1er – 31 juillet 1812

 


Vilna, 1er juillet 1812

À Alexandre Ier, empereur de Russie

Monsieur mon Frère, j'ai reçu la lettre de Votre Majesté. La guerre qui divisait nos États se termina par le traité de Tilsit. J'avais été à la conférence du Niémen avec la résolution de ne pas faire la paix que je n'eusse obtenu tous les avantages que les circonstances me promettaient. J'avais en conséquence refusé d'y voir le roi de Prusse. Votre Majesté me dit : Je serai votre second contre l'Angle­terre. Ce mot de Votre Majesté changea tout; le traité de Tilsit en fut le corollaire. Depuis, Votre Majesté désira que des modifications fussent faites à ce traité : elle voulut garder la Moldavie et la Valachie, et porter ses limites sur le Danube. Elle eut recours aux négociations. Cette importante modification au traité de Tilsit, si avanta­geuse à Votre Majesté, fut le résultat de la convention d'Erfurt. Il paraît que, vers le milieu de 1810, Votre Majesté désira de nou­velles modifications au traité de Tilsit. Elle avait deux moyens d'y arriver, la négociation ou la guerre. La négociation lui avait réussi à Erfurt: pourquoi, cette fois, prit-elle un moyen différent ? Elle fit des armements considérables, déclina la voie des négociations, et parut ne vouloir obtenir de modifications au traité de Tilsit que par la protection de ses nombreuses armées. Les relations établies entre les deux puissances, après tant d'événements et de sang répandu, se trouvèrent rompues ; la guerre devint imminente. J'eus aussi recours aux armes, mais six mois après que Votre Majesté eut pris ce parti. Je n'ai pas levé un bataillon, je n'ai pas tiré un million de mon trésor pour l'extraordinaire de la guerre, que je ne l’aie fait connaître à Votre Majesté et à ses ambassadeurs. Je n'ai pas laissé échapper une occasion de m’expliquer. Votre Majesté a fait devant toute l'Europe une protestation que les puissances ont l'habitude de ne faire qu'au moment de se battre et lorsqu'elles n'espèrent plus rien des négociations : je n'y ai pas répondu. Votre Majesté, la première, a réuni ses armées et menacé mes frontières. Votre Majesté, la première, est partie pour son quartier général. Votre Majesté, après avoir constam­ment refusé pendant dix-huit mois de s'expliquer, m'a fait enfin remet­tre par son ministre une sommation d'évacuer la Prusse comme con­dition préalable de toute explication. Peu de jours après, ce ministre a fait la demande de ses passeports et a répété trois fois cette de­mande. Dès ce moment, j'étais en guerre avec Votre Majesté. Je voulus garder cependant l'espérance que le prince Kourakine avait mal entendu ses instructions, et qu'il n'était pas autorisé à cette som­mation sine qua non de n'entendre à rien que la Prusse ne fut éva­cuée, ce qui évidemment était me placer entre la guerre et le déshon­neur : langage inconvenant de la part de la Russie, que ni les événements passés ni les forces respectives des deux États ne devaient autoriser à me tenir, et qui était opposé au caractère de Votre Majesté, à l'estime personnelle qu'elle m'a quelquefois montrée, et enfin au souvenir qu'elle ne peut pas avoir perdu que, dans les cir­constances les plus critiques, je l'ai assez honorée, elle et sa nation, pour ne lui rien proposer qui pût être le moindrement contraire à la délicatesse et à l'honneur. Je chargeai donc le comte Lauriston de se rendre auprès de Votre Majesté et de son ministre des relations exté­rieures, de s'expliquer sur toutes ces circonstances, et de voir s'il n'y aurait pas moyen de concilier l'ouverture d'une négociation, en con­sidérant comme non avenue la sommation arrogante et déplacée du prince Kourakine. Peu de jours après, j'appris que la cour de Berlin avait été instruite de cette démarche du prince Kourakine, et qu'elle-même était fort surprise d'un langage aussi extraordinaire. Je ne tardai pas d'apprendre qu'à Pétersbourg aussi cette démarche était connue, et que les gens sensés désapprouvaient ; enfin les journaux anglais m'apprirent que les Anglais la connaissaient. Le prince Kou­rakine n'avait donc fait que suivre littéralement ses instructions. Tou­tefois je voulus encore conserver de l'espoir, et j'attendais la réponse du comte Lauriston , lorsque je reçus à Gumbinnen le secrétaire de légation Prévost, qui m'apprit que, contre le droit des gens, contre les devoirs des souverains en pareilles circonstances, sans égard pour ce que Votre Majesté devait à moi et à elle-même, non-seulement elle avait refusé de voir le comte Lauriston, mais même, chose sans exemple, que l'oubli avait été porté au point que le ministre aussi avait refusé de l'entendre et de conférer avec lui, quoiqu'il eût fait connaître l'importance de ses communications et la lettre de ses ordres. Je compris alors que le sort en était jeté, que cette Providence invisible, dont je reconnais les droits et l'empire, avait décidé de cette affaire, comme de tant d'antres. Je marchai sur le Niémen avec le sentiment intime d'avoir tout fait pour épargner à l’humanité ces nouveaux malheurs, et pour tout concilier avec mon honneur, celui de mes peuples et la sainteté des traités.

Voilà, Sire, l'exposé de ma conduite. Votre Majesté pourra dire beaucoup de choses, mais elle se dira à elle-même qu'elle a pendant dix-huit mois refusé de s'expliquer d'aucune manière; qu'elle a, depuis, déclaré qu'elle n'entendrait à rien qu'au préalable je n'eusse évacué le territoire de mes alliés ; que par là elle a voulu ôter à la Prusse l'indépendance qu'elle paraissait vouloir lui garantir, en même temps qu'elle me montrait du doigt les Fourches Caudines. Je plains la méchanceté de ceux qui ont pu donner de tels concerts à Votre Majesté. Quoi qu'il en soit, jamais la Russie n'a pu tenir ce langage avec la France ; c'est tout au plus celui que l'impératrice Catherine pouvait tenir au dernier des rois de Pologne.

La guerre est donc déclarée entre nous. Dieu même ne peut pas faire que ce qui a été n'ait pas été. Mais mon oreille sera toujours ouverte à des négociations de paix ; et, quand Votre Majesté voudra sérieuse­ment s'arracher à l'influence des hommes ennemis de sa famille, de sa gloire et de celle de son empire, elle trouvera toujours en moi les mêmes sentiments et la vraie amitié. Un jour viendra où Votre Ma­jesté s'avouera que si, dès la fin de 1810, elle n'avait pas changé, que si, voulant des modifications au traité de Tilsit, elle avait eu recours à des négociations loyales, ce qui n'est pas changer, elle aurait eu un des plus beaux règnes de la Russie. À la suite de désas­tres éclatants et réitérés, elle avait par sa sagesse et sa politique guéri toutes les plaies de l'État, réuni à son empire d'immenses provinces, la Finlande et les bouches du Danube. Mais aussi j'y aurais beaucoup gagné : les affaires d'Espagne auraient été terminées en 1811, et probablement la paix avec l'Angleterre serait conclue en ce moment. Votre Majesté a manqué de persévérance, de confiance, et, qu'elle me permette de le lui dire, de sincérité ; elle a gâté tout son avenir. Avant de passer le Niémen, j'aurais envoyé un aide de camp à Votre Majesté, suivant l'usage que j'ai suivi dans les campagnes précé­dentes, si les personnes qui dirigent la guerre auprès d'elle et qui me paraissent, malgré les leçons de l'expérience, si désireuses de la faire, n'avaient témoigné beaucoup de mécontentement de la mission du comte de Narbonne, et si je n'avais dû considérer comme le résultat de leur influence la non-admission de mon ambassadeur. Il m'a paru alors indigne de moi de pouvoir laisser soupçonner que, sous prétexte de procédé, en envoyant quelqu'un auprès de Votre Majesté, je pusse avoir tout autre but. Si Votre Majesté veut finir la guerre, elle m'y trouvera disposé. Si Votre Majesté est décidée à la continuer et qu'elle veuille établir un cartel sur les bases les plus libérales telles que de considérer les hommes aux hôpitaux comme non prisonniers , afin que de part et d'autre on n'ait pas à se presser de faire des évacuations, ce qui entraîne la perte de bien du monde; telles que le renvoi, tous les quinze jours, des prisonniers faits de part et d'autre, en tenant un rôle d'échange, grade par grade, et toutes autres stipula­tions que l'usage de la guerre entre les peuples civilisés a pu admettre : Votre Majesté me trouvera prêt à tout. Si même Votre Majesté veut laisser établir quelques communications directes, malgré les hosti­lités, le principe ainsi que les formalités en seraient aussi réglés dans ce cartel.

Il me reste à terminer en priant Votre Majesté de croire que, tout en me plaignant de la direction qu'elle a donnée à sa poli­tique, qui influe si douloureusement sur notre vie et sur nos nations, les sentiments particuliers que je lui porte n'en sont pas moins à l'abri des événements, et que, si la fortune devait encore favoriser mes armes, elle me trouvera, comme à Tilsit et à Erfurt, plein d'amitié et d'estime pour ses belles et grandes qualités, et désireux de le lui prouver.

Napoléon


Vilna, 1er juillet 1812, deux heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, il n'y a point de doute aujourd'hui que Bagration a filé de Brzesc sur Grodno, et de Grodno longé Vilna, à six lieues de distance, pour se porter sur Sventsiany. J'ai organisé trois fortes colonnes pour le poursuivre. Toutes les trois seront sous vos ordres quand vous pourrez communiquer. La colonne de droite est comman­dée par le général Grouchy et composée de la brigade Bordesoulle, de la division d'infanterie Dessaix et de la brigade de cavalerie légère Castex. La seconde colonne se trouve sous vos ordres. Vous avez la brigade Pajol, la division Compans, la division de cuirassiers de Valence et les lanciers de la Garde. La troisième colonne débouchera par Mikhalichki; elle est composée de la division Morand, de deux brigades de la division Bruyère et de la division Saint-Germain. Le général Nansouty commande cette colonne. J'ai placé en réserve le duc de Trévise à la rencontre de tous les chemins, avec une division d'infanterie et de cavalerie, prêt à se porter partout. C'est à vous de diriger ces trois colonnes aussitôt que vous pourrez communiquer; et c'est aux commandants de ces colonnes à se diriger eux - mêmes de manière à faire Le plus de mal possible à l'ennemi, quand vous ne pour­rez communiquer avec eux. Il est probable que le général Nansouty débordera ou tombera sur le flanc de l'avant-garde, vous sur le centre, et le général Grouchy sur l'arrière-garde. Si l'ennemi était sage, et s'il a de l'ensemble dans son commandement, il se dirigerait sur Minsk, pour prendre de là la route de Disna. Les trois colonnes doi­vent agir d'une manière efficace.


Vilna, 1er juillet 1812, trois heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, je vous envoie le rapport du général Bordesoulle. Je me suis décidé à diriger la division Dessaix sur Edlina pour appuyer le général Bordesoulle. Il paraît que les Cosaques ont déjà passé à Pavlovo et Tourgheli. Je pense qu'il serait convenable que vous vous fassiez appuyer par la division Morand.


Vilna, 1er juillet 1812

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, je vous envoie une copie d'une lettre du général Morand. Je lui donne Tordre de prendre position, avec sa division et les 100 chevau-légers de la Garde qu'il a avec lui, au pont de Mikhalichki, de s'emparer des magasins et de tenir une position mili­taire. Je l'ai instruit que le général Nansouty et deux brigades de la division Bruyère se rendaient au même poste pour le diriger. Tout est en mouvement pour former les trois colonnes. Je vous enverrai la division de dragons du général Grouchy, qui j'ai placée à l'embranchement des routes, aussitôt que j’aurai reçu les premières nouvelles. Si je n'en ai pas à midi, je la dirigerai sur vous, afin de vous mettre à même de marcher sur Melodetchna.

J'ai vu avec regret que vous soyez parti pour Ochmiana; il fallait attendre la brigade Colbert. Si vous marchez ainsi légèrement, vous tomberez dans les mains des Cosaques et même de la cavalerie régulière ennemie, vu que les colonnes sont éparses, ayant perdu tout à fait la tramontane.


Vilna, 1er juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, je reçois la lettre du gouverneur de Königsberg du 23 juin. Répondez-lui que je l'autorise à raser sur-le-champ toutes les lignes et redoutes du camp de Lochstœdt qui se trouvent à deux lieues de Pillau. Quant aux ouvrages de la pointe du Nehrung, je lui ferai connaître mes intentions. Écrivez-lui qu'il est inutile de renfor­cer la garnison de Pillau; qu'il sera temps, lorsque ce point sera tenace, d'y envoyer des troupes.


Vilna, 1er juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Envoyez à la rencontre du vice-roi un officier bien monté et très-actif. Faites connaître au vice-roi que Bagration débouche sur Vilna, ayant l’air de se diriger sur la Dvina, qu'une de ses divisions est à Boly-Soletchniki, une autre vis-à-vis Ochmiana; qu'il est important qu'il approche sans délai sa cavalerie légère et tout ce qu’il pourra de son infanterie, pour arriver le plus tôt possible, afin de pouvoir agir suivant les circonstances.


Vilna, 2 juillet 1842

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, chargez un officier d'état-major de suivre la construction des fours. Depuis cinq jours que nous sommes à Vilna, ils de­vraient déjà être construits, et cependant ils ne sont pas encore com­mencés. La cause en est au défaut de chevaux pour transporter les briques. Cependant l'ordonnateur Joinville a des chevaux du service du petit quartier général; le 10e bataillon des équipages est arrivé, et enfin il y a une grande quantité de chevaux de trait attachée au quartier général et aux officiers d'état-major, à commencer même par ceux de ma Maison. Il était donc convenable que, pour une opéra­tion aussi importante que la construction des fours, on commandât des chevaux de corvée. Mais l'état-major est organisé de manière qu'on n'y prévoit rien.


Vilna, 2 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez des ordres pour que, dans la journée, des officiers d’état-major et des gendarmes soient préposés, avec des hommes de corvée pris soit parmi la troupe, soit parmi les paysans, pour faire enterrer tous les chevaux, cadavres, immondices prove­nant des boucheries, tant dans la ville de Vilna que dans une circon­férence de deux lieues de rayon. Assignez à chacun son arrondisse­ment. Ils ne désempareront point que ce travail ne soit terminé.


Vilna, 2 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, réexpédiez cet aide de camp du vice-roi et faites connaître au vice-roi  que, n’ayant pas de nouvelles, mais prévenu du mouvement général, il est ridicule qu’il soit resté sans bouger à Piloni ; que, puisqu’il avait connaissance des Cosaques du côté de Stoklichek, il pouvait envoyer sa cavalerie légère en avant pour éclairer le pays le pays, avoir des nouvelles et s'approcher de Vilna; que la nou­velle que lui a donnée le général Roguet, que 30 à 40,000 Russes sont sur la gauche, n'a pas le sens commun ; que le général Roguet prétend qu'il lui a dit, sur sa droite,; qu'alors ce sont les hussards qui ont été vus du côté de Stoklichek; que toutes ces lenteurs con­trarient fort l'Empereur; qu'il en résulte que les plus belles occasions se passent sans en profiter, et que toutes les fatigues du 4e corps deviennent par là en pure perte.

Écrivez au général Roguet que je vois avec surprise qu'il est encore à Jijmory, qu'il faut qu'il ait perdu la tête pour ne pas avoir continué sa route sur Vilna; que, si son artillerie avait éprouvé des retards, il pouvait y laisser une garde de 100 à 150 hommes; qu'il a donné au vice-roi la nouvelle que 30 à 40,000 Russes étaient sur sa gau­che ; que cette nouvelle absurde a influé sur les opérations du vice-roi. Demandez-lui pourquoi il s'est avisé de donner cette nouvelle, et donnez-lui ordre de rejoindre sans délai.

Mandez au vice-roi que je lui ai fait connaître le 28 qu'il devait se diriger sur la droite ; qu'il pousse de forts partis de cavalerie sur Olitta pour avoir des nouvelles de tout ce qui se passe; qu'il s'ap­proche de Vilna avec le 4e corps, et qu'il ait sur sa droite, c'est-à-dire entre le Niémen et Vilna, le 6e corps, qui poussera des partis sur Meretch et Olkeniki, de sorte que sa jonction se fasse avec le roi de Westphalie.


Vilna, 2 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Tarente de porter le plus tôt qu'il pourra son quartier général à Poneveje. Il y concentrera toute la 7e division, la plus grande partie de la cavalerie prussienne et au moins la moitié de l'infanterie, toute l'artillerie de campagne.

De Poneveje il se mettra en correspondance avec le duc de Reggio, qui est à Vilkomir, et avec le quartier général par Vilkomir et par Kovno. Il fera occuper Chavli par des postes, s'il le juge convenable. Les Prussiens restés sur la gauche, il les réunira à Memel et fera travailler aux fortifications de cette place. Écrivez-lui de nouveau d'envoyer des détachements prussiens pour faire arriver nos vivres.

Envoyez votre dépêche au duc de Tarente, par duplicata, par le duc de Reggio par Vilkomir et par Kovno. Ce maréchal doit être actuellement à Rossieny.

 

P. S. Il sera nécessaire qu'il prenne des mesures pour réunir 2,000 voitures de Memel à Mitau et 2,000 de Tilsit à Chavli, pour le transport de l'équipage de siège de Memel à Riga et de Tilsit à Riga.


Vilna, 2 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, chargez un officier général de votre état-major de s'occuper uniquement de l'organisation des routes de communication de Wilkowyszki à Kovno et de Kovno à Vilna. De Wilkowyszki à Kovno il faut deux commandants et deux petites garnisons de 25 hommes avec un ou deux gendarmes ; ils protégeront la poste, feront la police et feront parvenir régulièrement les nouvelles de ce qui se passe; ils feront rétablir par les habitants les routes dégradées, remplir les fondrières, réparer et entretenir les ponts. De Kovno à Vilna, il faut établir quatre commandants et quatre garnisons de 25 hommes, à Roumchichki, à Jijmory, à Yevé, à Rykonty; ce sera donc une compagnie et 5 ou 6 gendarmes. Il faut joindre à chaque poste 3 ou 4 hommes de cavalerie. Les commandants feront con­naître régulièrement ce qui se passera, feront raccommoder les routes et les ponts, enterrer les chevaux et cadavres, qui dans la saison où nous sommes peuvent occasionner des maladies. Il est nécessaire aussi d'avoir à la suite de l'état-major deux ou trois chefs de batail­lon ou majors qui feront les fonctions d'inspecteurs des routes ; l'un sera chargé de la route de Wilkowyszki à Kovno, et l'autre de Kovno à Vilna ; ils feront la tournée de leur arrondissement deux fois par semaine, et veilleront à l'entretien des routes, à leur police, aux réparations des ponts, etc., pendant tout le temps que le quartier général restera à Vilna. Quand le quartier général ira en avant, l'in­specteur le plus en arrière se portera sur la nouvelle direction en avant. Les stations doivent être d'abord placées à demi-journée d'étape, sur les quarante ou cinquante lieues en arrière de Vilna; on les réduira ensuite aux journées d'étape lorsque le pays sera organisé. Il est important de nommer sur-le-champ ces inspecteurs et d'organiser les routes de Wilkowyszki à Vilna et de faire réparer sur-le-champ les ponts et routes.


Vilna, 2 juillet 1812, six heures du soir

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au général Lahoussaye de partir avec sa division aujourd'hui pour faire une journée, et de se diriger sur Roudniki. Il enverra des patrouilles sur la route d'Olkeniki, sur celle d'Olitta et sur Eïchichki, route da Grodno. Il prendra tous les renseignements, et vous rendra compte directement de ce qui se passe. Il rendra compte aussi au général Grouchy, avec lequel il se liera et qui se trouve à Boly-Soletchniki.

Écrivez au général Grouchy, qui est à Boly-Soletchniki, de vous faire connaître de quel régiment et de quelle division sont les prison­niers, qu'il fait, et où ils ont été depuis quinze jours.


Vilna, 2 juillet 1812

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, je vous envoie une lettre du général Nansouty. Vous verrez qu'effectivement le corps ennemi d'Ochmiana prend la route dont je vous ai envoyé la note. Le général Nansouty est arrivé à Mikhalichki hier au soir; il sera donc à même de tomber sur les flancs de cette colonne. Il paraît que ce corps est le 6e que com­mande le général Doktourof, composé de deux divisions d'infanterie et d'une division de cavalerie, ce qui fait de 15 à 16,000 hommes. Je ne vois pas encore là de nouvelles de Bagration.

Napoléon.


Vilna, 2 juillet 1812

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, je vous envoie la feuille de route de l’aile droite du 6e corps ennemi, que l’on a trouvée dans les papiers que vous m'avez envoyés. Cela m'a paru assez important pour vous être transmis. Le général Grouchy me mande que le corps que vous aviez devant vous à Boly-Soletchniki a fini par rétrograder, sans qu'on pusse savoir dans quelle direction ; qu’il se met en route pour suivre vivement la piste de l'ennemi.


Vilna, 3 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, donnez ordre au général Chasseloup de faire prendre trente ou quarante bateaux sur la Viliya, d’y faire mettre des marins de la Garde dès qu'ils seront arrivés, et quelques matelots du pays ; de les faire regréer et de les envoyer cinq par cinq à Kovno pour s'y charger ; mandez-lui qu'il est nécessaire que les cinq premiers bateaux partent demain. Qu'il charge le général Kirgener de ces détails; qu'il lui donne les fonds dont il aura besoin, et que l'intendant rembour­sera. Chargez le général Chasseloup de faire commencer dès demain à travailler au pont de la Viliya; qu'il donne la conduite de ces tra­vaux à l’architecte de la ville ; qu'il lui avance même les fonds qui peuvent être nécessaires, sauf à la ville à en faire plus tard le rem­boursement; qu'enfin il charge le général Kirgener de la surveillance de cette construction, qu'il faut faire très-promptement.


 

Vilna, 3 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, il restait ce matin à la manutention 4,000 rations de pain appartenant à la jeune Garde, qui doivent lui être données, 12,000 réservées pour l'armée d'Italie, qui lui seront délivrées aussitôt qu'elle enverra ses voitures, et 27,000 disponibles. Sur ces 27,000, on en donnera 8,000 à l'armée d'Italie, ce qui portera à 20,060 la quantité qui lut est destinée. Il en restera 19,000, dont 4,000 seront employées pour la consommation du quartier général, du général de l'artillerie, et 15,000 seront délivrées à la Garde comme premier escompte sur quatre jours de pain qu'elle doit avoir d'avance. L'ordonnateur de la Garde fera un rapport pour faire connaître le nombre de rations que la vieille et la jeune Garde consom­ment, et ce qu'il faut pour assurer les distributions des 4, 5, 6 et 7, ainsi que les moyens d'arriver à ce résultat. Il faudra plusieurs jours pour compléter l'avance de quatre jours de pain, puisqu'on a à pour­voir au service journalier. Mon but est d'arriver au point que la Garde ait toujours ses quatre jours de vivres. Il faudrait organiser dès à présent la manutention, de manière à avoir 50,000 râlions par vingt-quatre heures, savoir : 30,000 à la manutention de Saint-Raphaël, 12,000 à celle de Saint-Casimir et 8 ou 10,000 dans les fours bourgeois et des Juifs.

J'ai ordonné d'établir trois nouvelles manutentions de douze fours ; les douze premiers seront unis sous peu de jours. On pourra alors les mettre à la disposition de la Garde et ne plus rien faire dans les fours bourgeois, qu'on laisserait à la disposition des habitants. Cette nouvelle manutention de douze fours porterait les moyens de fabrica­tion à 60,000 rations par jour, et, quand les deux autres seront terminés, on pourra en fabriquer jusqu'à 100,000. Alors tout ce qu'on pourra confectionner en sus de la consommation devra être en pain biscuité. Les 100,000 rations à faire par jour exigent 1,200 quintaux de farine. Les moulins doivent en donner 1,000. On prendra les farines appartenant aux corps qui arrivent ici, et on donnera aux corps l'équivalent en pain, car on ne peut pas se dissi­muler que la farine ne nourrit pas le soldat. La Garde doit avoir beaucoup de convois de farines à arriver; elles seront déchargées ici, de manière que, lorsque la Garde partira, elle puisse partir avec quatre rations sur le dos et toutes ses voitures chargées de pain biscuité.

Réitérez l'ordre pour que toutes les voitures de l'armée qui sont ici vides aillent se charger de farine à Kovno. Il doit y en être arrivé 3,000 quintaux le 1er juillet.

Donnez l'ordre au commandant de Kovno de faire embarquer les farines sur la Viliya à mesure qu'elles arriveront, et écrivez à l'inten­dant général de prendre des mesures afin d'assurer la 'navigation de la Viliya.


 

Vilna, 3 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, écrivez au roi de Naples qu'il parait que l'ennemi ne veut pas tenir sérieusement à Sventsiany; je ne vois pas de difficulté à ce qu'il pousse sur ce point ; qu'aussitôt qu'il y sera arrivé je désire qu'il y fasse construire des fours.


 

Vilna, 3 juillet 1812

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint le rapport du commissaire aux fourrages polonais; il n'est pas conforme à vos renseignements. Vous trouverez ci-jointe aussi la lettre du général Nansouty; elle parait confirmer les rapports du commissaire. Vous verrez qu'il est arrivé à Mikhalichki. Vous trouverez également copie de la lettre du général Grouchy ; il marche sur Dzevenichki : ainsi vous voilà liés ensemble. La Garde est réunie à Vilna. Le corps du vice-roi est arrivé. Ainsi vous ne devez avoir aucune crainte de découvrir Vilna. Vous pouvez attirer à vous les généraux Grouchy et Dessaix. Dans la posi­tion actuelle, le général Nansouty seul peut faire encore quelque mal à Doktourof. Les rapports du général Grouchy sont vagues; on ne voit pas très-bien à quel corps ennemi il a affaire; il est nécessaire que vous éclairassiez tout cela. Voici des renseignements positifs. Le 30, le roi de Westphalie est entré à Grodno, il y a trouvé Platof avec tout le corps des Cosaques, qui, comme de raison, se sont sauvés. Le 30, Bagration était à Mosty et menaçait d'attaquer; mais il est plus vraisemblable qu'il se sera retiré. Dans ce cas, il peut être aujourd'hui 3 à Lida; il pourrait être à Volojine le 5 ou le 6. Vous pourriez donc vous réunir avec le général Grouchy sur Volojine. Le roi de Westphalie doit suivre Bagration ; il doit se diriger sur Minsk. Je n'ai point de nouvelles que nous soyons entrés à Sventsiany. Le maréchal Ney est à Maliaty; le duc de Reggio à Avanta. Le général Grouchy aura probablement des nouvelles sur la direction de l'en­nemi; faites là-dessus ce qu'il convient. Si les renseignements du roi de Westphalie sont vrais, vous vous trouverez prévenu sur les mou­vements de l'ennemi. Tâchez donc d'être réuni avec le général Grouchy et d'avoir sous la main le plus d'infanterie et de cavalerie possible. Quand je saurai ce que vous voulez faire, je me déciderai à vous envoyer la division Claparède.

Si on peut faire quelques fours à Ochmiana et y organiser des subsistances, cela pourrait être utile.


Vilna, 4 juillet 1812

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Vichnef

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 3 à deux heures après midi. J'envoie la division Claparède, composée des trois régiments de la Vistule, à Ochmiana. Elle part ce matin; elle sera là à votre dispo­sition. J'ai jugé que ce renfort vous était nécessaire dans ces circon­stances. La tête du vice-roi arrive enfin à Vilna; la division de dragons Lahoussaye est à Roudniki ; comme elle est sous les ordres du général Grouchy, il peut la faire appuyer à lui.

Je crois vous avoir mandé que le roi de Westphalie était entré le 30 à Grodno, et que Bagration était à Mosty, occupé à passer le Niémen.


 

Vilna, 4 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, le maréchal duc de Castiglione prendra le commandement du 11e corps de la Grande Armée. Ce corps sera composé de la manière suivante : de la 2e division de réserve, commandée par le général Heudelet, qui prendra le numéro de 1e division du 11e corps; de la 3e division de la réserve, qui sera la 2e du 11e corps; de la 4e division de la réserve, qui sera la 3e du 11e corps, et de la divi­sion napolitaine. Vous me présenterez l'organisation en détail et défi­nitive de ces divisions, et vous me proposerez de leur donner des numéros à la suite des autres divisions de l'armée.

Le duc de Castiglione aura sous ses ordres les garnisons de la Poméranie suédoise, de Berlin et des trois places de l'Oder. Il gardera les cinq 6e bataillons des 46e, 37e, 56e, 19e, et 93e jusqu'à nouvel ordre. Il est nécessaire que le duc de Castiglione soit rendu avant le 25 juillet à Berlin. Vous donnerez ordre au duc de Bellune qu'aussi­tôt que le duc de Castiglione sera arrivé il lui remette le commande­ment ; il lui remettra ses instructions, tous les renseignements qui peuvent être utiles, et partira pour porter son quartier général à Marienburg. À cet effet, la division du général Partouneaux se mettra en marche, aussitôt après la réception du présent ordre, pour se diriger sur Marienburg. Elle marchera sur deux colonnes. La divi­sion du général Lagrange, qui est la 1e de la réserve, se portera sur Königsberg, en marchant sur deux colonnes, par Küstrin et par Schwedt. La division du général Girard partira immédiatement après la division Partouneaux et se rendra à Marienburg. La division Daendels est déjà rendue à Danzig. Ainsi les quatre divisions du corps du duc de Bellune seront réunies à Marienburg, à Danzig et à Königsberg, pouvant se porter partout où les circonstances l'exigeraient. Il est nécessaire que ces troupes soient rendues sur la Vistule à la fin de juillet.

Vous ordonnerez au duc de Bellune de faire venir sans délai la 13e demi-brigade provisoire, qui est à Erfurt, et tout ce qui appar­tient aux 3e et 4e divisions de la réserve, pour les placer selon les ordres que j'ai donnés, et de garder les cinq 6e bataillons jusqu'à nouvel ordre. Tout cela assurera les garnisons de Stettin, de Küstrin, de Glogau, de La Poméranie suédoise, et fermera un corps de réserve à Berlin. Ayez soin cependant que ce qui appartient à la 4e division de la réserve ne parte de Mayence, Wesel et Strasbourg que bien habillé, bien équipé et complété au moins, à 800 hommes par bataillon.

