous ces moyens de mouture réunis puissent procurer aux magasins de Vitebsk au moins 600 quintaux de farine par jour.

4° Foin. —Il sera construit trente-deux fours, de manière à pouvoir confectionner par jour 100,000 rations de pain.

5° Hôpitaux. — Les boutiques, qui restent fermées par l'absente des propriétaires seront inventoriées et saisies ; tout ce qui s'y trouverait d'utile aux hôpitaux ou à l'armée sera livré aux différentes administrations. Il sera fait une descente dans les caves des couvents des Jésuites et autres ; les vins y existant seront affectés au service des hôpitaux.

L'intendant général prendra des mesures pour procurer du café aux hôpitaux, afin de suppléer autant que possible au vin.

 

6° Le major général donnera tous les ordres nécessaires et tiendra la main à l'exécution du présent ordre.

 


Vitebsk, 5 août l8l2.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez au prince Schwarzenberg que j'approuve le mouvement qu'il a fait sur la Volhynie. Instruisez-le que le duc de Tarente est entré à Dinabourg et s'y est emparé de huit pièces de canon ; qu'ainsi, après avoir travaillé trois ans à cette place, l'ennemi l'a abandonnée; qu'on me rend compte que la divi­sion qui se trouvait à Mozyr a passé le Borysthène, pour se diriger sur l'armée; que toute l'armée russe est concentrée à Smolensk, hormis le corps d'armée de Wittgenstein, qui est entre Polotsk et Saint-Pétersbourg; que le général Latour-Maubourg s'est porté à Saint-Pobolof, entre Bobrouisk et le Borysthène, ayant des postes vis-à-vis Mozyr et Bobronisk.

Faites passer 10,000 francs au contre-amiral Baste. Il doit y avoir un payeur à Vilna. Employez ce moyen ou tout autre qui vous paraî­tra le plus expédient. Faites passer la lettre ci-jointe au colonel Deponthon à Tilsit. (Cette lettre n'a pas été retrouvée, mais on sait qu'elle contenait l’ordre au colonel Deponthon de se rendre auprès du duc de Tarente, pour être employé au siège de Riga.



Vitebsk, 5 août 1812, six heures du soir.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Souraje.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 5 août. Vous ne me faites point connaître si l'exaltation des paysans au-delà de Velije est dans l'an­cienne Pologne ou dans l'ancienne Russie. Vérifiez le fait. Si cette révolte des paysans avait lieu dans l'ancienne Russie, cela pourrait être considéré comme une chose très-avantageuse et dont nous tire­rions un bon parti. Porietche est déjà dans l'ancienne Russie. Donnez-moi des renseignements là-dessus, et faites-moi connaître quelle espèce de décret et de proclamation on pourrait faire pour exciter la révolte des paysans dans la Russie et se les rallier.


Vitebsk, 5 août 1812.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je reçois votre lettre datée de Doubrovna le 4 août à huit heures du soir. Le duc de Tarente est entré à Dinabourg; après avoir travaillé pendant trois ans à cette place, l'ennemi a jugé à propos de l'évacuer. Il a pu s'y emparer de huit pièces de canon. J'attends avec impatience le résultat de vos appels. Je suppose qu'un jour d'affaire vous serez content du général Dessaix, qui est un bon soldat. Envoyez-moi le croquis des positions où vous êtes, avec vos ponts sur le Dniepr et les ouvrages que vous faites construire. L'en­nemi étant tout entier réuni à Smolensk, il faut être -très-attentif, parce qu'après quelques jours de repos il pourrait tenter quelque opé­ration. Il doit être facile par Mohilef d'envoyer des agents et des espions; ne les épargnez pas, afin de bien savoir ce qui se passe.


VCitebsk, 5 août 1812

 

Au capitaine d’Hautpoul, officier d’ordonnance de l’empereur, à Vitebsk.

L'officier d'ordonnance d'Hautpoul se rendra à Ostrovno et de là à Biéchenkovitchi.  Il verra à Ostrovno si le village est réhabité et s’il y a un commandant de place pour le réorganiser. Il verra à Biéchenkovitchi si les ponts sont faits et si on a substitué un pont de radeaux au pont de chevalets, qui ne résisterait pas aux premières crues de la rivière; il verra si on a travaillé à la tête de pont. Il verra l'hôpital, la manutention, les magasins, et enfin si le pays commence à se réorganiser. Il me rendra compte des troupes qui s'y trouvent, ainsi que des convois et des troupes qu'il rencontrera, soit cavalerie, soit artillerie, soit infanterie, soit équipages militaires. Il verra à Biéchenkovitchi le 4e régiment des chasseurs de la Garde et le bataillon de Hesse-Darmstadt, auxquels j'ai ordonné de rester là en position jusqu'à nouvel ordre; il doit y avoir aussi plusieurs pièces d'artillerie. Il faudra avoir soin que tout cela soit en position, et qu'on travaille à la tête de pont, afin de la terminer. Il s'informera si on a des nou­velles des Cosaques, et, s'il est nécessaire, il restera un jour à Biéchenkovitchi, afin de tout voir et de faire sa dépêche ; il m'écrira de cet endroit, en ayant soin de remettre sa lettre à la première esta­fette qui passera.

De Biéchenkovitchi, il continuera sa route sur Polotsk, d'où, il m'expédiera sa seconde dépêche. Il verra les fortifications de la ville, l'hôpital, la manutention. Il me fera connaître combien de prisonniers a faits le duc de Reggio à ces différentes affaires qui viennent d'avoir lieu, combien de blessés, tout ce qu'il pourra apprendre sur ces affaires et sur la situation du corps du duc de Reggio. Le duc de Tarente ayant pris Dinabourg, l'officier d'ordonnance d'Hautpoul s'in­formera si la communication entre les deux corps s'est opérée. Il prendra toutes les informations qui pourront me faire connaître la nature des forces opposées au duc de Reggio. Il restera avec ce ma­réchal, auquel il remettra la lettre ci-jointe, jusqu'à ce que celui-ci ait attaqué l'ennemi, éclairci la rive droite et opéré sa communica­tion avec Dinabourg.


Vitebsk, 6 août 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous ai mandé que je désirais qu'une brigade de six cohortes de garde nationale, en prenant des cohortes composées d'anciens Français, se rendît à Bremen. Cette mesure me paraît plus urgente que jamais. Vous porterez un soin particulier à cette organisation. Vous ferez avancer, pour remplacer cette brigade à Utrecht et dans la 24e division militaire, la brigade qui est au Havre, afin que, si Hambourg était attaqué, cette brigade pût se porter aussi au secours de la 32e division militaire; le cas arrivant, vous enver­riez un général de division commander ces deux brigades.

Donnez ordre au général Heudelet de porter son quartier général à Hambourg et de réunir entre Hambourg et le Mecklenburg toute sa division. Deux demi-brigades pourront être dans le Mecklenburg et trois à Hambourg et Lubeck. La brigade d'Erfurt doit s'être rendue dans la Poméranie suédoise pour faire partie de la division Morand. Pressez autant qu'il vous sera possible la formation de la division de dragons et de l'artillerie de la division Heudelet. Par ce moyen, il y aurait à Hambourg cinq demi-brigades provisoires et six cohortes de garde nationale, indépendamment des six autres cohortes, qui, de la Hollande, seraient prêtes à s'y porter. La division Morand aurait douze bataillons dans la Poméranie, et le duc de Castiglione aurait dans sa main deux divisions prêtes à se porter sur le point menacé.

Un débarquement ne peut avoir lieu que du côté de Lubeck, dans le Mecklenburg ou dans la Poméranie suédoise. Il ne paraîtrait pas naturel qu'on fît un débarquement qui compromettrait les Prussiens. Il est donc convenable que le général Heudelet reconnaisse lui-même Lubeck et le Mecklenburg, ait sa division dans sa main et s'entende avec le général Morand pour pouvoir promptement se secourir.

Vous ne m'avez pas mandé si le duc de Castiglione était parti de Paris. Ayez soin de lui envoyer un général d'artillerie.

Envoyez deux nouvelles compagnies d'artillerie de ligne dans la 32e division militaire pour servir selon les besoins.

Tenez la main à ce que les officiers des cohortes, ceux des corps et les officiers d'artillerie soient à leur poste.


Vitebsk, 6 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Dur de Bassano, je désire que vous demandiez à la Prusse qu'en cas qu'il y eût une descente en Poméranie, ou dans le Mecklenburg, ou à Hambourg, elle fasse partir de Potsdam, ou de tout antre endroit, une brigade de 1,000 chevaux et douze pièces d'artillerie légère qui seront aux ordres du duc de Castiglione.


Vitebsk, 6 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous fassiez donner l’ordre à Kovno, par le gouverneur général, que toutes les voitures d'équipages militaires qui y passeront se chargent, avant tout, de riz, jusqu'à ce qu'on ait épuisé tout ce qu'il y a de riz dans les magasins de Kovno, et, à défaut de riz, de biscuit. Si ces voitures sont chargées de farines, elles laisseront leurs farines à Kovno. Voyez aussi le gouverneur général pour que des mesures soient prises pour foire emmagasiner à Kovno, dans les églises et les couvents, fout ce qui est arrivé par le Niémen, et que les bateaux soient envoyés. Il faut qu'on prenne à Kovno tous les couvents, qu'ils aient été destinés pour des hôpitaux, pour la Garde ou pour qui que ce soit ; le prin­cipal est que sans délai tout y soit mis à couvert. Faites écrire à Kovno pour qu'on expédie des vivres sur Vilna, Grodno, Bialystok et même sur Varsovie. Ce qui est bien important, c'est que tous les bateaux qui sont è Kovno soient renvoyés et redeviennent dispo­nibles pour rapporter l'avoine et tout ce qu'on pourra tirer de Danzig et de Königsberg. Remuez donc cette commission de gouvernement, qui vraiment ne fait rien ; il est ridicule qu'il n'y ait qu'une aussi petite quantité de blé dans leurs magasins.

Les prisonniers que le duc de Reggio a faits à Polotsk sont dirigés sur Vilna. Je désire que vous les fassiez interroger avec soin, pour savoir de quel régiment, de quelle division et de quel corps ils sont. Je vous envoie une lettre que vous écrit le consul de Riga. Il est nécessaire que ce consul rejoigne sur-le-champ le duc de Tarente. Envoyez son mémoire au duc de Tarente.

 

P. S. Le gouverneur général qui commande tous les gouverne­ments de la Lithuanie, le général Hogendorp, donnera main-forte à la commission de gouvernement et fera désormais exécuter ses diffé­rentes dispositions à Grodno, à Bialystok et ailleurs.


Vitebsk, 6 août 1812, cinq heures après midi

 

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Souraje

 

Mon Fils, je suppose que vous n'avez pas de malades à Souraje ; que vous n'avez du moins que des malades que vous puissiez promptement évacuer, puisqu'il est important que vous soyez toujours en mesure d'évacuer avec rapidité tout le pays, sans y rien laisser. Faites-moi connaître quand vous pourrez avoir du pain pour huit ou dix jours, quand tous vos attelages seront suffisamment reposés et quand on pourra marcher sur Smolensk. Mon intention est de mar­cher à l'ennemi, probablement, par la rive gauche du Borysthène, d'enlever Smolensk, et de livrer bataille à l'armée russe, si elle veut tenir dans la position où elle est.

Avez-vous vos batteries de réserve ? J'ai vu hier votre parc de réserve à la position que vous occupiez près de Vitebsk : il attend à chaque instant une grande quantité de voitures. Faites-moi connaître si vous espérez recevoir encore quelques renforts et rallier beaucoup de vos troupes.


Vitebsk, 6 août 1812

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, j'ai donné ordre à la division Gudin de se rendre à Babinovitchi. Laissez-la dans cet endroit, parce qu’elle y trouvera plus de facilités pour les subsistances; elle sera là à vos ordres. Je désire savoir quand deux ponts solides seront établis à Orcha, s'il y a des ponts à Doubrovna, enfin s'il y en a entre la Berezina et Rossasna.

Faites-moi connaître votre opinion sur cette question : est-il plus utile de marcher sur Smolensk par la rive droite que par la rive gauche ? Quelle est la nature du pays ? Y a-t-il des ressources pour nourrir la cavalerie, et des subsistances pour l'infanterie ? Si je me résous à marcher par la rive gauche, il faudra que la cavalerie du roi de Naples, le vice-roi, le 3e corps, viennent passer le Borysthène entre Rossasna et la Berezina. Il faudrait pour cela avoir des ponts solides et nombreux. Pendant ce temps, vous vous porteriez sur Krasnoï avec le corps du général Grouchy, le 8e et le 5e corps. Quelle est la marche que devrait faire le 5e corps ? Vous auriez alors sous vos ordres les divisions Compans, Gudin, Dessaix et Claparède, ce qui doit faire plus de 30,000 hommes d'infanterie. Le 8e corps doit être de 10,000 hommes, et le 5e corps de 20,000 hommes; vous auriez donc 60,000 hommes d'infanterie. La cavalerie du prince Poniatowski, celle du général Grouchy, la vôtre, la division Valence et le corps du général Latour-Maubourg devraient faire plus de 12,000 hommes de cavalerie. Votre seule armée serait donc de plus de 80,000 hommes. Le corps du duc d'Elchingen, le corps du vice-roi, la cavalerie du roi de Naples, la Garde et les divisions Morand et Friant devraient faire plus de 100,000 hommes. Faites-moi con­naître si vos troupes pourront se procurer pour huit ou dix jours de vivres, s'il y aurait suffisamment de ponts et de ponts solides pour faire passer la cavalerie, afin que le passage ne fasse point le défilé sur aucun point du Borysthène. J'attends l'appel de vos différents corps.


Vitebsk, 7 août 1812.

A M. Barbier, bibliothécaire de l’empereur, à Paris

L'Empereur désirerait avoir quelques livres amusants. S'il y avait quelques bons romans nouveaux, ou plus anciens qu'il ne connût pas, ou des mémoires d'une lecture agréable, vous feriez bien de nous les envoyer, car nous avons des moments de loisir qu'il n'est pas aisé de remplir ici.

Par ordre de l'Empereur, le secrétaire du portefeuille.


Vitebsk, 7 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, faites-moi connaître où en est la formation des troupes de la Lithuanie. Les armes sont arrivées à Kovno. Je désirerais connaître quand ces régiments seront suffisam­ment formés pour faire les garnisons de Vilna, de Kovno, de Minsk et de Grodno, afin que je puisse retirer toutes les troupes que j'ai dans ces différentes places. Les cinq régiments dont la formation a été ordonnée sont-ils pour toute la Lithuanie, ou seulement pour le gouvernement de Vilna ?


Vitebsk, 7 août 1812

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, dites au gouverneur général Hogendorp qu'il est nécessaire qu'il m'écrive tous les jours par l'estafette sur ce qui se passe dans son gouvernement, indépendamment des comptes qu'il rend à l'état-major. Dites-lui que, comme Drissa est dans son gouvernement, il serait bon qu'il y envoyât un bataillon avec des sapeurs pour démolir le camp retranché des Russes. Il fau­drait que ce bataillon emportai avec lui quatre ou cinq cents outils; en séjournant huit ou dix jours à Drissa, il finirait ce travail. J'attache de l'importance à ce que ce camp retranché soit entièrement détruit.

Lorsque le duc de Bellune sera arrivé à Tilsit, mandez-lui qu'il vous fasse connaître l'époque où les différents bataillons y arriveront.


Vitebsk, 7 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous voyiez si on a renfermé dans une église ou à l'arsenal les deux à trois cents chariots d'ancien modèle qui ont été laissés à Vilna exposés à l'air. Si cela n'avait pas encore été fait, le gouverneur devrait le faire.


Vitebsk, 7 août 1819.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, répondez au duc de Reggio que l'état de situation qu'il a remis du corps de Wittgenstein contient un double emploi ; que les quatre régiments de chasseurs à pied que commande le général Koulnief sont des régiments de la 5e et de la 14e division, c'est-à-
dire les 23e, 24e, 25e et 26e; que, depuis cette campagne, les Russes ont pris l'usage de mêler l'infanterie légère avec la cavalerie pour former leurs avant-gardes, et par conséquent ces régiments ne font pas nombre; que les corps du général Sazonof, commandant la 14e division (Navaginsky, Tenginsky, Toulskoï et Esthlandskoï, jus­tement les régiments de la 14e division), sont encore un double emploi; que le corps de Wittgenstein se réduirait à trois divisions, c'est-à-dire dix-huit régiments ou 15,000 hommes, supposant, ce qui est possible, que la 7e division y soit; mais les deux régiments d'infanterie légère de la 7e division n'y sont pas, que cela ne ferait donc que 14,000 hommes; qu'il est possible que le prince Repnine ait six bataillons de réserve composés de compagnies des 3e batail­lons, que nous n'avons pas de renseignements là-dessus; qu'à peu près ce nombre des 3e bataillons était à Dinabourg; qu'il est possible qu'on ait retiré les grenadiers de ces 3e bataillons, que cela ne ferait au plus qu'une force de 17 à 18,000 hommes d'infanterie.

Vous ajouterez au duc de Reggio que dans aucune campagne nous n'avons suivi avec plus d'attention les corps russes, et que nous sommes parfaitement au fait de leur organisation ; que tout porte à penser qu'il n'a pas plus de 20,000 hommes devant lui. Toutefois quel inconvénient y avait-il à ce qu'il restât dans sa position de Biélaya et vît l'ennemi se déployer en deçà du défilé ? Il aurait pu alors le compter. Depuis, quelle difficulté y avait-il à rester à Polotsk, couvert par quelques lunettes qu'il pouvait faire dans une nuit ? Dans une bonne position, il ne pouvait pas craindre un corps qui lui eût été même supérieur d'un tiers ; enfin, après qu'il aurait vu l'ennemi et qu'il se serait assuré de sa très-grande supériorité, n'était-il pas toujours à même de faire sa retraite et de repasser ses ponts ? Mais cette manière de faire très-légère compromet les opérations générales, puisqu'elle peut porter l'Empereur à faire de faux mouvements; et si nous n'étions pas très-supérieurs en forces à l'ennemi, le mouvement rétrograde du 2e corps sur Polotsk serait une véritable faute. Après la belle victoire qu'il avait obtenue, il est étonnant que ce soit l'en­nemi qui soit resté maître du champ de bataille. Il a reculé, l'ennemi a avancé; l'ennemi a su que deux divisions avaient passé la Dvina, il a avancé encore plus. La guerre est une affaire d'opinion, et l'art était de se conserver l'opinion qu'il avait pour lui, après le grand avantage qu'il avait remporté.

