1er – 31 mars 1812


Paris, 1er mars 1812.

NOTE POUR LE COMTE DARU, MINISTRE SECRÉTAIRE D'ÉTAT, A PARIS.

L'Empereur, ayant souvent besoin de consulter la note de ce que la Prusse doit fournir à la Grande Armée, désire que M. le comte Daru l'envoie à son cabinet.


Paris, 2 mars 18I2.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je crois qu'il est nécessaire d'expé­dier aujourd'hui le courrier à Lauriston. Ne lui parlez point de l'es­pionnage de Czernitchef, que vous n'êtes pas censé connaître encore. Expliquez bien à Lauriston que, dans aucun cas, il ne doit prendre d'engagement pour une entrevue; que je verrai avec plaisir nouer une négociation lorsque mes troupes seront sur l'Oder et sur la Vistule ; que je ne veux point d'entrevue ; que c'est un moyen dont il peut se servir, mais qu'il doit toujours me laisser le maître de l'éluder.


Paris, 2 mars 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, par le courrier que vous envoyez à Saint-Pétersbourg, vous écrirez, à Berlin, au comte de Saint-Marsan que, aussitôt que le traité sera ratifié, il demande qu'on mette un bon commandant, avec une garnison suffisante, à Memel, et qu'on arme et approvisionne cette place pour la mettre en état de tenir quelques jours, afin que, dans tout événement, cette place ne soit pas compromise et que les Russes ne puissent pas s'en emparer.


Paris, 3 mars 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez par l'estafette à mon ministre à Bade pour le charger de demander que l'artillerie du contingent de Bade ait son double approvisionnement, c'est-à-dire quatre cents coups à tirer par pièce ; que les troupes portent pour vingt jours de vivres avec elles, et que le régiment de cavalerie soit porté à 1,000 che­vaux, savoir, à quatre escadrons de 250 hommes chacun, et chaque compagnie à 125 hommes. Le grand-duché de Bade est assez riche pour faire cette augmentation à son contingent. J'en ai besoin et je la désire.

Vous écrirez par l'estafette à mon ministre à Darmstadt que je désire que le régiment de cavalerie du contingent de Hesse-Darmstadt soit porté à 1,000 chevaux, mais que je reconnais que ce pays a fait plus qu'il ne devait et ne pouvait, et que, par conséquent, je n'exige rien de lui; que je demande qu'il lève les hommes et les organise, et qu'il achète les chevaux, et que je payerai le tout; qu'ainsi le grand-duc de Hesse-Darmstadt aura 500 hommes de cavalerie, offi­ciers compris, à ses frais, et que les 500 autres seront à mes frais. Faites faire un traité dans ce sens. Je ferai passer régulièrement les fonds nécessaires pour payer ces dépenses ; cela fera un beau régi­ment pour le prince Emile. Vous demanderez qu'il y ait vingt jours de vivres portés sur des charrois à la suite du contingent.

Faites demander au prince de Nassau s'il pourrait lever un régi­ment de 1,000 chasseurs à cheval, organisé comme ceux de Bade et de Hesse-Darmstadt. Je traiterai avec lui, et je payerai la première mise ainsi que l'entretien.


Paris. 3 mars 1812.

Au prince Kourakine, ambassadeur de l’empereur de Russie à Paris

Monsieur l'Ambassadeur, j'ai mis sous les yeux de Sa Majesté les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet du sieur Jean Custinguer (Custinguer, concierge de la légation russe, avait été l'intermédiaire dont s'était servi M. de Czernitchef pour gagner un employé des bureaux de la guerre, et obtenir ainsi des renseignements sur les préparatifs ordonnés par l'Empereur en vue d'une prochaine campagne contre la Russie).

Sa Majesté a été péniblement affectée de la conduite de M. le comte Czernitchef; elle a vu avec étonnement qu'un homme qu'elle avait toujours bien traité, qui se trouvait à Paris, non comme un agent politique, mais comme un aide de camp de l'Empereur de Russie, accrédité par une lettre auprès de l'Empereur, ayant un carac­tère de confiance plus intime même que celui d'un ambassadeur, ait profité de ce caractère pour abuser de ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes.

Sa Majesté se flatte que l'Empereur Alexandre sera aussi pénible­ment affecté qu'elle-même de reconnaître, dans la conduite de M. de Czernitchef, le rôle d'un agent de corruption, également condamné par le droit des gens et par les lois de l'honneur.

S. M. l'Empereur se plaint que, sous un titre qui appelait la confiance, on ait placé des espions auprès de lui et en temps de paix, ce qui n'est permis qu'à l'égard d'un ennemi et en temps de guerre ; il se plaint que les espions aient été choisis, non dans la dernière classe de la société, mais parmi les hommes que leur position attache aussi près du souverain.

Je connais trop, Monsieur l'Ambassadeur, les sentiments d'hon­neur qui vous ont distingué pendant toute la durée d'une longue car­rière pour croire que vous ne soyez personnellement affligé d'une chose si contraire à la dignité des souverains.

Si le prince Kourakine, a dit l'Empereur, avait pu entrer dans de telles manœuvres, je l'excuserais; mais il n'en est pas de même d'un colonel revêtu de la confiance de son maître et attaché de si près à sa personne. »

Sa Majesté venait de donner au comte de Czernitchef une grande preuve de confiance en l'entretenant longtemps et directement ; elle était bien loin de penser qu'elle ne s'entretenait qu'avec un espion et un agent de corruption.

Je suis chargé spécialement de porter plainte à Votre Excellence ; Sa Majesté ne doute pas que l'Empereur Alexandre ne fasse justice d'un pareil manquement aux égards, aux procédés et aux lois de l’honneur.


Paris, 3 mars 1812

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, il est temps de finir ce scandale des sœurs de la Charité en révolte contre leurs supérieurs. Mon intention est de supprimer les maisons qui, vingt-quatre heures après l'avertissement que vous leur donnerez, ne seraient pas rentrées dans la subordination. Vous remplacerez les maisons supprimées, non par des sœurs du même Ordre, mais par un autre Ordre de la Charité. Les sœurs de la Charité de Paris y perdront de leur influence; ce sera un bien. Vous leur substituerez des sœurs d'un Ordre dont on est le plus content et qui n'a point donné de sujets de plainte.


Paris, 3 mars 1812.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, envoyez-moi la copie de la lettre que j'ai signée pour le capitaine Barré et celle des instructions que vous avez données à cet officier.

On a mis une imprévoyance impardonnable dans la sortie du Rivoli. Le vaisseau anglais était tellement près que, si l'on eût exécuté mes instructions, on aurait été instruit de sa présence. J'attends votre rap­port et les renseignements qui éclaircissent ce malheureux événement.

Toutefois donnez ordre de faire descendre à Malamocco le Regeneratore, le Mont-Saint-Bemard, le Castiglione et la Princesse-de-Bologne, et de menacer de faire sortir ces vaisseaux pour obliger les Anglais à renforcer leurs croisières dans l'Adriatique. Faites com­pléter les équipages de ces vaisseaux. Donnez ordre que l’on con­struise une nouvelle paire de chameaux, pour qu'on puisse faire franchir la passe à deux vaisseaux à la fois. Quand il y aura quatre ou cinq vaisseaux là, j'enverrai une division de vaisseaux pour les prendre sous son escorte. La présence des vaisseaux à Malamocco obligera les Anglais à tenir deux ou peut-être trois vaisseaux. Il suf­fira d'envoyer, quand il en sera temps, quatre ou cinq vaisseaux.

La prise du Rivoli ne doit pas empêcher de rendre justice aux ingé­nieurs et aux hommes de l'art qui ont si habilement exécuté l'opéra­tion de la sortie de ce vaisseau. Faites-moi un rapport sur cette opération, afin que je blâme les uns et récompense les autres.

Indépendamment de la Princesse-de-Bologne, il serait bon d'avoir une ou deux autres frégates à Venise.


Paris, 3 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, le corps d'armée polonais formera le 5e corps de la Grande Armée. La 1e division portera le n° 16; la 2e division, le n° 17; et la 3e division, le n° 18. Ce corps sera commandé par le prince Poniatowski.

Le 6e corps de la Grande Armée sera composé de Bavarois. La 1e division portera le n° 19, et la 2e division le n° 20. Ce corps sera commandé par le général Saint-Cyr.

Le 7e corps sera formé par les Saxons. La 1e division portera le n° 21, et la 2e division portera le n° 22.

Le 8e corps sera formé par les Westphaliens. La 1e division por­tera le n° 23, et la 2e division le n° 24.

Le corps wurtembergeois ne formera qu'une seule division, qui portera le n° 25.

La division composée des brigades de Berg, de Hesse-Darmstadt et de Bade, que commande le général Daendels, ne formera qu'une seule division et portera le n° 26.

A dater du 1er avril, les dénominations de corps d'observation de l'Elbe, de 2e corps de l'Elbe, de corps de l'Océan, seront suppri­mées. Le corps d'observation de l'Elbe prendra le nom de 1er corps de la Grande Armée; il sera composé des 1e, 2e, 3e, 4e, 5e et 7e di­visions, et sera commandé par le prince d'Eckmühl. Le 2e corps de l'Elbe prendra le nom de 2e corps de la Grande Armée; il sera com­posé des 6e, 8e et 9e divisions et sera commandé par le duc de Reggio. Le corps d'observation de l'Océan prendra le nom de 3e corps de la Grande Armée; il sera composé des 10e, 11e, 12e et 25e divi­sions, et sera commandé par le duc d'Elchingen.

Le 4e corps de la Grande Armée sera composé des 13e, 14e, et 15e di­visions.

Vous donnerez ordre à la 25e division, composée des Wurtembergeois, de séjourner à Cobourg, et de partir, après un séjour, pour Géra, où elle recevra de nouveaux ordres. A Géra, cette division recevra l'ordre de faire partie du 3e corps. Il est nécessaire qu'elle n'ait connaissance de cette disposition qu'arrivée à Géra. Il est néces­saire également qu'elle ne reçoive l'ordre de départ que le 20 mars, pour partir le 21.

Donnez ordre au général Tharreau de se rendre à Cassel, pour prendre le commandement d'une des divisions du corps westphalien.

Écrivez au roi de Westphalie que je lui ai envoyé le général Vandamme; que je lui envoie le général Tharreau pour commander une de ses divisions; que le général Chabert, n'ayant servi que comme major, n'a pas l'aptitude nécessaire; que je fais choix d'un général de brigade capable pour être son chef d'état-major ; qu'il fasse partir ses bagages et sa maison militaire pour Halle, et qu'il vienne de sa personne, avec très-peu de monde, à Paris. Il viendra incognito; il n'y restera que deux ou trois jours ; après quoi, il ira rejoindre son corps d'armée.


Paris, 3 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, réitérez les ordres au prince d'Eckmühl pour qu'aus­sitôt que les brigades de Hesse-Darmstadt et de Bade seront armées à Magdeburg il les fasse sur-le-champ partir pour la Poméranie, afin de désencombrer Magdeburg, qui est tout entier destiné au corps du duc de Reggio. Le duc de Reggio ne vous a pas fait connaître la situation de la division de cuirassiers, ni quand elle sera réunie à Magdeburg. Instruisez le prince d'Eckmühl que la division Bruyère qui doit se placer en avant, sur la rive droite de l'Oder, doit se mettre en communication avec la brigade Pajol, qui est à Danzig, et avec la cavalerie du Grand-Duché, de manière que les ordonnances puissent toujours se communiquer. Prévenez-le qu'il est possible que je lui donne ordre de partir du 15 au 20, pour prendre position sur la Vistule avec tout son corps d'armée et y être rendu le 1er avril; que cependant je ne suis pas encore décidé à ce mouvement ; mais qu'il n'en est pas moins nécessaire que toutes ses divisions soient pla­cées de manière qu'en deux jours elles puissent passer l'Oder; que je suppose que le général Dessaix, avec la partie de sa division qui est à Stettin, sera rendu à Küstrin et aura occupé Landsberg; que j'at­tends pour décider son mouvement à connaître le jour où le général Damas, avec la brigade de Berg, la brigade de Hesse, la brigade de Bade, arrivera dans la Poméranie, à Stettin et à Küstrin ; que cepen­dant, si l'armée russe ne fait pas de mouvement, il est possible que je retarde de mon côté afin de gagner une meilleure saison ; que la brigade Hesse, arrivant le 6 à Magdeburg, doit être arrivée avant le 15 dans la Poméranie.

Écrivez au ministre de la guerre du roi de Saxe, en lui faisant remettre votre lettre par mon ministre à Dresde, que j'ai ordonné au prince d'Eckmühl de se porter avec sa 1e division sur l'Oder, d'en­voyer des détachements de sa cavalerie sur la rive droite et d'entrer en communication avec Danzig et avec les troupes du Grand-Duché; que j'ai envoyé le général Reynier pour commander le corps saxon que je suppose réuni à Guben; que le prince Poniatowski comman­dera trois divisions du Grand-Duché, formant un corps d'armée; que mon intention est que le Roi donne ordre aux commandants des corps saxons et du Grand-Duché d'être aux ordres du prince d'Eckmühl, qui est à Stettin, de correspondre tous les jours avec lui, de lui envoyer exactement leurs états de situation et de se tenir constam­ment prêts à exécuter ses ordres; que ma principale intention est que le Grand-Duché ne soit pas ravagé, et que, si les Russes commen­çaient les hostilités, le prince d'Eckmühl puisse se porter avec assez de rapidité pour protéger le territoire; qu'il faut que le prince Ponia­towski corresponde par ordonnances avec l'avant-garde du prince d'Eckmühl.

Vous ferez connaître au prince d'Eckmühl la lettre que vous aurez écrite au ministre de la guerre du roi de Saxe. Vous lui ferez con­naître que le général Reynier commande le contingent saxon; que je lui ai déjà mandé de faire charger de farine et de biscuit des bâti­ments à Küstrin ; que je suppose aussi que tout ce qu'il trouvera à Stettin, il le fera charger sur des chariots du pays, afin d'assurer ses vivres et de n'avoir à ce sujet aucune inquiétude sur la Vistule. Il doit renouveler les ordres pour qu'à Danzig on convertisse une grande quantité de blé en farine. Enfin vous ferez connaître au prince d'Eckmühl que j'ai ordonné aux Bavarois de partir le 10 pour se rendre à Glogau.


Paris, 3 mars 1812

NOTE

Le comte Daru et le ministre de l'intérieur appelleront auprès d'eux l'architecte Fontaine et deux autres architectes pour examiner les questions suivantes.

Les Archives impériales sont très-mal placées. On propose cette année une dépense de 300,000 francs. Il est à craindre qu'elles ne brûlent; or elles renferment en quelque sorte les archives de l'Eu­rope. Le projet de l'Empereur était de les mettre au Louvre.

1e question. — Peut-on mettre au Louvre la Bibliothèque impé­riale et les Archives ?

2e question. — Le deuxième étage du Luxembourg est vide. Faire des logements dans un palais est peu convenable; les officiers du Sénat qui n'y sont pas à vie y seraient mal logés ; de là l'idée d'y mettre la bibliothèque de Sainte-Geneviève; cela offrirait l'avantage de rendre libre pour le lycée l'emplacement de cette bibliothèque.

Mais les Archives sont d'une tout autre importance.

Convient-il de mettre seulement la Bibliothèque impériale au Louvre, avec les manuscrits, les médailles, le garde-meuble et toutes les choses précieuses ? Si l'on avait de la place, qui empêcherait, par exemple, de mettre au Louvre les modèles d'artillerie ? Tout cela orne un palais et y est convenablement placé.

S'il était plus important de placer sur-le-champ les Archives au Luxembourg, ou la bibliothèque de Sainte-Geneviève, y a-t-il assez de place pour les Archives ? Y seront-elles en sûreté ? Si l'on mettait les Archives au Louvre, le pourrait-on dès cette année ?