Le duc de Bellune recevra, avant son arrivée à Marienburg, des instructions sur ce qu'il a à faire; mais il aura pour instruction géné­rale de courir au secours de Stettin, Danzig et Königsberg, selon les circonstances qui se présenteront.

Donnez ordre au général Rapp et au général Latour de former des bataillons de marche des hommes disponibles du 2e corps au dépôt de Marienburg, du 1er corps au dépôt de Danzig et des 3e et 4e corps au dépôt de Thorn, et de les diriger sur Königsberg. Ils auront soin de n'envoyer que des hommes valides et qui soient bien habillés et bien équipés.


Vilna. 4 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, il est nécessaire que vous donniez des ordres pour qu'aucun homme isolé ne parte de Rovno. Recommandez qu'ils y soient réunis et qu'ils ne viennent qu'en force, bien organisés et ayant avec eux quatre jours de pain, puisqu'ils ne doivent pas trouver de-vivres de Kovno à Vilna. Je vois avec un grand plaisir qu'enfin la tête des convois est prête à arriver par le Niémen, et que dans ce moment 7 à 8,000 quintaux de farine doivent se trouver à Kovno. Envoyez ordre de diriger par eau sur Vilna tout ce qu'il sera possible, en employant les bateaux qu'on pourra se procurer.


 

Vilna, 4 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au duc d'Elchingen que la situation de son corps d'armée me parait fort alarmante sous le point de vue de l'ar­tillerie. Il est nécessaire qu'il ne fasse pas un pas de plus que son artillerie ne l'ait rejoint. Sans artillerie son corps serait très-com­promis. Il faut donc qu'il rallie ses troupes, qu'il fasse construire des fours, qu'il rassemble des moyens de subsistance et qu'il organise la police. Dites-lui d'envoyer des détachements de cavalerie, com­mandés par des officiers d'état-major, pour faire rejoindre les traîneurs ; il y en a beaucoup qui commettent des crimes, et qui finiraient par se faire prendre par les Cosaques. Je désire qu'il me fasse connaître l'état de situation de son corps sous le rapport de l'artillerie, du génie, du nombre d'hommes, des subsistances, etc.

Vous écrirez la même chose au duc de Reggio, en lui demandant le même état de la situation de son corps.

Écrivez aussi au roi de Naples que mon intention est que l'infan­terie se repose à Sventsiany ; qu'il y fasse construire des fours ; qu'il organise le service des subsistances et une bonne police. La cavalerie a également besoin de repos. Vous lui ferez connaître que j'ai ordonné la même chose aux ducs d'Elchingen et de Reggio.

Vous manderez au duc de Tarente que je lui ai donné ordre depuis longtemps de se porter sur Poneveje ou sur Chavli; le principal but est de tenir l'ennemi en respect pour qu'il ne vienne point inquiéter le Niémen, et d'avoir l'air de menacer Mitau.


 

Vilna, 4 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, une seule route ne peut suffire pour une armée comme celle-ci ; d'ailleurs, je désire laisser reposer la route de Wilkowyszki à Kovno, afin de donner le temps de la réorganiser et de la réparer. Présentez-moi un projet pour établir une route par Königsberg, Labiau, Tilsit, en suivant la rive gauche du Niémen. Par ce moyen, il sera facile de donner exactement de l'avoine aux chevaux et du pain aux troupes. Faites-moi connaître les lieux d'étapes où l’on pourra former des magasins. La route de Wilkowyszki étant ainsi soulagée, donnez ordre qu'il soit formé des magasins à Wilkowyszki, et que cette route soit réparée et mise en bon état.

Mon intention est d'avoir une deuxième route de Vilna à Preny ou à Olitta, et de là à Rastenburg et à Wilkowyszki; faites reconnaître cette route par Olitta, et présentez-moi un projet d'organisation; faites reconnaître les routes de Preny et de Balwierzyszki, mon intention étant de jeter deux ponts permanents à Olitta et à Preny, dans le point le plus près de Vilna à la rivière, de faire là une tête de pont et d'y avoir un grand magasin. Envoyez le général Guilleminot avec un ingénieur géographe et un officier supérieur du génie pour recon­naître ces routes, le point le plus près du Niémen, l'emplacement où il faut jeter les ponts, et les ouvrages de fortification qu'il faudrait y faire.

Enfin la route de Vilna sur Grodno et de là sur Varsovie est natu­rellement la troisième route. Donnez ordre au général du génie de faire reconnaître Grodno, mon intention étant d'avoir là deux ponts et d'y établir une tête de pont, si ce point est susceptible de fortifi­cation. Ordonnez au général Chasseloup d'y envoyer un officier du génie. Actuellement que l'armée est passée, il faut organiser à Jijmory et à Yevé deux magasins, avoir à chacun de ces deux endroits une manutention d'au moins trois fours. En attendant que ces établisse­ments soient faits, on prendra quatre jours de vivres à Kovno pour venir à Vilna, et quatre jours de vivres à Vilna pour aller à Kovno. Il est indispensable d'avoir au plus tôt ces deux manutentions à Jijmory et à Yevé, et un approvisionnement suffisant pour distribuer 6,000 rations par jour.


Vilna, 4 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, expédiez avant minuit un officier d'état-major pour se rendre auprès du roi de Westphalie et lui faire connaître les intendants et administrateurs que j'ai nommés. Chargez cet officier de prendre des renseignements sur le corps de Bagration, sur les mou­vements des Russes, sur la position du roi de Westphalie, et de reve­nir sans délai nous en instruire.


 

Vilna, 4 juillet 1812

 

Au général comte de La Riboisière, commandant de l’artillerie de la Grande Armée, à Vilna

Monsieur le Général Comte la Riboisière, donnez ordre que les 30,000 fusils destinés à armer l'insurrection soient dirigés par Bromberg et la Vistule sur Vilna. Faites venir également les 6,000 fusils qui se trouvent à Pillau, avec les sabres et pistolets qui s'y trouvent.


 

Vilna, 4 juillet 1812

 

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Novoï-Troki

Mon Fils, faites pousser des patrouilles de votre cavalerie légère aussi loin que vous pourrez. Les coureurs peuvent aller jusqu'à Meretch et Orany; il n'y a plus d'ennemis là. Qu'elles requièrent les habitants de rétablir le pont et de ramasser les traînards russes. Nous sommes en communication directe avec le roi de Westphalie à Grodno.

Envoyez-moi par le retour de mon officier d'ordonnance la posi­tion de vos divisions ce soir. Venez me voir à Vilna.

En général, vous n'écrivez pas assez, et vous ne faites pas ce qui est nécessaire, lorsque vous êtes isolé, pour vous lier avec le quartier général et avoir prompte ment des nouvelles et des ordres.


 

Vilna, 5 juillet 1812, six heures du matin

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Volojine

Mon Cousin, j'ai donné l'ordre au général Lahoussaye de se porter sur Boly-Soletchniki pour appuyer la droite de Grouchy, et à toute la cavalerie légère du vice-roi de se rendre également de Troki sur Boly-Soletchniki pour couvrir votre droite. On m'écrit de Grodno qu'on croit que Bagration est parti de Slonime le 1er. Le général Nansouty, était hier à Kobylnik. Doktourof venait de passer. Le roi de Naples était à Sventsiany. La cavalerie du roi de Westphalie s'était mise en grand mouvement sur Lida.

 

P. S. Je vous ai mandé que la division Claparède était partie hier au soir pour Ochmiana pour vous soutenir.


Vilna, 5 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que je ne reçois qu'aujourd'hui sa dépêche du 3 juillet, tandis que j'ai reçu hier ses lettres du 4. Vous lui ferez connaître que je suis extrêmement mécontent qu'il n'ait pas mis toutes ses troupes légères sous les ordres du prince Poniatowski aux trousses de Bagration, pour harceler son corps et arrêter sa marche; qu'arrivé le 30 à Grodno il devait attaquer sur-le-champ l'ennemi et le poursuivre vivement. Vous lui direz qu'il est impossible de manœuvrer plus mal qu'il ne l’a fait; que le général Reynier et même le 8e corps étaient inutiles à cela ; qu'il fallait faire marcher le prince Poniatowski avec tout ce qu'il avait de disponible pour suivre l'ennemi ; que, pour s'être éloigné de toutes les règles et de ses instructions, il fait que Bagration aura tout le temps de faire sa retraite, et il la fait à son aise ; que si Bagration est parti le 30 de Volkovisk, il peut arriver le 7 à Minsk, et qu'importe alors que le Roi y suit de sa personne le 10, puisque Bagration aura gagné quatre jours de marche sur lui. Dites-lui que, le prince Poniatowski n'eût-il eu qu'une seule division, il fallait l'envoyer ; mais que tout porte à penser qu'il pouvait envoyer tout ce corps en avant; il n'aurait pu être compromis, puisque Bagration n'a pas le temps de combattre ou de manœuvrer, et qu'il ne cherche guère qu'à gagner du terrain, sachant bien qu'il est coupé par les manœuvres que je fais faire ; que le prince d'Eckmühl est, aujourd'hui 5, avec une partie de son corps en avant de Volojine, mais ne sera pas assez fort pour arrêter Bagra­tion , puisque celui-ci n'est gêné par rien. Mandez donc au Roi qu'il donne ordre sur-le-champ au prince Poniatowski de partir, avec sa cavalerie et tout ce qu'il aura de disponible, pour se mettre aux trousses de Bagration. Vous lui direz que tout le fruit de mes ma­nœuvres et la plus belle occasion qui se soit présentée à la guerre ont échappé par ce singulier oubli des premières notions de la guerre.


 

Vilna, 5 juillet 1812, sept heures du soir

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Volojine

Mon Cousin, je vous envoie copie d'une lettre que je reçois du roi de Westphalie.

Napoléon.

LETTRE DU ROI DE WESTPHALIE AU MAJOR GÉNÉRAL.

Mon Cousin, je reçois seulement à l'instant vos lettres des 29 et 30. Ce sont les premières nouvelles que j'aie depuis Kovno.

Le prince Bagration n'est nullement à Ochmiana. Ce sont seulement deux divi­sions d'infanterie qu'il avait détachées le 27 pour se porter sur Vilna, où elles devaient renforcer le corps qui s'y trouvait.

J'ai la certitude que le prince Bagration n'est parti de Volkovisk avec cinq divisions d'infanterie et deux de cavalerie que le 30, se dirigeant à marche forcée sur Slonime et Minsk.

L'hetman Platof, qui a évacué Grodno devant ma cavalerie légère, se portait sur Vilna lorsqu'il apprit à Lida que l'Empereur était dans cette première ville. Il s'est alors dirigé sur Slonime par Biélitsy, en cherchant à se joindre au prince Bagration.

Je donne ordre au général Reynier de se porter sur Slonime et de là sur Nesvije.

J'ai engagé le prince Schwarzenberg, comme il n'a plus d'ennemis devant lui, à marcher sur Bialystok.

Je serai de ma personne avec mes trois autres corps d'armée à Novogroudok le 9 ou le 10.

Nous perdons énormément de chevaux, nous manquons de moyens de trans­port; mais comme nous supportons tous les mêmes privations, nous ne pouvons pas nous en plaindre.

Jérôme Napoléon

Au quartier général, à Grodno, minuit, le 3 juillet 1812.


 

Vilna, 6 juillet 1812, onze heures du matin

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Volojine

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 5 après midi. Il est probable que vous rencontrerez la tête du corps de Bagration à Minsk. Je désire que vous ayez avec vous la division Claparède et la division Grouchy. Toute la cavalerie légère du vice-roi est ce soir à Boly-Soletchniki. Le général Lahoussaye est parti hier pour Soubotniki pour vous rejoindre; faites-le venir à vous. La cavalerie légère du vice-roi sera sur votre droite pour l'appuyer, et celle des Bavarois est sur Soletchniki. Le vice-roi se porte sur Soletchniki et Ochmiana; ainsi il sera en position de vous soutenir. J'ai envoyé ordre sur ordre au roi de Westphalie de poursuivre Bagration l'épée dans les reins. Il parait constant que Bagration n'est parti que le 30 de Volkovisk. Je ne pense pas que son avant-garde puisse arriver avant le 8 à Minsk, et que son corps y soit réuni avant le 10 ou le 11. Avec la division Claparède, la division Compans et la division Dessaix, vous aurez plus d'infanterie que lui, et la division Valence, vos deux brigades légères, la brigade Colbert, la division Lahoussaye et la division Grouchy vous donneront beaucoup plus de cavalerie. Enfin il n'est pas probable qu'il veuille vous marcher sur le corps, puisqu'il sera poursuivi en queue; et, s'il le veut, j'espère que le vice-roi sera en mesure de vous soutenir. La division Morand était hier à Postai y avec le général Nansouty. Il faut la laisser là, parce qu'elle y est dans le système du roi de Naples, qui est auprès de Vidzy, et qu'elle pourrait se porter sur Gloubokoïé, s'il y avait quelque chose à faire. Il est probable que Bagration prendra une autre route que celle de Minsk quand il saura que vous y êtes. J'espère recevoir dans peu d'heures des courriers de Grodno, qui m'apporteront des nou­velles et des renseignements précis sur sa marche. Je ne perdrai pas de temps à vous en faire communication.

Ayez bien soin que vos postes de cavalerie soient placés sur toute la ligne, afin que les communications soient rapides. Je donne ordre à tout votre quartier général de se mettre en route pour vous rejoin­dre à Minsk.

On dit qu'à Minsk il y a beaucoup de chevaux ; si vous pouviez nous en procurer 2 ou 3,000, ce serait fort utile.


Vilna, 6 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre que tout ce qui appartient au quartier général du prince d'Eckmühl, administration, boulangers, construc­teurs de fours, génie, artillerie, etc., parte avant midi pour rejoin­dre sur Minsk, en passant par Ochmiana. Vous lui recommanderez de marcher avec ordre et de s'informer de ce qui se passe, parce que la route pourrait être croisée par des colonnes ennemies qui, de ce côté, chercheraient à gagner la Dvina.

Écrivez au général Nansouty, qui est à Postavy, de se lier avec le roi de Naples, dont les avant-postes étaient hier à Davghelichki, afin de marcher de concert sur Vidzy ; que, si cependant le roi de Naples était entré à Vidzy sans lui, il serait bon qu'il restât à huit lieues sur la droite de Vidzy, afin d'être à même de se porter sur Gloubokoïé et de pouvoir, aussitôt qu'il sera certain que le Roi n'a pas besoin de lui, intercepter la route de Disna.


Vilna, 6 juillet 1812.

NOTE POUR LE PRINCE MAJOR GÉNÉRAL.

1° Ne laisser partir aucun homme isolé que je ne l'aie vu et que je n'en aie donné l’ordre.

2° Donner dans la nuit quatre jours de pain (à la demi-ration) à tout ce qui part du 1" corps.

3° Sur les 7,000 rations qui restent, donner à l'armée d'Italie les 1,700 rations qui lui manquent.

4° Donner à l'armée d'Italie les 20,000 rations qu'a la Garde. La Garde sera servie avec ce qu'on fera dans la nuit et dans la matinée de demain.

5° Donner à l'armée d'Italie les 80 quintaux de riz qu'on a ici.

6° II faut rappeler de Berlin l'ordonnateur Lambert et de Thorn l'ordonnateur Sartelon.


 

Vilna, 6 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au roi de Naples que le général Morand et le général Nansouty étaient hier à Postavy, où ils doivent rester en po­sition ; que le duc d'Elchingen a reçu ordre de se porter à Taouroghiny et d'être à sa disposition, et qu'il peut y avoir intérêt à occuper Vidzy. Faites-lui connaître que le prince d'Eckmühl doit arriver aujourd'hui à Minsk, et qu'il marche à la rencontre de Bagration, qui est parti le 30 de Volkovisk, et que je suppose poursuivi vivement par le prince Poniatowski, que le vice-roi se rend à Ochmiana et Maly-Soletchniki, et que de là il ira à Vileïka. Dites-lui que je ne veux point me porter sur Dinabourg; mais que, voulant opérer par mon extrême droite, nous sommes loin d'être en mesure; il faut pouvoir se régler sur les événements arrivés à Bagration. Si l'on peut avoir une affaire avec lui, l'entamer, le jeter dans les marais de Pinsk, ou l'obliger à se retirer sur Mohilef, on pourra arriver avant lui sur Vitebsk. Dites-lui que je ne veux point que son corps se porte devant Dinabourg; mais que je le laisse le maître de se porter sur Vidzy, pourvu qu'il marche avec prudence et sagesse. Mandez au Roi que le duc de Tarente s'est porté sur Poneveje, Chavli et Telchi, et qu'il va recevoir l'ordre de marcher sur Mitau. Faites-lui connaître que mon intention est de manœuvrer pour tourner l'ennemi par ma droite, parce que, sur sa droite le passage de la Dvina n'est plus rien, la rivière étant guéable; qu'en marchant sur Smolensk on menace Moscou, et qu'en se portant sur Polotsk on force l'ennemi à évacuer tout le pays jusqu'à quatre ou cinq marches de Saint-Pétersbourg. Cette évacuation serait d'un effet avantageux sur le moral des Russes, qui seraient obligés de laisser une garnison de 15,000 hommes dans Dinabourg et une garnison de pareille force dans Riga, et, au lieu d'une petite guerre d'affaires d'arrière-garde et de chicanes, cela don­nera lieu à de grands mouvements de flanc. Pendant que le roi de Westphalie et le vice-roi manœuvreront sur la droite et que le duc de Tarente menacerait la gauche, le 1er et le 2e corps avec les corps de cavalerie serreraient l'ennemi. Dites au Roi qu'aussitôt arrivé à Vidzy il doit faire construire des fours, organiser les subsistances et mettre un terme au pillage de la cavalerie légère. Il doit s'assurer que son artillerie est avec lui. Le général Wittgenstein s'étant retiré sur Riga, il ne peut donc avoir devant lui que le corps de Baggovoute, formant deux divisions; celui de Toutchkof et celui de Chouvalov, formant quatre divisions; la garde et les deux divisions de Doktourof, ce qui peut faire environ 80,000 hommes en infanterie, cavalerie et artillerie. En débordant toujours l'ennemi par sa gauche, le Roi l'obligera à évacuer Vidzy. Le Roi a le 2e et le 3e corps, qui forment environ 70,000 hommes, trois divisions du 1er corps, en y comprenant la division Morand et les corps de cavalerie des généraux Nansouty et Montbrun ; cela doit faire en tout 100 à 110,000 hommes. Mais mon intention n'est point qu'on engage une aussi grande affaire sans ma présence. Le duc d'Elchingen a été rejoint par son artillerie et est en mesure; mais il vaut mieux marcher un jour plus tard et ne risquer que des affaires de cavalerie. Dites-lui que mon intention n'est pas encore de manœuvrer sur la Dvina, et que la cavalerie et les transports de l'armée ont besoin d'un peu de repos.


Vilna, 6 juillet 1812

 

ORDRE.

Sa Majesté ordonne que, en cas de réunion des 5e, 7e et 8e corps d'armée et du 4e corps de réserve de cavalerie avec le corps com­mandé par le prince d'Eckmühl, le commandement soit déféré au prince d'Eckmühl comme le plus ancien général. L'Empereur ordonne à Sa Majesté le roi de Westphalie de reconnaître le prince d'Eckmühl comme commandant supérieur tant que les corps d'armée seront réunis. Il est ordonné au général de division Marchand, chef d'état-major, et au général Latour-Maubourg, au prince Poniatowski, au général Reynier et au général Tharreau, de se conformer aux dispo­sitions ci-dessus. Il est également ordonné à tous les généraux de division et de brigade et à tous officiers et soldats des 5e, 7e et 8e corps d'armée et 4e de réserve de cavalerie, d'obéir et se conformer aux ordres qui leur seront donnés par le prince d'Eckmühl.

Par ordre de l'Empereur, Alexandre, prince de Neuchâtel, major général.


Vilna, 7 juillet 1812, six heures du matin

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, faites connaître, par une lettre en chiffre, au roi de Westphalie la position du prince d'Eckmühl, hier 6 ; vous la tirerez des reconnaissances ci-jointes. Réitérez-lui l'ordre d'activer sa marche. Dites-lui que les renseignements qu'il donne sur Bagration sont si imparfaits qu'ils nous embarrassent; que, s'il suit la marche qu'il a prise, il nous la fasse connaître.


Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, la Garde doit partir; son mouvement commence le 9 et se continue le 10 et le 11. Il est nécessaire que l'équipage de pont, les troupes du génie, de l'artillerie, et tout ce qui part, emportent pour six jours de vivres à demi-ration et aient leur viande assurée, à trois quarts de livre ou une livre par homme. Il est donc nécessaire que dans la journée du 10 on puisse avoir 90,000 rations de pain à distribuer à la Garde, à porter sur le dos, ce qui assurera ses sub­sistances pour six jours; et 300 quintaux de riz, pour distribuer une livre de riz à chaque homme, ce qui assurera les vivres de la Garde pour dix jours ; que le 11 et le 12 deux convois de pain, de 30,000 ra­tions chacun, partent de Vilna pour suivre le mouvement de la Garde, ce qui lui assurera du pain pour quatre autres jours; enfin que le 9, le 10, le 13, il parte dix convois de pain chargés sur les voitures du quartier général, sur des voitures auxiliaires, sur celles qui rempla­ceront les voitures des 9e, 10e et 2e bataillons, sur celles du 14e ba­taillon , et sur les voitures qui pourraient arriver encore, de manière que dans les journées du 9, du 10 et du 11 il y ait de partis 4,000 quin­taux de farine à la suite de la Garde, ce qui fera 360,000 rations de pain ou 10 jours de vivres assurés pour la Garde et le quartier général; ce qui, joint aux dix jours qu'aura emmenés la Garde, fera vingt jours de pain. Si l'armée ne marche pas, d'autres convois arriveront; si elle marche, elle trouvera des ressources dans les villes. Mais je ne puis avoir de tranquillité que la Garde et le quartier général n'aient vingt jours de vivres assurés, puisque la Garde marche la dernière et doit donner l'exemple de la discipline. Dans ce compte ne doivent pas être compris le biscuit, l'eau-de-vie, etc., contenus dans les quarante caissons du quartier général, qui sont une ressource extra­ordinaire. Comme il y a du biscuit arrivé, faites voir s'il est en bon état et faites-en remplir les caissons du quartier général, ce qui est plus avantageux dans un cas imprévu.


Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé d'organiser un équipage de pont de trente-deux bateaux, avec deux compagnies de pon­tonniers et une compagnie de marins; il les mettra sous les ordres d'un officier supérieur. Cet équipage partira demain sous le comman­dement du général Kirgener, qui mènera avec lui une compagnie de marins de la Garde, la compagnie de sapeurs de la Garde, celle du grand-duché de Berg, les trois compagnies de sapeurs attachées à la Garde, deux compagnies do bataillon des ouvriers du Danube, une des compagnies du train du génie avec ses voitures, deux compagnies de mineurs et deux de sapeurs du parc général du génie. Cet équipage prendra en partant du pain pour quatre jours, et se dirigera sur Vidzy, aux ordres du roi de Naples. Comme l'équipage de pont retarderait la marche de ces troupes, vous donnerez ordre qu'on laisse les pontonniers et une compagnie de sapeurs pour l'escorter. Le général Kirgener prendra les devants avec le reste de sa troupe pour pouvoir faire raccommoder tous les ponts sur la route; il laissera de petits détachements à tous les points qui ont été rétablis provisoire­ment, a6n d'achever de les établir d'une manière durable. Il rendra compte de tous ses travaux au major général et au roi de Naples. Faites-moi faire un rapport sur tout ce qui existe d'équipages de pont, ainsi que du matériel du parc da génie.


Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, il est nécessaire qu'un équipage de pont de trente voitures parte au plus tard le 9 pour se rendre à Sventsiany, qu'un autre parle le 10, un autre le 11 et un autre le 12 ; il est également nécessaire que tout ce que le général Éblé a laissé à Kovno en parte le plus tôt possible. J'ai ordonné à l'intendant général de fournir 10,000 quintaux d'avoine au général Éblé, afin qu'il puisse nourrir ses chevaux en route. Il paraît convenable, de plus, de lui accorder 200 paires de bœufs; en attelant une paire à chaque voiture, cela soulagera ses chevaux. La Garde laisse beaucoup trop de ses pièces ; puisque nous avons les hommes, et qu'il y a manque de chevaux, il faut employer les bœufs, qui sont très-bons pour les parcs de réserve. Moyennant 400 paires de bœufs, l'artillerie pourra atteler deux cents voitures, ce qui me donnera trente pièces de canon de plus. Le général d'artillerie doit recommander le même moyen au 3e, au 1er et au 2e corps : à défaut de chevaux, de se servir de bœufs, lesquels, n'ayant pas besoin d'avoine, arriveront infailliblement, quoique plus tard, mais toujours à temps pour le remplacement des divisions.


 

Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au prince de Schwarzenberg de se porter sur Slonime, et de Slonime sur Nesvije; au général Reynier de se tenir toujours en mesure de couvrir Varsovie ; au duc de Reggio d'emmener avec lui son équipage de pont, puisqu'il en aura besoin pour jeter un pont sur la Dvina ; ses quatorze bateaux seront suffi­sants en employant des chevalets ; au roi de Naples de faire construire une manutention à Vidzy.


Vilna, 7 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez l'ordre au commandant de la place, à l’intendant général et à l'ordonnateur ou commissaire des guerres du 1er corps, qui se trouveraient ici, que tous les convois destinés au 1er corps qui arriveraient à Vilna soient dirigés, non sur le quartier général du prince d'Eckmühl, mais sur la division Friant, c'est-à-dire sur Sventsiany ou Vidzy. Donnez ordre que demain moitié des constructeurs de fours du quartier général se rendent à Vidzy, où ils construiront douze fours. N'annoncez pas leur arrivée au roi de Naples et pressez-le, au contraire, de faire construire lui-même des fours. Donnez l'ordre que les quarante voitures du petit quartier général soient prêtes à partir après-demain, chargées d'autant de riz, de farine et de biscuit qu'elles en pourront porter. Tout ce qui appar­tient au petit quartier général en chirurgiens et ambulances sera aussi prêt à partir après-demain pour se rendre à Sventsiany. Envoyez un commandant à Sventsiany et deux compagnies des troupes qui sont attachées au quartier général, pour y tenir garnison. Envoyez-y éga­lement un détachement de gendarmerie, un détachement des guides et on piquet de la cavalerie attachée au quartier général. Donnez ordre que demain on construise un pont de radeaux à Niementchine. Donnez ordre à l'intendant de se procurer 10,000 boisseaux d'avoine, qui seront donnes au général Éblé pour l'équipage de pont. Donnez l’ordre que toutes les voitures du nouveau modèle des 10e, 9e et 2e bataillons d'équipages militaires soient remisées à l'arsenal, et qu'en place on se serve de toutes les voitures du pays qu'on pourra atteler. Il est nécessaire que l'intendant me remette demain un rap­port à cet égard, et que tout cela puisse partir chargé moitié après-demain 9 et l'autre moitié le 10, sans éprouver plus de retard.


Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au général Hogendorp qu'il a très-bien fait de garder le régiment westphalien; qu'il aurait eu grand tort de le laisser partir ; que mon intention est qu'il garde tous les hommes isolés et les forme en bataillons de marche; qu'il garde également tous les régiments de marche de cavalerie, en leur donnant du seigle et de l'avoine, qu'il me fasse passer l'état de toutes ces troupes, et je désignerai le lieu sur lequel elles devront être dirigées. En prescri­vant cet ordre, j'ai deux buts : le premier est de lui donner beaucoup de moyens pour repousser une agression qui aurait lieu sur Königsberg et Memel; le deuxième, de bien faire reposer la cava­lerie de manière qu'elle arrive en bon état. Ces corps de cavalerie, venant de France et de Hanovre, ont besoin de quinze jours de repos et d'être bien nourris; je lui recommande donc que l'avoine ne man­que pas et que cette cavalerie soit tenue ainsi en réserve.


Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, il sera établi un pont permanent à Grodno et un autre à Olitta.

Les dépôts sur le Niémen seront placés, savoir : ceux des 2e et 3e corps à Kovno; celui du 1er corps à Vilna; celui du 4e corps à Vilna; celui du 6e corps à Olitta; ceux des 5e et 8e corps à Grodno.


Tous les hommes isolés sortant des hôpitaux, tous les hommes venant des dépôts des corps qui sont sur l'Oder ou sur la Vistule, seront dirigés sur les dépôts de leurs corps en Lithuanie; ils y seront organisés, armés, etc., et y resteront jusqu'à ce qu'ils soient en état de rejoindre leurs régiments. Les bagages et autres effets que les corps voudraient faire approcher d'eux seront également dirigés des dépôts de l'Oder et de la Vistule sur les dépôts de Lithuanie ci-dessus désignés. Le dépôt de la Garde impériale sera à Vilna. Ainsi donc les généraux commandant les corps d'armée, les colonels et chefs de corps pourront faire venir des dépôts de Thorn, Danzig, Marienburg, Varsovie, Glogau et Stettin tout ce qui est en état de servir, ainsi que le matériel des bagages, etc., sur les dépôts de Lithuanie. Il sera établi un dépôt de cavalerie à Kovno, ainsi qu'un dépôt d'équi­pages militaires et d'équipages du train d'artillerie. Il en sera établi un autre à Meretch. Des mesures seront prises pour avoir à Meretch et à Kovno de l'avoine pour nourrir tous les chevaux. Il y aura des magasins à Kovno et à Olitta. Les magasins de Modlin, de Pultusk et de Varsovie seront transportés à Grodno. Les magasins d'Olitta et de Meretch seront tirés de Thorn et de Wehlau. Il sera construit six fours à Meretch et autant à Olitta. Il faut établir une route militaire de Vilna à Olitta, et une autre de Vilna à Meretch, et enfin une de Vilna à Grodno, et les prolonger de ces différents points sur la Vistule. Tout Je matériel des hôpitaux qui est à Danzig et Königsberg sera dirigé sur Kovno et Vilna ; une partie de celui qui est à Varsovie sera dirigée sur Grodno.


