1er – 30 juin 1812

 

Posen, 1er juin 1812

Au comte Collin de Sussy, ministre des manufactures et du commerce, à Paris

Monsieur le Comte de Sussy, la taxation du blé par le préfet de Caen à 33 francs l'hectolitre est fort extraordinaire. Je ne conçois pas comment ce préfet a ainsi méconnu le principe. Je m'attendais à ce que vous me diriez un mot des motifs qui l'ont décidé. J'approuve que vous lui ayez remis les 100,00 francs provenant de la vente des farines ; mais je pense que la meilleure opération que devrait faire la municipalité de Caen serait de faire venir des blés du département de la Roer. Donnez-en l'autorisation, en vous assurant que ce blé vient bien de la Roer. En employant 100,000 écus pour cet objet, c'est la meilleure manière de prêter 100,000 écus aux habitants de Caen. Si vous voulez vous servir de Vanlerberghe pour cette opéra­tion, je ne m'y oppose pas.

 



Posen, 1er juin 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, les régiments de la Vistule ont laissé 724 hommes au dépôt de Sedan, lesquels n'attendaient pour partir que des capotes. Cependant ces hommes ne partent point. Il est fâcheux d'être obligé de laisser en France, où ils sont inutiles, des hommes qui seraient si utiles ici ; mettez-les en état de partir sans délai. Les régiments de la Vistule qui sont à Posen n'ont pas encore leurs shakos, qu'ils devaient recevoir à leur départ à Paris.


Posen, 1er juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune de voir M. de Hardenberg et de demander que des ordres soient donnés à Kolberg pour que les officiers français y soient bien traités, qu'ils puissent tout voir et aller partout ; pour qu'en cas d'événement ils servent sous les ordres du commandant de Kolberg comme officiers prussiens, et pour que le commandant de Kolberg ait des colonnes mobiles sur les côtes, à droite et à gauche, et qu'il se comporte bien en cas d'attaque de l'ennemi.


Posen, 1er juin 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, donnez ordre au général de division Partouneaux de partir avec le 29e et le 10e régiment d'infanterie légère formant qua­tre bataillons, avec les trois bataillons du 126e et un général de brigade, dans la journée du 3 juin, de Berlin, pour se rendre en toute diligence à Stettin. Donnez ordre à l'artillerie de cette division, qui arrive le 3 à Magdeburg, d'en partir le 4 pour Stettin. La 2e bri­gade, composée du 44e et du régiment provisoire, restera à Berlin jusqu'au 9. Le 10 juin cette 2e brigade partira pour Stettin. Le 125e se dirigera en droite ligne de la 32e division sur Stettin. Ainsi toute la division Partouneaux se trouvera réunie dans cette dernière place. Le régiment formé de deux bataillons de Walcheren et de Belle-Île, qui arrive le 9 juin à Berlin, y remplacera la 2e brigade. Le 4e ba­taillon de Walcheren et le 4e de Belle-Île, appartenant à la 4' division de réserve, resteront à Berlin jusqu'à nouvel ordre. Le 6e bataillon da 19e de ligne, qui appartient à la le division de réserve, tiendra garnison à Spandau. Ainsi, par ce moyen, la 1e brigade, avec l'artillerie de la division Partouneaux, sera disponible à Stettin dès le 8 ou le 9 juin ; la 2e brigade sera rendue et disponible à Stettin le 15 ; de sorte que le 15 cette division, avec son artillerie, pourra partir de Stettin pour se porter partout où il sera nécessaire.

Donnez ordre aux cinq bataillons de la brigade de Berg de partir sans délai pour se rendre à Danzig, avec ses quatorze pièces d'artil­lerie et le régiment de cavalerie. Il est nécessaire d'accélérer ce mou­vement, de manière que le 1e bataillon arrive vers le 10, et les autres, ainsi que l'artillerie et la cavalerie, du 10 au 15. La brigade badoise fera le même mouvement de la manière suivante : le 1e régi­ment de ligne partira le 4 de Stettin pour se rendre en toute diligence à Danzig; le bataillon du 3e régiment, qui est à Küstrin, en partira pour Danzig le 3; le 1er bataillon du 1er d'infanterie légère, qui est à Stettin, en partira aussitôt qu'un bataillon de la division Partou­neaux sera arrivé, c'est-à-dire au plus tard le 7 ; de sorte que les huit pièces d'artillerie et la brigade de Bade, forte de cinq bataillons, seront réunies également du 10 au 15 à Danzig. Le général Daendels suivra le mouvement de cette seconde brigade. Le régiment d'infan­terie des gardes du grand-duc de Hesse a déjà reçu ordre de se rendre au quartier général. Le bataillon d'infanterie légère de Hesse-Darmstadt, qui est à Stettin avec ses pièces d'artillerie, tiendra garnison dans la Poméranie suédoise, aussitôt qu'un bataillon de la division Partouneaux sera arrivé à Stettin. Le régiment n° 4 de la division princière a dû partir le 27 mai de Hambourg pour la Poméranie suédoise. Enfin vous donnerez ordre au régiment westphalien qui est à Magdeburg de partir, non pour Glogau, comme le porte mon der­nier ordre, mais pour la Poméranie suédoise, aussitôt qu'une demi-brigade de la division Lagrange, qui a dû partir vers le 1er juin de Cologne, sera arrivée à Magdeburg. La garnison de la Poméranie suédoise sera donc composée du régiment de la Confédération n° 4, fort de 2 bataillons, du bataillon d'infanterie légère de Hesse-Darmstadt et du régiment westphalien qui est à Magdeburg; total, 6 ba­taillons de Hesse-Darmstadt et 6 pièces de canon; ce qui, appuyé de la division Partouneaux, qui sera à Stettin, et de la division Heudelet, qui occupera le Mecklenburg et la 32e division militaire, fournira une force suffisante pour la défense des côtes.

Vous ordonnerez au général Lagrange de placer ainsi ses quatre demi-brigades de marche : la plus reculée, celle qui a encore des détachements à recevoir de France, il la laissera à Magdeburg pour former la garnison de cette place; les autres demi-brigades fileront sur Berlin, où elles seront casernées, afin de pouvoir les former plus promptement et d'y maintenir une discipline plus sévère. Du moment que deux demi-brigades de cette division seront arrivées à Berlin, les bataillons de Walcheren et de Belle-Île et ce qui pourrait s'y trouver appartenant à la 4e division de la réserve se dirigeront sur Stettin pour former la garnison de Stettin. Tonte la division Durutte, qui est la 4e se formera à Stettin, ce qui rendra alors disponible la division Partouneaux. La 3e division de la réserve, composée des 10e, 11e, 12e et 13e demi-brigades provisoires, qui vont partir de France, se réunira à Berlin; ce qui rendra disponible toute la division Lagrange, qui alors se dirigera sur Stettin, Danzig ou Thorn, selon les circonstances.

Ainsi la division Daendels doit le plus tôt possible se diriger sur Danzig, savoir : la brigade de Berg, cavalerie, infanterie, artillerie, l'infanterie et l'artillerie de Bade et la cavalerie de Hesse-Darmstadt, ce qui fera 10 bataillons, 2 régiments de cavalerie et 22 pièces de canon ; les deux bataillons de Berg qui sont en route rejoindront à Danzig, ainsi que les deux escadrons du même grand-duché, ce qui portera alors cette division à douze bataillons. La division Partouneaux sera d'abord en observation à Stettin, prête à soutenir la Poméranie suédoise, à se porter sur Hambourg, sur les embou­chures de l'Oder et partout où on en aura besoin ; et vers la fin de juin, quand elle en recevra l’ordre, elle se portera sur Danzig. La division polonaise du général Girard sera la 3e division du 9e corps aux ordres du duc de Bellune. Elle se réunira à Berlin. Je donnerai l’ordre pour son mouvement aussitôt que je connaîtrai sa marche. Il est probable que dans le courant de juin elle aura dépassé l’Oder. A la fin de juin tout le 9e corps, composé de trois divisions d'infan­terie, d'une brigade de cavalerie et de cinquante-six pièces de canon, se trouvera sur la Vistule, formant réserve à toute l'armée, qui alors sera à 60 lieues en avant. La 1e division de la réserve (la division Lagrange) filera également sur la Vistule. Cette 1e division devra être dissoute, puisqu'elle n'est composée que de 5e et de 6e batail­lons; mais, en attendant qu'elle rejoigne l'armée, elle pourra être sous les ordres du duc de Bellune, ce qui portera ce corps à cinquante-six bataillons. Il ne restera plus alors en arrière, sur la gauche de l'Oder, que trois divisions de la réserve : la 2e division, forte de cinq demi-brigades, tenant garnison dans la 32e division et dans le Mecklenburg; la 3e, tenant garnison à Berlin, et la 4e, tenant garnison à Stettin. Ces trois divisions formeront quarante-six batail­lons, prêts à se porter sur Hambourg, sur la Poméranie suédoise et sur tel point quelconque qui serait attaqué. Elles fourniront aussi un supplément nécessaire de garnison à Stettin. La Poméranie aura sa garnison particulière; comme il est dit ci-dessus. Berlin et Spandau auront également leur garnison particulière. Küstrin aura aussi sa garnison. Il sera nécessaire de nommer un maréchal à Berlin pour commander cette réserve. Je fais choix du maréchal duc de Castiglione. Écrivez au ministre de la guerre pour savoir si ce maré­chal est en état.

La 1e division de la réserve, comme je l'ai dit, n'a pas besoin d'artillerie, puisqu'elle est composée de demi-brigades de marche. La 2e doit avoir douze pièces de canon, ainsi que j'en ai donné l’ordre au ministre de la guerre. La 3e et la 4e doivent également avoir deux batteries. Écrivez au ministre de la guerre pour qu'elles les aient dans le courant de juillet. Quant à la cavalerie de la réserve, elle sera composée de huit escadrons de dragons, qui doivent faire partie de la Grande Année.

Il est nécessaire que le duc de Bellune connaisse bien les corps qui composent les quatre divisions de la réserve. Je suppose que vous avec ces détails. Si vous ne les aviez pas, vous pourriez les faire prendre à mon bureau. Vous donnerez ordre que le régiment de cava­lerie de Bade soit attaché jusqu'à nouvel ordre à la division Partou­neaux, n'étant pas convenable de dégarnir de cavalerie tous les derrières. Recommandez au duc de Bellune de bien organiser les divisions Partouneaux et Daendels. Quoique cette dernière se rende sans délai à Danzig, elle fait toujours partie de son corps d'armée.

Ainsi donc il y aura dans le courant de juillet sur les derrières le 9e corps et la 1e division de réserve, formant cinquante-six batail­lons, ou plus de 40,000 hommes d'infanterie, cinquante à cinquante-six pièces de canon et 1,500 hommes de cavalerie.

Le général Partouneaux doit avoir deux généraux de brigade.

Il y aura en arrière, en seconde ligne, la 2e division de la réserve dans la 32e division, forte de 20 bataillons; la 3e division à Berlin, 12 bataillons; la 4e division à Stettin, 12 bataillons; total, 44 ba­taillons; plus huit escadrons de dragons formant 1,500 hommes, et trente-six pièces d'artillerie; et ce, indépendamment des 2 bataillons de garnison de la 32e division, des 6 de garnison de la Poméranie suédoise, du bataillon de Küstrin, des 3 de Berlin et des 2 de Glogau ; total, 14 bataillons de garnison.

Les trois divisions de la réserve pourront toujours se mettre en mouvement, pour se porter partout où il sera nécessaire, et forme­ront avec la réserve d'Erfurt un corps de 30 à 40,000 hommes suffi­sant pour garantir de toute descente la Poméranie, le Mecklenburg, dégager Kolberg, ou se porter au secours de la 32e division; d'autant plus qu'en cas d'événements imprévus on pourrait tirer 2,000 hommes de la Saxe et quelques secours de la Prusse et de la Westphalie.

En communiquant ces mesures au duc de Bellune et lui donnant ces ordres, vous lui ferez connaître que l'important est que j'aie, avant le 15 juin à peu près, toute la division Daendels à Danzig, afin de mettre cette côte à l'abri d'une descente et de n'être pas obligé pour cela de dégarnir mon armée.

Envoyez un officier en poste au duc de Bellune, afin qu'il me rap­porte le compte de l'exécution de mes ordres et le détail du mouve­ment de toutes les troupes. Il rapportera aussi la situation exacte des troupes, parce que mon intention est de les compléter en dirigeant des bataillons de marche sur ces corps.

Faites connaître l'ensemble de ces dispositions au ministre de la guerre, pour qu'il sente l'importance de diriger le plus tôt possible les 10e, 11e et 12e demi-brigades sur Berlin. Cette 3e division de la réserve sera confiée au général Seras. Vous me présenterez quelqu'un pour le remplacer dans le commandement de Glogau. En me faisant connaître l'exécution de mes ordres, soumettez-moi un tableau qui indique le jour où chacun de ces corps arrivera. Mon intention étant de former des 2e, 3e et 4e divisions de la réserve un corps d'année, il est nécessaire d'y attacher un officier supérieur d'artillerie, et que ce corps soit en mesure dans le courant de juillet.


Posen, 1er juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune de donner tous les ordres nécessaires pour que Spandau soit mis en état de soutenir un siège, si cela était nécessaire, passé le 15 juin. Il faut donc qu'il y ait un général commandant, un officier d'artillerie, un officier du génie, un garde-magasin d'artillerie, un garde-magasin du génie et un garde-magasin des vivres, attachés à la place. J'ai ordonné qu'il y eût deux compagnies d'artillerie, fortes d'au moins 140 hommes chacune, pour le service de cette place.


Posen, 1er juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, donnez ordre au duc d'Elchingen de faire rejoindre la cavalerie légère de son corps d'armée par la cavalerie légère wurtembergeoise, a6n d'en augmenter sa cavalerie, et que cette troupe marchant ensemble prenne un meilleur esprit que si elle marchait isolée avec son infanterie.


Posen, 1er juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, donnez ordre que le 4 juin un des 3e bataillons des régiments de la Vistule, complété à 840 hommes, bien habillé, bien armé et en bon état, se dirige sur Thorn, où il tiendra garnison. Donnez ordre que du 4 au 12 un deuxième bataillon parte également pour Thorn. Enfin donnez l'ordre qu'un troisième bataillon, égale­ment complété à 840 hommes, parte avant le 15. Ces bataillons seront sous les ordres d'un major ou colonel pris parmi ceux qui sont à la suite ; il sera nommé par le général Claparède. Ces bataillons resteront à Thorn jusqu'à nouvel ordre et jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment instruits et capables d'être placés en ligne. Je ne vous parle pas des compagnies de voltigeurs ni de celles de grenadiers; ces bataillons, destinés à être versés dans les autres, ne doivent point en avoir; ils seront, en attendant, utiles à Thorn. Je suppose que vous en ferez passer la revue avant leur départ, et que vous vous serez assuré qu'ils sont en bon état et ne manquent de rien. Donnez aussi l’ordre au dépôt de Posen de fournir aux soldats de la Vistule une paire de souliers, afin qu'ils en aient une au sac et une aux pieds.


Posen, 1er juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, donnez ordre au général d'artillerie de faire embar­quer à Danzig 25,000 coups de canon et 2 millions de cartouches, et de les faire transporter dans la citadelle de Pillau ; de porter le dépôt de cartouches de Thorn à 4 millions en y venant les 2 millions qui sont embarqués avec l'équipage de siège de Magdeburg. Le dépôt de Thorn sera ainsi composé de 4 millions de cartouches françaises et de 1,500,000 cartouches polonaises. Donnez ordre que 1,200,000 cartouches polonaises partent sans délai de Thorn pour Modlin ; que 500,000 cartouches françaises partent également de Thorn pour Modlin; ce qui portera le dépôt de Modlin à plus de 2 millions de cartouches polonaises el françaises. Donnez ordre que 300,000 cartouches françaises de Thorn soient envoyées à Marienwerder pour y être à la disposition du duc de Reggio, que 300,000 soient envoyées à Marienburg et 300,000 à Plock à la disposition du vice-roi. Le dépôt de 4 millions de cartouches françaises sera donc réduit à 2,600,000 (en comprenant ce qui doit arriver de Küstrin), et celui des car­touches polonaises à 300,000. Il y aura donc encore à Thorn 2,900,000 cartouches.

Donnez ordre au général d'artillerie de garder l'équipage de pont près Marienburg, dans l'ile de Nogat, et de faire connaitre le jour où il y sera arrivé pour que je puisse donner des ordres ultérieurs. Il doit faire courir le bruit à Danzig que cet équipage se rend à Var­sovie. Donnez ordre que l'équipage de siège de Danzig, s'il n'est pas encore à Elbing, s'arrête vis-à-vis Marienburg. Donnez ordre que l'équipage de siège de Magdeburg se rende à Thorn, où il restera jus­qu'à nouvel ordre.


Posen, 1er juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Posen

Mon Fils, je suis ici depuis hier. Je serai demain à Thorn, où je resterai après-demain.

Faites un marché pour transporter, à raison de 1,000 quintaux par jour, 10,000 quintaux sur Willenberg. Ce marché sera passé au meilleur prix possible par votre ordonnateur avec les gens du pays. Je mettrai à cet effet des fonds à votre disposition. Vous le ferez exé­cuter sous l'approbation de l'intendant. On pourra le continuer pour 10 autres milliers de quintaux si l'intendant l'approuve.

Je viens de requérir 2,000 chevaux à Marienburg. Vous y êtes compris pour 120 chevaux pour vos équipages italiens; cependant, comme cela détournerait les hommes à pied que vous enverriez pour chercher ces chevaux, si vous pouvez acheter des chevaux du côté de Plock, je vous y autorise et vous accorderai des fonds. L'artillerie de votre corps d'armée ayant besoin de 500 chevaux, j'ai ordonné qu'il en fût fourni 1,000 à Glogau, tant pour votre artillerie française que pour votre artillerie italienne. Il est nécessaire que vous envoyiez des hommes à pied pour les chercher. J'ai ordonné que votre bataillon de bœufs reçût en passage à Glogau des bœufs en bon état, en rempla­cement des mauvais. Si, à l'arrivée de ces bataillons à Plock, il se trouvait encore des bœufs qui fussent en mauvais état, on pourrait en choisir à Modlin ou en acheter dans le pays pour remplacer les mauvais. Ces 300 voitures, qui vous porteront 3,000 quintaux, vous seront d'une grande utilité.

Envoyez un de vos officiers du génie intelligent, pour bien recon­naître le pays depuis Johannisburg jusqu'à Rastenburg, Angerburg et Goldap. Il suivra les bords de la Goldap et s'avancera par Augustowo jusqu'à la frontière près de Grodno. Tenez un officier d'état-major au village le plus près de Grodno, pour vous instruire de tous les mouvements et de tous les renseignements qui viendront là à sa connaissance. En général, faites prendre par un homme de confiance connaissance de tous les pays situés entre la Narew et le Niémen, depuis le point qui est vis-à-vis Grodno jusqu'à Tykocin, Willenberg, Angerburg, Augustowo, etc., etc., afin que vous connaissiez bien toutes ces localités, où il est possible que vous ayez à manœuvrer. Vous me ferez passer une copie de toutes les reconnaissances et renseignements que vous recevrez.

Je suppose que vous ne pouvez pas être embarrassé pour du blé. Si cependant vous éprouviez quelque embarras, il y a de grands magasins à Plock, à Wyszogrod et Wloclawek; faites-en prendre là, faites moudre et faites-en transporter une grande quantité sur Willenberg et Soldau. Dans la saison, les chevaux ne doivent pas mourir de faim ; l'herbe doit être bonne à manger.

J'ai besoin de recevoir de vous un rapport qui me fasse connaître combien vous avez de pontons pour les passages de rivières, et com­bien vous avez de coups de canon à tirer par pièce. Il me semble que vous avez laissé bien des caissons à Glogau qui tarderont à vous rejoindre.


Posen, 1er juin 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Posen

Mon Fils, je reçois votre lettre du 31 mai, par votre aide de camp qui a passé par Thorn. Comme il n'y a de Thorn à Plock que sept heures de chemin, venez me voir à Thorn le 3 ou 4.

Il n'y a pas d'inconvénient de laisser un hôpital de 300 malades à Plock; ils joindront après à Thorn. Je vous ai écrit fort en détail aujourd'hui pour vous autoriser à puiser dans les magasins à Wloclawek, à faire moudre de la farine et à la diriger sur Willenberg.

J'ai ordonné une levée de chevaux à Glogau; il sera nécessaire que les charretiers italiens que vous avez menés avec vous rentrent à Glogau.

J'ai, à Glogau, fait donner des bœufs au bataillon d'équipages ita­lien, qui va bien ; vous avez tort d'en désespérer : j'espère qu'il sera avant le 10 à Plock. Si le général Guyon passe le 4 ou le 5 , il pourra facilement vous rejoindre, et les bataillons de marche être dissous. Si les cadres appartiennent aux cinq bataillons, il sera convenable de les renvoyer. Je vous ai autorisé à passer des marchés pour ame­ner des farines à Willenberg ; quand vous en enverriez une vingtaine de milliers de quintaux, ce ne serait pas trop. Je suppose que vous ne mangerez point de vos bœufs et que vous les garderez jusqu'à ce que vous soyez en mouvement.

Faites-moi passer les reconnaissances des pays que vous avez fait visiter.

L'état-major ici n'a point de traces du mouvement du 2e bataillon de la Méditerranée. Envoyez-moi l'itinéraire de ce bataillon, qui, étant composé de conscrits réfractaires, n'appartient pas à votre corps d'armée. Quant au 1er bataillon, s'il est parti le 19 mai, il arrivera à Glogau vers le 15 juin. J'ordonne qu'il tienne garnison à Glogau; les hommes seront bien fatigués, je désire qu'ils s'y reposent entière­ment; cela me mettra à même de retirer les deux bataillons qui s'y trouvent.

Faites en sorte que des convois partent tous les jours de Plock et de Wloclawek, afin d'entretenir vos manutentions. Je suppose que vous avez des cartouches, et qu'on n'attendra pas au dernier moment pour vider les caissons de cartouches dans les gibernes, et après ren­voyer les caissons au moment où le corps se porte en avant, ce qui serait trop long. J'ai ordonné que 300,000 cartouches fussent en­voyées à Plock à votre disposition ; faites-les filer sur Soldau, si vos soldats n'en ont pas besoin pour garnir leurs gibernes.

J'ai ordonné la formation de six compagnies de charrettes du pays, de 100 charrettes chaque compagnie, à Plock, à Bromberg, à Thorn, etc. ; ces 600 charrettes seront à votre disposition et pour le service de votre corps d'armée. Comme je suppose que votre ordon­nateur recevra cette décision de l'intendant général, faites procéder à l'organisation des 100 voitures qui doivent être formées à Plock.


Posen, 1er juin 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Plock

Mon Fils, j'ai nommé le général Dessolle pour votre chef d'état-major. Le général de brigade Plauzonne pourrait être le chef d'état-major du duc d'Abrantès. Vous garderez quelques jours le général Charpentier, jusqu'à ce que vous soyez certain d'être content du général Dessolle; alors je placerai le général Charpentier dans un gouvernement.

Tant que vous n'aurez que le 4e corps et les Bavarois, vous pouvez toujours conserver immédiatement le commandement du 4e corps ; mais, comme il peut arriver que vous ayez quelquefois trois corps d'armée sous vos ordres, il serait convenable que le duc d'Abrantès eût un état-major séparé. Que cela ne vous gêne pourtant pas pour donner immédiatement vos ordres au 4e corps, pendant que vous y êtes et que vous n'avez que deux corps d'armée.


Posen, 1er juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Plock

Mon Fils, il y a 22,000 quintaux de blé à Plock, dans des maga­sins que j'ai fait séquestrer. Finissez toutes les formalités, et mettez la main dessus. Faites convertir ce blé en farine et passez des marchés pour le faire transporter à Willenberg. J'ai fait de même séquestrer une grande quantité de blé à Wloclawek ; j'ai ordonné que 25,000 quintaux en seraient tirés pour être transportés sur Modlin; faites-moi connaître s'ils sont partis. 17,000 quintaux doivent être mis à votre disposition ; preoez4es sans délai et faites-les diriger sur Willenberg, et passez des marchés pour que ce transport paisse se faire à raison de 1,000 quintaux par jour. Pour ne pas trop entasser de blé à Willenberg, vous pouvez en déposer dans des positions en arrière, comme Soldau, etc.

J'ai ordonné qu'on dirigeât 300,000 cartouches de Thorn sur Plock, elles seront à votre disposition et compléteront votre approvisionnement. J'ai pris des mesures pour que les 100 caissons que vous avez laissés à Glogau soient attelés dans la première quinzaine de juin. Je suppose que vous y avez laissé des charretiers, du moins des Italiens; mais, en attendant, je donne des ordres pour qu'on tienne à votre disposition 10,000 coups à Thorn et 10,000 autres à Modlin, ce qui fera un demi-approvisionnement pour votre corps d'armée. Votre général d'artillerie pourra les tenir en arrière, et les faire avancer lorsqu'il en aura besoin.


Posen, 1er juin 1812

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Frère, je suis depuis hier à Posen. Vous avez reçu une lettre de moi contenant des instructions générales, qui ont dû être précé­dées par des ordres de l'état-major général à exécuter du 1er au 7 juin.

L'ordonnateur de la droite vous aura fait connaître les mesures que j'ai prescrites à l'intendant général pour l'approvisionnement de Pultusk, de Modlin et de Varsovie. Il est nécessaire qu'il y ait 10,000 quintaux de farine à Pultusk et 25,000 à Modlin pour l'approvisionnement de l'armée qui suivra le cours de la Narew ; il faut en avoir en outre 25,000 quintaux à Varsovie. Je fais tirer ces approvisionnements des différents magasins qui sont le long de la Vistule depuis Plock. L'ordonnateur vous aura également fait connaître mon ordre du jour relatif au 16e bataillon d'équipages et les mesures prises pour avoir 600 voitures du pays à la suite de votre corps. Pressez l'exécution de ces mesures. Nous sommes dans une saison où les chevaux ne peuvent pas périr de faim ; l'herbe doit être déjà bonne à manger.

Je pars probablement cette nuit pour Thorn, où je serai demain et après, et où je recevrai de vos nouvelles.

Je désire que vous reconnaissiez l'Omulew, Pultusk, Ostrolenka, Nowogrod, Lomza; mais, si vous allez si loin, il faut y aller incognito.