Ayez soin de faire observer au duc de Reggio que le prince Repnine n'est que général-major et ne peut commander qu'une brigade.


Vitebsk, 7 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc de Reggio que les prisonniers qui ont dit qu'ils avaient entendu le canon sur notre gauche avaient raison ; que le duc de Tarente, qui était à Dinabourg, aura suivi l'ennemi, ce qui aura donné lieu à cette canonnade ; que l'aide de camp Philipof, se trouvant déjà en route pour Vilna, ne peut plus être échangé, puisqu'il se trouve sur les derrières de nos armées et a vu nos mou­vements; que la réponse qu'il a faite relativement au prisonnier Vadbousky est convenable ; qu'on n'a pas le droit d'envoyer des parlementaires lorsqu'on se bat.

Mandez-lui qu'il faut conserver l'artillerie régimentaire comme elle est formée, qu'on ne saurait avoir trop de pièces de canon, et que je désapprouve tout ce qu'il a fait pour envoyer des pièces sur les derrières. Recommandez-lui de soigner cette artillerie, au lieu de la laisser se désorganiser; que j'espère qu'avec sa belle division de cuirassiers il donnera une belle poussée à Wittgenstein, et qu'aussitôt que celui-ci aura été rompu il le mènera loin.


Vitebsk, 8 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre que tout ce qui appartient à la Garde et qui se trouve à Biéchenkovitchi en parte à deux heures après minuit, pour être rendu ici après-demain de bonne heure.


Vitebsk, 9 août 1812, deux heures du matin.

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je vous prie de m'envoyer l'itinéraire d'une route de Babinovitchi à Rossasna, ou tout autre point plus direct pour se rendre de Vitebsk à Smolensk, de sorte que de Vitebsk on puisse se rendre sur le Dniepr en trois jours et arriver le sixième devant Smolensk. Je vous prie de même de me faire connaître les routes qui pourraient communiquer de Liozno et de Roudnia à Smolensk. Je désire connaître la nature de ce pays. Je vous prie de me tracer la route que pourrait tenir le prince Poniatowski pour arriver en trois ou quatre jours à la hauteur de Krasnoï; la grande route le conduirait en trois jours à Mstislavl, et en quatre ou cinq à Sviériakovo, sur la route de Smolensk à Roslavl ; cette marche serait avantageuse et nous permettrait d'arriver sur deux colonnes pour éviter une position assez forte que l'ennemi a en avant de Smolensk ; ce chemin la tour­nerait. Resterait à connaître les communications intermédiaires de Liady à Smolensk et entre Liady et Sviériakovo, toujours sur Smo­lensk. J'attends, pour fixer le moment où je passerai le Dniepr, de connaître celui où vos ponts seront terminés et où vous aurez des fours à Doubrovna.


Vitebsk, 9 août 1812, deux heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Souraje.

Mon Fils, il est possible que de Souraje vous puissiez vous porter sur le Dniepr, en passant par Kolychki et Rossasna, afin de manœu­vrer avec l'armée sur la rive gauche du fleuve; dans ce cas, faites secrètement reconnaître la route, sa nature et le nombre de jours nécessaire pour la marche. Je n'ai pas besoin de vous dire que, dans cette hypothèse, on ne peut laisser de garnison à Souraje; il faut tout évacuer sur Vitebsk.


Vitebsk, 9 août 1812, cinq heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps (le 6e corps était placé, depuis le 7 août, sous le commandement du général Gouvion Saiot-Cyr) de la Grande Armée, à Souraje.

Mon Fils, l'ennemi s'est porté hier en grande force vis-à-vis Inkovo, ce qui m'a décidé de réunir l'armée à Liozno, où se trouve le duc d'Elchingen. Les divisions Friant, Morand et Gudin se mettent en marche ce matin. Mettez-vous en marche de votre côté et réunissez-vous près de Liozno. Envoyez un aide de camp au duc d'Elchingen pour savoir ce qui se passe, et dirigez-vous en très-petites ou en grandes journées, selon ce qui se sera passé aujourd'hui. Si c'est un mouvement offensif de l'ennemi, arrivez le plus vite que vous pour­rez ; si, au contraire, ce n'est qu'une reconnaissance de cavalerie, faites toujours votre mouvement, mais faites-le doucement, mon intention étant de continuer alors ces mouvements pour marcher sur Smolensk. Laissez une arrière-garde d'infanterie et de cavalerie le plus longtemps possible-à Souraje; tâchez de ne laisser personne sur la rive droite. Une arrière-garde d'infanterie et de cavalerie paraît devoir être nécessaire à Souraje encore pendant plusieurs jours. Faites-moi connaître toutes vos dispositions. Je n'ai pas besoin de vous répéter d'envoyer auprès du roi de Naples et du duc d'Elchingen pour savoir ce qui se passe, afin de bien régler vos mouvements.


Vitebsk, 9 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, une fois que le mouvement sur Smolensk sera décidé, il sera nécessaire que la communication de Smolensk avec Vilna se fasse par Minsk, puisque cette nouvelle direction n'aura que 116 lieues et que celle de Smolensk avec Vilna par Vitebsk et Gloubokoïé en aurait 136. Le pays est d'ailleurs meilleur, il n'a pas été entamé, et l'on aura d'ailleurs pour point de repère Borisof et Minsk, qui sont deux grandes villes. Il est donc nécessaire d'écrire au gouverneur de Minsk de prendre d'avance ses mesures pour bien organiser cette route et pour que le passage des troupes et des prisonniers puisse se faire sans attirer de désordres dans le pays. Cette nouvelle route offrira aussi l'avantage d'une direction de Minsk sur Varsovie sans passer Vilna : de Smolensk à Varsovie, il n'y aura que 225 lieues.


Vitebsk, 9 août 1812.

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je désire que vous me donniez des renseignements sur une route qui longerait la rive gauche du Dniepr à trois ou quatre lieues de distance, et passerait par Savvya, Romanovo, Gorodok, Palkino, Montchina, etc. Cette route, si elle existe, tournerait tous les petits torrents qui versent leurs eaux à la rive gauche du Dniepr.


Vitebsk, 9 août 1812

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois vos lettres du 6 août. J'es­père qu'à l'heure qu'il est le dac de Reggio aura sa communication ouverte avec le duc de Tarente. Le général Wittgenstein a été blessé au combat de la Drissa; le général Koulnief a été tué ; c'était un offi­cier de cavalerie qui est regretté des Russes. Les fatigues ont mis un peu de retard dans la marche du duc de Reggio ; il est à peu de marches de (manque). L'ennemi a fait une forte attaque sur la division Sébastiani, à huit lieues de Smolensk. Il y a eu beaucoup de coups de  sabre donnés sans trop de résultat. L'ennemi avait 10,000 hommes de cavalerie contre cette seule division. Je compte marcher sur Smo­lensk pour voir si l'ennemi veut nous attendre, ce qui paraît assez probable, puisque sa réunion avec Bagration est faite et qu'il n'a plus grand'chose à attendre. Faites interroger les prisonniers qu'a faits le duc de Reggio, à mesure qu'ils arriveront, afin de bien connaître les troupes qu'avait Wittgenstein. Pressez autant qu'il vous sera possible pour les subsistances et pour que les étapes des derrières soient abon­damment pourvues; c'est la seule manière de maintenir l'ordre et la tranquillité sur les derrières.

Une fois que nous serons à Smolensk, il serait possible que la route passât par Orcha et Minsk. De Smolensk à Vilna par Minsk il n'y a que 116 lieues, et de Smolensk à Vilna par Gloubokoïé il y en a 136. Il faut donc que la route de Vilna à Minsk soit parfaitement organisée pour les étapes, ainsi que celle de Minsk à Orcha.

 

P. S. Je vous renvoie des lettres de service que j'ai ouvertes.


Vitebsk, 9 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à Danzig et à Königsberg pour que l’on fasse partir tous les dépôts d'habillement, soit de la Garde, soit des différents corps de l'armée, car déjà le besoin d'effets d'habillement et de souliers commence à se faire sentir; que tout cela soit embarqué, transporté sur le Niémen et débarqué à Kovno. Écrivez à l'amiral Baste qu'il fasse son affaire de ce mouvement, et qu'il rende compte de tout ce qui arrivera. Je désire que vous écriviez aussi au général Loison, à Königsberg, pour lui recommander que, conformément aux ordres que j'ai donnés, tout l'équipage de siège de Magdeburg, qui était destiné pour le siège de Dinabourg, rentre à Danzig. La moitié qui était à Elbing est déjà rentrée ; l'autre moitié, qui est à Königsberg, doit y rentrer sur-le-champ. La prompte rentrée de cet équipage aura deux résultats : 1° compléter l'armement de Danzig ; 2° empêcher qu'en cas de descente l'ennemi puisse s'em­parer de cet équipage, et rendre les bateaux disponibles pour faire venir des dépôts d'habillement ce qui sera nécessaire. Mandez à l'amiral Baste de presser la rentrée de cet équipage sous le canon de Danzig.

Un autre objet important dont je désire que vous vous occupiez, c'est de voir si l'on pourrait passer un marché, soit avec des juifs du pays, soit avec des gens de Königsberg, pour le transport, de Kovno à Vitebsk et à Smolensk, des objets d'habillement et de subsistance qui se trouveront à Kovno. Le marché serait fait en argent comptant, à tant par quintal. Vous vous concerterez avec l'ordonnateur et les gens du pays pour savoir quel prix il serait raisonnable d'accorder, en ne perdant pas de vue qu'il faudrait établir deux prix, l'un d'ici au traînage, l'autre pour le moment du traînage. C'est la meilleure manière de pourvoir à ce que les effets d'habillement, le biscuit, le riz, etc., qui sont à Kovno, nous arrivent. Il faudrait qu'ils s'enga­geassent à mettre tous les jours en mouvement tant de quintaux, et, en cas que les objets dussent rester en route, le prix serait réglé selon la distance. Vous remarquerez que ces voituriers pourraient rapporter du sel de Vitebsk, d'Orcha et de Borisof. Nous en avons une immense quantité, pour près de 20 millions, et on m'assure que le pays de Königsberg, la Courlande et la Samogitie tiraient leur sel d'ici. Voyez à combiner une opération là-dessus. Il faudrait faire également un marché pour le transport sur Minsk, par Grodno, des farines, riz, effets d'habillement, etc., que nous avons à Varsovie, en éta­blissant également deux prix, l'un pour le moment du traînage et l'autre avant le traînage. L'armée ayant passé, le pays doit se réta­blir, et avec de l'argent on doit trouver tout cela.


Vitebsk, 10 août 1812, une heure du matin.

 

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Yanovitchi

Mon Fils, j'ai reçu votre lettre dans laquelle vous me faites con­naître que vous serez à huit heures du soir à Yanovitchi. J'ai reçu des lettres des avant-postes de hier 9, à quatre heures après midi. Il parait que l'ennemi s'est retiré et que c'était une affaire de cavalerie, provoquée probablement par les imprudences du général Sébastiani, qui ne sait pas se garder dans des cantonnements de repos et va s'en­foncer dans des plaines où il croit que l'ennemi n'est pas en force. Ainsi donc vous êtes maître de votre mouvement de la journée. Faites ce que vous jugez le plus convenable pour le bien de vos troupes. Le temps est si mauvais, et il pleut tant, que je suis bien fâché de voir mes troupes en mouvement par un pareil temps.

Votre mouvement a été d'ailleurs brusque. Ralliez bien tous vos détachements, rappelez tout votre monde, et employez la journée à vous réunir, ou marchez à votre volonté : vous ne devez être dirigé que par l'intérêt de vos troupes.

Je ne fais pas partir la Garde aujourd'hui à cause du mauvais temps, mais elle partira demain.

Ayez soin de mettre à l'embranchement des routes un officier d'état-major, avec un piquet, pour empêcher vos soldats de continuer à se rendre à Souraje; prenez la même précaution au pont, sur la route qui va à Velije ; car en vérité ils sont sans considération, et, quand ils voient un pont, ils y passent, de sorte que nous perdons ainsi en détail beaucoup de monde.


Vitebsk, 10 août 1812, deux heures du matin.

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, le mouvement d'hier a été provoqué, à ce qu'il paraît, par le général Sébastiani, puisqu'on m'écrit des avant-postes, à quatre heures après midi, que l'ennemi s'est retiré. Le vice-roi a porté son quartier général à Yanovitchi et commencé son mouve­ment. Je voudrais avoir des renseignements sur les routes de Lioubavitcbi À Rossasna et de Babinovitchi à Rossasna. J'aurais fait partir ce matin toute ma Garde, mais il pleut tant, que je retarde son mou­vement d'un jour pour laisser passer le mauvais temps. Je retiens également la division Friant, qui, étant bien baraquée, est à l'abri de la pluie, mais tout le monde est prêt à partir. Je suis encore indécis de savoir si de ma personne je prendrai la route de Liozno ou celle de Babinovitchi. Je me déciderai par les nouvelles ultérieures que je recevrai de l'ennemi et par les renseignements que vous m'en­verrez sur les localités. Il est nécessaire que le général Latour-Maubourg se rapproche, afin que je fasse venir sa cavalerie et même la division d'infanterie à la bataille, puisque, si l'ennemi tient à Smolensk, comme je suis fondé à le penser, ce sera une affaire décisive, et nous ne saurions y être trop de monde. Je suppose que, d'après mon ordre d'hier, vous aurez appuyé Latour-Maubourg sur Mohilef, et qu'ainsi tout cela pourrait se faire. Il faut à Rossasna, où l'armée doit passer, quatre ponts. Faites préparer tous les moyens, sans pourtant jeter ces ponts, mais de sorte que vos sapeurs et vos pontonniers aient d'avance tout ce qui est nécessaire, et puissent jeter ces ponts aussitôt que la tête de la gauche paraîtra, sans démasquer plus tôt le mouvement.


Vitebsk, 10 août 1812, au matin.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, j'avais donné l’ordre hier aux divisions Gudin, Morand et Friant de se porter, l’une sur Babinovitchi, l'autre sur Poloviki et l'autre sur Liozno, de crainte que l'ennemi ne prît l'initiative. L'en­nemi paraissant s'être retiré, j'ai donné ordre que ces divisions pris­sent position entre Liozno et Rossasna, de manière qu'elles puissent les premières se réunir à vous. Le mauvais temps m'a décidé à retenir ici la division Friant. Je crois que je serai le 13 ou le 14 à Rossasna, avec ma Garde et toute l'armée. C'est donc dans la nuit du 13 au 14 qu'il faut que nos quatre ponts soient jetés, afin que le Dniepr ne puisse pas nous arrêter. Vous avez beaucoup de moyens en sapeurs et en matériel du génie; portez tout cela en avant sur Rossasna. Il est probable que je marcherai sur Smolensk avec 200,000 hommes. Puisque vous êtes dans le pays, étudiez un peu les chemins pour savoir si l’on ne pourrait pas marcher sur trois colonnes, une sur le grand chemin, une sur le pendant des eaux de ces petits torrents qui versent dans le Dniepr, et la troisième sur la droite, mais sans être éloignées de plus de 2 à 3 lieues l’une de l'autre. Je vous recom­mande surtout d'avoir beaucoup de fours.


 

Vitebsk, 10 août 1812, au matin.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, vous ne m'avez pas encore envoyé l'appel du 8e corps, du 5e corps, ni du 4e corps de cavalerie; envoyez-moi ces appels le plus tôt possible. Vous ne m'avez pas fait connaître si vous avez des fours à Orcha, à Mohilef, à Rossasna et à Doubrovna. Je vous prie de me répondre le plus tôt possible. Il serait bien important d'avoir des fours à Orcha, Doubrovna et Rossasna, dans cette dernière ville surtout; s'il n'y en avait pas, faites-en construire douze. J'ai requis, il y a quinze jours, 6,000 quintaux de farine à Borisof : 2,000 sont arrivés ici; j'ordonne que les autres 4,000 soient dirigés sur Orcha. J'en fais requérir 10,000 à Minsk, 4,000 à Sienno, et j'envoie des agents pour organiser ces convois et les diriger sur Orcha. Tous les convois de l'armée vont changer de route à Kamen et se diriger éga­lement sur Orcha. Est-ce qu'on ne peut pas requérir dans le gouver­nement de Mohilef ? Il devrait pourtant offrir la ressource de quelques milliers de quintaux. Il me semble que depuis le 20 vous n'avez pas suffisamment approvisionné votre point central d'Orcha ou de Kokhanovo. Faites-moi un projet de route d'étape de Kamen à Orcha. Aussitôt que mon mouvement sera démasqué sur Smolensk, Orcha deviendra le point central de l'armée, et il est probable que je pren­drai alors ma direction par Borisof, Minsk et Vilna.


Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, j'ai donné ordre qu'un tambour embrassant plusieurs maisons crénelées et palissadées couvrit la tête du pont de pilotis, et pût mettre 200 hommes à l'abri de toute insulte. Le gouvernement y fera porter une pièce de canon pour enfiler la grande rue du fau­bourg. On placera à l'hôpital et à côté de la manutention des pièces de canon pour battre la plaine.

Indépendamment du pont de pilotis, il y a, en descendant tout près, un pont de radeaux qui se trouvera couvert par ce tambour.

Donnez ordre aux pontonniers qui sont restés ici de faire lever, dans la journée de demain, un des deux ponts de radeaux que l'ar­tillerie a construits plus bas. Ce pont sera transporté contre le pont de pilotis, mais en haut, et fera pendant à celui qui est sur la droite, de sorte que le pont de pilotis et les deux ponts de radeaux soient couverts tous trois par le même tambour et défendus par la même garde. Cela devra être fait dans la journée de demain. Après-demain, après que ce travail sera terminé, on lèvera le quatrième pont et on en transportera les pièces près des deux autres ponts de radeaux, pour servir à les agrandir à mesure que la rivière augmentera.

Vous donnerez ordre au général Chasseloup de faire également établir un tambour au petit pont placé sur le ravin, lequel sera adossé à l'église neuve, qui sera crénelée et mise en état de défense, de sorte que 100 hommes avec une pièce de canon puissent être là dans un bon poste.