On fera un rapport à l'Empereur sur cet objet dans la semaine. (Un décret, du 12 mars 1812, ordonna la construction, sur la rive gauche de la Seine, entre les ponts d'Iéna et de la Concorde, d'un édifice destiné à recevoir les archives de l'Empire. Les travaux, commencés peu de temps après, furent abandonnés en 1814.)



Paris, 3 mars 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan

Mon Fils, j'ai appris la catastrophe du Rivoli. Vous n'avez pas, dans cette circonstance, justifié ce que j'attendais de vous. Je vous avais mandé, 1° d'être de votre personne à Venise, au moment de la sortie du vaisseau; 2° d'y attendre le retour des courriers que vous deviez envoyer à Pola et les rapports d'une nuée d'a­visos, qui vous auraient appris avec certitude si l'Adriatique était libre; 3° de faire sortir avec le Rivoli la Princesse-de-Bologne ou une autre frégate. Vous n'avez rien fait de tout cela. Si une frégate seu­lement fût sortie avec le vaisseau, vous auriez été vainqueur. Si vous aviez envoyé des courriers à Pola et des avisos partout, vous auriez su qu'il y avait un vaisseau anglais dans l'Adriatique. Relisez les lettres que je vous ai écrites, et vous verrez que je ne puis attribuer la prise du Rivoli qu'au peu de soin que vous avez mis à exécuter les instructions que j'avais données.


Paris, 3 mars 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan

Mon Fils, on a fait de grandes fautes en laissant sortir le Rivoli sans frégate et sans éclairer les mers. Il ne faut cependant pas que cette perte décourage. Ne faites point sortir le Regeneratore, mais tenez-le à Malamocco. Faites-y descendre le Mont-Saint-Bernard, et, aussitôt que cela se pourra, le Castiglione et la Princesse-de-Bologne. Faites construire une seconde paire de chameaux, afin qu'on puisse faire sortir deux vaisseaux à la fois. Quand le moment sera favorable, j'enverrai une division de vaisseaux, qui me rendra maître de l'Adriatique pendant le temps que les vaisseaux sortiront pour aller à Ancône. En attendant, les Anglais seront obligés de tenir plusieurs vaisseaux dans l'Adriatique.


Paris, 6 mars 1812.

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA GUERRE SUR UN PROJET D'ORGANISATION DE LA GARDE NATIONALE.

Ce décret me parait bien, ainsi que tous les états.


Je ne veux pas de légion ; le dernier grade sera chef de bataillon.

Il faut un titre d'administration ; celui-ci n'est pas assez développé.

Toutes les cohortes se réuniront au chef-lieu de la division, où elles seront habillées et équipées par le conseil d'administration, qui aura à sa disposition tout le dépôt, un officier d'habillement, un quartier-maître, des tailleurs, des cordonniers et un certain nom­bre d'ouvriers ; tout cela comptant dans le dépôt.

Le préfet est président du conseil d'administration ; le sous-préfet du chef-lieu est spécialement chargé des détails. Le conseil d'admi­nistration est composé du préfet, du sous-préfet, de l'ordonnateur de la division, du quartier-maître, du capitaine de l'habillement et de deux capitaines pris dans le dépôt.

Spécifier que la masse de l'habillement se paye au dépôt, celle de linge et chaussure à la cohorte.

Chaque cohorte aura un conseil d'administration qui correspon­dra avec le conseil d'administration du département.

Les réserves seront centralisées.

Le ministre de l'administration de la guerre soldera au conseil d'administration ce qui lui revient pour première mise et masse d'habillement, moyennant quoi le conseil d'administration pourvoira à tout.

Dans le décret, on ne fait pas assez sentir que la garde nationale doit être pour la défense des côtes.

Je crois qu'il faut revenir au décret qui a été proposé, ou bien le modifier de la manière suivante : 5e division, au lieu de trois co­hortes, quatre; 10e division, au lieu de deux cohortes, quatre; 11e division, au lieu de deux cohortes, trois; 20e division, au lieu d'une cohorte, deux ; total, treize, au lieu de huit ; ce qui fera treize cohortes, qui seront destinées à la défense des Pyrénées ; une cohorte pour les côtes de la 9e division ; une pour Bordeaux ; mettez qu'il en faille une pour les autres côtes, il restera toujours dix cohortes. Les quatre cohortes de la 10e division seront toutes formées par les cadres des quatre bataillons du régiment de la Méditerranée, 1er, 2e, 3e et 5e bataillon, qui arrivent à Toulouse.

Dans le décret, il serait peut-être utile, sans s'engager à rien, d'indiquer le lieu où les cohortes devront se réunir.

1e et 2e division militaire, pour former une réserve à Paris, huit cohortes; 3e une; 4e, une; 5e, deux, pour garder Kehl et les places du Rhin; 6e, pour Paris, trois; 7e et 8e, pour Toulon, six; 9e, 10e, 11e, 20e pour les Pyrénées, treize; 12e pour la Rochelle, trois; 13e, pour Brest, six; 14e et 15e, pour Cherbourg, six; 16e pour Bruges, sept; 16e, 18e, 19e, pour la réserve de Paris, quatre; 21e, pour Pontivy, trois; 22e pour Amboise, quatre; 24e, pour l'Escaut, cinq; 25e, pour Wesel, trois; 26e, pour Mayence, trois.

Il faudrait, dans le rapport, dire que c'est la création d'une nou­velle armée de l'intérieur.

Dans le décret d'organisation, il faudrait mettre que les officiers et sous-officiers peuvent être pris parmi ceux qui sont en retraite ou qui ont servi, qui sont dans les départements, et qu'ils cumuleront leurs appointements avec leur retraite, et cela pour les soldats, ca­poraux, sergents, lieutenants et sous-lieutenants, mais non pour les capitaines, qui pourront cumuler une partie.

La cohorte de Toscane serait formée par un des cadres du régi­ment de la Méditerranée, qui est en garnison à l'île d'Elbe; celles de Rome et de Gènes, de même. Le Piémont pourrait fournir quatre cadres.

Mettre que des sénateurs seront envoyés dans les divisions mili­taires pour organiser les cadres, et que, dans chaque département, un conseil présidé par le préfet et composé du sous-préfet du chef-lieu, de l'officier de gendarmerie, de l'officier supérieur comman­dant le département, du commissaire des guerres ou ordonnateur, de l'inspecteur aux revues, désignera les officiers, sous-officiers et soldats pensionnés capables d'entrer dans ces cadres, en les dési­gnant au sénateur, qui tiendra un conseil composé du général de division, de l'inspecteur aux revues, du préfet, de l'ordonnateur, pour désigner ceux qui devront composer les cadres; ils les appelle­ront au chef-lieu et s'assureront qu'ils ont les qualités requises.

Les sous-officiers et soldats qui auraient servi dans la garde natio­nale, ou qui, sans avoir des pensions, auraient déjà servi, seront susceptibles d'être admis.

Le sénateur formera les cadres sur-le-champ et en adressera l'état au ministre de la guerre, qui, après avoir pris communication du procès-verbal du conseil, approuvera les sous-officiers et soumettra à notre approbation les officiers avec les états de service et l'âge des individus.

Aussitôt que ce décret sera rédigé, le général Dumas le présentera imprimé au Conseil.

Il faut bien faire comprendre dans mon décret que cela est l'armée de l'intérieur ; que sans doute la conscription est suffisante, mais qu'elle sera appelée à l'armée l'année prochaine; qu'il est donc con­venable, dans les circonstances, d'avoir une armée toute de l'intérieur, qui, d'ici à deux ans, sera meilleure que l'armée de ligne; de sorte que nous n'ayons aucune inquiétude pour nos établissements du Texel, Toulon, Alexandrie, et pour la sûreté des places qui sont le boulevard de l'Empire; que cette création met pour toujours la France à l'abri de toute inquiétude; que, si elle avait existé, on n'aurait pas vu ce qui s'est passé dans l'Escaut et aux Pyrénées.

Ce qui a pu se passer par des événements particuliers, n'aura plus lieu pour mon empire, 80,000 hommes vieil­lissant cinq à six ans sous les drapeaux, ayant la sûreté de ne pas
sortir de France.............................................................

Cette armée ne sortira pas de l'intérieur, car la conscription de cette année, instruite, restera pour recruter les pertes de la cam­pagne , et ainsi de suite.

Je n'approuve point le considérant du décret ; il faut supposer un sénatus-consulte récent.

Le sénatus-consulte sera précédé d'un rapport du ministre des relations extérieures sur le système actuel de l'influence de l'Empire et d'un rapport du ministre de la guerre.

Ce ne sont pas les bataillons qui manquent en France, mais il est honteux qu'une armée d'élite soit exclusivement affectée à l'intérieur.

On fera remarquer qu'on ne met que des chefs de bataillon, parce que l'état-major, ce doit être l'état-major de l'armée.

Si on avait mis des chefs de légion ayant six cohortes, c'aurait été des chefs avec un esprit à part, au lieu que des cohortes réunies, par deux ou par quatre, sous les ordres d'un major ou d'un colonel, et par six ou huit, sous un général de brigade, formeront un système régulier et utiliseront les états-majors des divisions.

La pratique et l'économie conseillent également cette mesure.

 

SÉNATUS-CONSULTE.

Article 1er. La garde nationale est divisée en premier ban, deuxième ban et arrière-ban.

2.  Le premier ban est composé de tous les conscrits des six dernières classes.

3.  Le deuxième ban réunit les citoyens jusqu'à quarante ans.

4.  L'arrière-ban, tous les Français jusqu'à soixante ans.

5.  La garde nationale, soit le premier ban, le deuxième ban ou l'arrière-ban, ne peut, sous quelque prétexte que ce soit, sortir du territoire de l'Empire; elle n'est destinée qu'à la garde des frontières, à la police intérieure et à la conservation des grands dépôts de muni­tions, arsenaux et places fortifiées.

6.  Aucune partie du premier ban de la garde nationale ne peut être levée que par un sénatus-consulte, d'avis des ministres.

7.  Le premier ban de la garde nationale pour 1812 sera formé par les différents départements, conformément au tableau ci-joint.

8.    Cent cohortes seront mises à la disposition du ministre de la guerre; chaque cohorte a huit compagnies, dont six d'activité, une d'artillerie et une de dépôt. Les gardes seront pris parmi les hommes de telle et telle classe. Jusqu'à ce qu'il ait été procédé à l'organisa­tion du deuxième et du troisième ban, il n'est rien innové aux lois existantes sur l'organisation et la levée de la garde nationale.

Demain au Conseil d'État; lundi au Sénat; mardi au Conseil d'État pour le rapport.

Le sénatus-consulte, jeudi.

Signé par Sa Majesté vendredi.

Le ministre de la guerre pourra en envoyer un extrait aux préfets des départements pyrénéens ; il préparera son travail pour commen­cer par là.

Le secrétaire d'État me présentera cinq sénateurs : le général Hédouville, pour les quatre cohortes au-delà des Alpes; le général Rampon, pour celles des Pyrénées, 9e, 10e et 11e division; le géné­ral Latour-Maubourg, 13e, 14e et 15e division; Sainte-Suzanne, 5e et 26e division.

Il faut que Daru mette bien l’ordre qu'on ne dépendra pas du ministre de la guerre, et que l'argent soit mis sur-le-champ à la disposition des conseils d'administration.

Daru fondera ces dispositions sur ce que je dois avoir dit, dans quelques occasions semblables, que tant que nous aurons la guerre avec l'Angleterre nous devons rester armés; que le peuple français doit se considérer comme dans des circonstances extraordinaires tant que la paix avec l'Angleterre ne sera pas rétablie.

Dans la forme de l'habillement, parler de nouveaux modèles.

Chaque cohorte aura un fanion, qui sera donné par les conseils d'administration, lorsqu'elles seront réunies en brigades.

L'Empereur donnera l'aigle pour la brigade.



Paris, 6 mars 1812.

NOTE DICTÉE EN CONSEIL DES MINISTRES.

Les bassins d'Anvers et de Flessingue suffisent à la marine de l'Escaut. C'est une rade qu'il s'agit d'avoir.

On demande, à la hauteur de Terneuse, un canal analogue à celui de Nieuwe-Diep, soit à Terneuse, soit dans le canal de l'Écluse, soit dans celui du Sas-de-Gand.

Un croquis de l'emplacement du fort de Nieuwe-Diep sera adressé au ministre de la guerre, qui ordonnera au directeur du génie de se transporter sur les lieux et de présenter un projet pour ce fort. Il devra être à 900 toises tout au plus de l'extrémité du banc.

Le directeur du génie fera sonder la ligne avec la plus grande exactitude. Il se concertera avec l'amiral Ver Huell pour marquer le nombre de vaisseaux qui pourront mouiller dans cette rade et les points où ils pourront s'approcher du fort.

Il avait été réglé dans les conseils du génie qu'on ferait deux grosses batteries pour protéger les travaux du fort. On travaillera dès cette année à ces deux batteries, en y plaçant des mortiers et des pièces de 36; et, en attendant que le fort soit terminé, ce qui ne pourra être que la campagne prochaine, on y campera un batail­lon ; ce qui permettra à l'amiral de faire sortir ses frégates et de les tenir en grande rade.


Paris, 6 mars 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, je vous renvoie les lettres du prince d'Eckmühl. Mandez-lui qu'il doit placer son corps d'armée de la manière sui­vante, à compter du 15 mars :

Le général Bruyère, avec sa cavalerie légère, à une marche en avant de Stargard, en coupant les trois directions de Kolberg, Danzig et Bromberg. Ce général aura son artillerie et son quartier général à une journée d'étape plus près de la Vistule que Stargard, afin que cette division, avec son artillerie légère, puisse en six ou sept jours être réunie sur la Vistule.

La 2e brigade de cavalerie du 1er corps portera son quartier géné­ral à Landsberg. Elle sera sous les ordres du général de division Dessaix. Elle aura des postes sur les directions de Bromberg et Posen.


Le général Dessaix aura son artillerie, ses administrations et toute sa division réunies à Küstrin. Le régiment qu'il a à Glogau le joindra à Posen, lorsque la division recevra l’ordre de marcher.

Le quartier général du corps d'armée, avec une division d'infan­terie, sera à Stettin.

Les deux autres divisions seront sur la rive gauche de l'Oder, bien cantonnées, de manière qu'une division puisse dans un jour arriver à Stettin et passer le lendemain la rivière; l'autre arrivera à Stettin le deuxième jour. La division Gudin sera à Stargard, sur la rive droite. Le parc sera placé à une ou deux marches de Stettin, de manière à y arriver le deuxième jour et passer la rivière.

Les cuirassiers seront placés de manière qu'en un jour ils puissent passer l'Oder, pour appuyer la division Bruyère.

Un bataillon de Hesse-Darmstadt et un bataillon de Bade doivent être rendus le plus tôt possible à Küstrin, pour former le fond de la garnison de cette place.

Un autre bataillon de Bade et un autre bataillon de Hesse-Darm­stadt doivent être placés à une marche de Stettin, de sorte que, lorsque la division qui est à Stettin recevra l'ordre de marcher en avant, ces bataillons puissent se rendre à Stettin pour en former la garnison.

Toute la brigade de Berg doit être dans la Poméranie suédoise, ainsi que le reste des brigades de Hesse-Darmstadt et de Bade. Un bataillon pourra être détaché pour garder les côtes du Mecklenburg.

Le contingent du Mecklenburg doit marcher avec la dernière divi­sion du corps d'armée. Elle sera utile au corps d'armée pour bien des services.

Le prince d'Eckmühl donnera ordre au prince Poniatowski de réunir une brigade de cavalerie légère de 2,000 hommes, de la mettre sous les ordres d'un bon général polonais , et de la placer du côté de Thorn. Cette brigade fera partie de la division Bruyère, qui, dès le 20 mars, lui enverra des ordres. Cette brigade de cavalerie polonaise ne bougera pas, du reste, de Thorn ni des environs, pour ne pas donner d'inquiétude.