 

Vilna, 7 juillet 1812

 

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, tout votre quartier général va vous rejoindre. Il se rend à Ochmiana. Si vous arrivez à Minsk, il n'y a pas d'inconvé­nient à l'y faire venir; sans quoi il sera plus convenable de l'arrêter à Ochmiana. Je vous ai mandé hier que le vice-roi marchait sur Ochmiana, où il sera le 9. Le prince Poniatowski se dirigeait avec toute son infanterie sur Novogroudok.


Vilna, 7 juillet 1812, après-midi.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Novoï-Troki

Mon Fils, le prince d'Eckmühl était hier à Rakof, Ivenetz, Kamen, Perchai, Roum. Le général Grouchy avait des postes jusqu'à Zaskevitchi et Vichnef. Le prince Poniatowski avait, le 6, du monde à Biélitsy. Le roi de Westphalie appuyait tout son corps sur Biélitsy. Le général Reynier et le prince Schwarzenberg appuyaient sur Slonime. On croyait Bagration à Novogroudok, traqué de tous côtés. Rendez-vous le plus promptement possible de votre personne à Boly-Soletchniki, afin de faire agir votre cavalerie légère selon les circon­stances. Des courriers du roi de Westphalie nous arrivent par Lida sans obstacles. Ce soir, le roi de Westphalie est à Biélitsy. Appuyez des partis de cavalerie sur Lida, pour communiquer avec le roi de Westphalie, et de Boly-Soletchniki vous serez à même de diriger votre infanterie selon les circonstances, pour voler au secours de ceux qui en auront besoin et faire tout le mal possible à Bagration.


Vilna, 8 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, la garnison de Königsberg mérite de fixer toute mon attention. Il y a dans ce moment à Königsberg deux bataillons d'in­fanterie saxonne, deux du 8e régiment de Westphalie, deux 3" ba­taillons de la légion de la Vistule; total, six bataillons et une divi­sion de 4,000 hommes. Le régiment des chevau-légers du prince Jean, arrivant le 8 à Thorn , peut être considéré aussi comme déjà arrivé à Königsberg. Les deux bataillons saxons partis de Glogau, le 2 juillet, arrivant avant le 20 juillet, peuvent être aussi considérés comme arri­vés à Königsberg. Il y aurait donc à Königsberg une division composée d'une brigade saxonne de quatre bataillons ayant leur artillerie, et d'une brigade composée de deux bataillons polonais et de deux westphaliens; ce qui fera huit bataillons. Le général de brigade Corsin, qui commande à Pillau, pourrait en cas d'événement être mis à la tête d'une de ces brigades. Le régiment de chevau-légers saxon réuni aux différents régiments de marche de cavalerie qui ont ordre de se reposer à Königsberg, ce qui y maintiendra toujours 12 à 1500 chevaux, formerait une assez belle brigade de cavalerie. Il est néces­saire d'avoir à Königsberg un général de brigade de cavalerie fran­çais pour la commander, et il faudrait un autre général de brigade pour l'infanterie. Je désire que le général Loison reçoive l'ordre de se rendre à Königsberg pour y prendre les fonctions de gouverneur, et que le général Hogendorp se rende à Vilna, où il prendra le gouvernement de toute la Lithuanie. Le général Hogendorp trans­mettra ses instructions an général Loison. J'ai besoin d'avoir à Königsberg un général accoutumé à la guerre pour pouvoir repousser les agressions qui seraient tentées soit contre Pillau, soit contre Memel. Donnez l'ordre qu'une division active soit formée à Königsberg de la manière suivante : 1e brigade, quatre bataillons saxons, ayant 4 pièces de canon ; 2e brigade, deux bataillons de la Vistule, deux bataillons westphaliens, ayant 2 pièces de canon; 3e brigade, le régiment de chevau-légers saxons, 1,500 chevaux des régiments de marche français.

Le général Loison sera prêt à se porter avec cette division, qui sera d'environ 6,000 hommes, partout où besoin sera.

Il suffira pour la garnison de Danzig de deux bataillons de la Con­fédération, de deux bataillons du 7e wurtembergeois, de quatre bataillons de Bade et d'un régiment de cavalerie de Bade. Je désire donc que vous donniez ordre à la brigade de Berg, infanterie, cava­lerie, artillerie, de se rendre à Königsberg, sous les ordres du général Damas ; par ce moyen, il y aura à Königsberg, indépendam­ment de la division de Königsberg, cette brigade de la division de Berg; ce qui fera une augmentation de six bataillons, d'un régiment de cavalerie et de quatorze pièces de canon. Ce mouvement doit s'opérer le plus promptement possible. Le général Loison aura donc à Königsberg, en infanterie, cavalerie et artillerie, 12 à 15,000 hommes, avec lesquels il doit garder Königsberg et Pillau, avoir les yeux sur Memel et se porter sur Danzig, si cette dernière place avait besoin de secours. La 8e compagnie du 8e régiment d'artillerie à pied était destinée à tenir garnison à Marienburg, où elle a dû arriver le 5 juillet; mais, comme Marienburg devient très en arrière, mon intention est que cette artillerie soit dirigée sur Kovno, où elle tien­dra garnison. Une simple escouade de l'artillerie de la garnison de Danzig suffira pour Marienburg. Il est nécessaire que vous écriviez à M. de Saint-Marsan, qui en parlera au ministre de la guerre de Prusse, pour que, si l'ennemi effectuait une descente sur Danzig, la garnison de Kolberg pût fournir une brigade de 2 à 3,000 hommes, et la garnison de Graudenz un détachement de 15 à 1800 hommes, qui se porteraient au secours; et que, si la descente était dirigée contre Königsberg, la garnison de Kolberg put joindre 15 à 1800 hommes aux troupes de Danzig qui se porteraient au secours de Königsberg.

Remettez-moi, dans un seul tableau, l'ensemble de toutes lee troupes qui sont sur les derrières entre le Niémen et l'Oder, savoir : 1° les garnisons de Königsberg, Pillau, pointe du Nehrung, Marienburg, Thorn, etc. ; 2° tout le 9e corps; et faites-moi connaître l'époque où ces différentes troupes seront arrivées. Dans le même relevé, vous ajouterez ce qui forme le 11e corps, et les garnisons entre l'Oder et le Rhin, sous le commandement du duc de Castiglione, ce qui com­plétera l'ensemble de tout ce que j'ai sur mes derrières à la gauche du Niémen.


 

Vilna, 8 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, je vous ai fait connaître cette nuit mes intentions sur la défense de Königsberg. Il doit y avoir deux brigades d'infanterie et une brigade de cavalerie légère, sous les ordres de deux généraux français. Le général Corsin peut être un de ces généraux. J'ai or­donné que la brigade de Berg, artillerie, cavalerie, infanterie, partit sans délai de Danzig et se rendit à Königsberg. Le général Damas, en qui j'ai confiance, pourra être placé avec cette brigade à Labiau, en position de se diriger sur Tilsit, sur Memel et sur Königsberg. Les quatorze pièces d'artillerie qu'il a, dont une batterie à cheval, le régiment de 1,000 lanciers, rendent l'arrivée de cette brigade très-importante à Labiau.

Faites connaître au gouverneur de Königsberg l'importance de cette disposition, la correspondance qu'il doit tenir avec le comman­dant de Memel pour être en mesure de se porter au secours de cette place, surtout du pont de Tilsit, et de couvrir le Niémen en cas que l'éloignement du duc de Tarente, qui marche sur Mitau et Chavli, donne envie à quelques Cosaques ou troupes légères de venir insulter le Niémen ; la perte du moindre convoi sur cette rivière me serait extrêmement désagréable.

Donnez ordre au gouverneur de Königsberg d'accélérer la marche du régiment de cavalerie saxon, que ce régiment ne prenne point de séjour depuis Thorn, afin d'arriver promptement à Königsberg.


Remettez-moi l'état des bataillons et escadrons de marche qui arriveront à Königsberg, et qui doivent y trouver l’ordre de séjour­ner là jusqu'à de nouveaux ordres.

Je crois vous avoir mandé que je général Loison aurait le com­mandement de Königsberg, et que je chargeais le général Hogendorp du commandement de Vilna et de la Lithuanie. Donnez-lui l’ordre de se rendre à Vilna, de parcourir Memel, Tilsit, Kovno, pour in­specter les différentes parties de son nouveau gouvernement, donner les ordres et faire les dispositions convenables.


 

Vilna, 8 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Le major général fera connaître au général Bourcier que, sous quelque prétexte que ce soit, je ne veux pas de chevaux qui n'au­raient pas cinq ans accomplis; que j'aime mieux ne rien recevoir; que quant à la taille je le laisse maître de faire ce qu'on pourra ; mais que je n’entends pas de modification pour l’âge.


 

Vilna, 8 juillet 1812

 

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je ne pense pas qu'il soit très-néces­saire d'augmenter le recrutement de la cavalerie; car on perd tant de chevaux dans ce pays-ci, qu'on aura bien de la peine, avec toutes les ressources de la France et de l'Allemagne, à maintenir monté l’effectif actuel des régiments.

Un régiment de voltigeurs et un de tirailleurs de la Garde doivent être arrivés à Paris. Il faut 3,000 hommes pour les compléter. Faites demander dans toutes les cohortes de gardes nationales des hommes de bonne volonté pour entrer dans la Garde. Je suppose que beaucoup se présenteront. Faites-les venir sur Paris, et complétez rapidement ces deux régiments ; vous les mettrez en marche pour Berlin aussitôt qu'ils seront complets, habillés et en état de partir. Envoyez-moi toutes les semaines l'état de situation des dépôts de la Garde impériale, ainsi que des différents corps de caporaux et de sergents que j'ai formés à Fontainebleau.


Vilna, 8 juillet 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il y a dans la 27e division militaire les cadres des 3e et 4e bataillons du 7e de ligne et du 4e bataillon du 42e. Il y a dans la 28e division les cadres du 4e bataillon du 67e du 101e et d'un bataillon suisse. Je désirerais compléter ces six batail­lons, afin de pouvoir rendre disponibles la 14e demi-brigade provi­soire, que j'enverrais à Udine remplacer le 13e régiment, et la 15e demi-brigade provisoire, que j'enverrais en Toscane remplacer le 112e; cela me rendrait deux beaux régiments que je ferais venir à Vé­rone et de là à la Grande Armée. Cela aurait d'autant moins d'incon­vénients que les 82e, 83e, 84e et 85e cohortes doivent à la fin d'août être habillées, exercées et avoir une couleur. Faites-moi connaître quel moyen on pourrait employer pour avoir les hommes nécessaires au recrutement de ces six bataillons; car j'ai grande envie de faire venir à l'armée des troupes ayant un esprit entier et bien organisé, comme le 13e et le 112e. Je désirerais que ces deux régiments pus­sent être réunis en août à Vérone, pour arriver sur Berlin dans le courant de septembre. J'attendrai le rapport que vous me ferez là-dessus.


 

Vilna, 8 juillet 1812

 

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je désire que vous me fassiez un rap­port sur les cohortes et autres corps d'observation qui sont dans les Pyrénées, ainsi que sur le corps d'observation de Rayonne. Je sup­pose que vous avez dirigé sur Bayonne les deux demi-brigades qui étaient à Cherbourg. Prenez des mesures pour compléter la demi-brigade qui a été formée à la Rochelle, et qui doit être également à Bayonne. Enfin faites-moi connaître quand la demi-brigade qui est à Pontivy, composée des bataillons des 86e, 70e, 15e, 47e, pourra partir pour Bayonne. Il faut pour cela que les cohortes soient habillées et déjà en bon état, pour garder la Bretagne. Je désirerais que cette demi-brigade pût être rendue, au plus tard, à Bayonne vers le 15 septembre, ainsi que celle de Cherbourg. Septembre est le mo­ment où il faut être en force à Bayonne; c'est l'époque de l'ouverture de la campagne d'automne, et il est convenable d'avoir alors une réserve qui puisse remédier à toutes les bévues de l’armée du Nord.


 

Vilna, 8 juillet 1812

 

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il y a à Mantoue, à Peschiera et Legnano, qui sont des pays malsains, beaucoup de jeunes conscrits des 9e, 35e, 84e et 92e régiments. Ce sont autant d'hommes perdus. Donnez ordre au général Vignolle de placer à Vérone ce qui est resté de troupes françaises à Mantoue, Legnano et Peschiera, c'est-à-dire un bataillon du 84e, un du 92e, un du 35e et un du 9e; ce qui fera quatre bataillons ou 2,400 hommes. Nommez un des majors qui sont en Italie pour commander ces quatre bataillons; cela for­mera une demi-brigade provisoire qui, étant dans un très-bon air à Vérone, pourra rendre de grands services. Elle sera à même de se porter de là sur Venise, Udine et partout où le service l'exigera. Les Italiens et les gardes nationaux suffiront pour la garde des places. Ceci est important, ne le perdez pas de vue. Les jeunes conscrits qui resteraient dans ces places seraient des hommes perdus t au lieu que les Italiens sont acclimatés. Le 5e bataillon du 13e de ligne fran­çais est à Palmanova; donnez ordre qu'il se rende à Udine. Palmanova est très-malsain : les troupes italiennes y suffiront; d'ailleurs, ce bataillon pourra toujours, en cas d'événement, se jeter dans Palmanova. Donnez le même ordre pour le 106e, qui est à Venise : qu'il se rende à Udine, ce qui formera dans cette ville une 2e demi-bri­gade provisoire. Un major en prendra le commandement. Ces deux bataillons seront toujours u même de se jeter de là dans Palmanova ou dans Venise, selon les circonstances et en attendant ils seront en bon air. Venise aura suffisamment de troupes, puisqu'il restera 4,000 hommes de garnison indépendamment de ce que vous retire­rez; mais par là vous sauverez bien des hommes.


Vilna, 8 juillet 1812. Onze heures du soir

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Minsk

Mon Cousin, le roi de Westphalie m'écrit que ses avant-postes sont à Korelitchi entre Novogroudok et Mir. Je vous envoie un extrait de la dépêche du Roi et du rapport qui y est joint, pour que vous preniez connaissance des renseignements qui s'y trouvent sur lu retraite de Bagration.

 

P.S. Nos avant-postes sont sur la Dvina. Le quartier général du roi de Naples est à Vidzy.


Vilna, 8 juillet 1812, minuit

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Boly-Soletchniki

Mon Fils, il paraît que Bagration se retire sur Mir et que tout se dirige sur ce point. Le prince d'Eckmühl s'est dirigé sur Minsk. Appuyez donc sur votre gauche; il me tarde de vous savoir à Ochmiana.


 

Vilna, 8 juillet 1812, minuit

 

À Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Biélitsy

Mon Frère, je reçois votre lettre du 7 à neuf heures du soir. Le général Latour-Maubourg doit avoir avec lui non-seulement sa cava­lerie légère, mais aussi toute sa cavalerie et son artillerie légère. C'est ainsi que marchent les généraux Montbrun, Nansouty, Grouchy et le roi de Naples. Il faut même y entremêler, quand cela est possi­ble, quelques compagnies de voltigeurs. Si le général Latour-Mau­bourg avait eu à Novogroudok, avec sa cavalerie légère, ses cuiras­siers et son artillerie légère, il aurait pu faire du mal à l'ennemi. Poursuivez l'ennemi l'épée dans les reins. Le prince d'Eckmühl doit être à Minsk.


Vilna, 9 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, répondez au prince Poniatowski que vous avez mis sa lettre sous les yeux de l'Empereur; que Sa Majesté a été très-mécontente de voir qu'il parle de solde, de pain, lorsqu'il s'agit de poursuivre l'ennemi; que Sa Majesté en a été d'autant plus surprise qu'il est seul de son côté, avec peu de monde, et que, lorsque les gardes de l'Empereur, qui sont venues à marches forcées de Paris, au lieu d'avoir demi-ration, manquent de pain, n'ont que de la viande et ne murmurent point, l'Empereur n'a pu voir qu'avec peine que les Polonais soient assez mauvais soldats et aient assez mauvais esprit pour relever de pareilles privations; que Sa Majesté espère qu'elle n'entendra plus parler de cela.


 

Vilna, 9 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, la route de l'armée passe sur les États du roi de Saxe, sur ceux du roi de Prusse, sur les départements de Posen et de Bromberg, et enfin sur le département de Lomza. Les gouverneurs de Posen, d'Elbing et de Königsberg assurent toutes ces routes. Il n'existe qu'une lacune : c'est le département de Lomza, c'est-à-dire la route depuis Gumbinnen jusqu'à Kovno et depuis Rastenburg jusqu'à Goldap, et de Goldap jusqu'à Olitta, Meretch et Grodno. Ce département se divise en plusieurs districts, savoir : Kalwarya, Maryampol, Lomza, etc. M'en faire le détail et mettre autant de commandants militaires polonais qu'il y a de districts, avec l'indication de la por­tion de route que chacun doit surveiller. Indépendamment de la garde nationale, il faut leur donner une compagnie qui sera tirée du dépôt de Modlin. On nommera un commandant français, qui sera au moins du grade de colonel, pour commander tous ces départe­ments et recevoir les rapports des commandants de district et pouvoir se porter, selon les circonstances, sur les différents points où sa présence serait nécessaire. Ce commandant supérieur existe déjà : c'est le général Vedel. Faites connaître les différentes routes qui traversent ces départements : celle de Grodno à Varsovie, celle de Meretch à Varsovie, celle de Kovno à Varsovie, celle de Gumbinnen à Kovno, celle de Gumbinnen à Olitta, etc. Tracer ces routes sur la carte; déterminer les lieux où doivent être les magasins, les postes et les différents points à surveiller.


 

Vilna, 9 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, je viens de parcourir les états de situation des places. Le commandant de Kovno n'envoie pas des états assez clairs : il porte dans son état du 6 juillet un régiment de marche, officiers compris, 654 hommes. On ne sait pas ce que cela veut dire. Ce régiment de marche doit avoir un numéro. D'ailleurs, je ne vois pas qu'il envoie des états tous les jours; du 3 on passe au 7; où sont les états du 4, du 5 et du 6 ? D'après l'état de Wilkowyszki du 3 juillet, une com­pagnie du 14e bataillon d'équipages, venant de Thorn, a passé à Wilkowyszki; c'est probablement la 3e. Donnez ordre au comman­dant de Wilkowyszki de renvoyer à Vilna le plus promptement pos­sible tous les ouvriers constructeurs et boulangers, de quelque corps qu'ils soient, qui y seraient restés. L'état de situation de Gumbinnen n'est pas complet, et il est du 29 juin. Il faut écrire au commandant d'être plus exact. L'état d'Insterburg n'est qu'une situation de maga­sins. À Thorn, les états sont mal faits; ainsi je vois dans l'état du 18 au 19 juin : train d'équipages, 149 hommes, 235 chevaux, sans indication de bataillon ni de compagnie.

À Thorn, dans l'état du 22 juin, il est question de 137 hommes et de 141 chevaux du 15e bataillon des équipages militaires. Il n'est pas dit à quelles voitures sont attelés les différents chevaux qui passent. Une compagnie du 16e bataillon d'équipages français, venant de Varsovie, a passé le 20; il parait même qu'il en est passé deux détachements.

Je vois à Osterode dans l'état du 23 juin : 2e compagnie du 7e ba­taillon d'équipages militaires, 145 chevaux; 4e compagnie, 139; 3e compagnie du 16e bataillon, 200; 2e compagnie du 6e batail­lon, 10.

Je vois dans l'état du 22 : 5e compagnie du 14e bataillon d'équi­pages, 259 chevaux; 4e compagnie du même, 236; 3e compagnie du 7e bataillon, 116.

Je vois dans l'état du 19 : train d'équipages du 16e bataillon,


234 chevaux; 1e compagnie du 6e bataillon, 165; 2e compagnie du même bataillon, 173.

Je vois dans l'état du 26 : 3e compagnie du 6e bataillon d'équi­pages, 235 chevaux. Dans l'état du 24 : 4e compagnie du 16e ba­taillon d'équipages, 195 chevaux.

Ces états de situation d'Osterode paraissent mieux faits, mais sont très-anciens.

Je ne trouve pas les états de Königsberg ni de Heilsberg.

Je désire que vous me remettiez tous les jours les nouveaux états qui vous arrivent des places ; c'est une correspondance fort impor­tante. Elle me paraît suivie avec moins d'exactitude cette année que dans les campagnes précédentes. Il faudrait imprimer un modèle de ces états et y joindre une bonne instruction sur la manière de les remplir; mais il faudrait en même temps que quelqu'un à l'état-major général fût chargé de les réunir et de redresser les commandants de place toutes les fois que leurs états seraient mal faits. Je désire que vous fassiez faire le relevé sur les états qui sont ici de tous les con~ vois et détachements des équipages militaires qui sont en route entre la Vistule et le Niémen. Si ces états étaient bien faits et bien tenus, on pourrait savoir à point nommé tout ce que nous avons sur les routes en deçà de la Vistule.


Vilna, 9 juillet 1812.

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au duc de Tarente que, comme nous avons perdu beaucoup de chevaux (l'artillerie par le défaut d'avoine, j'ai envoyé le prince Giedroye en Samogitie pour y acheter 2,000 chevaux, et qu'il doit le favoriser autant qu'il lui sera possible.


 

Vilna, 9 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, regardez comme non avenue la dernière lettre (Cette lettre n'a pas été retrouvée) que je vous ai écrite pour le duc de Tarente, et substituez-y la lettre suivante.

Le duc de Reggio a reçu ordre de se diriger sur Soloki ; le duc d'Elchingen sur Kozatchizna. Le roi de Naples est à Vidzy. L'ennemi parait se concentrer à Dinabourg. Le prince d'Eckmühl est arrivé à Minsk. L'hetman Platof, avec ses Cosaques, et le corps de Bagration qui voulaient se porter sur cette ville en ont été coupés. Ils se diri­gent sur Bobrouisk. Le roi de Westphalie les poursuit, et était hier à Mir. Le vice-roi se dirige sur le haut de la Dvina. La Garde et le quartier général doivent partir d'ici dans peu de jours. L'Empereur est dans l'intention de marcher sur Moscou et Saint-Pétersbourg, et par là obliger l'armée qui est à Dinabourg de remonter et affranchir toute la Courlande et la Livonie. La garnison de Riga, commandée par le général Essen, dont le corps d'armée a été disloqué, est com­posée de trente 3e bataillons, chacun de 2 à 300 hommes, tous recrues de cette année et qui ne méritent aucune considération. Il est probable qu'aussitôt que la place sera menacée il s'y portera une division de Dinabourg; car, d'après les renseignements que nous avons, la composition actuelle de la garnison n'est pas propre à la défendre. L'Empereur ne peut point vous donner d'ordres positifs, mais seulement des instructions générales, parce que l'éloignement est déjà considérable et qu'il va le devenir encore davantage. Portez-vous sur Jacobstadt et Friedrichstadt et menacez d'y passer la Dvina. Ce mouvement aura l'avantage d'obliger l'armée russe qui est à Dina­bourg à faire un détachement sur la rive droite pour couvrir ces deux points de passage. Vous m'enverrez tous les renseignements que vous pourrez avoir sur la rivière. Vous dissiperez le rassemblement de Baousk, et vous enverrez, si vous le jugez convenable, une colonne pour occuper Mitau. Dès que vous aurez appris que l'ennemi a évacué Dinabourg, en laissant ou en ne laissant pas de garnison dans la place, et que dès lors les mouvements s'éloignent de la Dvina, vous passerez cette rivière à un des deux points de Jacobstadt ou de Frie­drichstadt, ou à tout autre point que vous trouverez plus convenable, et vous procéderez au blocus de Riga sur l'une et l'autre rive. Sa Ma­jesté ordonne que l'équipage de siège que commande le général d'Arancey, et qui est à Königsberg, soit à vos ordres; il est organisé en tout ce qui est nécessaire pour le siège de Riga ; le personnel et le matériel, tout s'y trouve. Aussitôt que vous jugerez que l'armée ennemie est éloignée, vous ordonnerez le départ de cet équipage pour le faire venir sur Tilsit, et vous procéderez à la réunion de vos troupes, de manière qu'en douze ou quinze jours de temps cet équi­page puisse arriver devant Riga, pour que vous puissiez commencer le siège et prendre la ville. Le général d'Arancey reçoit l’ordre d'envoyer un officier auprès de vous pour prendre vos ordres. Vous aurez soin de ménager la Courlande. Vous laisserez exister les États. Établissez-y un gouverneur général. Il est difficile et inutile de prévoir la position que prendra l'armée qui vous protégera; tout porte à espé­rer que l'armée de Dinabourg et Bagration ne peuvent plus se réunir jusqu'à ce que la Dvina soit passée. L'armée qui est à Dinabourg se trouve placée entre vous et le duc de Reggio ; mais aussitôt que la Dvina sera passée, vous communiquerez immédiatement, et ainsi vous pourrez avoir promptement des nouvelles de ce qui se passe. L'Empereur vous laisse le maître de faire pour Memel ce qui vous paraîtra convenable; il faut que vous ayez des colonnes qui occupent Polanghen et Libau et surveillent la côte.

En résumé, le premier but de votre corps est de protéger le Niémen, afin que la navigation n'en puisse être inquiétée d'aucune manière; son deuxième but est de contenir la garnison de Riga; le troisième, de menacer de passer la Dvina entre Riga et Dinabourg pour inquiéter l'ennemi; le quatrième, d'occuper la Courlande et de conserver le pays intact, puisqu'il s'y trouve tant de ressources pour l'armée; enfin, aussitôt que le moment en sera venu, de passer la Dvina, de bloquer Riga, de faire venir l'équipage de siège et de com­mencer le siège de cette place, qu'il est important d'avoir pour assu­rer nos quartiers d'hiver et nous donner un point d'appui sur cette grande rivière.

Je vous envoie un chiffre, afin que vous puissiez correspondre souvent, et même par les gens du pays, sans danger. 

Il est probable que l'Empereur passera la Dvina du 18 au 22. Réglez-vous là-dessus. Tout ce qui appartient à la Samogitie, faisant partie du gouvernement de Vilna, va se trouver gouverné par le gou­vernement ; et pour la Courlande, je donne ordre à l'intendant général de vous envoyer deux auditeurs, dont vous pourrez vous servir pour surveiller les différents intérêts de l'Empereur.


Vilna, 9 juillet 1812.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Boly-Soletchniki

Mon Fils, je reçois votre lettre du 8 à dix heures du soir. La posi­tion de votre cavalerie légère me parait bonne; mais je crois déjà le prince d'Eckmühl à Minsk. La cavalerie légère du roi de Westphalie est à Novogroudok. L'ennemi était sur Mir, il paraît qu'il fait sa retraite sur Bobrouisk. Cela étant, mon projet est que vous arriviez sur Polotsk ou Vitebsk le plus tôt possible, et d'occuper toute la Livonie par une seule marche, en menaçant également Saint-Péters­bourg et Moscou. Vous avez dû faire faire des fours à Vileïka; s'ils ne sont pas commencés, je préfère que vous les fassiez faire à Dokchitsy, qui est l'embranchement des routes de Dinabourg, Disna, Polotsk et Vitebsk. Dirigez-y donc votre corps d'armée, et même le général Saint-Cyr, dans ce sens d'arriver le plus tôt possible à Dokchitsy, et d'où je vous dirigerai, selon les circonstances, sur Polotsk ou Vitebsk. Le pays de Dokchitsy et surtout celui de Gloubokoïé sont très-beaux; trente châteaux existent aux environs. Les Russes avaient un gros magasin à Dounilovitchi. En envoyant des constructeurs de fours, un commissaire des guerres intelligent, des marins, sous la protection de la cavalerie légère et de quelques compagnies de volti­geurs , vous trouverez de grands moyens, si vous envoyez surtout le général Charpentier et des Polonais qui fassent bien comprendre l'importance d'observer une sévère discipline pour que le soldat ait des vivres, de la farine, de l'eau-de-vie, etc. Le village de Loujki est très-beau; il y a quelques couvents dans tout ce pays. Portez vos ouvriers, vos sapeurs, vos marins, vos outils en tête, afin que cela arrive avec votre cavalerie légère, et qu'ils puissent profiter des deux jours d'avance qu'ils auront sur votre corps d'armée pour préparer tout ce qui sera nécessaire, radeaux, chevalets, etc. La Dvina n'est pas profonde, et des chevalets suffiront pour faire les ponts. Je ne sais pas où est le général Saint-Cyr; je vous laisse le maître de le diriger de manière qu'il arrive promptement à Dokchitsy. Il y a plu­sieurs chemins ; faites-lui prendre le plus commode, et qu'il ne perde pas de temps.


Vilna, 9 juillet 1812.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Minsk

Mon Cousin, je vous suppose aujourd'hui à Minsk. Le roi de Westphalie sera, je pense, bientôt à Mir, et le prince de Schwarzenberg à Nesvije. Je suppose que Bagration et l'hetman Platof se dirigent sur Bobrouisk. Je ne crois pas qu'ils pensent à passer le Dniepr; ils tacheront de gagner des marches et d'arriver à Orcha et Vitebsk avant nous. Je pense donc qu'avec les divisions Compans et Dessaix, la division Claparède, vos deux brigades de cavalerie légère, la brigade Colbert, puisque vous l'avez, la division Valence, les deux divisions de Grouchy et votre quartier général, c'est-à-dire vos sapeurs, pontonniers, etc., vous devez vous diriger sur Borisof et Orcha. Le roi de Westphalie continuera à poursuivre l’épée dans les reins le corps de Bagration, et, s'il est nécessaire, une de ses divisions pourra même passer par Minsk, afin de se tenir en communication avec vous. Le vice-roi se portera sur Dokchitsy, d'où il se dirigera sur Polotsk et Vitebsk; moi-même je me porterai sur Dokchitsy et Vilebsk, ou devant Dinabourg, selon les circonstances. Il est probable que je me porterai avec ma Garde, le 4e et le 6e corps, d'abord sur Dokchitsy, ensuite sur Vitebsk, menaçant ainsi Saint-Pétersbourg et Moscou, vous ayant sur ma droite, et vous, ayant à votre droite le roi de Westphalie et Schwarzenberg. Le roi de Naples resterait alors devant Dinabourg; mais, en supposant que le résultat de ces manœuvres soit de jeter Bagration au-delà du Dniepr, et l'ennemi voyant que je dirige 100,000 hommes sur Smolensk, et autant à mi-chemin de Saint-Pétersbourg, il sera obligé lui-même d'opérer sa retraite pour couvrir Saint-Pétersbourg. Le roi de Naples, qui pourra passer à Drouya, avec le 2e et le 3e corps et vos trois divisions, le suivra constamment. Voilà le plan général des opérations. Vos forces se trouvent, par les circonstances, divisées; mais, aussitôt que la Dvina aura été passée, il sera facile de vous faire rejoindre par les trois divisions. Pendant toutes ces opérations, le duc de Tarente cernera Riga et fera le siège de cette place. Il m'est bien important de savoir le nombre de divisions que Bagration a avec lui, afin de pouvoir déterminer celles qu'il a en arrière. Nous comptions depuis longtemps que la 21e division était en Volhynie; mais il paraît, d'après les ren­seignements les plus récents, que cette division était en marche et n'a pas pu passer. C'est une division de nouvelle formation, composée d'enfants et en assez mauvais état.