Je désire qu'un autre tambour soit établi sur la route de Souraje, en avant de la porte, et qu'une soixantaine d'hommes puissent s'y trouver à l'abri de toute insulte de la cavalerie légère.

Il doit rester un officier du génie et un officier d'artillerie comman­dant, attachés au général Charpentier. L'officier de pontonniers sera chargé de la garde et de l'entretien des deux ponts sur pilotis.

Aussitôt que les huit fours commencés et complétant le nombre des fours à vingt-quatre seront achevés, les constructeurs partiront et suivront le quartier général. L'officier du génie fera, avec les sapeurs et quelques ouvriers du pays, construire les huit autres fours et achever la manutention; vingt-quatre étant déjà faits, les huit autres ne sont plus si pressés, et je lui donne huit jours pour le construire.


Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc d'Elchingen pour lui faire connaître que le vice-roi a commencé son mouvement; que les divisions Morand, Gudin, Friant ont dû se mettre également en marche; que, mon intention étant de les porter sur le Dniepr aussitôt que je serai certain que l'ennemi ne veut pas prendre l'offensive, je désire qu'il place ces trois divisions dans les lieux où il jugera qu'elles pourront vivre plus facilement, entre lui et le Dniepr; qu'il serait possible que j'eusse mon quartier général le 14 à Rossasna, où il y aura quatre ponts, que j'y passasse le Dniepr et qu'avec près de 200,000 hom­mes je me portasse sur Smolensk; qu'il est convenable que, si dans la journée du 10 il est prouvé que l'ennemi n'a aucun projet offensif, il dirige diagonalement en arrière sa batterie de réserve et son gros parc, entre lui et le Dniepr, afin que rien ne le retarde.

Mandez-lui que je désire qu'il me fasse connaître l'état des pertes qu'a faites son corps dans la journée d'hier; qu'il faudrait remplacer la compagnie du 24e en en formant une autre, que cette perte est bien désagréable; que le duc de Reggio poursuit Wittgenstein, que dans son combat du 1er août il lui a tué et pris beaucoup de monde ; que cette armée ennemie paraissait être dans la consternation, que le général en chef Wittgenstein a été blessé et le général Koulnief tué.


Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre au général Chasseloup de partir demain, à deux heures du matin, avec tous les sapeurs, mineurs, ouvriers du Danube, caissons et matériel du génie, pour se rendre à Bahinovitchi. Le général Kirgener et les sapeurs de la Garde parti­ront par la même occasion, ainsi que les deux compagnies de marins de la Garde. Ils auront tous du pain et de la viande assurés pour huit jours. Deux compagnies de sapeurs, dont une de la Garde, et une compagnie d'ouvriers du Danube, suivies des caissons les mieux attelés, marcheront à grandes journées, afin d'être rendues dans la journée du 13 à Rossasna.

Donnez ordre au général Éblé de marcher à grandes journées avec deux compagnies de pontonniers, afin d'être arrivé le 13 de bonne heure à Rossasna, et de s'y employer sur-le-champ à jeter dans cet endroit quatre ponts. Faites-moi connaître quand l'équipage de pont et le matériel du génie arriveront à Babinovitchi, afin que je n'ou­blie point de leur donner des ordres. Donnez ordre au petit quartier général de partir demain, à la pointe du jour, pour être rendu le 12 à Babinovitchi.


Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au roi de Naples qu'il est nécessaire que le corps du général Nansouty parte demain pour passer derrière Roudnia, être le 12 à Lioubavitchi et passer le Dniepr le 13 au soir. Il sera nécessaire que les deux divisions de cuirassiers du général Montbrun suivent, le 12, le mouvement du général Nansouty, afin que, le 13 au soir, elles puissent passer le Dniepr. La division Sébastiani servira de rideau pour couvrir ce mouvement. Écrivez au vice-roi qu'il dirige son mouvement de manière que le 13 il puisse passer le Dniepr du côté de Rossasna. Donnez ordre au duc de Danzig de partir demain, à la pointe du jour, avec la division de la vieille Garde, pour se rendre à Babinovitchi en deux jours. Vous ferez con­naître au prince d'Eckmühl que les divisions Friant, Morand et Gudin ont ordre d'être arrivées le 13 sur le Dniepr; que le général Éblé, avec l'équipage de pont et le matériel du génie, y arrive également par Babinovitchi; que le corps du général Nansouty y arrive par Lioubavitchi ainsi que le vice-roi et le 3e corps; qu'il est donc con­venable qu'il porte son quartier général à Rossasna, où il réunirait ses cinq divisions avec la division Claparède, le corps du général Grouchy et sa cavalerie légère couvrant les deux rives. Il est néces­saire que, le 13 au soir, il y ait à Rossasna quatre ponts, et deux sur la route de Lioubavitchi à Liady. A la même époque, le 13, le prince Poniatowski et le duc d'Abrantès doivent être à Romanovo, le général Latour-Maubourg occupant Mohilef, Mstislavl et Romanovo, et prêt à venir nous joindre si cela était nécessaire. Il est probable que le 12 je serai de ma personne à Rossasna.


Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre au général Guyon de venir porter demain son quartier général dans le faubourg de Vitebsk, sur la rive droite. Il se rendra de sa personne au quartier général. Vous lui ferez connaître qu'il doit continuer l'opération des grains et des farines qu'a commencée la Garde, afin d'approvisionner les magasins de Vitebsk. Il doit placer un de ses régiments sur cette rive, afin d'avoir des postes en avant de la ville et d'éclairer tous les environs, soit du côté de Souraje, soit du côté de Roudnia, l'armée se portant tout entière sur la rive gauche du Borysthène, dans la direction de Smolensk. Il sera sous les ordres du général Charpentier, gouverneur de la province, et lui rendra compte. Il veillera à ce que tous les ponts faits par les maraudeurs, d'ici à Souraje, soient détruits. Il enverra des reconnaissances sur toutes les routes à la pointe du jour, ainsi que des agents du pays, afin de bien éclairer les environs de la ville. Il instruira le général Charpentier de tout ce qui pourrait inté­resser la sûreté de cette place de dépôt. Faites connaître au général Charpentier que je laisse cette brigade sous ses ordres afin d'éclairer la province. Le général Guyon aura de plus sous son commandement les 200 lanciers qui appartiennent à la division Valence, et qu'il gardera jusqu'à ce qu'il puisse communiquer avec cette division.

Faites connaître au général Charpentier la situation du duc de Reggio et celle de Biéchenkovitchi, afin qu'il se mette en communi­cation avec ces différents points. Il est nécessaire de donner ici une consigne sévère pour qu'aucun soldat du 4e corps, ni du 3e ni de la cavalerie, ne dépasse Vitebsk, sous prétexte de rejoindre son corps ; tous ces hommes doivent être retenus ici et réunis en bataillons et en escadrons de marche, pour être dirigés ensuite par Babinovitchi sur Doubrovna. Des escouades de gendarmerie seront laissées à Vitebsk. Il sera placé des postes au pont, sur le défilé où l'ennemi était en position, afin de ne laisser passer aucun détachement qui voudrait entrer ici et de les prévenir que tous leurs corps sont sur la droite. L'exécution de cette mesure peut sauver beaucoup d'hommes ; sans quoi tous les traîneurs iront dans la plaine se faire prendre par les cavaliers ennemis. Je désire laisser ici 3,000 hommes de garnison. Une compagnie de sapeurs et une d'ouvriers du Danube resteront pour les différents travaux. J'ai destiné les trois bataillons de la Vistule à former la garnison de cette place; faites-moi connaître quand ils arrivent. Il y a un régiment de marche de trois bataillons qui a été formé à Mayence, qui est resté longtemps à Thorn, à Königsberg et à Vilna, qui est parti de cette ville; faites-moi connaître quand il arrive ici. Je laisse encore le régiment de flanqueurs de la Garde, qui est de 1,000 hommes. Ces forces réunies feront près de 4,000 hommes. Je suppose qu'il y a ici un commandant d'armes et deux adjudants de place. Un bataillon de Hesse-Darmstadt et différents détachements de la Garde arriveront successivement demain et après-demain; faites-moi connaître leur force et le jour de leur arrivée; je les laisserai ici, en attendant que les bataillons de la Vistule soient arrivés.


Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre aux généraux Friant, Gudin et Morand de se diriger à petites journées, de manière à être arrivés le 13 entre Lioubavitchi et Rossasna, sur le Dniepr, d'où ils enverront des offi­ciers auprès du prince d'Eckmühl, qui est à Doubrovna, et de qui ils recevront des ordres. Ils préviendront également de leur mouve­ment le duc d'Elchingen, afin que, s'il arrivait quelque événement imprévu, il puisse savoir où les trouver.


Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, je désire que vous donniez l’ordre que les 1,000 quintaux de farine chargés sur les voitures du 6e bataillon d'équi­pages militaires partent pour Babinovitchi, à cinq heures du matin; ils y arriveront en deux ou, au plus, trois jours. Donnez l'ordre que le petit quartier général, tel que je l'ai réglé, soit prêt à partir aujourd'hui à deux heures après midi. Remettez-m'en l'état du per­sonnel et du matériel à midi. Les boulangers et constructeurs reste­ront aujourd'hui pour continuer les fours et faire du pain. Ils ne partiront que demain.

Donnez l'ordre au général Chasseloup de tenir prêts à partir demain tout le personnel et le matériel du génie, hormis une compagnie de sapeurs et une d'ouvriers du Danube, qui resteront pour les ponts, les fours et les moulins de Vitebsk. Cependant tout le personnel con­tinuera à travailler aujourd'hui. Remettez-moi à midi l'état de ce qui partira.

Donnez l’ordre au général Éblé de partir aujourd'hui pour Babinovitchi avec trente-deux pontons et les outils et agrès nécessaires. Il laissera ici une compagnie pour garder le reste de l'équipage de pont. Il fera marcher la moitié du 4e bataillon d'équipages de la marine militaire et deux compagnies de pontonniers avec les pontons, et gagnera les devants avec le reste de son monde, muni d'outils et agrès nécessaires pour construire des ponts de radeaux. Il me fera connaître le moment de son arrivée à Babinovitchi, ainsi que l'ar­rivée des pontons.

Donnez l'ordre au général Sorbier de se mettre en route aujour­d'hui pour Babinovitchi avec les trois batteries de réserve de la Garde.


Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au général Loison pour lui faire connaître qu'il est nécessaire d'envoyer du corps prussien qui se trouve dans la province de Königsberg une brigade de 2,000 hommes, avec une batterie d'artillerie, à Memel. Cela ne compterait pas sur le contin­gent, et tiendrait garnison à Memel. Il préviendrait de ce mouvement le duc de Tarente et le général Grawert, qui, par ce moyen, seraient plus forts devant Riga.

Faites connaître au général Loison que je vois avec peine les bâti­ments qu'on a mis dans la passe de Pillau ; qu'il les fasse retirer ; que les seules batteries sont suffisantes et que les bâtiments sont inu­tiles; qu'au contraire ils tenteront les Anglais d'envoyer nuitamment des embarcations pour les enlever; que c'est donc une disposition mauvaise et une dépense inutile.


Vitebsk, 10 août 1812, après midi

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, la division Gudin est à Babinovitchi; la division Morand est à trois lieues en arrière de Liozno; la division Friant est à Falkovitchi. J'ai donné l’ordre que, dans la journée de demain 11 et celle d'après-demain 12, ces trois divisions s'approchent insensi­blement du Borysthène, de manière à pouvoir être le 13 à Rossasna. Elles se trouveront ainsi naturellement sous vos ordres. Placez-les dans de bonnes positions entre Rossasna et Liozno.

Les nouvelles que je reçois sont que l'ennemi s'est entièrement retiré; on a poussé à plusieurs lieues en avant et on ne l’a point trouvé.


 

Vitebsk, 10 août 1812. cinq heures du soir.

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je vois par votre lettre du 9 que la route de Doubrovna est la meilleure; mais il me semble que de Babinovitchi à Doubrovna il y a une lieue de plus que de Babinovitchi à Rossasna , et qu'il y a, en outre, trois lieues de Doubrovna à Rossasna. Je perdrais donc quatre heures ou presque une marche. Je préfère, en con­séquence, avoir les ponts à Rossasna. Je voudrais aussi en avoir à
l'intersection de la route de Lioubavitchi à Liady du côté de Khomino. Le 13, toute l'armée va être sur Rossasna. Je dirige le duc d'Elchingen par Lioubavitchi sur l'intersection de la route vis-à-vis Liady, point où il jettera un pont; il gagnera ainsi Liady et formera l'avant-garde. Le vice-roi se dirige sur Rossasna par Liozno; il y sera le 13. Je vous ai fait connaître que vos trois divisions se dirigent
également sur Rossasna. La Garde se dirige sur Rossasna. Il est possible que je charge le duc d'Elchingen de faire l'avant-garde, avec le roi de Naples  commandant le corps de Grouchy, le corps de Nansouty, le corps de Montbrun, la cavalerie légère du duc d'Elchingen et, s'il est nécessaire, la vôtre, celle du vice-roi et celle de la Garde. Vous marcherez après le duc d'Elchingen avec vos six divisions. Le vice-roi marchera après vous, et en6n la Garde. Faites en sorte que
le prince Poniatowski puisse être le 13 à portée, soit à Romanovo, soit à Baïévo.  Vous réunirez derrière le corps du prince Ponia­towski tous les Westphaliens.

Je n'ai pas pu avoir l'état du corps du prince Poniatowski ; mais je suppose que cavalerie, infanterie et artillerie, et réuni au duc d'Abrantès, cela doit bien faire 30,000 hommes. Le général Latour-Maubourg occupera Mohilef et sera à portée de venir me rejoindre, s'il est nécessaire. Il reprendra ensuite sa position à Bobrouisk, où d'ailleurs il peut laisser quelques colonnes mobiles ; mais il est bon que son infanterie et le gros de sa cavalerie soient avec lui, a6n qu'il puisse rejoindre le prince Poniatowski pour livrer bataille. Je vois avec plaisir que demain au soir nous aurons des fours à Doubrovna. Il serait utile d'en avoir aussi à Rossasna. Vous ne me faites pas con­naître si vous en avez à Orcha, où il est également nécessaire d'en avoir. Portez-vous à Rossasna dans la journée du 12, et réunissez-y tout ce que vous avez. Aussitôt que les 1e, 2e et 3e divisions vous auront rejoint, rendez-leur leurs sapeurs; elles ont beaucoup souf­fert de ne pas en avoir.


Vitebsk, 10 août 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Vanovitchi.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 10. J'approuve que votre corps se réunisse demain à Velechkovitchi, de manière à être le 13 à Ros­sasna, où je serai de ma personne. Faites-vous précéder de vos pon­tonniers, marins, sapeurs, afin que, lorsque vous serez arrivé à Lioubavilelii, si cela était convenable, au lieu de passer à Rossasna, vous puissiez passer sur la route de Lioubavitchi à Liady, où vous jetteriez un pont. Il est nécessaire que votre arrière-garde, qui est à Souraje, y reste jusqu'au 14, c'est-à-dire jusqu'au moment où le mouvement offensif sera fortement prononcé. Elle pourra vous rejoindre par la route que vous aurez prise, et, en cas d'événement, se jeter sur Vitebsk.


Vitebsk, l0 août 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je crois vous avoir mandé d'envoyer six cohortes d'anciens Français à Bremen. Je crois encore vous avoir mandé d'envoyer, en cas de descente à Bremen, une deuxième bri­gade de cohortes, celle qui est à Utrecht, et de faire partir en même temps pour Wesel la brigade qui est à Paris. Ces dix-huit cohortes, destinées à défendre la 32e division, seraient alors à la disposition du duc de Castiglione.

Je crois vous avoir dit d'envoyer deux autres compagnies d'artil­lerie de ligne dans la 32e division militaire, outre celles du 9e et indépendamment des compagnies d'artillerie des cohortes. Je pense au­jourd'hui qu'il est convenable que vous fassiez partir deux autres compagnies d'artillerie de ligne pour la Pomeranie suédoise. Si elles y sont de trop, elles serviront pour Stettin. Envoyez-en une de plus à Magdeburg et une de plus à Spandau. Ce sera donc six compagnies d'ar­tillerie de ligne dont vous affaiblirez l'intérieur. Dans le projet que vous m'envoyez et auquel je répondrai incessamment, vous me pro­posez d'en tirer vingt ; ainsi il n'y aura pas d'inconvénient.

Je vous recommande de porter une attention particulière au 11e corps. Envoyez-y un bon chef d'état-major, les généraux du génie et d'artillerie qui sont nécessaires, et un bon ordonnateur. En­voyez-y deux compagnies de sapeurs et une de pontonniers. Chacune des trois premières divisions du duc de Castiglione doit avoir deux batteries de seize pièces d'artillerie attelées. La 4e division, qui est celle du général Morand (Joseph), a l'artillerie hessoise; ainsi l'ar­tillerie du 11e corps se composerait donc de quarante-huit pièces françaises et huit hessoises.

Si la descente avait lieu en Pomeranie, le duc de Castiglione pour­rait tirer des munitions de Stettin, de Spandau et de Magdeburg.

Si la descente avait lieu dans la 32e division militaire ou dans le Mecklenburg, Stettin et Magdeburg seraient encore à portée de ces différents points; mais il est nécessaire que le maréchal ait auprès de lui un commandant du génie, et que vous fassiez pour chacun une instruction qui leur fasse connaître les ressources d'artillerie et du génie qui sont dans ces places. Je ne sais pas si Coeverden et Delfzyl, en cas que la guerre ait lieu à Hambourg, ne pourraient pas fournir quelques ressources.

Il faut que le général Heudelet ait un officier du génie et deux d'artillerie. Je suppose que le général Morand les a déjà. Enfin, en cas de descente, vous devez donner ordre au général commandant la 32e division et aux préfets de cette division de fournir par réqui­sition les chevaux nécessaires pour atteler seize autres pièces et porter l'artillerie de la division Heudelet à trente-deux pièces.

Mandez au général Morand d'organiser des attelages pour seize pièces de canon; il fera les réquisitions nécessaires dans le pays. On pourrait également organiser dans le Hanovre et dans le Mecklenburg des attelages de réquisition pour les deux autres divisions. Enfin occupez-vous de ce corps d'armée. Ce n'est pas que je croie que les Russes, dans le moment actuel où nos avant-postes ne sont qu'à 80 lieues de Moscou, et où nous allons assiéger Riga, puissent faire diversion de ce côté, mais il convient d'y être en mesure.