Tenez un officier à Tykocin et un à Terespol vis-à-vis Brzesc, pour vous faire des rapports sur ce qui se passe à Bialystok et sur la frontière russe. Faites reconnaître la ligne de Johannisburg à Nowogrod. Accréditez par tous les moyens le bruit de votre marche sur Lublin. Accréditez aussi le bruit de ma prompte arrivée à Var­sovie. Que le général Reynier fasse courir le bruit qu'il va passer le pont de Pulawi pour se porter sur Zamość ; prévenez-en le commandant de Zamość, afin que des dispositions soient faites pour recevoir ce corps. Vous donnerez l’ordre à l'officier que vous aurez en obser­vation à Tykocin d'envoyer des rapports sur Osterode et Thorn, et par estafette, toutes les fois que cela sera important. Le département dont le chef-lieu est à Siedlce doit vous fournir des ressources. Il est important que vous ayez vos vingt jours de vivres indépendam­ment des magasins de Pultusk, Ostrolenka et Modlin.


Thorn, 3 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, écrivez au général Éblé, directeur des ponts de l’armée, que les Prussiens ont à Tapiau un pont de bateaux dans le meilleur état, qu'ils ont replié; c'était le même qu'ils avaient à Tilsit; qu'ils ont à Königsberg cent pontons propres à jeter un pont de 800 pieds de longueur. Qu'il fasse reconnaître ces objets et les compagnies de pontonniers que pourrait avoir l'armée prussienne, afin de pouvoir se servir dans l'occasion des uns et des autres.


Thorn, 3 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, faites connaître au duc d'Elchingen qu'après-demain 5 la Garde occupera jusqu'à Strassburg; qu'il est donc nécessaire que son corps soit placé depuis Strassburg jusqu'à Osterode. Recomman­dez-lui également de former un dépôt des hommes malingres et fatigués, et de le laisser à Thorn, surtout les Wurtembergeois, et déformer également un dépôt de chevaux éclopés et de les diriger sur Thorn, soit de ses trois brigades de cavalerie, soit du 2e corps. Qu'il nomme un capitaine pour commander ce petit dépôt.


Thorn, 4 juin 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

On ne peut pas être plus mécontent que je ne le suis relativement aux deux compagnies de sapeurs qui étaient à l'île d'Elbe. Elles sont nues. Comment l’ordonnateur a-t-il pu les laisser partir dans cet état ? Vous verrez que, par un ordre du jour, j'ai ordonné une enquête à ce sujet.

Je suis extrêmement mécontent que l'ordonnateur Jacqueminot ait quitté l'armée au moment où il commençait à connaître le service et sans attendre même l'arrivée de celui qui devait le remplacer. Si je ne m'étais ressouvenu des services de son père, sénateur, je l'aurais mis à l'ordre de l'armée et déshonoré. On sollicite pour venir à l'armée et non pour la quitter. Donnez-lui ordre que dans un mois il ait rejoint, et faites comprendre au sénateur le danger que son fils a couru et le mauvais préjugé que cela laisse dans mon esprit.


Thorn, 4 juin l8I2.

NOTE POUR LE PRINCE MAJOR GÉNÉRAL, a thorn.

Il y aura à Thorn des hôpitaux pour 1,200 malades, savoir : l'hôtel de ville pour 600 ; trois des hôpitaux actuellement existants, 300; et des couvents pour 300. L'intendant général se fera remettre ces établissements dans la journée. On supprimera sur-le-champ l'hôpital des fiévreux, qui est très mauvais, et, comme il n'y a que 300 hommes, on les mettra sans délai dans une partie de l'hôtel de ville. L'autre partie de cette maison pourra n'être évacuée que dans huit ou dix jours. La municipalité se placera ailleurs. On établira un hôpital à Wloclawek dans un couvent et une maison qui a déjà été affectée à cet usage. Cet hôpital sera affecté au 4e corps et aux Bava­rois. Les 5e, 7e et 8e corps enverront leurs malades aux hôpitaux de Varsovie; le 3e corps et la Garde, à Thorn ; le 2e à Marienburg; le 1er, à Elbing.

Il a été ordonné d'établir à Danzig un hôpital dans l'abbaye d'Oliva. Cet établissement est très-important, parce que l'air d'Oliva est très-sain, avantage qui n'existe pas à Danzig.

Il sera convenable d'établir un hôpital à Osterode, un à Königsberg, un à Welhau, un à Soldau et un à Willenberg pour le 4e corps et les Bavarois; un à Pultusk pour le 5e corps. L'hôpital de Thorn sera entretenu par les fonds de l'armée.

Le major général donnera tous les ordres nécessaires à l'intendant général, au commandant de la place et au commandant du génie, pour que les hôpitaux de Thorn soient établis sans retard.


Thorn, 4 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, écrivez au prince d'Eckmühl que, lorsque vous lui avez donné l'ordre de se procurer pour vingt jours de vivres, vous avez entendu que cela se ferait régulièrement et sans fourrager le pays; que la terreur et la désolation sont en Pologne par la conduite des Wurtembergeois ; qu'il est tenu de mettre un terme à cette ma­nière de faire; qu'il fasse mettre à l'ordre le mécontentement de Sa Majesté contre les Wurtembergeois, et qu'il prenne les mesures les plus promptes pour que le pays ne soit pas dévasté, sans quoi nous allons nous trouver comme en Portugal.


Thorn, 4 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vous prie de me présenter dans la matinée l'organisation du service de l'intendant général, car je ne comprends pas quels sont les ordonnateurs qu'il a mis à la tête des différents services.

Il ne suffit pas que l'intendant soit content, il faut que cette organisation soit conforme à l'expérience de tous les temps.  L'intendant ne peut pas être partout, ni savoir tout; il faut donc que la responsa­bilité pèse non-seulement sur lui, mais sur les ordonnateurs, et que je les connaisse. II est convenable de me les présenter, ainsi que les chefs de service, le payeur général de l'armée, etc., et que désormais l’ordre soit établi de manière que le quartier général marche en règle et par journée, comme un régiment. J'ai ordonné de punir le payeur, qui n'a pas couché cette nuit au quartier général.


Thorn, 4juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, il y a à Thorn un hôpital de fiévreux très-malsain et très-mal établi. Donnez ordre à l'ordonnateur chargé des hôpi­taux, au général commandant la place et aux premiers médecin et chirurgien de se concerter pour choisir un autre local. Il est très-important d'avoir un bon hôpital à Thorn, et il ne faut rien épargner pour cela. En conséquence de l'insalubrité de l'hôpital actuel, écrivez au vice-roi de laisser un hôpital à Plock pour les Bavarois et le 4e corps, et d'y placer les malades qui se trouveraient dans son corps d'armée; d'autant plus qu'en cas d'événement il pourrait être utile qu'il pût diriger ses blessés sur Plock, pour ne pas trop encom­brer Thorn.


Thorn, 4 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, vous ne recevez pas suffisamment de nouvelles, soit des commandants de place, soit des gouverneurs. Chargez quelqu'un de suivre cette correspondance pour que, toutes les fois qu'il y aura un retard dans les envois des commandants de place, vous puissiez leur faire connaître que cette négligence a été remarquée par vous et leur en témoigner votre mécontentement.


Thorn, 4 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, il me paraît qu'il y a de l'anarchie dans la place de Thorn, je ne vois pas la nécessité d'y tenir à la fois pour commandants un général français et un général polonais; le général polonais me parait suffire. Il faut lui donner pour adjoints les officiers fran­çais qui sont nécessaires, de manière qu'il n'y ait à Thom qu’un seul commandant, ayant les moyens convenables. Voyez à organiser cet état-major dans la matinée.

Je viens de vous écrire pour retenir à Thorn le bataillon wurtembergeois qui devait en partir aujourd'hui. Lorsque le bataillon du 3e régiment de la Vistule, que j'ai ordonné de former à Posen, sera arrivé à Thorn, on pourra, selon les circonstances, disposer du bataillon wurtembergeois et le faire rejoindre.

Chargez un adjudant commandant de rester à Thorn pour l'inspec­tion des dépôts, magasins et dépôts de cavalerie qui sont à Thorn, et pour correspondre exactement avec vous sur le service de l'armée, mais sous les ordres militaires du commandant de la place. Du mo­ment que le service de la place de Thorn sera assuré par le bataillon wurtembergeois, vous donnerez ordre au dépôt du 5e régiment polo­nais de partir de Thorn pour se diriger sur Danzig par la rive gauche, afin qu'il ne gêne pas nos mouvements.


Thorn, 4 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Elbing

Mon Cousin, je vous envoie mon aide de camp, le général Hogendorp, qui est destiné à prendre le commandement de Königsberg, de Pillau et de la province de Königsberg. Assistez-le de commis­saires des guerres et de tout ce qui lui sera nécessaire. Mon intention est qu'il n'entre à Königsberg qu'avec votre 1e division.

Faites connaître au général Grawert que le général Kleist est parti de Plock pour le rejoindre avec la brigade de Silésie.

Toute ma Garde se réunit ici. Je compte la voir demain, finir quelques affaires de l'administration et me rendre à Marienburg et Danzig. Faites-moi connaître si l'équipage de pont est arrivé à Marienburg, et si les 20,000 quintaux de riz et de farine sont arrivés à Elbing. Presque toute l'armée se nourrira par Königsberg et la Passarge. Je pense donc qu'il faudra par jour plus de 4,000 quintaux, ce qui fera pour dix jours 40,000 quintaux. Vous m'avez, je crois, mandé qu'il y en avait 40,000 quintaux à Königsberg. Les 20,000 quintaux qui sont embarqués porteront cet approvisionnement à 60,000 quintaux. Je suppose que Königsberg, Wehlau et autres points de la Passarge doivent fournir des moyens de mouture. Mon intention est que 20,000 quintaux de farine suivent les premiers 20,000. Ce n'est pas le blé, mais la farine qui pourra manquer. Pour des masses comme celles-ci, si les précautions ne sont pas prises, les moutures d'aucun pays ne pourront suffire. Je suppose qu'on moud à force à Danzig et à Elbing.


Thorn, 5 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, le quartier général partira après-demain 7, et arri­vera le 10 à Osterode. Vous donnerez ordre que le petit quartier général, qui est parti ce matin 5 et y arrive le S, parte le 9 pour Heilsberg, où il arrivera le 10. Vous donnerez ordre que mon service de guerre se repose un jour à Osterode et de là continue sa route sur Heilsberg.


Thorn, 5 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que les hommes malin­gres qui sont aux hôpitaux de convalescence de Varsovie peuvent y rester, parce que, au premier événement, ces hommes seraient en peu d'heures rendus à Modlin ; que le principal est de ne pas laisser à Varsovie de gros magasins et de renfermer tout dans la place de Modlin.

Faites connaître au roi de Westphalie que j'ôte les Westphaliens de la 1e division et que je la fais venir à Marienburg ; que v lorsque la division Daendels sera arrivée à Danzig, mon intention est de lui renvoyer sa brigade. Écrivez la même chose au prince d'Eckmühl, afin que les Westphaliens le sachent et ne soient pas fâchés de se trouver en garnison.


Thorn, 5 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Thorn

Mon Fils, vous recevrez du major général des ordres pour votre mouvement sur Rastenburg. Ce n'est qu'un premier mouvement, car il doit se continuer sur Seyny, mon intention étant de réunir là, le 17 et le 18, tout votre corps d'armée, pendant que le 1er, le 2e, le 3e et la Garde seront réunis à Wilkowyszki, que le roi de Westphalie sera à Pultusk avec les 5e et 8e corps, le 7e corps sur Praga, et les Autrichiens arrivés à Lublin se trouvant déjà sur nous. Il vous est facile de comprendre que, dans cette position, si l'ennemi prenait l'offensive pour marcher sur Varsovie, s'il débouchait par Bialystok, vous vous trouveriez sur son flanc droit, et que, s'il débouchait par Olitta, vous vous trouveriez sur son flanc gauche. S'il débouchait sur vous, vous vous appuieriez sur l'armée ; de là, la nécessité que votre corps change de ligne d'opération. Il peut garder encore long­temps celle de Plock. Mais, aussitôt que les ennemis commenceront leur mouvement, le 18 arrivé, il faudra que votre ligne se dirige sur Thorn et même sur Marienburg. Alors, en supposant le roi de West­phalie se repliant sur Modlin, votre ligne n'est pas compromise et vous pouvez manœuvrer, au contraire, tranquillement pour vous placer sur la ligne d'opération de l'ennemi.


Thorn, 5 juin 1812.

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Frère, je reçois votre lettre que m'apporte votre aide de camp. Le major général vous écrit pour vous faire connaître le plan d'opé­rations que vous avez à faire. Dans ce métier-ci, et sur un si grand théâtre, on ne réussit que sur un plan bien établi et qu'avec des élé­ments bien d'accord. Il faut donc bien étudier vos ordres et ne faire ici ni plus ni moins que ce qu'on vous dit, surtout pour ce qui est mouvement combiné.


Annoncez que je vais voir le dépôt de Danzig, et qu'immédiate­ment après je reviens passer la revue du corps du vice-roi, celle des Polonais à Pultusk, et à Varsovie celle des deux autres corps. Faites faire à Varsovie tout ce qui peut accréditer cette nouvelle. Établissez une bonne police aux frontières, et faites que rien ne passe en Russie, ni courriers, ni postes, sous quelque prétexte que ce soit. Tout ce qui en viendra doit être envoyé au quartier général. Don­nez ordre au prince Poniatowski de correspondre avec le vice-roi et avec le général Rapp, pour leur faire connaître ce qu'il y a de nouveau.

Il est nécessaire aussi que vos trois corps correspondent avec le major général. C'est le major général qui ne doit correspondre qu'avec vous; mais les commandants de ces corps doivent envoyer exacte­ment le détail de leur position au major général.

Il paraît qu'il y a assez de blé à Modlin ; ce qui manque, c'est de la farine. Pultusk, Ostrolenka et Varsovie doivent avoir pourtant assez de moyens de nourriture. J'ai donné pour cela tous les ordres nécessaires. Faites-moi connaître jusqu'où, dans les mois de juin et de juillet, la Narew est navigable. Porte-t-elle bateau en ce moment jusqu'à Nowogrod et Lomza ?

Je crois vous avoir fait connaître ce que vous avez de mieux à faire au début de la campagne : d'abord, faire croire que vous allez entrer en Volhynie et tenir l'ennemi le plus possible sur cette partie, pen­dant que, le débordant sur son extrême droite, j'aurai gagné sur lui douze ou quinze marches dans la direction de Pétersbourg ; je me trouverai sur son aile droite, je passerai le Niémen et lui enlèverai Vilna, ce qui est le premier objet de la campagne.

Le mouvement du prince de Schwarzenberg sur Lublin ne démasquera pas entièrement ce dessein, puisque l'ennemi pourra croire que, réunis à Zamość, nous partirons de là pour entrer en Volhynie.

Quand cette opération sera démasquée, l'ennemi prendra un des deux partis suivants : ou il se ralliera dans l'intérieur de ses États pour se trouver en force de livrer bataille, ou il prendra lui-même l'offensive. Ainsi, pendant que l'extrémité de la droite serait débor­dée , il pourrait marcher sur Varsovie, soit en débouchant sur Ostro­lenka et Pultusk, soit en débouchant sur Nur et Sierock, soit en débouchant en droite ligne sur Praga. Tous les dépôts de mon armée doivent être réunis dans Modlin, mais lentement et sans précipita­tion. Votre corps est destiné à défendre Varsovie; et, à cet effet, le 5e corps à Ostrolenka, le 7e corps à Sierock et Praga, votre quartier général à Pultusk, telle est la position que vous recevrez ordre de prendre vers le 10. Le 7e corps, de retour de Lublin, mettra dans votre main tout votre corps réuni ; et alors, si l'ennemi attaque par Ostrolenka ou entre le Bug et la Narew, le corps du vice-roi se trouve sur son flanc droit; s'il attaque par Brzesc et par Zamość, ou s'il vient droit sur Praga avec des forces considérables, le 8e corps d'abord, le 7e ensuite, et après le 7e les Autrichiens, gardent Praga et Varsovie. Modlin et Sierock seront couverts avec le 5e et le 8e corps, et plus tard avec les 5e, 7e et 8e corps. Pendant que l'ennemi serait sur les remparts de Praga et sur les bords de la Vistule, se contentant d'appuyer Modlin, Sierock et Pultusk, vous vous trouverez réuni à l'armée, et par mon mouvement à droite toute son armée se trouverait débordée et jetée dans la Vistule.

Il n'est point hors de propos que la garde nationale de Varsovie soit organisée, au moins plusieurs bataillons; ils ne peuvent qu'être utiles au service.

D'ailleurs, je me trouverai toujours en position de pouvoir vous donner de plus grandes explications et d'ajouter des développements à cette instruction générale.

Si l'ennemi prenait brusquement l'offensive et que le général Reynier eût quelque peine à regagner Varsovie, ce qui n'est guère probable, vous le soutiendriez par le 4e corps de cavalerie et par le 8e corps. Mais, en général, vous devez calculer comme probable que tout votre corps d'armée finira par se porter de Pultusk sur Ostrolenka, sur Nur, sur Bialystok ou sur Grodno. Il est nécessaire que la tête de pont de Pultusk soit achevée et bien armée, ainsi que les ouvrages de Sierock. On m'assure qu'il y a une tête de pont sur la rive gauche, à Sierock; il faut la faire mettre en état.

Je me conserverai la rive droite; mais il est possible que j'aban­donne toute la rive gauche; bien entendu toutefois que je ne l'aban­donnerai qu'à des farces supérieures, et non à une division de 12 à 15,000 hommes, ni à quelques régiments de Cosaques.


Thorn, 5 juin 1812.

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Frère, je pars celte nuit pour Danzig. Mon quartier général se dirige sur Osterode, où probablement je serai le 9. Communiquez fréquemment avec le vice-roi, a6n de pouvoir faire passer les nou­velles de la droite à la gauche.


Thora, 5 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Elbing

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 4 juin. Mon intention était effectivement de n'occuper Pillau que lorsque votre corps serait i Königsberg. Tout ce qui a été fait pour faire penser que j'attachais une grande importance à Pillau est contraire à mes intentions. Le général de l'artillerie a donné ordre à l'équipage de pont de se réunir à Marienburg; l'Ile de Nogat a paru une position plus avantageuse. Depuis, cet équipage de pont, qui est sous les ordres du général Éblé, a reçu ordre de se rendre par le plus court chemin à Heilsberg, il doit partir demain. Le bataillon du Danube et l'équipage de marins partent de Danzig pour le rejoindre. Le parc du génie est parti également pour le joindre, de Thorn, le 3; ce qui réunira, sous le commandement du général Éblé, un matériel important qui comprendra tout ce qui est nécessaire. Étant instruit que l'équipage de siège n'avait pas assez d'eau pour venir de Danzig à Elbing, j'ai ordonné qu'il vînt à Dirschau et de là à Marienburg; il est là plus en sûreté. Cet équipage de siège ne doit pas arriver à Königsberg avant d'avoir reçu de nouveaux ordres. J'étais bien aise de le savoir où il est, hors de tout danger; mon intention est qu'il n'en parte que lorsque j'aurai démasqué mon mouvement.

Je crois que les fusils destinés aux troupes de Bade sont en route ; leur gouvernement leur envoie des fusils de calibre français. Le bataillon que vous avez laissé à Dirschau peut aller à Danzig pour y tenir garnison, ou tenir garnison à Marienburg.

J'ai retardé mon départ pour voir la Garde, mettre en règle les affaires de l'administration, donner les derniers ordres, et mettre tout en mouvement. Je compte partir cette nuit et passer par la rive gauche. Je serai demain à Marienburg, où je compte vous voir. Vous devez vous mettre en mouvement le 7 ; vous recevrez des ordres du major général pour occuper les bords de la Pregel. Il faudra que votre corps marche en colonnes pour occuper les points d'Insterburg et de Wehlau, en même temps que Königsberg. Les 20,000 quin­taux de farine que j'ai fait embarquer ne doivent pas être débarqués à Königsberg, mais filer sur la Pregel, lorsque mes troupes y seront arrivées, et être débarqués à Insterburg, où je compte établir un grand centre d'approvisionnements et de manutention. Les bateaux retourneront à Königsberg pour reprendre des vivres.

J'ai envoyé le général Hogendorp pour commander à Königsberg. Nommez un officier très-sûr pour commander sous ses ordres à Pillau. La passe n'étant que de 400 toises, il n'y a rien à craindre, et l'en­trée de bâtiments ennemis est impossible.

Apportez-moi à Marienburg l'état de toutes les farines qui sont disponibles à Elbing; je désirerais en envoyer la plus grande quantité possible sur la Pregel. Le duc de Tarente doit être arrivé à Königsberg, et le corps prussien sera le 9 ou le 10 à Labiau. La brigade du général Kleist a passé la Vistule et est en marche pour rejoindre les Prussiens. Vous verrez par la lettre ci -jointe que le général Lepin a été contre mes intentions en envoyant up officier à Memel. Vous n'au­riez point dû le souffrir; cela a été une grande faute.


Thorn, 6 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de partir le 7 de Soldau pour porter son quartier général à Rastenburg, où il sera arrivé le 12; de placer le quartier général du 3e corps de cavalerie à Lœtzen, occupant par sa cavalerie légère Oletzko ; de placer le quartier général du corps du général Saint-Cyr à Ortelsburg, occupant par sa cava­lerie légère Johannisburg et Arys, et correspondant avec la cavalerie légère du prince Poniatowski qui occupera Nowogrod. Le 4e corps occupera ainsi Drengfurt, Rœssel, Sensburg, Bischofsburg.

Donnez ordre au duc d'Elchingen de diriger son corps d'armée par Allenstein, Wartenburg, Seeburg, jusqu'à Passenheim, Bischofs­burg, Bischofstein, Schippenbeil et Gerdauen. 11 ne fera rien passer par la roule de Guttstadt et de Heilsberg, ni cavalerie, ni infanterie, afin de laisser cette route libre. Il portera son quartier général à Gerdauen. Le 2e corps de cavalerie sera établi à Nordenburg, ayant la cavalerie légère sur Goldap et Darkehmen. Il est convenable que ce mouvement se trouve fait le 12. Il fera construire des fours à Ger­dauen. Il occupera Schippenbeil, Gerdauen, Friedland, Altenburg, Nordenburg.


Donnez ordre au duc de Reggio de faire filer son corps d'armée par Mohrungen, Liebstadt, Wormditt, Landsberg, et Preussich-Eylau, où il portera son quartier général. Il partira le 8 pour y être le 12. Rien ne passera ni à Guttstadt, ni à Heilsberg, ni à Bartenstein. Il occupera Domnau, Kreuzburg, Landsberg, Zinten. Il tirera ses vivres de Brandenburg, de Braunsberg et d'Heiligenbeil ; il placera sa cava­lerie dans l'endroit le plus favorable, mais de manière à pouvoir se porter en deux marches sur Wehlau ; son corps se trouvera par là comme en réserve.

Les parcs du génie et des ponts doivent avoir eu l’ordre de se rendre à Heilsberg.

Vous donnerez ordre au duc de Danzig de diriger la brigade de chasseurs qui arrive le 9 à Osterode sur Guttstadt, où elle peut être le 10. Elle ne doit pas passer par Allenstein. Les grenadiers qui arri­vent le 10 se rendront le 11 à Guttstadt, de sorte que la Garde pas­sera par Heilsberg et Guttstadt. Elle pourra arriver le 12 à Heilsberg. Le petit quartier général se rendra à Heilsberg.

Donnez ordre au prince d'Eckmühl de faire entrer la tête de ses troupes à Königsberg le 9, et de s'y porter de sa personne s'il le juge convenable, et de diriger ses colonnes de manière que le 12 son quartier général soit placé à Insterburg, et que Tapiau, Wehlau et Insterburg soient occupés par son corps d'armée. Le 1er corps de cavalerie sera à Gumbinnen; la cavalerie légère sera placée dans la direction de Kovno, Georgenburg (en russe Yourbourg) et Olitta, s'appuyant sur celle du 2e corps. Toutes les brigades de cavalerie de son corps d'armée seront placées entre le Niémen et la Pregel, sur les débouchés de Tilsit, pour couvrir ses divisions. Les Prussiens occuperont le 9 Labiau, ayant une première ligne de cavalerie le long du Niémen. Ils occu­peront Tilsit et auront une colonne avec deux batteries d'artillerie sur la pointe, vis-à-vis Memel.


Danzig, 7 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, il est nécessaire d'avoir à Marienburg un magasin de 10,000 quintaux de farine. Le prince d'Eckmühl y a fait conduire 5,000 quintaux de blé, qui seront convertis en farine; donnez l'ordre à d'intendant général et, pour plus prompte exécution, au général Kapp, de faire partir de Danzig pour Marienburg 5,000 quintaux de farine, ce qui complétera ce magasin à 10,000 quintaux. Donnez ordre de construire à Marienburg, avec des ouvriers du pays (pour ne pas employer ceux de l'armée qui doivent tous être en avant), six fours; les fours de la ville peuvent fournir 8,000 rations de pain; les six fours en fourniront 18,000; ainsi, en cas d'événement, cette ville pourrait nourrir un corps d'armée. Il suffira que ces fours soient construits dans le cours de juin. Ordonnez également que les six fours de Marienwerder soient finis dans le cours du mois de juin, et qu'il y ait dans cette ville un magasin de 3,000 quintaux de farine fournis par le magasin de Thorn.

Par ce moyen j'aurai sur la Vistule un magasin à Thorn, un à Marienwerder, un à Marienburg et le magasin central de Danzig.

Réitérez l’ordre à Danzig, à Elbing, à Marienburg, à Bromberg et à Thorn que l'on fasse moudre le plus possible; car, dans des armées de la force de celle-ci, il est toujours possible de se procurer du blé, mais non de la farine, si on ne s'y prend deux ou trois mois d'avance.


Danzig, 8 juin 1812.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Elbing

Mon Cousin, j'ai causé un moment avec votre officier. Il m'a dit que le Niémen avait 60 toises de large à Tilsit ; qu'il n'avait pas me­suré ce fleuve à Kovno; que cependant il en avait fait la reconnais­sance et n'en avait jugé la largeur que par évaluation. Je n'ai pas jugé à propos de l'entendre davantage. Je vous le renvoie. Si cet officier a l'habitude de faire ainsi ses reconnaissances et de se tromper des deux tiers, il vous induira souvent en erreur.