Le prince Poniatowski, sans faire de mouvements extraordinaires, doit rapprocher de Varsovie les troupes polonaises qui sont à Posen et à Kalisz, afin que son corps puisse, en cas d'événement, se trou­ver tout réuni sur la Vistule. Il doit même rapprocher ce qui est à Thorn. Ces mouvements se feront par la rive gauche. Thorn sera gardé par le 5e régiment polonais, qui appartient à la 7e division, et par la brigade de cavalerie légère dont j'ai parlé plus haut. Par ce moyen, le prince Poniatowski aura avancé sur la Vistule tout son corps d'armée. Il faut qu'il ait, au 1er avril, 1,500,000 rations de farine et 500,000 rations de biscuit à Modlin.

Les Saxons doivent se tenir prêts à passer l'Oder vingt-quatre heures après qu'ils en recevront l'ordre. Ils doivent avoir, pour le 25 mars, sur des chariots, de la farine et du biscuit pour tout le corps d'armée saxon pendant vingt jours, afin qu'ils puissent faire leur mouvement sans être arrêtés par aucune considération.

Avant le 20 mars, le 1er corps d'armée ne fera aucun mouvement ; d'ici à ce temps, le prince d'Eckmühl aura reçu mes ordres. Il est nécessaire qu'il puisse partir le 20 mars, s'il en reçoit l'ordre, ses chariots chargés de biscuit et de farine, chaque soldat ayant ses car­touches de guerre et ses pierres à feu. Il faut qu'il y ait assez de vivres dans les magasins de Stettin pour que le corps d'armée puisse en prendre, en passant, pour huit jours. Il faut qu'indépendamment le corps d'armée ait sur des chariots et à sa suite du biscuit, mais sur­tout de la farine, des bœufs, pour vingt jours. Le corps d'armée doit, s'il ne reçoit pas d'ordres, pouvoir rester sans faire de mouve­ment quinze ou vingt jours de plus.

Quant aux Prussiens, j'ai signé un traité d'alliance avec eux. Le pont de Schwedt doit être levé. Le prince d'Eckmühl leur signifiera que, étant sur un pied d'observation, aucun mouvement militaire ne doit avoir lieu dans ses lignes ; que leurs troupes doivent rester où elles sont et ne pas en bouger jusqu'à ce qu'on soit convenu du mou­vement qu'elles doivent faire. Le comte Saint-Marsan, aussitôt que le traité sera ratifié, pourra faire connaître aux différents corps prussiens les emplacements qu'ils doivent occuper.

Il est bien important que les cuirassiers aient leurs mousquetons, qu'on leur fasse brûler quelques cartouches et qu'on leur apprenne la charge.

Recommandez au prince d'Eckmühl de ne rien emmener qui appar­tienne au 2e corps. Il doit emmener six compagnies de sapeurs, une pour chacune de ses divisions et une pour son parc. Il doit faire filer le bataillon de marins avec ses outils sur Danzig, et assurer sa marche pour que ce bataillon si précieux ne coure aucun danger ; ce bataillon est utile à Danzig pour travailler aux constructions.

Vous manderez au prince d'Eckmühl qu'il faut que, lorsqu'il en recevra l’ordre, il puisse arriver en douze jours, et s'il est nécessaire en dix jours, sur la Vistule, en marchant par les trois routes. Je désire qu'il vous fasse connaître par un courrier extraordinaire le temps qu'il fait entre l'Oder et la Vistule, s'il y a beaucoup de neige, si le dégel a commencé ou quand on croit qu'il commencera. Il faut qu'il demande au général Rapp quelle est la situation des fourrages dans l'île de Nogat, sans cependant rien faire qui puisse alarmer. Demandez au prince d'Eckmühl si le canal de Küstrin à la Vistule est gelé et quand on pourra s'en servir.

Il faut qu'on prépare à Danzig quatre ou cinq barques armées, pour nous rendre entièrement maîtres du Haff. Enfin donnez ordre au prince d'Eckmühl de faire venir à Stettin un des deux équipages de flottille de la 32e division militaire, afin qu'il ait avec lui un millier de marins, qui seront très-utiles pour le passage des rivières et pour les transports. Il faut qu'aucun mouvement ne se fasse à Danzig pour ne pas alarmer.


Paris, 6 mars 1812.

Au comte Hédouville, sénateur, à Paris

Monsieur le Comte Hédouville, nous désirons que vous vous rendiez sans délai dans votre sénatorerie, que vous visitiez les départements de Rome et du Trasimène.

Votre mission, comme celle des sénateurs dans leur sénatorerie, doit être toute d'observation; vous vous environnerez pendant votre séjour des fonctionnaires publics et des personnes les plus considé­rables du pays. Leurs communications avec vous auront l'effet de répandre le véritable esprit du Gouvernement et de faire parvenir à votre connaissance les observations, tant sur les hommes que sur les choses, dont il importerait au bien de notre service que nous fussions informé.

Nous vous autorisons à nous écrire directement de tous les chefs-lieux où vous irez, pour nous communiquer vos observations et les renseignements que vous aurez recueillis.

Vous ferez néanmoins un rapport général, que vous nous remet­trez a votre retour, et qui comprendra non-seulement un compte rendu sur la situation du pays, mais aussi les observations que vous croirez devoir nous présenter, tant sur les fonctionnaires publics actuels et les hommes dignes d'être appelés à des fonctions publi­ques , que sur les parties de l'administration qui pourraient être en souffrance et qui exigeraient ou des encouragements ou des modi­fications.

Nous avons le droit, Monsieur le Comte Hédouville, de compter sur votre zèle, lorsque nous voulons recevoir de vous des informa­tions utiles aux intérêts de l'État et au bien-être de nos peuples.


Paris, 7 mars 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je vous autorise à faire la deuxième commande de 1,150 chevaux pour l'armée d'Espagne. Il est impor­tant que les 4,800 chevaux qui doivent former le dépôt de l’armée d'Espagne existent dans le courant d'avril, afin de recruter les armées d'Espagne, d'avoir un bon nombre d'hommes sur les fron­tières d'Espagne et de pouvoir placer un peloton de cavalerie à tous les débouchés des vallées, enfin d'avoir, pour le service des côtes et de l'intérieur, la valeur de 2,400 hommes prêts à se porter où le besoin l'exigerait.

La Prusse doit me fournir 15,000 chevaux, dont 6,000 de cava­lerie légère, 3,000 de grosse cavalerie, 6,000 d'artillerie ou d'équi­pages, par quart, de mois en mois. J'approuve donc que vous portiez les 1,700 chevaux dont les commandes ne sont pas faites en France sur les fournitures de la Prusse; ils passeront, en conséquence, au compte du dépôt de Berlin. Quant aux 6,000 chevaux d'artillerie ou d'équipages militaires, mon intention est qu'on en prenne pour affec­ter aux bataillons pour lesquels l'achat des chevaux n'est pas encore ordonné, mais dont les cadres sont faits et les hommes fournis par la conscription. Il faudrait faire faire les voitures à Berlin; les hommes se mettraient en marche avec les harnais, aussitôt qu'ils seraient armés, habillés et équipés; ils trouveraient à Berlin les voi­tures et les chevaux; cela ferait une économie considérable.

Ainsi il restera à me remettre un état, 1° des commandes faites en Allemagne au dépôt de Hanovre, 2° des commandes faites à l'in­térieur, 3° des commandes faites au dépôt de Potsdam. Le dépôt de Berlin et celui de Posen seront sous les ordres d'un officier particu­lier; ils rentreront dans la comptabilité du général Bourcier, quand sa mission actuelle sera terminée et lui permettra de s'y rendre. Faites partir en diligence toutes les selles, car je vois qu'il y a 5,000 hommes à Hanovre et qu'il y aura bientôt 5,000 chevaux qui ne pourront être utilisés si l'on n'a de quoi les équiper. J'ai ordonné aussi l'achat de 3,000 chevaux dans le duché de Varsovie, et ordonné qu'on y enverrait 850 hommes de chasseurs portugais; mais ces chevaux sont destinés à remplacer les pertes résultant de la guerre. Il est nécessaire de bien indiquer dans l'état le lieu où chaque régiment doit prendre ses chevaux, afin de bien diriger les hommes. Quant aux chariots des équipages militaires, le major général vous fera connaître que mon intention est que le départ des bataillons soit accéléré, et qu'à défaut de voitures du nouveau modèle on en prenne de l'ancien, car l'essentiel est que les bataillons partent; sans cela ils n'arriveront pas à temps pour être utiles dans les premières opérations.

Les équipages des 6e, 7e bataillons sont en retard ; les voitures du nouveau modèle ne seront pas pour cela inutiles ; elles seront en­voyées au moyen de chevaux qu'on se procurera par des marchés à loyer, et elles partiront, celles qui sont en Italie, de Vérone, et celles qui sont en France, de Mayence. Elles serviront à conduire des effets qui, par ce moyen, ne seront pas déchargés, et, quand les voitures auront rejoint l'armée, on les emploiera selon les circonstances.


Paris, 7 mars 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre lettre du 1er mars. Je vois avec plaisir que les 3e et 4e compagnies du 2e bataillon des équipages militaires sont parties le 4 mars de Wesel, chargées d'effets d'habillement; que les 5e et 6e compagnies partent de Mayence, chargées d'effets d'habillement ou d'ambulance; que le 10e bataillon est en marche sur Mayence. Il est inutile de donner à une compagnie des caissons du nouveau modèle, si elle a des caissons de l'ancien modèle : il faut maintenir l'uniformité. Je vois que les 4e, 5e et 6e compagnies du 6e bataillon auront reçu cent vingt caissons ; mais je vois avec peine que les trente-sept voitures qui devraient être par­ties depuis un mois ne le sont pas encore. Je tiens à l'exécution de mes ordres pour les détachements des 1e, 2e et 3e compagnies, le temps me presse; il en est de même pour le 7e bataillon. Comme je vois que Sampigny a quatre cent soixante caissons de l'ancien modèle, mon intention est que la confection des voitures ne retarde pas le départ des bataillons ; encore une fois, je suis pressé par le temps.

Au fur et à mesure que les nouveaux caissons seront achevés, il faudra les diriger sur Mayence.

Que l'ordonnateur des hôpitaux parte dans la journée de demain pour Mayence, qu'il fasse charger les effets d'ambulance sur les pre­miers caissons et qu'il se rende au quartier général, qui est déjà à Erfurt, qu'il aura peut-être de la peine à rejoindre.

Le demi-bataillon que vous organisez à Paris ne pourra partir qu'au 1er avril ; il servira ce que de raison ; mais il est possible que je ne puisse plus compter sur lui.

Je me trouve dans la situation de craindre de n'avoir aucune ambu­lance pour les premières affaires, qui sont toujours très-sanglantes. L'ordonnateur des hôpitaux devra rester tout au plus deux jours à Mayence pour mettre en route les effets les plus nécessaires, il se rendra en diligence à Erfurt, où il faut qu'il soit arrivé le 20. L'in­tendant général y sera aussi à cette époque. A peine arrivés, ils recevront l'ordre de se diriger sur Berlin et successivement sur la Vistule. Les gros effets d'hôpitaux qui ne seraient pas partis dès à présent pour le quartier général, c'est-à-dire le magasin général de ce service, pourront être portés par le bataillon que vous organisez.

Mandez à l'intendant général et aux ordonnateurs des différents services qu'il n'y a pas un moment à perdre et que chacun doit être à son poste.

Tout ce qui ne sera pas le 20 à Erfurt ne rejoindra plus.


Paris, 7 mars 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre lettre sur l'opé­ration des eaux-de-vie : elle me parait mal calculée et ne réussira pas; il faut, ce me semble, renoncer à cette opération. Qu'on n'achète plus rien ; qu'on fasse transporter à Magdeburg tout ce qui est acheté, et que ces transports soient effectués par des marchés tels que les entrepreneurs soient responsables de la quantité et de la qualité des eaux-de-vie. Quant à celle de Paris, vous pouvez la donner au commerce, ou, si vous la faites transporter à Magdeburg, il importe que ce soit avec les mêmes précautions. Il paraît qu'il est facile de s'as­surer si l'eau-de-vie a été altérée. Mais, si ce transport est effectué autrement, les précautions sont un détail immense et ne peuvent avoir un résultat. J'aurai dépensé 2 ou 3 millions et je n'aurai rien. Je crois donc qu'il faut réduire cette opération au moyen d'exécution le plus simple possible.


Paris, 7 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 5 mars sur les différents détachements des équipages militaires qui arrivent sur le Rhin. Vous me remettrez sous les yeux les états de mouvement indiquant le jour où les 2e et 3e compagnies du 2e bataillon des équipages militaires arriveront à Magdeburg, ainsi que ce qu'elles ont chargé à Wesel. Mon intention est que le magasin général soit établi à Magdeburg, que ces effets ne soient point déchargés, mais seulement qu'on vérifie les chargements, qu'on répare les caisses, tonneaux ou ballots, et qu'on leur fasse continuer leur route sur Danzig.

Les 1e, 2e et 3e compagnies du 6e bataillon arriveront le 20 mars à Mayence. Si le ministre de l'administration de la guerre a des effets d'habillement à y charger, il en profitera; à défaut de quoi, on les chargera d'effets d'ambulance et, à défaut de ceux-ci, d'eaux-de-vie, de manière que le 23, pour tout délai, elles se mettent en marche pour Magdeburg.

Donnez l'ordre que les trente-neuf caissons d'ancien modèle qui partent de Sampigny pour Wesel continuent leur route sur Hanovre, où ils sont nécessaires pour compléter les 4e, 5e et 6e compagnies du 6e bataillon, que forme le maréchal duc de Reggio.

Les détachements des 1e, 2e 3e, 4e et 5e compagnies du 10e ba­taillon, qui prennent des caissons à Strasbourg, devront s'y charger d'effets d'habillement; à défaut d'effets d'habillement, d'effets d'am­bulance; à défaut d'effets d'ambulance, ils s'y chargeront d'eaux-de-vie, et, s'il n'y a point d'eaux-de-vie, d'outils. Ils passeront le Rhin au plus tard le 22, et se dirigeront sur le quartier général.

Les 1e, 3e et 6e compagnies du 10e bataillon, qui arriveront à Mayence le 20, en partiront le 22. Les 2e, 4e et 5e, qui arriveront le 21, en partiront le 23 et se dirigeront sur le quartier général. Elles se chargeront d'effets d'habillement appartenant à l'administra­tion de la guerre, d'effets appartenant aux corps, d'effets d'ambu­lance, d'eaux-de-vie, de fusils, en ayant soin de mettre un très-léger chargement, et de ne prendre les derniers de ces objets qu'à défaut des premiers.

Je ne sais ce que c'est que dix-huit caissons du 13e bataillon que le ministre veut faire partir de Strasbourg pour Wesel. Un mouve­ment de Strasbourg sur Wesel, quand le corps sur lequel ils se diri­gent est à Stettin, est un faux mouvement qui double la distance. Instruisez le ministre qu'aucun mouvement ne doit se faire que par mon ordre. Ces dix-huit caissons du 12e bataillon ne doivent point partir sans mon ordre. Il faut leur faire acheter des chevaux, leur donner des charretiers pris dans un dépôt, leur faire passer le Rhin et les charger à Strasbourg. Ce sera un bon renfort que recevra le 12e bataillon. Je vois que le 6e aurait soixante voitures, et le 7e deux cents ; aussitôt qu'ils auront leurs conscrits ils devront se mettre en route; mais il est nécessaire que les vingt chariots que le 6e bataillon doit prendre à Sampigny se rendent à Metz, afin qu'ils puissent sans délai partir pour Mayence. Le 7e bataillon doit prendre ses chariots à Anvers, Strasbourg, Auxonne, Douai et Delft.