J'ai renvoyé l'équipage de Magdeburg pour l'armement de Danzig, qui n'était pas assez fort. Cet équipage nous était devenu inutile depuis l'occupation de Dinabourg.


 

Vitebsk, 10 août 1812

 

Au comte Mollien, ministre du trésor, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j'ai reçu la balance du trésor pour les premiers six mois de l'année. Je n'ai pas pu la lire avec toute l'attention que j'aurais voulu y donner. Les droits réunis et l'enre­gistrement doivent rendre ce qu'ils ont promis; les douanes seules sont douteuses. Parlez-en au ministre du commerce, afin d'arrêter nos idées là-dessus. Quant aux 40 millions de l'extraordinaire, ils seront couverts soit par 40 millions de biens des États romains, soit par 40 millions que produira le pays. Car, comme le trésor fait des budgets pour l'armée, les recettes que fera l'armée entreront au trésor. Ayez soin que ces dernières soient imputées sur l'extraordinaire.

J'ai frappé 2 millions de roubles de contribution sur la Courlande ; on a trouvé dans les caisses environ un million de roubles; il est vrai que ce n'est que du papier, mais cela fait toujours 3 millions de francs.

J'ai des magasins de sel considérables à Borisof ; j'en ai ici pour 15 à 20 millions. On m'assure qu'au moment du traînage, la Courlande viendra les prendre. Il serait bon que le ministre de la marine profitât de cette circonstance pour se procurer des mâts; je n'ai pas le temps d'en écrire au ministre de la marine ; voyez-le pour cela.

Ces mâts formeraient toujours une ressource, vu qu'ils pourraient être payés par le budget de la marine. Écrivez au payeur ici pour que les recettes du pays soient tenues en compte particulier et pour qu'il vous en instruise. Vous aurez soin de lui communiquer les dépenses que vous ferez par le budget, en ayant égard à la dépré­ciation des valeurs.


Vitebsk, 11 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à mon ministre à Berlin pour demander qu'en cas de descente sur un point quelconque des cotes le roi de Prusse fournisse un millier de chevaux et douze pièces d'artillerie, soit de Kolberg, soit de Graudenz. Écrivez à mon mi­nistre à Dresde pour que dans le même cas la Saxe fournisse deux bataillons d'infanterie, un régiment de cuirassiers et douze pièces de canon. Écrivez à Stuttgart pour qu'on fournisse deux bataillons d'in­fanterie, un régiment de cavalerie et douze pièces de canon. Écrivez à Munich pour qu'on fournisse quatre bataillons, un régiment de cavalerie et douze pièces de canon ; à Bade pour qu'on fournisse un bataillon d'infanterie, 500 chevaux et six pièces de canon. Deman­dez que ces différentes troupes soient tenues prêtes à marcher à la première demande qu'en ferait le duc de Castiglione. Vous chargerez mes ministres de vous faire connaître si l'on peut compter là-dessus et si l'on peut même espérer davantage.

Écrivez au comte Saint-Marsan qu'il serait convenable que la cour de Prusse écrivît à Stockholm que la moindre entreprise qui serait faite contre le continent, soit en Prusse, soit dans la Poméranie, soit dans la 32e division militaire, tendant à troubler la tranquillité de l'Allemagne, provoquerait la marche de 30,000 Prussiens de la Silésie et des autres parties du royaume. Cette démarche faite par le roi à Stockholm, et notifiée au ministre suédois à Berlin, pourrait être utile. On ne redoute pas ce que peuvent faire les Suédois avec les Anglais et les Russes, mais une notification de ce genre, soutenue d'un ton fier et ferme, pourrait éloigner toute idée d'inquiéter l'Alle­magne.


Vitebsk, 11 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, le 6e bataillon d'équipages militaires est parti hier avec 1,000 quintaux de farine : il doit arriver ce soir à Babinovitchi. Donnez ordre à ce convoi de continuer sa route pour Doubrovna, où je désire qu'il soit arrivé demain 12, ou au plus tard après-demain 13. Instruisez le prince d'Eckmühl de ce mouvement, et faites-lui connaître que les farines appartiennent à la Garde.

Donnez ordre au général Éblé de diriger les pontons sur Dou­brovna , parce que ce chemin est le meilleur ; mais que lui, avec son équipage léger, se porte sur Rossasna ; que je désire qu'il soit de bonne heure, le 13, à Rossasna, afin que dans la nuit il m'établisse là quatre ponts de radeaux. Instruisez le prince d'Eckmühl de l'arri­vée du général Éblé à Rossasna et de celle des pontons par Doubrovna.

Donnez ordre au général Chasseloup de se diriger sur Rossasna avec son équipage du génie, et d'y être le 13, afin de travailler promptement avec le général Éblé à y établir quatre ponts pour le passage de l'armée.

Instruisez encore le prince d'Eckmühl de l'arrivée du général Chasseloup, en lui faisant connaître que l'équipage du génie a une cinquantaine de voitures et 7 à 800 hommes ; que c'est à lui à pro­téger tout cela et à les diriger différemment, s'il y avait le moindre danger.


Vitebsk, 11 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre au commandant de la 32e division militaire de faire partir sur-le-champ le sieur Bourrienne de Ham­bourg et de la 32° division militaire, et de le renvoyer en France sous peine d'être arrêté vingt-quatre heures après la signification du présent ordre.


Vitebsk, 11 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, il résulte d'un état que m'a remis hier l'intendant général que la 3e et la 5e compagnie du 14e bataillon des équipages militaires devaient arriver le 9 à Vitebsk avec 165 voitures, por­tant 900 quintaux de farine; que les 3e et 5e compagnies du 7e batail­lon devaient arriver le 10 avec 25 voitures portant 112 quintaux; que la 6e compagnie du 20e bataillon devait arriver le 10 avec 24 voitures et 257 quintaux de farine; que la 2e compagnie du 6e ba­taillon, ayant 61 voitures et 365 quintaux, devait arriver le 10; qu'ainsi donc, entre le 9 et le 10, il devait arriver 295 voitures portant 1,634 quintaux de farine. Faites-moi connaître s'il y a des nouvelles de ces voitures, et quand elles arriveront; faites dépouil­ler les situations du commandant de place pour savoir où elles se trouvent

La 1e compagnie du 6e bataillon, forte de 22 voitures portant 76 quintaux de farine, 28 de riz et 7,000 rations de pain biscuité, a dû arriver le 8; la 1e compagnie du 7e bataillon, forte de 18 voi­tures portant 135 quintaux, a dû arriver le 8; la 6e compagnie du 14e bataillon, ayant 90 voitures et 220 quintaux de farine, a dû arriver le 8 ; la 5e compagnie du 16e bataillon, ayant 03 voitures et 178 quintaux de farine, a dû arriver le 9; ainsi donc, le 8 et le 9, il devait arriver 193 voitures portant 6 à 700 quintaux.

Enfin, au 12, qui est aujourd'hui, il devrait être arrivé 900 voi­tures portant 440 quintaux de farine, 220 quintaux de seigle, 28 quintaux de riz; ce qui, joint aux 243 voitures qui sont ici, aux 80 du quartier général et aux 60 voitures du 6e bataillon qui sont parties, ce qui fuit 383 voitures, ferait 1,283 voitures présentes à l'armée; ce qui ne laisserait pas d'être une ressource considérable.


Vitebsk, 12 août 1812, trois heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Liozno.

Mon Fils, le roi de Naples est aujourd'hui à Lioubavitchi. Il fait occuper tous les bords de la petite Berezina. La division Bruyère occupe Roudnia. Votre mouvement se fera derrière le rideau. Il est bien nécessaire que vous envoyiez des officiers avec de petites pa­trouilles sur la route de Yanovitchi à Vitebsk, et que votre arrière-garde, qui est à Souraje, en envoie également sur la route de Vitebsk, pour faire replier sur Vitebsk tous les traîneurs isolés, en leur disant même que l'ennemi arrive, pour leur faire peur : c'est indispensable pour sauver bien des gens qui iraient se faire prendre. Un autre moyen, c'est de marcher doucement et de bien tenir tout votre monde réuni. Il faut même laisser une arrière-garde à Liozno, si le duc d'Elchingen n'en a pas laissé une, pour rallier derrière vous les traîneurs. Je laisse le général Guyon à Vitebsk pour battre la plaine. Je lui ai donné ordre de se mettre en communication avec le comman­dant de votre arrière-garde à Souraje. Recommandez bien à ce com­mandant d'ôter le pont sur la Dvina.

Je ne serai que le 13, à midi, à Babinovitchi. S'il y avait quelque chose de très-important, envoyez-le-moi en double à Babinovitchi et, pour le cas où quelque circonstance aurait retardé mon départ, à Vitebsk.


 

Vitebsk, 12 août 1812, trois heures du matin.

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, le roi de Naples sera aujourd'hui 12, à midi, à Lioubavitchi. Vos trois divisions, le duc d'Elchingen et le vice-roi, tout est en mouvement sur le Dniepr. La Garde sera aujourd'hui à Babi­novitchi. Je suppose que vous avez mis en mouvement le 8e et le 5e corps. Le général Éblé doit être demain à Rossasna avec tous les moyens pour jeter des ponts. L'équipage de pont, qui n'arrivera probablement que le 14, se rendra à Doubrovna; c'est aussi sur Doubrovna que j'ai dirigé différentes voitures chargées de farine. Le major général doit vous avoir instruit de tout cela. Peut-être partirai-je ce soir 12 pour me rendre à Babinovitchi; peut-être ne partirai-je que demain 13. Dans tous les cas, je désire trouver à Babinovitchi un de vos officiers qui connaisse tous les chemins et puisse me donner des renseignements sur les lieux où vous êtes et sur la position de toutes les troupes.


Vitebsk, 12 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, envoyez un officier au duc de Reggio pour lui faire connaître que nous n'avons pas reçu de ses lettres depuis celle du 8 à neuf heures du matin ; que des rapports me feraient penser que des troupes du corps de Wittgenstein sont en mouvement pour gagner Nevel et Velije ; que j'aurai mon quartier général à Doubrovna, sur le Borysthène, le 20, et que l'armée, sur la rive droite du Borysthène, marchera sur Smolensk ; qu'il n'y a à Vitebsk qu'une garnison de 3,000 hommes; qu'il est donc nécessaire qu'il couvre toujours cette place contre les agressions du corps de Wittgenstein, et surtout qu'il nous donne des nouvelles tous les jours; que cette manière de rester trois ou quatre jours sans écrire est tout à fait contraire au bien du service; qu'il a dû correspondre avec le duc de Tarente, qui est à Dinabourg et y a réuni toute sa 7e division.

Napoléon.


Vitebsk, 12 août 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig de partir demain à la pointe du jour de Babinovitchi pour se rendre, par Sitna, sur le Dniepr, vis-à-vis Rossasna, conformément au croquis ci-joint. Il y trouvera le général Grouchy et le prince d'Eckmühl. Le duc de Trévise suivra ce même mouvement, ainsi que le petit quartier général, le parc du génie et l'équipage de pont.


Vitebsk, 12 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc de Castiglione que vous ne comprenez pas comment il dit qu'il n'a pas un seul homme de cavalerie, puis­qu'il a un beau régiment saxon de 700 hommes qui lui sera fourni aussitôt qu'il en aura besoin, mais qui sert en ce moment à la garde du roi de Saxe ; qu'il a an régiment de dragons à Hanovre, déjà fort de 800 hommes et qui le sera bientôt de 1,600; que quant à des expéditions d'armée de 60,000 hommes, cela est absurde; que les Anglais et les Russes ont autre chose à penser qu'à faire des des­centes; que la Suède, si elle veut tenter quelque chose, attaquera la Norvège; que dans tous les cas cette puissance ne peut exposer plus de 15,000 hommes; qu'il est toutefois nécessaire qu'il aille inspecter la côte, qu'il passe la revue des troupes et reconnaisse par lui-même les localités.


Vitebsk, 12 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, j'ai demandé à Borisof 6,000 quintaux de farine : 2,000 sont arrivés ; il faut faire diriger les 4,000 autres sur Orcha. Si ce convoi était déjà en route, il faudrait ordonner que de l'endroit où il serait rencontré bu le dirigeât sur Orcha ou Babinovitchi. J'ai également fait réunir des moyens de vivre à Lepel; il faut les diriger sur Orcha. Enfin le district de Sienno est en bon état; envoyez-y un officier d'état-major avec des agents de l'intendance pour requérir 4,000 quintaux de farine et les diriger sur Orcha.

Quant à la route de l'armée, faites étudier une route qui de Kamen vienne sur Orcha. Par ce moyen, tous les détachements qui sont en ce moment en route pour venir à Vitebsk me rejoindront bien plus promptement. Je pense que de Kamen à Sienno et de Sienno à Orcha il y a un bon chemin et un bon pays. Tracez cette route et faites-la organiser. Orcha doit être considéré comme devenant le point d'ap­pui de l'armée aussitôt que j'aurai passé le Dniepr et que je serai en marche sur Smolensk. Écrivez à Minsk, au gouverneur, que j'ai besoin de 10,000 quintaux de farine, qu'il les requière et les dirige sans délai sur Orcha. Demandez aussi 50,000 pintes d'eau-de-vie.


Vitebsk. 12 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, je viens de voir un ordre que le major des équi­pages vient de donner à deux compagnies, de se rendre au quartier général du 3e corps. Cet ordre est absurde, puisque le quartier général d'un corps change à chaque instant; il laissait l'officier dans l'incertitude sur ce qu'il avait à faire; aussi celui-ci allait-il prendre la direction qu'il ne fallait pas. Le major des équipages ne doit don­ner aucun ordre de départ, mais il doit aller à l'état-major général pour demander l’ordre, et, quand l'état-major n'y est pas, il doit s'adresser au commandant de la place, sans quoi le plus grand dés­ordre existerait. Si, au lieu de donner cet ordre ridicule, le major était venu à l'état-major général, il en aurait reçu un ordre de départ pour Babinovitchi et Doubrovna. Tous les ordres de mouvement doi­vent venir de l'état-major général ou du commandant de la place; sans quoi, tous les mouvements ne pouvant être communiqués à tous les chefs de service, il en résulterait beaucoup de confusion. Donnez des ordres et prenez des mesures pour que cela n'arrive plus.


Vitebsk, 2 août 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre que 243 voitures des équipages mili­taires appartenant à différents bataillons, et qui se trouvent ici à vide et disponibles, partent à deux heures. Elles se dirigeront par Babi­novitchi sur Doubrovna. Un commissaire des guerres et des agents des transports seront placés à la tête de ce convoi; un détachement de gendarmerie et quelques troupes en feront partie. Ils ramasseront tout ce qu'ils pourront trouver sur la route en farine, blé, seigle et avoine. Vous recommanderez que ces voitures ne perdent pas de temps en route; elles nous seront nécessaires, tant pour tirer parti de ce qui se trouvera dans les localités que pour les ambulances et le transport des blessés.


Vitebsk, 12 août 1812, cinq heures du soir.

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je serai à la pointe du jour à Babinovitchi, où j'es­père trouver un de vos officiers, qui me fera connaître le chemin que je dois prendre et le lieu où sont les troupes. Vous pouvez faire avancer vos troupes sur la grande route jusque vis-à-vis Rossasna, c'est-à-dire jusqu'à Koziany sur la petite rivière de Rossasna. Comme il paraît que l'ennemi voudra défendre la petite rivière de Mereya, frontière de l'ancienne Russie, il sera bon que le prince Poniatowski et le duc d'Abrantès soient placés de manière à ne rien compromettre. Envoyez un officier au roi de Naples, qui doit être aujourd'hui à midi à Lioubavitchi. Vous lui ferez connaître que je serai demain à Rossasna, et que, s'il a des nouvelles du vice-roi et du duc d'Elchingen, il vous en donne. Tout porte à penser qu'il y aura une grande bataille à Smolensk, il nous faut donc des hôpitaux. Il en faut à Orcha, Doubrovna, Mohilef, Kokhanovo, Bobr, Borisof et Minsk. Faites choisir l'emplacement de ceux de Doubrovna et d'Orcha. Informez-vous s'il y a entre Doubrovna et Smolensk quelque couvent ou quel­que grand château. Le grande quartier général part demain à cinq heures du matin pour Doubrovna ; il y sera en trois jours, c'est-à-dire le 15. Ayez soin que vos sapeurs et constructeurs de fours partent, aussitôt que l’avant-garde aura passé, pour Liady, afin d'y construire sur-le-champ des fours. Je suppose que vous avez fait venir à Dou­brovna votre parc général, ainsi que ceux du prince Poniatowski et du 8e corps, afin qu'ils puissent s'approcher à cinq ou six lieues en arrière, et réparer toutes les pertes en munitions que l'on fera pen­dant la bataille.


Vitebsk, 12 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, faites-moi connaître quand je pourrai retirer de Kovno, de Minsk, de Grodno et de Vilna les différentes troupes que j'y ai, et les remplacer par les nouvelles troupes lithua­niennes , pour la police et la garde des dépôts.


Bivouac de Boyarintsova, entre Krasnoï et Siniski, 15 août 1812.

 

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je suis à Krasnoï; je marche sur Smolensk. Il est possible qu'il y ait demain ou après une grande bataille. Une affaire d'avant-garde a eu lieu hier : la 27e division russe a été écrasée ; huit pièces de canon, dont six de 12 et deux obusiers, ont été prises; 1,200 à 1,500 prisonniers ont été faits. Les opinions des prisonniers sont partagées. Les uns prétendent que l'armée ennemie est tout entière sur Smolensk; d'autres qu'il n'y en a qu'une partie. Donnez ces nouvelles à Paris. Donnez-les aussi au duc de Bellune, au gouverneur de Königsberg et au duc de Castiglione. Communiquez-les également au général Reynier et à Varsovie. Vous aurez écrit au gouverneur de Minsk de bien organiser les postes jusqu'à Orcha, puisque c'est par cette route que passe aujourd'hui notre correspondance.