 

Vilna, 10 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Il a été nommé un gouverneur à Vilna. Ce gouverneur aura sous ses ordres le régiment d'Illyrie, qui tiendra garnison à Kovno, le 129e, qui est en garnison à Vilna, le bataillon de Hesse-Darmstadt, celui de Mecklenburg-Schwerin, qui sont à Kovno et qui tiendront garnison à Vilna, une compagnie de chevau-légers saxons de 80 hom­mes, et enfin un détachement de gendarmerie; de plus, les trois bataillons de marche du 3e corps, commandes par le major Barrai, qui sont en marche de Kovno sur Vilna ; ce qui fait une force de plus de 6,000 hommes.

Il y aura à Kovno une compagnie d'artillerie pour le service de3 pièces qui ont été abandonnées là, et que cette compagnie pourra servir en cas d'événement pour éloigner les partis ennemis. Il y aura deux compagnies d'artillerie à Vilna. Quatre pièces de canon seront placées à Kovno sur la rive gauche de la Viliya, battant la tête de pont de ta Viliya; quatre sur les hauteurs qui battent la tête de pont du Niémen à Vilna, et six pièces de 12 et deux obusiers à l'arsenal pour battre la tête de pont. Aussitôt que tes redoutes seront con­struites, on mettra deux pièces de canon dans chacune.

Artillerie. Il y aura un colonel d'artillerie charge du service dans le gouvernement de Vilna. Il veillera à faire ramasser les caissons, les fusils et les munitions sur les derrières. Il aura la surveillance de l'arsenal de Kovno, où sera placé un sous-directeur, et celle de l'ar­senal et atelier de Vilna.

Génie. Le général Chambarlhiac fera les fonctions de directeur du génie du cercle de Vilna. Il y aura un sous-directeur à Kovno. Une compagnie de sapeurs sera laissée à Kovno pour les travaux que j'ai ordonnés. Il sera laissé deux compagnies à Vilna pour le même objet.

Administration. Il y aura un ordonnateur pour le gouvernement de Vilna. Il y aura un commissaire des guerres à Kovno. Il y aura des garde-magasins à Kovno et à Vilna et des employés des vivres qui seront chargés du service dans l'étendue du gouvernement dans les lieux d'étape, de la composition des magasins, de l'organisation des hôpitaux, etc.

Le gouvernement de Vilna sera considéré comme une division militaire et traité de même.

Les services de l'artillerie, du génie, des administrations, de police, se centraliseront, de sorte que le commandant militaire, le commandant du génie, le commandant de l'artillerie, l'ordonnateur, l'inspecteur du service des vivres, des hôpitaux, forment un tout qui pourvoira à tous les services.

Un officier français, avec un détachement de gendarmerie, résidera à Vilna et sera sous les ordres du gouverneur. On réunira le plus de gendarmerie que l'on pourra, française et de celle instituée par le pays. Cet officier se portera avec la force convenable sur tous les points où sa présence sera utile, toujours par les ordres du gouverneur.

Police des districts. Il y a onze districts dans le gouvernement de Vilna. J'y ai nommé onze sous-préfets, onze commandants. Il y aura onze commandants militaires; ces onze commandants seront pris dans la garnison ; on en détachera à cet effet six compagnies. On me mettra sous les yeux une carte et la distribution de ces six compa­gnies. Il y aura un capitaine commandant dans un district avec la moitié de la compagnie; un lieutenant sera placé dans l'autre district avec l'autre moitié ou le tiers de la compagnie.

Les fonctions de ces commandants seront de faire arrêter par les forces qu'ils auront dans la main et celles que leur offriront les habi­tants tous les traînards, de conférer avec les nobles et les proprié­taires pour faire rentrer les habitants, protéger la moisson et établir la meilleure police partout, de faire enterrer les cadavres des chevaux et autres sur les routes principales, de faire réparer les ponts, enfin d'organiser les magasins nécessaires pour le passage des troupes, de mettre des plantons aux postes pour assurer les communications de l'armée, la marche des courriers. Ces commandants correspondront avec le gouverneur, lui enverront des états de situation et feront tout ce qui est relatif à la bonne police du gouvernement.

Dans l'instruction qui me sera présentée, on fera connaître la por­tion de route sur laquelle s'étendra le commandement de chaque officier. Ces officiers seront français; cependant, à leur défaut, on pourra prendre des officiers des troupes de la Confédération.

Le gouverneur de Vilna aura toujours trois colonnes mobiles, chacune composée de 100 hommes d'infanterie, de quelques habi­tants du pays qui seront commandés par des officiers d'état-major ou de la garnison-, choisis parmi les plus intelligents et les plus fermes. Le gouverneur les enverra sur les lieux de passage de Farinée, des grands convois, enfin où besoin sera pour le maintien de Tordre et de la sûreté publique.

La même mesure sera prise pour le gouvernement de Minsk, qui a dix districts. Le prince d'Eckmühl pourvoira à ce qu'il y ait une garnison de 2,000 hommes alliés.

Même mesure sera prise pour le gouvernement de Bialystok, qui a neuf districts, et pour Grodno, qui a quatre districts.

Le roi de Westphalie laissera à Grodno un bataillon polonais.

Le général Reynier laissera un bataillon saxon dans le gouverne­ment de Bialystok.

La valeur d'un escadron de cavalerie, des officiers du génie, de l’artillerie, des administrateurs, etc., seront laissés dans les gouver­nements, selon les ordres donnés ci-dessus.

Pour l'artillerie et le génie, les gouvernements de Bialystok et de Grodno seront considérés comme un seul gouvernement.

L'état-major me présentera dans la journée une carte sur laquelle seront tracées les divisions des différents gouvernements ou comman­dements; l'organisation des deux districts, où il doit y avoir dans l'un un capitaine et dans l'autre un lieutenant; la portion des routes que chaque officier aura à surveiller; l'emplacement des postes, etc.

Quatre commissions prévôtales seront établies dans chaque gou­vernement avec le droit de condamner à mort.


 

Vilna, 10 juillet 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, faites connaître au général Saint-Cyr qu'il faut qu'il se mette en marche le plus tôt possible pour se porter, avec son infanterie, sa cavalerie et son artillerie, sur Dounilovitchi, en pas­sant par Vilna, Lovarichki et Mikhalichki. Instruisez le vice-roi de cet ordre que vous donnez au général Saint-Cyr, qui doit vous faire connaître le jour de son arrivée à Vilna. De Vilna à Gloubokoïé il n'y a que six jours de marche.


Vilna, 10 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vila.

Mon Cousin, faites connaître au vice-roi que vous avez mis sous mes yeux sa lettre du 9 juillet à trois heures après midi ; que je suis surpris qu'il n'ait pas su alors que l'ennemi était tout à fait en re­traite et le prince d'Eckmühl à Minsk; qu'il est nécessaire qu'il se mette en marche pour gagner la Dvina, en se dirigeant par Dokchitsy et Gloubokoïé, et qu'il envoie en avant, en toute diligence, ses con­structeurs , ses troupes du génie et ses marins ; qu'il n'y a plus actuel­lement autre chose à faire que de gagner la Dvina avant que Bagration y soit arrivé; que tout porte a penser que Bagration s'est dirigé sur Bobrouisk.


Vilna, 10 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, faites partir une brigade de gendarmerie pour se rendre à Voronovo. Ils arrêteront les pillards du 33e, qui commettent des dégâts horribles dans ce pays. Ils prennent cette route sous prétexte de trouver le 1er corps, qui est à Minsk. Tous ceux qui auront commis des délits seront arrêtés; les autres seront escortés jusqu'à Minsk.

Écrivez au vice-roi, qui est à Soubotniki, de laisser une patrouille et quelques officiers pour empêcher aucun homme du prince d'Eckmühl de passer Soletchniki ; que, sous prétexte d'aller chercher le ler corps qui est à Minsk, ces hommes se portent sur Lida, pour y piller cette vallée, qui est superbe; qu'il faudrait qu'il plaçât des , piquets sur les différentes routes de Vilna à Lida, et qu'on ne laissât passer aucun homme, soit d'infanterie, soit de cavalerie, du prince d'Eckmühl. Recommandez au vice-roi de créer une commission mili­taire et de ramasser tous ces Irai ne ors.

Il est également très-nécessaire qu'il place des postes au débouché des routes, afin que ce qui appartient aux divisions Dessaix, Grouchy et Compans, au lieu de se diriger sur Soletchniki, se dirige sur Ochmiana pour se rendre à Minsk.

Mandez au prince d'Eckmühl d'organiser ta route de Minsk à Ochmiana. Je suppose que vous lui avez envoyé l'organisation du gouvernement de Minsk, comme je vous ai ordonné hier l'organisa­tion du gouvernement de Vilna.


Vilna, 10 juillet 1812

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Minsk.

Mon Cousin, le roi de Westphalie était hier à Novogroudok; je crois qu'il sera aujourd'hui 10 à Mir. Je vous envoie une note que m'a remise un agent. Il paraît que l'ennemi a une tête de pont à Borisof. Il sera donc nécessaire que vous manœuvriez pour la tourner. Vous ne sauriez être maitre trop tôt de Borisof. Il serait possible que Bagration se portât derrière la Berezina. Le mouvement du vice-roi sur Dokchitsy tournera cette position.


Vilna, 11 juillet 1812, huit heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Minsk.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 9. J'attache beaucoup d'im­portance et j'éprouverai de la satisfaction à vous savoir maitre de Borisof. Vous verrez sur les lieux s'il serait convenable de détruire la tête de pont, ou de laisser cet ouvrage et de le compléter par un autre de l'autre côté. J'espère que vous trouverez des ressources et des magasins à Borisof. Je pense que vous avez bien les yeux sur Bagration. Je préfère que vous vous dirigiez sur Kokhanovo. Vous pouvez y être en cinq à six jours, et vous serez là à portée de vous diriger sur Mohilef, Vitebsk ou Orcha. Aussitôt que je vous saurai à Borisof, mon intention est de porter mon quartier général à Gloubokoïé. J'ai donné ordre au vice-roi de se porter à Dokchitsy. Je compte que le roi de Westphalie est aujourd'hui à Nesvije. Faites-moi connaître si vous croyez qu'il y ait une route de Nesvije à Igoumen; car j'aimerais assez diriger le roi de Westphalie droit sur Mohilef, en faisant venir le prince Schwarzenberg à Nesvije. Il me paraît assez évident que Bagration doit chercher d'abord à remonter la rive gauche de la Berezina; que, lorsqu'il saura que vous êtes maitre de Borisof et que ce n'est plus possible, il cherchera à remon­ter la rive droite du Dniepr, et qu'enfin, quand il verra que ce n'est pas davantage possible, il passera probablement le Dniepr pour tâcher d'arriver avant nous à Smolensk.


Vilna, 11 juillet 1812

Au maréchal Mortier, duc de Trévise, commandant la Jeune Garde, à Vilna.

Mon Cousin, vous devez avoir des vivres jusqu'au 18. Ayez donc soin que votre troupe marche en bon ordre et qu'il n'y ait aucun pil­lage. Faites partir la division Delaborde deux heures avant la division Roguet. Envoyez le général Lefebvre, mon officier d'ordonnance Chris tin, un commissaire des guerres et des constructeurs de fours en avant. Le général Lefebvre aura soin de se faire éclairer au loin. Faites prendre les devants à deux compagnies de sapeurs, et faites réparer la route. Mon officier d'ordonnance en a le croquis tracé par les ingénieurs; il y a un passage dans la forêt qui est mauvais, faites-le réparer et mettre en état. Il faut qu'à l'arrivée des constructeurs on commence à travailler aux fours; restez-y vous-même jour et nuit, et levez tous les obstacles. Vous devez avoir sous votre escorte un convoi de soixante et quinze voitures du 6e bataillon d'équipages militaires portant un millier de quintaux de farine. On dit le pays très-bon ; tâchez donc de vous procurer des ressources ; si vous main­tenez une ferme discipline, tout porte à penser que vous en aurez beaucoup et que vous trouverez des magasins de farine et d'avoine. Toute ma Garde va se rendre là, et moi-même j'y aurai mon quar­tier général. Écrivez-moi tous les jours pour me rendre compte du lieu où vous êtes, de la nature du pays que vous parcourez et des nouvelles que vous apprendrez.

Le général Nansouty a passé avant vous sur cette route; le général Lefebvre se liera avec lui. Sur votre droite le prince d'Eckmühl, qui est à Minsk, se dirige sur la Berezina.

Faites demain, à votre coucher, l'appel de la division Delaborde, de la division Roguet, du nombre de voitures d'équipages et d'artil­lerie, et de tout ce que vous avez à votre suite en munitions d'artil­lerie, bagages et objets du quartier général.


Vilna, 11 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, répondez au roi de Westphalie que vous recevez avec étonnement sa lettre du 9 juillet à dix heures après midi ; que l’ordre du 30 est positif; qu'on s'y exprime en ces termes : « « Vous devez vous diriger sur Minsk. Le général Reynier, sans cependant perdre de vue de couvrir Varsovie, se dirigera sur Nesvije. » Ceci veut dire que le premier but du général Reynier doit être de couvrir Varsovie ; que le second, si l'ennemi retirait toutes ses troupes de la Volhynie et qu'il n'y eût plus rien à craindre pour le Grand-Duché, serait de se diriger sur Nesvije. Mais, comme tous les faits tendent à prouver que l'ennemi a laissé deux divisions dans la Volhynie, il est conve­nable que le général Reynier ne perde pas de vue son principal but, qui est de couvrir Varsovie. Arrêtez donc son mouvement à Slonime. Le prince Schwarzenberg passera devant lui pour se porter d'abord sur Nesvije, et ensuite sur la Dvina. Que le général Reynier envoie des partis sur Pinsk, et se place en échelons de manière à tomber sur les flancs de tout ce qui voudrait déboucher sur Varsovie. Dans cette position, il rétrogradera sur Varsovie si ce pays est menacé ; mais, tant que l'ennemi le saura sur les débouchés de Pinsk ayant des corps prêts à tomber sur ses flancs, et que d'ailleurs il aura à craindre notre entrée en Volhynie, il sera hors de mesure de se porter sur le territoire de Varsovie, et, s'il le faisait, ce ne serait pas impunément. Le général Reynier doit aussi renvoyer à Praga le régiment qui était destiné pour la garnison de cette place et qui en a été mal à propos ôté. La position du général Reynier sur les derrières est donc utile. Sa Majesté n'est pas surprise que vous ne compreniez pas que des instructions données à cent lieues de distance ont des buts opposés que les événements doivent éclaircir; mais ce dont elle se plaint, c'est qu'au lieu d'étudier ces instructions vous n'en teniez aucun compte. Pour couvrir le duché de Varsovie il n'est pas du tout néces­saire d'être sur le Bug, et, si cela était, le premier but du général Reynier étant de couvrir le duché , il aurait dû laisser des troupes sur le Bug, apprenant que l'ennemi avait laissé deux divisions en Volhy­nie. Mais comme vous n'étiez pas informé de ce que Bagration avait laissé en Volhynie, que vous ignoriez combien de divisions il avait avec lui, que vous ne vous êtes pas même mis à sa poursuite, et qu'il a pu faire sa retraite aussi tranquillement que s'il n'avait eu personne der­rière lui ; tout cela étant à rebours des usages de la guerre, il n'est pas extraordinaire que tout soit de même. Le général Reynier, selon ce que l'ennemi aura laissé en Volhynie, est donc le maître, soit de retourner à Brzesc, soit de rester à Slonime, en envoyant des partis sur Pinsk. Mais le principal est, jusqu'à ce que l'ennemi ait retiré ses troupes de la Volhynie, qu'il laisse un corps d'observation à portée de couvrir Varsovie et de tomber sur tout ce qui, de la Volhynie, menacerait le duché et les derrières de l'armée. Donnez ordre au général Reynier d'écrire directement an major général et d'envoyer les renseignements qu'il a. Sa Majesté juge convenable que ce soit le général Reynier qui reste en observation pour garder le Grand-Duché, et non le prince Schwarzenberg ; bien des raisons la déterminent sur cet objet. Le Roi doit faire connaître au prince Schwarzenberg que mon désir est qu'il se dirige, si Varsovie n'est pas imminemment (sic) menacée, sur Nesvije.


Vilna, 11 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez l'ordre au due de Trévise de partir demain à six heures du matin avec la division Delaborde, ayant huit pièces de canon, 600 chevaux de cavalerie légère de la Garde, chasseurs à cheval, lanciers polonais et hollandais, commandés par le général Lefebvre-Desnouettes. Il aura aussi avec lui tous les constructeurs de fours de la Garde, le parc du génie, composé d'une compagnie du train du génie, d'une compagnie de marins de la Garde, de plusieurs compagnies de mineurs et sapeurs, telles que le général Chasseloup en donnera le compte, et enfin d'une compagnie des ouvriers du Danube avec ses officiers. Il fera en sorte que tout cela se mette en route à trois heures du matin. Une heure après, il fera partir la divi­sion Roguet pour suivre son mouvement. Il se portera, par Lovarichki, Mikhalichki et Kobylnik, sur Gloubokoïé. Il aura soin que tout son monde ait des vivres à raison d'une demi ration de pain, d'une once et demie ou deux onces de riz, et d'une livre de viande, pour le 12, le 13, le 14, le 15, le 16, le 17 et le 18. Le général Lefebvre-Desnouettes gagnera deux jours avec sa cavalerie, un com­missaire des guerres, les constructeurs de fours, une compagnie de sapeurs et un officier de génie, afin de construire douze fours à Gloubokoïé. Le commissaire des guerres fera sur-le-champ des réquisitions dans tous les environs, afin de réunir de la farine, du blé, des fourrages et de la viande, et d'assurer la subsistance des troupes. Une brigade de mon service léger suivra le duc de Trévise et sera sous ses ordres, avec un détachement de ma Maison, pour établir mon quartier général à Gloubokoïé. Le général Roguet aura égale­ment avec lui huit pièces d'artillerie. Vous donnerez Tordre au duc de Danzig de faire partir demain pour Sventsiany la brigade de chas­seurs à pied commandée par le général Curial, avec la batterie de huit pièces que j'ai attachée à cette brigade. Elle aura avec elle des vivres pour le 12, le 13, le 14, le 15, le 16, le 17 et le 18. La brigade de grenadiers à pied se tiendra prête à partir également pour Sventsiany, le 13 à une heure du matin, ayant aussi des vivres pour les 13, 14, 15, 16, 17, 18 et 19. La cavalerie de la Garde com­mencera son mouvement demain, 12, pour se porter sur Sventsiany ; elle le continuera le 13. Un major de la Garde, avec 3 ou 400 che­vaux, marchera avec le duc de Danzig. Le général Sorbier aura ordre de me remettre l'état de ses convois, en me faisant connaître les lieux où ils doivent arriver chaque soir; les têtes de ces convois ne passeront point Sventsiany. Le général Éblé me remettra l'état de l'équipage de pont, en me faisant également connaître le lieu où il arrive chaque jour; il ne dépassera pas non plus Sventsiany. Le général Kirgener aura ordre de me remettre l'état du parc, et ne dé­passera pas non plus Sventsiany. On dressera un tableau en règle de tout ce mouvement, et il me sera remis. Vous donnerez des ordres pour établir, le plus promptement possible, la route de Sventsiany à Gloubokoïé, en mettant à chaque marche un détachement d'in­fanterie et un petit détachement de cavalerie, et en y assurant les postes. Le grand écuyer fera placer l'estafette sur la route de Vilna à Sventsiany, et sur celle de Sventsiany à Gloubokoïé; cependant ce   mouvement  ne sera démasqué au-delà de Sventsiany que le 14, de sorte que les relais n'arrivent à Postavy que le 15 et à Gloubokoïé que le 16. Il me sera rendu compte, jour par jour, de la marche de ces colonnes sur les deux routes de Gloubokoïé, par Sventsiany et Mikhalichki. Le petit quartier général, avec les con­vois qui sont à la suite, arrivera à Sventsiany le 13, et se reposera le 14, de manière à pouvoir être le 17 ou le 16 à Gloubokoïé, s'il en reçoit l'ordre. Il sera nommé sur-le-champ un officier d'état-major pour se rendre avec le général Lefebvre-Desnouettes à Gloubokoïé, dont il prendra le commandement. Il sera envoyé une escouade de gendarmerie pour maintenir l'ordre sur les derrières du corps du duc de Trévise. On mettra à l'ordre de ce corps qu'on doit marcher en ordre et ne point piller, et que les traîneurs seront arrêtés et fusillés.


Vilna, 11 juillet 1812.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Smorgoni.

Mon Fils, je n'ai pas de vos nouvelles depuis le 9. Je vous ai écrit, je vous ai fait écrire par le major général, et je vous répète une troisième fois qu'il faut vous porter en toute diligence sur Dokchitsy, avec votre infanterie, votre cavalerie et votre artillerie, et faire construire là des fours. Il n'y avait encore hier au soir qu'une de vos divisions à Ochmiana; celle-là sera le plus à portée d'arriver à Dokchitsy, et votre cavalerie légère pourra la gagner. Je vous ai mandé que vos sapeurs, vos pontonniers, vos constructeurs de fours, devaient être envoyés en toute diligence en avant. Le général Colbert a trouvé à Vileïka 2,000 quintaux de farine, 30 à 40,000 rations de biscuit et une assez grande quantité d'avoine; cela nous sera d'un merveilleux secours. Le prince d'Eckmühl vous en aura prévenu, et vous en aurez sans doute envoyé prendre possession. J'ai donné ordre au général Saint-Cyr de passer, s'il le fallait, par Vilna, pour se diriger sur Dokchitsy par Lovarichki, Mikhalichki, Kobylnik. Il me tarde de recevoir de vos nouvelles et d'avoir quelques données sur le temps où vous pourrez être arrivé. Le prince d'Eckmühl doit être actuellement maître de Borisof. Il se dirigera sur Orcha. Il est probable que je porterai mon quartier général à Gloubokoïé, et que je rallierai là toute ma Garde. J'ai éprouvé une grande joie pour vous de cette quantité de vivres trouvés à Vileïka.


Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, faites connaître au commandant du génie qu'il est nécessaire qu'il prenne des mesures pour organiser les travaux de Kovno et de Vilna. L'ancien pont de Vilna doit être terminé avant le 20, et le nouveau pont de pilotis doit être terminé avant le 18. Aussi­tôt que ces deux ponts seront terminés, on lèvera les trois ponts de radeaux, puisqu'ils deviendront inutiles. Le pont de radeaux qu'a fait jeter le général Éblé étant très-bien fait, on le reploiera ici, afin de pouvoir le jeter sur tout autre point de la Viliya. Les grands ba­teaux employés aux ponts de radeaux seront envoyés à Kovno pour servir au transport des vivres sur Vilna. Je laisse exprès une compa­gnie du Danube et deux compagnies de sapeurs à Vilna pour cet objet. Les travaux du camp retranché ne doivent pu être ralentis. Les trois redoutes seront continuées, savoir: une sur la montagne, celle du centre et celle de la droite. Une demi-compagnie de sapeurs sera attachée à chacune de ces redoutes ; les hommes coucheront et baraqueront sur le lieu même. Le commandant de la place fera fournir 300 ouvriers tirés de la garnison, lesquels seront placés à raison de 100 à chaque redoute. Il sera fourni, outre cela, 300 travailleurs à chaque redoute, pris parmi les habitants du pays, de manière qu'il y ait 12 à 1300 hommes constamment employés aux travaux du camp retranché. Il sera nécessaire pour cela de laisser 2,000 outils; il faut aussi que les soldats et les paysans soient payés,

II sera fait vis-à-vis de l'ancien pont un tambour en palissades, qui se liera au couvent et qui enfermera la tête de pont, avec les dispositions nécessaires pour y placer deux pièces de 3, de sorte que 100 à 200 hommes soient là à l'abri d'une surprise. Les pièces de ré­giment seront placées au couvent. Il sera fait au nouveau pont un tambour en palissades ayant le même objet. Aussitôt que les trois redoutes du camp retranché seront à demi achevées, on entreprendra les trois autres. Il est nécessaire qu'avant le 20 on entreprenne la tête de pont. On fera venir de Kovno une portion de l'équipage de pont sur pilotis, afin d'activer les travaux de l'un et de l'autre des ponts et qu'ils soient à l'abri des glaces. On relèvera la chaussée aux deux ponts et des deux ponts aux redoutes, de manière que lors des pluies les chemins n'en soient pas gâtés.

La compagnie du Danube, après avoir terminé les deux ponts, sera employée à construire des blockhaus sur la redoute de la hau­teur, sur celle du centre et sur celle de la droite, qui sont les trois principales. Ces blockhaus doivent être très-épais et contenir une cinquantaine d'hommes. Aussitôt que les redoutes seront achevées, l'artillerie conduira dans chacune d'elles deux pièces de canon. Il y aura de la place pour quinze ou vingt pièces, lesquelles seront pla­cées par le corps qui sera chargé de défendre le camp retranche.

Il y aura sur la hauteur de l'arsenal sept ou huit pièces de canon en batterie, et une demi-escouade de cinq ou six canonniers qui seront chargés de faire le rapport au commandant de la place de ce qu'ils apercevront dans la plaine. La garnison fournira 100 hommes aux deux poste et 25 hommes à chaque redoute, aussitôt qu'elles seront terminées.

Expédiez cet ordre au commandant de l'artillerie en même temps qu’au commandant du génie et au commandant de Vilna.


Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, faites connaître au général du génie que je laisse une compagnie d'ouvriers de la marine et une compagnie de sapeurs à Kovno; que la principale opération doit être de rétablir les ponts de pilotis sur le Niémen et sur la Viliya, d'établir le fort projeté sur la hauteur et la tête de pont de la Viliya, d'établir une redoute sur la hauteur de la rive gauche du Niémen pour défendre le pont, et de placer dans chacun de ces deux ouvrages deux pièces de canon. Le commandant de la place fera fournir 600 soldats pour être employés à ces travaux, et 1,200 paysans, de sorte qu'il y ait constamment environ 2,000 travailleurs. Il est donc nécessaire qu'il y ait une grande quantité d'outils et que les travaux soient poussés de manière qu'en août ils soient terminés, et que l'on travaille à la construction d'un blockhaus pour 100 hommes. Expédiez cet ordre au général de l'artillerie et au commandant de Kovno.


Vilna, 12 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez l’ordre au commandant de Vilna de ne faire faire aucune corvée aux trois bataillons de marche du 3e corps qui vont tenir garnison ici, et de s'en servir pour le service de la place. Il fera placer un de ces bataillons dans le couvent sur la rive droite de la Viliya où était la Garde. Mon intention est que la garnison soit placée dans les casernes et les couvents. Il doit y avoir des locaux préparés pour loger 10,000 hommes. Tous les hommes malingres qui arriveront seront mis aux dépôts de leur corps, et tous les hommes isolés seront réunis dans un couvent. Il est très-convenable de ne rien laisser venir à la suite de l'armée, parce que la route n'est pas organisée, et que ces hommes feraient des marches et contre­marches inutiles et qu'on ne pourrait empêcher le pillage. Tons les hommes isolés seront donc arrêtés à Vilna ; on m'en remettra l'état pour que je puisse donner les ordres pour leur départ. On leur don­nera ici la ration complète en pain et viande, la demi-ration ne pou­vant ni nourrir ni contenter le soldat. Il faut qu'on ait soin de les faire baigner, et que même après deux jours de repos on les fasse exercer et approprier. Au moment du départ de ces hommes de Vilna, on donnera 50 cartouches à chacun.


Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, faites connaître au général Chasseloup que le général Campredon sera chargé du siège de Riga; que l'équipage de siège doit par conséquent se trouver sous ses ordres; que ce général devra suivre les instructions du duc de Tarente pour l'arrivée de l'équi­page à Tilsit et pour la formation des relais nécessaires pour le trans­port. Donnez ordre à l'équipage de siège de Danzig et à celui de l'artillerie et du génie qui est à Königsberg de partir de ces places pour Tilsit, et aux généraux d'Arancey et Campredon de prendre des mesures pour former des relais de voitures. Cet équipage restera embarqué à Tilsit jusqu'à ce que le duc de Tarente en ordonne le débarquement; ce qui ne devra avoir lieu qu'après que j'aurai passé la Dvina. Prévenez de cela le duc de Tarente, et faites-lui connaître qu'il est nécessaire d'établir des relais de cinq lieues en cinq lieues. Ces relais devront être au moins de 150 à 200 voitures, pour réunir en quinze jours les moyens de commencer le siège et pouvoir ensuite l'alimenter.


Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au prince Schwarzenberg que notre avant-garde est sur la Dvina; que le prince d'Eckmühl, de Minsk, marche sur Borisof et Orcha; que le vice-roi marche dans la direction de Vitebsk; que le roi de Westphalie est à Nesvije; que l'Empereur va porter son quartier général à Gloubokoïé; que, si rien ne menace Varsovie d'une manière urgente, j'ordonne qu'il se porte sur Nesvije ; qu'arrivé là il agira selon les circonstances, soit en envoyant des partis sur Pinsk, soit en en envoyant sur Bobrouisk ; qu'il vous en­verra au reste un officier pour prendre une direction ; que du 20 au 25 je passerai la Dvina.