Danzig, 9 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, faites connaître au gouverneur de Danzig que la garnison de cette place se compose : des dépôts du 1er corps, formant 1,300 hommes; des dépôts de la Garde, 100; d'un bataillon de dépôt des 10e, 11e et 5e polonais, 600; de cinq compagnies d'artil­lerie françaises, polonaises et bavaroises ; d'un régiment wurtembergeois fort de deux bataillons et de 1,300 hommes ; du régiment n° 5 de la division princière, arrivant de Berlin, fort de deux bataillons et de 1,300 hommes, et du dépôt du régiment de lanciers polonais de Varsovie, dont il doit activer la remonte; que toutes ces troupes présentent une force d'environ 6,000 hommes, indépendamment des détachements d'ouvriers et des matelots de la marine; qu'indépendamment de ces forces la division Daendels, composée de la brigade de Berg forte de 5 bataillons et de 14 pièces d'artillerie, de la brigade de Bade forte de 5 bataillons et de 8 pièces de canon, et de la brigade de cavalerie du général Delattre forte de deux régiments de cavalerie alliés formant 1,200 à 1,500 chevaux, se rend à Danzig; que cette division doit y prendre position et être, sous les ordres du gouver­neur, chargée de pourvoir à la défense de cette place importante, de la garde des communications de Danzig avec Pillau, de Danzig avec Stettin, et de la conservation de la tranquillité sur les derrières de l'armée entre l'Oder et la Pregel;

Que le général Hogendorp est gouverneur de Königsberg ; qu'il a sous ses ordres trois bataillons westphaliens et un bataillon badois pour la défense de Königsberg, de Pillau et de la pointe du Nehrung;

Que le général chargé de la défense de Marienburg et de Marienwerder a sous ses ordres un bataillon westphalien ;

Enfin qu'un général polonais est à Thorn avec cinq bataillons.

Vous recommanderez au gouverneur de Danzig de tenir des correspondances avec tous ces commandants, et d'avoir une colonne entre Danzig et Pillau, de manière que, Pillau ou la pointe du Nehrung étant menacée, cette division puisse marcher sur-le-champ à sa défense ; d'avoir une colonne entre Danzig et Kolberg, de manière à surveiller la côte, à empêcher l'ennemi de prendre langue et d'opérer un débarquement ; de placer la colonne de droite de manière qu'elle puisse venir promptement au secours de la pointe de Hela.

Des signaux doivent être établis pour que, la place venant à être menacée d'un débarquement, toutes les forces se réunissent rapidement pour s'y opposer, empêcher la place d'être cernée, ou à tout événement s'y renfermer ; et tout cela ferait une garnison de 18,000 hommes. En cas d'un débarquement imprévu et considérable, le général Rapp pourrait faire venir la garnison de Thorn, un détachement de la garnison de Kolberg et ce qui serait disponible à Posen.

Vous ferez connaître l'ensemble de ces dispositions au général Hogendorp ; vous en direz quelque chose au général commandant à Thorn, lequel aura une correspondance avec le gouverneur de Danzig, afin que celui-ci, selon l'urgence des circonstances, puisse lui envoyer une partie de son monde s'il était menacé.

Le commandant actuel de la place de Danzig est parfaitement incapable; il faut le renvoyer en France et nommer un général de brigade ou un colonel pour commander la place.

Faites-moi connaître quels sont les adjoints qui s'y trouvent, quels sont les commandants des différents forts, afin de compléter le ser­vice de la place en officiers français.


Danzig, 9 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, écrivez au prince d'Eckmühl de dire au général prussien que tout ce qui est à Pillau appartient à la Prusse; mais que, comme nous sommes en avant, les fusils qui s'y trouvent nous seraient utiles ; que je remettrai un pareil nombre de fusils fran­çais à Berlin ; que je ferai de même pour tout ce que l'on sera forcé de prendre à Pillau, munitions pour munitions.


Danzig, 9 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, vous donnerez ordre au général Delaborde, comman­dant la 1e division de la Garde, de partir le 10 de Marienburg pour se rendre à Königsberg, en faisant de bonnes marches. Donnez ordre au maréchal duc de Trévise de se rendre à Marienburg le 9 pour commander cette division, et de rester à Königsberg avec elle. Donnez-lui l'ordre de former un petit dépôt des hommes malingres et des effets inutiles, comme l'a fait la Garde à Thorn, et d'envoyer ce dépôt à Danzig.


Danzig, 9 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig.

Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé de partir de Heilsberg pour être rendu le 13, au plus tard le 14, à Friedland, 1° avec l'équipage de pont, 2° avec le bataillon du Danube, 3° avec le 4e ba­taillon d'équipages de flottille, 4° avec le grand parc du génie, 5° avec le corps du génie de la Garde.


Danzig, 10 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig.

Mon Cousin, donnez ordre au duc d'Istrie de réunir tous les gre­nadiers à cheval, les dragons et chasseurs de la Garde et leur artil­lerie, qui ont dû arriver le 10 à Osterode, sur Heilsberg, où ils pourront ainsi arriver le 12 ou le 13. Donnez-lui le même ordre pour l'artillerie de la Garde, à l'exception des parcs dont le général Sorbier est maître de disposer comme il l'entendra.

Donnez ordre à la division Claparède, qui arrive le11 à Oste­rode, d'en partir le 12 pour se rendre à Bartenstein. Donnez ordre à tous ces corps de compléter, à leur passage à Osterode, leurs vivres en pain.

Donnez ordre à la division Roguet, qui arrive le 12 à Marienwerder, de se procurer là pour dix jours de vivres et d'en partir pour se rendre à Schippenbeil.

Donnez l'ordre au duc de Danzig que la division de la vieille Garde, qui arrive le 13 à Heilsberg, en parle le 14 pour Schippenbeil.

Donnez ordre an duc d'Elchingen d'évacuer Schippenbeil et Bartenstein.

Donnez ordre au petit quartier général, qui est à Heilsberg, de se rendre à Schippenbeil. Donnez ordre à tous mes bagages de se rendre à Schippenbeil. Quant au grand quartier général, présentez-moi un projet pour le diviser mieux qu'il n'a été jusqu’à cette heure. Il fau­drait distinguer le quartier général du major général et celui de l'in­tendant. Je désire envoyer le quartier général de l'intendant à Königsberg, puisque je dois me nourrir par là. Je désire qu'il ait avec lui ses bureaux, le payeur général, le médecin en chef et tous les chefs de service; mais il faut que le chirurgien en chef, les ambulances et tout ce qui est nécessaire pour un champ de bataille rejoignent le petit quartier général. Votre quartier général doit se composer de la partie la moins nécessaire de votre état-major et de vos bureaux.

Donnez ordre au quartier général de partir demain d'Osterode pour être rendu le 13 à Königsberg.

Donnez ordre au prince d'Eckmühl de faire partir son parc du génie, qui arrive le 11 à Königsberg; faites-lui connaître qu'il est convenable qu'il soit rendu le plus tôt possible à Insterburg, parce qu'il pourrait être nécessaire pour les travaux des ponts.

Faites connaître au duc de Tarente la position du corps du prince d'Eckmühl.

Donnez ordre au prince d’Eckmühl qu'aussitôt qu'il sera assuré que le duc de Tarente occupe Tilsit il ait à diriger sa cavalerie légère un peu plus à droite, sur le chemin de Georgenburg.

Donnez ordre au général Éblé, qui doit arriver le 14 à Friedland, de continuer son mouvement le 15, pour être rendu le 16 ou le 17 à Insterburg.

Faites connaître au prince d'Eckmühl qu'il est nécessaire que son quartier général soit rendu le 13 à Insterburg.

Donnez ordre au roi de Naples d'être rendu, avec l'état-major de la cavalerie, le 13 ou le 14 à Gumbinnen.

Écrivez au vice-roi que je viens de recevoir l'état de ses troupes au 18; qu'il est nécessaire que ses marins, ses compagnies du génie et tout ce qui est nécessaire pour aider au passage des ponts gagnent Rastenburg ; que la brigade de cavalerie qui va à Johannisburg doit être la brigade bavaroise, mais que les deux brigades attachées à son corps doivent être à Nikolaiken et à Rhein.


Danzig, 10 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, je pars demain pour me rendre à Königsberg, où je serai le 12 à deux heures du matin. Faites-le savoir à Heilsberg, à Osterode, à Thorn, à Varsovie, au roi de Westphalie et au général Éblé. Faites connaître à Varsovie , au général qui y commande, que, après avoir passé la revue du corps du prince d'Eckmühl, je me rendrai à Varsovie pour voir le 5e corps et la droite; qu'il fasse tout ce qui est nécessaire pour accréditer cette nouvelle.  Instruisez le prince d'Eckmühl de mon arrivée le 12 au matin à Königsberg, où je désire le voir avant qu'il en parte.

Donnez ordre qu'un bureau de votre état-major reste encore quel­que temps à Osterode, afin de diriger tous les courriers et officiers en dépêche sur Königsberg ou Gumbinnen, selon l'endroit où sera le quartier général.


Danzig, 10 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig.

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que je suppose que, comme je l'ai ordonné, la tête du corps du général Reynier sera arri­vée à Lublin ; qu'aussitôt que la tête des Autrichiens sera arrivée à Zamość, ce que je suppose avoir lieu du 15 au 18, il sera néces­saire que le général Reynier rétrograde à marches forcées sur Praga ; que tout le 8e corps se porte sur Sierock et Pultusk ; que le quartier général du Roi soit porté à Pultusk le 14 et à Ostrolenka le 17, et que le quartier général du prince Poniatowski soit porté à Nowogrod le 18, occupant la ligne de la Písek; ces mouvements ne doivent avoir lieu que du 15 au 18; que le général Saint-Cyr, avec le 6e corps, sera le 16 à Ortelsburg, et aura sa cavalerie légère à Johannisburg ; le vice-roi sera à Rastenburg ; le 3e corps de cava­lerie à Lœtzen et Oletzko; que, cette époque arrivée, le 7e corps doit aussitôt que possible repasser la Narew pour venir appuyer le 5e et le 8e corps, en laissant cependant de fortes garnisons à Praga, à Modlin et le long de la Vistule, jusqu'à ce que les Autrichiens, arrivés à Praga, puissent couvrir Varsovie et la gauche de la Vistule.

Si l'ennemi prenait l'offensive sur la droite de la Narew, soit que le Roi prit la ligne de la Písek, soit qu'il rétrogradât sur celle de l'Omulew, l'ennemi prêterait le flanc au vice-roi, qui tomberait sur sa droite. Si c'était entre la Narew et le Bug que l'ennemi vint à effectuer un mouvement offensif, le 5e et le 8e corps pourraient déboucher par Ostrolenka et Pultusk et tomber sur la droite de l'ennemi. Tandis que l'ennemi s'enfoncerait ainsi dans des opérations qui ne le conduiraient à rien, puisqu'en dernière analyse il trouve­rait la Vistule, il aurait perdu bien des marches, et la gauche de noire armée, qui aurait passé le Niémen, arriverait sur son flanc et sur ses derrières avant qu'il pût se relever. Que si, au contraire, l'ennemi ne fait aucun mouvement, le Roi doit le menacer, par des mouvements de troupes légères, de se porter sur Grodno et Bialystok; qu'il doit à cet effet faire avancer ses pontons et annoncer ouvertement ce projet; mais le plan général étant de refuser la droite et d'avancer la gauche, ce ne serait réellement qu'après que la gauche aurait passé et que ce mouvement aurait produit son effet sur les cantonnements ennemis de Grodno et de Bialystok, que la droite se mettrait à la poursuite de l'ennemi, afin de l'occuper et de l'empêcher de se porter tout entier sur la gauche, sans pourtant jamais se compromettre ; qu'il est donc indispensable de bien étudier les positions, de ne pas engager d'échauffourée et de bien connaître le plan général des opérations; qu'il doit correspondre souvent avec le vice-roi.

Vous lui manderez que je me rends de ma personne à Königsberg; que probablement je serai le 15 à Insterburg; e qu'il doit adresser ses lettres par Rastenburg, d'où le vice-roi leur donnera une direction ultérieure; qu'il doit toujours faire courir le bruit que j'arrive.


Danzig, 10 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Willenberg

Mon Fils, je vois par votre lettre que vous ne serez arrivé que le 18 à Rastenburg. Le 1er corps sera à Insterburg le 13; le 3e corps sera à Gerdauen ; le quartier général sera à Schippenbeil ; le grand quartier général de la cavalerie (du roi de Naples), à Gumbinnen ; le 2e corps de cavalerie, à Goldap.

Je pars demain matin pour être à la pointe du jour à Königsberg. J'y resterai le 13, le 14, le 15; je crois que je serai le 16 à Inster­burg. Vous vous trouverez dans votre position de Rastenburg à vingt lieues de Königsberg, à vingt-quatre lieues de Nowogrod et à une cinquantaine de lieues de Varsovie. Le générai Saint-Cyr, qui se réunit à Ortelsburg, sera à moins de dix-huit lieues de Nowogrod et à quinze lieues de Johannisburg.

Il est nécessaire que vous sachiez ce que fait le prince Poniatowski et les nouvelles qu'il a, afin d'être informé constamment de ce qu'il y a de nouveau sur la droite de l'armée.

Passé le 14, si vous aviez des nouvelles importantes, il faudrait me les envoyer par deux directions : Insterburg et Königsberg. Nous sommes encore en paix avec la Russie; cependant noua voilà au dernier moment. Si l'ennemi prenait l'offensive sur vous, vous vous feriez appuyer par le général Saint-Cyr; le 2e corps, le 3e corps, la Garde, qui sera à Schippenbeil le 14, et même le 1er corps, qui est sur la Pregel, viendraient facilement à votre secours.

Changez votre ligne d'opération; ne la prenez plus par Plock et par Willenberg, mais par Thorn et Osterode sur Rastenburg; cela ne doit pas vous empêcher de tirer les ressources que vous pourrez avoir de Plock.

Si l'ennemi prenait l'offensive sur le 1er corps, vous recevriez des ordres sur ce que vous auriez à faire. S'il prenait l'offensive sur votre droite, c'est-à-dire sur le 5e corps, qui jusqu'à ce jour est toujours derrière l'Omulew, vous tomberiez facilement sur le flanc droit de l'ennemi. S'il le fallait même, le 5e corps pourrait faire des marches rétrogrades pour se joindre aux 7e et 8e corps et attirer l'ennemi sur Pultusk. Vous pourriez, si cela était nécessaire, être appuyé par quelques corps de la gauche et tomber sur la droite de l'ennemi. Entendez bien cela avec le roi de Westphalie et le prince Poniatowski.

La marche de l'armée est un mouvement que je fais par ma gau­che en refusant constamment ma droite, puisque le 7e corps, qui marche en partie sur Lublin pour faire croire à l'ennemi qu'il va se réunir aux Autrichiens pour marcher en Volhynie, va, le 12, se reployer rapidement sur Varsovie, ce qui rendra disponible le 8e corps, qui renforcera le 5e. Le 7e corps lui-même sera bientôt disponible par l'arrivée des Autrichiens sur Praga. De sorte que, vers le 20, le 1er, le 2e et le 3e corps, la Garde impériale et deux corps de cavalerie manœuvreront pour passer le Niémen, soit entre Kovno et Grodno, soit entre Kovno et Tilsit. Le 4e et le 6e corps, qui sont sous vos ordres, et un corps de cavalerie, formant le centre, manœu­vreront, ayant leurs lignes d'opération sur Thorn et la basse Vistule, pour être toujours liés avec ma gauche. Inquiétez l'ennemi du côté de Grodno, et, lorsque le passage sera effectué, venez à marches forcées pour passer au même pont ou bien passer sur Olitta et Meretch, si l'ennemi ne fait pas de résistance. Je donnerai des ordres pour cela. Vers le 18, le 5e et le 8e corps se placeront à Nowogrod ; quelques jours plus tard, ils seront soutenus par le 7e corps. Cette droite est destinée à garder Varsovie, à se tenir appuyée toujours à la Narew, en communiquant toujours avec vous par sa gauche, mais gardant sa ligne d'opération sur Varsovie; et en cas que l'ennemi fut tellement fort sur Nowogrod que le roi de Westphalie crût devoir reculer de quelques marches, il reculerait sur Pultusk, et l'ennemi vous prêterait son flanc droit à vous, qui avez votre ligne d'opération sur la basse Vistule et qui devez rester réuni avec la gauche. L'armée ayant passé le bas Niémen, toute la droite pourra se porter, selon la circonstance, sur Grodno ou Bialystok, où elle serait jointe par le corps autrichien.

Je vous fais connaître ainsi les diverses combinaisons de ma mar­che, pour que vous connaissiez bien le rôle que vous avez à remplir et que vous preniez toutes les mesures pour changer votre ligne d'opé­ration, qui, après avoir reculé sur Thora, reculerait, s'il le fallait, sur Danzig, c'est-à-dire sur Marienburg.


Danzig, 11 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune que la 1e demi-brigade de marche de la division Lagrange, forte de 2,400 hommes, arrive le 23 juin à Magdeburg; que ce jour-là même les Westphaliens peu­vent partir pour Stralsund ; que la 2e arrive le 25 et la 3e le 27 ; que ces demi-brigades peuvent être rendues à Berlin le 1er juillet. Faites connaître que mon intention est que cette division soit ou baraquée ou casernée, et que personne ne loge chez les bourgeois ; qu'il serait bon qu'aucun homme n'entrât à Berlin, et qu'il faut les placer dans des lieux sains, du côté de Spandau, parce qu'il y a de mauvaises maladies à Berlin, que ces jeunes gens gagneraient. La vie des camps leur fera du bien. Vous manderez au duc de Bellune que ce sera vers les premiers jours de juillet que les nouvelles des premières affaires arriveront; que je vois avec plaisir l'arrivée de ces troupes à cette époque, afin que, s'il y avait des affaires douteuses, il se trouvât davantage en force. A la même époque, la division Partouneaux se trouvera tout entière cantonnée du côté de Stettin et la division Heudelet dans la 32e division militaire.

Mandez que je ne veux pas mettre de Français à Küstrin, parce que l'air y est mauvais; qu'il vaudrait mieux, si cela était nécessaire, y mettre un bataillon de Würzburg.


Danzig, 11 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que, dans sa lettre du 8, il fait connaître que le corps de Bagration remonte sur Brzesc et que le corps d'Essen se réunit à Bialystok ; qu'il est fâcheux que le Roi n'ait pas envoyé, au lieu de sa simple analyse, les rapports ori­ginaux, afin qu'on pût les comparer à ceux que nous avons. Mandez-lui que la lettre que vous lui avez écrite le 10 lui fait connaître suffisamment mes intentions; mais que nous sommes tellement éloignés, que c'est aujourd'hui à lui à manœuvrer, selon les circon­stances, dans l'esprit général de ses instructions ; que le mouvement du général Bagration sur Brzesc peut avoir pour but de regagner les marches que j'ai sur lui, afin de pouvoir défendre le passage du Niémen et se trouver à portée de couvrir Vilna avec toutes les forces réunies pour donner là une bataille; que, s'il s'aperçoit que les mouvements de l'ennemi ont ce but et que Bagration, de Brzesc, remonte sur Grodno, il doit lui-même accélérer ses mouvements pour se porter sur Ostrolenka et Nowogrod avec son corps d'armée, et se trouver toujours en mesure d'être opposé à la gauche de l'en­nemi, c'est-à-dire à l'armée de Bagration; que, si au contraire l'en­nemi, s'a percevant que je viens le déborder par sa droite, veut prendre l'offensive sur mes flancs, hypothèse qui a été calculée dans le temps, et veut se diriger soit de Brzesc sur Praga, soit de Bialystok sur Pultusk, dans ce cas il devra aussi activer le passage de ses forces sur Pultusk et Ostrolenka, afin de garder toujours la rive droite de la Narew et de maintenir ses communications avec le vice-roi; que le vice-roi a ordre de s'appuyer toujours sur ma gauche; que sa ligne d'opération est sur Thorn ; que le roi de Westphalie doit toujours garder sa ligne d'opération sur Modlin, se tenir toujours bien réuni, correspondre avec le vice-roi, de sorte que celui-ci puisse tomber sur le flanc droit de l'ennemi; que ce mouvement d'attaque de l'ennemi, qui est assez naturel et qui a été prévu dès le commencement, ne peut en rien influer sur mes opérations offensi­ves ; que l'important est que la droite ne se commette pas contre des forces supérieures et manœuvre réunie, de position en position ; que, si la plus grande partie de l'armée russe se trouvait à cette attaque de flanc, il ne pourrait jamais rien arriver à la droite, qui aurait toujours pour refuge le camp retranché de Modlin et la rive gauche de la Vistule; mais qu'aussitôt qu'un pareil mouvement de la part des Russes serait décidé je tomberais avec toute mon armée sur leur flanc droit et sur leurs derrières; qu'il est bien difficile que l'ennemi s'expose ainsi à une perte totale; que, si toutefois il le faisait, la marche qui vient d'être tracée doit faire connaître au Roi comment il doit agir.

Envoyez un aide de camp intelligent au prince Poniatowski ; qu'il revienne sur Schippenbeil et puisse nous rapporter des nouvelles de la droite et de ce qu'on pense de ce côté. Dites à cet officier de s'assurer si l'ennemi veut prendre l'offensive, ou filer pour regagner sa droite.


Danzig, 11 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Ortelsburg

Mon Fils, je serai demain à Königsberg. Je vous ai expédié hier un officier d'ordonnance; je vous expédie encore un officier avant de partir. Mon petit quartier général se rend à Schippenbeil. Je suppose que vous avez des nouvelles de Varsovie. Je vous ai ordonné d'en­voyer directement des officiers au prince Poniatowski et d'envoyer aussi auprès du roi de Westphalie, afin d'avoir des nouvelles de la droite. Mes dernières nouvelles de Varsovie sont du 8 ; on y disait alors que l'armée de Bagration remontait sur Brzesc, de Loutsk où il était, et que celle d'Essen se portait sur Bialystok. Vous avez dû avoir des nouvelles précises de celle d'Essen par le prince Ponia­towski et par le préfet de Lomza. Il me semble que je vous avais mandé d'avoir des officiers d'état-major vis-à-vis Grodno et du côté de Lomza. Je suppose que vous connaissez bien la marche que vous devez tenir; instruisez-en le général Saint-Cyr. En supposant les nouvelles vraies que Bagration remonte vers Brzesc, je ne pense pas qu'il puisse y être réuni avant le 16. Quant à Essen, comme il était à peu de distance de Bialystok, s'il a voulu s'y réunir, il y aura été très-promptement. Dans ce mouvement, l'ennemi peut avoir deux buts : ou de filer rapidement sur le nord pour défendre le Niémen, voyant que je lui ai déjà gagné beaucoup de marches, et tâcher d'ar­river pour couvrir Vilna, et alors votre rôle se trouve être le même que celui de l'armée; ou bien, de Bialystok et de Brzesc, il prendra l'offensive en tombant sur mon flanc, et débouchant de Bialystok sur Ostrolenka, de Brzesc sur Varsovie, et peut-être même de Grodno.


Je vous ai fait connaître dans ces circonstances ce que vous aviez à faire, qui est toujours de vous appuyer à gauche, de changer votre ligne d'opération et de faire en sorte que l'ennemi n'entame rien. Mais cependant je continue dans mon projet, et, s'il s'enfourne ainsi, je me trouverai avoir passé le Niémen et être sur ses derrières.

Écrivez, je vous prie, au prince Poniatowski et au roi de Westphalie pour savoir si tous ces mouvements sont bien compris. Le Roi, avec ses trois corps de la droite, ayant sa ligne d'opération sur Modlin, doit battre l'ennemi si l'ennemi est inférieur, et lui disputer le terrain s'il est plus fort. En supposant que l'ennemi avec des forces considé­rables s'entêtât dans son mouvement, je ne verrais pas même d'incon­vénient à ce que le Roi se retirât dans le camp retranché de Modlin, en occupant Praga et la rive de la Vistule. Votre ligne d'opération se trouvant sur Thorn, vous n'auriez rien à craindre de cet état de choses.

Aussitôt que je connaîtrai les projets de l'ennemi, je me rappro­cherai de ma personne de Schippenbeil, afin d'être plus à portée de donner des ordres.

Mais, je vous le recommande, disposes des piquets de manière à avoir fréquemment des nouvelles du prince Poniatowski et de la droite. Indépendamment des postes, qui souvent sont mai montées, vos officiers peuvent prendre des chevaux de piquets placés toutes les trois lieues.


Königsberg, 13 juin 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les cohortes commençant à arriver du côté de Cherbourg, je crois qu'il serait nécessaire de faire filer une des demi-brigades qui s'y trouvent sur Bayonne. Cela aurait le double avantage d'ôter des consommateurs d'un point où le service des subsistances est difficile, et de renforcer la réserve de Bayonne.

Je crois aussi vous avoir mandé d'y envoyer la 5e demi-brigade, formée des détachements des 26e, 82e et 66e, qui se réunit dans la 12e division militaire et qu'il faut compléter. Je suppose que vous avez dirigé également le 3e et le 105e sur Bayonne. Il est nécessaire d'avoir beaucoup de forces de ce côté. Envoyez-y quelques généraux de brigade.


Faites une circulaire pour activer l'habillement des cohortes. Il y a de rembarras dans quelques endroits. Les préfets des chefs-lieux doivent faire toutes les avances nécessaires pour presser les confections.


Königsberg, 13 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre à la 7e division de se réunir pour que j'en passe la revue demain 14, après-midi, et de partir le 15 pour se rendre à Labiau, sous les ordres du duc de Tarente. Deux batail­lons de cette division resteront à Königsberg pour en augmenter la garnison. Vous donnerez l’ordre au duc de Tarente de se mettre en mouvement le 16, pour occuper le 18, avec une partie du corps prussien, Tilsit, et le 19, avec la division Grandjean, le pays vis-à-vis Georgenburg. Ces divisions pourront se placer à deux lieues en arrière, de manière qu'elles aient leurs avant-postes et compagnies de voltigeurs sur la rivière. La gauche des Prussiens sera à Labiau; la cavalerie légère couvrira toute la rivière et correspondra par sa droite avec la division de cavalerie légère du général Bruyère.

La cavalerie du duc de Reggio poussera de Wehlau des postes sur le corps du duc de Tarente. Le prince d'Eckmühl aura ses deux bri­gades sur le chemin de Georgenburg à Tilsit.