Smolensk, 18 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je rentre à l'instant; la chaleur est excessive et il y a beaucoup de poussière, ce qui nous fatigue un peu. Nous avons eu ici toute l'armée ennemie; elle avait ordre de donner ici bataille, et ne l'a pas osé. Nous avons pris Smolensk de vive force. C'est une très-grande ville, ayant une muraille et des fortifications respectables. Nous avons tué à l'ennemi 3 à 4,000 hommes, blessé
le triple, et trouvé ici beaucoup de pièces de canon; plusieurs de ses généraux de division ont été tués, à ce qu'on dit ici. L'armée russe marche fort mécontente et très-découragée dans la direction de Moscou. Schwarzenberg et Reynier réunis ont battu les Russes. l

(Note de l'original. — Sa Majesté s'étant jetée sur son lit immédiatement après avoir dicté cette lettre, et l'estafette étant partie sans retard, cette lettre est envoyée à M. le duc de Bassano sans être signée.)


Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au général de division Claparède de prendre position dans la tête de pont de la ville au-delà du Dniepr. Faites-lui connaitre qu'il cesse de faire partie du corps du prince d'Eckmühl avec sa division et qu'il retourne sous les ordres du duc de Trévise.


Donnez ordre au vice-roi de placer ses troupes sur les hauteurs de Smolensk, à peu près dans la position qu'occupait le duc d'Elchingen, afin de pouvoir déboucher sur la rive droite sur les deux ponts du duc d'Elchingen, aussitôt que la cavalerie aura débouché. Qu'il laisse la division italienne et la cavalerie légère bavaroise où elles sont, jusqu'à ce que mes derrières soient nettoyés des coureurs ennemis. Les garnisons qui étaient à Rossasna et à Khomino renfor­ceront la garnison de Krasnoï.

Donnez ordre au prince Poniatowski de réunir son corps d'armée dans une position sur la droite de la ville, de rallier ses corps, de faire faire des appels, de bien reconnaître sa situation, les places vacantes par mort, et défaire des propositions pour les remplace­ments, de faire éclairer notre droite jusqu'à dix lieues, le long de la rive gauche du Dniepr.


Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, écrivez la lettre suivante au duc de Reggio : « J'ai reçu vos lettres du 14. L'Empereur a vu avec peine que vous ne sui­viez pas Wittgenstein , auquel vous êtes opposé, et que vous laissiez ce général maitre de se porter sur le duc de Tarente ou de passer la Dvina pour faire une incursion sur nos derrières. Vous avez les notions les plus exagérées sur les forces du général Wittgenstein, qui n'a que deux ou au plus trois divisions de troupes de ligne, six 3e bataillons sous les ordres du prince Repnin, et quelques milices qui ne valent pas la peine d'être comptées. Il ne faut point que vous vous en lais­siez imposer par des pièges aussi grossiers. Les Russes publient par­tout et sur les derrières la victoire éclatante qu'ils ont remportée sur vous, puisque sans raison vous les avez laissés coucher sur le champ de bataille. La réputation des armes à la guerre est tout et équivaut aux forces réelles. Sa Majesté vous ordonne de chercher Wittgenstein et de l'attaquer partout où vous le trouverez, ayant soin de le ma­nœuvrer s'il a une forte position ; s'il n'a point de position, il ne peut vous résister.

Le duc de Tarente, qui a ordre de se porter tout entier sur Riga, pour faire le siège de cette place, se trouve arrêté, par l'effet de vos manœuvres, sur Dinabourg. IL ne faut point que vous ajoutiez foi aux bruits répandus par l'ennemi que Repnin commande une division de la garde. Le prince Repnin n'est que général de brigade; il a jadis fait partie de la garde, mais depuis Austerlitz il en a été retiré. Vous n'avez de la garde qu'un escadron de Cosaques et un escadron de dragons. Le principe des Russes dans cette guerre est de disséminer les bataillons de garnison dans les différentes armées, afin de rendre plus difficile la connaissance de leurs mouvements et de leurs forces. C'est ainsi que Tormasof a eu en Volhynie la réputa­tion d'avoir 60 à 80,000 hommes. Le prince Schwarzenberg a mar­ché à lui avec 25,000 Autrichiens; ce fantôme s'est dissipé. Tormasof s'est trouvé n'avoir que deux divisions d'infanterie et deux de cava­lerie formant 4,000 hommes; elles ont été dispersées, battues et ont perdu 3,000 hommes; on les a poursuivies pendant l'espace de vingt lieues ; on les poursuivait encore en Volhynie au départ de l'of­ficier porteur des dépêches. Devant nous, les Russes disent avoir 300,000 hommes. Les habitants, officiers, généraux, tout le monde le dit. Le fait est que, si l’on ôte les milices armées de piques et quel­que 3e bataillons qui ne comptent pas, ils n'ont que le tiers de ces forces. »


Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre que le pont sur pilotis de Smolensk soit rétabli, et que le génie commence à y travailler dès aujourd'hui.


Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, mandez au duc de Reggio qu'au combat de Krasnoï le roi de Naples et le duc d'Elchingen ont fait 1,500 prisonniers, pris huit pièces de canon et quatorze caissons attelés, et tué beau­coup de monde à l'ennemi; en outre, que nous avons poursuivi l'ennemi sur Smolensk, qui a une chemise en briques de dix pieds d'épaisseur et un chemin couvert ; que la moitié de l'armée ennemie était dans la ville et sur les glacis, et l'autre moitié sur la rive droite; que l'ennemi a été attaqué et battu ; qu'il a laissé 4,000 hommes sur le champ de bataille; qu'il a eu plusieurs généraux tués et 10 ou 12,000 blessés; qu'il a laissé une centaine de pièces de canon, dont plusieurs de siège, et qu'il a repassé le fleuve en grande hâte; que nous le poursuivons sur la route de Moscou.


Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre que les ponts de Khomino et de Rossasna soient levés; que les hôpitaux et ambulances qui seraient dans ces deux endroits soient évacués, et que les détachements qui s'y trouvent soient employés aux garnisons d'Orcha, de Doubrovna et de Krasnoï. Il y a des fours à Orcha et à Doubrovna ; donnez ordre que l’on en construise six à Krasnoï. La route de l'armée sera par Minsk : organisez-la définitivement.


Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Donnez l'ordre au prince d'Eckmühl de réunir tout son corps d'armée dans une position au-delà du couvent, sur la hauteur, en faisant prendre la tête au général Friant, d'y réunir également sa brigade de cavalerie légère.

Vous lui ferez connaître que la division Claparède n'est plus sous ses ordres et rejoint le corps du duc de Trévise.


Smolensk, 20 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, je vous prie de m'envoyer l'état des garnisons d'Orcha, de Doubrovna, de Liady, de Krasnoï et de Korytnia, afin que je voie si cette route est suffisamment assurée contre les incursions des Cosaques et s'il y a des précautions à prendre. Répondez-moi de suite.


Smolensk, 20 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez des ordres pour qu'aucun convoi ni troupe n'entre en ville. Le service pour l'armée se fera autour de la place ; faites reconnaître les chemins et les ponts à cet effet. Les convois de blessés et les voitures où seraient les généraux qui ont quartier au quartier général pourront seuls entrer en ville. Donnez des ordres pour que les voitures d'artillerie et d'équipages militaires soient par­quées hors de la ville.

Écrivez à l'intendant général que le service des ambulances se fait mal ; qu'il est étonnant que depuis hier, où il y a eu des engagements d'avant-garde, les chirurgiens du quartier général, quelques ambu­lances et des voitures vides du quartier général ou autres n'aient pas été envoyés à l'avant-garde pour ramasser les blessés; que l'ad­ministration n'a aucune direction.

Donnez des ordres pour que la ville soit partagée en quartiers, qu'il soit formé des patrouilles d'infanterie et de gendarmerie d'une trentaine d'hommes, autant qu'il y aura de quartiers. Ces patrouilles seront destinées à fouiller les maisons pour arrêter les soldats russes malades qui s'y trouveraient ou enterrer ceux qui seraient morts. Tous les prisonniers seront renfermés dans des églises ou des cou­vents, sous bonne garde; et vous donnerez ordre que, sous quelque prétexte que ce soit, aucun ne soit relâché pour faire des corvées.

On se plaint qu'ils échappent.


Smolensk, 20 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au général Chasseloup du peu d'activité qu'il met dans son service. Les débouchés de la ville n'ont pas été soignés par le génie, d'où il résulte des encom­brements. Aucun officier du génie n'a suivi l'avant-garde, soit pour réparer les ponts, soit pour en construire sur chaque ruisseau et par là favoriser les communications d'avant-garde et les mouvements, soit en avant, soit en retraite. Prescrivez-lui de prendre des mesures pour que je n'aie plus de pareils reproches à faire au corps du génie et à lui personnellement.


Smolensk, 20 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, écrivez au général Grouchy qu'il envoie au prince d'Eckmühl ses deux brigades, lorsqu'il sera en communication avec lui (ce maréchal faisant l'avant-garde) ; qu'il envoie de fortes recon­naissances pour s'assurer que les routes de Roudnia et de Yanovitchi sont libres et tâcher de communiquer avec Vitebsk par des agents; qu'il prenne enfin des informations pour faire l'historique de tout ce qui s'est passé sur Roudnia, depuis notre départ ; qu'il marche avec la plus grande partie de ses forces sur Doukhovchtchina; que, comme nous sommes ce soir sur Tsourikovo, il peut arriver dans la journée de demain jusqu'à la rivière.


Smolensk, 20 août 1812, orne heures do soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de faire partir, à trois heures du matin, le général Pino avec sa division; il se rendra à grandes marches à Inkovo pour se mettre en correspondance avec Vitebsk et agir suivant les circonstances. Donnez ordre au général Pajol de se rendre à Inkovo pour se réunir avec la division Pino, afin que ces deux divisions réunies, formant à peu près 8,000 hommes, infan­terie et cavalerie, puissent se porter sur Vitebsk ou tout autre point menacé. Donnez ordre au général Pino de correspondre fréquem­ment avec vous, et au général Pajol de correspondre avec le gou­verneur de Vitebsk et avec le général Guyon, qui commande la cava­lerie légère, afin de ne pas manquer le moment de secourir Vitebsk et de le dégager des Cosaques qui l'environnent. Le général Pajol sera sous les ordres du général Pino. Faites connaître ces disposi­tions au général Grouchy, afin qu'il se lie avec les mouvements qui auront lieu. Enfin faites connaître au général Pino qu'il doit envoyer de forts partis pour purger mes derrières et donner une vigoureuse chasse aux Cosaques qui s'y étaient glissés.


Smolensk, 20 août 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, au camp de Smolensk.

Mon Fils, je vous envoie un rapport du commandant de Krasnoï. Vous n'avez donc pas donné des ordres à la cavalerie, comme je vous l'avais dit, pour protéger mes derrières et les couvrir des Cosaques ?


Smolensk, 21 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, écrivez au général Latour-Maubourg qu'il donne ordre à la division Dombrowski, infanterie et artillerie, de rétrogra­der pour prendre la position la plus convenable pour garder Mohilef et Minsk, tenir en respect la garnison de Bobrouisk et le corps qui est à Mozyr. Comme ce dernier général n'a pas de cavalerie, le général Latour-Maubourg lui donnera une brigade de cavalerie légère forte au moins de 1,200 chevaux, ce qui devra compléter la division Dombrowski à plus de 6,000 hommes, cavalerie, artillerie et infan­terie. Cette division fera revenir le bataillon qu'elle a à Grodno et se mettra en mesure. Le général Dombrowski aura soin d'envoyer des rapports aux gouverneurs de Mohilef et de Minsk, au gouverneur général de la Lithuanie à Vilna, et de vous rendre compte de ce que fait le corps de Mozyr, de la garnison de Bobrouisk et de ce qui se passe dans le pays.

Le général Latour-Maubourg, avec l'autre brigade de cavalerie légère, celle de cuirassiers et son artillerie, se portera entre Smolensk et Roslavl et fera occuper Roslavl par des reconnaissances pour soumettre le pays. Il fera partir de Mstislavl et de Roslavl, et autres points, des convois de farine, de bœufs, de blé, d'eau-de-vie pour l'armée. Il établira des postes de correspondance du point où il sera sur Minsk, afin qu'on puisse toujours lui envoyer des ordres.


Smolensk, 21 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin , donnez l'ordre au général Chasseloup de faire partir sur-le-champ le général Kirgener avec trois compagnies de sapeurs et une compagnie du Danube, pour suivre la route de l'armée, raccommoder tous les ponts que l'ennemi a endommagés, et même en construire de doubles pour faciliter les communications de l'ar­mée, enfin pour faire tout ce qui est nécessaire pour améliorer le chemin.

 

P. S. Il se partagera au moins en six ateliers.


Smolensk, 22 août 1812, trois heures et demie du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au prince Poniatowski de laisser ici, pour être attaché à la garnison de Smolensk, un de ses régiments de cavalerie, et de partir avec son corps pour être rendu aujourd'hui à Bielkino, ou près de là. De là il se portera entre Yelnia et Dorogobouje, en se tenant toujours à deux ou trois lieues sur la droite du roi de Naples, qui était hier soir à Sloboda-Pnevo sur le Dniepr. Il se liera avec le roi de Naples par des patrouilles, afin de suivre son mouvement et de pouvoir prendre part aux combats d'arrière-garde qui peuvent avoir lieu. Il couvrira la droite de partis de cavalerie.

 

P. S. Il écrira plusieurs fois par jour pour donner des nouvelles de l'ennemi, nouvelles qu'il sera plus à même de savoir que le Roi, puisque l'ennemi brûle les villages devant lui, et que le prince, se trouvant sur la droite, pourra trouver des villages et des habitants qui lui donneront des renseignements.


Smolensk, 22 août 1812, quatre heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mou Cousin, répondez au général Grouchy que j'approuve le mou­vement qu'il veut faire; que, une fois en correspondance avec le roi de Naples, il suivra ses ordres; qu'il continue cependant à nous envoyer des renseignements; qu'il est plus à portée de savoir ce que fait l'ennemi que le roi de Naples, puisqu'il se trouve dans une ligne que l'ennemi ne défend pas; qu'il faut donc qu'il interroge les pay­sans et qu'il en tire le plus de renseignements possible ; que le roi de Naples était hier sur le Dniepr, à Sloboda-Pnevo.


Smolensk, 22 août 1812, quatre heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Pnevo.

Mon Cousin, vous ne m'écrivez pas ; je désire que vous m'écriviez tous les jours; que vous m'envoyiez un détail du pays, l'emplace­ment de vos troupes et tous les renseignements qui peuvent m'intéresser. Je recommande au roi de Naples de ne pas trop fatiguer les troupes par cette extrême chaleur, de n'engager que des affaires d'ar­rière-garde, et de prendre position aussitôt qu'on aura lieu de penser que l'ennemi a pris la sienne pour recevoir bataille. Vous m'aviez aussi annoncé la carte du pays, que vous avez et qui me serait bien nécessaire.


Smolensk, 22 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc d'Elchingen de partir demain de sa position pour prendre celle de Sloboda-Pnevo, sur le Dniepr, et y faire bien rétablir les ponts. Il sera là à portée de soutenir le roi de Naples et le prince d'Eckmühl, s'il en est besoin.

Donnez ordre an vice- roi de partir à deux heures du matin pour se porter sur la route de Doukhovchtchina, qu'a suivie le général Grouchy. Il laissera ici un aide de camp pour prendre des instruc­tions que je ferai demain matin. Il aura soin de laisser des postes de correspondance, afin que la communication soit très-rapide. Il en­verra demain un officier au général Grouchy afin d'avoir des nouvelles, ce général devant déjà avoir communiqué avec le roi de Naples.


Smolensk, 22 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, envoyez un officier au général Pino, qui est à Inkovo, pour lui donner ordre de communiquer avec Vitebsk; il s'y porterait avec tout son corps, s'il était nécessaire pour en avoir des nouvelles; mais, s'il pense qu'on puisse se passer de son infanterie, vu qu'il y a déjà à Vitebsk 8 à 10,000 hommes d'infanterie, il y enverra la cavalerie du général Pajol, si cela est nécessaire pour balayer les environs de cette ville, devant laquelle des Cosaques se sont présentés; ou bien il se contentera, si cela est suffisant, d'y envoyer la brigade du général  Guyon, qui paraît avoir bien mal rempli la tâche que je lui avais donnée d'éclairer Vitebsk et de pro­téger les communications de cette ville avec l'armée. Ce général semble avoir peu d'activité.

Il est nécessaire aussi d'être bien instruit de l'infanterie que l'en­nemi aurait à Souraje. Des postes de cavalerie seront laissés d'Inkovo à Smolensk, afin que la correspondance de ce côté puisse être rapide. Le général Pino enverra un de ses aides de camp à Vitebsk pour en rapporter promptement le rapport de tout ce qui s'est passé sur les deux rives.


Smolensk, 23 août 1812.

A Madame la comtesse de Montesquiou, gouvernante des enfants de France, à Paris.

Madame la Comtesse de Montesquiou, j'ai reçu le portrait du Roi, je l'ai trouvé fort ressemblant. Il me fournit une occasion, que je saisis avec plaisir, de vous témoigner toute ma satisfaction des soins que vous prenez de lui.


Smolensk, 23 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je n'ai point reçu de lettre de vous par l'estafette arrivée aujourd'hui.

Je donne ordre au duc de Bellune de venir promptement sur Kovno.

Je vais retirer le régiment illyrien et le 129e, qui sont à Vilna, pour les envoyer à Minsk ; je suppose que les troupes du gouverne­ment de Vilna sont suffisantes pour la garnison de cette ville.

Il me semble que Bignon marche mal ; il fait des diatribes contre le gouverneur, au lieu de l'appuyer. Le pays ne fait rien. Depuis que Hogendorp est à Vilna, les choses ont pris une meilleure tour­nure; mais c'est encore bien loin de ce que cela devrait être; le gou­vernement dort.


Smolensk, 23 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Bellune de marcher sur quatre colonnes pour arriver rapidement sur Kovno.


Smolensk, 23 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc d'Elchingen de porter son corps d'armée jusqu'à la poste de Mikhaîlovka, si le roi de Naples est à Dorogobouje. Instruisez-le que le vice-roi a ordre de se diriger sur le village de Prost, à moitié chemin de Doukhovchtchina à Dorogo­bouje; que le prince Poniatowski est parti hier et se dirige par Bietkino pour aller se placer entre Yelnia et Dorogobouje ; enfin, que les Westphaliens ont ordre de se rendre à Sloboda-Pnevo.