Il ne faut point que le ministre compte que mon intention soit que les chevaux aillent prendre les voitures : cela retarderait trop l'arri­vée de ce corps à l'année. Mon intention est qu'il prenne les vingt voitures qui sont à Mayence, les vingt qui sont à Strasbourg, ce qui lui formera une compagnie. Les premiers chevaux disponibles parti­ront à cet effet de Metz pour Strasbourg ; les cent chariots d'Anvers, les vingt de Douai et les vingt de Delft doivent être envoyés à Mayence par les transports militaires, et si, lorsque le bataillon sera prêt à partir, ces voitures ne sont point arrivées, mon intention est qu'il prenne des caissons de l'ancien modèle à Sampigny. Les caissons au nouveau modèle suivront plus tard, et, lorsqu'ils seront arrivés à l'armée, ils seront utilisés.

Mon intention est que, sous aucun prétexte, les bataillons n'éprou­vent aucun retard, car l'armée est en marche. Aussitôt que les chevaux el les hommes seront prêts, il faut qu'ils partent avec des caissons de Sampigny, chargés ou non. Le principal est d'avoir des caissons du nouveau ou de l'ancien modèle. Exprimez bien mon intention au ministre de l'administration de la guerre pour que cela n'arrive pas trop tard.

Les caissons du nouveau modèle qui arriveront par les transporte militaires trouveront toujours leur emploi. Aussitôt que les 100 che­vaux du 9e bataillon seront arrivés à Plaisance, les caissons se mettront en marche. Aussitôt que les vingt voitures de celui qui est à Versailles seront prêtes, qu'elles partent; les équipages militaires sont fort en retard. Le 12e bataillon, le 2e et le 9e sont seulement en mesure; le 6e, le 7e et le 10e sont encore bien loin. Je serais fort ché que tous ces bataillons ne pussent pas partir dans le courant de mars, afin qu'ils puissent rejoindre avant le 1er juin. Je suppose que les trois compagnies du 6e bataillon qui se forment à Hanovre
arriveront à temps.
 

Je désire que le major inspecteur du train vous fasse un rapport clair sur les autres bataillons que j'ai organisés, savoir : celui à la comtoise n° 14, qui doit être organisé avec des conscrits de Danzig et des Polonais. Les cadres sont-ils désignés et partis ? Un ou plu­sieurs officiers sont-ils partis en poste ? Des ordres ont-ils été donnés pour la construction des voitures et l’achat des chevaux ? Les chevaux peuvent se prendre sur ceux de la Prusse ; le roi de Saxe tient les hommes tout prêts pour les envoyer sur la première demande du général Rapp. Le 20e bataillon de bœufs doit être formé à Danzig; les bœufs doivent être fournis par la Prusse à Danzig. Les chariots doivent déjà être construits. Les cadres sont-ils partis ? Pour les hommes, le général Rapp en prendra à Danzig; le supplément sera fourni par les Polonais. J'ai chargé le roi de Saxe d'organiser un bataillon à la comtoise à mes frais. Je désire cependant que le com­mandant et deux officiers y soient envoyés pour diriger la formation de ce bataillon. L'inspecteur aux revues, qui doit être envoyé à Var­sovie pour faire la revue des hommes de l'armée du duché qui sont à ma solde, fera fournir les avances nécessaires pour l'organisation de ce bataillon d'équipages. Les hommes seront Polonais; le bataillon portera le n° 16. Les bataillons à la comtoise n° 15 et 17 ont-ils leurs cadres nommés ? A-t-on commandé les voitures, harnais et chevaux ? Quand seront-ils disponibles ? Le temps est le grand élé­ment de tout. Il faut que l'inspecteur s'assure bien des faits; c'est de l'argent jeté si on me fait perdre plusieurs mois, car il faudrait faire encore les mêmes dépenses pour y suppléer par d'autres moyens. Le major inspecteur prendra de même des renseignements positifs sur les bataillons de bœufs. Vous lui recommanderez de vérifier soigneusement les renseignements qui lui seront donnés dans les bureaux, et de vous faire sur tout cela un rapport bien circonstancié sur lequel je puisse compter.



Paris, 8 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, renouvelez l'ordre au général Reille de se porter sur Berga et sur la Cerdagne française pour déloger les insurgés. Il n'est que trop vrai qu'ils se nourrissent de France, et qu'ils sont cantonnés à Puycerda, d'où ils ne bougent point. Réitérez-lui l'ordre d'en­voyer une division italienne dans la Navarre. Il tiendra l'autre division italienne dans l’Aragon et gardera avec lui la division française.


Paris, 8 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, je vous ai fait connaître que je donnais le comman­dement de la division polonaise, composée des régiments de la Vistule, au général Claparède : cependant ce général l'ignorait ce matin. D'où vient cette négligence ? J'ai vu également ce matin l'adjudant-commandant Lagrange: comment n'est-il pas parti pour se rendre auprès du prince de Wurtemberg ? Mes ordres s'exécutent bien lente­ment. Faites-le partir dans la journée de demain.


Paris, 8 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, je reçois le rapport du général la Riboisière. Donnez-lui les ordres les plus pressants. Mon intention est que le 12 mars tout ce qui appartient aux équipages de pont se mette en marche de Wesel, de Mayence et de Strasbourg, en se dirigeant sur Magdeburg, afin qu'au 1er avril j'aie dans cette place, sinon tous les che­vaux des équipages de pont, du moins tout ce qu'il sera possible d'avoir. Faites comprendre que tous les chevaux qui n'auront pas passé le Rhin au 10 mars n'arriveront pas à temps pour mes projets.


Paris, 8 mars 1812.

Au maréchal Bessières, duc d'Istrie, commandant la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, vous m'avez dit que le bataillon des Pupilles qui est à Évreux était habillé et armé : il n'a ni habits ni gibernes et est dans le plus mauvais état. Faites-moi connaître quand ce bataillon sera armé et habillé, et faites-moi un rapport sur sa situation, bataillon par bataillon.


Paris, 10 mars 1812.

Au comte Collin de Sussy, ministre des manufactures et du commerce, à Paris

Monsieur le Comte de Sussy, par mon décret du 25 décembre dernier, j'ai accordé un million pour le service des subsistances dans les différentes villes. Sur cette somme, 290,000 francs ont été affec­tés pour les primes données aux boulangers de Paris ; il reste donc encore 710,000 francs disponibles. Comme nous sommes dans l'époque la plus fâcheuse de l’année, il est convenable que vous me présentiez un projet pour la répartition de ce reste de fonds.


Paris, 10 mars 1812.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous renvoie votre rapport sur la sortie du Rivoli, En relisant mes lettres et vos instructions, je ne sais comment il est possible que cet événement soit arrivé. Je désire approfondir cette affaire.

Écrivez au vice-roi pour savoir si la lettre dont copie est ci-jointe a été remise par lui au capitaine Barré, et si en chargeant l'amiral Villaret de remplacer ce capitaine à Venise on lui a remis également copie de vos lettres et instructions. Dans ce cas, cet amiral aurait montré bien peu de prudence. Si le vice-roi n'avait pas communiqué ces lettres et ces instructions à l'amiral Villaret, il serait coupable. Écri­vez-lui là-dessus une lettre honnête, mais ferme. 1° Mon intention était que le vaisseau ne sortit pas qu'il n'y fût présent : y était-il ? 2° J'avais ordonné que le vaisseau fût accompagné de frégates et de corvettes. 3° Un grand nombre d'avisos devaient éclairer la mer, et, dans ce cas, tous bateaux pécheurs sont avisos. Dans votre lettre au vice-roi, relatez-lui les termes positifs des lettres qui lui ont été écrites, et demandez-lui comment, ayant prévu toutes les circon­stances, il se fait qu'on n'ait pas obéi à mes ordres. Comme j'aime à récompenser et à témoigner ma satisfaction quand on fait bien, je désire aussi témoigner mon mécontentement quand on fait mal. Si l'amiral Villaret a reçu les instructions du vice-roi, c'est à lui que je m'en prendrai. Il faut que votre lettre soit raisonnée. Joignez-y copie de ma lettre et des instructions, afin qu'il soit bien convaincu de son tort; cela aura du moins quelque avantage pour l'avenir; il mettra moins de légèreté dans la lecture des ordres.


Paris, 10 mars 1812

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je reçois la situation des hôpitaux au 1er février. J'y vois que les malades sont au nombre de 49,000 au 1er février, et qu'il n'y en avait que 42,000 au 1er janvier; ce qui ferait donc une augmentation de 7,000 malades pendant janvier. Ce premier résultat m'a d'abord effrayé; mais, en y regardant de plus près, je vois que la 32e division est portée pour 6,400 malades au 1er février, et qu'elle était portée pour zéro au 1er janvier; que Danzig est compris pour 1,500 malades dans l’état de février, et qu'il figurait pour zéro dans l'état de janvier: voilà donc une différence de 8,000 qui provient de la manière de disposer les chiffres. Ainsi le nombre des malades a été à peu près le même dans les deux mois de janvier et de février; ils ont diminué en Italie, en Illyrie, dans les îles Ioniennes; ils ont augmenté de 100 hommes dans la 5e divi­sion militaire; ils ont diminué dans la 8e division, dans la 10e et dans la 11e division, quoiqu'il ait passé beaucoup de prisonniers; ils ont également diminué dans la 12e, dans la 16e division, dans la 17e division militaire, enfin ils ont diminué presque partout. Votre résultat n'est donc pas exact ; il y a eu moins de malades en février qu'en janvier, malgré les mouvements extraordinaires de troupes et l’augmentation de 20,000 prisonniers espagnols qui sont entrés dans le pays.


Paris, 10 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au duc d'Abrantès de ce qu'il a été à Munich avant ses troupes, et de ce qu'il a ainsi démasqué mon mouvement deux jours plus tôt ; ce qui est cause que le courrier russe, qui ne serait parti que le 2 mars, est parti le 29 février. Je désire qu'il n'aille pas à Dresde et qu'il reste constam­ment avec ses troupes, marchant avec sa 1e division.


Paris, 10 mars 1812.

Au maréchal Bessières, duc d'Istrie, commandant la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre que la 3e division de la Garde, com­posée des trois régiments de la vieille Garde, parte de Metz pour Mayence, savoir : le 3e régiment de grenadiers, le 13; le 2e de chasseurs et le 2e de grenadiers, le 14 ou le 15. Ces régiments ne séjourneront qu'un jour à Metz. La division d'ambulance avec son matériel, une compagnie de sapeurs, une batterie d'artillerie servie par les canonniers de la jeune Garde et deux batteries d'artillerie à pied, formant seize pièces de canon, avec seize caissons d'infanterie et leur approvisionnement, partiront également de Metz successive­ment pour Mayence. Les trois régiments de cavalerie partis de Paris ne feront qu'un séjour à Metz et continueront leur route sur Mayence. Toute l'artillerie de la réserve de la Garde marchera avec les grena­diers, les chasseurs et les dragons. Enfin le parc d'artillerie de la Garde, y compris la réserve de la Garde, ainsi que le parc du génie, les boulangers et les administrations, se mettront également en marche le 15 pour Mayence.

Donnez ordre au général Walther de se rendre à Mayence pour prendre le commandement de la cavalerie, et de l'artillerie légère qui y sera attachée. Faites partir demain un bataillon de chasseurs, composé de 800 hommes, et un bataillon de 800 grenadiers, sous les ordres d'un major. Vous choisirez les hommes les plus fatigués ou que le voyage en poste incommoderait davantage. Les ambulances, les caissons des deux régiments de grenadiers et de chasseurs restant, les chevaux et bagages des officiers des corps qui doivent partir en poste, et ce qui reste des administrations, partiront avec ces deux bataillons; de sorte qu'il ne reste que 1,600 hommes de toute la vieille Garde, lesquels pourront se porter en poste sur l'Elbe, c'est-à-dire en quinze jours.

Ainsi ma Garde sera composée de la manière suivante, savoir : 1e division (division Delaborde) : 5e régiments de tirailleurs et de voltigeurs, quatre bataillons ; 6e régiments de tirailleurs et de volti­geurs, quatre bataillons; 4e régiments de tirailleurs et de voltigeurs, quatre bataillons ; total, douze bataillons.

2e division : 1er régiments de tirailleurs et de voltigeurs, quatre bataillons; fusiliers, quatre bataillons; flanqueurs, deux bataillons; total, dix bataillons.

3e division (vieille Garde) 1er et 2e régiment de chasseurs, quatre bataillons; 1er, 2e et 3e régiment de grenadiers, six bataillons; total, dix bataillons.

La 2e division sera commandée par le général de division Roguet ; la 3e division, ou division de vieille Garde, sera commandée par le général Curial. Vous me présenterez les adjudants généraux de la Garde qui doivent être employés dans ces divisions.

Cavalerie : les cinq régiments formant 5,000 hommes.

Artillerie : l'artillerie se compose,

1° De quatre compagnies de régiment : une compagnie de huit pièces sera attachée à la division Delaborde; une compagnie de huit pièces à la division Roguet; une de huit pièces aux chasseurs, et une de huit pièces aux grenadiers, formant seize pièces pour la 3e division.

2° Il y aura attachées à la 1e division deux batteries d'artillerie à pied formant seize pièces de la réserve attachée à la Garde; à la 2e di­vision , deux batteries d'artillerie de seize pièces de la réserve atta­chée à la Garde ; à la 3e division, deux batteries ou seize pièces ser­vies par la Garde ; à la cavalerie, deux batteries à cheval de la Garde formant douze pièces; à la réserve, marchant avec le parc, deux bat­teries d'artillerie à cheval de la Garde, douze pièces; quatre batteries d'artillerie à cheval de la ligne, vingt-quatre pièces; deux batteries de pièces de 12 de la ligne attachées à la Garde, seize pièces; deux batteries de pièces de 12 de la Garde, seize pièces; deux batteries d'artillerie à pied de la Garde, seize pièces. Les cent soixante et seize pièces de la Garde seront donc réparties comme il suit, savoir : vingt-quatre pièces à la 1e division; vingt-quatre pièces à la 2e divi­sion; trente-deux pièces à la 3e division; douze pièces à la cavalerie; quatre-vingt-quatre pièces à la réserve; total, cent soixante et seize pièces.

Chaque pièce de canon aura aux divisions un approvisionnement complet; le double approvisionnement sera avec la réserve au parc. Chaque division aura ses seize caissons; les autres caissons seront au parc.

Génie : le génie se compose des compagnies de sapeurs. Une de celles qui sont à Metz doit avoir reçu l’ordre de partir avec la 1e di­vision. Une compagnie sera attachée à la 2e division ; une compagnie sera attachée à la 3e division ; une compagnie sera attachée au parc avec des pontonniers, mineurs et ouvriers, ainsi que la compagnie du grand-duché de Berg, avec ses pontonniers et avec les marins.

Il faut que les états de situation de la Garde me soient désormais présentés dans cette forme. On y portera ce qui existe et ce qui manque. Chaque division aura ses ambulances et la partie des admi­nistrations qui lui est nécessaire; le reste restera au parc avec l'ordon­nateur.

Donnez ordre que la compagnie de marins et tout ce qui peut partir parte demain.

J'approuve l'idée de former aux grenadiers et aux chasseurs une 9e compagnie pour la garde de Paris et pour faire le service auprès de l'Impératrice et du roi de Rome. On composera chacune de ces deux 9e compagnies des hommes malingres sortant des hôpitaux, ou vieux et qui ont besoin de repos.


Paris, 10 mars 1812.

Au maréchal Bessières, duc d'Istrie, commandant la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, il est nécessaire que la Garde emporte ses drapeaux. L'arme des chasseurs n'aura qu'une aigle ; l'arme des grenadiers n'aura qu'une aigle, qui sera toujours portée au 1er régiment de vieille Garde de chaque arme; les grenadiers à cheval n'auront qu'une aigle; les dragons, qu'une aigle ; les chasseurs à cheval, qu'une aigle; les régiments de chevau-légers n'auront point d'aigle.