Königsberg, 13 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, je vous  envoie une lettre de l'ordonnateur Deschamps, en date de ce jour, qui fait connaître la mauvaise situation où se trouve le 2e corps sous le rapport des subsistances. La faute en; est tout entière au duc de Reggio et à l'ordonnateur. Si le duc vous l’avait écrit tous les jours pour vous faire connaître sa situation, et si l'ordonnateur avait de même écrit à l'intendant général, on aurait su à quoi s'en tenir et on y aurait pourvu. Écrivez au duc de Reggio qu'il ne rend aucun compte. Donnez-lui l'ordre d'envoyer ses rapports deux fois par jour ; d'écrire ce qu'il y a de nouveau et ce qui est relatif à l'administration ; que son corps est le seul dont on ne connaisse pas tous les jours la situation. Écrivez aussi à son chef d'état-major pour lui témoigner mon mécontentement : du moment où j'ai connu la pénurie où se trouvait le 2e corps, j'ai ordonné que, indépendamment des 4,000 quintaux qui lui ont été accordés à Wehlau par ma décision de ce matin, on lui en envoyât aujourd'hui 2,000 de Königsberg, et que 4,000 autres quintaux fussent également à la disposition du duc de Reggio à Königsberg; j'ordonne encore que 200,000 rations de biscuit et 40,000 rations de pain biscuité soient mises à sa disposition ; mais il est indispensable qu'il envoie des voitures. Faites connaître à ce maréchal qu'il doit se rendre à Wehlau et de là suivre le mouvement de l'armée; qu'il ne restera qu'un jour à Wehlau ; qu'il est donc important qu'il prenne des mesures pour avoir tous ces approvisionnements, qui lui assureront vingt ou vingt-cinq jours de vivres.


Königsberg, 13 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig, au duc d’Istrie et au général Sorbier, commandant l'artillerie de la Garde, de diriger leurs mouvements de manière, sans cependant trop fatiguer leurs troupes, à arriver le 17 ou le 18 à Insterburg. Donnez ordre au grand et au petit quartier général de diriger leur marche de manière à être le 17 à Insterburg.


Königsberg, 13 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de partir de Gumbinnen le 16 au matin, et de porter son quartier général le 18 à Wilkowyszki ; de placer la division Bruyère sur les trois directions d'Insterburg, de Kovno et de Preny, les deux divisions de cuirassiers du 1er corps entre Stallupœhnen et Wirballen, et de porter le quartier général du 2e corps le 17 à Kalwarya, la cavalerie légère sur la direction d'Olitta, de Meretch et de Grodno.

Le 3e corps de cavalerie doit porter, le 17, son quartier général à Oletzko, ayant des postes dans la direction de Meretch et de Grodno.

Les 1er et 2e corps obéiront au roi de Naples; mais le 2e corps rendra compte au duc d'Elchingen, qu'il couvre, de toutes les nou­velles qu'il apprendra.

Le 3e corps restera sous les ordres du vice-roi ; mais il recevra l'ordre de l'état-major général de la cavalerie pour s'y conformer, toutes les fois que cela ne sortira pas du système dans lequel se trouve le vice-roi.

Napoléon.

P. S, Adressez des ordres directement, pour la 2e division de cavalerie et pour la 3e, au duc d'Elchingen et au vice-roi, en leur faisant connaître l’ordre que ces divisions doivent recevoir du roi de Naples.


Königsberg, 14 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, il est temps que vous pensiez à organiser les derrières de l'armée et que vous preniez vos mesures pour que cette organisa­tion soit complète. Le service des hôpitaux, celui des magasins, celui des postes et même celui de la police, n'est organisé nulle part. Les commandants d'armes ne sont pas encore établis. J'ai nommé un gouverneur de la vieille Prusse, qui réside à Königsberg. Il faut qu'il y ait des commandants de place à Pillau, à Tapiau, à Wehlau, à Insterburg, à Gumbinnen, à Stallupœhnen, à Wilkowyszki ; il faut qu'il y en ait à Elbing, Marienburg, Marienwerder, Bromberg, Thorn et Posen. La ligne de communication de l'armée à Königsberg sera par Wilkowyszki, Insterburg et Wehlau. Celle de l'armée avec la France sera par Insterburg, Wehlau e Friedland, Guttstadt, Osterode, Thorn, Posen, Berlin, Magdeburg et Mayence.

Réitérez vos ordres pour qu'aucun homme isolé ne passe les places de Thorn, Marienwerder et Marienburg ; mais qu'ils y soient réunis pour être ensuite envoyés à l'armée par compagnies de marche de 100 hommes au moins. Ordonnez au général de l'artillerie d'avoir des fusils à Thorn, ainsi qu'à Marienwerder et Marienburg, dans les ouvrages des têtes de pont, afin d'armer tous les hommes isolés qui y passeraient, revenant des hôpitaux.


Lorsque l'armée aura passé le Niémen, on fera la mène chose : on désignera deux ou trois points où tous les hommes revenant des hôpitaux devront être réunis, et d'où ils ne partiront que bien armés et bien habillés.

Remettez-moi l'état des officiers propres à être commandants d'armes, et proposez-moi le travail d'organisation des places.


Königsberg, 14 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, j'ai ordonné d'établir à Königsberg des hôpitaux pour 12,000 malades. Ordonnez au gouverneur de faire choisir sur-le-champ les locaux nécessaires. Écrivez au prince d'Eckmühl de faire choisir également les locaux nécessaires aux hôpitaux que j'ai ordonné d'établir à Gumbinnen et à Stallupœhnen pour 1,000 hommes chacun; au roi de Naples, pour ceux qui seront établis à Wilkowyszki, Wirballen, Kalwarya et Mayampol ; au duc de Reggio, pour ceux de Wehlau et de Tapiau, et à l'ordonnateur de ma Garde, pour celui d'Insterburg; au duc d'Elchingen, pour ceux de Goldap, Angerburg et Darkehmen. Chacun de ces hôpitaux devant recevoir 1,000 malades, j'aurai sur la Pregel et l'Aile des hôpitaux pour 24,000 malades ou blessés. Défendez en conséquence toute évacua­tion, sans mon ordre, plus bas que La vieille Prusse.


Königsberg, 14 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, votre aide de camp m'apporte votre seconde lettre sur la navigation de la Pregel. Je viens d'ordonner que 20,000 quin­taux de blé fussent répartis entre Wehlau, Insterburg et Tapiau, pour être convertis en farine. J'ai envoyé 50 gendarmes d'élite au général Durosnel, que j'ai chargé de commander la place de Wehlau jusqu'à ce que ce grand approvisionnement fût consommé et qu'on eût nommé un commandant de place. Je le charge aussi de nommer des garde-magasins provisoires et de prendre toutes les mesures de conservation nécessaires. Organisez de même les magasins à Insterburg, à Gumbinnen, à Wilkowyszki; les hommes que vous aurez mis là seront ensuite remplacés par les garde-magasins de l'armée, quand le quartier général arrivera. Faites aller jusqu'à Gumbinnen tout ce qui est transporté par terre; ce sera toujours une marche de plus en avant. Vous devez avoir reçu du major général l’ordre que votre corps soit réuni le 17 à Gumbinnen. Le duc de Reggio doit être le 16 à Wehlau, et la Garde le 17 à Insterburg. Je compte que vous avez une manutention à Gumbinnen ; quand elle sera établie, envoyez-en construire une à Wilkowyszki. Placez des relais comme vous l'avez ordonné. Si les bateaux ne peuvent porter que 10 quintaux, il fau­drait réunir 500 bateaux, ce qui ferait des moyens de transport pour 5,000 quintaux par voyage. Il serait convenable que, toutes les res­sources que peut offrir le pays, vous les employassiez à faire transporter des farines de Wehlau sur Insterburg, et tous les moyens de transport qui partent de Königsberg iraient droit à Gumbinnen. D'après ce que m'a dit l'ordonnateur Thomas, il paraît qu'il va en­voyer environ 8,000 quintaux sur Gumbinnen. Il est important de réexpédier aussitôt ces voitures sur Wehlau, pour faire un nouveau voyage de Wehlau à Insterburg.


Königsberg, 15 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre au commandant et à l'état-major du 17e bataillon d'équipage de flottille, avec tous les marins de cet équi­page qui se trouvent à Danzig, d'en partir sans délai pour Königsberg. Il restera seulement une compagnie pour le service de Danzig. Une compagnie complète du même 17e bataillon sera chargée de la dé­fense de Pillau ; elle aura deux petites canonnières ( qui existent déjà ) et trois à quatre grands canots, les meilleurs marcheurs qu'on pourra trouver à Königsberg et Pillau, qu'on armera d'autant d'avirons qu'ils pourront en porter, et qui serviront d'abord au passage de la pointe du Nehrung à Pillau, ensuite à faire sentinelle sur la passe et à se porter sur toute péniche et autres petits bâtiments qui tenteraient d'insulter la passe. En cas que Pillau fût attaqué, cette compagnie, forte de 80 hommes, servirait aux batteries. Une autre compa­gnie du même équipage fera le même service à Memel, où il y aura trois petites chaloupes canonnières françaises, indépendamment des quatre ou cinq prussiennes qui y existent. Les six autres compagnies de cet équipage seront employées jusqu'à nouvel ordre, une avec l'équipage de siège et de pont du génie de l'année, une avec l'équi­page de siège de Magdeburg, les quatre autres resteront pour la navi­gation des deux lacs, du Niémen et de la Pregel. Il est inutile de mettre cinq marins par bâtiment ; il n'est pas même nécessaire d'en mettre dans tous ; il suffit d'en avoir un certain nombre pour corres­pondre dans un convoi, et de pouvoir, en cas d'événement, les réunir pour aider à un coup de main. Le 4e bataillon de la flottille sera tout entier réuni pour le passage des ponts.

Le bataillon de l'Escaut sera partagé en deux; deux compagnies resteront à Danzig et deux seront attachées aux ateliers de Kœnigs-berg. En conséquence, vous donnerez ordre que deux des compa­gnies qui sont à Danzig, charrons et autres, en partent sans délai pour se rendre à Königsberg.


Königsberg, 15 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez Tordre au gouverneur de Königsberg de faire cesser tous les travaux qui se font au camp de Lochstaedt. Vous lui ferez connaître que j'ai à Pillau 25 ouvriers et une compagnie d'artillerie prussienne. Il fera placer la compagnie d'artillerie moitié dans les ouvrages du Nehrung et moitié dans la place, mêlée avec les canonniers français. Le bataillon du 61e ayant quitté la ville de Pillau, il n'y aura plus qu'un bataillon de Bade dans la ville; donnez l'ordre d'y envoyer un des deux bataillons saxons qui sont à Königsberg, de sorte qu'à Pillau et au Nehrung il y aura un bataillon de Bade, 700 hommes (vous ferez rentrer tous les détachements qu'il doit avoir en arrière ) ; un bataillon saxon, 700 hommes ; un bataillon westphalien, 700 hommes; deux compagnies d'artillerie française de l'équipage de siège (qui y resteront jusqu'à ce que celles qui sont en route y soient arrivées), 200 hommes; une compagnie d'artillerie prussienne, 100 hommes; enfin une compagnie d'invalides prus­siens, 100 hommes; de sorte qu'il y aura en tout 2e500 hommes.

J'ai ordonné que 6,000 quintaux de farine de Pillau fussent envoyés à Königsberg; vous ordonnerez que l'on renvoie de Königsberg à Pillau, et par les mêmes bateaux, 6,000 quintaux de grains, que Ton fera moudre dans les environs, les communications par eau rendant les transports faciles; de sorte qu'il y aura les 12,000 quintaux de farine qui doivent exister dans les magasins de Pillau. Il ne restera alors à Königsberg qu'un seul bataillon saxon. Vous y ferez venir le bataillon westphalien resté à Marienburg et à Elbing. J'ai d'ailleurs ordonné que les bataillons de marche français qui sont à Thorn se rendissent à Königsberg; vous en réitérerez l'ordre. Le premier des trois bataillons de la Vistule formé à Posen doit se rendre à Thorn; lorsque le second sera formé, il se rendra à Thorn pour remplacer le premier, qui viendra à Königsberg, et, lorsque le troi­sième sera formé, il remplacera à Thorn le second, qui viendra éga­lement à Königsberg. Vous donnerez l'ordre qu'ils ne séjournent pas à Posen aussitôt qu'ils seront habillés. Si leurs fusils ne sont pas arrivés à Thorn, ils en prendront à Königsberg, où le gouverneur leur fera donner des fusils prussiens de Pillau ; de sorte que dans peu de jours il y aura à Königsberg un bataillon saxon, un batail­lon westphalien , trois bataillons de marche français, deux bataillons polonais.

Il doit y avoir à Pillau une compagnie entière de marins du 17e bataillon, forte de 80 hommes. Vous donnerez l'ordre que le régiment de chevau-légers saxon qui doit arriver à Thorn dans le courant de juin se dirige sur Königsberg. Vous donnerez l'ordre au gouverneur de Danzig d'envoyer un bataillon de Bade pour tenir garnison à Marienburg et à Elbing. Il y aura à Danzig 4 bataillons de Bade, 2 bataillons prussiens, 1 bataillon de Wurtemberg, et les dépôts du le corps, sans compter que dans sept jours il doit y arriver 7 batail­lons de Berg. Aussitôt que ces 7 bataillons y seront arrivés; un ba­taillon de Berg se rendra à la pointe du Nehrung, et le bataillon westphalien qui y est partira pour Königsberg pour rejoindre son régiment, mon intention étant de le mettre en ligne. Cela diminuera la garnison de Danzig, qui se trouvera n'être plus que de 14 batail­lons. Les deux bataillons de la Méditerranée venant de Vérone doi­vent arriver incessamment à Glogau : je crois vous avoir ordonné qu'aussitôt que ces bataillons y seraient arrivés les deux bataillons saxons qui y sont en partiraient pour Königsberg; de sorte qu'il y aura alors 2 bataillons polonais, 4 bataillons saxons, 2 bataillons badois, 1 bataillon du grand-duché de Berg, 2 bataillons westphaliens, plus le régiment de chevau-légers saxon, 2 pièces de canon westphaliennes, 4 pièces de canon saxonnes; ce qui formera une division de 6,000 hommes avec six pièces de canon. Vous ordonne­rez au gouverneur de Königsberg d'aller lui-même, le plus tôt possible, à Pillau et au Nehrung, de faire mettre des signaux de corres­pondance entre Pillau et Danzig, de manière à pouvoir se parler pour transmettre des signaux d'alarme. Si l’ennemi tentait quelque chose par mer sur Königsberg, le gouverneur de Danzig enverrait au secours une division par le Nehrung; et de même, si Danzig était attaqué, le gouverneur de Königsberg enverrait une division a son secours. Il est nécessaire que ces deux commandants s'entendent. Il faut nommer un commandant d'armes à Königsberg, un intendant et un commissaire des guerres, de manière que le service s'y fasse en règle. Il faut y laisser un officier de gendarmerie, parlant alle­mand , avec des gendarmes français ; il prendra sous ses ordres une partie de la compagnie des gendarmes prussiens. Il faut envoyer on armurier établir un atelier à Pillau pour réparer les fusils qui y sont, que je prends à mon compte ; j'en rendrai un pareil nombre au roi de Prusse de ceux venant de France. Il faut aussi disposer des trou­pes prussiennes qui sont ici. Des trois compagnies d'artillerie, une est à Pillau, les deux autres partiront pour Tilsit pour être à la suite du général Grawert; il les laissera à Memel pour l'armement de cette place, mon intention étant de l'armer aussitôt qu'elle sera occupée. Tous les autres corps resteront sous les ordres du gouverneur. La cavalerie pourrait être distribuée en petits détachements à Insterburg, Gumbinnen, Stallupœhnen, Rastenburg, Osterode, avec un com­mandant d'armes dans chaque poste. Ces commandants d'armes prussiens rendraient compte au gouverneur. Ici, à Osterode et à Rastenburg, il y aurait un commandant d'un grade supérieur qui commanderait chacun une portion du territoire. On peut avoir ainsi 1,500 hommes pour la police, la sûreté de l'armée et les convois. Les Français arrêtés seraient envoyés aux commandants supérieurs d'Osterode, de Rastenburg et de Gumbinnen, qui les adresseraient ensuite au gouverneur pour être jugés et punis. 2 ou 300 chevaux resteraient ici à la disposition du gouverneur pour son secours et pour se porter partout, ainsi que la valeur d'un bataillon pour aider au service de la ville. Vous déterminerez le point du Nehrung qui sépare le commandement de Danzig de celui de Pillau. On établira une police sévère pour les pêcheurs; le meilleur moyen serait de ne les laisser pêcher que dans le Frische-Haff : ce serait ôter aux enne­mis qui voudraient tenter quelque chose contre Danzig ou Königsberg les moyens d'être instruits. Vous ferez connaître au général commandant à Pillau qu'il y a trop de pièces contre la mer et que l'on a négligé la terre; le danger est plutôt du côté de la terre; aucun ennemi ne sera assez insensé pour passer à 300 toises des batteries; il doit se trouver du côté de la terre en état de soutenir un siège contre un ennemi qui débarquerait pour cela, et donner le temps à la garnison de Danzig de venir à son secours.


Königsberg, 15 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre au général d'artillerie d'Arancey, commandant l'équipage de siège à Elbing, d'envoyer en poste un officier supérieur de son parc pour prendre connaissance de la navigation de Labiau à Tapiau, et de la double communication qui existe avec le Niémen par le canal de Frédéric et par le Curische-Haff. Cet officier restera à Labiau et à Tapiau ; il vérifiera par lui-même tous les pas­sages et prendra tous les renseignements nécessaires pour que l'équi­page de siège, quand j'aurai donné l’ordre de le mettre en mouve­ment sur le Niémen, éprouve dans ces passes le moins de difficultés possible. Il se pourrait que , d'après les renseignements que fournira cet officier, le général d'Arancey put se procurer à Elbing beaucoup de petits bateaux qui eussent les dimensions convenables pour faire le trajet d’Elbing au Niémen, sans qu'on fût obligé de décharger. Il me semble qu'il se trouve de ces bateaux à Elbing.


Königsberg, 15 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre sur-le-champ à Bromberg que les 30,966 fusils conduits par des Saxons et destinés à l'insurrection soient dirigés sur Elbing, où ils resteront embarqués jusqu'à nouvel ordre. Le général Latour me fera connaître le jour de leur arrivée. Donnez ordre que les 35,000 fusils venant de France par Magdeburg et destinés également à l'insurrection se rendent à Thorn. Réitérez l'ordre à Mayence, à Wesel, à Magdeburg et au ministre de la guerre, pour que tous les fusils, sabres et autres armes destinées pour l'in­surrection soient dirigés sans délai sur la Vistule.


Königsberg, 15 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, le général de brigade Sokolnicki sera attaché à ma
Maison militaire, tant pour me servir d'interprète que pour être chargé
d'un service spécial près de moi. Donnez-lui des ordres en conséquence. Il jouira du traitement de général de division français.


Königsberg, 15 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Rastenburg

Mon Fils, vous recevrez l'ordre de porter votre quartier général le 20 à Oletzko et d'y être avec votre corps d'armée, de placer les Bavarois à Lyk et le 3e corps de cavalerie près de Seyny. Le roi de Westphalie aura, le 30, son quartier général à Nowogrod. Le duc d'Elchingen sera à Kalwarya; le prince d'Eckmühl, à Wilkowyszki; le duc de Reggio, à Gumbinnen; la Garde, après le 1er corps. Mon quartier général sera probablement ou à Wilkowyszki ou à Stallupœhnen. Le duc de Tarente sera à Tilsit, en position vis-à-vis Georgenburg. Le corps autrichien du prince Schwarzenberg sera à cette époque à Lublin. Cet ensemble vous sera nécessaire pour juger les mouvements. Je calcule que le général russe Wittgenstein sera retenu avec ses trois divisions vis-à-vis Georgenburg, Tilsit et Memel, et un embarquement a lieu par le Haff pour le menacer; que les quatre autres divisions de l'armée de Tolly, avec la Garde impé­riale, pourront se trouver sur Kovno et Olitta; que le général Essen, avec ses quatre divisions, pourra se trouver entre Grodno et Meretch, le général Bagration sur Brzesc et Bialystok. Dans cette situation, mon intention est de passer entre Kovno et Olitta. Je pourrai jeter quatre ou cinq ponts à la fois et y passer avec les 1er, 2e, 3e corps et la Garde, et même avec les 4e et 6e corps, débouchant rapidement sur Vilna. Dans cette supposition le roi de Westphalie pousserait rapidement de Nowogrod sur Bialystok pour suivre Bagration. Je compte que les premiers coups seront tirés le 22 ou le 23, du côté de Kovno. Comme je serai à mon quartier général de Gumbinnen le 18 et le 19, je vous ferai passer de là mes ordres pour les mouve­ments ultérieurs. Je vous dirigerai sur Kalwarya ou Seyny, selon les circonstances. Il faut que le 6e corps appuie toujours sur vous. Le passage une fois effectué, si l'ennemi abandonnait la rivière, je sup­pose que vous avez des bateaux avec vous ; vous avez des pontons et des marins et vous pourriez facilement jeter un pont d'une soixan­taine de toises; ce qui pourrait vous abréger votre route d'une marche et vous dispenserait de venir passer sur les ponts que j'aurais jetés. Vous devez d'ailleurs trouver quelques moyens de passage dans le pays. Combien avez-vous de bateaux ? Il est convenable que vous instruisiez le général Saint-Cyr de mes projets; que vous ayez l'œil sur ce que fait l'ennemi du côté de Grodno; que vous soyez en grande, sûre et rapide communication avec le prince Poniatowski, et que vous ne vous fiiez pas à la poste pour cela, mais que ce soit par le moyen de piquets de cavalerie, dont les chevaux servent aux officiers en dépêche, que la correspondance puisse avoir lieu.

Je n'ai pas besoin de vous recommander le secret sur ces dis­positions.

Ralliez toutes vos troupes, surtout vos troupes françaises. Si vous avez des cartouches sur vos derrières, faites-les avancer pour servir aux remplacements. Continuez à faire approvisionner Willenberg, si cela est possible, à moins que vos convois ne puissent venir jusqu'à votre camp. Je suppose que vous partirez de Rastenburg avec vos vingt jours de vivres, puisque j'ai fait mettre 900,000 rations à votre disposition. Toutefois, si ce que je vous ai donné ne suffisait pas, je ne verrais pas d'inconvénient à vous donner encore 10,000 quin­taux de farine à Wehlau, pourvu qu'il vous fût possible de les envoyer prendre. En partant de Rastenburg, formez-y un hôpital; laissez-y un très-bon commandant de place et un détachement de cavalerie et de gendarmerie. Veillez à ce que la poste reste organisée. Indépendamment du commandant, laissez-y un officier qui ait votre confiance et qui puisse diriger tous les courriers de Varsovie et de la droite sur le lieu où je serai.


Königsberg. 15 juin 1812

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Frère, le major général vous a fait connaître vos ordres, suivant lesquels vous devez avoir votre quartier général le 20 à Nowogrod, le vice-roi à Oletzko et les Bavarois à Lyk. Tout me porte à penser que les premiers coups de fusil auront lieu du 22 au 23. Les corps russes de la gauche ne pourront donc guère en être instruits que le 24 ou le 25. Je n'ai rien à ajouter aux instructions générales que je vous ai données, ni pour le cas où l'ennemi prendrait l'offen­sive ; il me semble que tout a été prévu, et que dans ce cas mes intentions vous ont été bien expliquées.

Je porte demain mon quartier général à Wehlau, après à Insterburg, et le 18 à Gumbinnen. Adressez-moi vos dépêches par Rastenburg. J'ordonne au vice-roi de laisser là un commandant de place intelli­gent et un peu de gendarmerie. Le commandant de place dirigera les courriers.

Aussitôt que j'aurai passé le Niémen, je me résoudrai peut-être à marcher sur Vilna. Alors je prêterai le flanc à l'armée de Bagration. Il sera donc nécessaire que vous le suiviez de près pour que vous puissiez prendre part au mouvement que je ferai contre cette armée. Si je parvenais à la séparer du reste des troupes russes et que je pusse tomber sur son flanc droit, il faudrait que vous fussiez en mesure de l'attaquer en même temps que je l'attaquerai.

J'ai vu deux bataillons de vos brigades qui m'ont paru bien; je les ai remis en ligne, parce que j'ai pensé que c'était le meilleur moyen de les rapprocher de vous. Aussitôt qu'on pourra se rejoindre, je les remettrai dans votre corps.

La nouvelle de la paix des Turcs avec la Russie est controuvée. J'ai reçu des lettres de Bucarest du 28, et la paix n'était pas faite.

Faites toujours courir le bruit que je viens à Varsovie. Ne touchez pas à vos vingt jours de vivres. Vous ne devez y toucher qu'en pré­sence de l'ennemi. On se plaint beaucoup de la discipline de vos troupes : on dit que chacun fait ce qu'il veut. Maintenez Reynier et Vandamme.

Si vous arrivez sur Bialystok et Grodno, il sera convenable d'or­ganiser le pays. Vous chargerez le prince Poniatowski de ce soin. Il y mettra des Polonais. Vous trouverez là des ressources con­sidérables.

Les Saxons ont avec eux un équipage de pontons ; faites venir à vous sur-le-champ ces pontons ; je vois que les Polonais en ont aussi ; cela vous sera précieux ; les Saxons, venant derrière, n'en ont pas besoin. Je vous ai déjà demandé des renseignements sur le nombre de pontons que vous avez.