Donnez ordre aux Westphaliens de partir demain pour se rendre à Sloboda-Pnevo, sur le Dniepr, et d'y faire achever les ponts, de manière qu'il y en ait au moins quatre bons. Vous leur recomman­derez de se mettre en communication avec le général Grouchy, qui est arrivé à Doukhovchtchina, et avec le vice-roi, qui a ordre de se Tendre au village de Prost.


Smolensk, 23 août 1812, six heures do soir.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Pomogaïlova.

Mon Fils, le général Grouchy est arrivé à Doukhovchtchina. Je suppose qu'aujourd'hui votre tête sera à Pomogaïlova. Je ne vois pas de nécessité que vous alliez jusqu'à Doukhovchtchina; et, si les routes étaient bonnes et praticables, je désire que vous vous dirigiez sur le village de Prost, c'est-à-dire à mi-chemin de Doukhovchtchina à Dorogobouje.

Le roi de Naples était ce matin à la poste de Mikhaïlovka; je sup­pose qu'il sera ce soir à Dorogobouje avec le prince d'Eckmühl. Le duc d'Elchingen est à Sloboda-Pnevo ; il se rend demain à Mikhaïlovka. Les Westphaliens se rendent à Sloboda-Pnevo.

Le général Pino est arrivé à Inkovo. Il me semble qu'il a mal compris ses instructions, puisqu'il parait qu'il se porte sur Vitebsk; mais Vitebsk est dégagé de tout, et il n'avait ordre de s'y rendre qu'autant que cela serait nécessaire. Il est donc important que lui et le général Pajol, une fois qu'ils seront bien rassurés sur Vitebsk, reviennent vous joindre. Vous les ferez d'abord venir sur un point de la route de Smolensk à Porietche, d'où ensuite on les dirigera selon les circonstances.


Smolensk, 23 août 1812, au soir.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Dorogobouje.

Mon Cousin, j'ai reçu votre lettre du 22 à minuit. Je suppose que ; vous serez aujourd'hui à Dorogobouje. Réunissez tout votre corps entre la poste de Mikhaïlovka et Dorogobouje. Je donne ordre au vice-roi de se rendre sur votre gauche à Prost ; au prince Poniatowski de se placer à droite sur la route entre Dorogobouje et Yelnia ; au duc d'Elchingen de se porter sur Mikhaïlovka, et aux Westphaliens de remplacer le duc d'Elchingen à Sloboda-Pnevo. Ainsi, dans vingt-quatre heures, toute l'armée peut se réunir. J'attends de vos nouvelles ce soir pour mettre en marche la Garde, afin que, si l'ennemi veut nous attendre, nous puissions lui livrer bataille.


Smolensk, 24 août 1812, neuf heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Prost.

Mon Fils, vous aurez reçu l’ordre que je vous ai donné de vous diriger sur Prost. Le roi de Naples me mande que l'armée est en présence et que l'ennemi a toute son armée en bataille à Dorogobouje; il vous en aura sans doute instruit. Il est donc nécessaire que vous rejoigniez promptement l'armée. Je partirai cette nuit. L'avant-garde du roi de Naples est entre Ousviate et Dorogobouje, et son quartier général est en avant d'Ousviate.

Les nouvelles de Vitebsk sont que l'ennemi a disparu, non-seule­ment du côté de Vitebsk, mais encore de Souraje, pour se retirer sur Velije. Écrivez au général Pino, comme de mon côté je lui ai écrit, de se mettre en marche promptement pour vous rejoindre, et de se trouver à la bataille. Le général Pino n'a pas bien compris ses instructions : sans aller à Vitebsk, il pouvait d'Inkovo avoir, par des patrouilles de cavalerie et par des agents, des renseignements sur ce qui se passait à Vitebsk. Tâchez de n'avoir point de traînards et de réunir tous vos moyens. Si vous passez par la rive droite du Dniepr, j'ai écrit au roi de Naples de faire jeter un pont en arrière d'Ousviate; mais on assure que la rivière de ce côté est bien peu de chose.


Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au général Claparède de partir à midi avec sa division, pour faire une marche pour se rendre à Ponova dans la direction de Dorogobouje ; indépendamment des huit pièces de régiment qu'a celte division, on fera marcher avec elle toutes les pièces de la division Delaborde, à l'exception des huit pièces de régi­ment de la jeune Garde qui doivent toujours être attachées à la divi­sion Delaborde.

Vous donnerez également ordre au général Sorbier de partir aujour­d'hui avec toute la réserve de l'artillerie de la Garde pour se diriger sur Dorogobouje. Il est nécessaire qu'il marche le plus vite qu'il pourra. Vous donnerez ordre au duc de Trévise de porter aujour­d'hui son quartier général à Ponova, avec la division Claparède, qui partira aujourd'hui à midi, la réserve de l'artillerie de la Garde, l'ar­tillerie de la division Delaborde, comme il a été dit ci-dessus, et la division Roguet, laquelle partira à quatre heures après midi.

Donnez ordre au duc de Danzig d'être prêt à partir dans la nuit, de faire en conséquence passer ce soir à sept heures, lorsque tout le corps du duc de Trévise aura passé, tous ses caissons et toute son artillerie au-delà de l'eau t afin que, s'il est nécessaire, il puisse partir demain à deux heures du matin el faire une grande marche.


Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre que les chirurgiens de la Garde et des différents corps partent demain pour rejoindre leurs corps d'armée, vu que l'armée est en présence.

Donnez ordre que le petit quartier général parte à six heures du soir.

Donnez ordre que, dans la journée d'aujourd'hui et celle de de­main, les six cents voitures du quartier général qui sont ici partent chargées de vivres ou à vide; elles se chargeront en route.


Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig de partir à deux heures du matin avec la vieille Garde pour faire une bonne marche, sans cependant trop fatiguer son monde. Il continuera successive­ment à marcher jusqu'à ce qu'il ait joint l'Empereur.

Donnez ordre au général Delaborde de rester avec sa division et huit pièces de canon pour garder la place de Smolensk ; il remplira provisoirement les fonctions de gouverneur général. Indépendam­ment de sa division formant 4,000 hommes, il aura sous ses ordres une compagnie du bataillon du Danube et deux compagnies de sapeurs, un régiment polonais qui est ici et que vous lui nommerez. Vous lui ferez connaître le commandant de la place. Le commandant de l'ar­tillerie laissera un officier d'artillerie, et le commandant du génie un officier du génie. Le général Delaborde aura soin de prendre toutes les précautions pour lu garde de Smolensk ; il fera fermer la brèche avec du bois. Il aura sous ses ordres un commandant d'armes et quatre adjudants. Il tiendra les Cosaques éloignés de la route de communication. Il correspondra avec les commandants de la ligne d'ici à Orcha. Il fera approvisionner la place par des réquisitions dans les campagnes. Il se servira de quelques membres de la municipalité restés, pour engager les habitants à revenir; il fera faire quelques pro­clamations aux habitants des campagnes, et tâchera de rassurer tout le monde.

Le régiment de marche de la Garde et celui du 3e corps qui sont à Vitebsk auront ordre de venir à Smolensk ; d'autres troupes doivent également y arriver, de sorte que dans sept à huit jours la division de la jeune Garde pourra partir d'ici. Le général Delaborde partira en laissant le commandement dans d'autres mains que l'Empereur désignera, et en laissant une garnison de 4,000 hommes. Il sera laissé une escouade de gendarmerie pour la police des ponts.

Le général Delaborde aura soin d'écrire tous les jours par l'esta­fette de l'Empereur qui passera, et une autre fois par la correspon­dance. Il retiendra les hommes isolés et les petits détachements qui passeraient, et en formera des bataillons de marche; il les placera dans des églises ou couvents, jusqu'à ce qu'il reçoive l'ordre de les faire rejoindre. Il surveillera également la manutention. Il comman­dera des hommes de corvée pour le service des hôpitaux et des bles­sés. Il se mettra en correspondance avec les gouverneurs de Mohilef, de Vitebsk et de Minsk, afin de s'instruire réciproquement de ce qu'il y aurait de nouveau. Il aura soin de marquer la place que chaque individu doit occuper en cas d'alerte; enfin il travaillera autant que' possible à la réorganisation de la ville.

 

P. S. L'aide de camp Caulaincourt restera la journée de demain ici pour mettre le général Delaborde au fait.


Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint un bon sur l'intendant pour fournir au prince Schwarzenberg une seconde avance de 500,000 fr.

Faites connaître au prince ma satisfaction de la victoire qu'il a rem­portée; que demain je marche sur l'ennemi, qui a l'air de prendre position à vingt lieues d'ici, sur la route de Moscou ; que je désire qu'il fasse en sorte que Tormasof et les troupes que l'ennemi peut avoir en Volhynie ne viennent pas se porter sur moi ; que je lui recom­mande de les occuper.

Écrivez au général Reynier dans le même sens.

Vous ferez connaître au prince Schwarzenberg que j'ai demandé à l'empereur d'Autriche que tous les avancements se fassent dans son corps et qu'il lui fût accordé des récompenses; que je me réserve de mon côté d'en accorder sur le rapport qu'il m'en fera ; que j'attends ses propositions.

Écrivez au duc de Tarente pour lui faire connaître ce qui s'est passé, et que je me mets en marche.

Écrivez aussi au général Saint-Cyr; faites-lui savoir que j'attends ses propositions pour donner des récompenses à son corps d'armée; qu'il résulte des bulletins russes que Wittgenstein n'a que deux divi­sions, formées de bataillons de réserve qui ne sont composés que de recrues.


Smolensk, 24 août 1819.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, écrivez au prince Poniatowski pour lui faire con­naître que l'armée était en présence sur la rivière de l'Ouja, et que je pars cette nuit pour me rendre à Ousviate; que je suppose qu'il aura communiqué avec le roi de Naples, et qu'il sera déjà en mesure de tourner la position de l'ennemi ou de prendre sa position de bataille.


Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé de lever les ponts et de partir en avant avec son personnel, pour gagner une marche, en laissant ce qui sera nécessaire pour les ponts.

Donnez ordre au général Chasseloup de laisser à Smolensk une compagnie du bataillon du Danube pour rétablir le pont sur pilotis, et deux compagnies de sapeurs, et de faire partir tout le reste avec le petit quartier général pour Sloboda-Pnevo. Vous lui donnerez ordre d'y être rendu de sa personne le plus promptement possible, et, si les localités le permettent, de faire construire sur ce point une redoute à la tête du pont qui puisse protéger le passage rétrograde de l'armée au défilé des ponts, si le cas arrive. Recommandez-lui de faire établir partout des doubles ponts sur les ruisseaux et les défilés, afin que les mouvements rétrogrades de l'armée, s'ils avaient lieu, se fassent avec toute facilité.


Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, envoyez un officier au général Latour-Maubourg pour lui porter le duplicata des ordres que vous lui avez déjà donnés pour lui et pour la division Dombrowski. Mandez au général Latour-Maubourg de presser sa marche pour arriver entre Yelnia et Dorogobouje, et pouvoir prendre part à la bataille qui pourra avoir lieu sous peu de jours.

Réitérez l’ordre au général Dombrowski de prendre des mesures pour protéger le pays de Minsk et assurer la grande route de Borisof et de Mohilef.

Donnez ordre au régiment illyrien qui est à Kovno et au 129e, qui est à Vilna, de se rendre sans délai l'un et l'autre à Minsk.


Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, écrivez au général Pino que vous avez reçu sa lettre ; que, puisqu'il n'y a rien de nouveau à Vitebsk, il rejoigne, avec la division Pajol et la brigade de cavalerie légère du général Guyon, le 4e corps, parce que nous sommes en présence devant Dorogobouje, et qu'il vous fasse connaître quand il arrivera, la cavalerie pouvant toujours prendre les devants.


Smolensk, 24 août 1812.

Au général comte Hogendorp, gouverneur général de la Lithuanie, à Vilna.

Monsieur le Comte Hogendorp, je vous ai nommé président de la commission provisoire du gouvernement de la Lithuanie. Par un autre ordre du jour, je vous ai chargé de la nomination aux emplois des neuf régiments qu'on lève en Lithuanie et de toutes les mesures à prendre pour accélérer la formation de ces régiments. Je vous envoie différentes notes du duc de Bassano, relatives à cette levée. Voyez ce ministre et pourvoyez à ce qu'il propose.


Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, l'anarchie et le peu de décision qui existent dans la commission du gouvernement de Vilna m'ont fait penser qu'il était indispensable d'en donner la présidence au général gouverneur général de la Lithuanie. Je défends au général Hogendorp de recevoir aucun traitement extraordinaire du pays ni aucuns frais de table, et je lui écris de manière à le faire changer de conduite. S'il ne le faisait pas, je verrais à le remplacer. Il n'a pour lui auprès de moi que deux faits : c'est que depuis son arrivée à Vilna le service s'y est bien amélioré, et que, d'un autre côté, le gouvernement ne fait rien. Voyez-le et parlez-lui dans ce sens.


Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je lis votre lettre du 9 août; j'ai pourvu à tout ce qu'elle contient. J'ai chargé le gouverneur général, par un ordre du jour, de nommer aux emplois dans les régiments (Les neuf régiments créés dans le duché de Lithuanie) et d'accélérer leur formation. J'ai mis 500,000 francs à la disposi­tion de la commission du gouvernement pour l'habillement des troupes, et seulement comme prêt. Les armes doivent être arrivées à Kovno ; il paraît donc qu'aucun obstacle ne doit plus se présenter. J'ai autorisé le 129e régiment et le régiment illyrien à se recruter de Polonais. Les cadres de ces corps existant, cette opération sera plus simple.

Je ne sais pas où en est le 3e régiment de lanciers de la Garde : faites-moi un rapport là-dessus; il paraît que cette organisation va très-doucement. J'avais également autorisé Krasinski à porter à 2,000 hommes son régiment, en prenant toute la jeune noblesse qui voudrait se présenter ; mais ce beau régiment, où l'on est si bien payé, n'est encore que de 3 à 400 hommes. Je ne vois rien se faire ! D'un autre côté, l'armée du prince Poniatowski n'a que 12 à 15,000 hommes; tous ses corps se fondent et aucuns renforts ne sont en­voyés. En dernière analyse, on est de bien peu de secours. Parlez-en avec les membres de la commission de Vilna; mettez-les d'accord avec le gouverneur et avec M. Bignon. Je ne veux aucune discussion ni d'étiquette ni de contrariété.


Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, j'ai nommé le général Hogendorp président de la commission provisoire du gouvernement de la Litua­nie; par ce moyen, toutes les difficultés survenues cesseront. Je suis peu satisfait de M. Bignon, qui, au milieu des besoins et em­barras où je me trouve, fait des épigrammes et des quolibets. Il est un fait, c'est que depuis l'arrivée du général Hogendorp le service s'est amélioré. Le devoir de M. Bignon était donc de le seconder avec force et non de le contrarier.

Je vous prie de témoigner de ma part à la commission du gouver­nement de Vilna mon mécontentement de son peu d'activité ; elle ne fait rien. Celles de Minsk, de Mohilef, etc., ont fait bien davantage. Le résultat de tout cela serait de dégoûter de la cause. Ils n'ont pas un seul homme, un seul bataillon à donner, soit pour garder les marais de Pinsk, soit pour arrêter les Cosaques. Bien plus, je suis obligé de laisser à Vilna et à Minsk des garnisons comme dans des villes ennemies. On ne m'a fourni aucune espèce de ressource, mes hôpitaux sont mal, mes magasins sont dépourvus de tout. Le gou­vernement ne m'aide en rien et ne fait rien que des babioles. L'au­torité civile et l'autorité militaire doivent marcher ensemble.


Enjoignez à M. Bignon d'être en quelque sorte le secrétaire do gouvernement général et de l'aider de tous ses moyens; que c'est le seul moyen que je connaisse pour lui de me rendre des services.

J'ai besoin de former enfin mes magasins pour nourrir mon armée pendant toute une année; il faudrait 1,200,000 quintaux de farine et le reste en proportion, qu'il s'agit de répartir entre les gouverne­ments de Vilna, de Minsk, de Grodno, de Bialystok, de Mohilef et de Vitebsk. Je vous prie de voir comment cette répartition pourrait se faire et de suggérer les moyens d'organiser les différents services. Pendant le temps de la récolte et tout le reste de la belle saison, l'armée peut se nourrir en fourrageant, au grand détriment de la dis­cipline et aussi du pays; mais, pendant la mauvaise saison et l'hiver,, cela est impossible. J'avais ordonné que des marchés fussent passés pour le transport des magasins de Kovno et des effets d'habillement : je ne sache pas qu'on ait encore rien fait ; du moins je n'en ai plus entendu parler. C'est cependant une opération bien importante.

IL doit y avoir un payeur à Vilna; je suis étonné qu'il ne soit pas garni des fonds nécessaires.


Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, par votre lettre du 9 août vous m'avez proposé l'établissement d'inspecteurs supérieurs pour l'orga­nisation des régiments, et différentes nominations. Mon intention est que le gouverneur général, que je viens d'établir président de la com­mission provisoire du gouvernement, ait toute l'autorité nécessaire pour cela, sauf à faire breveter dans la suite les individus par moi. Mon éloignement et mes occupations ne me permettant pas de répon­dre à toutes les demandes avec l'exactitude nécessaire, j'ai donc confiance entière dans le gouverneur général et dans M. Bignon pour cet objet.


Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je pars cette nuit pour me porter sur Dorogobouje, où il parait que les armées sont en présence, l'en­nemi ayant fait halte. On assure qu'il y a une position dont ils veu­lent profiter pour livrer bataille et couvrir Moscou.   -


Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, j'ai donné ordre au duc de Bellune de se porter sur Kovno en quatre colonnes , par la rive droite et par la rive gauche, afin d'arriver promptement. Vous pouvez lui trans­mettre cet ordre directement, en cas que l'officier du major général perde du temps pour arriver.

Le général Loison a, je ne sais pourquoi, marché avec 10,000 hommes de Königsberg sur Rastenburg et Grodno. J'ai blâmé sa con­duite. Je lui ai ordonné de renvoyer à Königsberg les jeunes conscrits de la division Lagrange qui n'ont pas besoin d'être fatigués, et qui sont destinés à réparer les pertes que font les cadres. Je lui ai fait donner l’ordre de diriger sur Minsk le 7e et le 8e régiment de marche de cavalerie , et le 8e régiment westphalien , et deux bataillons saxons des régiments de Low et de Rechten, sur Minsk. Écrivez au général Loison par l'estafette pour lui faire connaître cette disposition. Écri­vez en même temps par des agents polonais qui iront à la rencontre de ces régiments, pour qu'au cas qu'ils se trouvent du côté de Loraza ils se rendent directement à Minsk.