Donnez ordre aux colonels de fournir le fanion que doit avoir chaque bataillon. Les voltigeurs auront des fanions rouges et les tirailleurs des fanions blancs; ces fanions ne porteront rien qui indique à quel régiment ils appartiennent, ni qu'ils appartiennent à la Garde.


Paris, 10 mars 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 4 mars. Il est fâcheux que sur une simple lettre d'Aldini vous ayez laissé introduire des marchan­dises coloniales venant d'Allemagne. Il faut un décret pour autoriser de pareilles violations du système continental. Ce n'est pas en n'em­pêchant pas la circulation de ces marchandises que vous avez mal fait, mais c'est en autorisant leur entrée sur une simple lettre.


Paris, 11 mars 1812

NOTE DICTÉE EN CONSEIL DES MINISTRES.

Sa Majesté se fait rendre compte de la ressource qu'offrent, pour les secours à la classe indigente du peuple, les soupes à la Rumford. Elle remarque que les soupes à la Rumford n'exigent point de blé. Le fait est qu'on manque de blé en France. Il faudrait ordonner à l'administration des villes et aux préfets de faire établir partout une grande quantité de fourneaux pour les soupes à la Rumford, non seulement à délivrer gratis, mais encore à vendre. Il faudrait d'abord en établir dans les communes des environs de Paris, et notamment à Saint-Denis. Les ministres de l'intérieur et des manufactures s'oc­cuperont de l'exécution de ces dispositions. Le ministre de l'intérieur écrira à tous les préfets pour leur faire connaître que l'Empereur a vu avec mécontentement que, dans les pays où le pain est très-cher et les subsistances rares, ils n'aient pas pris des mesures pour faire établir des soupes à la Rumford par des entrepreneurs qui les vendraient au public. Il établira le calcul qu'une soupe coûte tant et nourrit comme tant de pain; qu'ainsi, dans les moments de pénurie, cette ressource offre au peuple un moyen de se nourrir comme si le pain ne coûtait que tant. Il leur enverra une instruction sur la ma­nière de construire les fourneaux et d'établir les soupes.

On pourrait ensuite les donner à moitié prix. À Saint-Denis et dans les environs de Paris, il faudrait que le préfet fît faire les soupes par des entrepreneurs et les fit afficher. Il faudrait également à Paris introduire l'usage de les vendre, ce qui devrait être absolument séparé de la distribution gratuite. D'ailleurs, l'ouvrier qui a un peu d'ai­sance peut rougir d'aller à la charité, tandis qu'il peut trouver com­mode, surtout pour ses enfants, d'en acheter à bon marché. Il y a plus d'avantage pour le peuple de les établir à vendre que de les donner gratis, car la distribution gratuite ne peut être que limitée, au lieu que dans les pays où le blé est cher cela pourrait prendre une grande extension.

L'administration pourrait, d'ailleurs, aider en fournissant les fours et en veillant à ce que les soupes fussent bonnes et au meilleur mar­ché possible.

L'Empereur ajoute à ces observations les questions suivantes :

Quelle est la manière de se procurer dix millions pour subvenir aux besoins de la classe indigente de la France, ce qui, pour avril, mai, juin, juillet et août, ferait deux millions par mois ? Les ressources paraissent être le revenu des communes.

S'il reste des fonds de départements, soit en non-valeurs, soit des compagnies de réserve, non-seulement de l’année courante, mais de tous les exercices arriérés, soit enfin des économies qui peuvent être faites sur les budgets, en ajournant des dépenses moins urgentes et en accordant quelque chose sur le trésor, s'il est nécessaire ?

Les fonds une fois trouvés, quelle est la manière de les employer, de telle sorte que cela ne soit pas une source d'abus plus nuisible qu'utile ? Ces dix millions doivent être employés à soulager la classe indigente, pour l'indemniser de la hausse du blé. Il faut donc con­naître les départements où le prix est le plus élevé et qui souffrent, et enfin déterminer quelle doit être la distribution de ces fonds entre les départements, et le procédé à suivre pour arriver au but.

Il faut marcher dans la direction qui a été donnée à Paris ; on y a distribué trente mille livres de pain et quarante mille soupes à la Rumford. On peut se vanter aujourd'hui qu'aucun habitant de la capi­tale ne souffre de la faim.

Les ministres de l'intérieur et des manufactures, le ministre du trésor, les conseillers d'État composant le conseil des subsistances et les ministres d'État Regnaud et Defermon se réuniront chez le mi­nistre de l'intérieur, avec le ministre de la police et le conseiller d'Étal directeur général de la comptabilité des communes, pour s'oc­cuper de ce projet.


Paris, 11 mars 1812.

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, on envoie beaucoup d'argent à Corfou; cela a des inconvénients. Je désire que vous envoyiez, à compte de ce que vous y faites passer, 500,000 francs en bons du trésor payables, savoir : 300,000 francs par le trésorier de Venise ou de Trieste et 200,000 francs par le trésor de France. Vous man­derez au payeur que les 300,000 francs serviront à payer les achats faits en Illyrie (les Illyriens se feront bien payer à Trieste), et les 200,000 francs pour ceux qui voudront envoyer leur argent en France.


Paris, 11 mars 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est d'avoir six bataillons de 840 hommes chacun, formés de prisonniers espagnols, de bonne volonté, conformément au décret que j'ai pris; ce qui fera trois régiments.

Le 3e bataillon du régiment de Walcheren est à Strasbourg, et j'ai ordonné par mon décret qu'il prendrait 800 prisonniers. Le 4e batail­lon de Walcheren est en marche de l'île de Ré avec 900 conscrits réfractaires. Mon intention est que ce bataillon vienne à Paris; il continuera de Paris sa route sur l'armée, où il sera incorporé dans l'infanterie de ligne, et le cadre reviendra à Strasbourg pour y prendre des prisonniers espagnols. Vous donnerez ordre au major du régi­ment de Walcheren de se rendre à Strasbourg pour présider à la for­mation et à l'habillement de ces deux bataillons.

Il est nécessaire que les officiers du 4e bataillon ne sachent pas que leurs soldats doivent être incorporés dans les régiments de l'ar­mée, parce qu'ils porteraient moins de zèle à y arriver intacts.

Donnez ordre au cadre du 3e bataillon du régiment de Belle-Île, complété en officiers et sous-officiers, de partir sous les ordres du major du régiment et avec le 4e bataillon complété à 900 conscrits réfractaires, pour se rendre à Paris. Le cadre du 3e bataillon dou­blera celui du 4e bataillon jusqu'à leur arrivée à Paris. Vous ferez retirer du 4e bataillon tous les hommes malingres, les mauvais sujets et ceux dont on ne serait pas sûr.

Arrivé à Paris, le cadre du 3e bataillon se rendra à Strasbourg pour prendre des Espagnols, et le 4e bataillon rejoindra la Grande Armée. Lorsqu'il sera arrivé, on l'incorporera dans l'infanterie légère, et le cadre retournera à Strasbourg pour y prendre des prisonniers espagnols.


Donnez ordre que les cadres des 3e et 4e bataillons du régiment de l'île de Ré, sous les ordres du major, se rendent à Strasbourg pour y recevoir des Espagnols.

Il ne restera donc aux régiments de Walcheren, de Belle-Île et de l’île de Ré, que les 1er, 2e et 5e bataillons.

J'aurai ainsi à Strasbourg trois régiments composés d'Espagnols, commandés par les majors.

La comptabilité se rattachera à celle des régiments de Walcheren, de Belle-Île et de l’île de Ré.

Chargez le général Kindelan, que je nommerai inspecteur des Espagnols et auquel je donnerai le rang de général de division, d'aller passer la revue des dépôts de prisonniers espagnols et d'y choisir les meilleurs sujets, en exécutant tout ce qui est prescrit par mon décret. Vous donnerez ordre que les hommes de ces nouveaux bataillons qui déserteraient, et qu'on ne jugerait pas à propos de fusiller pour l'exemple, soient conduits dans l'île de Walcheren.

Les Espagnols qui seront incorporés dans le bataillon de Belle-Île prendront l'uniforme d'infanterie légère affecté à ce régiment. Ceux qui seront incorporés dans les régiments de Walcheren et de l'île de Ré porteront l'uniforme d'infanterie de ligne de ces régiments, hormis que, dans chaque régiment, ils auront des parements et revers bleus avec un passepoil jaune, pour qu'on les distingue facilement de toute arme française.

Je ne m'opposerai point à ce que, lorsqu'il y aura des vacances, on mette dans ces bataillons quelques officiers et sous-officiers espa­gnols sûrs.

En conséquence de ces dispositions, mon intention est de rappor­ter le décret qui crée le régiment de Catalogne.


Paris, 11 mars 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, réitérez l'ordre aux majors des régi­ments de la Vistule de n'admettre que des Polonais et de rejeter tout ce qui est allemand et russe ; ces régiments ne doivent avoir que des hommes parlant polonais.

Donnez ordre au détachement du 7e régiment de chevau-légers polonais, qui arrive à Saint-Jean-d'Angely, d'en partir pour Sedan avec le dépôt du régiment.

Donnez ordre que les dépôts des trois régiments polonais du grand-duché de Varsovie qui sont du côté de Bordeaux se rendent à Sedan. Ces dépôts laisseront aux lieux où ils sont ce qui sera nécessaire aux régiments qui reviennent d'Andalousie et qui passeront à ces dépôts. Il est nécessaire que ces régiments trouvent, en arrivant à Sedan, de quoi s'habiller et s'équiper, et se mettent en état de continuer leur route pour entrer en campagne en arrivant dans le Grand-Duché.


Paris, 12 mars 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, remettez-moi la situation de la cava­lerie de la Grande Armée, arme par arme et régiment par régiment. Que cette situation parte du 1er mars; qu'elle me fasse connaître l'état au 1er mars des hommes de chaque régiment à cheval rendus en Alle­magne, première colonne; dans une deuxième colonne, ce qui est à cheval en route pour rejoindre, avec l'époque du départ et de l'arri­vée; dans une troisième colonne, ce qui est à pied au dépôt de Hanovre ; dans une quatrième colonne, ce qui existe en France ; dans une cinquième colonne, les hommes à recevoir de la conscription de 1812. On fera connaître dans le même état les chevaux existants, à recevoir soit en France, soit en Allemagne. Enfin vous me ferez con­naître également ce qu'il y aurait de disponible en hommes montés aux dépôts, au 15 mars, et ce qu'il y aurait de disponible, habillé et équipé, mais non monté, qu'on pourrait envoyer en Allemagne pour prendre des chevaux.


Paris, 13 mars 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, expédiez aujourd'hui l'aide de camp du duc de Raguse. Mandez à ce maréchal que vous m'avez mis sous les yeux sa dernière lettre; que la réunion de ses forces à Salamanque n'est pas suffisante pour le but qu'il doit remplir; qu'il est nécessaire qu'il jette un pont sur l'Agueda et y ait une tête de pont, afin que, si l'en­nemi laisse moins de cinq divisions sur la rive droite du Tage, il puisse se porter sur la Coa, sur Almeida, et ravager tout le nord du Portugal ; que la saison des pluies doit finir ; que si Badajoz est pris par deux simples divisions anglaises, et que lui, duc de Raguse, ait retenu sur la rive droite cinq divisions anglaises, la prise de Ba­dajoz ne pourra pas lui être imputée et retombera tout entière sur l'armée du Midi; que si, au contraire, l'ennemi s'affaiblit de plus de cinq divisions et n'en laisse que deux, ou même trois ou quatre sur la rive droite, ce sera la faute de l’armée de Portugal si elle ne marche pas sur le corps de l'ennemi, n'investit pas Almeida, ne ravage pas tout le nord du Portugal et ne jette pas des partis jusqu'au Mondego, qu'enfin le rôle principal de l'armée de Portugal se réduit à ceci : tenir en échec six divisions de l'armée anglaise ou au moins cinq, prendre l'offensive dans le Nord, ou si l'ennemi a pris l'initia­tive, ou si toute autre circonstance l'ordonne, faire filer par le Tage sur Almaraz, pour faire lever le siège de Badajoz, autant de divi­sions qu'en aura fait filer lord Wellington.

Lorsque vous aurez expédié cette lettre, vous direz à l'aide de camp de venir à l'Élysée à huit heures; je lui dirai un mot.


Paris, 13 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, prévenez le duc de Reggio que probablement je lui expédierai des ordres qui devront être exécutés vers le 20 ; que je ne suis pas encore décidé sur ce mouvement, mais que j'ai cru devoir l'en prévenir, afin que, recevant les ordres, il puisse les exécuter vingt-quatre heures après. La brigade Corbineau et la division de cuirassiers avec douze pièces d'artillerie légère, formant 3 ou 4,000 chevaux, passeront les premières le pont de Magdeburg pour se diri­ger sur Berlin. Lui, de sa personne, avec son quartier général et la division Legrand, déboucherait un jour après. La division Verdier partirait le même jour de Brunswick. Le parc de l'armée partirait avec la division Verdier. La division Belliard se centraliserait à Mag­deburg. Le maréchal entrerait à Berlin avec ses 4,000 hommes de cavalerie et la division Legrand. La division Verdier resterait à Mag­deburg. Le parc y resterait également. Les choses resteraient ainsi jusqu'à nouvel ordre. Il est donc nécessaire que les troupes de la division Verdier prennent position entre Brunswick et Magdeburg, et que les compagnies soient placées de manière à pouvoir déboucher en vingt-quatre heures. Le maréchal aura une instruction sur la manière de se conduire et sur tout ce qu'il doit faire ; il ne doit en­core que se préparer et ne rien laisser transpirer de ce mouvement. Ses dispositions doivent être faites de manière à se faire honneur par la belle tenue de l'armée. Il pourra s'arrêter, s'il est nécessaire, un jour à Brandenburg. Il devra éviter Potsdam, où, par la convention, on ne doit pas passer. Je suppose que tout son parc sera bien attelé, que chaque division aura ses ambulances, que l'armée aura ses com­pagnies d'équipages militaires, et que rien ne sera conduit par réqui­sition. Envoyez au maréchal une estafette extraordinaire à ce sujet, et que, par le retour, il vous fasse connaître quelle sera la situation de tout son corps d'armée en cavalerie, infanterie, génie, artillerie, sapeurs, etc., au moment de son entrée. Son infanterie pourrait marcher par brigade, chaque brigade ayant, indépendamment de ses canons et caissons de régiments, savoir : la 1e brigade, les batteries d'artillerie à cheval, et la 2e brigade, les batteries d'artillerie à pied. Généraux, officiers d'état-major, ordonnateurs, etc., tout le monde restera à son poste et ne marchera qu'avec la troupe. Le général Doumerc commandera toute la cavalerie.


Paris, 13 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, faites-moi un rapport sur le service de l'estafette. Il devient nécessaire d'établir une estafette de Paris à Magdeburg et Berlin. Je pense qu'il sera nécessaire de conserver jusqu'au 1er avril l'estafette de Paris à Hambourg. À dater du 1er avril, la ligne de l'estafette sera transportée de Hambourg à Magdeburg, et il n'y aura plus d'autre estafette que celle de Magdeburg à Paris par Mayence. Au 1er avril, l'estafette ira jusqu'à Berlin et même jusqu'à Stettin.


Paris, 14 mars 1812.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, remettez-moi dans la journée un rapport qui me fasse connaître le nom et l'organisation des deux batail­lons de flottille qui sont sous les ordres du vice-amiral Ver Huell, et présentez-moi un projet d'ordre pour faire partir 1,000 de ces ma­rins, français ou hollandais, pour se rendre en diligence à Danzig. Proposez-moi en même temps de faire partir 1,000 autres de ces marins, français ou hollandais, bien armés et bien équipés, sous les ordres du contre-amiral Baste, pour Magdeburg. Il est nécessaire que ces hommes soient armés, qu'ils aient leurs cartouches et des gibernes. Les deux équipages, tant celui qui part du Nord que celui qui part de Boulogne, et la compagnie de 200 hommes des marins de la Garde que le duc d'Istrie a eu ordre de faire partir, seront sous les ordres du vice-amiral Ganteaume s'il peut suivre l’armée. Si l'amiral Ganteaume n'est pas en état de faire la campagne, le capitaine Motard ne pou­vant pas venir, le contre-amiral Baste commandera. Enfin le vice-roi emmène avec lui deux compagnies de marins italiens de Venise. Cela fera donc 2,400 marins que j'aurai à l'armée, indépendamment des deux bataillons d'ouvriers de la marine, qui porteront à 4,000 hom­mes les troupes de la marine.