Vous lui ferez connaître que nous avons pris des magasins à Minsk et dans d'autres endroits ; que l'ennemi paraît réuni dans son camp retranché de Drissa; que Bagration a voulu se diriger sur Vilna, puis sur Minsk, et qu'il paraît actuellement se diriger sur Bobrouisk, mais que nous serons à Orcha et à Mohilef avant lui.


Vilna, 13 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au général Rapp et au général Daendels pour donner l'ordre à celui-ci de partir de Danzig avec toute la brigade de Bade, cavalerie, infanterie et artillerie, aussitôt que la tête de la divi­sion Lagrange sera proche de Danzig. Le général Daendels se dirigera par la route la plus courte sur Labiau, où il trouvera la brigade de Berg, et réunira ainsi toute sa division, forte de douze bataillons et de deux régiments de cavalerie avec une trentaine de pièces de canon. Donnez ordre au général de division Lagrange de se diriger sur Danzig, où sa division restera en garnison jusqu'à nouvel ordre. Les bataillons de Berg et de Bade qui sont à la pointe du Nehrung et à Marienburg seront remplacés par d'autres bataillons de la garnison de Danzig, de sorte que la division Daendels, forte de 8,000 hom­mes, infanterie et cavalerie, sera réunie à Labiau. Faites connaître au général Rapp qu'il peut presser le départ du général Daendels, dès qu'il pense qu'il n'y a pas d'apparence de danger, et que la tête de la division Lagrange sera à deux marches de Danzig. Recomman­dez au général Rapp d'avoir soin de nos jeunes conscrits de la divi­sion Lagrange, de faire faire le service par les quatre bataillons étrangers, et de faire camper ces jeunes gens en les faisant baraquer sur les hauteurs, afin qu'ils puissent s'exercer et être dans un meilleur air. Recommandez-lui surtout de ne point en placer à Weichselmünde et du côté du mauvais air. Vous ferez connaître celte disposition ta duc de Bellune, qui aura ainsi une division à Labiau et deux à Marienburg.

 

P. S. Il faudra en conséquence donner l’ordre au général Lagrange de se diriger sur Danzig, au lieu de Königsberg.


Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre au général d'artillerie de faire venir 5,000 fusils à Kovno et autant à Vilna, avec des mousquetons et des sabres en proportion, pour pouvoir armer de l'infanterie française. Donnez ordre également au général d'artillerie de faire venir à Vilna les 30,900 fusils du roi de Saxe qui sont à Bromberg, les 5,000 mousquetons et les 8,000 sabres qui sont à Danzig, et les 6,000 fu­sils existant à Pillau ; ce qui fera 36,900 fusils, 5,000 mousque­tons et 8,000 sabres pour l'armement de l'insurrection. Donnez-lui ordre de faire venir sur Bromberg les 34,000 fusils de Magdeburg, les 34,000 de Wesel et les 15,000 de Küstrin, et de me faire con­naître quand ces 83,000 fusils arriveront à Bromberg, pour que je leur donne une direction.


Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé de faire partir demain l'équipage de pont, composé de dix bateaux qui sont disponibles à Vilna, et de placer avec ces bateaux tout son personnel, hormis une compagnie de pontonniers, qui partira avec l'équipage de Pillau, quand il sera arrivé, et une autre compagnie qu'il pourra laisser pour garder le reste de son matériel. Faites-lui connaître que j'ai besoin de plusieurs équipages de pont; qu'il faut donc que tout vienne insensiblement, soit avec des chevaux, soit avec des bœufs; mais qu'il est nécessaire que dès demain tout le personnel parte, parce qu'à défaut de portons j'emploierai des radeaux et des chevalets.


Vilna, 12 juillet 1812

ORDRE.

1° II sera construit un pont de radeaux à Olitta, un semblable à Grodno, et un troisième à Meretch.

2° Le général Éblé, commandant les équipages de pont, chargera un officier de pontonniers de se rendre successivement dans ces trois endroits, en commençant par Olitta, pour diriger les travaux du pont, que les administrations locales feront faire par les ouvriers du pays.

3° Le major général est chargé de l'exécution du présent ordre.


Vilna, 13 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Kirgener avec tout son parc du génie et l'équipage de pont, et au général Sorbier avec son parc d'artillerie, de se diriger de Sventsiany sur Postavy et Gloubokoïé. Organisez la route de Sventsiany à Gloubokoïé, en envoyant des détachements du quartier général à chaque station. Envoyez aussi sur cette route deux escouades de gendarmerie et trois de la gendar­merie d'élite pour faire la police et maintenir le bon emploi des res­sources du pays.

 

P. S. Écrivez au duc de Trévise de laisser aller l'artillerie à sa guise, quand elle devrait arriver un ou deux jours plus tard; cela est préférable à lui voir perdre des chevaux.


Vilna, 14 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au général Saint-Cyr de faire partir demain, à la pointe du jour, ses quatre régiments de cavalerie légère avec une batterie d'artillerie légère bien attelée, sous les ordres du général de brigade qui les commande. Ces régiments se rendront, en marchant aussi vite qu'ils pourront, par Mikhalichki sur Gloubokoïé, où ils appuieront le général Lefebvre, qui s'y trouve avec 1,000 che­vaux de la Garde. Le général de brigade enverra un aide de camp pour instruire le général Lefebvre de son arrivée. Us pousseront dans tous les sens, et pourront prendre beaucoup de choses à l'ennemi, qui évacue ses magasins avec la plus grande activité.

Faites connaître au duc de Trévise l'ordre que je donne au général Saint-Cyr, et instruisez-le que le général Saint-Cyr vient derrière lui. Qu'il donne ordre au général Lefebvre, aussitôt que ces 2,000 hom­mes de cavalerie seront arrivés, de pousser sur Loujki, en mettant en avant les Bavarois et gardant ma Garde en réserve, mettant seu­lement à la tête des chevau-légers polonais ; de pousser sur les routes de Disna, de Polotsk et de Vitebsk, pour recueillir des renseigne­ments et réunir tous les magasins, et de faire de fréquents rap­ports sur ce qui se passe. Vous manderez au général Saint-Cyr que, si l'artillerie légère faisait éprouver des retards dans la marche, il fasse laisser 50 chevaux pour l'escorter, et que le reste de la cava­lerie continue avec la plus grande diligence, parce qu'il y a de très-bons coups à faire, et que la prise des magasins de l'ennemi nous sera précieuse dans la circonstance où nous nous trouvons pour les vivres. Vous chargerez le duc de Trévise de vous faire connaître quand tout cela arrivera à Gloubokoïé.

Vous ferez connaître au général Lefebvre que le général Nansouty a ordre d'éclairer avec son corps les débouchés de Disna.


Vilna, 14 juillet 1812, huit heures du soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Vileïka

Mon Fils, le prince d'Eckmühl est arrivé à Borisof. Le roi de Westphalie est à Nesvije. On a pris des magasins de vivres et de munitions de guerre à Borisof. Le général Colbert mande qu'il a saisi des magasins à Dokchitsy; le général Lefebvre-Desnouettes, avec 1,000 chevaux de la Garde, se rend à Gloubokoïé; je crois que demain il sera bien près d'y arriver. Je le fais appuyer par toute la cavalerie légère bavaroise, qui défile aujourd'hui de Vilna et couche à Lovarichki. Je lui donne ordre de prendre les devants. On croit qu'il aura beaucoup de magasins à prendre sur la route de Polotsk, Disna, etc. Faites reconnaître les routes de Vitebsk et Orcha, et com­mandez des vivres dans les deux directions.

Je suppose que l'état-major vous a envoyé des gazettes de Vilna à répandre parmi les habitants.

Le 17, j'aurai mon quartier général à Sventsiany, et je serai le 17 dans la nuit ou le 18 à Gloubokoïé.


Vilna, 14 juillet 1812, huit heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Borisov

Mon Cousin, je reçois vos trois lettres; la dernière est du 13, à trois heures après midi. Je vois avec plaisir que vous avez occupé Borisof. J'ai reçu une lettre du roi de Westphalie du 13. Il n'était pas encore à Nesvije. Son quartier général était à Mir. L'ennemi paraît être dans son camp retranché de Drissa. Je ne compte pas passer la Dvina avant le 20 ou le 22.

Sachez donc me dire le nom des divisions d'infanterie que Bagration a avec lui.


Vilna, 14 juillet 1812.

RÉPONSE DE L'EMPEREUR AUX DÉPUTÉS DE LA CONFÉDÉRATION DE POLOGNE.

Députés de la Confédération de Pologne, j'ai entendu avec intérêt ce que vous venez de me dire.

Polonais, je penserais et j'agirais comme vous ; j'aurais voté comme vous dans l'assemblée de Varsovie : l'amour de la patrie est la pre­mière vertu de l'homme civilisé.

Dans ma position, j'ai bien des intérêts à concilier et bien des devoirs à remplir. Si j'eusse régné lors du premier, du second ou du troisième partage de la Pologne, j'aurais armé tout mon peuple pour vous soutenir.

Aussitôt que la victoire m'a permis de restituer vos anciennes lois à votre capitale et à une partie de vos provinces, je l'ai fait avec empressement, sans toutefois prolonger une guerre qui eût fait couler encore le sang de mes sujets.

J'aime votre nation ; depuis seize ans j'ai vu vos soldats à mes côtés, sur les champs d'Italie comme sur cens d'Espagne.

J'applaudis à tout ce que vous avez fait ; j'autorise les efforts que vous voulez faire; tout ce qui dépendra de moi pour seconder vos résolutions, je le ferai.

Si vos efforts sont unanimes, vous pouvez concevoir l'espoir de réduire vos ennemis à reconnaître vos droits. Mais, dans ces con­trées si éloignées et si étendues, c'est surtout sur l'unanimité des efforts de la population qui les couvre que vous devez fonder vos espérances de succès.

Je vous ai tenu le même langage lors de ma première apparition en Pologne. Je dois ajouter ici que j'ai garanti à l'empereur d'Au­triche l'intégrité de ses États, et que je ne saurais autoriser aucune manœuvre ou aucun mouvement qui tendrait à le troubler dans la paisible possession de ce qui lui reste des provinces polonaises.

Que la Lithuanie, la Samogitie, Vitebsk, Polotsk, Mohilef, la Volhynie, l'Ukraine, la Podolie, soient animés du même esprit que j'ai vu dans la Grande Pologne et la Providence couronnera par le succès la sainteté de votre cause; elle récompensera ce dévouement à votre patrie, qui vous a rendus si intéressants et vous a acquis tant de droits à mon estime et à ma protection, sur laquelle vous devez compter dans les circonstances.

Extrait du Moniteur du 28 Juillet 1812.


Vilna, 15 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, expédiez un officier au duc de Reggio. Vous lui ferez connaître que je n'approuve pas le mouvement qu'il a fait sur Yezoros (aujourd'hui Novo-Alexandrowky) ; qu'en effet, si l'ennemi est en force à Dinabourg, c'est s'exposer à être attaqué par toute cette armée, à être enveloppé par des forces très-supérieures et à essuyer de grosses pertes; que, si l'ennemi n'est pas à Dinabourg, c'est contrarier mes opérations; que Soloki, étant à deux journées de marche de Dinabourg, est déjà assez près de cette place; qu'il est suffisant d'avoir de la cavalerie et quelques voltigeurs à Yezoros ; que mon intention est de manœuvrer sur le haut de la Dvina; que j'aurai le 17 mon quartier général à Sventsiany et le 18 à Gloubokoïé; qu'il doit recevoir les ordres du roi de Naples, ainsi que le duc d'Elchingen; que je suppose qu'il sera déjà à Dryswiaty et le due d'Elchingen sur Braslaf ; que mon intention est que le 3e et le 2e corps, ainsi que les trois divisions du 1er corps qui sont sous les ordres du Roi, puissent occuper une position qui tienne en res­pect le camp retranché de Drissa, en maintenant nos communica­tions avec Disna ; que je passerai du 20 au 25 entre Disna et Polotsk; que le prince d'Eckmühl s'est emparé de la place de Borisof; qu'il y a trouvé seize pièces de siège; qu'il a enlevé à l’ennemi, à Kholoui, un parc de deux cents voitures dont dix-huit pièces de canon et soixante milliers de poudre; qu'il a fait prisonniers 200 canonniers, 3 à 400 charretiers, et que 600 chevaux de trait sont tombés en son pouvoir ; que le roi de Westphalie est à Nesvije et marche sur Sloutsk ; qu’il a eu avec l'ennemi des affaires d'arrière-garde très-vives, où commandait le général Latour-Maubourg; que le général cosaque Gregorief y a été tué, et que Bagration se retire sur Bobrouisk; que le vice-roi, le 4e corps et le 6e arrivent à Dokchitsy, que toute la Garde marche sur Gloubokoïé ; que l'Empereur ne veut attaquer l'ennemi ni dans son camp retranché de Dinabourg, ni dans son camp retranché de Drissa; qu'il tournera ses positions, les rendra toutes inutiles et l’attaquera en marchant; que, comme Sa Majesté sera éloignée, il est nécessaire qu'il reçoive les ordres du roi de Naples et les exécute ponctuellement.


Vilna, 16 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, vous pouvez expédier votre lettre au roi de West­phalie. Écrivez au Roi qu'il est nécessaire de laisser du monde à Nesvije afin de surveiller ce que fait l'ennemi du côté de Pinsk, jusqu'à ce que le prince Schwarzenberg  y soit arrivé avec son corps. Pressez le prince Schwarzenberg d'arriver dans cette position.


Vilna, 16 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au duc de Tarente que vous recevez sa lettre du 14, que son premier convoi de trois cents voitures est déjà arrivé, et qu'on a fait retourner les voitures avec le plus grand soin, afin qu'il puisse continuer ses envois. Vous lui ferez connaître que le prince d'Eckmühl est entré à Borisof, qu'il y a pris seize pièces de canon et soixante milliers de poudre, et qu'il marche sur Igoumen pour tomber sur le flanc de Bagration qui file sur Bobrouisk; que le 5e corps a dépassé Nesvije, poursuivant l'arrière-garde de Bagration ; que le général Reynier avec le 7e corps est à Kletsk; que le prince Schwarzenberg se dirige sur Nesvije; que le 18 mon quartier général sera à Gloubokoïé; que je compte passer la Dvina du 20 au 25.

Vous lui manderez que je n'ai rien à ajouter aux instructions qu'il a reçues ; que ce n'est pas à Dinabourg que l'armée ennemie s'est réunie, mais à Drissa, où elle a une tête de pont de 3 lieues de tour; que toutes les forces ennemies se portent sur le haut de la Dvina ; que tous les renseignements assurent qu'il n'y a de votre côté que la garnison de Riga.

Vous lui ferez connaître que je désire qu'il ait une division à une marche de Dinabourg, afin de tenir en respect la garnison de cette ville et de lui faire craindre d'être coupée si elle se jetait un peu dans le pays; que le duc de Reggio, qui avait poussé des reconnaissances sur Dinabourg, s'est porté à trois marches sur la droite; qu'il est donc convenable qu'il contienne cette garnison; que l'Empereur compte passer la Dvina entre Disna et Vitebsk, ce qui obligera l'ennemi h faire l'une des deux opérations suivantes : ou à évacuer son camp retranché de Drissa pour couvrir Pétersbourg, ou à déboucher de Drissa pour tomber sur le corps d'armée qui est devant lui; que dans ce dernier cas il y aurait une bataille; qu'il est donc convenable qu'il prenne position, avec une forte division de 8 ou 9,000 hommes, devant Dinabourg, pour tenir en respect la garnison, et que par ce moyen il sera instruit plus tôt de l'issue des événements; que, s'il y a une bataille et que l'ennemi la perde, ou s'il évacue son camp re­tranché sans bataille et se porte sur Pétersbourg, le duc de Ta rente pourra passer la Dvina au point le plus favorable entre Riga et Dina­bourg; que, si les localités le permettent, peut-être serait-il conve­nable de passer ce fleuve à une marche de Dinabourg, afin d'être plus promptement en communication avec nous et de recevoir des ordres, soit pour cerner Riga, soit pour en entreprendre le siège, soit pour se diviser et se porter en partie sur Dinabourg et en partie sur Riga en corps d'observation, selon les nouvelles que l'on aura de la force de l'ennemi et des événements qui se seront passés; que, s'il y avait une bataille et que nous la perdissions, sa position près de Dinabourg serait également avantageuse, puisqu'elle empêcherait la garnison de Dinabourg de rien faire, et pourrait protéger notre flanc gauche; qu'il y a de Dinabourg à Jacobstadt trois marches, et de Dinabourg à Friedrichstadt cinq marches; qu'ainsi, en tenant une forte avant-garde à une journée de Dinabourg, ayant des postes sur la rivière, en ayant du côté de Friedrichstadt contre Riga, il se trou­verait occuper toute la rive gauche depuis Dinabourg jusqu'à quelques lieues de Riga, et qu'il ferait construire les radeaux nécessaires pour passer la Dvina à une journée de Dinabourg ; que dans cette position il remplirait donc le but de couvrir le Niémen, de protéger le pays, de contenir les garnisons de Dinabourg et de Riga et de menacer du passage; que pendant tout cet intervalle il serait très à portée de communiquer avec nous, et pourrait jeter son pont, du 24 au 25, entre Jacobstadt et Dinabourg, aussitôt qu'il connaîtrait l'issue des événements; que l'Empereur pense que, de sa personne, il devrait se tenir près de Dinabourg, comme plus à portée d'avoir des nou­velles et de prendre le parti que les circonstances exigeront ; que, si cette lettre le trouvait déjà en marche pour Jacobstadt ou Friedrich­stadt , cela ne le dérangerait en rien, puisque votre lettre ne s'éloigne pas de sa première instruction ; que toutefois ceci ne peut être con­sidéré que comme instruction générale pour le but qu'il a à remplir, vu l'éloignement où nous nous trouvons.


Vilna, 16 juillet 1812.

Au maréchal Oudinot, duc de Reggio, commandant le 2e corps de la Grande Armée, à Drysviaty (Cette lettre a été écrite par le major général sous la dictée de l'Empereur).

L'Empereur, Monsieur le Duc, a vu avec étonnement et a été fâché que, sans ordre, vous vous soyez porté sur Dinabourg. Si vous sup­posiez que l'armée russe y était, vous exposiez sans raison votre corps d'armée. Si vous aviez des données que l'armée russe n'y fût pas, votre marche est encore blâmable : vous exposiez votre droite, qui pouvait être attaquée par les troupes de l'armée russe qui sont dans le camp de Drissa. L'Empereur vous avait donné l'ordre d'aller à Soloki. Sa Majesté, vous croyant dans cette position, pouvait vous envoyer des ordres, et, au lieu de vous y trouver, vous en étiez à deux marches. Vous avez donc fait un faux mouvement sans but. L'Empereur savait bien qu'il y avait une place forte à Dinabourg, à laquelle les Russes travaillent depuis quatre à cinq ans. Je vous ai fait connaître, Monsieur le Duc, que vous étiez aux ordres du roi de Naples. L'Empereur suppose que vous avez pris les positions ordon­nées. Vous avez beaucoup contrarié l'Empereur par votre mouvement sur Dinabourg. Sa Majesté me charge de vous dire qu'elle espère que cela n'arrivera plus.


Vilna, 16 juillet 1812, six heures du soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kostenevitchi.

Mon Fils, je vous écris jusqu'ici par votre route ordinaire; je vous écris aujourd'hui par Gloubokoïé. Je serai demain à cinq heures du matin à Sventsiany. Il parait que l'ennemi fait des mouvements. Portez-vous sur Gloubokoïé. Je vous ai écrit hier d'envoyer un offi­cier au roi de Naples, qui est à Belmont près Braslaf. Correspondez avec moi par les piquets de la Garde qui sont depuis Sventsiany jusqu'à Gloubokoïé.


Vilna, 16 juillet 1812, dix heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Igoumen.

Mon Cousin, je n'ai pas de vos nouvelles depuis le 13. Je serai demain à six heures du matin à Sventsiany, et, selon les circonstan­ces, je me porterai aux avant-postes du roi de Naples qui sont sur Braslaf, ou sur Gloubokoïé. Le vice-roi est à Dokchitsy ; il se porte sur Gloubokoïé. Je n'ai pas besoin de vous recommander d'être pru­dent et de correspondre par Dokchitsy avec le vice-roi et avec moi. Faites en sorte que Bagration ne vous déborde pas, et ne vous enfour­nez pas mal à propos dans les marais de Bobrowisk. Le prince Schwarzenberg a ordre de se porter sur Nesvije. N'allez pas même trop vite sur Orcha, jusqu'à ce que vous sachiez des nouvelles de ce qui se sera passé de nos côtés, où les affaires vont prendre une couleur d'ici à peu de jours.


Vilna, 16 juillet 1812.

Au maréchal Bessières, duc d'Istrie, commandant la garde impériale, à Loujki.

Mon Cousin, je pars à l'instant même. Je serai à cinq heures du matin à Sventsiany; faites que j'y trouve de vos nouvelles avant neuf heures. Les lettres par la correspondance de la Garde doivent aller très-vite. Envoyez un officier au roi de Naples, à Belmont, et mettez quelques relais pour communiquer avec lui. Cette lettre vous joindra à Loujki. Si cela est, séjournez-y demain. Faites-en faire autant au général Kirgener, au petit quartier général et au général Sorbier, jusqu'à ce que je puisse donner des ordres de Sventsiany. Le général Curial peut également s'arrêter. Les Bavarois doivent vous joindre demain dans la position où vous êtes. Envoyez la lettre ci-jointe au vice-roi. Faites toujours construire les fours à Gloubokoïé.

Vous comprendrez facilement ce que vous avez à faire, lorsque vous saurez que le 15, au matin, l'ennemi a attaqué la cavalerie de la division Sébastiani, et que le roi de Naples prend position à Ikazni avec les 2e, 3e corps et partie du 1er et toute sa cavalerie. II vous aura sans doute écrit directement. Mon intention est de me diriger sur lui de tous les points, si l'attaque de l’ennemi se confirme. Faites-moi connaître la route que vous, le duc de Trévise, le général Curial, les Bavarois, le général Sorbier et le général Kirgener pouvez prendre de la position respective où vous serez demain à midi, pour vous diriger droit sur le roi de Naples. Dites au vice-roi qu'il doit corres­pondre avec moi par les piquets de la Garde. Je suppose que vous avez des nouvelles du général Lefebvre-Desnouettes, qui est parti en avant. Dirigez-le sur la gauche, afin de concentrer toutes nos forces si l'ennemi attaque. Si demain, arrivé à Sventsiany, je trouve que c'est une fausse alerte, je contracterai mon mouvement sur Gloubokoïé; mais un jour de repos ne peut avoir de l'inconvénient; cela donnera le temps aux Bavarois d'arriver. Vous préviendrez le général Saint-Cyr de se presser un peu d'arriver à votre hauteur.


Sventsiany, 17 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je suis arrivé à Sventsiany à dix heures du matin. J'en pars cette nuit pour Gloubokoïé. Les ponts que l'ennemi avait jetés et les petits mouvements qui s'en étaient suivis n'ont pas eu de suite.

Dites à l'ordonnateur qui est resté qu'on expédie tous les convois sur Gloubokoïé par la route de Mikhalichki, qui est beaucoup plus courte.

Envoyez quelques agents du pays en poste pour savoir ce qui se passe du côté de Nesvije, de Pinsk, de Bobrouisk.

Écrivez tous les jours une petite lettre à l'archichancelier et au ministre de la police, afin qu'il n'y ait aucune inquiétude à Paris. La ligne des courriers de l'estafette vient de Vilna à Gloubokoïé par Sventsiany ; ainsi je compte que vous me renverrez mon officier d’or­donnance, que vous m'écrirez par toutes les estafettes ce qui se passe de nouveau dans la place et des nouvelles de Varsovie.


Gloubokoïé, 18 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je suis arrivé à Gloubokoïé. Le général Grouchy a pris à Staroï-Lepel 1 colonel, 10 officiers, 200 mineurs et des magasins assez considérables. Il y a à Borisof une quantité immense de sel ; il serait convenable d'en approvisionner la popula­tion. Conférez de cela avec le gouvernement. Le pays de Vilna à Sventsiany est horrible ; mais de Sventsiany à Gloubokoïé il est su­perbe; il n'y a pas de forêts et les récoltes sont magnifiques. Le général Colbert, qui est déjà à Tolotchine, dit qu'il lui a paru que l'esprit était changé et que ce n'étaient plus des Polonais; faites-moi connaître ce qu'on dit de cela à Vilna. Il faut que dans les directions d'Orcha et de Mohilef on envoie des commissaires polonais avec des proclamations. On n'a envoyé dans le pays aucun imprimé. Je désire que vous fassiez imprimer, au nombre de 6,000 exemplaires, la pro­clamation aux Polonais pour les faire déserter, et au même nombre les principales pièces que les journaux de Vilna ont publiées sur la Confédération. Les premiers 250 exemplaires, vous les enverrez à l'état-major général;  les seconds 250 au prince d'Eckmühl, par Minsk; les troisièmes 250 au prince Poniatowski; les 250 suivants au duc de Tarente ; les 250 suivants au duc de Reggio ; enfin autant au duc d'Elchingen, au roi de Naples et au vice-roi, ce qui fait les deux premiers milliers. Les deux seconds milliers seront distribués de la même manière que les deux premiers. Il faut aussi que l'admi­nistration polonaise en envoie dans toutes les directions.

La Confédération générale du royaume de Pologne au Polonais retenus au service civil ou militaire de la Russie.

Compatriotes !

La patrie s’est relevée ! Et avec elle, au même instant, tous les devoirs qui vous lient à elle; ces devoirs que vous avez contractés en naissant reprennent leur vigueur. En existe-t-il de plus anciens et de plus sacrés ? Jetez les yeux sur les fastes du monde, sur les exemples immortels de vos aïeux, sur les faits récents de vos frères; portez surtout vos regards au fond de vos cœurs, et, s'ils sont encore polonais. Ils vous diront que, s'il n'y a pas de gloire égale à celle de vivre et de mourir pour la patrie, il n'y a pas de crime ni d'opprobre sem­blable à celui de servir contre elle, de se joindre à ceux qui l'ont déchirée et qui l'ont inondée de votre sang.

Polonais ! Sentez-vous le plus douloureux de tous les coups, cet opprobre qu'on veut jeter sur votre race ? Regardez à quel coin sont frappées ces marques qu'on vous fait porter ! De quel sang sont teints ces drapeaux qui flottent sur vos têtes ! Les barbares seuls pourraient concevoir cette idée atroce que vous seriez capa­bles d'envisager comme un bienfait l'affreux privilège de servir ceux dont vous étiez les vainqueurs et les maîtres, la permission de répandre pour eux les restes d'un sang qu'ils n'ont pu entièrement épuiser et dans lequel ils ne se sont déjà que trop baignés.

Tant que la patrie n'existait pas, ils pouvaient être tolérés, ces liens formés par la nécessité, par la violence ou par le soin d'éviter l'œil vigilant du despote. Il n'est sûrement pas de Polonais assez dégénéré pour les porter volontaire­ment; ils ne furent jamais assez forts pour qu'il ne fût pas permis de les rom­pre; aujourd'hui, ils sont déjà brisés, ils n'existent plus.

La patrie reprend ses droits et va les exercer dans toute leur étendue; il n'y a plus à délibérer ni à choisir : il faut lui obéir ou être sourd à sa voix, et désormais elle n'aura plus à compter que des enfante fidèles ou des traîtres.

O patrie adorée des Polonais ! Non, tu n'éprouveras pas ce comble d'igno­minie que tes fils te soient parjures, qu'ils t'abandonnent et qu'égarés par le langage sacrilège des oppresseurs ils puissent appeler leurs services un lien d'honneur ! Eh ! Y en aurait-il à plonger un fer parricide dans le sein de sa mère ?

La bravoure n'est honorable que lorsque la cause à laquelle elle est consacrée est celle de l'honneur, et la fidélité n'est une vertu que lorsqu'elle protège ces devoirs sacrés que la nature et la patrie ont gravés dans nos cœurs en carac­tères ineffaçables.

Livrez-vous donc à cette indignation, à cette horreur que doit vous inspirer tout ce qui vient de ceux qui ont juré votre ruine. Ne tardez pas à vous pro­noncer et vous ferez trembler vos tyrans. Descendants de tant d'illustres pa­triotes, quittez ces marques qui vous avilissent, jetez ce fer parricide, et, animés d'une juste vengeance, joignez-vous à nous et tournez-le contre vos oppresseurs pour les punir de tant de violences et d'outrages. On n'est jamais mieux paré aux yeux de la patrie que quand on se présente couvert du sang de ses ennemis. Venez, suivez les traces de ces compatriotes vertueux qui, avant dix-huit ans, dès qu'ils ont entendu le cri de la patrie, n'ont pas balancé de briser leurs fers et sont accourus à son secours, en se faisant jour, en foulant les cadavres de ces mêmes esclaves qui prétendent pouvoir vous retenir aujourd'hui.

Quelle plus belle carrière pourrait-on vous offrir que celle où vous vous trou­verez réunis à des frères qui, après avoir fait retentir par toute la terre le nom polonais, croient tous leurs travaux récompensés, puisqu'il leur est permis de vous offrir une patrie, de vous inviter à combattre pour elle ! C'est ici le vrai champ de l'honneur et du devoir; c'est ici que de véritables Polonais veulent répandre leur sang pour une véritable Pologne, ici sous les yeux du plus grand des héros, du protecteur le plus généreux, ici à côté de la première armée du premier peuple du monde, ici enfin au milieu de toutes les nations civilisées qui ont marché pour se garantir une fois contre les irruptions des barbares.

Venez donc, la patrie vous appelle ! Vos frères vous tendent les bras ; nos cœurs, nos temples et nos sanctuaires sont ouverts pour vous. Venez! que le plus grand des souverains, que l'Europe entière puissent applaudir à ce dévoue­ment, à ce zèle patriotique qui n'admet ni bornes, ni ménagements, ni réserve; que cette patrie si fière de rattachement de ses enfants, qui vous sourit main­tenant avec tendresse, ne voie pas s'obscurcir l'aurore de sa vie nouvelle, ne soit pas forcée de se montrer sévère et inexorable envers ceux qui, égarés par le plus criminel aveuglement, auraient l'impudence de la renier.