Écrivez au duc de Tarente que l'avant-garde est à soixante lieues de Moscou; que l'armée ennemie est en position et qu'il paraît qu'elle veut donner bataille.

J'ai donné ordre au régiment illyrien et au 129e de se rendre à Minsk; ce  mouvement est nécessaire. Les troupes du pays peuvent suppléer à la garnison de Vilna. Le duc de Bellune, d'ailleurs, qui arrive en position à Kovno, peut remédier à tout événement; au lieu qu'à Minsk, soit la garnison de Bobrouisk, soit un corps venant de Volhynie, peut inquiéter les communications. Faites connaître au
gouverneur de Minsk qu'il aura un régiment illyrien, deux bataillons du 129e avec leurs canons, deux bataillons du 33e léger, deux batail­lons westphaliens et deux bataillons saxons avec leur artillerie ; que la division Dombrowski avec deux régiments de cavalerie et vingt-quatre pièces de canon a eu ordre de rétrograder sur Minsk, pour tenir en respect la garnison de Bobrouisk. Faites connaître au gouvernement de la Lithuanie qu'il serait nécessaire de tenir deux bataillons de chasseurs du côté des marais de Pinsk, ou même deux bataillons de gardes nationales, qui mettent le pays à l'abri des incursions des Cosaques. Les fusils doivent être arrivés à Minsk; qu'on en envoie partout où on peut armer des troupes. Il est ridicule que des villes comme Vilna, Minsk, Mohilef, ne puissent pas se défendre contre un escadron de Cosaques, et puissent être mises à contribution par ces misérables.

 

P. S. Faites passer cette lettre à Vienne par un courrier.


Smolensk, 24 août 1812.

A François Ier, empereur d’Autriche, à Vienne.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, en exprimant à Votre Majesté Impériale ma satisfaction de la conduite du corps que com­mande le prince de Schwarzenberg, qui n'aura pas manqué de mettre sous ses yeux le rapport de l'avantage qu'il a dernièrement remporté, je prie Votre Majesté de faire une chose qui me serait extrêmement agréable, en accordant de faire remplir les places vacantes dans ce corps par des officiers qui en font partie. Ayant mis sous les ordres du prince de Schwarzenberg le corps que commande le général Reynier, et les circonstances de la campagne pouvant me mettre à même de lui confier d'autres corps, je prie Votre Majesté de lui accorder le grade de feld-maréchal.

Je saisis cette occasion pour remercier Votre Majesté de tout ce qu'elle a fait pour l'Impératrice pendant son séjour en Bohême. Elle est en ce moment à Saint-Cloud, où tout le monde l'a trouvée bien portante et fort engraissée.

Je pars cette nuit pour me rendre à mon avant-garde, qui est à vingt lieues sur le chemin de Moscou.

Je prie Votre Majesté de ne pas douter de mon inaltérable attache­ment , ni du désir que j'ai de lui être agréable dans toutes les cir­constances et de lui donner des preuves de l'estime et de la haute considération avec lesquelles je suis, de Votre Majesté Impériale, le bon Frère et Gendre.

Napoléon.


Smolensk, 24 août 1812.

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart.

Monsieur mon Frère, j'ai reçu les deux lettres de Voire Majesté, le 23 juillet. Le prince royal, qui doit être maintenant auprès de Votre Majesté, lui aura donné les détails de l'affaire désagréable dont elle me parle. Je regrette que la santé du prince l’ait ainsi éloigné de l'armée, et m'ait privé d'une occasion de lui prouver qu'il n'a rien perdu des sentiments que je lui porte.

Je fais donner des ordres au duc de Tarente, qui est dans la Courlande, pour que la terre de Vurzau soit traitée avec les ménagements auxquels a droit Mme la duchesse Henriette, belle-sœur de Votre Majesté.

Napoléon.


Dorogobouje, 26 août 1812, deux heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Zasur.

Mon Fils, je reçois votre lettre par laquelle vous m'informez que vous serez de bonne heure à Dorogobouje. Restez sur la rive droite du Dniepr. Passez le Dniepr entre Blagové et Chorki (la position de ces deux points correspond, sur la carte de l'état-major russe, à celle de Molodilova et de Blagoiechtchenskoïé), et dirigez-vous sur Viazma, en vous tenant toujours à une ou deux lieues sur la gauche de la route. Vous aurez devant vous le général Grouchy, qui se liera au roi de Naples. Éclairez bien votre gauche. Je ne sup­pose pas que vous puissiez aller aujourd'hui plus loin qu'au-delà du Dniepr, mais le général Grouchy ira jusqu'à la hauteur de Slavkovo, qui est le point qu'occupera le soir le roi de Naples. Le prince Poniatowski forme la droite et marche sur la gauche de la Vosma.

J'aurai probablement aujourd'hui toute la journée mon quartier général à Dorogobouje.

Écrivez au général Pino et au général Pajol pour qu'ils viennent. Il est probable que l'armée ennemie nous attendra à Viazma ; il faut y arriver nombreux et en ordre. Faites battre la route de Dorogobouje à Velije. Je suppose qu'il ne sera rien passé sur cette route et que tout sera reployé sur Viazma.


Dorogobouje, 26 août 1812, deux heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée.

 Mon Cousin, formez une avant-garde d'infanterie qui marche avec la cavalerie une heure avant votre corps d'armée, et prenant toujours position à une lieue en avant de vous. Cette avant-garde doit elle-même être précédée par deux bataillons de voltigeurs. Le reste de votre corps, placez-le toujours en bataille une heure en arrière. Allez aujourd'hui jusque près de Slavkovo.

Le vice-roi marche à votre gauche et le prince Poniatowski sur votre droite, de sorte que ces trois corps bivouaqueront en bataille, formant une seule ligne, séparés chacun par une lieue ou deux d'in­tervalle et occupant de la gauche à la droite trois à quatre lieues.

Le duc d'Elchingen, la Garde et le duc d'Abrantès formeront la seconde ligne.

Il faut marcher à petites journées et avec ordre. Si la plaine est comme on le suppose, et que la cavalerie puisse passer de droite et de gauche, la marche peut être dirigée de manière qu'elle ne soit pas fatigante pour l'infanterie. Il la faut venir de bonne heure. Toutes les probabilités sont que l'ennemi nous attendra à Viazma; il faut donc y arriver en ordre. Faites bien réparer tous les ponts et faites-
en faire de doubles. Il faut mettre trois jours pour arriver près de
Viazma.


19144. — AU PR1XCE DE NEUCHATEL ET DE VVAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DB LA GRAXDB ARMÉB,  A DOROGOBOUJB.

Dorogobouje. 26 aoAl 1812.

Mon Cousin, vous ordonnerez l'arrestation du sieur         qui,

au lieu de faire Hier des effets des hôpitaux, a, sous prétexte d'en­voyer du vin à l'Empereur, fourni dix caissons à un marchand de vin. Vous remarquerez que , indépendamment de la violation du ser­vice des hôpitaux, il y a aussi violation du respect dû à l'Empereur, daus la prostitution qui a été faite du nom de sa Maison. Le sieur... savait bien que ce n'était pas vrai, ou du moins ne s'est fait repré­senter aucune lettre du grand maréchal qui pût certifier une pareille

assertion. Vous ferez demander aussi au sieur ce que c'est que

deux caissons que le commandant de la jeune Garde a escortés à Vilna ; c'est probablement encore du vin; de sorte que cet offleier a sacrifié ses devoirs à des spéculations de commerce. Tous les effets que le

sieur a ainsi fait transporter abusivement sur ces dix caissons

et sur les deux autres seront versés aux ambulances pour le service des hôpitaux.

Vous me rendrez compte de l'interrogatoire du sieur. .. ., pour qu'il soit pris à son égard les mesures qu'exige la gravité du délit.

Napoléon.


19145. — AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDR ARMER,  A DOROGOBOUJB.

Doro3obouje, 26 août 1812.

Mon Cousin, donnez ordre au duc d'EIchingen de porter ce soir son quartier général et de réunir tout son corps d'armée sur la grande route, au delà de la Vosma, en arrière du village de Boldinesky.

Donnez ordre au duc d'Abrantès de porter ce soir son quartier général à Dorogobouje et de placer son corps d'armée en avant de la ville.

Napoléon.


19146. — AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DR LA GRANDE AR1IÉB, A DOROGOBOUJR.

Dorogobouje, 26 aoôi 1812.

Mon Cousin, écrivez au duc de Bel lune de se rendre de sa personne à Vilna, afin d'y voir le duc de Bassano et d'y prendre connaissance des affaires et de l'état des choses; quc'je serai après-demain à Viazma, c'est-à-dire à cinq marches de Moscou' qu'il y aura pro­bablement une bataille qui nous conduira à Moscou ; qu'il est possible que dans cet état de choses les communications viennent à être inter­ceptées; qu'il faut donc que quelqu'un prenne alors le commande­ment et agisse selon les circonstances; que j'ai ordonné qu'on dirigeât sur Minsk le 129e régiment, le régiment illyrien, le régiment west-phalien qui était à Kœnigsbcrg et les deux régiments saxons; que j'ai en outre placé entre Minsk et Mohilef la division Dombrowski, forte de 12 bataillons et d'une brigade de cavalerie légère; que je crois qu'il est important que son corps s'approche de Vilna et qu'il le dirige selon les circonstances, afin d'être à'méme de soutenir Smolensk, Vitebsk, Mohilef et Minsk; que la division Dombrowski doit être suffi­sante poor maintenir la communication de Minsk par Orcba jusqu'à Smolensk, puisqu'elle n'a à contenir que la division russe du général Hertel qui est à Mozyr, forte de 6 à 8,000 hommes, la plupart recrues, et contre laquelle d'ailleurs le général Schwarzenberg peut opérer; que les nouveaux renforts que j'envoie à Minsk pourront aussi subvenir à tous les inconvénients, et que, dans tous les cas, le mouvement du duc de Bellune sur Minsk et Orcha, et de là sur Smoleusk, me parait propre à maintenir tous les derrières; que j'ai 4,000 hommes de garnison à Vitebsk et autant à Smolensk; que le duc de Bellune, prenant ainsi position entre le Dniepr et la Dvina, sera en communication facile avec moi, pourra promplement rece­voir mes ordres et se trouvera en mesure de proléger les communica­tions de Minsk et de Vitebsk ainsi que celles de Smolensk sur Moscou; que je suppose que le général Gouvion Saint-Cyr a suffisamment des 2e et Ge corps pour tenir en échec le général IVitlgenslein et n'en avoir rien à craindre; que le duc de Tarente peut se porter sur Kiga pour investir la place ; enGn que j'ordonne aux quatre brigades de marche formant 9,000 hommes, qui faisaient partie de la division Lagrange, de se diriger sur Kovno; qu'ainsi ce ne serait que dans le cas où le général Gouvion Saint Cyr serait battu par le général VVitt-genstein et obligé de repasser la Dvina que le duc de Belltine devrait marcher à son secours d'abord ; que, ce cas excepté, il doit suivre sa direction sur Smolensk.

Napoléon.


19147. — AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DB IA GRANDB ARMÉB, A DOROGOBOl'JR.

Dorogibouje, 26 août 1812.

Mon Cousin, je ne sais trop quels ordres donner au duc de Reggio. C'est lut seul qui doit voir l'état de sa blessure. Si elle devait le meltre pour longtemps hors d'état de servir, je ne verrais pas d'ob­jection à ce qu'il retournât en France; enGn, ce que je désire avant tout, c'est qu'il se rétablisse promptement.

Napoléon.


19148. —AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM t

MAJOR GÉNÉRAL DB LA GRANDE ARMÉB, A DOROGOBOUJB.

Dorogobouje, 26 août 1812.

Mon Cousin, donnez l'ordre au prince Poniatowski de se diriger aujourd'hui 26 sur Viazma, jusqu'à la hauteur en arrière de la première poste, en suivant la rive gauche de la Vosma et en envoyant des partis de cavalerie de manière à éclairer toute la droite. Le roi de Nuples sera aujourd'hui à une lieue en avant de Slavkovo. Le prince d'Eckmûhl sera à Slavkovo; il aura soin de communiquer fréquemment, aûn de pouvoir agir suivant les circonstances, si Ton avait besoin de lui.

Donnez ordre au vice-roi de se diriger sur Viazma eo passant le Dniepr entre Blagové et Chorki ', et de se tenir toujours à une ou deux lieues de la route, sur la gauche. H aura devant lui le général Grouchy, auquel vous donnerez le même ordre. EnGo vous lui don­nerez ordre d'éclairer bien la gauche et de correspondre avec le roi de Naplcs et le prince d'Eckmûhl, qui iront aujourd'hui jusqu'à Slavkovo. Vous manderez de plus au vice-roi d'accélérer l'arrivée du général Pino et de la division Pajol ; donnez le même ordre au général Grouchy.

Napoléon.


19149. — A M. MARET, DUC DE BASSAN0,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A VILNA.

Dorogobouje, 26 août 1812.

Monsieur le Duc de Bassano' l'ennemi, après avoir construit des1 fortifications, élevé des batteries et des redoutes et avoir annoncé l'intention de tenir ici, a, comme à l'ordinaire, manqué de résolu­tion. Nous sommes entrés dans cette ville, qui est assez considérable, puisqu'il y a huit ou dix clochers. Le pays est bon et Ton assure qu'il se soutient très-beau jusqu'à Moscou. La chaleur que nous éprouvons est excessive. Le temps continue à être très-beau. On dit que l'en­nemi est résolu à nous attendre à Viazma.'Nous y serons dans peu . de jours, et nous serons alors à rai-chemin de Smolensk à Moscou , et, je crois, à quarante lieues de Moscou. Si l'ennemi est battu là, rien ne pourra garantir celte grande capitale, j'y serai alors le 5 septembre.

Je vois avec plaisir le duc de Bellune arriver à Kovno ; il sera là en mesure de se porter partout où il sera nécessaire pour maintenir ses communications avec moi , si elles venaient à être interrompues par la présence de quelque force que ce soit. -

Vous ne manquerez pas de réitérer l'ordre que le 8e régiment westphalien, les deux bataillons saxons qui étaient sous les ordres du

i Voir la note de la pièce 19142.

général Loison , ainsi que le régiment illyrien et le 129# régiment, se rendent à Minsk. Écrivez au gouverneur de Minsk de se servir de ces troupes pour assurer sa communication avec l'armée, et, réuni à la division Dombrouski, pouvoir se porter partout où cela serait néces­saire, au secours de Smolensk ou sur tout autre point. 11 ne fau­drait pas attendre mes ordres si la communication veuait à être interrompue.

Donnez de mes nouvelles au général Saint-Cyr à Pololsk, au duc de Tarente et au prince Schwarzenberg.

je désirerais que le bataillon de la division Dombrowski, qui est à Grodno, se rendît à Minsk pour rejoindre cette division.

Mandez au duc de Bellune de faire faire, pour chaque soldat, un sac capable de contenir dix livres, et de faire prendre à chacun dix Uvres de riz.

Napoléon.


19150. — AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARIXK, A PARIS.

Dorogohoujc. 26 août 1812.

Monsieur le Comte Decrès, nou3 sommes maîtres de tous les pays et débouchés qui fournissent des mâts. J'espère que vous avez envoyé des maîtres et des ouvriers pour les reconnaître et faire des abatis, que j'aurai soin de me conserver dans les conditions de paix.

Napolj&ox.


19151. —AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMEE, A SLAVKOVO.

Slavkovo, 27 août 1812.

Mon Cousin, écrivez au prince d'Eckmùhl que'je viens de donner ordre à la division Compans de prendre les armes, pour profiter de la fraîcheur et se porter avec la cavalerie légère, s'il n'y a pas

x d'obstacle, à six lieues en avant. Le prince d'Eckmûhl suivra ce mouvement avec tout son corps d'armée, en faisant prendre les armes successivement, de manière qu'il n'y ait pas d'encombrement et que

,1a troupe ait le moins de fatigue possible.' Il mettra en marche tous ses bagages et tous ses derrières, afin que le duc d'Elchingcn et la Garde puissent arriver ici aujourd'hui sans obstacle. Écrivez aussi au prince Poniatowski par le général Bordesoulle d'accélérer son mou­vement, afin de se trouver à la hauteur de l'avnnt-garde.

Donnez ordre au duc d'Elchingen de se porter ici ; il fera occuper par sa cavalerie légère l'embranchement des deux routes à une lieue en avant du quartier général. 11 placera une division en avant du quartier général pour nous couvrir. 11 est bon que la lre division arrive de meilleure heure possible.


19152. —AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAlf,

MAJOR GÉNÉRAL DR LA GRANDE ARMEB, A SLAVKOVO.

Slavkovo,27août 1812.

Mon Cousin, demain 28, le 3" bataillon du 1" régiment delà Vistule et le 3e du 2' régiment idem arrivent à Smolensk, ce qui fera un renfort de 1,400 hommes pour la garnison de cette place. Les deux bataillons du 33e d'infanterie légère doivent y être arrivés, ce qui fera un nouveau renfort de 1,200 hommes ; enfin un régiment de marche du 3e corps doit être arrivé de Vitebsk, ce qui fera encore un renfort de 1,200 hommes. Le 3" bataillon du 3e régiment de la Vistule se dirigera également sur Smolensk, ce qui, joint aux hommes isolés, soit à ceux sortis des hôpitaux assez rétablis pour faire le service de la place, soit à ceux qui arrivent des derrières, doit porter la garnison de Smolensk à un état raisonnable. Mon inten­tion est donc que le général Baragucy d'Hilliers reste à Smolensk comme gouverneur général de la province, et, en attendant son arrivée, je désire que le général Delà borde laisse un général de bri­gade de la Garde pour commander, et qu'aussitôt qu'il y aura 3,000 hommes à Smolensk le général Delaborde en parte avec sa division pour venir rejoindre l'armée. Je désire que vous me remet­tiez un état de tous les détachements de cavalerie et d'infanterie qui arriveront à Smolensk d'ici au 5 septembre, afin que j'aie sous les yeux l'accroissement successif qu'éprouvera cette garnison. La seule chose qui manquera, ce sera de l'artillerie. 11 est indispensable qu'il y ait six pièces. Donnez ordre au général Delaborde de laisser quatre de ses huit pièces, attelées, avec leurs munitions et leurs canonniers, jusqu'à ce que le général d'artillerie ait pu se procurer les six pièces^ de canon pour Smolensk. Faites-moi connaître s'il doit arriver de l'artillerie dans cette place d'ici au G septembre.