Königsberg, 15 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, le major général vous envoie un ordre de mouve­ment suivant lequel votre corps doit être réuni à Wilkowyszki le 20. De Gumbinnen il n'y a que deux marches; en partant le 19, vous serez donc le 20 à Wilkowyszki. Les deux bataillons du 25e vous rejoignent et passent aujourd'hui à Königsberg. J'ai ordonné qu'il n'y eût pas un seul homme du 111e demain à Königsberg. Les 4e et 6e bataillons du 25e sont partis de Danzig; celui du 61e est égale­ment parti de Pillau. Un détachement de 200 hommes du 25e que vous aviez laissé près d'Elbing, a eu ordre de rejoindre. Il est pro­bable que du 22 au 23 on se battra, et que ce sera à deux marches plus loin que Wilkowyszki. Il est donc convenable que vous réunis­siez le plus tôt possible vos détachements, et principalement vos troupes françaises. Vous avez pour vos escortes les troupes du Mecklenburg et les autres troupes allemandes; vous pouvez donc ne pas donner ces corvées aux troupes françaises et les ménager. Il me semble que vous ne suivez pas assez ce système, qui est important. Comme vous êtes éclairé par la cavalerie du 1er corps de réserve sur les directions de Kovno et Olitta, placez votre cavalerie légère sur la direction de Georgenburg, entre le Niémen et vous. Ayez des officiers d'état-major du côté de Georgenburg et ailleurs, qui vous instruisent promptement du mouvement offensif que ferait l'ennemi. Consultez vos états de situation, et rappelez tous vos détachements. Aussitôt que les voitures qui vous sont expédiées de Königsberg, et qui vous portent à Gumbinnen 10 à 12,000 quintaux de farine, seront arri­vées, je crois qu'il serait convenable qu'après leur déchargement vous les renvoyassiez sur-le-champ à Insterburg pour s'y recharger, et alors ce qu'elles apporteraient dInsterburg filerait jusqu'à votre camp de Wilkowyszki.


Königsberg, 16 juin 1812

A Madame de Montesquiou, gouvernante des Enfants de France, à Paris

Madame la Comtesse de Montesquiou, je reçois votre lettre du 6 juin. Je ne puis que vous témoigner ma satisfaction des soins que vous prenez du Roi. J'espère que vous m'apprendrez bientôt que les quatre dernières dents sont faites. J'ai accordé pour la nourrice tout ce que vous avez demandé ; vous pouvez lui en donner l'assurance.


Königsberg, 16 juin 1812

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, je reçois votre rapport du 5 juin. Les prêtres, étant sujets comme les autres, sont soumis au même serment. Mais il faut distinguer : il y a le serment ecclé­siastique, qui a été prescrit par le Concordat; la seule peine que j'impose au prêtre qui ne veut pas le prêter, c'est la perte du béné­fice ecclésiastique dont il jouit. Mais le serment d'obéissance aux constitutions de l'Empire et de fidélité à l'Empereur est dû par tous les citoyens ; ceux qui refusent de le prêter encourent la peine portée par mon décret. Écrivez donc à l'évêque, et faites comprendre à ces malheureux combien ce refus serait contraire à leurs devoirs. Quand ils auront prêté ce dernier serment, ils sortiront seulement de leur exil. Pour qu'ils puissent rentrer dans leurs bénéfices, il faut qu'ils prêtent le serment du Concordat.


Königsberg, 16 juin 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le bataillon de la garde du prince Borghèse et celui de la Grande-Duchesse étant remplacés par des gardes nationales, je désirerais que ces deux bataillons demandassent eux-mêmes à se rendre à l'armée; et, cela étant, vous les dirigeriez sur Berlin. Cela ferait une pépinière d'officiers et de sous-officiers qui me seraient utiles. La cohorte de Toscane et une de celles du Piémont feraient le service du palais de ces deux princes.


Königsberg, 16 juin 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre à la première brigade napolitaine, qui est à Vérone, de se mettre en marche pour se diriger sur Nuremberg, où elle recevra de nouveaux ordres. Vous me ferez connaître quand elle y arrivera.

Donnez ordre à la 2e brigade de se diriger de Bologne sur Vérone.

Le général de division Detrès restera avec la 2e brigade.


Königsberg, 16 juin 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, tous les cadres qui composent la divi­sion Lagrange auront bientôt rejoint. Il faut faire rentrer d'Espagne tous les cadres inutiles. Il y a, je crois, dans l'intérieur un bon nombre de cadres qui ne sont pas pleins. Faites-moi un rapport sur tout cela.

La formation des cohortes n'avance pas; vous ne m'avez encore envoyé aucun état d'officiers à confirmer.

Je crois vous avoir mandé qu'il était convenable de faire filer sur Bayonne les demi-brigades qui étaient à Cherbourg. C'est 4,000 hommes environ qui seront utiles à Bayonne, et dont le départ soulagera la Normandie sous le rapport de la consommation. Si les cir­constances d'Espagne devenaient urgentes, vous pourriez encore, sans attendre mes ordres, diriger également sur Bayonne la demi-brigade de Pontivy. Vous voyez que cela ferait à Bayonne une masse de forces très-considérable, puisque cela y réunirait deux cohortes, quatre demi-brigades formant, je crois, 16 bataillons, et 5 ou 6 ba­taillons de la réserve de Bayonne; cela ferait donc un total de 22 à 24 bataillons ou 15 à 18,000 hommes; réserve qui mettrait dans le cas, surtout après l'été, de secourir efficacement le Nord.

Je vous recommande de porter une attention spéciale sur tous les dépôts de cavalerie de l'armée d'Espagne, afin de pouvoir en tirer 3 à 4,000 chevaux, qu'on joindrait à cette réserve.

Faites également partir les 10e, 11e et 12e brigades pour Berlin; elles sont fort inutiles en France, et rien ne porte à penser que les Anglais puissent rien tenter.


J'ai ordonné que le régiment de marche de Paris fût dissous à son arrivée à Berlin ; les cadres rentreront en France.

Je désirerais qu'on pût faire revenir les deux bataillons du 29e, qui sont en Catalogne, sur Erfurt, où ils seront réunis aux deux autres bataillons du même corps. J'ai ordonné que le 5e bataillon du même régiment vînt à Lyon, ce qui me rendrait disponible un très-beau régiment.

Portez un soin particulier à bien organiser la réserve de Baronne, en en formant une bonne division, composée de trois brigades. Ils peuvent camper dans les baraques que j'ai fait faire, qui sont excel­lentes pour les troupes, et s'y bien exercer.


Königsberg, 16 juin 1812

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, des critiques s'élèvent sur la conduite du capitaine de vaisseau qui était dans Lorient; on dit qu'il aurait pu sortir et secourir les deux frégates. Il s'est élevé de pareils soupçons sur la conduite du commandant de la Danaé, qui, dit-on, aurait pu sortir lors de l'affaire du Rivoli. Je désire que vous fassiez une en­quête sur ces deux faits. (L'Ariane et l’Andromaque ; poursuivies par des bâtiments anglais, ces deux frégates échouèrent à l’île de Croix, et se firent sauter après avoir com­battu avec vigueur).


Königsberg, 16 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg.

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que, si l'ennemi ne fait aucun mouvement offensif, il serait préférable que le général Reynier, au lieu de se replier sur Praga, se portât sur Siedlce, ce qu'il pourrait faire en trois ou quatre marches ; il couvrirait là beau­coup mieux Praga et Varsovie; en supposant qu'il parte le 18 de Lublin, il peut être le 21 à Siedlce; les Autrichiens arrivent le 32 à Lublin; il sera alors en communication avec eux; les Autrichiens venant à Siedlce le 25, et couvrant Praga, le général Reynier pourra filer en deux jours sur Brok et formerait la droite du Roi ; dans toutes ces positions, la principale instruction du général Reynier serait tou­jours de couvrir Praga et Varsovie; alors il suffirait que des derniers échelons on prît un régiment saxon pour tenir Praga et un autre pour tenir Modlin ; tout le reste pourrait manœuvrer comme je viens de le dire ci-dessus; que nous attendons avec impatience de connaître si Bagration continue son mouvement de Brzesc sur Grodno; que, dans ce cas, il serait convenable que le Roi pressât son mouvement sur notre droite, afin de se trouver plus près de nous que Bagration de Vilna; qu'il serait même convenable que le prince Poniatowski avec son corps d'armée se portât sur Johannisburg, afin d'être plus en mesure d'arriver sur le point du passage, qui sera entre Olitta et Kovno, avant le général Bagration.


Königsberg, 16 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, écrivez au duc d'Elchingen que son corps s'éloigne mal à propos de la route qui lui est tracée, et que partout il porte la dévastation; les Wurtembergeois ont été mal à propos sur la Pregel et interrompent tous les systèmes de l'armée.


Königsberg, 16 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, il faudrait écrire au duc de Reggio qu'il est néces­saire qu'il envoie toutes les voitures de son armée chargées de farine prise à Wehlau verser leur chargement dans les magasins d'Insterburg. Ces voitures reviendront ensuite se recharger à Wehlau. En partant le 17 au matin, ces voitures seront le 17 au soir à Insterburg; elles seront de retour le 18 au soir à Wehlau; elles pourraient donc être le 19 à Insterburg et le 20 à Gumbinnen; quand même elles n'arri­veraient que le 21 à Gumbinnen, cela n'aurait pas un grand incon­vénient, et le corps du duc de Reggio aurait poussé en avant 4 à 5,000 quintaux de farine.

Écrivez au duc de Danzig et au duc d’Istrie d'envoyer toutes les voitures vides qu'ils auraient et toutes celles qui se trouvent à leur suite pour prendre un chargement de farine à Wehlau. Donnez-leur même l’ordre de vider dans les magasins d'Insterburg les voitures qui seraient chargées, afin d'augmenter d'autant les magasins et de faire partir les voitures le 18 pour Wehlau, de sorte que le 20 ces voitures chargées à Wehlau aient rejoint à Stallupœhnen. Le but de ces mouvements est d'augmenter d'autant les magasins d'Insterburg.


Königsberg, 16 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre à la Garde de partir aujourd'hui pour aller coucher à Tapiau. Ils partiront demain de Tapiau pour s'appro­cher le plus possible (à une lieue) d'Insterburg.


Königsberg, 16 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, les routes de l'armée entre la Vistule et le Niémen seront les suivantes : on prendra à Thorn les vivres pour deux jours jusqu'à Graudenz; le commandant prussien de Graudenz fournira les vivres pour un jour jusqu'à Marienwerder ; à Marienwerder, les vivres pour un jour jusqu'à Marienburg; là, les vivres pour un jour jusqu'à Elbing; à Elbing, on prendra les vivres pour trois jours jus­qu'à Königsberg; à Königsberg, séjour; on prendra les vivres pour un jour jusqu'à Tapiau ; à Tapiau, les vivres pour deux jours jusqu'à Gumbinnen ; à Gumbinnen, deux jours de vivres jusqu'à Wilkowyszki. Ainsi les troupes seront douze jours en route de Thorn à Gumbin­nen, y compris le séjour de Königsberg; elles prendront un séjour à Gumbinnen. Ce sera treize jours. Toutes les routes intermédiaires seront supprimées; cependant on conservera à Osterode un com­mandement avec une garnison prussienne, un garde-magasin, une manutention, et on y entretiendra 10,000 quintaux de farine. Il y aura un pareil établissement à Rastenburg.

La communication de l'armée avec Varsovie se fera ainsi : on prendra à Varsovie deux jours de vivres jusqu'à Pultusk ; à Pultusk, trois jours de vivres jusqu'à Willenberg ; à Willenberg, trois jours de vivres jusqu'à Rastenburg, où on prendra trois jours de vivres jus­qu'à Gumbinnen. Il y aura des commandants français, des manuten­tions et magasins de farine à Willenberg et Pultusk.

La communication de Danzig avec l'armée se fera ou par Pillau ou par Marienburg : par Pillau, on prendra à Danzig des vivres pour trois jours jusqu'à Pillau ; à Pillau, des vivres pour deux jours jus­qu'à Königsberg, etc. Si la route se fait par Marienburg, on prendra à Danzig des vivres pour deux jours jusqu'à Marienburg, d'où on suivra la ligne.

La communication de Königsberg à Tilsit se fera en prenant à Königsberg des vivres pour un jour jusqu'à Tapiau; à Tapiau, un jour de vivres jusqu'à Lœbau, où on fournira deux jours de vivres jusqu'à Tilsit.

Ainsi il faut à Thorn un commandant de place : il y existe ; il faut à Marienwerder un commandant et une manutention : il en existe à Marienburg, Elbing, Königsberg, Tapiau, Insterburg. Il faut un commandant à Osterode et Willenberg : il en existe un à Pultusk ; il en faut un à Rastenburg. Tous les autres commandants et commis­saires des guerres doivent être rappelés.

Il faut avoir soin de mettre des employés français dans les hôpi­taux qu'on doit établir et leur donner l'ordre de correspondre avec le général Latour à Elbing et avec le général Hogendorp à Königsberg pour la vieille Prusse.

Vous donnerez l'ordre que les routes de Marienwerder à Marien­burg et Elbing et de Marienburg à Dirschau soient raccommodées et entretenues.


Königsberg, 16 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je viens de témoigner mon mécontentement au maréchal Ney sur les désordres que commettent ses troupes.

Je pars cette nuit pour être demain à la pointe du jour à Wehlau, où je passerai la revue du corps du duc de Reggio. J'irai probable­ment le soir à Insterburg. Je pense que vous avez besoin de toute la journée du 17 pour vous réunir. Je viendrai donc chez vous le 18.


Le 10e corps, que commande le duc de Tarente, doit border le Niémen jusque vis-à-vis Georgenburg; la division prussienne doit être à Tilsit, et la division Grandjean vis-à-vis Georgenburg ; mais celle-ci ne doit être en position que le 19. Votre cavalerie légère, que vous tiendrez sur vos flancs, mais que je désire pourtant voir à la revue, doit avoir des petits piquets pour assurer vos flancs. Envoyez un offi­cier de votre état-major du côté de Georgenburg pour savoir ce qui se passe.


Königsberg, 16 juin 1812

Au général comte Durosnel, aide de camp de l’empereur, à Wehlau

Monsieur le Général Durosnel, prenez des mesures pour qu'à Wehlau on n'embarque aucune avoine et que les moyens de transport ne soient employés qu'à porter des farines. Mettez des gendarmes d'élite aux différents moulins jusqu'à Gumbinnen. Faites passer des marchés pour les moulures et envoyez du blé dans les moulins. Mettez des sentinelles à Wehlau ; ne laissez passer aucune voiture chargée d'avoine ; qu'elles soient toutes déchargées et rechargées de farine et de riz.


Insterburg, 17 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Insterburg

Mon Cousin, donnez l'ordre aux constructeurs de la Garde de partir en toute hâte pour arriver le plus tôt possible à Stallupœhnen et y construire trois manutentions, chacune de six fours. Donnez ordre au duc de Reggio d'envoyer ses constructeurs en toute diligence à Wirballen pour y construire deux manutentions, chacune de six fours. Donnez ordre au duc de Reggio d'envoyer demain à Gumbin­nen ses boulangers, pour prendre la manutention de Gumbinnen demain à minuit.


Insterburg, 17 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Insterburg

Mon Cousin, donnez ordre au général Delaborde de partir demain de Wehlau pour se rendre en arrière d'Insterburg. Il laissera deux bataillons à Wehlau pour la police de la place, la garde des maga­sins et les travaux d'embarquement et de débarquement.

Donnez ordre au général commandant à Königsberg d'envoyer à Wehlau un bataillon prussien de 500 hommes pour garder les magasins et travailler au chargement et déchargement des bateaux. Aussi­tôt que ce bataillon sera arrivé, les deux bataillons de la Garde en partiront pour rejoindre à volonté leur division.

Réitérez l’ordre à l'intendant général de réorganiser les magasins de Wehlau , d'Insterburg et de Gumbinnen. Il y a le long de la Pregel beaucoup de moyens de mouture ; mais il faut en tirer parti et les mettre en grande activité, et ils offriront des ressources précieuses à l'armée. Recommandez à l'intendant de faire adresser à l'or­donnateur Joinville l'état de tous les convois dirigés sur le quartier général, soit de Thorn, soit de Königsberg.

Envoyez un officier d'état-major au duc de Reggio pour lui dire que j'ai passé par l'autre rive et qu'ainsi je n'ai pu voir son corps d'armée, mais que je le passerai demain en revue ici, s'il est arrivé avant mon départ; sans quoi je le verrai à Gumbinnen; qu'il peut envoyer quelques boulangers à Insterburg, où ils trouveront de la farine et où ils pourront faire quelques rations de pain.


Insterburg, 17 juin 1812

ORDRE.

Le canal de Bromberg et la navigation de la Netze et de la Warta seront mis dans le meilleur état.

Une commission, composée d'un officier du génie que désignera le directeur de Danzig, du sieur Senft, conseiller à la régence de la Nouvelle Marche, et d'un ingénieur que nommera le ministre de l'intérieur du duché de Varsovie, se réunira le 25 de ce mois à Bromberg.

Cette commission déterminera tous les travaux à faire provisoire­ment, sans interrompre la navigation.

Elle fera enlever les pilotis qui obstruent les passages et construire les écluses nécessaires, soit en pierre, soit en bois.


Une somme de 100,000 francs, qui sera imputée sur les fonds de réserve de la Grande Armée fixés à 3 millions par le budget du 28 mai dernier, sera mise à la disposition de ladite commission pour être employée, sans attendre une autre autorisation, aux travaux qui  seront jugés les plus urgents.

Dans le courant du mois de juillet, la commission nous adressera un rapport sur le système des travaux qu'elle proposera pour accé­lérer cette navigation, et le devis de la dépense qui devra en résulter.

L'intendant général et le commandant en chef du génie de l'armée sont chargés de l'exécution du présent ordre.


Insterburg, 17 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Insterburg

Mon Fils, l'officier d'ordonnance Tascher m'a remis votre lettre.

Retardez votre mouvement jusqu'à nouvel ordre; car, avant tout, il faut que vous ayez des vivres. En passant à Wehlau, j'ai vu le convoi des voitures que vous avez envoyées, qui vous arrive. Vous devez recevoir aussi le convoi de Königsberg; mais il est fâcheux que vous n'ayez pas envoyé vos voitures faire un voyage sur Pillau. Rassemblez toutes vos troupes sous Rastenburg le 18 et le 19. Faites-moi con­naître combien vous avez de pain le 19 au soir. Je me déciderai alors à vous donner un ordre de mouvement. Dans ce pays-ci, le pain est la principale chose.


Insterburg, 17 juin 1812, huit heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Insterburg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16 juin. Je ne passerai demain la revue de votre corps que passé quatre heures du soir. Je pense que tout ce temps vous est nécessaire.

Ayez une conversation sérieuse avec la régence pour qu'elle prenne des mesures pour réunir du blé et qu'on puisse alimenter tous les moulins. L'équipage de pont n'arrivera pas demain à Gumbinnen et ne pourra être que le 21 à Wilkowyszki. Je suppose que vous vous êtes assuré de vingt-cinq jours de vivres pour votre corps d'armée indépendamment des farines que portent les treize cents voitures d'équipages auxiliaires. Je suppose que ces treize cents voitures portent 8,000 quintaux. Je compte sur vos vingt-cinq jours de vivres, sur les attelages qui appartiennent à vos compagnies, sur les caissons des corps, sur le 12e des équipages militaires et sur les deux compagnies du 14e. Faites cuire le plus qu'il vous sera possible. Je suppose que, dans la journée de demain et jusqu'au 19 au matin, vos dix-sept fours pourront cuire pour tous mes corps d'armée. Vos boulan­gers seront sur-le-champ remplacés par ceux du 2e corps, afin que vous puissiez envoyer cuire aux fours de Wilkowyszki.

J'ai passé aujourd'hui la moitié de la journée à Wehlau.

Je crois que 3,000 quintaux de farine vont bientôt arriver à Insterburg. C'est des voitures qu'il faudrait pour les transporter ; ramas­sez toutes celles que vous pourrez. J'écris au roi de Naples pour qu'il ramasse toutes les voitures de son corps d'armée ; la cavalerie en a une grande quantité, et cela nous ruine absolument. Je mande au roi qu'il dirige toutes ses voitures vides, par convois de cent, sur Insterburg pour s'y recharger, et pour les escorter vous lui fournirez des troupes allemandes. Aussitôt que vos dix-sept fours seront con­struits devant Wilkowyszki, il faudra en construire une trentaine vis-à-vis Kovno. Je vais faire partir demain matin les constructeurs de la Garde et ceux du 2e corps, qui se joindront aux vôtres pour faire cette construction avec ensemble, non pas positivement au même endroit, mais au moins à quelque distance l'un de l'autre. Ramassez le plus de voitures qu'il vous sera possible, et envoyez-les se charger à l'embarcadère d'Insterburg.


Insterburg, 18 juin 1812

Au général comte Durosnel, aide de camp de l’empereur, à Welhau

Monsieur le Général Durosnel, s'il y a encore à Tapiau du biscuit, de l'eau-de-vie et des farines, faites-les-y laisser: ils serviront à remonter sur Labiau. Ordonnez au commissaire des guerres de les faire partir pour cette destination ; cela servira à notre premier convoi sur le Niémen. Faites constater ce qui reste encore à Tapiau, afin que nous puissions savoir sur quoi compter pour le Niémen.


Gumbinnen, 19 juin 1812

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE, A paris.

Le ministre de la marine fera sentir au conseiller d'État           qu'il tombe en enfance. Il y a autant d'ignorance des faits que de pages dans son mémoire (Mémoire intitulé Aperçu d'un projet d'acte de navigation pour l’Empire français, substitué aux licences). Il est tout simple qu'un conseiller d'État, chargé d'affaires de marine, ignore ces questions-là; mais alors, s'il n'est un insensé, il ne doit pas vouloir régenter avant de s'instruire des choses.


Gumbinnen, 19 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez l'ordre au prince d'Eckmühl de faire établir ses fours à l'intersection de la route de Wilkowyszki à Kovno et de celle de Kovno à Preny, soit au village de Naugardyszki, soit à Keturek ou Gerwis ; il fera en sorte de s'adosser à quelque église, qui pourra lui servir de magasin. On a isolé les fours à Königsberg, ce qui est un grand inconvénient quand il n'y a pas à portée quelques grands bâtiments pour servir de magasins.


Gumbinnen, 19 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, envoyez un aide de camp au duc de Tarente. Mandez-lui qu'il fasse filer 6,000 quintaux de farine, de celle qu'il a à Labiau à la disposition des Prussiens; de les tenir embarqués pour les faire filer dans le Niémen aussitôt que le passage sera effectué et la rive droite déblayée; qu'il fasse fabriquer à Tilsit 150,000 rations de pain biscuité, pour l'embarquer et l'envoyer à l'armée après le pas­sage ; que je désire qu'il envoie sur la rive droite des officiers pour l'instruire de ce qui se passe; votre aide de camp s'y rendra; qu'il faut que le duc se rende à Tilsit pour connaître le lieu où il pourra jeter son pont, et qu'il doit choisir un emplacement favorable pour le couvrir sur-le-champ d'une bonne tête de pont; qu'il vous fasse connaître combien de jours il faut pour que son équipage de pont arrive à Tilsit, et pour jeter un pont sur la rive droite.


Gumbinnen, 19 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, j'ai envoyé deux gendarmes pour faire venir ici les deux compagnies du 14e bataillon des équipages, qui doivent être à deux lieues et qui portent 1,200 quintaux de farine. Aussitôt que ces deux compagnies seront arrivées, ce qui doit être avant le jour, on versera ces 1,200 quintaux aux magasins de la Garde. On a trouvé ici 200 quintaux de farine. J'ai déjà trouvé une manutention qui n'allait plus par défaut de farine. Ordonnez en conséquence que les 200 quintaux de farine chargés sur les trente voitures du petit quar­tier général soient déchargés sur-le-champ, que ce déchargement ait lieu avant dix heures du soir, et que les dix-huit fours et ceux de la ville aillent toute la nuit avec la plus grande activité. Mon inten­tion est d'avoir ici pour huit jours de pain pour la Garde, afin de n'avoir plus aucune sollicitude et d'être assuré qu'elle ne manque pas. La Garde et le quartier général formant une consommation de 20,000 rations, il faudra donc 160,000 rations pour huit jours, ce qui emploiera 1,600 quintaux de farine. De ces 1,600 quintaux, 1,200 seront pris sur deux compagnies du 14e, 200 sur les farines qui existent ici et 200 sur celles qui existent dans ce moment aux moulins. Aussitôt que les deux compagnies du 14e seront arrivées, les caissons du petit quartier général reprendront leurs 200 quintaux de farine et se tiendront prêts à partir à dix heures du matin. Il faut qu'on fabrique à tous les dix-huit fours, de manière À pouvoir livrer demain, avant midi, quatre jours de vivres à la Garde. Les bou­langers de la Garde resteront toute la journée de demain et toute la nuit, afin de fabriquer pour les quatre autres jours. Toutes les voi­tures de la cavalerie, toutes celles chargées d'avoine et toutes celles qu'on pourra se procurer dans la ville, seront réunies pour porter ces quatre jours de vivres. Un commissaire des guerres et des déta­chements seront laissés à cet effet. Donnez les ordres en conséquence. Aussitôt que les deux compagnies du 14e bataillon des équipages auront été déchargées, elles repartiront pour l'embarcadère d'Insterburg, où elles prendront un nouveau chargement de 1,200 quintaux de farine. Vous leur ordonnerez d'être dans la journée de demain à Insterburg, afin d'être de retour ici le 21 et de continuer ensuite leur route sur l'année.


Gumbinnen, 19 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Wilkowyski

Mon Cousin, faites partir le général Haxo pour se rendre demain vis-à-vis Kovno ; il verra la position à prendre par les troupes, et si le passage est facile depuis Kovno jusqu'à Preny, où il sera conve­nable de placer les batteries et la tête de pont ; enfin il verra la lar-ï geur de la rivière et recueillera tous les renseignements.

Il fera construire des fours à une lieue de Kovno, dans le lieu le plus convenable.


Gumbinnen, 19 juin 1819, dix heures du soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de continuer son mouve­ment sur Oletzko et Surcalki et de faire en sorte de n'avoir éprouvé qu'un seul jour de retard. Faites-lui connaître que le roi de West-phalie sera après-demain, 21 , réuni à Xouogrod. Donnez ordre au duc de Reggio de faire partir demain la division Legrand pour se rendre à Stallupœhnen avec sa cavalerie légère. Il fera partir après-demain à trois heures du matin les deux autres divisions, en leur donnant une direction différente, afin d'éviter l'encombrement. Qu'il fasse filer son parc d'artillerie et tous ses convois à la hauteur d'une lieue en avant du camp de la 1e division actuelle, afin qu'après-demain la Garde n'éprouve aucun ambarras sur la principale com­munication.

Donnez ordre aux constructeurs de fours de la Garde de continuer leur mouvement sur Wilkowyszki, où ils se rendront avec les con­structeurs de fours du prince d'Eckmuhl, afin de construire là une manutention de dix fours pour la Garde, à peu près dans le même endroit.