Vous confierez l'exécution des ordres relatifs au mouvement de la flottille sur Cherbourg à un autre officier; d'ailleurs, il me semble que la saison est bien avancée pour qu'il soit prudent de faire ces mouvements devant l'ennemi, surtout pour les prames. Vous me ferez un rapport qui me fasse connaître où en sont les armements et ce qu'il sera convenable de faire de ce qui restera à Boulogne.


Paris, 14 mars 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, la brigade de fusiliers de la Garde est arrivée à Bayonne le 13; la brigade des 1er régiments de voltigeurs et de tirailleurs est arrivée le 14. Mon intention est que ces huit ba­taillons partent en poste du lieu où on les rencontrera pour se rendre à Paris, en faisant trois ou quatre étapes par jour. Chargez le duc d'Istrie d'envoyer au-devant de ces régiments un officier qui sera porteur de vos ordres aux différents préfets pour que tout soit préparé.


Paris, 14 mars 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, témoignez mon mécontentement au général qui commande à l'île d'Elbe du peu d'instruction du 7e ba­taillon du 6e de ligne et du 14e léger; ces hommes savent à peine manier les armes ; c'est la faute de ce général : s'il leur avait fait faire l'exercice, et s'il en avait passé la revue lui-même toutes les semaines, ces hommes, qui n'avaient presque rien à faire, seraient aujourd'hui parfaitement instruits. Faites-lui les mêmes reproches pour les hommes tirés des bataillons de la Méditerranée.

Témoignez mon mécontentement au général qui commande en Corse de la mauvaise qualité des fournitures faites aux soldats par l'administration du régiment de la Méditerranée. Les chemises et les souliers sont si mauvais, que le soldat n'a pu s'en servir. Faites faire une enquête pour connaître les auteurs des infidélités et malversa­tions qui ont été commises.

Écrivez à la Grande-Duchesse pour que toutes les troupes qui sont à l'île d'Elbe soient réunies par bataillon tous les jours, de sorte que, d'ici un mois, elles puissent commencer l'exercice à feu et être parfaitement instruites. Recommandez-lui d'envoyer des officiers pour surveiller l'exécution de ses ordres.

Si le chef de bataillon du 3e bataillon étranger, qui est arrivé à Livourne, n'est pas bon, il faut qu'on en mette un autre.

Le secrétaire des commandements de la Grande-Duchesse ne doit pas correspondre avec vous; écrivez que ce n'est pas convenable; qu'il peut faire les lettres, mais que tout doit être signé de la Grande-Duchesse ou par son mari ; que cette manière de faire est ridicule et contraire à la dignité de mes ministres et au bien du service; qu'en fait d'armée il n'y a pas de rang ; le roi d'Espagne doit écrire lui-même au ministre de la guerre, comme il écrit au major général quand il lui rend compte du commandement que je lui ai confié.


Paris, 14 mars 1812.

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de la Grande Armée, à Paris

Monsieur le Comte la Riboisière, je vous envoie cette lettre par un de mes pages, afin d'être sûr qu'elle vous sera remise en main propre, et pour qu'elle ne sorte point de vos mains. L'objet de cette lettre est de vous faire connaître (et je vous mets seul dans mon secret) que mon intention est de débuter dans la campagne par le siège de Dinabourg et par celui de Riga. Je destine l'équipage de siège de Danzig pour Riga et l'équipage de siège de Magdeburg pour Dinabourg. Prenez indirectement et secrètement des renseignements sur ces deux places, et faites-moi connaître, par une note écrite de votre propre main, la composition de l'une et de l'autre de ces places. Faites-moi connaître combien de bateaux il faudrait pour embarquer l'équipage de Magdeburg; il n'y a pas de temps à perdre, désirant qu'il soit embarqué le 1er avril, pour être transporté par la Vistule. Faites-moi connaître combien il faut de jours pour que cet équipage arrive à Bromberg; il faudrait qu'il y fût rendu le 1er mai. Il devra là descendre et continuer la navigation sur le Haff, entrer dans le Haff de Memel, et remonter le Niémen jusqu'à Vilna, d'où il sera porté par terre devant la place de Dinabourg; ce qui est un trajet d'environ quarante lieues. Les mêmes bateaux pourraient-ils suffire pour tout ce trajet, ou faut-il qu'ils rompent charge, et combien de fois ? Il sera nécessaire que cet équipage soit arrivé au 1er juin à Vilna, afin de pouvoir ouvrir la tranchée vers la mi-juin.

Dans le matériel que vous avez à transporter, mettez le matériel du génie, ne jugeant pas nécessaire de mettre le général du génie dans ma confidence.

Combien faut-il de bateaux pour porter l'équipage de Danzig ? De Danzig, cet équipage devra être transporté, soit sur Memel, soit sur Tilsit, pour de là se rendre par terre devant Riga ; c'est un trajet d'une soixantaine de lieues. Les mêmes bateaux peuvent-ils aller à Tilsit ou à Memel ? Quel jour faut-il que le chargement ait lieu à Danzig, et combien de jours faut-il pour opérer le transport ? Il est indis­pensable qu'il ne s'opère qu'au moment opportun, pour ne rien démasquer; le chargement de l'équipage de Magdeburg ne démas­quera rien, puisqu'il peut être censé destiné à l'armement de Danzig ou de Thorn. Enfin faites-moi connaître combien de voitures il fau­dra pour transporter l'un et l'autre de ces équipages de Vilna à Dina­bourg et de Memel à Riga. Je suppose que le siège de ces places ne m'arrêtera pas plus de quinze jours, savoir : cinq jours pour l'investissement, l'ouverture de la tranchée, la construction des batteries et le commencement du feu et dix jours de tranchée ouverte. Il faut donc que les approvisionnements soient arrivés dans quinze jours, à raison d'un convoi par jour, de Memel et de Vilna. Quelle portion de chevaux l'armée pourra-t-elle fournir pour ce charroi, et quelle est la portion qu'il faudra prendre dans le pays ?


Paris, 15 mars 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je ne veux point faire acheter d'eau-de-vie à Vienne; mais je vous autorise à charger le comte Otto, mon ambassadeur, de traiter avec un fournisseur pour l'achat de deux millions de bouteilles de vin de Hongrie, avec les conditions qu'il ne reviendra pas à plus de dix sous la bouteille rendu à Varsovie; ce qui fera la dépense d'un million.


Paris, 15 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez l'ordre le plus précis au général Dorsenne de faire partir les trois régiments de marche de l'armée de Portugal pour cette armée. Cet ordre ne souffre pas de délai ; il faut que ces trois régiments rejoignent.

Donnez-lui l’ordre d'envoyer des officiers à la recherche de la division Palombini pour hâter sa marche.

Les sept régiments de marche d'infanterie de l'armée du Midi, formant une seule colonne avec les régiments de marche de cava­lerie, se rendront à Madrid et de là à Séville, pour renforcer leurs régiments. Tous les régiments de marche de l'armée de Portugal se rendront à l'armée de Portugal, où ils seront dissous, et les cadres rejoindront leurs dépôts.

L'armée du Nord sera composée de la manière suivante, savoir : de la division Caffarelli, de la division Palombini, de la division de la Garde, 2e, 3e de voltigeurs et de tirailleurs, gardes nationales , dix bataillons, et d'une division composée du 40e et du 34e de ligne, de ce qui reste du 34e léger, du 113e et des détachements suisses.

Réitérez l'ordre que tout ce qui appartient à la Garde de Paris rejoigne sans délai en France.

Faites connaître au général Dorsenne qu'on envoie à Saint-Sébastien, à Vitoria, à Burgos, des régiments de marche, mais qu'il est nécessaire qu'au moment où des troupes reviennent d'Espagne les Espagnols voient des troupes rentrer dans l'intérieur de l'Espagne.

Donnez ordre que tout ce qui appartient à l'armée de Valence parte de l'armée du Nord pour s'y rendre.

Ces différents ordres ne souffrent aucun délai dans leur exécution.


Paris, 16 mars 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, dans mon dernier voyage en Hollande, j'ai ordonné par différents décrets que plusieurs compagnies dépar­tementales fussent augmentées. Pourtant il n'y a rien de fait, et, lorsqu'on parle de ces décrets aux préfets, ils ne savent même pas ce que cela signifie. Envoyez ces décrets à Hogendorp; chargez-le dé­passer la revue de ces compagnies et de prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'avant la fin d'avril elles soient organisées confor­mément à mes décrets.

Présentez-moi aussi un projet d'instruction au général Molitor et au commandant de la 31e division militaire, pour qu'en cas d'évé­nements on puisse réunir ces compagnies en un bataillon provisoire ; ce qui, joint à la garde soldée de Rotterdam et d'Amsterdam, doit faire un corps de plus de 3,000 hommes pour la défense du pays.


Paris, 16 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, faites connaître au roi d'Espagne, par une estafette extraordinaire qui partira ce soir, que je lui confie le commande­ment de toutes mes armées en Espagne, et que le maréchal Jourdan remplira les fonctions de chef d'état-major. Vous donnerez en même temps cet ordre au maréchal Jourdan. Vous informerez le Roi que je lui fais connaître mes intentions sous le point de vue politique par le canal de mon ambassadeur.

Vous écrirez au maréchal Suchet, au duc de Dalmatie et au duc de Raguse, que j'ai confié an roi d'Espagne le commandement de mes armées dans ce royaume ; que le maréchal Jourdan fera les fonctions de chef d'état-major, et qu'ils aient à se conformer à tous les ordres qu'ils recevraient du Roi pour faire marcher les armées dans une même direction.

Vous écrirez, en outre, particulièrement au duc de Raguse que la nécessité de mettre de l'ensemble dans les armées du Midi, de Valence et de Portugal, m'a déterminé à donner au roi d'Espagne le commandement de ces armées, et qu'il ait à régler ses mouvements sur les ordres qu'il en recevra.

Dans la journée de demain, vous écrirez plus en détail au Roi, mais il est nécessaire d'expédier ce soir une estafette à Bayonne. Vous chargerez le général l'Huillier de faire partir un officier en poste pour porter votre lettre au Roi.


Paris, 16 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, faites connaître au prince d'Eckmühl que je lui ai envoyé les ordres de mouvement pour le 1er avril, dans la supposi­tion que les Russes ne quitteront pas leur frontière et ne commen­ceront pas les agressions ; que dans ce cas tout ce que j'ai ordonné s'exécutera littéralement, et que le principal sera de faire reposer les troupes, de bien les faire nourrir, d'organiser les ponts et têtes de pont de la Vistule, et d'être, en un mot, maître de partir de là pour commencer la campagne avec activité, si les hostilités ont lieu. Mais si, au contraire, les Russes commençaient les hostilités et entraient en Prusse ou dans les États du Grand-Duché, le 5e corps, qui est de près de 40,000 hommes et que commande le prince Poniatowski, serait appuyé par le 7e, qui est fort de 20,000 hommes, et par le 8e qui est également fort de 20,000 hommes. Le roi de Westphalie, qui sera rendu le 1er avril à Krossen, à la tête de son contingent, et qui suivra sa marche jusqu'à Varsovie, prendra alors le commande­ment de ces trois corps, qui seront commandés par le prince Ponia­towski et par les généraux Vandamme et Reynier, et avec ces trois corps verrait à couvrir Varsovie. Le 1er corps s'avançant sur l'Aile, sur Osterode, Allenstein et Guttstadt, menacerait de tourner les corps qui déboucheraient par Varsovie par Grodno et obligerait l'en­nemi à garder le Niémen. D'ailleurs, aux premières nouvelles du prince d'Eckmühl, le 2e, le 3e et le 4e corps se mettraient en grande marche de Krossen, de Berlin, de Küstrin et de Glogau, pour se diriger tous les trois sur Thorn, ce qui réunirait 250,000 hommes sur la gauche. J'ai désiré que le prince d'Eckmühl connût ces idées générales, afin qu'il se comportât en conséquence.

Il est nécessaire qu'on ignore jusqu'au dernier moment que le roi de Westphalie doit commander ma droite.

Si, au contraire, les Russes ne font aucun mouvement, le prince Poniatowski placera alors les Saxons et les Westphaliens entre Kalisz et Varsovie pour les nourrir plus facilement. Le 1er corps fera son mouvement comme je l'ai ordonné, et les 2e, 3e et 4e corps ainsi que la Garde s'avanceront successivement et méthodiquement dans le courant d'avril. Le grand quartier général sera à Berlin le 1er avril.

Le prince d'Eckmühl doit, au contraire, se faire annoncer à Varso­vie avec tout son corps d'armée, comme s'il était destiné à s'y rendre.


Paris, 16 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au duc d'Elchingen, 1° d'occuper pour tête de pont Torgau, au lieu de Wittenberg; 2° de faire venir sur l'Elbe toute la cavalerie et le parc, qui sont en arrière à Gollia et ailleurs, en s'étendant dans le pays de Dessau, qui va être évacué par les Westphaliens, dont le mouvement commence le 24; de sorte qu'au 1er avril tout son corps, ainsi que le 2e corps de cavalerie, soit pelotonné de Leipzig à Torgau et à Wittenberg, et que, s'il en reçoit l'ordre au 1er avril, il puisse se mettre en marche pour se diriger sur l'Oder.


Paris, 16 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de faire passer le pont de l'Elbe, du 21 au 24, à la brigade de cavalerie du général Corbineau et à la 3e division de cuirassiers avec ses douze pièces d'artillerie légère; de diriger ces 4,000 chevaux sur Brandenburg; de faire passer le lendemain la division Legrand et de la diriger éga­lement sur Brandenburg; de mettre en même temps en marche la division Verdier et de la diriger également sur Brandenburg; de faire passer son parc et de le diriger sur Brandenburg; de réunir toute la division Belliard à Magdeburg. La cavalerie et la 1e division d'infan­terie séjourneront à Brandenburg le temps nécessaire pour n'entrer à Berlin que le 28 mars, où le maréchal entrera avec ses 4,000 hom­mes de cavalerie, sa 1e division, l’artillerie de sa division et les équipages militaires de sa division. La division Verdier restera à Brandenburg avec le parc de l'armée. La division Belliard passera l'Elbe le 27 ou le 28, et se cantonnera entre Magdeburg et Brandenburg.

Vous communiquerez au duc de Reggio les extraits du traité avec la Prusse relatifs à la non-occupation de Potsdam. Il doit donc de Brandenburg suivre une autre route que celle de Potsdam, où ses troupes ne peuvent pas entrer. Il doit également ne pas occuper le palais de Charlottenburg, ni le palais du roi à Berlin. 1,500 Prus­siens doivent rester pour garder Potsdam ; une compagnie doit rester pour garder Charlottenburg; une autre compagnie de Prussiens doit également rester pour garder le palais de Berlin. Il ne doit y avoir aucune troupe à Spandau; les Prussiens n'y auront que des invalides. Le duc de Reggio me fera connaître dans quelle situation est cette place. Sans occuper la forteresse, il faut placer un bataillon dans la ville. Donnez l'ordre au grand quartier général de séjourner deux ou trois jours à Erfurt ; après, il continuera sa route pour se rendre à Berlin, où pourtant il est nécessaire qu'il n'arrive pas avant le 1er avril, c'est-à-dire qu'il ne doit y arriver que deux jours après que le maréchal duc de Reggio y sera entré. Soumettez à mon approba­tion la route que le quartier général doit faire chaque jour. Écrivez au comte Saint-Marsan pour lui faire connaître en gros le mouve­ment du 2e corps, que commande le duc de Reggio.