Fait à la séance du conseil général de la Confédération générale à Varsovie, en vertu des articles VI et VII de l'acte de ladite Confédération, le 7 juillet 1812.

Le maréchal de la Diète et de la Confédération générale de Pologne, Adam Czartoryski.

Le secrétaire de la Confédération générale, Capitan Kozmian.


Gloubokoïé, 18 juillet 1812, cinq heures du soir

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, je suis arrivé aujourd'hui à Gloubokoïé, où se réunit toute la Garde. Le général Grouchy me mande qu'il a pris des maga­sins à Staroï-Lepel : il y a pris 750 sacs de farine et 327 tonneaux de biscuit. J'approuve la direction d'une partie de votre cavalerie sur la Berezina. Je pense que je ne dois pas tarder à recevoir des nou­velles de votre arrivée à Dokchitsy. Votre premier soin aura été sans doute de mettre des postes de communication sur la route de Gloubokoïé.

Le 14, le 15 et le 16, il est arrivé à Vilna une grande quantité de convois, faisant la valeur de 2,000 quintaux de farine environ, pour votre armée. Envoyer au-devant de ces convois pour qu'ils ne s'égarent pas.

Le 6e corps devrait arriver aujourd'hui à Gloubokoïé; pourtant nous n’en avons pas de nouvelles. Comme ce sont des Bavarois, qui marchent lentement, peut-être au lieu de cinq jours mettront-ils un jour de plus.

J'attends à chaque instant des nouvelles du roi de Naples. Je n'en ai pas depuis le 16 au soir.

Tout me porte à penser, sans cependant en être sûr, que l'ennemi se porte sur Polotsk pour ne pas se laisser couper de Saint-Péters­bourg. Toutefois il n'y a pas de mal à placer une partie de votre cava­lerie légère de ce côté-ci. Quant au reste de votre cavalerie et à vos trois divisions, ils passeront la journée à se reposer, et je vous ferai passer des ordres demain avant six heures du matin. Si vous n'en receviez pas, vous placeriez vos trois divisions quelques lieues en avant sur le chemin de Gloubokoïé.


Gloubokoïé, 18 juillet 1812, neuf heures du soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 18 à midi. Je ne conçois pas comment elle ne m'est arrivée qu'à sept heures. Nous ne sommes pas éloignés cependant de plus de deux heures. Je vous ai écrit à cinq heures. Je n'ai pas encore de nouvelles du roi de Naples; mais de nouveaux renseignements me portent à penser que l'ennemi file sur Vitebsk par la rive droite. J'approuve que vous dirigiez votre cava­lerie sur les routes de Vitebsk et de Polotsk ; poussez-la jusqu'à Kamen et jusqu'au pont de Botcheïkovo sur la rivière d'Oulla ; poussez celle de gauche jusqu'à Ouchatch. Mais qu'ils aillent prudemment. Le général Lefebvre-Desnouettes, avec la cavalerie de la Garde, occupe Loujki. Votre cavalerie légère vous fera faire des vivres et vous rapportera des nouvelles. Réunissez demain toute votre infanterie à Dokchitsy; placez une division sur la route de Polotsk et l'autre sur celle de Vitebsk : selon que je vous ferai marcher sur l’une ou l'autre route, celle de cette route fera l'avant-garde. Tout porte à penser que je vous ferai marcher par la route de Vitebsk. Il est bien impor­tant que vos marins, vos sapeurs, vos pontonniers soient en tête. Il sera très-possible que je vous charge de passer la rivière à Biéchenkovitchi : il y a là un rentrant favorable. Mettez sur la route des postes de correspondance, afin que nous puissions communiquer rapidement en deux heures.


Gloubokoïé, 19 juillet 1812, trois heures du matin.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, je reçois des nouvelles du roi de Naples. Il paraît déci­dément que les Russes ont abandonné leur camp retranché de Drissa, et qu'ils se retirent en toute diligence sur Polotsk, en évacuant leurs bagages par la route de Saint-Pétersbourg. Cela étant, il serait con­venable que vous vous portassiez sur Kamen. Tous les corps de la gauche se portent sur Disna : le corps du général Nansouty doit y être aujourd'hui; il se dirige sur Polotsk, de sorte que votre flanc gauche se trouvera bien assuré. Aussitôt que vous serez certain que le général Nansouty a intercepté la route de Polotsk, il faut réunir votre cavalerie légère sur Kamen. Mettez-y quelques pièces d'artil­lerie légère et des voltigeurs, afin d'avoir là une bonne avant-garde. Le général Grouchy est à Bobr; faites-lui part de votre mouvement. Par ce mouvement vous flanquerez sa gauche.

 

P. S. Commencez le mouvement de votre infanterie sur Kamen ; si vous avez deux routes, prenez la plus courte. Je vous écrirai encore dans trois heures d'ici.


Gloubokoïé, 19 juillet 1812, six heures et demie du matin.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, je vous ai écrit à trois heures du matin. Je viens de recevoir des nouvelles fraîches de Drissa. L'ennemi a abandonné son camp retranché, laissant ses ouvrages, fruit de neuf mois de travail. II remonte, à ce qu'il parait, en toute hâte la rivière par la rive droite ; il est donc indispensable que vous marchiez avec la division la plus en état pour appuyer votre avant-garde. Je suppose que votre cavalerie légère aura ce soir des postes à Kamen et sera réunie demain.


Soyez demain de votre personne à Pychno. Les deux autres divisions d'infanterie peuvent suivre à une demi-marche l’une de l'autre. Arri­vez le plus tôt possible avec votre première division à Kamen, afin de pouvoir pousser des postes sur Biéchenkovitchi. La cavalerie du comte Nansouty, qui remonte la rivière sur la rive gauche, vous rejoindra à peu près en même temps. Votre mouvement est impor­tant, afin de couvrir la droite du général Grouchy. La cavalerie légère bavaroise est attendue ici ce matin ; je la dirigerai de suite sur Ouchatch. Je vous ferai connaître sa marche, pour que vous lui envoyiez des ordres. Ces quatre brigades réunies avec la Garde vous feront près de 5,000 hommes de cavalerie. Les Bavarois doivent avoir avec eux une batterie d'artillerie légère; si vous joignez à cela une ou deux batteries d'artillerie légère et 1,200 hommes d'infanterie des meil­leurs marcheurs, cela vous fera une avant-garde fort respectable, qui pourra très-bien se trouver détachée à sept ou huit heures en avant de voire corps d'armée.

Je n'ai point de nouvelles du corps bavarois ; mais il me semble que la journée de demain ne peut pas se passer sans qu'ils arrivent. Ils seront toujours à temps pour vous arriver en réserve.

 

P. S. Ayez soin de bien placer des postes de correspondance, aux­quels vous donnerez ordre d'avoir des chevaux, afin que votre cor­respondance soit bien rapide, et que vous puissiez me transmettre vos rapports à raison de deux lieues par heure; s'ils ne trouvaient pas de chevaux, ils fourniraient leurs propres chevaux.


Gloubokoïé, 19 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, l'ennemi a évacué son camp retran­ché de Drissa et brûlé tous ses ponts et une immense quantité de magasins, sacrifiant des travaux et des approvisionnements qui étaient l'objet de ses soins depuis plusieurs mois. Il paraît que ce sont les mouvements sur Vitebsk et sur le Dniepr qui l'ont décidé à cette éva­cuation. Je désire que vous envoyiez un courrier au duc de Tarente, qui est en Samogitie, pour lui faire connaître officiellement cette nouvelle et le presser de se porter sur la Dvina, entre Dinabourg et Jacobstadt, conformément à ses instructions, afin de jeter un pont sur cette rivière. Vous vous servirez pour courrier d'un homme du pays, qui dans aucun cas ne serait compromis. Envoyez également un courrier du pays au prince d'Eckmühl pour lui annoncer ces nouvelles, en y ajoutant que le vice-roi marche sur Kamen, mais que les Russes ont commencé leur mouvement de retraite de Drissa le 16; qu'ainsi il faut qu'il marche bien éclairé sur sa gauche. Vous dirigerez ce courrier par Minsk, Igoumen et Berezina. Envoyez aussi ces nouvelles au roi de Westphalie et au prince Poniatowski, afin de presser leur mouvement.


Gloubokoïé, 19 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez ordre au général Nansouty, qui doit être à Disna, d'envoyer la division Bruyère vis-à-vis Polotsk t et de se mettre en mouvement pour la soutenir. Qu'il donne ordre à la division Morand de se rendre en toute diligence à Disna. Recommandez-lui de mettre des postes de cavalerie depuis vis-à-vis Polotsk jusqu'à Disna, afin de correspondre rapidement avec nous.


Gloubokoïé, 19 juillet 1812.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, je désire que vous m'envoyiez le croquis de la route que vous avez suivie depuis Vilna , en me faisant connaître quelle est la meilleure à suivre, la force des villages, la nature du pays, les rivières et les ponts par ou il faut les passer. Cela m'est extrêmement nécessaire.


Gloubokoïé, 19 juillet 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, vous avez demandé au prince de Neuchâtel ce que vous devez faire de vos malades et malingres. 4e pense que vous devez choisir sur la route un couvent, les y centraliser tous, en y laissant on médecin et quelques employés. Si dans l'endroit où vous êtes il y a an couvent, placez-les-y; il est préférable de choisir cet endroit comme chef-lieu de district. Vous ferez connaître au major général, au gouverneur de la province où se trouvera cet hôpital, et à l'inten­dant ce que vont avez fait.


Gloubokoïé, 19 juillet 1812, au soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, un officier qui arrive de chez le roi de Naples continue sa route pour vous rejoindre. La cavalerie légère bavaroise est arri­vée aujourd'hui ici; elle part demain pour Ouchatch : elle flanquera ainsi votre gauche ; je la ferai appuyer par le duc d'Istrie, par la Garde à cheval et par la Garde à pied. Cependant je ne suis pas encore entièrement décidé sur le mouvement de la Garde; j'attends une nouvelle dépêche du roi de Naples.

Envoyez-moi les détails sur la route que vous faites, sur les dis­tances, sur la beauté et la nature du pays ; car nous avons des cartes bien mauvaises.


Gloubokoïé, 19 juillet 1812.

Au comte Collin de Sussy, ministre des manufactures et du commerce, à Paris

Monsieur le Comte de Sussy, je reçois votre lettre du 16 juillet. Je vois avec plaisir que les temps difficiles sont passés ; c'est une cruelle expérience que nous avons faite là ; je le dois en partie aux faux renseignements qui m'ont été donnés par le ministère de l'inté­rieur. Si j'avais écouté ses bureaux, j'aurais encore tardé à défendre l'exportation des blés, et nous n'aurions plus été maîtres de la crise. Il est donc bien intéressant que vous preniez des mesures pour être exactement instruit des ressources, afin de savoir quand on doit per­mettre ou défendre l'exportation. Ceci est pour l'avenir; car, pour les deux années qui vont suivre, les récoltes fussent-elles d'une abon­dance inouïe, nous en aurions besoin pour refaire nos magasins.

Un second objet qui doit mériter votre sollicitude, c'est l'intégrité de la réserve : cela encore a été mal mené par les bureaux du minis­tère de l'intérieur. La plus crasse ignorance a présidé à toutes ces affaires, de sorte que je suis arrivé dans la crise sans avoir mes ma­gasins remplis. Il est temps de mettre de l'ordre, et que la réserve soit portée à 500,000 quintaux sans qu'il y manque rien. Il faudra de la prudence et du temps pour compléter cette réserve.

Mon intention est aussi d'employer une vingtaine de millions à avoir des magasins à Orléans, à Cambrai et près de toutes les grandes villes de France. Ces 20 millions, à 10 francs le quintal, feraient 2 millions de quintaux. En faisant ces achats avec prudence et dans les bonnes années, on doit avoir le quintal à 10 ou 12 francs, et je serai alors à l'abri de toute inquiétude.

Deux ans avant cette terrible année, j'avais ordonné cette mesure ; mais le ministre de l'intérieur n'en avait rien fait, et enfin, lorsqu'on commençait à la mettre à exécution, la mauvaise année est arrivée.

Il entre dans vos attributions et il est convenable que la guerre soit aussi approvisionnée toujours pour une année, en ayant soin de faire cet approvisionnement dans les bonnes années.

Enfin, j'ai ordonné depuis bien des années la construction d'un magasin d'abondance du côté de l'Arsenal, et je ne sais par quelle fatalité cette construction avance si lentement. Ce ne sont pas les fonds qui manquent ; car les fonds faits pour une année ont toujours servi pour deux. Je désire que vous voyiez le ministre de l'intérieur, pour qu'on presse les travaux et qu'on sache me dire s'il ne serait pas possible de les terminer d'ici à un an. L'Arc de Triomphe, le pont d'Iéna, le Temple de la Gloire, les abattoirs, peuvent être retar­dés de deux ou trois années sans inconvénient, au lieu qu'il est de la plus grande importance que ce magasin d'abondance soit terminé.

J'ai ordonné à l'intendant général de la Couronne de faire con­struire à Saint-Maur des moulins et des magasins pour le compte du domaine extraordinaire; il ne faudrait pas que ces constructions fussent encore dans le pays des chimères; l'argent sera donné en abondance. Voyez le duc de Cadore et Costaz; faites qu'on travaille fort cette année, et que les mesures soient prises pour avoir de grands résultats dans la campagne prochaine.

Il ne faut pas se dissimuler qu'il manque aux environs de Paris des locaux pour la grande quantité d'approvisionnements qu'il con­vient de réunir.

Il serait peut-être aussi nécessaire de faire faire des recherches pour connaître les lieux où nous pouvons trouver des magasins tout faits. Mon principe est que chaque grande commune doit avoir des magasins capables de la nourrir trois mois, mais que ces magasins ne doivent être formés que dans les temps d'abondance.

Indépendamment de ce, je veux avoir plusieurs grands magasins sur les principales artères, qui offrent l'avantage de faire acheter les blés quand ils sont à bon marché et d'en relever les prix pour soutenir l'agriculture, ou de les faire vendre pour en faire baisser les prix quand ils sont trop chers.

J'ai dicté là-dessus beaucoup de notes, même du temps de M. Cretet. Cela doit se trouver dans les procès-verbaux des conseils d'administration; faites-vous remettre tout cela sous les yeux.

Quant à l'organisation générale, c'est une très-grande affaire. Peut-être serait-il convenable de conserver le directoire actuel, mais comme centre d'administration, et un conseil des subsistances, afin de pouvoir toujours réunir des personnes qui aient la tradition et les principes.

Mais ce qui, je crois, a été mauvais, ce sont les achats directs qu'a faits l'administration. Je ne vois pas ce qui a obligé l'administra­tion à faire des achats directs, et pourquoi elle n'a pas passé des mar­chés pour en charger le commerce. Il est bien évident que des agents qui peuvent acheter à tout prix feront hausser les marchés, et qu'il s'introduira de grandes dilapidations dans ces achats. Mais pourquoi, par exemple, le directoire ne passerait-il pas des marchés dont il n'aurait qu'à surveiller l'exécution et à faire faire les payements ? C'est à peu près ce que vous avez fait pour la Normandie. Au reste, cette matière est si compliquée, qu'il n'est pas indifférent d'avoir là un homme désintéressé, sévère et de probité, qui puisse constam­ment s'en occuper.

J'ai un directeur des douanes ; il n'est jamais venu dans sa tête de faire faire par une régie le transport des marchandises saisies; mais c'est en passant des marchés qu'il assure ce service : or, si le directeur des vivres en agissait ainsi, peut-être réunirait-on les avan­tages de deux systèmes. Cela mérite discussion et considération.


Gloubokoïé, 20 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je ne conçois pas trop pourquoi on n'a pas placé dans la commission du Gouvernement M. Tyzenhaus ; on dit que ce riche propriétaire est très-ennemi des Russes et très-entendu. Faites des recherches là-dessus. Je vous envoie deux ukases interceptés; vous y verrez qu'on lève 5 hommes sur 100 dans les gouvernements de Vitebsk, Mohilef, Livonie, etc. Il serait très-important que les levées polonaises se fissent sans délai. On m'avait promis cinq régiments d'infanterie de trois bataillons et trois régi­ments de cavalerie; ai-je nommé les colonels ? Et a-t-on fait choix de grands propriétaires, capables de faire de grands sacrifices pour cette levée, ou n'a-t-on pris que des gens sans crédit ? Je crois qu'il faudrait nommer des propriétaires d'une grande influence, comme celui que je viens de vous indiquer. Il faudra réunir les recrues à Minsk, Kovno et Vilna, et faire le plus promptement possible l'orga­nisation des régiments. Les fusils ne tarderont pas à arriver. Il est bien important qu'à mesure que l'armée s'avance on puisse réunir sur ses derrières un corps d'une quinzaine de mille hommes, qui garantisse le pays et tous les points qu'on voudra contre les invasions des Cosaques. Occupez-vous de cela sérieusement et donnez vos instructions au sieur Bignon; c'est un objet principal. On m'avait fait espérer des bataillons de garde-chasse, qu'on devait former dans les marais de Minsk, sur le Borysthène et sur la Dvina ; il me serait très-avantageux d'avoir de ces bataillons, qui éclaireraient le pays.

Voici les nouvelles militaires : Nous sommes entrés à Orcha, où nous avons trouvé des magasins immenses. Nous avons passé le Borysthène, et l'on courait après un convoi de cent trente pièces de canon qui rétrogradait sur Smolensk. Nous devons être actuelle­ment à Mohilef. Bagration n'a pas pu gagner Bobrouisk ; il a été forcé de passer plus bas. Le camp retranché de Drissa a été évacué. Toutes ces nouvelles peuvent être dites sommairement; envoyez-les par des courriers du pays au duc de Tarente, au général Reynier et au prince Schwarzenberg, à Nesvije et à Varsovie.

Il est convenable que la commission de gouvernement fasse une adresse aux provinces de Mohilef, de Vitebsk et de Polotsk, et envoie un député dans chacune de ces provinces ; surtout qu'on envoie beau­coup d'imprimés de la diète de Varsovie et de tout ce qui a été fait. Ces gens-ci sont lents et paraissent n'avoir pas d'argent; suppléez à tout cela. Réglez le traitement du sieur Bignon, qui sera payé sur les fonds de votre département ; ce sera le même que celui qu'il avait à Varsovie ; il faut qu'il tienne une maison convenable. Donnez le plus de mouvement qu'il sera possible à tout cela.


Gloubokoïé, 20 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Mon Cousin, donnez ordre as grand quartier général de partir de Vilna le 22 et le 23, sous l'escorte de trois bataillons de marche de la Jeune Garde, des trois bataillons de marche du 3e corps, des batail­lons de marche formés des hommes appartenant à quelque corps que ce soit, bien armés et bien équipés, et enfin des régiments de marche qui seraient à Vilna. On y joindra dix-huit ou vingt-quatre pièces de canon de la Garde, servies par la réserve du général Pellegrin, et on profitera de cette occasion pour, faire partir tous les convois qu'il y aurait à Vilna chargés de farine, de pain et de biscuit. Ce convoi bien en règle viendra en sept jours à Gloubokoïé, en passant par Lovarichki et Mikhalichki. Il sera distribué en partant de Vilna huit jours de pain à tout le monde. Les boulangers de la Garde, les con­structeurs de fours qui seraient restés, partiront avec la Garde, ainsi que la compagnie des ouvriers du Danube et ce qui resterait de l'équi­page de pont. Vous donnerez l’ordre qu'il soit construit à Mikhalichki deux fours et à Dounilovitchi deux fours, afin qu'on puisse donner régulièrement le pain en passant. Faites établir des commandants d'armes, des postes avec des chevaux, et de petites garnisons dans tous les gites. Jusqu'à ce que les fours soient construits, on donnera du pain à Vilna pour huit jours. On prendra des mesures pour que la viande soit distribuée à Vilna pour deux jours, et dans tous les lieux d'étape de deux jours l'un. Vous aurez soin de tracer la meilleure route, la mieux réparée, et de charger un inspecteur des routes de veiller à sa réparation et à son entretien.

Désormais tous les hommes qui appartiennent aux 2e, 3e et 4e corps et à la Garde se dirigeront également sur Gloubokoïé. Tous les con­vois suivront cette direction. Vous donnerez ordre qu'il soit choisi sur la route deux couvents ou grands locaux pour les ambulances, qu'il soit préparé à Gloubokoïé des locaux pour 1,200 malades, et qu'il soit établi an petit dépôt pour 1 million de cartouches et 10,000 coups de canon, 1,000 fusils, et que le général d'artillerie envoie ces objets ici, à mon dépôt central.

Il y aura à Gloubokoïé un officier général comme commandant plusieurs districts, avec use garnison de 500 hommes. Indépendam­ment des fours qui sont construits, faites-en construire douze autres dans le jardin du couvent que j'habite. Donnes ordre qu'il soit laissé ici un commissaire des guerres et des chefs d'administration; qu'il soit choisi un local pour former un magasin de subsistances, près du couvent.

Donnez ordre qu'il soit requis dans l'arrondissement du district 10,000 quintaux de farine à fournir à raison de 1,000 quintaux par jour, 25,000 pintes d'eau-de-vie, autant de bière, 100,000 bois­seaux d'avoine et du fourrage, à compte des contributions, afin qu'il y ait ici un magasin central où, en cas d'événement, je puisse trou­ver quelques ressources pour l'armée. Si cela est nécessaire, on éten­dra les réquisitions à quelques districts voisins. On placera ces maga­sins près du couvent. Les douze fours à construire le seront par un détachement de constructeurs de fours qui arrive de Vilna. Il est indispensable que ces douze nouveaux fours soient construits d'ici à dix jours.

Indépendamment du pain nécessaire pour le passage des troupes, on laissera ici des boulangers et on prendra des femmes du pays pour les aider, afin que les fours puissent faire 30 à 36,000 rations de pain. On fera du pain biscuité. Il est nécessaire d'avoir dans sept ou huit jours 100,000 rations de pain biscuité.

Il sera établi près de Gloubokoïé, dans un endroit où l'on puisse avoir facilement de l'avoine et des fourrages, un dépôt de cavalerie, mais qui ne soit pas à plus de 8 ou 9 lieues d'ici. Vous nommerez un officier supérieur de cavalerie pour commander ce dépôt. Tous les chevaux éclopés des corps des généraux Montbrun et Nansouty, de la cavalerie des 2e et 3e corps et de la Garde, seront dirigés sur ce dépôt.


Gloubokoïé, 20 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Mon Cousin, écrivez au prince d'Eckmühl que je ne puis pas être satisfait de la conduite qu'il a tenue envers le roi de Westphalie; que je ne lui avais donné le commandement que dans le cas où, 1a réu­nion ayant eu lieu et les deux armées étant sur le champ de bataille, un commandant eût été nécessaire; qu'au lieu de cela il a fait con­naître cet ordre avant que la réunion fût opérée, et lorsque à peine il communiquait par quelques postes; qu'après avoir fait cela, et après avoir appris que le roi de Westphalie s'était retiré, il devait conserver la direction et envoyer des ordres au prince Poniatowski ; que je ne sais plus aujourd'hui comment va ma droite; que je lui avais donné une preuve de la plus grande confiance que j'aie en lui, et qu'il me semble qu'il ne s'en est pas tiré convenablement; que, puisqu'il avait pris le commandement, il devait le garder, mais qu'il eût mieux fait de ne pas le prendre, puisqu'il n'était pas réuni au Roi ; qu'à présent que je suis très-éloigné j'ignore ce qui se passe sur ma droite, que mes affaires en souffrent; tandis que, s'il avait écrit au prince Poniatowski que, le Roi ayant quitté le commandement, il lui donnait une direction, mes affaires n'auraient pas souffert.


Gloubokoïé, 20 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Mon Cousin, il est indispensable d'envoyer un officier de confiance sur la droite; il se rendra d'abord à Minsk, et de là auprès du prince Poniatowski. Si le roi de Westphalie est revenu, il lui portera des instructions; si le Roi a continué sa pointe, il portera des ordres au prince Poniatowski pour commander la droite et des instructions. Le général Marchand continuera à être chef d'état-major de la droite. Les instructions du prince Poniatowski et du Roi seront de tenir le général Reynier à Nesvije, afin qu'il puisse appuyer sur Pinsk et marcher au secours du Grand-Duché, jusqu'au moment où les opé­rations seront tellement avancées que les troupes russes auront repassé le Borysthène. Le général Reynier formera à Nesvije un corps d'observation. Le prince Poniatowski, avec les 5e et 8e corps et le 4e corps de cavalerie, doit se lier avec le prince d'Eckmühl par sa gauche et cependant harceler Bagration et le suivre. Dans l'éloignement où il se trouve, il doit agir selon les circonstances et avoir pour but d'empêcher Bagration de faire du mal et de tomber sur le prince d'Eckmühl.

Vous enverrez un officier au prince Schwarzenberg, qui doit être aujourd'hui à Nesvije, pour qu'il appuie, en cas d'événement, le prince Poniatowski, et pour que, s'il n'y a là aucun danger, il se porte sur Minsk; pour qu'il fasse connaître quand il y arrivera, afin que je lui envoie des ordres, et pour qu'il forme des colonnes mo­biles pour arrêter les traîneurs et les maraudeurs, de quelque nation qu'ils soient. Vous lui ferez connaître que l'ennemi a évacué son camp retranché de Drissa, où il avait fait de grands travaux et formé des magasins qu'il a détruits; que nous sommes à Drissa, à Orcha, à Mohilef, et qu'on marche sur Vitebsk.


Gloubokoïé, 20 juillet 1812, trois heures après midi.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Kokhanovo

Mon Cousin, je vois par votre lettre du 18, à six heures du soir, que vous êtes aujourd'hui à Kokhanovo. Le vice-roi est à Pychno; il sera demain à Kamen. Le général Nansouty continuera sa route sur la rive gauche jusqu'à Biéchenkovitchi, et ainsi vous gardera toute la gauche. Tout porte à penser que le prince Bagration arrivera sous Mohilef. Vous aurez sans doute donné ordre au prince Poniatowski de venir sur Igoumen avec le 4e corps de cavalerie et le 5e et le 8e d'infanterie, afin de vous flanquer et de pouvoir vous réunir à Mohilef pour attaquer avec avantage Bagration. Les trois divisions de votre corps d'armée sont aujourd'hui à Disna et filent sur Biéchenkovitchi ; mais le vice-roi y arrivera beaucoup plus tôt. J'ai fait appuyer le vice-roi par la Garde. Il sera donc nécessaire, aussitôt que vous serez en communication avec le vice-roi et que votre gauche sera flanquée, que vous soyez en force sur Mohilef, afin de rester maitre de cette ville importante et de pouvoir y recevoir Bagration. Il parait que l'empereur Alexandre est à Polotsk; ils ont évacué leur camp retranché de Drissa; leurs mouvements parais­sent bien incertains. Si Doktourof a marché effectivement au secours d'Orcha, il n'aura pas pu arriver avant le 20 ou le 21, et vous êtes en mesure de le recevoir et de le bien battre. Il est bien malheureux que dans de pareilles positions, par de fausses mesures, le commandement de ma droite se trouve désorganisé. J'ai fait donner ordre au prince Schwarzenberg de se rendre à Minsk. Le général Reynier doit rester en colonne d'observation à Nesvije. Il faut que le 5e et le 8e corps d'infanterie et le 4e corps de cavalerie soient sur votre droite. Je vais incessamment porter mon quartier général à Kamen. Cepen­dant continuez à m'adresser vos lettres à Gloubokoïé, et, si elles contenaient des choses importantes, vous les adresseriez en double par le canal du vice-roi.


Gloubokoïé, 21 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Ordre au général Éblé de faire passer deux compagnies de pon­tonniers et deux compagnies de marins sur Biéchenkovitchi, avec un officier de pontonniers, le plus entendu possible. Dites-lui que nous avons passé la Dvina à Disna et jeté trois ponts de radeaux. Nous avons également passé le Borysthène à Orcha, où nous avons établi également des ponts de radeaux. Il n'en faut pas moins faire conduire nos bateaux; on peut en avoir besoin pour faire un passage de vive force ; mais il faut qu'il fasse passer ses compagnies en toute diligence.


Gloubokoïé, 21 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, écrivez au général Grouchy que j'ai reçu sa lettre; qu'il ne mande pas la quantité de farine qui a été trouvée à Orcha ; que nous sommes dans le plus grand besoin ; que toute l'armée se réunit sur Kamen, et qu'il est nécessaire qu'il donne l'ordre à Borisof de nous expédier du pain et des farines sur Staroï-Lepel. Si les transports par eau sont trop lents, il faudra les expédier par terre; mais nous avons besoin de magasins et de moyens de subsistance. Mandez-lui aussi que, si de Kokhanovo ou de Bobr il peut diriger des vivres sur Tchachniki, il les dirige; car il y aura dans peu 150,000 hommes à Biéchenkovitchi.


Gloubokoïé, 21 juillet 1812, une heure après midi.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez l'ordre au général Sorbier de partir de suite avec quatre batteries d'artillerie à cheval pour arriver le plus lot pos­sible à Ouchatch. Il les fera suivre le plus tôt possible par les batte­ries à pied. Donnez ordre au général Curial de partir de suite avec les chasseurs à pied pour se rendre à Ouchatch. Il est nécessaire qu'il prenne pour six jours de pain; il mènera avec lui son artillerie. Don­nez ordre au petit quartier général de partir aujourd'hui pour se rendre à Ouchatch, afin d'y être demain au soir. Il est nécessaire que les caissons du quartier général soient chargés de pain et de farine, que les ambulances et tout ce qui peut être utile un jour de bataille s'y trouvent.


Gloubokoïé, 21 juillet 1812, une heure après midi.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kamen.