Donnez ordre au général commandant l'artillerie de faire venir dix-huit pièces de canon, de celles prises à l'ennemi qui sont à Orcha, et de les organiser pour la défense de Smolensk. Donnez-lui ordre également de placer à Smolensk deux compagnies d'artillerie ;

il peut prendre la compagnie prussienne que j'avais fait venir de Kœnigsberg. Donnez-lui ordre de faire venir à l'année la compagnie d'artillerie qui est à Thorn et celle qui est à Marienburg, la compa­gnie de pontonniers qui était sur la Vistule, toutes les compagnies de l'équipage de Magdcburg; donnez-lui ordre également de tirer une compagnie de Danzig, une de Pillau et une de Spandau , et de dirigée tout tela sur Smolensk. Enfin donnez-lui ordre d'employer la com­pagnie d'ouvriers du Danube à organiser quelques affûts bâtards, aGn d'utiliser quelques pièces de gros calibre ou mortiers qui se trou­vent à Smolensk.

Napoléon.


19153. — AU MARÉCHAL AUGEREAU, DUC DE CASTIGLIONE,

COMMANDANT LE 1 Ie CORPS DR LA GRANDR ARMER, A BERLIN.

SUvkovo, 27 août 1812.

Mon Cousin, j'ai calculé sur l'arrivée de tous les renforts qui doi­vent rejoindre mon armée pour en former des réserves successives sur mes derrières. H est donc convenable que tout ce qui n'est pas destiné, par des dispositions arrêtées par moi, à faire partie de votre ^ corps d'armée, continue sa route pour me rejoindre /Vous ne devez retenir aucun hussard, aucun chasseur, aucun train d'artillerie; faites tout filer. Je me trouverais très-contrarié si, dans l'éloignement où je suis, tous les renforts qui me viennent étaient arrêtés et détournés de la destination que je leur ai donnée.

Napoléon.


19154.— AU GÉNÉRAL COMTE DEROY, a polotsk.

Slavkovo. 27 août 1812.

Monsieur le Général de division Comte Deroy, je vous fais cette lettre pour vous témoigner toute ma satisfaction de la belle conduite que vous avez tenue au combat de Polotsk et le regret que j'ai de vous savoir blessé. Je veux moi-même vous apprendre que je vous •ai nommé Comte de l'Empire et vous ai accordé une dotation de 30,000 francs, transmisstble à vos enfants; et, voul.mt vous rassu­rer sur le sort de votre famille, je vous fais passer un brevet de 6,000 francs de pension pour la comtesse Deroy e.

Napoléon.

1 Le général Deroy commandait l'une des deux divisions bavaroises attachées



19155.— AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE VVAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMEE.

Des hauteur» de Viazma. 29 août 1812.

Mon Cousin, écrivez au gouverneur de Smolensk qu'il organise nos communications. A cet effet, on retranchera la maison de poste de Goredikino avec de fortes palissades, de manière à la mettre à l'abri de toute attaque de Cosaques et de paysans. 11 y placera un commandant avec 100 hommes d'infanterie, un piquet de 15 hommes de cavalerie, des chevaux de poste ef les chevaux de l'estafette. 11 aura soin que cette redoute soit toujours approvisionnée pour huit jours en pain et viande. Un pareil établissement sera placé au point de Sloboda-Pnevo, de manière à défendre en même temps les ponts. Un pareil sera fait à Mikhaïlovka. Cela exigera donc l'emploi de trois compagnies ou de 300 hommes d'infanterie et de 45 hommes de cavalerie. Les ordres seront donnés pour que les estafettes soient escortées par de l'infanterie et de la cavalerie, quand on aura à craindre quelque chose; les commandants arrêteront même l'estafette dans les cas où elle pourrait être compromise, et lui feront attendre le passage de fortes troupes. Aussitôt qu'il sera possible, et que de l'ar­tillerie sera arrivée à Smolensk, on placera une pièce de canon dans chacune de ces redoutes ou blockhaus. La garnison de Smolensk fournira à ces différents postes.

H sera placé à Dorogobouje un bataillon de 600 Westphaliens avec un escadron de 120 chevaux. Le commandant fera retrancher la cita­delle en faisant réunir par des palissades les quatre maisons et l'église. Le commandant de la place, le commissaire des guerres, l'estafette et les chevaux de poste seront placés là. Le général Chasseloup y enverra un ofGcier du génie et une escouade de sapeurs pour diriger les travaux de manière que les 600 hommes n'aient rien à craindre de tous les paysans et Cosaques du inonde.

Donnez ordre au duc d'Abranlès de choisir, à peu près à la hauteur de Slavkovo, le point le plus favorable pour y retrancher une maison et un poste avec de bonnes palissades el des fossés, de manière que 100 hommes d'infanterie et 15 de cavalerie s'y trouvent à l'abri de toute attaque, ainsi que l'estafette, le poste de correspondance et les magasins qu'on pourra réunir sur ce point. On fera le même établis­sement aux autres maisons de poste jusqu'à Viazma. Le bataillon de

au 6a corps de la Grande Armée (dnc de Reggio). Il était mort, le 18 août, des suites des blessure» qu'il avait reçues au combat de Polotsk. A la date du 27 août, Napoléon ne connaissait pas encore la mort de ce général.


Dorogobouje fournira le poste de Slavkovo. Le bataillon qui sera à Viazma fournira le poste de Semlevo.

Réitérez les ordres au commandant de Smolensk de ne laisser partir des détachements de cavalerie et d'infanterie, ainsi que des convois de vivres et artillerie, que lorsqu'il y aura 5 à 600 hommes d'infanterie et de cavalerie bien organisés et allant de poste en poste. Faites-lui connaître que son commandement s'étend jusqu'aux limites du gouvernement de Smolensk, et que c'est à lui à veiller à ce que les redoutes ou blockhaus soient mis en état; il n'y a pas un moment à perdre pour cela. Recommandez au général Chasseloup d'envoyer un officier du génie qui parcourra toute la ligne et sera chargé de faire retrancher ces redoutes. Dans un pays où il y a tant de bois, il doit être bien facile de mettre promptement 100 hommes d'infanterie et quelques hommes de cavalerie à l'abri des Cosaques.

Napoléon.

P. S. Instruisez de ces dispositions le grand écuyer et le duc d1 A bran tes.


19156. — AU PRIXCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.

A deux lieues en arrière de Viatma. 29 août 1812.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de se porter sur la roule de Tver, à deux lieues en avant de. Viazma, d'envoyer de forts partis dans cette direction, d'en envoyer aussi dans la direction de Bieloï.

Donnez ordre au prince d'tickmûhl de se porter sur la grande route de Moscou, à deux lieues en avant de Viazma.

Etonnez ordre au prince Poniatouski de se mettre à cheval sur la route de Viazma à Kalouga et d'envoyer de forts partis de cavalerie dans cette direction pour éclairer le pays et savoir ce que fuit l'en­nemi. Le prince Poniatowski continuera de flanquer la droite de la Grande Armée, qui prend la route de Moscou.

Donnez ordre au roi de Naples de prendre position à deux lieues en avant de Viazma, en poussant en avant la cavalerie légère des généraux Bruyère et Chastcl, et aussi loin que l'ennemi voudra lui permettre d'aller. Instruisez-le de la position que doivent prendre le vice-roi et le prince Poniatowski.

Donnez ordre au duc d'Elchingen de venir dans la position où nous sommes aujourd'hui.

Donnez ordre à la Garde impériale à pied et à cheval de venir à Viazma.

Aussitôt qu'on sera en mesure d'entrer à Viazma, envoyez-y de la gendarmerie» le général Caulaincourt, l'ordonnateur du quartier général et le petit quartier général. Il sera fait défense de faire du pain dans les fours de la ville, de crainte d'y mettre le feu, et on y établira la meilleure police possible.

Vous donnerez ordre au duc (TA bran tes de rester dans la position où il se trouve, et le chargerez spécialement de mettre Tordre sur nos derrières et dans la petite ville de Dorogobouje, et d'assurer nos communications avec Smolensk, en renforçant, s'il est néces­saire, le poste qui est au pont. Il laissera, jusqu'à nouvel ordre, l'arrière-garde de cavalerie que je lui ai ordonné de placer à Doro­gobouje, et il fera de fortes patrouilles de cavalerie dans toutes les directions pour faire filer et faire rejoindre tous les traineurs. Tous ces ordres, je les donne en supposant que l'enuemi ne tienne pas à Viazma et ne dérange en rien ces dispositions.

Napoléon.


19157. — A II. MARET, DUC DE BASSANO,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES,  A VILNA.

l'iaima, 29 août 1812.

Monsieur le Duc de Bassano/nous sommes à Viazma. L'ennemi | continue sa retraite sur Moscou/J'attends encore de nouveaux ren-j seignements  pour connaître  la marche  des 16e  et 2:2° divisions russes qui viennent de Moldavie. J'ai écrit à l'empereur d'Autriche pour le prier de renforcer de 3,000 hommes de cavalerie le corps du prince Schuarzcnberg, et d'envoyer 6,000 hommes pour réparer ses pertes. Faites passer la lettre. Les divisions du prince Schwarzen-berg, incomplètes comme elles le sont, ne peuvent pas faire plus de 8 à 10,000 hommes. Accompagnez cette lettre d'une lettre à M. de Metternich.

Réitérez les ordres à Danzig et à Königsberg pour que tous les dépôts, matériel et personnel, tout ce qui est en état de se battre, filent sur Kovno pour se diriger d'abord sur Vilna et par suite sur Smolcusk.

J'ai donné ordre au major général de placer le général Jomini ailUurs.

Parlez fortement au général Hogendorp pour qu'il modère sa

fougue et ne donne lieu à aucune plainte. Faites accélérer la forma­tion des troupes lithuaniennes.

Réitérez les ordres au gouverneur de Danzig de faire partir les quatre demi-brigades de marche provenant de la division Lagrange, pour se rendre à Kœnigsberg, et au gouverneur de Kœnigsberg de les faire partir pour Kovno. 11 est temps de proGter du reste de la bonne saison pour leur faire rejoindre les corps où elles doivent être incorporées.

Écrivez au duc de Tarente pour qu'il chasse de Memel le consul

de Russie.

Napoléon.


19158.— A FRANÇOIS I", EMPEREUR D'AUTRICHE,

A VIBNNE.

Viawna, 29 août 1814.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, Votre Majesté Impé­riale m'ayant promis à Dresde de tenir complet le corps du prince Schwarzenberg, et même de l'augmenter s'il était nécessaire, je prie Votre Majesté de renforcer ce corps de 3,000 hommes de cavalerie et de 6,000 hommes d'infanterie, pour réparer la différence de l'ef­fectif au présent qui y existe, et le mettre à même de se faire honneur et de tenir tête aux renforts que l'ennemi peut envoyer à

Tormasof.

Napoléon.


19159.— AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A VIAZMA.

Viarma, 30 août 1812. orne heures du soir.

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de faire demain uue journée ordinaire, mais de manière pourtant à se trouver à huit ou neuf lieues de Viazma, et à pouvoir, après-demain, arriver à Ghjatsk.

11 est convenable qu'en cas d'événement le vice-roi puisse tourner la droite de l'ennemi, et le prince Poniatowski sa gauche, et que les trois avant-gardes soient tellement à portée qu'elles puissent donner ensemble ; ce qui nécessairement épargnera du sang et mettra l'en­nemi hors d'état de résister. Donnez ordre au vice-roi de suivre l'ennemi sur la gauche et de manière à pouvoir tourner la droite de l'ennemi, de se trouvera la hauteur du roi de Nàples, qui est aujour­d'hui au village de KIokova et qui va demain faire une petite macche qui le conduira à huit ou neuf lieues de Vitfzma. Prévenez le vice-roi qu'il est nécessaire qu'avec toute sa cavalerie et une bonne avant-garde d'infanterie et d'artillerie il puisse tourner la droite de l'ennemi et prendre part aux coups de canon s'il y en a; que c'est le seul moyen d'épargner du sang et d'accélérer la retraite de l'ennemi. Donnez le même ordre au prince Poniatowski pour la droite : il doit tourner la gauche de l'ennemi.

Le prince d'Eckmuhl suivra, de manière à se trouver une lieue en arrière du roi de Naples, et le duc d'Elchingen à deux lieues en arrière du prince d'Eckmuhl. Le duc de Trévise partira à dix heures du matin pour se rendre à Federoskoïé, derrière le duc d'Elchingen. Le duc d'Àbranles se rendra à Viazma, passera les ponts sur la droite de la ville et prendra position à une lieue en avant.

Napoléon.


19160. —AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A VIAZMA.

Viazma. 30 août 1812, minuit.

Mon Cousin, donnez ordre au général Eblé de partir à cinq heures du matin pour rejoindre l'avant-garde. 11 fera réparer tous les ponts sur les derrières. 11 marchera avec tout son personnel et le matériel qui consiste en outils et autres agrcs#de cette espèce, mais il n'em­mènera pas avec lui les bateaux. Vous ferez comprendre à ce général que, comme nous sommes presque en présence de l'ennemi, et qu'il est probable que dans trois ou quatre marches il y aura une bataille générale, le succès peut dépendre de la rapidité avec laquelle seront établis les débouchés et les ponts sur les torrents et les ravins; qu'il est donc indispensable qu'il y soit lui-même, pour que, aussitôt qu'il sera possible, il puisse travailler à l'établissement de ces débouchés. Pour une armée comme celle-ci il en faut toujours au moins six. 11 doit donc à cet effet se concerter avec le génie, et n'attendre aucun nouvel ordre pour prdonner lui-même l'établissement des ponts sur les ravins et petites rivières.

Donnez ordre au général Chasseloup de partir également à cinq heures du matin, d'emmener avec lui tout son personnel et matériel, hormis une compagnie qui peut être nécessaire pour réparer les ponts qui sont ici et achever la manutention et les fours. Faites-lui comprendre Tordre que vous donnez au général Eblé, la nécessité qu'il se trouve à Tavant-garde et qu'il se concerte avec le général Eblé; qu'il centralise tous les moyens de tous les corps, ceux du génie et du général Eblé, pour que tous les ponts et mauvais passages sur la route soient réparcs, pour qu'il y ait sur les ruisseaux ou ravins par où débouche Tavant-garde au moins six ponts et six grands débou­chés, aGn que l'armée puisse promptemenl arriver sur ses positions ou s'en retirer si le cas arrivait. Faites-lui également comprendre que nous sommes en présence de l'ennemi ; qu'il est probable qu'une grande bataille aura lieu avant quatre ou cinq marches, et que l'in­telligence de ces six débouchés et la promptitude de leur confection peut beaucoup influer sur le succès; qu'il faut avoir soin que les six ponts aient six débouchés différents , car si plusieurs avaient le môme débouché ils se trouveraient annulés. En se concertant avec le général Eblé, les moyens généraux des parcs joints aux moyens des corps d'armée, il y a de quoi faire très-rapidement le service. Faites-lui connaître aussi qu'il est possible que sur le champ de bataille je fasse retrancher une ou deux positions dans une nuit, qu'il faut donc y avoir non-seulement des ingénieurs et des sapeurs, mais qu'un assez bon nombre d'outils soient prêts à la minute. Qu'il parle donc à cinq heures du matin pour arriver, et qu'il envoie un officier du génie à l'avant-garde près le roi de Naples.pour connailre ses mouvements et la nature du terrain.

Faites-moi connaître où se trouve le petit quartier général, en quoi il consiste et quand il pourra partir.


19161. — AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉB, A VIAZMA.

VUtma, 31 août 1813.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig et au duc de Trévise de fqire prendre de l'cau-de-vie pour dix jours à la Garde. Donnez ordre à l'ordonnateur Joitiville, du petit quartier général, de faire charger d'eau-de-vie les caissons qu'il aurait vides, pour servir un jour de bataille.

Donnez ordre au duc d'Jstrie de partir avec toute la cavalerie de la

Garde et de faire aujourd'hui six lieues, de manière à arriver dans

- la journée de demain à la petite ville de Gbjatsk/ Donnez ordre au

Iduc de Danzig de partir à midi avec la vieille Garde et de faire

•.aujourd'hui cinq ou six petites lieues'pour arriver demain à Ghjatsk.


Donnez ordre au général Sorbier de partir avec toute la réserve de la Garde. EnGn donnez ordre au petit quartier général de partir avant midi.

Napoléon.


19162. — AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DB LA GRANDE ARMÉE, A  VBL1TCHBVO.

Velitchevo, 1" septembre 1812, une heure du malin.

Mon Cousin, écrivez au vice-roi que jusqu'à cette heure je vois que son corps d'armée est toujours en arrière ; il est urgent cepen­dant qu'il soit toujours en avant sur la gauche, de manière à pouvoir tourner Tennemi qui est sur le grand chemin devant l'avant-garde du roi de Naples^par la raison que, la position du grand chemin étant déterminée, l'ennemi peut s'y fortiBer par des redoutes ou prendre de bonnes positions, tandis que, la position de la gauche et celle de la droite n'étant pas déterminées, il ne peut opposer aucune redoute de ces côtés. Le vice-roi doit donc partir de bonne heure et ne pas passer par la ville de Gbjatsk, mais à deux lieues plus haut.

Napoléon.


19163. — AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DB LA GRANDE ARMÉE, A VBLHCHBVO.

VelilchefO, 1" septembre 1812, une heure du matin.

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de mettre son avant-garde en marche à cinq heures du matin, alin d'arriver de bonne heure sur Ghjalsk et de pouvoir l'occuper si l'ennemi le dispute. Il est nécessaire que le vice-roi le tourne par la gauche, en même temps que le prince Poniatowski le tournera par la droite. Une division de cuirassiers partira à six heures du matin, et les trois autres divisions pourront partir à sept ou huit heures. Donnez des ordres en consé­quence au vice-roi, au prince Poniatowski, au prince d'Eckmühl et au duc d'Elchingen.

Napoléon.