Paris, 16 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, instruisez le prince d'Eckmühl que, le 28 mars, le 2e corps entre à Berlin; que le 3e corps, sous les ordres du duc d'Elchingen, sera dans les premiers jours d'avril sur l'Oder à Krossen ; que les Bavarois et le 4e corps ou l'armée d'Italie arrivent à Glogau ; que désormais je ne puis plus donner des ordres de détail ; que je ne puis plus donner que des instructions, puisqu'on s'approche des fron­tières de l'ennemi; que mon intention est que le général Dessaix parte le 1er avril de Küstrin, avec la 2e brigade de cavalerie légère du 1er corps d'armée et les deux régiments de sa division qui sont à Küstrin, pour se diriger sur Posen; que le régiment de sa division qui est à Glogau se dirige également sur Posen, de sorte qu'avant le 10 avril ce général, avec sa division, avec l'artillerie de sa division et la brigade de cavalerie légère, soit réuni à Posen. Il enverra en avant des commissaires des guerres pour que les vivres soient assurés à sa troupe. En partant de Küstrin, il fera distribuer le pain pour quatre jours et il en portera pour quatre jours avec lui, afin que sa marche n'éprouve aucun ralentissement et que le soldat ne manque de rien. La division de cavalerie du général Bruyère et la division Gudin se porteront sur Thorn, où elles pourront être également du 10 au 12. Une division du corps d'armée pourra se diriger par la route, le long de la mer, pour arriver plus rapidement à Danzig, sans pour­ tant passer à  Kolberg, que nous ne devons pas occuper. La grosse cavalerie se dirigera sur Marienwerder. Le prince d'Eckmühl portera son quartier général et le parc de son armée à Thorn. Du 10 au
15 avril, il fera occuper Marienburg et travailler sans délai à établir les ponts à Dirschau et à Marienburg, si toutefois la débâcle a eu lieu. Il fera travailler aux ouvrages de Marienburg pour les relever et les mettre en état, afin que quinze jours après on puisse les armer.

Il   fera également relever la tête de pont de Marienwerder et rétablir le pont. Au même jour, 1er avril, le prince d'Eckmühl donnera l'ordre aux Saxons de partir de Krossen (les Saxons étaient à Guben et non à Krossen ; voir la lettre suivante) le 30 pour se porter sur Kalisz ; au prince Poniatowski de réunir tous les Polonais sur Var­sovie, en faisant venir sur Varsovie tout ce qui serait du côté de Posen et en retirant également tout ce qu'il y aurait à Thorn; de sorte qu'en cas d'événement le prince Poniatowski ait pour défendre le duché les trois divisions polonaises et le corps saxon, qui de Kalisz pourra se porter rapidement sur Varsovie.

Ainsi, du 10 au 12, si les Russes n'ont fait aucun mouvement qui ait obligé le prince d'Eckmühl à changer ces dispositions, le quartier général sera à Thorn, ayant dans des cantonnements en avant, mais pas très-loin, la cavalerie légère et tout le 1er corps de cavalerie; ayant à Thorn une division; en ayant une autre à Posen; la 7e division réunie à Marienburg, et les trois autres se trouvant, une sur Marienwerder et aux environs, et deux sur Danzig; les Polonais réunis sur Varsovie, leur cavalerie légère en avant; les Saxons à Kalisz, prêts à se porter sur Varsovie. La garnison de Stettin sera formée par plusieurs bataillons de la division Daendels, ainsi que la garnison de Küstrin. Si les Russes ne commettent pas d'hostilités, soit en entrant en Prusse, soit en entrant dans le Grand-Duché, le prince d'Eckmühl laissera ainsi reposer toutes ses troupes jusqu'au 15 avril, et d'ici à cette époque il aura de nouvelles instructions.

Il est nécessaire, 1° d'approvisionner Thorn; à cet effet j'ai de­mandé que la Prusse versât une grande partie de ce qu'elle doit verser; 2° je désire que le prince d'Eckmühl fasse embarquer tout ce qu'il a dans les magasins de Küstrin, en farine, blé, biscuit, avoine, etc., et qu'il le fasse venir à Thorn ; je désire également qu'il fasse mettre, soit dans ses caissons, soit dans des voitures, le plus de biscuit et de farine qu'il pourra à Stettin et les dirige également sur Thorn ; 3° qu'on forme sur-le-champ à Thorn une manutention capable de faire par jour 60,000 rations de pain, et qu'on y établisse un grand magasin. On doit avoir à Danzig 2,000,000 de rations de biscuit, indépendamment de 250,000 quintaux de farine, avec beaucoup de biscuit et de riz ; il est nécessaire qu'on ait des bâtiments pour em­barquer cela. Il faut s'assurer 300,000 quintaux poids de marc de blé, et 100,000 quintaux de seigle, de manière à avoir, à nous appartenant, 600,000 quintaux à Danzig, y compris les 25,000 quintaux déjà existants. Il faut qu'au Grand-Duché on fasse sans délai des magasins à Modlin et à Varsovie pour pouvoir nourrir l'armée. Enfin, le grand quartier général devant être le 1er avril à Berlin, l'intendant général et les généraux commandant l'artillerie et le génie, qui arrivent dans cette ville, donneront de là les ordres de détail pour leur service.

Faites-moi connaître si vous avez un chiffre avec le prince d'Eckmühl; si vous n'en avez pas, établissez-en un avec lui et avec tous les corps d'armée, parce que mon intention est de leur faire parvenir en chiffre les ordres pour les mouvements les plus importants. Pré­venez directement le général Reynier, qui commande les Saxons, de l’ordre qu'il va recevoir du prince d'Eckmühl de partir le 1er avril pour se rendre à Kalisz. Recommandez-lui d'envoyer un aide de camp au prince Poniatowski pour le prévenir qu'il sera en mesure de se porter, s’il est nécessaire, au secours de Varsovie et d'appuyer le corps du Grand-Duché. Donnez l’ordre au corps westphalien de passer, le 24, l’Elbe à Dessau et de se diriger sur Krossep, de manière à y être arrivé le 1er ou le 3 avril. Instruisez également le prince d'Eckmühl du mouvement du corps westphalien sur Krossen, et que ce corps doit se rendre sur Kalisz et de là sur Varsovie. Le prince d’Eckmühl activerait la marche de ce corps selon les circonstances, c'est-à-dire si les Russes commençaient les hostilités et menaçaient Varsovie, ce que je ne pense pas. S'il n'y a rien de nouveau, le corps westphalien se reposera quelques jours, et je lui enverrai moi-même des ordres avant le 10 avril pour continuer son mouvement.

Ces 400,000 quintaux, qu'on se procurera à Danzig, seront pris par réquisitions; on enverra les individus par-devant l'intendant général pour régler les prix et les payements.


Paris, 16 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, il y a une faute de rédaction dans mes dernières dépêches. Le corps saxon est à Guben et non à Krossen. Vous devez donc lui donner l’ordre simplement de partir de ses cantonnements actuels pour se rendre à Kalisz, le laissant maître de passer l'Oder où il le jugera convenable. Vous devez diriger les Westphaliens, non sur Krossen, mais sur Sorau et Spremberg. Faites-leur faire de petites marches et donnez-leur des séjours tous les trois jours; ils prendront deux jours de repos aux environs de Sorau et de Sprem­berg. Vous m'informerez du jour où ils arriveront sur ces deux points, afin que je donne des ordres pour leur faire continuer leur mouve­ment sur Glogau et Kalisz. Ainsi, au lieu d'arriver le 3 à Glogau, ils n'y arriveraient que le 5 ou le 6.

 

P. S. Dites-moi donc quand les Bavarois et l'armée d'Italie arri­veront à Glogau.


Paris, 16 mars 1812

INSTRUCTIONS DICTÉES PAR L'EMPEREUR SUR LES SERVICES ADMINISTRATIFS DE LA GRANDE ARMÉE.

1° Tout ce qui est relatif au dépôt de Hanovre ne fera point partie des attributions de l'intendant. Le général Bourcier continuera de correspondre avec le ministre de l'administration de la guerre, qui soldera les dépenses du dépôt, et avec le ministre de la guerre, pour ce qui concerne les chevaux destinés à l'artillerie.

2° Tout ce qui est relatif à la formation et au payement des trois compagnies du 6e bataillon des équipages militaires, qui se forment en Hanovre, ne regardera pas l'intendant général.

3° Les hôpitaux et le service de la 32e division militaire ne regar­deront point l'intendant. L'ordonnateur de Hambourg correspondra toutefois avec l'intendant pour tous les rapports avec l'armée. Le ministre fera toutes les dépenses de cette division.

4° La même chose pour le département de la Lippe, dépendant de la 25e division militaire.

5° Le ministre de l'administration de la guerre fera des fonds spéciaux, et par le canal de l'intendant, pour solder le bataillon des équipages militaires à la comtoise et celui de bœufs qui se forment à Danzig, et enfin pour tout ce qui est relatif à l'accroissement de l'armée polonaise, conformément au dernier traité.

6° Tout ce qui est relatif à l'exécution du traité avec la Prusse regardera l'intendant, ainsi que l'emploi des 15,000 chevaux et toutes les dépenses des dépôts de Berlin, Francfort-sur-l'Oder, ou tout autre qui serait établi avec des chevaux de la Prusse. Or la Prusse doit fournir 3,000 chevaux de grosse cavalerie et 6,000 de cavalerie légère; cela rend donc nécessaires, sinon 9,000 selles, au moins 6,000, car c'est beaucoup supposer que de dire que sur 3 chevaux perdus on retrouvera un harnachement. Ces chevaux sont destinés, non à la remonte, mais à réparer les pertes.

Le général Bourcier viendra se mettre à la tête de ce dépôt, quand ses affaires de Hanovre seront terminées. Le dépôt de Hanovre est destiné à remonter les hommes à pied venant de France. En atten­dant, il est nécessaire qu'un général, ayant plusieurs officiers à sa disposition et un commissaire des guerres, vienne s'établir à la tête du dépôt des chevaux prussiens. Le major général me proposera ce général demain. Il faut un général d'une probité à l'abri de toute surprise. Il sera indépendant du général Bourcier jusqu'à ce que celui-ci ait fini son travail à Hanovre.

Les harnachements ne seront point faits en Prusse, mais pris sur les envois du ministre et des corps. Les 6,000 chevaux de trait seront donnés : 5,000 à l'artillerie, 1,000 aux équipages militaires. Les harnais seront également fournis sur les harnais que les bataillons enverront pour rechange. Sur les 6,000 harnais de rechange, il pourra y en avoir de reste, parce que l'on perd moins de harnais que de selles.


7° Les 6,000 chevaux, à l'exception de ceux du bataillon à la comtoise qui se forme à Danzig, ne sont destinés qu'à réparer les pertes des batailles ou des marches.

8° Si le ministre a fait des dispositions pour monter le bataillon qui se forme à Danzig, il doit annuler ses ordonnances.

9° La convention dit que les chevaux seront fournis par quart en quatre mois : cela est impossible et inutile; quand cette livraison se ferait en six ou sept mois, il n'y aurait point d'inconvénient.

10° Je suppose qu'on a pourvu dans le budget à la masse de fer­rage des dépôts.

11° Les régiments de cavalerie n'y pourraient pas pourvoir sur leurs masses : il faut donc un fonds pour les dépenses extraordi­naires, car les dépôts vont mal, faute de ces petites sommes, et cela retarde la disponibilité des chevaux.

12° On doit demander que les chevaux soient livrés sur la Vistule, près de Graudenz et de Marienwerder, entre la Vistule et l'Oder, sur un point du canal le plus propre à servir de dépôt, et enfin pour une très-petite quantité du côté de Berlin.

13e Il sera d'ailleurs nécessaire que l'intendant sache d'où les Prussiens les font venir, afin que, selon les circonstances, on puisse diriger leur marche, notamment de ceux qui viendraient de la Silésie. Il faut être très-rigoureux sur le choix ; les mauvais chevaux ne sont bons à rien.

Le service de l'armée se divise en arrondissements : entre le Rhin et l'Elbe, entre l'Elbe et l'Oder, entre l'Oder et la Vistule, entre la Vistule et les frontières de Russie.

Quant aux routes de communication de l'armée, une route partira de Mayence et ira à Magdeburg, de là à Küstrin, Posen, et se diri­gera d'un côté sur Varsovie, de l'autre sur Thorn, et du troisième côté sur Danzig.

Les prolongements seront faits à mesure que les mouvements seront démasqués au-delà de la Vistule.

Une autre route ira de Wesel à Magdeburg, Berlin, Stettin et Danzig, un embranchement tombera sur Dirschau et Marienburg. Une autre route ira de Hambourg à Stettin. Enfin une autre route ira de Mayence à Würzburg, Bamberg, Kronach, Leipzig, Torgau, Glogau, et de là à Posen ; de Glogau un embranchement ira à Kalisz et à Varsovie.

Une autre roule ira d'Innsbruck, Augsburg, Nuremberg, et joindra la précédente à Bromberg.

Toutes ces routes sont nécessaires pour soulager le pays; un immense mouvement ne pourrait s'opérer sur une seule route sans l’épuiser.

Il n'y aura ni commandant ni commissaire des guerres entre le Tyrol, le Rhin et l'Elbe ; cela sera une économie d'employés et de commandants. Le prince Primat, le prince de Nassau, les princes de Saxe, le gouverneur d'Erfurt, la Saxe, y pourvoiront. Ils auront de la gendarmerie alliée, avec un détachement de leurs troupes, des commissaires des guerres, des municipaux et tout ce qui est nécessaire.

Du côté de Wesel, on traversera la 32e division militaire et la Westphalie, qui y pourvoira.

Ainsi il n'y aura ni gendarmerie, ni aucun employé français, si ce n'est toutefois un ou deux inspecteurs ou commissaires des guerres, pour s'assurer du bon état des hôpitaux, magasins, et vérifier les plaintes.

A Magdeburg, il y aura un commandant français et une admi­nistration française. Dans la Prusse, il faut des commandants fran­çais et de la force française; mais il faudrait qu'il n'y eût ni commissaire des guerres, ni employés français; les gens du pays y pourvoiront. Dans le duché de Varsovie, ni ambulances françaises, ni administrations françaises ; il y aura des militaires des dépôts du Grand-Duché. Toutefois il y aura à Magdeburg un officier supérieur qui aura la police de tout le pays entre l'Elbe et le Rhin, recevra les rapports de toutes les routes sur les mouvements, les hôpitaux et le service en général. Quelques commissaires des guerres ou adjoints, quelques chirurgiens et médecins lui seront nécessaires pour la sur­veillance sur les divers points. On présume qu'il faudra un hôpital à Fulde, un à Erfurt, un à Leipzig, un à Magdeburg, un à Wesel, un à Munster, un à Osnabrück, un à Brunswick, et ainsi pour toutes les routes; tout cela tenu par les administrations du pays; de sorte que les malades qui seraient restés dans quelques autres lieux soient, en peu de jours, transportés dans ces établissements et sous l'inspec­tion de l'administration de Magdeburg.

À Brandenburg il y aura un hôpital, un à Berlin, un à Küstrin, un à Stettin, un à Bromberg, un à Posen, un à Glogau, un à Marienwerder, un à Marienburg, un à Danzig. En suivant ce qui a été fait dans la dernière guerre, on réglera ce qui doit être établi sur la ligne; on ne croit pas qu'il en faille plus d'un de cinq en cinq marches.

14° Si l'ordre du jour prescrit par Sa Majesté n'existait pas, il faudrait en provoquer l'émission.

15° Nous avons dit que le quartier général de l'administration et dû militaire entre le Rhin et l'Elbe serait à Magdeburg : entre l'Elbe et l'Oder, il sera à Berlin; entre l'Oder et la Vistule, à Posen. Le major général présentera le projet de la division territoriale qui avait été établie dans la dernière guerre, en forme d'ordre du jour, pour servir de règle à l'intendant général, afin que le militaire, l'admi­nistration et la police soient dans le même centre et à portée de remé­dier à tous les abus.