Mon Fils, cette lettre vous trouvera à Kamen. L'armée ennemie file sur Vitebsk ou sur Biéchenkovitchi. Vous devez donc vous trouver en présence. Le corps de Nansouty doit être aujourd'hui arrivé à Polotsk; il a avec lui la division Morand. Les coureurs de la division Bruyère doivent être près d'Oulla; les divisions Gudin et Friant sui­vent le mouvement de la division Morand et du corps de Nansouty. Le duc d’Istrie est aujourd'hui, comme je vous l'ai mandé, à Ouchatch avec 4,000 hommes de cavalerie. Le duc de Trévise doit y être également avec deux divisions de la Garde. Pressez la réunion de tout votre corps sur Kamen. Instruisez le général Grouchy de votre arrivée et de celle probable de l'ennemi sur Biéchenkovitchi, afin qu'il appuie sur Sienno. Je ne doute pas que vous n'ayez été instruit à Kamen de l'arrivée de l'ennemi ; prenez donc garde qu'il n'y ait pas d'échauffourées; que vos deux brigades de cavalerie légère marchent réunies ; qu'elles ne se fassent pas rosser par les Cosaques et ne tombent pas dans des embuscades. L'ennemi viendra-t-il à Biéchenkovitchi, ou se dirigera-t-il de suite sur Vitebsk ? C'est ce qu'il est impossible de savoir. Il paraît que le mouvement sur Orcha et sur Mohilef et les entreprises de Bagration l'ont porté à ce mouve­ment sur la-gauche. IL avait fait à Drissa un camp retranché im­mense, que l'on démolit en ce moment. Informez-vous bien s'il n'a pas fait quelques travaux du côté de Biéchenkovitchi et de Vitebsk ; jusqu'à cette heure on m'assure que non. Marchez bien militairement; mettez-vous en correspondance avec votre droite et votre gauche, et surtout qu'il n'y ait pas d'échauffourée de cavalerie. Vos 3 ou 4,000 hommes de cavalerie peuvent marcher réunis, ayant six pièces d'artillerie légère et quelques bataillons de voltigeurs. Mandez le mouvement au général Grouchy, qui de son côté saura quelque chose, afin qu'il se lie à vous. Le général Grouchy le mandera aussi au prince d'Eckmühl.

 

P. S. Je serai probablement demain à Ouchatch.


Gloubokoïé. 21 juillet 1812, quatre heures après midi.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, les chasseurs à pied de ma Garde partiront demain à une heure du matin. Ils prendront des vivres pour six jours, savoir : les 22, 23, 24, 25, 26 et 27, à raison d'une demi-ration par jour et d'une livre de viande. Les grenadiers partiront le 23, à une heure du matin; ils prendront également pour six jours de vivres sur le même pied, savoir : pour les 23, 24, 25, 26, 27 et 28. Le petit quartier général partira ce soir; ses caissons seront chargés de riz, de biscuit, de l'ambulance, d'eau-de-vie et de quelques quintaux de farine, en laissant toutefois assez de farine ici pour le service de toute la journée de demain. Il sera envoyé une patrouille d'un officier de gendarmerie et de cinq gendarmes bien montés sur la route de Vilna aussi loin que Lovarichki, afin de faire arriver à double journée tous les convois qu'elle rencontrera. Deux agents des transports seront envoyés, l'un sur la route de Sventsiany, et l'autre sur celle de Vilna par Mikhalichki. Ils seront porteurs, l'un et l'autre, de l'état de fous les convois qui doivent arriver, avec le jour de leur départ, et ils donneront ordre à tous ceux qu'ils rencontreront de presser leur marche de manière qu'ils fassent au moins six lieues par jour. Tout officier des équipages militaires qui aura mis plus de dix jours pour se rendre de Vilna à Gloubokoïé par Sventsiany et plus de huit ou neuf jours par Mikhalichki sera puni et noté comme ayant traîné en route et mal exécuté sa mission. Le petit quartier général s'arrangera de manière à être arrivé à Ouchatch le 22 au soir pour le personnel, et pour les voitures au plus tard le 23. Tous les constructeurs de fours partiront avec le petit quartier général.

Donnez ordre au chef de bataillon du génie Nempde, qui com­mande le parc et qui est parti ce matin pour Ouchatch, de prendre les devants avec une compagnie de sapeurs et les constructeurs de fours pour être demain à Ouchatch, et construire sur-le-champ six fours au couvent d'Ouchatch, en choisissant l'endroit où ils seront laits le plus promptement. Il faut tâcher de les faire faire en vingt-quatre heures. Vous donnerez ordre au général Kirgener d'arriver demain à Ouchatch pour présider à la construction des fours.


Gloubokoïé, 21 juillet 1812

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kamen.

Mon Fils, envoyez ordre à Borisof qu'on expédie par eau et par terre 6,000 quintaux de farine et tant de pain qu'on pourra sur Staroï-Lepel. Toute l'armée allant se trouver réunie sur le point de Biéchenkovitchi, faites construire six fours à Staroï-Lepel.

L'empereur Alexandre était le 18 à Vitebsk. Il parait qu'il a porté depuis son quartier général à Nevel. Il est important de s'emparer de Biéchenkovitchi le plus tôt possible. Le général Bruyère s'y por­tera avec sa cavalerie légère et son artillerie légère. Le corps du général Nansouty le soutiendra, et la division d'infanterie du général Morand soutiendra le général Nansouty. Communiquez avec lui et portez-vous-y de votre côté. Le duc d’Istrie vous enverra tous les chevau-légers bavarois. Par ce moyen, vous aurez dans la main 6,000 hommes de cavalerie. Faites arriver vos marins, vos sapeurs et pontonniers pour construire sur-le-champ à Biéchenkovitchi des ponts, des radeaux et une belle tête de pont. Vos 6,000 hommes de cavalerie et les 6,000 de Nansouty feraient 12,000 hommes. Je serai demain, au soir, à Ouchatch; peut-être même irai-je jusqu'à Kamen. Cela suppose que l'ennemi n'a pas le projet de prendre l'of­fensive par Biéchenkovitchi, comme je suis fondé à le penser.


Gloubokoïé, 21 juillet 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il est nécessaire que des six cohortes de gardes nationales qui sont dans la 8e division militaire vous en chargiez une de la garde des Iles d'Hyères, en ayant soin de changer cette cohorte tous les mois, lorsque les circonstances le permettent.

À cette occasion je dois vous rappeler que j'avais l’intention de racheter toutes les parties des îles d'Hyères et de faire quelque chose pour peupler ces Iles.


Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois votre lettre du 21. J'ai tout lieu de penser que le prince d'Eckmühl sera entré à Mohilef le 20. Cependant je n'ai encore de nouvelles que de ses avant-postes, qui n'étaient qu'à deux ou trois lieues de cette ville. Il paraît que l'em­pereur était le 19 à Vitebsk.

Je pars à l'instant et porte mon quartier général à Kamen.

Le roi de Naples s'est porté sur Polotsk et inonde toute la rive droite de la Dvina de sa cavalerie. Réexpédiez un second courrier, et promettez une récompense s'il va très-vite pour annoncer ces nou­velles au duc de Tarente. On me dit que l'ennemi n'a laissé que trois bataillons à Dinabourg; si cela est vrai, je désire que le duc de Tarente en investisse la forteresse, et que, s'il y en a davantage, il l'observe; qu'il faut qu'il fasse un pont afin d'éloigner tout ce que l'ennemi aurait laissé sur la rive droite. Annoncez aussi au duc de Tarente que l'équipage de siège est arrivé à Tilsit; que je suppose qu'il l'aura fait débarquer et qu'il l'aura mis en mouvement pour pouvoir commencer le siège de Riga; que la 1e brigade de la division Daendels doit être arrivée à Labiau ; que, s'il en avait besoin, il pour­rait l’approcher de Tilsit ; que tout le 9e corps, commandé par le duc de Bellune, sera du 8 au 9 août à Tilsit; que ce corps est composé de trois divisions, formant plus de 30,000 hommes ; que, dans le cas où il en aurait besoin, il peut envoyer à sa rencontre pour presser sa marche, si les circonstances le rendaient nécessaire.

Voici la position qu'occupe le général Reynier : sa droite est à Brzesc et Kobrine, et sa gauche à Pinsk; il tient son centre à Droghitchine. Vous voyez qu'il est à portée d'entrer en Volhynie et de protéger le Grand-Duché. Je l'ai laissé maître d'entrer en Volhynie s'il le jugeait convenable. Si l'on pouvait fournir de Varsovie quel­ques milliers d'hommes et beaucoup de volontaires pour insurger la Volhynie aussitôt que les 9e et 15e divisions russes l'auront évacuée, ce serait une bien bonne opération. Écrivez au général Reynier pour l'instruire de ce qui se passe ici, et que de son côté il se mette en communication par courriers avec vous. Faites comprendre au gou­vernement polonais qu'il est nécessaire d'organiser promptement des forces, parce que tout serait bon contre la canaille qu'a réunie Tormasof. Trois bataillons des régiments de la Vistule sont partis le 17 de Königsberg et vont arriver à Vilna. Dites au commandant Jomini qu'il peut écrire pour accélérer leur route, s'il trouve que la garnison de Vilna ne soit pas assez forte, mais que je suppose qu'il aura assez de monde en retenant les isolés. Voyez donc sérieuse­ment le gouvernement, pour qu'on réunisse chaque jour 5 à 600 quin­taux de farine, et que tout ce qui part ait abondamment de pain. Voyez aussi le commandant Jomini et le commissaire des guerres pour qu'on ne retienne aucun convoi, qu'on les expédie tous et qu'on fasse connaître aux commandants que celui de tout convoi qui sera plus de huit jours en route pour aller de Vilna à Gloubokoïé sera, arrêté et puni. Le prince Schwarzenberg doit être à Nesvije. Je lui ai donné ordre de se rendre sur Minsk.

Il paraît que la grande armée russe a évacué en toute hâte ses positions de la Dvina et s'est mise en marche forcée, de peur que je ne lui coupe le chemin de Moscou.

La garnison de Zamość étant trop forte, puisqu'il y a un régiment entier et qu'on n'a plus aucune crainte d'un siège, il serait conve­nable d'y envoyer 1,000 hommes des dépôts pour remplacer ce régi­ment, dont on ferait une colonne mobile avec trois ou quatre pièces de canon. Cette colonne, à laquelle on joindrait une centaine de chevaux, protégerait le pays et serait fort utile au général Reynier. Écrivez pour cela au général Reynier et au ministre de la guerre à Varsovie. On a des fusils à Zamość et à Varsovie, et on pourrait en employer 4 à 5,000 à armer les gardes nationales des frontières, afin de défendre le pays et de repousser les Cosaques.

Envoyez au général Reynier tous les renseignements que vous avez sur le corps de Tormasof, auquel je ne crois pas plus de 9,000 hommes, et encore ce ne doit être que tout recrues.

Je suppose que je n'ai pas besoin de vous dire d'envoyer une ou deux fois par semaine des courriers à Constantinople, pour porter les bulletins et toutes les nouvelles possibles; si j'étais obligé d'entrer dans de pareils détails avec vous, vous seconderiez bien mal mes intentions. Il faut donc que les Turcs se pressent d'entrer dans la Moldavie et la Valachie, et menacent la Crimée par le mouvement de leur flotte.

Indépendamment des courriers devienne, en voyez-en par Leopold et la Transylvanie ; ce doit être beaucoup plus court. De simples courriers ne font pas le même effet que des officiers : envoyez donc des officiers polonais.

Faites envoyer par la Confédération de Varsovie une ambassade de trois membres en Turquie ; qu'elle parte sans délai pour faire part de la Confédération et demander la garantie de la Turquie. Vous sentez combien cette démarche est importante; je l'ai toujours eue dans ma tête, et je ne sais comment j'ai oublié jusqu'à présent de vous donner des ordres. Faites en sorte que cette députation, avec une lettre de la Confédération pour le Grand Seigneur, parte avant huit jours et arrive à tire-d'aile à Constantinople.

 

P. S. Le prince d'Eckmühl est entré le 20 à cinq heures du soir à Mohilef. Il y a trouvé des magasins; l'entrée de la place a été défendue par 2,000 hommes, qui ont été culbutés et écharpés. On en a pris la moitié, dont 20 officiers. Il parait que la 26e division, qui ferait la tête de Bagration, marchait sur Mohilef.


Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, j'autorise qu'on prenne dans la légion de la Vistule et dans l'armée du Grand-Duché des officiers et sous-officiers destinés à la formation des nouveaux régiments. Répondez au général Jomini qu'il est absurde de dire qu'on n'a pas de pain quand on a 500 quintaux de farine par jour; qu'au lieu de se plaindre il faut se lever à quatre heures du matin, aller soi-même aux moulins, à la manutention, et faire faire 30,000 rations de pain par jour; mais que s'il dort et que s'il pleure il n'aura rien; qu'il doit bien savoir que l'Empereur, qui avait beaucoup d'occupations, n'allait pas moins tous les jours visiter lui-même les manutentions; que je ne vois pas pourquoi il critique le gouvernement lithuanien pour avoir mis tous les prisonniers dans un seul régiment; que cela dénote un esprit de critique qui ne peut que nuire à la marche des affaires, tandis que dans sa position il doit encourager ce gouvernement et l'aider. Com­muniquez au général la Riboisière les articles de la lettre du baron Farine, où il verra que l'artillerie ne va au-devant de rien et n'aide pas à ses affaires. Écrivez au baron Farine de faire fournir par les autorités prussiennes leur contingent dans les remontes, de prendre des mesures pour qu'il ne reste aucun contingent en arrière ; que nous avons un si grand besoin de chevaux de toute espèce, qu'il ne faut négliger aucune ressource et les mettre toutes à profit avec activité. Écrivez au général Jomini de faire prendre tous les fusils qui sont aux hôpitaux, et que par ce moyen il en trouvera qui sont inutiles.


Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, répondez au général Reynier que je l'autorise à ne point envoyer ce régiment à Praga, et que je le trouve bien placé dans le lieu où il l’a placé. Faites-lui connaître que le duc de Bellune avec le 9e corps, fort de 30,000 hommes presque tous Français, sera le 1er août à Marienburg, et que, si les circonstances étaient urgentes et que le duché de Varsovie fût réellement menacé, pendant que lui, général Reynier, défendrait le camp retranché de Praga et Modlin, il écrirait au duc de Bellune pour lui faire connaître l'ur­gence des circonstances, ce qui le mettrait à même de venir à son secours.

Vous ajouterez que les circonstances de la guerre sont telles que déjà nous menaçons Moscou et Saint-Pétersbourg, et qu'ainsi il n'est pas probable que l'ennemi songe à des opérations offensives avec des troupes passables; mais qu'on a supposé que 10 ou 12,000 hommes de troupes des 3e bataillons, qui ne sont bonnes à rien en ligne, pourraient être envoyées, avec un ou deux régiments de cavalerie, pour inquiéter le duché. Jamais l'ennemi ne sera assez insensé pour détacher 15 ou 20,000 hommes de bonnes troupes sur Varsovie, dans le temps que Pétersbourg el Moscou sont menacés de si près ; que d'ailleurs il est possible que dans peu de temps je porte la guerre en Volhynie, et qu'alors il ferait partie de ce corps.


Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez ordre au doc de Bellune de continuer son mouvement et d'avoir son quartier général du 2 mi 8 août à Tilsit ; il y réunira les divisions Daendels, Partouneaux et la division Girard, et ses deux brigades de cavalerie légère. Il fera venir de Posen tous les hommes appartenant à cette dernière division, afin de les incor­porer et d'avoir trois bataillons par régiment.

Recommandez au duc de Bellune de prendre des mesures positives pour que sa cavalerie soit abondamment pourvue de fourrages et d'avoine, ainsi que son train d'artillerie.


Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

(L'original est daté du 28 par erreur; les ordres ont été expédiés le 22)

Mon Cousin, la 31e division d'infanterie, formant la 3e division de la réserve, devait être commandée par le général Seras ; ce général se trouvant hors d'état d'en prendre le commandement, il est néces­saire de le remplacer. Ce commandement sera donné au général de division Lagrange (celui qui a un bras de moins), qui commande actuellement dans le Mecklenburg. Le général Heudelet le fera rem­placer dans ce commandement par un de ses généraux de brigade. Vous donnerez ordre que cette 31e division, actuellement la division Lagrange, se dirige de Berlin sur Stettin, et que la 32e division, que commande le général Durutte, se place entre Stettin, Rostock et Berlin, pour arriver à fournir ce qui est nécessaire pour la garni­son de Spandau, cependant de manière à ne pas être éloignée de Berlin de plus de trois journées de marche. Par ce moyen, le duc de Castiglione aura sous ses ordres trois divisions, les 30e, 31e et 32e à portée de la côte; en sorte que, si l'ennemi débarquait, soit dans la Poméranie suédoise, soit dans le Mecklenburg, soit dans les envi­rons de Hambourg, soit enfin à Kolberg, il serait à même de se porter partout où il serait nécessaire. Écrivez également au duc de Castiglione de faire venir le régiment provisoire de dragons entre le Mecklenburg et la Poméranie suédoise. Vous donnerez aussi l'ordre à ce maréchal de faire partir la brigade d'Erfurt pour se rendre dans la Poméranie suédoise. Il fera laisser 200 hommes pour garder la citadelle d'Erfurt, indépendamment des canonniers. Le général de brigade qui est à Erfurt continuera à y rester, et la brigade d'Erfurt sera reformée et composée des 3e bataillons du 3e et du 105e régiment, qui de Strasbourg ont ordre de se rendre à Erfurt, des ler et 2e bataillons du 29e qui viennent des Pyrénées, et enfin de deux autres bataillons. La brigade actuelle d'Erfurt fera partie d'une nou­velle division qui s'appellera la 34e et qui sera commandée par le général Morand (celui qui commande actuellement la Poméranie sué­doise). Cette division sera composée comme il suit : 1e brigade : 4e bataillon du 3e, 4e bataillon du 105e, deux bataillons du 29e deux bataillons du 113e; 2e brigade : un régiment westphalien, un régiment de Hesse-Darmstadt, un régiment de la division princière. Par ce moyen, le duc de Castiglione aura dans ses mains quatre divi­sions qui formeront le 11e corps. Faites-lui connaître que, si une descente était opérée, il a encore sous ses ordres 10,000 Danois, et qu'en outre de cela le roi de Saxe lui fournirait un régiment d'in­fanterie et son beau régiment de cuirassiers, avec douze pièces de canon. Mandez au duc de Castiglione qu'il y a à Rostock la 6e demi-brigade provisoire; la 1e demi-brigade provisoire est partie de Paris pour se rendre dans le Mecklenburg. Il y a à Hambourg la 7e demi-brigade provisoire ; la 8e est à Bremen ; qu'il donne l'ordre qu'elle se rende à Hambourg pour joindre la 7e; la 9e, qui est à Munster, se rendra à Bremen. Ainsi il y aura deux demi-brigades ou six bataillons à Hambourg, six bataillons dans le Mecklenburg et enfin trois ba­taillons de la 9e à Bremen; ce qui fait 15 bataillons à portée des côtes. Donnez ordre au 1er bataillon de la 17e brigade, composée du 5e bataillon du 8e et du 18e d'infanterie légère, de se rendre à Danzig pour joindre la division Lagrange, c'est-à-dire la division de marche, ces détachements devant être incorporés. Le duc de Castiglione aura donc la division Heudelet forte de 18 bataillons, la division Morand forte de 12 bataillons, la division du général Lagrange (qui a un bras de moins), et la division Durutte, qui font encore 28 autres bataillons; ce qui fait en tout 58 bataillons. Donnez ordre que le 22e régiment d'infanterie légère, qui arrive à Dresde, se rende à Thorn, où il tiendra garnison jusqu'à nouvel ordre.

 

P. S. Prévenez que j'ordonne que le 15 août six cohortes de gardes nationales, arrivant de Franche-Comté et de Bourgogne, se rendent à Hambourg.


Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez l’ordre aux cinq 6e bataillons des 19e, 93e, 56e, 37e et 46e de se rendre à Danzig. J'ai donné l’ordre au régiment du prince Primat, composé de deux bataillons, et au régiment de la Confédération qui était à Groeningen, de se rendre également à Danzig ; cette garnison se trouve donc renforcée de neuf bataillons. Il y a actuellement à Danzig le régiment n° 5 de la division princière et le régiment wurtembergeois; ce qui fait quatre bataillons. Il y aura donc treize bataillons à Danzig; ce qui est plus que suffisant pour la défense de cette place : car la garnison de cette ville n'a pas besoin de plus de 8,000 hommes, dont 6,000 hommes d'infanterie, et 2,000 nommes d'artillerie, du génie et de troupes diverses. J'ai donné l’ordre à la division Lagrange de se porter à Danzig avec qua­tre demi-brigades de marche; elle y arrive le 1er août. Mon intention est que vous lui donniez ordre de faire filer sans délai deux demi-brigades sur Königsberg, où elles tiendront garnison. Une des deux autres demi-brigades de la division Lagrange, qui restent à Danzig, quittera cette place aussitôt que deux des neuf bataillons qui sont dirigés sur Danzig y seront arrivés. L'autre demi-brigade quittera Danzig aussitôt que deux des autres bataillons seront également arrivés. Il m'importe d'avoir le plus tôt possible toute l’ancienne divi­sion Lagrange réunie à Königsberg. Le commandement de cette divi­sion sera donné à un général de brigade. Par ce moyen, la garnison de Danzig sera pourvue de treize bataillons ; celle de Königsberg sera également pourvue, puisque, indépendamment des six batail­lons qui s'y trouvent actuellement, il y aura aussi l’ancienne division Lagrange, qui sera désormais appelée la division de marche; ce qui fera près de 15,000 hommes. Tout le corps du maréchal duc de Bellune deviendra donc disponible. Il se réunira le plus tôt possible à Tilsit. Vous communiquerez toutes ces dispositions au duc de Bellune, pour qu'il active les mouvements et qu'il se trouve le plus tôt possible disponible. Sa cavalerie sera augmentée du régiment de cava­lerie saxon qui est à Königsberg. Il en formera deux brigades, aux­quelles vous donnerez des numéros à la suite des brigades actuelles. Sa première brigade, aux ordres du général Delaitre, se composera des lanciers de Berg et des chevau-légers de Hesse-Darmstadt. L'autre brigade sera commandée par le général Fournier, et sera composée du régiment saxon et du régiment de marche de cavalerie. Ainsi le duc de Bellune aura deux brigades de cavalerie, comme tous, les autres corps de l'armée. Il écrira à Bade et à Darmstadt pour qu'on lui envoie des recrues et qu'on augmente la force de ses deux régi­ments. Vous manderez au duc de Bellune de vous faire connaître quand il croit que son quartier général pourra être à Tilsit, et quand il aura dans la main au moins deux divisions avec sa cavalerie pour se porter en avant.


Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, écrivez au général Reynier que je trouve convenable au but qu'il doit remplir la position qu'il occupe; que je le destine à entrer en Volhynie; qu'il est même le maitre d'entrer en Volhynie quand il le jugera convenable; que les 9e et 15e divisions ennemies, que commande le général Kamensky, ont seules une consistance, et il est probable que l'ennemi cherche à les faire venir pour renforcer Bagration et couvrir Moscou ; que le corps de Tormasof ne peut lui imposer en rien; que ce n'est qu'un ramassis des 3e bataillons, recrues qui sont sans aucune consistance et tout au plus bonnes pour contenir le pays; que le général Reynier, ayant le pays pour lui et faisant venir des commissaires de Varsovie, peut entrer dans le pays cl l'insurger aussitôt qu'il sera certain que les 9e et 15e divi­sions n'y sont plus; que les prétendues forces arrivant de Crimée sont des chimères ; que le Grand Seigneur a refusé de ratifier la paix, et qu'au contraire les Russes sont obligés d'envoyer de nouvelles forces en Moldavie et en Valachie; que je ne lui prescris rien; que son principal but est de couvrir le Grand-Duché; qu'une bonne ma­nière de couvrir le Grand-Duché, c'est d'entrer en Volhynie, de faire partout des confédérations et d'insurger le pays; que tout cela est remis à sa prudence; qu'il peut en écrire au général Dutaillis et au ministre de la guerre polonais à Varsovie, pour qu'on lui envoie 2 à 3,000 hommes des dépôts, ainsi que tous les citoyens marquants du pays qui voudront venir concourir à l'insurrection. Donnez-lui avis que nous sommes à Mohilef, que nous avons passé le Borysthène; que nous sommes maîtres du camp retranché de Drissa; que nous marchons sur Vitebsk et peut-être sur Smolensk.


Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, faites connaître au général la Riboisière que je ne comprends pas trop à quoi servent les relais qu'il a établis de .Kovno à Vilna; que si c'est pour effectuer les transports de fusils, si néces­saires tant pour l'armée que pour l'insurrection des Polonais, j'en conçois l'utilité ; mais que si c'est pour transporter des cartouches et des coups de canon, il y a une si grande quantité de ces munitions dans les caissons non attelés à Vilna, que je ne conçois pas la néces­sité de ces relais. On me dit qu'il y a à Vilna 600 caissons, 40,000 coups de canon et une grande quantité de cartouches d'infanterie. Si ce transport de Kovno à Vilna pouvait se faire par les moyens du pays, j'approuverais qu'on le continuât; mais il paraît que l'artillerie emploie à cela des chevaux et des bœufs qui pourraient bien mieux nous conduire des caissons sur Gloubokoïé. Nous allons avoir une bataille qui fera une énorme consommation de poudre et de muni­tions : comment ferons-nous pour les remplacer ? Faudra-t-il envoyer les caissons vides à Vilna ? Alors il faudra un mois ou six semaines pour qu'ils rejoignent.

Réitérez-lui donc l'ordre d'employer tous les chevaux et bœufs du train à approcher de l'armée la plus grande quantité de caissons d'infanterie et à canon qu'il sera possible. On m'assure que le général la Riboisière emploie même les chevaux des équipages aux convois de Kovno à Vilna. Si cela est, je ne connais rien de plus absurde et de plus contraire aux intérêts de l'armée et à mes intentions. Les 600 caissons qui sont à Vilna pourraient venir attelés par 1,200 paires de bœufs. C'est là la grande affaire dont il faut s'occuper désormais.


Gloubokoïé, 22 juillet 1812, cinq heures du soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mohilef.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 20 à sept heures du soir. Je serai cette nuit à Kamen; toute l'armée marche sur Vitebsk. Je ne pense pas que vous ayez rien à craindre aujourd'hui de l'armée de l'empereur Alexandre. Je ne pense pas non plus que le général Grouchy puisse être dans le cas d'évacuer On-ha. Je crois que vous êtes suffisamment fort pour tenir télé à Bagration, en choisissant une bonne position qui couvre la ville. Pressez l'arrivée du prince Poniatowski et du général Latour-Maubourg. Il ne faut pas croire tous les faux bruits. Tormasof est en Volhynie, et n'a que 8,000 hommes de 3e bataillons. La 9e et la 15e division n'ont pas rejoint Bagration et sont encore en Volhynie, ce qui fait qu'il n'a que trois divisions. Il est tout au plus possible que la 27e division, qui allait en Volhynie et qui a été coupée, l'ait joint; ce qui lui donnerait quatre divisions, ou 20 ou 24,000 hommes, avec 6,000 Cosaques et 4,000 hommes de cavalerie. Vous avez plus que cela, et je ne pense pas que vous deviez le craindre, quand même le prince Poniatowski ne vous aurait pas rejoint. Je suppose que les deux armées russes chercheront à se réunir à Smolensk.


Gloubokoïé, 22 juillet 1812, sept heures et demie du soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kamen.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 21 à six heures du soir; elle a mis, comme vous voyez, vingt-quatre heures à arriver. Je suppose que vous aurez envoyé votre avant-garde sur Biéchenkovitchi, comme je vous l'ai mandé le 21 ; que vous vous y serez réuni avec la divi­sion Bruyère et avec le corps Nansouty, et que de là vous aurez poussé des postes sur Vitebsk, sur Sienno, pour communiquer avec le général Grouchy. Appuyez le plus qu'il sera possible sur Biéchenkovitchi, afin d'empêcher les Russes de se porter sur Orcha. Le général Grouchy, instruit de votre arrivée, gardera Orcha, où il y a de grands magasins qu'il serait malheureux de perdre. On dit qu'à Biéchenkovitchi il y a aussi des magasins considérables. Si on peut les conserver ce sera un grand bonheur; on les aura sauvés si votre cavalerie s'y est portée rapidement. Je vous ai mandé que vous n'aviez pas besoin d'aller à Ouchatch, où se trouvait le duc d’Istrie. J'espère donc que vous avez vos quatre brigades de cavalerie légère, ce qui, avec la cavalerie de votre garde italienne, ne doit pas faire moins de 6,000 hommes. Réunis à Nansouty, cela fera un beau corps pour battre la campagne et vous donner des nouvelles de Vitebsk. J'espère que vous aurez jeté un pont à Biéchenkovitchi. Je pars à huit heures du soir pour Ouchatch. Avez-vous fait des fours à Kamen et à Ouchatch ?


Ouchatch, 23 juillet 1812.

Au maréchal Oudinot, duc de Reggio, commandant le 2e corps de la Grande Armée, à Polotsk.

Le roi de Naples vous a fait connaître les intentions de l'Empereur. Sa Majesté sera demain à Biéchenkovitchi avec toute l'armée, et marchera sur Vitebsk.

Le prince d'Eckmühl est à Mohilef.

L'ennemi paraît avoir laissé Wittgenstein pour couvrir Saint-Pétersbourg. Les uns le disent placé entre Drissa et Dinabourg, les autres disent qu'il a déjà remonté pour couvrir la route de Saint-Pétersbourg. Vous êtes opposé à ce corps d'armée. Tout votre but est d'avoir des ponts et de bonnes têtes de pont sur la Dvina, de marcher sur Wittgenstein et de le tenir éloigné de la rivière, de cor­respondre avec le duc de Tarente, qui doit faire observer Dinabourg et jeter un pont entre Dinabourg et Jacobstadt, enfin de communi­quer avec nous par votre droite et de flanquer la gauche de la Grande Armée, afin que dans tous les événements vous puissiez nous sou­tenir , si cela devenait nécessaire. Si les circonstances permettent que vous placiez votre quartier général à Polotsk, et que ce soit votre point de départ, ce sera très-avantageux : il semble que, de Polotsk, de fortes avant-gardes sur Sebeje devraient obliger Wittgenstein à évacuer Drissa et Drouya.

Jusqu'à ce que vous ayez des nouvelles que le duc de Tarente soit à Dinabourg, tenez une colonne d'observation, d'infanterie et cava­lerie, pour observer la garnison de Dinabourg et empêcher de faire des incursions trop longues, c'est-à-dire pour retenir cette colonne sur la rive gauche. Placez des partis de cavalerie sur la rive gauche, entre Polotsk et Oulla.