Donnez ordre au maréchal duc de Trévise, à Insterburg, d'y séjourner encore demain, d'y réunir la division Claparède et de la prendre sous son commandement; de faire prendre quatre jours de farine à chacun de ses soldats dans leurs sacs, ce qui leur fera quatre jours de pain, et de se procurer en outre à Insterburg huit jours de pain pour ses deux divisions, ce qui lui fera douze jours de vivres. Vous lui ferez connaître qu'il n'y a rien à espérer d'ici à dix jours. Il prendra les farines dans les magasins d'Insterburg ou à l'embarcadère.


Gumbinnen, 20 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Wilkowyski

Mon Cousin, j'ai retardé le mouvement de la Garde et celui du 2- corps d'un jour. Le 2e a seulement fait avancer sa 1e division sur Stallupœhnen. Je désire apprendre si vos fours de Wilkowyszki sont achevés et quand les fours dont j'ai ordonné la construction à une lieue de Kovno seront achevés et en état de cuire. Il faut que les constructeurs s'accoutument à faire cela en quarante-huit heures, parcee qu'il y aurait bien de l'inconvénient à démasquer des mouve­ments beaucoup avant. Aussitôt le passage effectué, on devra en construire autant à Kovno. Je ne compte pas attaquer avant le 23 ou le 24. Il me semble qu'il vous arrive aussi tous les jours beaucoup de convois appartenant aux corps d'armée ou aux divisions ; il est bon de laisser arriver tout cela.

J'ai envoyé les constructeurs de la Garde pour construire une manu­tention pour la Garde, près de celle que vous avez fait faire; il est bon qu'elle ne soit pas éloignée de plus d'une demi-lieue du même endroit.

Je fais jeter le 22 le pont de Tilsit. J'espère que la tête de pont sera faite avant que les Russes se portent à l'attaquer.


Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de faire partir sa
ï division, qui est en avant, demain à deux heures du malin, pour se rendre entre StaUapœhnen et Wirballen. La 3e division partira à quatre heures poar se rendre aussi entre StalLupœhnea et VVirballea. Faites-lai connaître que, comme tonte la Garde sait, il est néces­saire que ce départ se fasse promptement. Il sera convenable que ces divisions suivent les directions données par le prince d'Eckmâhl, afin de désencombrer le chemin. La Garde partira à cinq heures dn matin, infanterie, cavalerie et artillerie, pour se rendre à Stallu-pœhnen. Le petit quartier général partira à deui heures du matia pour se rendre à WirbtUen. Le grand quartier général se rendra à Stallupœhnen.

Napoléon.

P. S. La 1e division, qui esl à Wirbalkn, partira demain, à la pointe du jour, pour se rendre en avant de Wilkowyszki et y occu­per le camp d'une des divisions du prince d'Eckmuhl.


Gumbinnen, 19 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Coasin, doonei Tordre an doc d'Elchmgen de placer ses -poBtonnîen, ses sasears et sa batterie de réserve de 12 à ton avant-garde, tûn qu'ile puissent déboatber avec les premiers bataillons, pour se porter sar le Niémen et favoriser le passage, quand ils en recevront Tordre. Écrivez au vice-roi de placer tout son personnel des posts, ses marins, ses eepeurs et ses batteries de réserve de 12 à son quartier général, afin qae loot cela poisse se porter rapidement sur le lieu du passage et favoriser l'établissement 4es ponts. Écrivez la même chose au prince d'Eckmühl et au duc de Reggio.


Gumbinnen, 19 juin 1812

 

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi d'être arrivé le 23 à Kal-

w arya avec son corps d'armée, et le 6e corps entre Suwalki et Kal-

, warya. Faites-lui connaître que, comme il est possible que je fasse

eter un pont par le doc d'Elchingen à Preny ou à Balwieriyaiki, Il est à présumer que c'est là qu'il passera. Recommandez-lui de bien faire observer par sa cavalerie légère et le 3e corps les débouchés de Merelch, Grodno et Olitta.


Gumbinnen, 20 juin 1812

ORDRES POUR JÉRÔME NAPOLÉON, ROI DE WESTPHAL1E,

COMMANDANT LES 5e, 7e et 8e CORPS DE LA GRANDE ABMÉE, A PULTUSK.

L'Empereur ordonne que le 5e corps se mette en marche le 22 pour élre le 25 à Augustowo ; que le 8e se mette en marche le 23 pour se porter sur Raygrod ; que ces deux corps aient avec eux leurs vingt jours de vivres. Le 4e corps de cavalerie couvrira ces deux corps sur la route de Bialystok et de Grodno, et poussera ses postes sur l'une et l'autre direction.

Le 6e corps sera à Suwalki le 23, et le quartier général du vice-roi sera le même jour à Kalwarya. L'équipage de pont qui appartient au 7e corps marchera avec le 5e.

Le 7e corps, qui doit arriver le 21 ou le 22 à Siedlce, marchera le 23 sur Brok, laissant une brigade d'infanterie, avec de la cava­lerie et de l'artillerie, à Siedlce, jusqu'à ce que le corps autrichien qui doit arriver le 25 y soit arrivé. Le 2-4, aussitôt qu'il sera certain que l'ennemi ne peut plus mettre d'obstacle à l'arrivée des Autri­chiens à Siedlce, cette brigade rejoindra à Brok sa division.

Le 8e corps sera affaibli par uu régiment laissé à Modlin et un autre laissé à Praga. Si, dans l'intervalle du 22 au 25, l'ennemi se portait sur Varsovie, la brigade qui sera à Siedlce se portera sur Praga et Sierock, et le corps qui sera à Brok se portera sur Pultusk et Ostrolcnka; mais cette hypothèse est peu probable. Le général Reynier sera toujours chargé de couvrir Varsovie, Praga et Modlin.

Le 24 et le 25, où Tannée prendra l'offensive, les Autrichiens étant en position à Siedlce, si l'ennemi n'a rien tenté d'offensif, le roi de Westphalie pourra donner ordre au 7e corps de s'approcher de Bialystok et Grodno, en supposant que la marche du Roi et les mou­vements de l'armée accélèrent le mouvement de l'ennemi sur Vilna.


Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.

Mon Cousin, faites connaître au duc de Tarente qu'il est néces­saire qu'il réunisse 150,000 rations de pain biscuité à Tilsit, pour qu'il puisse les envoyer à l'armée par le Niémen, aussitôt que nous aurons passé cette rivière et que nous serons maîtres des deux rives. Je désire également qu'il réunisse à Labiau 6,000 quintaux de farine sur des bateaux, a6n de leur faire remonter le Niémen aussitôt que nous serons maîtres de la rivière.


Gumbinnen, 20 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.

Mon Cousin, le duc de Trévise aura le commandement de la 2e division de la Garde, commandée par le général Roguet, de la 1e, commandée par le général Delaborde, et de la division Clapa-rède. H partira demain avec les divisions Delaborde et Claparède pour se rendre à Gumbinnen. Il emportera pour douze jours de vivres en pain et farine; 60,000 rations de biscuit sont à sa disposition à l'embarcadère d'Insterburg, il les y fera prendre. Je suppose que le général Claparède a eu un jour de séjour a Insterburg; s'il n'en avait pas eu, on lui en accorderait un. Le général Roguet, qui arrivera le 21 à Insterburg, recevra des ordres de prendre pour quinze jours de vivres, en pain, farine et biscuit, à l'embarcadère. Il est né­cessaire que le duc de Trévise ait un chef d'état-major, et que l'administration de la Garde organise ses ambulances et toutes ses administrations.


Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.

Mon Cousin, envoyez un ingénieur géographe faire le croquis de la position qu'occupe aujourd'hui le corps du prince d'Eckmûhl; envoyez-en un également .pour faire celui qu'occupe la réserve de cavalerie. L'un suivra le prince d'Eckmûhl et l'autre le roi de Naples, pour m'envoyer cela tous les soirs. Vous en enverrez, pour le même objet, un au corps du duc d'Elchingen et un auprès du roi de Westphalie (le vice-roi ayant des ingénieurs géographes, il est inutile de lui en envoyer); de sorte que j'aie la position de toutes les brigades de cavalerie, des divisions et des parcs mise sur des croquis. Donnez ordre de m'envoyer cela tous les jours.


Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez ordre à l'équipage de pont qui arrive aujour­d'hui 20 à U ilkowyszki de diriger sur Maryarnpol, demain 21, un équipage capable de jeter un pont de 60 toises, avec une compagnie de pontonniers ; la compagnie de pontonniers qui est au 3e corps, les sapeurs du 3e corps s'y réuniront. Cet équipage de pont sera aui ordres du duc d'Elchingen. Le reste de l'équipage de pont se dirigera sur Kovno, sous les ordres et la garde du prince d'Eckmuhl, qui réglera son mouvement de manière que cet équipage ne soit pas com­promis et soit toujours couvert par ses troupes. Il serait convenable que cet équipage arrivât dans la nuit du 22 au 23.

Donnez ordre au duc d'Elchingen de partir demain de Kalwarya et de porter son quartier général à Maryampol, de n'envoyer aucunes troupes à plus d'une demi-lieue sur la route de VVilkouyszki et de IVilkouyszkt à Kovno, où le gros de l'armée se trouve. Vous lui ferez connaître qu'il trouvera à Maryampol un équipage de pont capable de jeter un pont de 60 toises, qu'il prendra sous ses ordres; qu'il y joindra, comme je l'ai ordonné, sa batterie de réserve, ses sapeurs et tous les moyens qu'il aura pour effectuer un passage. Donnez-lui ordre, aussitôt que les fours de Maryampol seront con­struits, d'en faire construire près de Preny, mais pourtant assez loin pour que l'ennemi ne s'en aperçoive pas. Son équipage sera tenu un peu en arrière. Faites-lui savoir que le quartier général sera demain 21 à Wilkouyszki, que je désire qu'il tienne son corps réuni le plus possible et qu'il observe avec sa cavalerie les débouchés d'Olitta et de Meretch.


Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, faites connaître au prince Schwarzenberg que je compte que le 25 il sera à Siedlce ; qu'à cette même époque le général Reynier sera à Sierock ; que dans cette situation, si l'ennemi partait de Brzesc pour se porter sur Varsovie, le général Schwarzenberg se porterait alors sur Praga, Modlin, Sierock, se réunirait au général Reynier, qui marcherait avec lui, soit pour attaquer l'ennemi si l'ennemi était plus faible, soit, dans le cas contraire, pour couvrir Sierock, Modlin et la rive droite de la Narew ; que le 23 le roi de Westpbalie sera à Augostowo, le général Gouvion Saint-Cyr à Suwalki, le vice-roi à Kalwarya, et toute la gauche de rarmée, avec le quartier général, sur Movno; qu'il est probable que, dans la journée du 23 au- 24, les hostilités commenceront, et que l'offen­sive que prendra la gauche de l’armée en Courlande et sor Vtlaa accélérera le mouvement 4e l'armée ennemie de notre droite sur notre gauche ; que, dans cet état de choses, le prince Schwarzenberg pourra se concerter avec le général Reynier pour marcher, soit par Bialystok, soit par Bnesc, à la suite de l'ennemi et lui faire tout le mal con­venable, sans perdre de vue toutefois qoe son but principal doit être de couvrir Varsovie et Modlin; qu'il est à espérer que, dans la jour­née du 26, il sera instruit de ce qui se sera passé à Kovno le 24 et le 25 ; ce qui donnera des lumières sur la situation de l'ennemi et le mettra à même de recevoir des instructions pour ses mouvements ultérieurs.


Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, écrivez an prince de Schwarzenberg que, étant instruit que les envois d'argent de Vienne avaient éprouvé des retards et qu'il avait besoin d'argent, vous envoyez l'ordre au payeur générai de remettre 500,000 france à sa disposition; que, le payeur n'arri­vant ici qu'après-demain, on ne sait pas s'il y a suffisamment de fonds à Varsovie pour faire cette dépense; qu'en tout cas vous donnez ordre au payeur de Varsovie, s'il a les fonds, de les remettre au payeur autrichien, et, s'il ne les a pas, de les remettre du moins jusqu'à la concurrence de ce qu'il a. M. de Parr, en passant à Varsovie, s'informera auprès da payeur s'il peut payer.


Gumbinnen, 20 juin 1812

Au capitaine d’Hautpoul, officier d’ordonnance de l’empereur, à Gumbinnen

Monsieur l'Officier d'ordonnance d'Hautpoul, portez les lettres ci-jointes à Wilkowyszki, au prince d'Eckmühl et au roi de Naples. Rendez-vous ensuite aux avant-postes, auprès du général Bruyère; parcourez les avant-postes sur toute la ligne de Kovno jusqu'à Preny, et retournez auprès du général Bruyèree où vous resterez pour prendre parfaite connaissance des localités, en attendant mon arri­vée, à moins qu'il ne survienne quelque chose de très-important; auquel cas vous viendriez m'en rendre compte. Voyez bien surtout les environs du village de Preny, où. la rivière fait un coude, et le lieu où il faudrait établir des batteries et construire le pont vis-à-vis Kovno.


Gumbinnen, 20 juin 1812, huit heures du soir

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Wilkowyski

Mon Cousin, je reçois vos différentes lettres. J'ai mis à Tordre do jour le général Subertie et le général wurtembergeois. J'ai supprimé la brigade vurtembergeoise et l'ai mise à l'ordre de l'armée, c'esfi-à-dire de l'Europe. J'ai fait écrire au prince royal qu'il courait risque d'avoir les plus grands désagréments s'il n'y mettait ordre ; mais de votre côté tàcbez d'arrêter on des pillards, pour l'envoyer au préfet de l'armée, qui le fera fusiller.

Vous verrez par les ordres que j'ai donnés que je désire que les équipages passent en droite ligne par la route de Kovno (par la route de Skraudze). Je détache un équipage de pont de 60 toises sur Maryampol/J'ai besoin de faire mon principal passage à Kovno, à cause de l'intersection des deux rivières et âe la plus grande proxi­mité de Tilsit, d'où je dois tirer mes approvisionnements ; mais l'armée est si grande, que je ferai jeter un pont à Preny, où je ferai passer le duc d'Ekhiftgen et le vice-roi' L'équipage d'ailleurs peet de partout aller à Preny; de Skraudze il peut aller à Preny; quand même il serait plus bas, il peut encore y aller. 11 faut donc que cet équipage passe sur la route de Skraudze; mais il est bien important que l'équi­page et les troupes ne soient pas vus. Vous ne devez pas occuper Maryampol, où le corps du duc d'Elchingen est placé. N'allez pas non plus sur Zapiecyszki, parce que le chemin est impraticable et démasquerait tous nos mouvements. Ayez bien soin de ne montrer aucun homme d'infanterie, ni aucun cuirassier. Il faut que le premier homme d'infanterie que verra l'ennemi soit un pontonnier. Laissez vos boulangers aux fours de Wilkowyszki, afin d'y faire cuire toutes les journées des 21 et 22 pour votre compte, à moins toutefois que vous n'ayez du biscuit. J'ai réduit la ration de la Garde à 12 onces de pain, 5 onces de farine et 1 once de riz ; par ce moyen on épargne beaucoup de pain. Il a passé ici depuis hier des chariots qui vous portent plus de 4 à 5,000 quintaux de farine pour vous.


Gumbinnen, 20 juin 1812

ORDRE DU JOUR.

La Garde prendra dans la journée pour six jours de pain que les soldats porteront sur eux. La ration sera composée de la manière suivante : 12 onces de pain, 5 onces de farine, 1 once de riz. Ces vivres seront pour le 20, le 21, le 22, le 23, le 24 et le 25.

Il sera distribué demain six autres jours de vivres à la Garde. Les régiments laisseront à cet effet des piquets et des voitures par bataillon pour les porter.

Les boulangers resteront aujourd'hui et demain 21 à Gumbinnen pour fabriquer du pain. La Garde aura ainsi des vivres pour les 26, 27, 28, 29, 30 et 1er juillet.

Il est recommandé aux soldats de ménager leurs vivres et d'en avoir soin. Les officiers feront des inspections tous les matins pour s'assurer que chaque soldat n'a mangé que le jour de vivres qu’il devait, et qu'il a le reste pour le nombre de jours voulu.


Gumbinnen, 20 juin 1812.

1er BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE. (On ne trouvera pas ci-après tous les Bulletins de la Grande Armée pendant la campagne de 1812 : la Commission n'a cru devoir reproduire que les Bulle­tins dont le texte manuscrit porte des corrections de l'Empereur et ceux qui, en raison de leur importance exceptionnelle, ne sauraient être considérés comme l'œuvre de l'état-major, et ne peuvent être attribués qu'à l'Empereur).

 

A la fin de 1810, la Russie changea de système politique : l'esprit anglais reprit son influence ; l'ukase sur le commerce en fut le pre­mier acte.

En février 1811, cinq divisions de l'armée russe quittèrent à marches forcées le Danube et se portèrent en Pologne. Par ce mou­vement, la Russie sacrifia la Valachie et la Moldavie.

Les armées russes réunies et formées, on vit paraître une pro­testation contre la France, qui fut envoyée à tous les cabinets. La Russie annonça par là qu'elle ne voulait pas même garder les apparences.

Tous les moyens de conciliation furent employés de la part de la France : tout fut inutile.

A la fin de 1811, six mois après, on vit en France que tout ceci ne pouvait finir que par la guerre; on s'y prépara.

La garnison de Danzig fut portée à 20,000 hommes. Des approvisionnements de toute espèce, canons, fusils, poudre, munitions, équipages de pont, furent dirigés sur cette place ; des sommes con­sidérables furent mises à la disposition du génie pour en accroître les fortifications. L'armée fut mise sur le pied de guerre. La cavalerie, le train d'artillerie et les équipages militaires furent complétés.

En mars 1812, un traité d'alliance fut conclu avec l’Autriche; le mois précédent, un traité avait été conclu avec la Prusse.

En avril, le 1er corps de la Grande Armée se porta sur l'Oder; le 2e corps se porta sur l'Elbe; le 3e corps sur le bas Oder; le 4e corps partit de Vérone, traversa le Tyrol et se rendit en Silésie.

La Garde partit de Paris.

Le 22 avril, l'empereur de Russie prit le commandement de son armée, quitta Pétersbourg et porta son quartier général à Vilna.

Au commencement de mai, le 1er corps arriva sur la Vistule, à Elbing et à Marienburg ; le 2e corps, à Marienwerder ; le 3e corps, à Thorn ; le 4e et le 6e corps, à Plock ; le 5e corps se réunit à Varsovie; le 8e corps, sur la droite de Varsovie; le 7e corps, à Pulawi.

L'Empereur partit de Saint-Cloud le 9 mai, passa le Rhin le 13, l'Elbe le 29, et la Vistule le 6 juin.


Gumbinnen, 21 juin 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 11 juin, qui me rend compte de l'arrivée des six cohortes de garde nationale à Cherbourg. Cela étant, je pense qu'il est convenable de diriger les deux demi-brigades qui étaient destinées à la garde de Cherbourg sur Bayonne, pour en augmenter la réserve ; car j'attache une grande importance à avoir là une force considérable qui puisse remédier à ce qu'on pourra faire dans le Nord. Faites-moi connaître quelle sera, dans le courant de juillet, la situation de la réserve de Bayonne.

Dirigez les 3e bataillons du 127e et du 128e sur Berlin, par la route qui les éloigne davantage de la 32e division militaire; mais ne faites partir ces soldats que lorsqu'ils seront déjà un peu disciplinés.


Gumbinnen, 21 juin 1812.

ORDRE DICTÉ AU MAJOR GÉNÉRAL.

Ordre au roi de Naples de faire appuyer le 2e corps de cavalerie de Maryampol sur la route de Kovno, sans cependant montrer ni cuirassiers ni artillerie sur la rive gauche, et que de la rive droite on n'aperçoive pas plus de mouvement qu’à l'ordinaire ; mais de le disposer de manière que Sa Majesté puisse faire passer, le 23 à midi, si elle le trouve convenable, le pont de Kovno à tout le 1er et le 2e corps de cavalerie avec ses soixante pièces d'artillerie légère, de manière qu'on puisse battre la campagne et avoir des nouvelles de l'ennemi. Sa Majesté sera ce soir à Wilkowyszki, où il est conve­nable que le roi de Naples l'attende.

Le 3e corps de cavalerie reçoit l’ordre d'être rendu le 23 entre Maryampol et Preny, sans cependant faire des marches qui fatiguent la cavalerie.

Adresser l'ordre au vice-roi et au roi de Naples.


Gumbinnen, 21 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, écrivez au prince Poniatowski qu'il devait retenir le parlementaire russe, le bien traiter, envoyer ses dépêches à l'état-major général, ici, et attendre de nouveaux ordres; que désormais, s'il s'en présente, c'est ainsi qu'il doit agir. Écrivez la même chose au roi de Westphalie.


Gumbinnen, 21 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, écrivez au contre-amiral Baste qu'il ne doit plus rien être dirigé sur Wehlau; que tout doit être envoyé de Tapiau sur Labiau ; qu'il se rende lui-même à Labiau, afin d'accélérer le mou­vement sur le Niémen, et ensuite du Niémen sur Kovno, aussitôt que nous serons maîtres des deux rives; que ces convois doivent être faits avec la plus grande activité et ont besoin de tous ses soins, puisque l'armée n'aura plus moyen de se nourrir que par là.


Gumbinnen, 21 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, les caissons du petit quartier général sont partis avec
demi-charge; envoyez sur-le-champ un exprès avec l'ordre que toute
la charge soit réunie sur vingt caissons, et que les vingt autres, vides,
soient envoyés à Insterburg pour se recharger. Témoignez mon mécon­tentement à l'ordonnateur         de ce qu'il va ainsi en avant avec des caissons vides. J'ai vu quelquefois des administrateurs insouciants, nais je n'en ai pas vu de plus bêtes.


Gumbinnen, 21 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de continuer son mouvement demain 22. La division Legrand se portera sur la route de Kovno, à deux ou trois lieues en avant de Pilwiszki, de sorte que dans un jour elle puisse se porter à Kovno, s'il est nécessaire. Le duc de Reggio continuera sa marche avec ses deux autres divisions, à la pointe du jour, pour se porter en avant de Pilwiszki. Son quartier général sera à Pilwiszki, son parc en avant de Pilwiszki, de sorte que tout son corps d'armée puisse passer le pont.

Donnez ordre au duc de Danzig de se porter demain 22 à une lieue en avant de Pilwiszki.

Même ordre au duc d’Istrie.

Même ordre au général Sorbier.

Donnez ordre au duc d'Elchingen de se porter demain 22 à trois lieues en arrière de Preny, avec le détachement de l'équipage de pont qui lui a été remis, de ne laisser apercevoir aucun homme de cavalerie ni d'infanterie ; mais de se placer de manière que le 23 à midi, si l'Empereur lui en donne l’ordre, il puisse passer au village de Preny. Il aura soin que de la rive droite on ne voie aucun mou­vement extraordinaire et surtout aucun homme d'infanterie.

Donnez ordre au vice-roi de se porter sur Maryampol aussitôt qu'il pourra, de manière que le plus tôt possible il puisse passer la rivière, soit au pont de Preny, soit au pont de Kovno.

Donnez ordre au duc de Trévise de faire partir la division Delaborde, la division Claparède et la division Roguet, pour se porter demain en avant de Wirballen.


Gumbinnen, 21 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez ordre au prince d'Eckmühl de se porter avec son corps d'armée dans la direction de Kovno, de manière à être arrivé le 23 au matin, de bonne heure, avec l'équipage de pont. Il placera son corps à deux lieues de la rive droite et de manière que l'ennemi ne puisse s'en apercevoir. Il disposera tout de manière que l'Empereur soit le maître de jeter le pont sur le Niémen le 23 à midi, et de faire déboucher aussitôt tout son corps d'armée. Du reste, on manœuvrera de manière que la rive droite ne puisse apercevoir aucun homme d'infanterie, ni aucun cuirassier, ni plus de mouvement qu'à l'ordinaire.


Gumbinnen, 21 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Oletzko

Mon Fils, vous avez reçu des ordres du major général pour être rendu le plus tôt possible à Kalwarya. La cavalerie du 3e corps a ordre de se porter sur Maryampol. La cavalerie de votre corps d'armée servira à vous éclairer sur Meretch et Olitta. Si cela est possible, il faudra être le 24 entre Maryampol et Preny, afin de pouvoir passer sur le pont que le duc d'Elchingen établira.

J'ai ordonné au roi de Westphalie de se porter avec les 5e et 8e corps sur Augustowo, et de marcher de là sur Grodno.

Les hostilités commenceront le 24. Je passerai la rivière à Kovno. Probablement je ferai passer le duc d'Elchingen de Kovno à Preny. Vous tâcherez d'être, avec votre corps d'armée, prêt à passer sur le pont. Le général Reynier est en observation à Brok; les Autrichiens sont à Siedlce pour couvrir Varsovie.

Tenez- vous en correspondance avec le roi de Westphalie, auquel j'ai donné ordre d'appuyer sur la gauche et de prendre sa ligne d'opé­ration sur Königsberg, en cas que l'ennemi débouchât sur sa droite.

Je serai ce soir à Wilkowyszki, et le 23 très-près de Kovno. Pré­parez tous vos moyens de passage.


Gumbinnen, 21 juin 1812

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Nowogrod

Mon Frère, vous aurez reçu des ordres de l'état-major général pour prendre position sur Augustowo, et pour que le général Reynier se trouve en corps d'observation sur Brok ou Ostrow.

Les Autrichiens seront, à ce qu'il paraît, le 23 ou le 24 à Siedlce.

Le général Reynier doit toujours avoir pour but de couvrir Var­sovie, Pultusk et Ostrolenka.

Vous devez appuyer sur le centre. En cas que l’ennemi tournât votre droite, votre ligne d'opération sera sur Königsberg. Tâchez que les Polonais arrivent le 23 à Augustowo, et faites porter une avant-garde sur Grodno avec beaucoup de troupes légères. Faites avancer votre pont dans cette direction. Il est probable que je vous donnerai l’ordre de vous porter sur Grodno avec toute votre armée, mettant par ce mouvement sur vos derrières ce qui se trouve à Bialystok. Ce mouvement ferait évacuer toute cette province. Vous serez en continuité avec l'armée, de manière que tout donnera toujours en masse, et l’on opérera alors contre le général Bagration, selon la position qu'il occupera.

Maintenez le plus grand ordre, empêchez le gaspillage. On se plaint que les officiers westphaliens se sont fait nourrir à Varsovie ; cela ne vaut rien, surtout pour les personnes qui vous approchent.