Ouchatch, 23 juillet 1812, cinq heures après midi.

A Joachim Murat, roi des Deux-Siciles, commandant les réserves de cavalerie de la Grande Armée, à Disna.

L'Empereur part au moment même pour Kamen, où il sera cette nuit. L'Empereur a reçu toutes vos lettres jusqu'à celle du…..; il est content de toutes les dispositions que vous avez faites.

Pressez le duc d'Elchingen de venir par la rive gauche, afin que l'Empereur ait demain à Biéchenkovitchi, où il se rendra, les trois divisions Morand, Friant et Gudin, les trois du duc d'Elchingen et les trois du vice-roi qui sont déjà rendues, toute la Garde, tout le corps de Nansouty et les deux divisions de cuirassiers de Montbrun.

Quant à la division Sébastiani, il n'y a pas de mal qu'elle voltige, sans se compromettre, sur la rive droite, jusqu'à ce que le dut; de Reggio soit parfaitement, en mesure.

Mandez au duc de Reggio qu'aussitôt qu’il le pourra il porte son quartier général à Polotsk, et ce, en poussant une forte avant-garde sur la route de Saint-Pétersbourg ; qu'il est probable que Wittgenstein accélérera sa marche pour couvrir cette capitale.


Kamen, 24 juillet 1812, neuf heures du matin.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Biéchenkovitchi

Mon Fils, je vous envoie mon officier d'ordonnance d'Hautpoul. Il est bien nécessaire que vous placiez des postes de correspondance depuis Biéchenkovitchi jusqu'à Kamen, afin qu'on puisse communi­quer promptement. Je n'ai pas de vos nouvelles depuis votre lettre, d'hier, trois heures de l'après-midi. Je ne sais pas si la rivière est passée et si vous avez construit des ponts.

Faites construire sans délai six fours.

Le major général vous écrit pour que vous envoyiez toute votre cavalerie et le général Nansouty fort en avant. Mettez de votre cava­lerie légère sous les ordres du général Bruyère. Aussitôt que le roi de Naples arrivera, il se portera lui-même en avant, afin de serrer Vitebsk et d'être maître de toute la plaine. Nous avons intérêt à mar­cher rapidement, afin de nous emparer de cette ville importante, pour pouvoir faire reposer un peu l'armée, mais le passage sur la rivière à Biéchenkovitchi est le préalable de tout : cela seul accélérera les mouvements de l'ennemi. Faites travailler avec la plus grande activité à la tête de pont. Pour ne pas mettre de confusion, vous ferez l’avant-garde, et vous marcherez d'abord sur Vitebsk avec votre corps d'armée. Faites choisir des chemins; il serait avantageux de marcher sur trois colonnes, ou du moins sur deux; mais il faut que ce soit par de bonnes routes. Je suppose que vous avez déjà commu­niqué avec le général Grouchy.

 

P. S. La division Pino, qui est ici, parait bien fatiguée ; elle ne peut aller aujourd'hui qu'à Botcheïkovo; tout cela aura le temps d'arriver; le principal, c'est d'avoir en avant une division d'infanterie pour soutenir la cavalerie. Si l'ennemi veut livrer bataille, il nous faudrait (….) alors faites donc partir une bonne division d'infanterie en forme d'avant-garde.


Kamen, 24 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je suis aujourd'hui à Kamen. Le vice-roi est à Biéchenkovitchi. L'ennemi paraît être à Vitebsk, nous y marchons. Le prince Bagration paraît être entre Mohilef et Bobrouisk. Le prince Poniatowski marche bien doucement.


Biéchenkovitchi, 25 juillet 1812

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, le prince d'Eckmühl a eu une ba­taille le 23 à Mohilef; j'en ignore le détail, Bagration a voulu lui passer sur le corps, il a été repoussé. Un billet écrit le 23, à six heures du soir, sur le champ de bataille, portait que l'ennemi était en déroute. Nous avons eu aujourd'hui une affaire d'avant-garde où l'ennemi a perdu huit pièces de canon et 7 à 800 hommes. Toute l'armée russe est à Vitebsk. Je vous instruis de cela pour votre gou­verne; il est inutile d'en rien écrire nulle part. Noos sommes à la veille de grands événements; il est préférable qu'ils ne soient pas annoncés et qu'on apprenne en même temps les résultats. Vous savez que le général Reynier est en mesuré pour couvrir le Grand-Duché.


Biéchenkovitchi, 25 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Biéchenkovitchi.

Mon Cousin, instruisez le général Guyon qu'il serait convenable qu'il se tint du côté de Sienno, pour former une colonne d'observa­tion sur la droite de l'armée ; que nous nous portons sur Vitebsk ; qu'il faudrait qu'il se portât également à la hauteur de l'armée, sur Oboltsy, en communiquant toujours avec notre droite. Écrivez éga­lement cela au général Grouchy, et que, si les affaires du prince d'Eckmühl étaient terminées le 23 au soir, il serait bien important qu'il format une colonne de cavalerie sur notre droite, de sorte que, lorsque nous serons devant Vitebsk, il se trouvât entre Orcha et nous, communiquant avec notre droite; que nous avons eu aujourd'hui une affaire d'avant-garde à Ostrovno, dans laquelle nous avons pris huit pièces de canon, 200 hommes de cavalerie et environ 600 hom­mes d'infanterie ; que les renseignements qu'on reçoit des prisonniers sont que l'ennemi nous attend à Vitebsk.


Biéchenkovitchi, 26 juillet 1812, quatre heures du matin.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée.

Mon Fils, j'ai écrit au roi de Naples de s'avancer près de Vitebsk avec sagesse et précaution, et sans engager d'autre affaire qu'une grosse affaire d'avant-garde. Il peut attaquer un corps de 10 à 12,000 hommes, mais non engager une affaire générale qu'elle ne soit bien préparée. Ou l'ennemi veut se battre, ou il ne veut pas se battre. Si l'ennemi veut se battre, c'est très-heureux pour nous. Il pourrait en être empêché par la non-réunion d'un ou deux de ses corps ; il n'y a donc pas d'inconvénient de lui laisser faire sa réunion, puisque autrement ce pourrait être pour lui un prétexte pour ne pas se battre. Je suppose que la division italienne est en marche pour vous rejoindre. Réunissez tout votre corps et soutenez le roi de Naples. S'il devait y avoir une bataille, il ne me paraît pas qu'elle pût avoir lieu avant le 28 ; mais il serait bon d'être le plus tôt possible en posi­tion. Le prince Poniatowski arrive aujourd'hui, avec son corps, à la hauteur du prince d'Eckmühl ; ce maréchal se trouve actuellement en force.


Biéchenkovitchi, 26 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, j'ai reçu vos lettres du 24. Je pars à l'instant pour me porter devant Vitebsk. Si l'ennemi tient, nous livrerons bataille après-demain. On dit l'empereur Alexandre à Smolensk. Le prince Poniatowski et les Westphaliens rejoignent. Les affaires ne sauraient mieux aller. La cavalerie légère a pris hier douze pièces de canon et fait 800 prisonniers. Les hussards de la garde russe ont perdu 300 hommes. C'est le général Ostermann qui commande le corps d'armée qui était devant nous, qui est composé de deux divisions. Le général Ostermann a succédé à Chouvalov. Donnez ces nouvelles au prince de Schwarzenberg et au général Reynier. Je suis fondé à penser que les divisions régulières cherche­ront à gagner Moscou. Le pays est beau, la récolte superbe, et nous trouvons partout de quoi vivre. Instruisez le maréchal Macdonald de ces nouvelles. J'attends avec impatience d'apprendre qu'il a passé la Dvina, qu'il a cerné Dinabourg et qu'il a fuit avancer l'équipage de siège contre Riga. Je compte être bientôt à Vitebsk. Le prince d'Eckmühl a non-seulement repoussé l'attaque de Bagration, mais il n'a engagé que dix de ses bataillons. Il n'a en tués ou blessés qu'une centaine d'hommes. Les Russes ont eu un millier d'hommes tués, blessés ou faits prisonniers.


Biéchenkovitchi, 26 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Biéchenkovitchi.

Mon Cousin, donnez l'ordre au général Defrance de partir avec sa division ce matin pour se rendre à L'avant-garde, sous les ordres du roi de Naples. Il enverra un aide de camp au Roi pour lui annoncer sa marche.

Donnez ordre au duc d'Elchingen de marcher aujourd'hui dans la direction de Vitebsk; de laisser à Biéchenkovitchi, pour garder la rive droite et la rive gauche et travailler à la tête de pont, sa 25e divi­sion, qui par ce moyen aura le temps de se rallier.

Écrivez au duc de Reggio pour l'instruire qu'il est indispensable qu'il manœuvre sur la rive droite pour contenir Wittgenstein et déga­ger toute la Dvina; que, s'il peut faire son opération en partant de Polotsk, ce sera préférable; mais qu'il peut lui seul décider ce qu'il peut faire ; qu'il a donc carte blanche ; mais qu'il doit prendre tous les moyens pour correspondre promptement avec nous.


Biéchenkovitchi, 26 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Biéchenkovitchi.

Mon Cousin, expédiez de Thermes, l'aide de camp du duc de Reggio. Vous ferez connaître au duc que nous marchons sur Vitebsk et que le prince d'Eckmühl a battu Bagration à Mohilef. Dites-lui qu'il faut qu'il balaye la rive droite et qu'il pousse Wittgenstein l'épée dans les reins ; qu'il doit toujours laisser dans Polotsk une petite garnison dans le cas qu'il se jetât sur la gauche ; qu'après être arrivé à Vitebsk je dirigerai un corps sur Memel, qui se mettra en communication avec lui. Il est à présumer que si, de Polotsk, le duc faisait un mouvement sur Sebeje, il obligerait Wittgenstein à s'élever pour couvrir la route de Pétersbourg ; comme Wittgenstein n'a que 10,000 hommes d'infanterie, il peut marcher haut la main sur lui.


Vitebsk, 29 juillet 1812.

A la reine Hortense, à Paris

Ma Fille, j'ai vu avec peine, par votre lettre du 11, que Napoléon était malade, et j'ai appris avec plaisir, par celle du 14, qu'il était hors de danger. J'avais compté sur cette prompte guérison, sachant combien une mère est disposée à s'alarmer.


Vitebsk, 29 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois votre lettre du 26 juillet. Aucun agent diplomatique étranger ne doit rester à Vilna. Vous devez donc faire comprendre à M. de Waltersdorf qu'il doit se rendre à Königsberg ou à Varsovie.

Je ne puis qu'approuver toutes les observations que vous faites sur l'ambassade de Varsovie.


Vous ne me donnez aucune nouvelle de Samogitie; je n'en ai aucune du duc de Tarente; tâchez d'en avoir, soit par le maréchal, soit par les autorités locales, et, s'il y a quelque chose de nouveau, faites que j'en sois promptement informé.

Pressez la formation des magasins, les moutures et les arrivages de Kovno à Vilna, ainsi que l'approvisionnement des routes de Vilna sur Minsk et sur Vitebsk. Pressez-les aussi pour qu'ils forment leurs régiments.

Je vous envoie une demande qui m'est présentée relativement à une garde d'honneur. Il faudrait s'assurer de cinquante à soixante personnes avant de former sérieusement cette demande, pour ne pas être ridicule.

Je vous renvoie les dépêches ci-jointes; je ne comprends encore rien aux affaires de Turquie.


Vitebsk, 29 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, nous sommes entrés hier à Vitebsk. L'ennemi bat en retraite de tous les côtés. Je me suis porté jusqu'à Souraje pour le poursuivre ; mais, comme il s'est divisé pour suivre différents chemins, il n'est pas possible de l'atteindre. L'opinion générale est qu'il se porte sur Smolensk pour couvrir cette ville. Ces dernières affaires ont coûté beaucoup de monde à l'ennemi. On porte sa perte à 7 ou 8,000 hommes. Plusieurs de ses généraux ont été tués ou mortellement blessés. Nous occupons Mohilef, Orcha et tout le pays entre la Dvina et le Dniepr, ayant des têtes de pont sur l'une et l'autre de ces rivières. Cette position a toujours été considérée comme la principale position de la Russie. J'ai demandé des levées de chevaux ; cela est bien important pour atteler le parc que j'ai laissé à Vilna. Voyez ce qu'il est possible de faire là-dessus, soit par les réquisitions, soit par les achats. Les réquisitions que j'ai ordonnées rentrent-elles ? J'en ai demandé dans le Grand- Duché et en Prusse ; cela rendra-t-il quelque chose? Veillez à ce qu'on achève de con­struire promptement le pout brûlé.


Vitebsk, 29 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au général Sébastiani que le général Grouchy est arrivé hier à Babinovitchi ; qu'ainsi son flanc droit se trouve par­faitement assuré. Écrivez au général Grouchy que je reçois à l'instant sa lettre du 28, à quatre heures après midi; qu'il est nécessaire qu'il place trois postes de correspondance entre Babinovitchi et Vitebsk, qu'il fasse garder les postes et qu'enfin il prenne toutes les mesures nécessaires pour qu'on puisse communiquer rapidement ; que le duc d'Abrantès, qui est allé prendre le commandement du 8e corps, lui aura donné à son passage des nouvelles de ce qui s'est passé de ce côté-ci ; qu'il paraît que l'ennemi s'est retiré, partie sur Souraje et partie sur Smolensk; qu'il est probable que Bagration se portera sur Smolensk pour faire sa jonction; qu'il serait nécessaire que nous eussions un pont avec une tête de pont à Orcha; que notre quartier impérial est à Vitebsk; que le général Sébastiani marche sur la route de Roudnia (qu'ainsi ils se seront mis en communication); que le roi de Naples se porte avec sa cavalerie entre la Kasplia et le Borysthène; que le vice-roi est à Souraje; le duc d'Elchingen à Liozno, le duc de Reggio à Polotsk, et les Bavarois à Biéchenkovitchi ; qu'il transmette ces renseignements au prince d'Eckmühl ; que la correspondance doit actuellement devenir très-rapide entre Mohilef et Vitebsk; qu'il faut organiser les postes de manière que le trajet puisse se faire en quinze ou dix-huit heures ; que nous attendons des nou­velles du prince d'Eckmühl qui fassent connaître l'état de situation de ses troupes, de celles du prince Poniatowski, du 8e corps, du 4e corps de cavalerie et des troupes du général Grouchy.

P. S. On reçoit à l'instant des lettres du prince d'Eckmühl du 28 juillet, à neuf heures du matin, qui annoncent que l'ennemi a paru à Chklov, et qu'il y marche.


Vitebsk, 29 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au prince d'Eckmühl pour lui faire connaître que le roi de Naples, qui a aujourd'hui son quartier général à Yanovitchi, se porte en avant pour occuper tout le pays entre la Kasplia et le Dniepr; que le général Sébastiani a son quartier général à Roudnia; que le duc d'Elchingen marche sur Liozno, que le vice-roi est à Souraje; que nous n'avons pas de ses nouvelles depuis plusieurs jours; que la principale intention de l'Empereur, si l'ennemi ne l'oblige pas à des dispositions contraires, est de donner sept à huit jours de repos à l'armée, afin d'organiser les magasins; qu'il paraitrait que la position qu'il devait occuper serait Orcha, en faisant garder Mohilef par un des corps qui sont sous ses ordres; que, par cette disposition, il n'y aurait d'Orcha au quartier impérial que quatre marches, et du Dniepr à la Kasplia, c'est-à-dire de la ligne de la Berezina, que trois marches; qu'il serait nécessaire qu'il eût un bon pont avec une bonne tête de pont à Orcha sur le Dniepr; que l'armée aurait donc ainsi tous les avantages possibles, puisqu'elle aurait un pont sur la Dvina et un sur le Dniepr, et qu'elle serait très-concen­trée; que l'ennemi a perdu 7 à 8,000 hommes dans les combats de ces trois jours-ci, et qu'il bat en retraite avec une grande précipita­tion par tous les chemins. Envoyez cette lettre au prince d'Eckmühl par un de vos' officiers, qui soit sûr d'arriver.

Écrivez au général Grouchy pour l'informer de ces nouvelles, et qu'on n'a pas des siennes depuis le 26, ce qui parait fort extra­ordinaire.


Vitebsk, 29 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, faites connaître au duc d'Elchingen qu'après avoir poursuivi l'ennemi jusqu'à Yanovitchi, je suis revenu à Vitebsk ; que je désire qu'il prenne position à Liozno, mais qu'il y marche à très-petites journées, afin que sa troupe ait le temps de se rallier et que toute son artillerie puisse le rejoindre; que le général Sébastiani le couvrira ; que le roi de Naples est à Yanovitchi ; qu'il va se porter entre la Kasplia et le Dniepr; que le vice-roi est à Souraje, occupant les deux rives de la Dvina; que je désire qu'il fasse construire entre Roudnia et Vitebsk deux manutentions de six fours chacune, et qu'il réunisse de tous côtés, par voie légale de réquisition, en s'adressant aux autorités du district du gouvernement de Mohilef, où se trouvent Liozno et Roudnia, de quoi nourrir son corps d'armée régulièrement et avoir une réserve de biscuit et de pain biscuité pour vingt jours;

que la situation de la cavalerie, de l'infanterie et de l'artillerie est telle, que je suis résolu, si l'ennemi ne me force pas à prendre de disposition contraire, à rester sept à huit jours dans des quartiers de rafraîchissement pour reposer l'armée; qu'il fasse donc placer ses trois divisions dans de bonnes localités, toutes prises dans le gouver­nement de Mohilef; qu'il fasse faire à ses troupes de bonnes baraques où elles puissent être à l'abri de la ploie, et qu'on commence les distributions et les approvisionnements réguliers.

Écrivez au général Sébastiani que j'ai reçu son rapport; qu'il va être renforcé des deux brigades de cavalerie légère du duc d'Elchingen, auquel il doit rendre compte de tout ce qu'il y aura de nouveau ; que le duc d'Elchingen pousse sur Roudnia ; que le roi de Naples, qui a aujourd'hui son quartier général à Yanovitchi, va occuper tout le pays entre la Kasplia et le Dniepr; que je désire qu'il place des postes de correspondance de manière à me donner deux fois par jour des nouvelles ; que du reste il doit maintenir une sévère discipline et ne pas trop fatiguer sa troupe; qu'indépendamment des comptes directs qu'il enverra ici il doit rendre compte au roi de Naples.


Vitebsk, 30 juillet 1812, cinq heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc de Reggio pour lui recommander de nouveau la destruction du camp retranché de Drissa; qu'il serait bien malheureux si, par des circonstances, quelconques, un corps ennemi revenait à Drissa, qu'il pût encore profiter de ses ouvrages; que le rasement de ce camp retranché est donc de la plus grande urgence; qu'il est important qu'il se mette en communication avec le duc de Tarente, qui doit avoir passé sur la rive droite près de Dinabourg.


Vitebsk, 30 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez à Minsk au général Bonikowsky pour qu'il vous fasse connaître quelles sont les divisions que Bagration a renvoyées sur les derrières et celles qu'il a, et pour qu'il indique bien leur numéro.

Renvoyez au vice-roi les reçus des deux officiers italiens, en lui faisant comprendre que cette marche est mauvaise et désorganise tout.

Écrivez au prince Schwarzenberg pour qu'il accélère son mouve­ment sur Minsk. Faites-lui connaître que le prince Poniatowski est à Mohilef, que le prince d'Eckmühl est à Orcha, que le quartier général est à Vitebsk, le roi de Naples à Roudnia, le vice-roi à Souraje, le duc d'Elchingen à Liozno, le duc de Reggio en marche sur Nevel; que la réunion de Bagration avec la grande armée se fera sur Smolensk; qu'on aurait pu l'empêcher, puisqu'elle ne pourra avoir lieu que dans cinq ou six jours, mais que la chaleur est si forte et l'armée si fatiguée, que l'Empereur a jugé devoir lui donner quelques jours de repos.

Donnez l’ordre au prince Schwarzenberg de faire occuper Minsk par 12 ou 1500 hommes d'infanterie, 4e cavalerie et d'artillerie, Lapitchi et le pont de Svislotch pour observer Bobrouisk. Mandez-lui que je désirerais qu'il fit connaître le nombre des divisions d'in­fanterie de Bagration; en a-t-il quatre ou six ? Que nous sommes incertains là-dessus, ainsi que sur le nombre des divisions de cavalerie.


Vitebsk, 30 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au général Grouchy que j'ai reçu sa lettre ; que j'espère qu'il n'aura pas évacué Babinovitchi, puisqu'il aura reçu mes lettres d'hier, où je lui faisais connaître que le général Sébastiani marchait sur Roudnia, et lui recommandais de couvrir le pays de la rive droite du Borysthène. Mandez-lui que le roi de Naples couche ce soir à Kolychki, et qu'il sera probablement demain à Roudnia ; que le duc d'Elchingen est à Liozno. Dites que j'envoie la division Gudin à Pavlovitchi ; qu'elle part à minuit et qu'elle y sera de bonne heure et fournira des bataillons d'infanterie légère pour bien assurer la position de Babinovitchi. Il est également convenable qu'il fasse occuper Lioubavitchi.


Vitebsk, 30 juillet 1812, huit heures du soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, expédiez le Polonais que le prince d'Eckmühl a envoyé ici. Faites-lui connaître que l'ennemi se retire sur deux co­lonnes, l’une, composée de deux corps et de la garde impériale, par Liozno et Roudnia; l'autre, par Vanovitchi et Porietche; que le général Sébastiani sera aujourd'hui à Roudnia; que le duc d'Elchingen est à Liozno; que le général Nansouty doit être ce soir à Po­rietche; que le vice-roi est à Souraje; que le roi de Naples couche aujourd'hui à Kolychki et se rend à Roudnia ; que le général Grouchy a abandonné Babinovitchi, mais que je lui ai ordonné de s'y rendre demain, et que je le fais appuyer par la division Gudin. Mander-lui que mon intention est de donner sept à huit jours de repos à l'armée, qui est très-fatiguée ; que j'ai préféré cet avantage à celui d'arriver à Smolensk avant Bagration. Faites-lui connaître que le prince de Schwarzenberg arrivera à Minsk du 1er au 2 août; que je désire avoir une tête de pont à Orcha, et qu'il ait une avant-garde entre Orcha et Tovkvatchi, désirant conserver la rive de la petite Berezina. Il faudra établir un pont sur le Dniepr avec une télé de pont ; par ce moyen, cette avant-garde aura une ligne d'opération sur Orcha par la rive droite et même sur Lioubavitchi et Vitebsk, et tiendra en respect la route de Smo­lensk sur la rive gauche du Dniepr. Faites-lui connaître que le général Grouchy reste sous ses ordres; qu'il peut lui donner l'ordre de se porter à Lioubavitchi, ou même le placer pour former cette avant-garde; que je désire que des magasins soient formés à Babinovitchi ; afin qu'on puisse vivre sans désoler le pays. Dites-lui qu'il est néces­saire qu'il fasse venir le 4e corps de cavalerie, que commande le général Latour-Maubourg, le plus promptement possible sur Orcha; qu'il aura le commandement du 5e corps et du 8e, ainsi que celui du 4e de cavalerie. Recommandez-lui d'éviter toutes les échauffourées de cavalerie en garnissant tous les postes du Dniepr, de Mohilef à Orcha, avec des détachements d'infanterie qui soutiennent la cava­lerie. Faites-lui connaître que le prince Poniatowski doit établir des ponts et une tête de pont à Mohilef, pour faire des incursions à 12 ou 15 lieues dans le pays afin de remplir ses magasins; qu'il faut que la communication d'Orcha à Vitebsk soit très rapide, en faisant rétablir tous les relais de poste, de manière qu'on puisse communi­quer en quatorze ou quinze heures; également pour la route de Mohilef. Dites-lui que je désire connaître positivement le nombre des divisions qu'a Bagration; est-ce quatre ou six ? Vous enverrez un du­plicata de cette lettre au général Grouchy, qui le fera passer au prince d'Eckmühl, et envoyez-lui le primata par le Polonais qui est arrivé d'Orcha.


Vitebsk, 31 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je vois avec peine que les 3,000 ma­lades qui sont à Vilna sont dans le dénuement et manquent même de paille, et que les magasins sont sans aucune espèce d'approvision­nement. Voyez à prendre des mesures pour améliorer cet état de choses.

Vous aurez reçu une lettre du prince Schwarzenberg du 29, qui vous aura appris que le général Reynier a rencontré L'ennemi le 26, du côté de Kobrine : c'est ce mouvement qui a dégagé le duché. Il reste à connaître la force et la nature des troupes que les Russes ont contre lui. Il serait nécessaire que la garnison de Zamość, qui est d'un beau régiment, auquel on joindrait 2 à 300 chevaux et six pièces de canon , entrât en Volhynie et rôdât en colonne mobile sur la fron­tière. Écrivez en conséquence.

Vous ferez connaître à l'archevêque de Matines que je ne suis pas satisfait de ce qu'il a écrit au prince Schwarzenberg sur les opérations militaires; qu'il y avait un moyen plus simple et qui était naturel, celui d'en référer au commandant militaire, le général Dutaillis, qui est autorisé à de pareilles mesures ; mais qu'il est contre la dignité d'un ambassadeur de demander des secours de celle manière; que la lettre du général Dutaillis aurait eu plus de poids, et que celle que ce général aurait écrite au commandant de Lemberg aurait eu égale­ment plus d'influence et n'aurait pas eu d'inconvénient; qu'il ne con­naît pas assez les bornes de sa place.

Je vous envoie deux extraits de journaux russes. Faites-les mettre dans les journaux de Paris.


Vitebsk, 31 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

L'état-major de l'aile droite est dissous. (Ces dispositions étaient motivées par le départ du roi de Westphalie, qui, à la suite de discussions très-vives avec le prince d'Eckmühl, s'était démis du commandement de l'aile droite de la Grande Armée, composée des 5e, 7e et 8e corps d'infanterie et du 4e corps de cavalerie.)

Le général comte Marchand, chef de l'état-major de l'aile droite, prendra le commandement de la 25a division d'infanterie jusqu'à la guérison du prince royal de Wurtemberg.

Les 5e et 8e corps d'armée prendront jusqu'à nouvel ordre les ordres du maréchal prince d'Eckmühl.

Le 4e corps de cavalerie fera partie de la grande réserve de cava­lerie, mais sera, selon les circonstances, sous les ordres des maré­chaux commandant les différents corps d'armée.


Vitebsk, 31 juillet 1812, onze heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Orcha.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 30 à trois heures après midi ; il est dix heures : ainsi l'officier a mis dix-huit heures en route. Le mouvement que vous faites est entièrement dans mes intentions. La continuation de ce mouvement jusqu'à l'embouchure de la Berezina dans le Dniepr est encore dans mon système. J'approuve que sur la route de Liady à Lioubavitchi vous fassiez construire un pont sur le Dniepr avec une bonne tête de pont, afin que vous puissiez manœu­vrer sur l'une et l'autre rive. Le générai Montbrun est à Roudnia avec tout son corps de cavalerie. Le roi de Naples doit y avoir son quartier général. Le duc d'Elchingen est à Liozno. J'ai donné ordre au général Grouchy, qui avait évacué Babinovitchi, d'y reprendre sa position, de recevoir vos ordres et de couvrir la rive droite du Dniepr. Envoyez-lui ordre qu'il vienne vous rejoindre, afin que vous soyez en force sur la Berezina. J'ai envoyé le général Gudin à Pavlovitchi, et je l'ai autorisé à fournir des troupes légères pour éclairer la cavalerie du général Grouchy. Lorsque ce dernier vous aura rejoint, renvoyez ces détachements d'infanterie à leur division, afin que tout reste entier.


Les divisions Morand et Friant sont près de Vitebsk ; elles sont en bon état, mais ce repos ne peut que leur être utile.

Le vice-roi est à Souraje. Le général Nansouty marche sur Porietche; je suppose qu'il y sera arrivé hier. Cependant l'ennemi paraissait y être encore en force. J'ai envoyé le duc d'Abrantès pour commander le 8e corps. La garde, que le roi de Westphalie avait retirée, doit être en route pour rejoindre ce corps. Je désire donner quelques jours de repos à l'armée. Réitérez les ordres pour que Latour-Maubourg vous rejoigne. Vous avez sous votre commande­ment le corps du général Grouchy, celui du général Latour-Maubourg, celui du prince Poniatowski, le 8e corps et ce que vous avez du vôtre. Le prince Poniatowski a une mauvaise correspondance; il se lamente toujours, au lieu de parler positivement. Un état de situation bien fait parle tout seul et se fait pas de tort au général ; qu'il envoie on bon état de situation. Voilà qu'il séjourne à Mohilef ; je suppose qu'il se sera informé, et qu'il se sera fart fournir par des réquisitions ce qui peut lui manquer.

Envoyez-moi l'état de situation du corps de Grouchy, du 8e corps, du 5e corps, du corps de Latour-Maubourg et des divisions que vous avez avec vous. Je suppose que le 33e régiment d'infanterie légère doit se réorganiser, il serait assez important de faire qu'il vous re­joigne. Un jour d'affaire cela se battra et occupera son poste dans un bois, en tirailleurs. Ralliez vos corps, faites en sorte que vous ayez toutes vos compagnies de grenadiers et de voltigeurs, et envoyez-moi la situation de tout, a6n que je puisse décider le parti à prendre, qui ne peut être-que le résultat d'une connaissance parfaite des choses. Gardez votre parc d'artillerie que j'avais rappelé, parce que je croyais à une grande bataille à Vitebsk. Surtout taches d'avoir des distribu­tions régulières. Il faut que votre correspondance s'établisse par Babinovitchi, pour qu'elle soit rapide. La division Gudin protège la poste de Pavlovitchi; mettez de l'infanterie aux postes de Babinovitchi et d'Oriékhi, afin que les postes de celle route soient tout à fait à l'abri des Cosaques.

Envoyez-moi donc des états de situation ; envoyez-les-moi partiel­lement, sans attendre que tous vous soient parvenus. Faites-moi connaître aussi le numéro des divisions que vous croyez à Bagration; il n'a pas la 23e, qui était ici. A-t-il trois, quatre ou six divi­sions ? On prétend que le général Latour-Maubourg a eu un succès assez considérable sur l’arrière-garde ennemie.