Tenez-vous en correspondance avec le vice-roi par votre gauche. Le général Reynier pourra se porter sur Bialystok, aussitôt que vous serez arrivé à Grodno, ayant toujours pour principale instruction de couvrir Varsovie.

Les Autrichiens se tiendront en observation contre le corps de Bagration.

Je vous ai mandé plusieurs fois de faire avancer les pontons qu'ont les Saxons sur lavant-garde du 5e corps. Faites-y filer vos sapeurs, etc., afin que le passage se fasse très-rapidement.

Napoléon.

Je serai cette nuit à Wilkowyszki.


Wilkowyszki, 22 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Wilkowyski

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de partir à la petite pointe du jour, demain 23, pour se diriger sur Kovno. Ses divisions bivouaqueront à une lieue du 1e corps, de manière à être en trois heures de temps sur Kovno. La cavalerie légère restera avec le corps d'armée et ne le dépassera point.

Donnez ordre au duc de Danzig de partir demain, à la pointe du jour, pour s'approcher le plus qu'il pourra de Kovno.

Donnez ordre au duc d'Istrie d'arriver, demain 23, à mon quar­tier général à Kukta, à une lieue et demie avant d'arriver à Kovno.

Donnez ordre au général Sorbier de faire avancer les trente-deux pièces de 12 de réserve le plus près qu'il pourra de Kukta, dans la journée de demain, sans cependant mettre les chevaux hors d'état de servir.

Donnez ordre au duc de Trévise de partir demain avec ses trois divisions, et de faire avancer le plus possible la division Roguet. Il portera son quartier général en avant de Pilwiszki.

Donnez ordre au petit quartier général d'être rendu demain,  de bonne heure, au village de Maurucza, à quatre lieues en arrière de Kovno.

Donnez ordre au grand quartier général de partir, après demain 24, pour se rendre à Wirballen, et d'être le 25 à Wilkowyszki.

Écrivez au duc de Tarente que je serai ce soir à Kukta, à une lieue et demie derrière Kovno.


Wilkowyszki, 22 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Wilkowyszki.

Mon Cousin, vous enverrez ma proclamation à l'armée. Donnez ordre aux maréchaux commandant les 1er, 2e, 3e corps, la Garde et la cavalerie, de ne la publier que le 24 à la pointe du jour. Écrivez au duc de Tarente qu'il fasse connaître cette proclamation le 25 à la 7e division, et que, quant aux corps prussiens, il ne la leur com­munique pas, mais qu'il leur en fasse une à sa volonté, dans laquelle il leur dira en peu de mots que la guerre a commencé et que la Russie la veut. Écrivez au roi de Westphalie de la faire connaître aux 5e, 7e et 8e corps, seulement dans la journée du 26 au matin. Envoyez la proclamation au prince Schwarzenberg, et, comme elle n'est pas convenable pour son corps d'armée, chargez-le d'y substi­tuer celle qui lui conviendra, en faisant seulement connaître que la guerre a commencé. Il ne publiera cette communication que le 26. Communiquez ma proclamation au vice-roi ; il en donnera connais­sance à son corps et aux Bavarois le 25. Les gouverneurs de Königsberg et de Danzig la publieront le 27. Envoyez-la, par l'estafette de ce jour, à mes ministres à Vienne et à Berlin; envoyez-la également à mon ministre à Varsovie. Ils ne la feront publier que le 26. Ainsi cette proclamation sera pour toute l'armée, à l'exception des Autrichiens et des Prussiens, auxquels les commandants de ces corps feront des proclamations particulières.


Wilkowyszki, 23 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Wilkowyszki

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de faire avancer sa batterie de réserve de pièces de 12 et d'obusiers aussi loin qu'il sera possible sur le chemin de Kovno. Faites-lui connaître qu'il serait néces­saire qu'elle pût être arrivée et se parquer auprès de celle du prince d'Eckmühl demain 23, ayant l'intention d'employer cette batterie pour protéger le passage.

Donnez ordre au général Sorbier de faire avancer la batterie de 12 de la Garde et de faire connaître quand elle pourrait se trouver près de Kovno, désirant l'avoir pour protéger le passage, s'il est possible qu'elle arrive.


Wilkowyszki, 23 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Wilkowyszki

Mon Cousin, le général Tarayre, jusqu'à nouvel ordre, comman­dera Kovno. Faites-le toujours partir devant moi. Il aura à cet effet sous ses ordres de la gendarmerie du quartier général. Faites en sorte qu'il arrive à Kovno un des premiers, afin d'y mettre sur-le-champ l'ordre et d'empêcher tout gaspillage. Mettez le général Vedel pour commander à Wilkowyszki jusqu'à nouvel ordre, ce point étant important à raison de sa proximité de l'armée. Laissez-lui 25 gen­darmes et une compagnie de Badois, que fournira le prince d'Eckmühl ; qu'il joigne à cette force quelques gardes nationales et qu'il rétablisse l'ordre dans cette partie du département de Lomza.


Quartier impérial de Wilkowyszki, 22 juin 1812

PROCLAMATION A LA GRANDE ARMÉE.

Soldats ! La seconde guerre de la Pologne est commencée ; la pre­mière s'est terminée à Friedland et à Tilsit. A Tilsit la Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l’Angleterre. Elle viole aujourd'hui ses serments ! Elle ne veut donner aucune explication de son étrange conduite que les aigles françaises n'aient repassé lu Rhin, laissant par là nos alliés à sa discrétion. La Russie est entraînée par la fatalité; ses destins doivent s'accomplir. Nous croirait-elle donc dégénérés ? Ne serions-nous donc plus les soldats d'Austerlitz ? Elle nous place entre le déshonneur et la guerre : le choix ne saurait être douteux. Marchons donc en avant : passons le Niémen, portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de la Pologne sera glo­rieuse aux armes françaises, comme la première. Mais la paix que nous conclurons portera avec elle sa garantie et mettra un terme à la funeste influence que la Russie a exercée depuis cinquante ans sur les affaires de l'Europe.


Quartier impérial de Wilkowyszki, 22 juin 1812

ORDRE POUR L'ARMÉE.

TITRE 1er

L'Empereur ordonne aux maréchaux et généraux commandant les corps d'armée, aux généraux commandant les divisions et les bri­gades, et aux chefs de corps, de prendre toutes les mesures néces­saires pour maintenir l'armée dans le plus grand ordre et empêcher les désordres qui commencent à désoler le pays. En conséquence :

1° Chaque maréchal ou général commandant un corps d'armée nommera une commission prévôtale composée de cinq officiers, devant laquelle seront traduits tout soldat qui, à la suite de l'armée, se sera absenté de son régiment sans cause légitime, tout maraudeur, tout individu qui sera surpris soit pillant, soit molestant les habi­tants du pays. Cette commission condamnera les coupables à mort et les fera exécuter dans les vingt-quatre heures.

2° II sera établi à Maryampol, pour le département de Lomza, une commission prévôtale de cinq officiers, auprès de laquelle il sera formé une colonne mobile, composée de 200 habitants du pays (garde nationale), de 10 gendarmes et de 40 hommes de cavalerie française. Cette colonne sera commandée par un officier général ou supérieur, français. Elle se subdivisera en dix petites colonnes ou patrouilles, fortes chacune de vingt-cinq hommes, lesquelles parcourront le pays dans tous les sens et arrêteront tout traînard ou marau­deur et tout fauteur de désordres. Les individus arrêtés seront con­duits devant la commission prévôtale de Maryampol et, s'ils sont coupables, condamnés conformément à ce qui est dit ci-dessus.

3° II y aura pour la province de Königsberg une commission pré­vôtale, qui siégera à Königsberg; elle sera composée de cinq officiers
et organisée par le gouverneur.de Königsberg. Il sera formé auprès
de cette commission une colonne mobile, composée de 100 hommes
de cavalerie prussienne, de 200 hommes d'infanterie prussienne, de
10 gendarmes français et de 40 hommes de cavalerie et d'infanterie françaises. Cette colonne mobile se divisera en de petites colonnes qui parcourront le pays dans tous les sens, arrêteront les maraudeurs et traînards, tous les individus prévenus de délits, et les traduiront à Königsberg devant la commission prévôtale.

4° Une commission prévôtale sera établie à Varsovie sous les ordres du général Dutaillis, gouverneur de Varsovie, qui sera chargé de son organisation. 300 hommes de troupes polonaises du Grand-Duché et 10 gendarmes formeront la colonne mobile, qui sera par­tagée en dix petites colonnes chargées de parcourir les départements de Varsovie, de Kalisz, de Cracovie, de Lublin et de Siedlce. La garde nationale leur prêtera partout main-forte, et tout traîneur, maraudeur, etc., sera arrêté et jugé par la commission prévôtale de Varsovie.

5° II y aura une pareille commission à Posen. 300 hommes de la garde nationale, de la cavalerie polonaise, 10 gendarmes français et 20 hommes tirés des dépôts formeront la colonne mobile, qui sera partagée en 10 petites colonnes, pour parcourir les départements de Posen et de Bromberg et arrêter tous les maraudeurs.

6° II y aura une commission prévôtale à Danzig. Le gouverneur fournira dix petites colonnes de 30 hommes chacune, pour parcourir la Poméranie jusqu'à l'Oder, arrêter tous les traineurs et maraudeurs et les traduire devant la commission prévôtale.

7° II y aura une commission prévôtale à Elbing, pour la province de Marienwerder. 10 gendarmes français et 50 hommes de cavalerie prussienne formeront la colonne mobile, qui se partagera en cinq patrouilles ou petites colonnes, qui seront constamment en mouvement.

8° II sera formé à Berlin une pareille commission prévôtale sous les ordres du gouverneur, qui organisera autant de petites colonnes qu'il sera nécessaire pour mettre la police entre l'Oder et l’Elbe.

TITRE 11.

11 est expressément défendu aux commandante des différents postes et passages sur l’Oder et sur la Vistule, notamment à ceux de Varsovie, de Plock, de Thorn, de Graudenz, de Marienwerder, de Marienburg et d'Elbing, de laisser passer aucun soldat isolé. Les hommes isolés, sortant des hôpitaux, convalescents, ou absents de leur corps sous quelque prétexte que ce soit, seront retenus par les commandants de Glogau, Küstrin et Stettin, jusqu'à ce que ces commandants en aient pu réunir 100 bien armés et bien habillés pour former une compagnie qu'ils dirigeront sur les places de la Vistule.

10° Les commandants de place sur la Vistule retiendront également tous les hommes isolés, jusqu'à ce qu'ils aient pu en réunir 100 qu'ils puissent former en compagnie de marche et diriger sur Königsberg.

11° Les commandants de Königsberg, Wehlau, Insterburg et Gumbinnen empêcheront le mouvement de tous les hommes isolés et retiendront tous les hommes sortant des hôpitaux intermédiaires, jusqu'à ce qu'ils puissent en former des compagnies de 100 hommes, bien armés et en état de rejoindre ; ils les dirigeront alors sur Kovno.

12° Les commandants de place, directeurs d'hôpitaux, commis­saires des guerres donnant des feuilles de route et garde-magasins fournissant des vivres aux hommes isolés, seront responsables de l'inexécution de la présente mesure.

Les commissaires des guerres, directeurs d'hôpitaux et garde-magasins recevront à cet égard des instructions de l'intendant général.

13° Les colonnes mobiles arrêteront tous les individus en contravention au présent ordre, et les dirigeront sur la place la plus voisine.

14° Le présent ordre sera imprimé, lu à l'ordre de tous les corps, mis à l'ordre de toutes les places et affiché à la porte de tous les hôpi­taux, de tous les baillis et de tous les hôtels de ville des communes.


Camp impérial de Naugardyszki, 23 juin 1812

ORDRE POUR LE PASSAGE DU NIEMEN.

Le prince d'Eckmühl sera chargé de faire jeter les ponts, de commander le passage et de passer le premier avec son corps d'armée. Le général Éblé sera sous ses ordres, avec tout l'équipage de pont, les parcs du génie, les ouvriers et marins qui lui sont attachés.

A huit heures du soir, l'équipage de pont se mettra en mouve­ment , savoir : le général de division Morand, à la tête de trois compagnies de voltigeurs du 13e d'infanterie légère, commandées par un chef de bataillon de choix, 50 sapeurs et un capitaine du génie. Chaque sapeur aura son outil. Chaque voltigeur aura un outil sur son sac. Il leur sera distribué de plus des paquets de cartouches, de sorte que chaque voltigeur ou sapeur ait soixante cartouches au moment du passage.

Le général Éblé divisera son pont en quatre parties, étant dans l'intention de jeter quatre ponts. Une ou deux compagnies de pontonniers seront attachées à chaque pont ; il leur sera attaché également une ou deux compagnies de sapeurs, une ou deux compagnies d'ou­vriers , une ou deux compagnies de marins, sous les ordres d'un offi­cier supérieur de pontonniers. Les marins et officiers du génie, quel que soit leur grade, seront subordonnés aux officiers de pontonniers.

Un des ponts sera jeté vis-à-vis la butte, à la gauche de la Jesia; les deux autres, entre celui-là et le village de Poniemon, de manière qu'il y aura au moins 150 toises d'un pont à l'autre; à dix heures du soir, les trois ponts étant arrivés devant leur emplacement et dans le plus grand silence, les bateaux seront mis à l'eau. Les 300 hom­mes seront jetés de l'autre côté ; il ne sera fait aucun feu, à moins de nécessité absolue. Le chef de bataillon barricadera ses 300 hommes dans le village en faisant des coupures.

Le général Pernety fera placer au même moment les batteries de réserve du 2e corps sur la butte.

La batterie de réserve du 2e corps se mettra en marche à six heures pour s'approcher de Poniemon et être portée sur la droite, dans l'endroit qui sera reconnu le plus favorable au-delà de l'île.

Une compagnie du 4e bataillon du 13e d'infanterie légère sera jetée dans l’île qui est vis-à-vis Poniemon.

La batterie légère et la batterie à pied de la division Morand seront placées, la batterie à cheval, sur la gauche de la Jesia, entre le mamelon et l'embouchure de la Jesia; la batterie à pied, quatre pièces à portée du deuxième pont et quatre pièces sur la droite du troisième pont.

Les quatre batteries à cheval du corps d'armée resteront avec leur division.

Les quatre batteries à pied seront placées au village de Poniemon et distribuées en quatre batteries, entre la batterie de réserve et le dernier pont. La batterie de la 2e division sera la première; celle de la 3e sera la seconde ; celle de la 4e, la troisième, et celle de la 5e sera la quatrième. Chaque batterie devant passer avec sa division, cela se fera par un simple mouvement à gauche.

Le corps d'armée prendra les armes à sept heures.

On s'assurera que les soldats ont mangé la soupe. On fera l'inspec­tion des sacs et des cartouches, et l'on s'assurera qu'ils ont avec eux pour quatre jours de vivres, sans les bagages et caissons, rien ne devant passer.

A huit heures, le corps se mettra en marche et se placera entre Alexota et la Jesia sur seize lignes, chaque régiment formant une ligne à la distance d'un demi-bataillon, le colonel et l'état-major du régiment placés devant l'aigle du 1e bataillon; le général de brigade en avant, au centre de sa brigade; les pièces de régiment à la droite de chaque ligne et constamment attelées, avec tous les cais­sons et ambulances des régiments ; le général de division en arrière du centre de la 3e ligne, avec les commissaires des guerres, admi­nistrations et ambulances de la division ; la batterie à cheval sur la gauche de la division.

Il y aura, d'une division à l'autre, la distance d'un demi-bataillon. Les divisions seront par ordre de numéros.

La brigade de cavalerie légère sur deux lignes, chaque régiment formant une ligne, ayant le général de brigade à sa tête; les chevaux sellés, mais débridés.

Tous les officiers de l'état-major du corps d'armée, entre la 1e et la 2e division, avec les commissaires de guerres, officiers du génie, etc.

Les compagnies de sapeurs seront à leur division; ils seront avec les batteries à cheval, tous les caissons de cartouches, le parc d'ar­tillerie des trois divisions et les caissons d'outils, de manière qu'à dix heures tout se trouve ainsi en position.

Le 13e d'infanterie légère sera en bataille à côté des pontonniers, où se trouve le général Morand, afin d'être employé, selon les cir­constances, à renforcer les hommes sur la rive droite, ou pour tout autre service.

A dix heures du soir les trois ponts doivent être jetés. La division Morand débouchera sur trois colonnes, c'est-à-dire par brigade, chaque brigade ayant à sa tête les pièces de régiment. Le général de division passera par le pont du centre. La batterie d'artillerie légère passera par le pont de gauche, c'est-à-dire par celui situé avant l'embouchure de la Jesia, à la queue de la brigade qui passe sur ce pont. La batterie à pied passera moitié au pont de droite et moitié au pont du centre.

Le général Pajol passera avec les deux compagnies d'élite de sa brigade, l'une au pont du centre et l'autre au pont de droite.

La division passée prendra une position qui appuie sa droite et sa gauche au Niémen (cette position s'explique par la courbure très-prononcée du Niémen au point de passage), son artillerie en position, et attendra ainsi le jour. Elle pourra se porter 1,000 toises en avant, laissant toujours les trois compagnies de voltigeurs au village et dans le réduit.

La cavalerie ne fera aucune patrouille ; elle restera seulement en forme de grand'garde, une compagnie dans la direction de Kovno, et l'autre dans la direction du fleuve montant; tout le monde sous les armes et à cheval.

Dans cet état de choses, le prince d'Eckmühl prendra mes ordres pour l’heure où devra passer la 2e division. Les ordres les plus sévères seront donnés pour empêcher le gaspillage. Le général Sau­nier, commandant la gendarmerie du ler corps, se rendra avec 50 gendarmes et un bataillon, dès la pointe du jour, à Kovno. Le général Tarayre, désigné pour être le commandant de la place, un commissaire des guerres, un garde-magasin, un inspecteur des vivres du 1e corps, s'y rendront également et prendront possession de la ville. Ils placeront des postes pour ne laisser entrer personne dans la ville, ni soldats, ni officiers, ni généraux, ni état-major général; ils convoqueront les bourgmestres à l'hôtel de ville et m'enverront les bourgmestres et les habitants qui pourront me donner des nouvelles.

Le général Morand aura soin, aussitôt qu'il sera passé, de mettre une sauvegarde de 10 hommes dans le couvent de Sainte-Croix.

Demain, à cinq heures, les constructeurs de fours du 1er corps, avec une compagnie de sapeurs, entreront en ville pour y établir des fours.

Le quatrième pont sera placé sur les hauteurs d'Alexota, en ar­rière; il restera là en réserve avec les pontonniers, sapeurs et marins. Le commandant de ce quatrième pont, après avoir placé ses pontons qui resteront attelés toute la nuit, se rendra auprès du général Éblé, aux trois ponts, afin que, si on s'apercevait qu'il n'y eût pas assez de bateaux pour les trois ponts, il m'en fut rendu compte, et que cet officier, parfaitement instruit de la localité, pût les aller prendre lui-même sans confusion ni retard ; il aurait à cet effet reconnu le chemin qu'il devrait prendre.

Aussitôt que la ville sera occupée, le quatrième pont sera jeté au passage ordinaire d'Alexota, et, comme la rivière n'a que 50 toises, il restera encore des pontons pour jeter un pont sur la Viliya. Ce pont sera tenu attelé, si toutefois les dimensions qu'on a données à la rivière se trouvent vérifiées.

Toute la cavalerie du 1er et du 2e corps montera à cheval à sept heures et se placera sur la hauteur en arrière d'Alexota ; elle se for­mera en autant de lignes que de régiments, chaque division ayant son artillerie, laquelle sera mise en batterie, en partie sur les hauteurs d'Alexota; les pièces resteront attelées.

Aussitôt que chaque division sera formée, les hommes mettront pied à terre; ils s'établiront au bivouac; les chevaux seront sellés, mais débridés.

Chaque général de division bivouaquera à la tête de sa division ; chaque général de brigade à la tête de sa brigade

L'état-major de la cavalerie s'établira dans la maison du médecin d'Alexota, à dix heures du soir, sans faire aucun feu ni aucun bruit

Un second ordre que le prince d'Eckmühl recevra dans la soirée lui fera connaître les mouvements qu'il peut avoir à faire après le passage.

Toutes les voitures de bagages, de vivres, la réserve du parc, des vivres, seront placées dans un seul endroit et éloignées au moins de 1,000 toises de la rivière, n'obstruant aucune route; il ne passera qu'une seule voiture, celle du prince d'Eckmühl et son caisson.

Parc d'artillkrie. — Chaque pièce passera avec son approvisionnement complet ; les caissons d'infanterie attachés aux divisions passeront également. Le parc de réserve sera placé à 1,000 toises du rivage.

Demain , à cinq heures du matin, le directeur du parc prendra les ordres du major général pour le passage de son parc.

Demain, également à cinq heures du matin, le vaguemestre du 1er corps prendra les ordres du major général sur le nombre de voitures et caissons dont le passage sera autorisé ; ce qui ne pourra avoir lieu qu'après que le corps aura pris position et qu'on aura des nou­velles de l'ennemi.


Kovno, 24 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousis, donnez l'ordre au duc de Reggio de faire jeter son pont sur la Viliya, de faire passer la division Legrand, sa cavalerie légère et ses cuirassiers, de faire venir les deux autres divisions, ses batteries de réserve, son parc, de manière que cela soit arrivé avant neuf heures du matin.

Donnez-lui l'ordre d'envoyer un officier d'état-major parcourir, cette nuit, avec un détachement de marins, les rives du Niémen jus­qu'à la petite rivière de Naviaja, et de faire descendre les bateaux qu'on trouverait pour faire le pont d'Alexota. Écrivez la même chose au génie, qui enverra un détachement de marins et de sapeurs pour faire la même opération sur la rive gauche.

Envoyez sur-le-champ un officier au général Grandjean à Georgenburg pour lui annoncer le passage, le mouvement du duc de Reggio sur la rive droite en descendant du Niémen, et pour qu'il en instruise le duc de Tarente; pour que, s'il a encore sa division, il passe le Niémen, se mette en correspondance et se joigne avec le duc de Reggio ; ou, s'il s'est porté sur Tilsit pour y passer le Niémen, l'officier portera l’ordre au duc de Tarente de se mettre en mouve­ment pour faire sa jonction avec le duc de Reggio.

Recommandez au général Grandjean d'envoyer les bateaux qu'il aurait pour construire des ponts ici.

Renouvelés les ordres pour que les convois de subsistances nous arrivent par le Niémen et Tilsit.


Kovno, 24 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, il sera formé à Kovno un petit dépôt de cavalerie. Donnez ordre au roi de Naples de renvoyer ses hommes et ses che­vaux éclopés à ce petit dépôt et de nommer un officier pour le com­mander. Recommandez-lui de s'alléger le plus qu'il sera possible. Ayez soin de lui attacher un ingénieur géographe qui envoie deux fois par jour un croquis de la situation du pays. Faites demander à cet ingénieur des renseignements sur la rivière de Strava, sa largeur, sa profondeur et la hauteur de ses eaux. Aussitôt que la cavalerie aura passé Jijmory, il est nécessaire qu'il envoie de fortes brigades de cavalerie légère pour s'éclairer sur les débouchés d'Olitta, car, si je suis bien informé sur tout ce qui se passe sur cette route, il pourrait y avoir quelques bons coups à faire. Il est nécessaire aussi que le roi de Naples soit certain que sa cavalerie légère a battu tout le pays entre la Viliya et le Niémen et qu'on s'assure, 1° que l'ennemi n'a sur la Viliya aucun pont, 2° qu'il n'y a ni infanterie ni établissement. Je désire que l'ingénieur géographe attaché au Roi ne perde pas un moment à vous envoyer un croquis de tout le cours de la Viliya et de celui du Niémen jusqu'au coude. Faites connaître au Roi que, jus­qu'à ce qu'il se trouve dans des pays de grande plaine, il ne doit pas trop s'encombrer de cavalerie ; qu'il faut ménager les cuirassiers ; qu'il n'est question que de repousser les troupes légères de l'ennemi et d'avoir de ses nouvelles dans les directions d'Olitta et de Vilna, et de me mettre à même de prendre le parti le plus convenable. Recom­mandez au roi de Naples de laisser des piquets depuis son avant-garde jusqu'à Kovno, de manière qu'indépendamment des postes on puisse correspondre par des officiers d'ordonnance ; ce qui est un moyen sûr et prompt. Recommandez bien au roi de Naples d'être sûr que Skorouli a été bien reconnu, ainsi que toute la route de Skorouli à Jijmory. Mandez au roi que le maréchal Ney, qui est à Kormilof, reçoit l'ordre d'envoyer de fortes reconnaissances à Skorouli.


Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, donnez l’ordre au duc d'Elchingen de se porter sur Kormilof, où, selon les circonstances, je lui donnerai l'ordre de prendre la route de Jijmory ; que, si Skorouli n'avait pas encore été reconnu par la brigade de cavalerie légère qui a passé hier, il sera convenable qu'il le fasse reconnaître et qu'il s'assure que l'ennemi n'a plus personne entre cette partie de la Viliya et le Niémen. Vous lui ferez connaître que le duc de Reggio a passé la Viliya à Kovno ; que le prince d'Eckmühl est à Roumchichki; qu'il envoie tous les renseignements qu'il pourra se procurer, et surtout que ses officiers d'état-major et ingénieurs géographes envoient avec les rapports un croquis du pays; car nos cartes sont si défectueuses qu'on n'y trouve plus rien. Qu'il fasse connaître à quelle heure il sera à Kormilof.


Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, écrivez au duc de Reggio que je suppose que sa cava­lerie légère a déjà passé la Viliya à Kovno , qu'il faut qu'il envoie faire une reconnaissance dans la direction d'Yanof ; qu'à trois lieues de Kovno il y a un embranchement de la route qui va à Chaty et de là à Poneveje et qui gagne la Dvina. Poneveje est sur le chemin de Chavli à Vilna. Il est nécessaire d'éclairer cette route jusqu'à Jeïmy. De Kovno la route va jusqu'au village de Bivili, sur la rivière de Neviaja. Trois lieues plus loin se trouve la poste qui est au village de Bobty, et six lieues plus loin se trouve Keïdany. A Keïdany a été longtemps le prince Wittgenstein, avec deux divisions; il est conve­nable de savoir s'il y est encore. C'est là qu'il doit faire marcher en force la cavalerie légère, soutenue par les cuirassiers et la division Legrand, qui doit faire une marche dans la direction de Bobty ; que je suppose que la rivière, à cette hauteur, est peu de chose; que si cela est nécessaire toutefois, on y jettera un pont, et qu'alors les patrouilles pourront se diriger jusqu'à Georgenburg et faire sa réu­nion avec la division Grandjean, c'est-à-dire avec le 10e corps. De Bobty il sera facile de savoir si le prince de Wittgenstein est à Keïdany, ou s'il est retourné sur Rossieny, ou s'il a marché sur Vilkomir pour rejoindre la grande armée à Vilna, et enfin quelle direction il a prise: Mon intention est, s'il se trouve encore à Keïdany, de marcher à lui pour le déloger. Votre 2e division prendra position à moitié chemin de Kovno à Bobty. La 3e passera le pont et tiendra position sur la rive droite de la Viliya, s'éclairera sur la route de Yanof, au moyen de troupes légères, jusqu'à l'embouchure de la rivière dans le Niémen. Il faut s'assurer si l'ennemi est en position sur la rive droite de la rivière. Si l'ennemi n'était déjà plus en position sur les bords de la rivière, des patrouilles de cavalerie légère se porteront sur Vilki, dans le double but d'avoir des nouvelles des troupes que l'ennemi aurait sur la rive droite du Niémen, et de réunir tous les bateaux que l'on trouvera et les envoyer sur Kovno.


Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, écrivez au roi de Naples :

« J'enverrai ce soir une instruction à Votre Majesté sur la manière dont l'Empereur entend qu'on fasse les reconnaissances, afin de ne compromettre aucune partie de sa cavalerie légère. Sa Majesté espère que le prince d'Eckmühl aura rallié son armée, et que vous aurez, de votre côté, rallié votre cavalerie. Il faut vous concerter avec le prince d'Eckmühl pour choisir une bonne position, mais qui ne soit pas plus avancée que Jijmory. Avant de faire un pas en avant, il faut que l'échiquier soit plus débrouillé. Il est surtout bien nécessaire qu'on soit entièrement maître de toute la rive gauche de la Viliya. Le vice-roi ne peut être sur la ligne que dans deux jours. Il ne peut pas être question actuellement de marcher sur Vilna; pour diriger un aussi grand mouvement, l'Empereur s'y portera de sa personne; d'ailleurs il faut que le flanc gauche soit parfaitement assuré.


Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, donnez ordre au général Grouchy, commandant le 3e corps de cavalerie, de partir de Dobile, demain à deux heures du matin, de manière à arriver aux ponts à sept et huit heures, de les passer et d'instruire au quartier général de son arrivée. Ordonnez-lui de se faire précéder par un aide de camp qui fasse connaître au juste le moment de son arrivée.


Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, écrivez au duc de Tarente pour qu'il marche avec la plus grande activité sur Rossieny ; que nous avons un pont sur la Viliya et que le duc de Reggio marche sur Keïdany, en même temps que nous marchons sur Vilna ; qu'il envoie des ordres pour que les subsistances viennent à Tilsit et nous soient envoyées ; que nous en avons grand besoin.


Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, écrivez au duc d'Elchingen de reconnaître sérieuse­ment Yanof ; d'y envoyer une bonne colonne d'infanterie et de cava­lerie, et, s'il est nécessaire, d'appuyer celte colonne de tout son corps d'armée; de savoir tout ce qui se passe là ainsi qu'à Skorouli, et de bien s'assurer que l'ennemi n'a aucun pont ni aucun établissement sur la rive gauche de la Viliya ; que je désire beaucoup avoir un rap­port positif là-dessus. Si l’ennemi a du monde du côté de Yanof, il faudrait connaître le numéro des divisions qui sont là, et qui les commande.


Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, faites connaître au vice-roi que j'ai passé à Kovno, que le prince d'Eckmühl marche sur Vilna et est déjà à Roumchichki ; que, comme son corps d'armée n'est encore, aujourd'hui 25, qu'à Kalwarya, je vois qu'il ne pourra être que le 27 ou 28 dans le cas de passer la rivière; qu'il est probable que je lui enverrai un équi­page de pont pour passer au village de Piloni. Qu'il fasse passer de mes nouvelles au roi de Westphalie.


Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, le bataillon du Danube passera sous les ordres du génie, qui sera chargé de construire deux ponts de radeaux, l'un sur le Niémen et l'autre sur la Viliya vis-à-vis Kovno, et deux ponts de pilotis dans le même endroit.

Le général Éblé sera chargé de construire un autre pont vis-à-vis Kovno, tout composé de bateaux du pays. A cet effet, des détachements de pontonniers et de marins du 4e bataillon longeront les deux rives de la rivière qui sont actuellement libres, en descendant, et feront remonter tous les bateaux qu'ils trouveront. Les marins de la Garde seront attachés au génie pour la prompte exécution de ces deux objets. Donnez ordre au général Éblé de se concerter avec le général Chasseloup pour lever tous les obstacles et se prêter un secours mutuel, afin que je puisse le plus tôt possible faire lever mes quatre ponts actuels.


Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Le major général ordonnera au capitaine Zakrzewski, attaché à l'état-major du duc de Danzig, de partir sur-le-champ avec le sieur Heichel, pour aller acheter dans les environs de Kovno les froments, seigles ou farines que celui-ci indiquera.


II fera mettre un détachement de quelques hommes à la disposi­tion du capitaine Zakrzewski pour lui faciliter les moyens de trouver des voitures et de protéger l'arrivage de ces denrées.

L'ordonnateur du quartier général expédiera sur-le-champ un mandat de 3,500 francs en faveur du capitaine Zakrzewski, laquelle somme lui sera remise pour le mettre en état de payer les grains ou farines immédiatement après leur sortie de chez les propriétaires.

Le capitaine Zakrzewski fera conduire les grains et farines à la manutention de Kovno, où la qualité et la quantité en seront consta­tées, et il rendra compte au commissaire ordonnateur du quartier général de l'emploi de la somme qui lui aura été confiée, en produi­sant à l'appui de son compte les quittances des vendeurs.


Kovno, 26 juin 1812, trois heures et demie du matin

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Roumchichki

Mon Cousin, au moment même m'arrive votre aide de camp avec cet élève de l'université. Vos convois doivent commencer à arriver. Réunissez vos troupes et reposez-vous. Reconnaissez une bonne posi­tion en cas que l'ennemi marche à vous. Pressez par tous les moyens la rentrée du général F riant et celle du général Compans. Rappelez tous vos détachements, afin de réunir votre armée. Il est nécessaire que vous vous teniez en garde contre une opération qui arriverait de Vilkomir sur vous. Au reste, j'envoie le duc d'Elchingen avec son corps à Skorouli et le duc de Reggio avec le sien à Yanof. Le résultat de cette opération commencera à éclaircir notre position et à bien faire connaître l'échiquier. Jusqu'à cette heure le roi de Naples a peut-être été trop vite. L'armée ne fait que se réunir, et il ne faut pas marcher contre une armée tout entière comme l'on marche con­tre une armée battue. Le duc de Tarente a passé le pont de Tilsit et marche sur Rossieny. La division du général Grandjean, qui était restée vis-à-vis Georgenburg, s'est emparée de la ville.

Je désire beaucoup que vos ingénieurs géographes envoient un croquis avec description, qui fasse connaître le pays : s'il y a des bois, si ce sont des plaines, des collines, etc. Je vois avec peine qu'ils n'envoient rien de tout cela.


Kovno, 26 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno.

Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé de commencer à midi à lever un des trois ponts de bateaux, de le charger sur ses baquets et de le faire partir demain matin, pour être rendu dans la journée du 27 au village de Piloni, où il sera jeté un pont pour le passage de farinée d'Italie. Il enverra avec ce pont un officier supérieur de pontonniers qui prendra les ordres de l'officier commandant l'artillerie du 4e corps pour la jetée du ponte qui aura lieu aussitôt que le vice-roi l'ordonnera et pourra passer. Vous recommanderez au général Éblé de lever celui des trois ponts dont le passage est le plus difficile à cause de ses abords.

Écrivez au vice-roi pour lui faire connaître que demain matin un pont de bateaux part pour se rendre à Piloni; qu'il envoie ses marins et ses sapeurs pour jeter ledit pont, sur lequel il passera avec le 4e et le 6e corps et sa cavalerie. Vous lui ferez connaitre que nous occupons Jijmory et que nous sommes à dix lieues de Vilna.

Napoléon.

P. S. Écrivez au vice-roi que je désirerais fort que son pont pût être jeté dans la nuit du 27 au 28, afin que dans la journée du 28 il se trouvât en ligne.


Kovno, 26 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, vous me rendez compte qu'il y a 520 gendarmes à l'armée. Ce nombre est suffisant, mais il est mal distribué; il faut n'en laisser que 5 à Berlin, n'en laisser que 5 à Posen et à Thorn ; n'en donnez pas aux équipages de l'état-major général; je ne vois pas pourquoi des gendarmes seraient employés pour garder des bagages ; toute espèce de troupes peut garder des bagages. Mettez aux vôtres vos guides, qui sont faits pour cela ; cela vous économisera 1 officier et 22 hommes. Ôtez ceux du roi de Naples. Donnez-lui des guides ou qu'il prenne des chevau-légers ; cela fera une économie de 7. Je laisse ceux de l'intendant, parce que je suppose qu'ils ne sont pas pour ses bagages, mais pour faire exécuter ses ordres. Ôtez les 5 du secrétaire d'État, les 2 du duc de Trévise et du duc de Danzig, ceux des inspecteurs aux revues, ceux qui sont distribués aux différentes sauvegardes. Ainsi voilà bien des gendarmes qui redeviennent dispo­nibles. Des hommes sont nécessaires sans doute pour les services dont ils étaient chargés ; mais prenez dans la compagnie des guides, qui peut être augmentée, prenez aussi dans la cavalerie. Un gen­darme n'est pas un homme à cheval; c'est un agent qui doit être placé dans chaque poste, parce que ce service est le plus important, qui doit être chargé de la police sur les derrières de l'armée et ne doit être employé ni en sauvegarde, ni pour des escortes, ni pour garder aucune espèce de bagages. Je ne m'oppose pas à ce que vous demandiez un escadron de cavalerie jusqu'à l'arrivée du régiment de Bade, que vous pourrez employer au service de l'état-major. Tous les corps d'armée ont trop de gendarmerie; on s'en sert, non pour la police, mais pour l'escorte des bagages, et ce n'est pas leur métier. Présentez-moi un projet de règlement à ce sujet; ce n'est pas que je trouve que le service qu'ils font ne soit pas à faire, mais je pense que ce service ne doit pas être fait par eux. En faisant ces réformes dans les différents corps, vous pourrez très-bien ne donner à chaque corps que 40 gendarmes. Je ne verrai pas d'inconvénient à autoriser chaque général et chaque individu qui a droit de faire escorter ses bagages à lever pour ce service un certain nombre de Polonais. En attendant, prenez de la cavalerie : 2 ou 300 hommes de cavalerie de plus ou de moins ne sont rien ; 200 gendarmes de plus assurent la tranquil­lité de l'armée et le bon ordre.


Kovno, 26 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint l'état des convois qui sont partis le 25 pour Tilsit. Envoyez un officier à leur rencontre. Écrivez au général Bachelu, à Georgenburg, pour qu'il protège de tous ses moyens l'arrivée de ces convois. Ce serait une chose bien précieuse que d'avoir ces 7,000 quintaux de farine le plus tôt possible. Votre officier se rendra de là à Tilsit pour présider lui-même à cette opération et faire filer les convois. Il me semble que les administrations veulent décharger ces convois à Tilsit; faites sentir combien c'est absurde, et que votre officier ait soin de les faire filer sans retard;  qu'il voie les officiers prussiens qui offriront des escortes pour le halage.


Kovno, 26 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, écrivez au duc d'Elchingen que nos avant-postes sont à cinq lieues de Vilna, qu'Yevé est occupé par nos troupes, qu'il paraît que le général Baggovoute s'est porté de Yanof sur Tchabiehki, où il a passé la Viliya, et qu'il se dirige par Mousniki, Ghedroïtsy, Koltyniany et Vidzy ; que j'ignore le mouvement qu'aura fait le général russe Wittgenstein, mais qu'il était à Keïdany le 25 ; qu'il paraît que le général Wittgenstein commande le 1er corps de la droite, que le général Baggovoute commande le 2e et le général Toutchkof le 3e; que chacun de ces corps parait être de deux divisions fortes de 20,000 hommes; qu'on suppose que de Troki le gros de l'armée se porte sur Vilna et de Vilna sur Sventsiany ; que Yanof est évacué, comme je le suppose. Je désire que dès aujourd'hui il pousse une avant-garde aussi loin qu'il pourra sur Yegoujine ; que demain matin il marche de manière à faire une grande journée et à arriver le plus près possible, par exemple jusqu'au village de Palki, dans la direc­tion de Vilna; que je me porte cette nuit à Jijmory; que le 27 nous pourrions entrer à Vilna.

Écrivez au duc de Reggio et au duc de Tarente pour leur commu­niquer les mêmes détails sur la droite de l'ennemi et sur notre posi­tion respective. Faites connaître au duc de Reggio qu'il est nécessaire qu'il marche demain sur Jeïmy, pour attaquer Wittgenstein, ou du moins connaître le mouvement qu'il fait et dégager entièrement le Niémen. Écrivez au duc de Tarente que le duc de Reggio est arrivé aujourd'hui à Yanof et marche sur Jeïmy et Chaty ; qu'il attaquera Wittgenstein, à moins que celui-ci ne se retire sur Chavli ; que j'espère que le duc de Tarente se porte sur Rossieny, en laissant des postes d'infanterie sur la rive gauche du Niémen, pour être parfaite­ment sûr de la navigation.


Vilna, 29 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, donnez ordre au prince d'Eckmühl que la division Friant soit à la disposition du roi de Naples, et que la division Gudin passe à neuf heures du matin le pont de la Viliya, pour être égale­ment à la disposition du Roi; que la division Morand parte à trois heures du matin et se dirige sur Mikhalichki; elle sera éclairée par la brigade de cavalerie légère polonaise, qui, à cet effet, rejoindra cette route à Lovarichki, en partant de la position où elle se trouve à une heure du matin. La division Compans partira également à trois heures du matin pour se rendre à Ochmiana; elle aura avec elle la brigade Pajol, et un régiment de cette division se réunira sur Soletchniki et sera sous les ordres du général Bordesoulle. Le prince d'Eckmühl se rendra de sa personne à Mikhalichki et mènera avec lui la division Valence. Donnez ordre au général Nansouty de partir avec la division Saint-Germain pour appuyer la division Bruyère et pour suivre l'ennemi sur Korkojichki, en prenant les ordres du roi de Naples, qui manœuvrera sur la rive droite, et se concertant avec le prince d'Eckmühl, qui se porte sur Mikhalichki.

Donnez ordre au roi de Naples de partir avec le corps de Montbrun, le corps de Nansouty, la division Saint-Germain sur la rive gauche, les divisions Friant et Gudin, et de chasser l'ennemi de Niementchine et de le suivre dans sa retraite ; de se lier avec le duc d'Elchingen, qui doit être ce soir à Mieïchagola, et de le diriger dans le même sens sur l'ennemi, en le chargeant d'envoyer de fortes reconnaissances sur Vilkomir pour savoir ce qui existe là.

Donnez ordre au duc d'Elchingen d'appuyer le roi de Naples et d'envoyer une reconnaissance sur Vilkomir; faites-lui connaître que le duc de Reggio se porte sur Chaty pour attaquer le général Wittgenstein.

Enfin vous donnerez ordre au roi de Naples d'avoir des postes de cavalerie toutes les trois lieues, afin de correspondre facilement; vous donnerez le même ordre au général Nansouty et au prince d'Eckmühl.

Recommandez aux commandants de ces trois colonnes de correspondre fréquemment avec vous, afin que je puisse faire des disposi­tions pour les soutenir. Il serait nécessaire aussi que, dans chacune de ces trois directions, trois compagnies de voltigeurs partissent le plus tôt possible pour appuyer la cavalerie. A moins qu'on n'eût une connaissance positive de la marche de l'ennemi et qu'on ne sût bien ce qu'on fait, il ne faudrait pas trop fatiguer les troupes. Il faut éclairer les trois routes, non-seulement par des partis, mais encore par des gens du pays.


Vilna, 29 juin 1812

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Grodno

Sire, l'Empereur me charge de prévenir Votre Majesté que nous sommes entrés hier à Vilna, que l'ennemi a évacué après avoir brûlé le pont et des magasins immenses. L'Empereur suppose que Votre Majesté est dans ce moment à Grodno. Le corps de Bagration est à Ochmiana. Votre Majesté doit donc se diriger avec son corps d'armée sur Ochmiana. Votre Majesté donnera de nos nouvelles au prince de Schwarzenberg. Il résulte des estafettes interceptées qu'il n'existe plus de troupes en Volhynie. Si cela se vérifie et qu'il n'y ait plus de forces de ce côté, le prince de Schwarzenberg doit manœuvrer dans la direction de Brzesc à Slonime.

Par ordre de l'Empereur, AlEXANDRE, prince de Neuchâtel et de Wagram.


Vilna, 30 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, envoyez ordre au général Éblé de se diriger sur Vilna avec tous ses équipages de pont. Il fera lever le pont qui sert dans ce moment au vice-roi, aussitôt qu'il aura passé. J'ai besoin d'avoir promptement ici un premier détachement de l'équipage de pont, et ensuite le tout. Le service de Kovno se fera par un pont sur pilotis sur le Niémen, et par un pont de radeaux sur la Viliya. A Vilna le service se fera par un pont sur pilotis et par les radeaux qui s'y trou­vent. Donnez l'ordre au génie de faire venir son parc à Vilna, en laissant au plus deux compagnies de sapeurs à Kovno et les officiers nécessaires aux travaux. On laissera aussi une compagnie de sapeurs et les officiers nécessaires à Vilna; le bataillon du Danube et les marins de la Garde se rendront à Vilna. Il restera à Kovno un officier et cinquante marins du 4e équipage; donnez ordre que deux compagnies du bataillon de l'Escaut se rendent à Kovno. Ainsi le bataillon de l'Escaut aura une compagnie à Danzig, une à Königsberg et deux à Kovno. Les outils attelés et une compagnie d'ouvriers se rendront à Vilna. J'approuve l'idée du général Chasseloup, et j'accorde au génie le bataillon du Danube et deux compagnies du bataillon de l'Escaut. Quant au 4e équipage de marins, il a son service particulier ; il aidera au génie, aux postons et à la navigation. Demandez au général du génie quand le parc se mettra en mouvement pour Vilna. Donnez ordre au général d'artillerie de faire venir deux millions de cartouches et vingt mille coups de canon à Vilna; tout cela peut venir par eau, le Niémen est entièrement libre. Recommandez au général Chasseloup de me faire tous les huit jours un rapport exact sur les travaux de Kovno et de Vilna.

Napoléon.


Vilna, 30 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, mandez au duc d'Elchingen que je pensais qu'il serait hier à Mieïchagola ; qu'il est indispensable qu'il s'y porte sans délai et qu'il pousse de fortes reconnaissances sur Vilkomir ; que son ordre portait de savoir ce qui avait passé à Mousniki ; que j'espérais que dès le 28 il aurait fait cette reconnaissance, qui lui aurait donné des renseignements sur la direction de Baggovoute; que Wittgenstein était à Vilkomir le 27; qu'il n'avait laissé personne à Keïdany ; que le duc de Reggio est beaucoup plus fort que Wittgenstein ; que ce n'était donc que par un changement de direction dans la marche de Baggovoute que le duc de Reggio aurait pu avoir affaire à forte partie; qu'en conséquence j'avais prescrit au duc d'Elchingen de s'assurer de la marche de Baggovoute, et que c'est avec peine que je vois qu'il ne l'ait pas fait ; que je viens de recevoir des nouvelles du duc de Reggio, qui de Chaty s'est porté sur Vilkomir, où il a trouvé les 5e et 14e divi­sions composant le corps de Wittgenstein, avec Ouvarof et le grand-duc Constantin, que tout cela devait faire,16,000 hommes environ; qu'il les a vivement poussés, leur a enlevé le pont de Vilkomir et fait 500 prisonniers ; que ce corps ennemi se retire sur Dinabourg ; qu'en conséquence j'ordonne au roi de Naples, qui marche avec trois divisions d'infanterie et cinq de cavalerie, de diriger plus franchement sa route sur Sventsiany, et que je désire que lui occupe sans délai Mieïchagola et de là se dirige sur Ghedroïtsy, où il se mettra en communication avec le duc de Reggio, et d'où il pourra marcher sur Vilkomir ou sur Sventsiany, selon les circonstances ; qu'il sera convenable qu'aussitôt que Sventsiany sera occupé par nos troupes il s'élève, en colonne, de manière à être à la même hauteur et en communication; que le prince d'Eckmühl marche de son côté avec deux divisions contre plusieurs colonnes ennemies, campées du côté d'Ochmiana; que trois divisions de Bagration venaient à marches forcées sur Vilna, qu'elles en étaient déjà à deux marches le lende­main de notre entrée à Vilna; qu'on marche contre elles et qu'on les poursuit; qu'on prend tous les jours beaucoup de magasins et d'officiers, que nous en sommes déjà à la 5e et 6e estafette venant de Russie et adressées au général en chef qui était ici; qu'on évalue la perte des magasins qu'ils ont déjà brûlés en première, deuxième et troisième ligne à 15 à 20 millions; que, d'après tous les renseigne­ments pris, l'ennemi avait sur la droite, depuis les marais de Pinsk, quatre corps d'armée, chacun de deux divisions, savoir : 1° le corps de Wittgenstein, composé des 5e et 14e divisions formant 12,000 hommes (or le duc de Reggio en a plus de 30,000) ; 2° le corps de Baggovoute, composé des 4e et 17e divisions, 12,000 hommes; 3° le corps de Chouvalov, composé de la 1e division de grenadiers et de la 3e division, 12,000 hommes ; 4° enfin du corps de Toutchkof composé des 7e et 11e divisions, 12,000 hommes; que ces huit divisions ne font pas 48,000 hommes d'infanterie; que les cinq sixièmes sont des recrues; que, si on y ajoute 10,000 hommes de la garde impériale, on voit que toute l'infanterie qui était ici dans le nord a peine à s'élever à 60,000 hommes; qu'avec l'artillerie et la cavalerie, etc., cela ne forme pas une armée de 80,000 hommes; qu'on sait positivement que les divisions russes sont composées, savoir : les grandes de six régiments, les moyennes de cinq, quel­ques-unes de quatre; mais, pour calculer plus que moins, on les évalue toutes à six; qu'un régiment n'a à l'armée que deux bataillons ; qu'un bataillon n'est que de quatre compagnies; que par conséquent il n'y a pas 1,000 hommes par régiment.

Réitérez l’ordre au duc d'Elchingen de se mettre en communica­tion avec le duc de Reggio, et, s'il se trouve vis-à-vis Baggovoute, qui n'a pas 14,000 hommes, qu'il l'attaque vivement.


Vilna, 30 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, mandez au duc de Reggio que je suis satisfait de la conduite qu'il a tenue et de la manière dont il a manœuvré. Faites-lui connaître la direction que prend le roi de Naples et celle du duc d'Elchingen, ainsi que la composition réelle de l'armée russe, telle que je l'ai mise dans la dépêche que je vous ait dit d'envoyer au duc d'Elchingen. Dites-lui que le général Wittgenstein n'avait devant lui que 15,000 hommes, y compris les chevaliers-gardes ; que j'ai l'état de situation de ce corps, qui a été intercepté, et que, indépendam­ment, tous les éléments que j'ai conduisent à ce résultat. Recom­mandez-lui de ne point fatiguer ses troupes, de les rallier, de tâcher d'organiser les subsistances et d'établir une bonne police. Dites-lui que je suppose que, moyennant la brigade Corbineau, il a des nou­velles du maréchal-duc de Tarente, qui de son côté doit lui donner des siennes. Faites-lui aussi connaître que les immenses magasins que l'ennemi avait ici ont été brûlés. Faites connaître au duc de Tarente qu'il n'a plus personne devant lui, Wittgenstein se retirant sur Dinabourg ; mandez-lui de faire occuper Poneveje, Chavli et Telchi ; qu'il fasse ménager les habitants du pays, qui sont pour nous. Dites-lui qu'il ne serait pas impossible qu'il reçût l’ordre de marcher sur Mitau, puisqu'il paraît que toute l'armée ennemie se retire sur Dinabourg et Disna. Il faut qu'il fasse mettre en très bon état la place de Memel. J'attends avec impatience de voir, d'après les plans et rapports des officiers du génie, ce que c'est que cette place et ce que l'on peut en attendre. Ce point mis en état, on pourrait y débarquer l'équipage de siège pour le siège de Riga. Recommandez au duc de Tarente de correspondre avec le duc de Reggio par ses avant-postes et aussi par Kovno. Dites-lui que nous attendons toujours avec impatience les convois de Tilsit.


Vilna, 30 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, envoyez au duc d'Elchingen un officier qui se rende en toute diligence sur Souderva. Il lui fera connaître que la division Bruyère était hier soir à Niementchine; et que le général Montbrun a envoyé des reconnaissances pour correspondre avec lui; que le duc de Reggio ayant marché jusqu'à Chaty, il m'est très-important de connaître que l'ennemi ne fait aucun mouvement de sa droite sur lui; qu'il parait que le général Wittgenstein est toujours à Keïdany. Écri­vez au roi de Westphalie que je suppose que le 29 il sera entré à Grodno ; que je désire qu'il se rende avec la plus grande activité à la suite de l'ennemi ; que je fais marcher des divisions sur la tête du général Bagration, qui, je suppose, aura pris la route de Minsk.


Vilna, 30 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je vous envoie un rapport du général Bordesoulle; vous y verrez la marche du corps de Doktourof, qui marchait sur Ochmiana ; tâchez de savoir quelle est la direction qu'ont prise les Russes d'Ochmiana, afin de pouvoir non-seulement diriger le général Morand, mais aussi de pouvoir l'écrire au général Nansouty, qui appuiera sur la droite. Je donne ordre à la division Dessaix de partir à la pointe du jour pour vous appuyer. Je ferai partir à la pointe du jour le plus de cavalerie possible. Si vous avez les cuirassiers de Valence, comme je l'espère, vous pourrez faire de bonnes et belles choses.