16° Aucun homme ne marchera isolément; tous seront réunis à Mayence, Wesel ou Vérone, et partiront aux époques où doivent partir les convois, pour en former les escortes. Il doit y avoir à peu près deux convois par mois; cela est suffisant.

17° Toutes les troupes doivent coucher à Magdeburg et à Berlin, où il y aura une administration supérieure, qui recevra du major général l'ordre de leur direction.

18° Les effets de petit équipement seront délivrés à Berlin, Thorn et Varsovie.

19° Au fur et à mesure que les convois arriveront de France, sans appartenir à aucun corps, on prendra les ordres de Sa Majesté pour leur direction.

20° Il sera nécessaire que le ministre de l'administration de la guerre ait pour son compte des effets et surtout des souliers à Vérone, Strasbourg, Mayence et Wesel, pour que tous les hommes partent bien pourvus.

21° L'équipement et l'armement seront donnés également à Berlin, Thorn et Varsovie.

22° Les hommes sortant des hôpitaux, qui ne viendront pas de France, joindront un dépôt de convalescents sur les places de l'Oder et delà Vistule, conformément aux ordres de l'armée, où ils seront habillés et réunis aux hommes de leur corps pour rejoindre leurs corps d'armée ensemble.

L'état-major doit rechercher l'état de remplacement des dépôts qui ont été formés en Prusse pendant la première campagne, et renouveler les ordres pour qu'aucun homme isolé ne passe plus isolément le Rhin, l'Elbe, l'Oder ni la Vistule, à moins qu'il ne soit en voiture.

23° Le décret sur l'habillement sera envoyé au major général et à l'intendant général, Afin qu'ils connaissent bien ce qui est ordonné pour ce service.

Sa Majesté ne veut rien laisser au hasard, ni à l'arbitraire des em­ployés. Elle ne veut rien prendre ni faire confectionner par le pays. Il sera établi deux ateliers de confection, l'un à Danzig, l'autre à Glogau ; celui de Glogau sera affecté aux régiments dont les dépôts sont en Italie.

L'intendant recevra tous les mois l'argent porté au budget de l'admi­nistration de la guerre, et devra organiser des dépôts sous la sur­veillance du directeur de l'habillement.

Le premier travail qu'on remettra à Sa Majesté sera pour lui faire connaître l'arrivée à destination du premier convoi, qui est déjà en marche, et qui appartient à l'administration de la guerre.

24° L'état ci-joint fait connaître les denrées que la Prusse doit fournir en mars, avril, etc. L'intention de Sa Majesté est qu'elles soient versées spécialement à Thorn, Königsberg et Modlin ; il faut en laisser une partie pour les places de l'Oder; la moitié à Thorn, un sixième sur les places de l'Oder, un sixième à Modlin, un sixième à Königsberg.

Tout ce que la Prusse doit fournir sur ce qui existe, en sus de l'approvisionnement nécessaire à Graudenz et à Kolberg, devra être livré à Königsberg ; toutefois on mettra l'état sous mes yeux, aussitôt que les quantités en seront connues.

Il est nécessaire que le gouvernement du Grand-Duché approvi­sionne abondamment, et dans le plus bref délai, Posen, Varsovie et les autres points d'étape. Thorn se trouvera approvisionné par la Prusse ou par la France.

Tous les grains, farines, biscuits et riz actuellement existant à Stettin, Küstrin et Glogau, seront dirigés sans délai sur Thorn, en embarquant toutes ces denrées à Küstrin.

L'expédition devra avoir lieu au 1er avril. On laissera dans les places seulement ce qui est nécessaire à leur approvisionnement. Le sixième des fournitures à faire par la Prusse alimentera suffisamment ces places. Il faut que tout ce qui sera expédié de ces trois points soit préalablement converti en farine.

Le premier soin de l'intendant général sera de me présenter l'état de ce qu'on laissera dans ces places et de ce qu'on en expédiera, en faisant connaître le nombre de bateaux qui seront employés à ce transport. Un détachement du bataillon d'équipages de marins sera réparti sur des bateaux pour apprendre celte navigation. Des ingé­nieurs des ponts et chaussées seront employés sur ce canal pour lever les obstacles que cette navigation pourrait éprouver. Si au 1er avril il y en avait encore, on ferait transporter tout à Thorn de Glogau, de Stettin et de Küstrin par voitures. Le major général a donné l'ordre aux corps d'armée qui sont en mouvement d'emporter tout ce qu'ils pourraient. Toutes les voitures des équipages militaires qui arriveront à vide sur l'Oder s'y chargeront de farine et de biscuit. On embarquera à Magdeburg tous les riz venant d'Italie et les eaux-de-vie venant de France pour se diriger sur Küstrin.

Il y a à Danzig 250,000 quintaux de blé; j'ai ordonné depuis long­temps leur conversion en farine; on doit les embarquer sur des bateaux pour suivre le mouvement de l'armée. Il faut faire connaître la quan­tité de bateaux nécessaire, se les procurer sur-le-champ, les faire monter par des marins français, et y placer des commissaires des guerres et des agents de l'administration.

L'intendant général devra se concerter avec le commandant de l'artillerie, qui a une grande quantité de bateaux à Magdeburg et à Danzig.

300,000 quintaux de blé et 100,000 quintaux de seigle, poids de marc, seront requis, le 5 avril à midi, à Danzig; ce qui portera à 650,000 quintaux les ressources en grains à Danzig. On les fera sur-le-champ convertir le plus vite possible en farine. 50,000 quin­taux resteront pour les besoins de la place ; 600,000 quintaux seront pour l'armée.

Un ordonnateur intelligent, dont on me fera connaître le nom, doit spécialement être envoyé pour diriger l'administration des corps qui se rendent à Varsovie.

L'intendant général écrira au ministre de la guerre du Grand-Duché pour que 1,500,000 rations en farine et 500,000 rations en pain soient prêtes au 1er avril ; ce qui assurera le service de 100,000 hom­mes pendant vingt jours.

Je dois avoir à Danzig 500,000 boisseaux d'avoine.

Les divisions des corps d'armée étant toujours ensemble, et peu de raisons devant occasionner leur dissémination dans l'immense plaine, je pense qu'il serait convenable de n'établir un service de postes qu'au quartier général de chaque corps d'armée. Cependant, s'il est indispensable d'en donner aux divisions françaises, il ne faut jamais en donner aux alliés.

Le service des postes sera entièrement ordonnancé par l'adminis­tration des postes, et l’on comptera à la fin de la campagne. Le ministre des finances en sera prévenu.

Quant à mon service, l'estafette sera établie depuis l'Elbe jusqu'à Paris, comme en France. Au-delà de l'Elbe, le service sera fait avec des chevaux du pays, mais par des courriers français; à cet effet, on établira, de trente en trente lieues, des détachements de cour­riers. À la poste du grand quartier général, il y aura à la disposition du grand écuyer des postillons et des chevaux en nombre suffisant pour faire le service sur une ligne de cent lieues, de sorte que les cent dernières lieues seront toujours servies par des chevaux et des postillons français, et que, les postes ordinaires de l'armée venant à être dérangées, mon paquet ne soit jamais retardé d'un instant. Sans cet établissement, on pourrait être plusieurs jours sans courriers, ce qui est arrivé. Le directeur général des postes verra le grand écuyer pour organiser les courriers et leur fournir les selles et équipages nécessaires. Quant aux chevaux, il les fera acheter à Danzig et à Thorn ; on ne serait plus à temps de les envoyer.


Paris, 17 mars 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, vous avez lu le décret d'organisa­tion du premier ban de la garde nationale. Il est nécessaire que vous envoyiez aux ordonnateurs des différentes divisions des modèles d'effets d'habillement, et que vous fassiez rédiger une instruction pour leur faire connaître les prix et les différentes règles qu'ils doivent observer.


Paris, 17 mars 1812

Au comte Daru, ministre secrétaire d'État, à Paris

Monsieur le Comte Daru, le ministre de l'intérieur est malade depuis trois mois, et mes affaires souffrent. Rendez-vous chez lui pour voir comment il se porte. Il serait convenable qu'il me deman­dât de désigner quelqu'un pour gérer le ministère, comme l'a fait le comte Cretet. Il y a huit jours qu'un conseil de subsistances doit avoir lieu ; pendant ce temps le peuple souffre d'un mal auquel on ne porte point de remède. Quel que soit le zèle du ministre de l'in­térieur, personne ne peut surmonter la nature; il se rétablira plus vite en prenant deux mois de repos. Je désirerais que la demande vint de lui, pour qu'il ne croie pas que je veux lui ôter le ministère.

Avant de vous rendre chez le ministre de l'intérieur, faites venir chez vous son médecin, pour savoir quelle espèce de maladie il a, et si cela doit durer encore longtemps.


Paris, 18 mars 1812

Au maréchal Bessières, duc d'Istrie, commandant la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre que la division de la vieille Garde (chas­seurs et grenadiers), les régiments de chasseurs, dragons et grenadiers à cheval, l'artillerie à cheval de la Garde, l'artillerie de la ligne atta­chée à la Garde, les équipages, les ambulances et administrations quelconques de la Garde, continuent leur route sur Würzburg.

Donnez ordre qu'on fasse partir de la Fère, de Metz et de Mayence tout ce qu'il sera possible de faire partir pour Würzburg.

 

P. S. Remettez-moi un état de mouvement de la Garde, division par division.


Paris, 19 mars 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au général Grouchy de diriger le 3e corps de cavalerie, savoir, la division Kellermann et la division de dragons, avec les dix-huit pièces d'artillerie légère, de manière à gagner la tête de la colonne, ou du moins à gagner le plus d'avance possible. Donnez le même ordre au duc d'Abrantès. Il faut que la cavalerie rejoigne, parce qu'on peut en avoir besoin. Donnez ordre au général Montbrun d'être rendu à Torgau le 1er avril, pour prendre le commandement de son corps. Donnez ordre au duc d'Elchingen de faire porter la cavalerie du 2e corps de réserve en avant de Torgau, pour qu'elle prenne la tête de la colonne et qu'elle puisse marcher rapidement si les circonstances le voulaient.


Paris, 19 mars 1812.

À Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan

Mon Fils, le 13, le 15 et le 17 février, le 5e bataillon du 6e de ligne, le 5e bataillon du 14e d'infanterie légère et le bataillon de marche du 1er régiment de la Méditerranée sont partis de l'île d'Elbe, faisant ensemble 1,800 hommes. Ils ont passé à Florence le 20, le 22 et le 24 ; ainsi ils ont dû arriver avant le 2 mars à Mantoue.


Je suis surpris que vous ne m'en parliez pas dans votre lettre du 4. Vous pouvez mettre en subsistance dans les 5e bataillons du 14 léger et du 6e de ligne les 500 bommes du bataillon de la Méditerranée, dont vous pourrez par ce moyen renvoyer le cadre à l'Ile d'Elbe. Les 5e bataillons du 14e et du 6e seront alors forts chacun de 900 hom­mes. Faites mettre ces deux bataillons en marche pour continuer leur route ; faites passer la revue de leur armement et de leur habillement à Vérone; qu'on leur donne des cartouches et qu'ils aillent rejoindre vos corps. Vous ferez la répartition de ces 1,800 hommes entre vos régiments qui sont à la Grande Armée; cela comblera à peu près la moitié du déficit qu'éprouvent vos régiments. Ayez soin d'incorporer les hommes d'infanterie légère dans les régiments d'infan­terie légère, et ceux de la ligne dans la ligne. On me dit que l'habil­lement est en mauvais état ; faites rectifier tout cela avant leur départ de Mantoue. J'ai très à cœur que tous les régiments qui sont partis d'Italie soient portés au complet de 140 hommes par compagnie et y soient maintenus. Le 4e bataillon du 8e léger doit être arrivé; comme, avec le détachement du 14e léger, le 8e et le 18e léger seront assez forts, mon intention est que le 4e bataillon du 8e léger soit envoyé à Trieste, où il tiendra garnison. Ce sera l'augmentation d'un batail­lon pour la province illyrienne ; il y en a deux, cela fera trois et ne peut être que fort utile. Ayez bien soin que ces bommes qui vous arrivent aient deux paires de souliers dans le sac et une bonne paire à leurs pieds ; faites-leur compléter cette fourniture à Vérone.

Il est indécent que la route militaire passe par Munich ; cela gêne le roi; faites-la passer par Augsburg, Nuremberg, Donauwœrth, et de là sur Glogau, où doit être le dépôt de votre armée.

Vous ne m'avez pas parlé de l'arrivée des 300 hommes du 92e ; dans quels régiments les avez-vous incorporés ? Je vous envoie le rapport des ministres sur le mouvement des hommes des 6e et 14e.


Paris, 20 mars 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il n'y a pas d'inconvénient à écrire ces lettres aux généraux commandant les 17e et 31e divisions militaires.

Il faudra donner une nouvelle instruction au général Molitor, aussitôt qu'on aura décidé les troupes qui doivent garder la Hollande.


II va avoir deux cohortes des gardes nationales du pays, fortes ensemble de 1,600 hommes; un bataillon des compagnies de réserve départementales; deux bataillons des gardes soldées d'Amsterdam et de Rotterdam ; ce qui fera une bonne brigade de près de 4,000 hom­mes. Indépendamment de ce, il a, je crois, en compagnies d'artil­lerie et en régiments étrangers, la force de 3,000 hommes environ. Le général Molitor aurait donc dès ce moment 7,000 hommes. Il y aura en outre en Hollande six cohortes de gardes nationales de l'in­térieur, qui se réuniront à Utrecht; ce qui fera encore une brigade de 5,000 hommes. Il y aura également une brigade de six 4e batail­lons. Ainsi quatre brigades ou 18 ou 20,000 hommes se trouveront en Hollande. Anvers, Bruges, Wesel, même Hambourg et Boulo­gne, fourniront bientôt un autre renfort de 25 à 30,000 hommes.

Il est nécessaire que le général de division connaisse d'avance l'usage qu'il doit faire de ces troupes, non pour leur rien ordonner, mais seulement pour avoir l'œil sur leur formation, les passer en revue et censurer leur tenue et leur instruction.


Paris, 20 mars 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au duc d'Elchingen de faire partir le 1er avril de Torgau le 2e corps de réserve de cavalerie, composé des divisions Wattier, Defrance et Sébastiani, pour se diriger sur Franc­fort-sur-l'Oder, et prendre là des cantonnements.    .


Paris, 20 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au prince d'Eckmühl que le corps bavarois sera le 28 à Glogau, et que, s’il y avait quelque chose de nouveau et qui exigeât des mesures extraordinaires, il est autorisé à diriger ce corps sur Posen.

Vous connaissez la destination que je désire donner au général Marchand; il est nécessaire qu'il soit rendu le 1er avril à Glogau.


Paris, 21 mars 1812

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je désire que vous m'apportiez mer­credi des plans et des mémoires qui me convainquent de l'impossi­bilité absolue de construire des vaisseaux de ligne à Nantes, même avec la perfection que l'exemple du Rivoli a donnée à nos chameaux. J'attache toujours la plus grande importance à construire des vais­seaux à l'embouchure de la Loire.


Paris, 21 mars 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio que, s'il n'y a rien de nouveau après son entrée à Berlin, il fasse partir le 1er avril la division Verdier, qui est à Brandenburg, pour se rendre directement, sans passer par Berlin, à Stettin, et qu'il mette la brigade de cava­lerie légère du général Castex sous les ordres du général Verdier, qui établira cette brigade sur le chemin de Stettin à Stargard. La division Belliard se réunira à Brandenburg.

Comme une trop grande quantité de cavalerie pourrait être nuisible à Berlin, le duc de Reggio donnera ordre à la 3e division de cuiras­siers de se porter avec son artillerie légère entre Stettin et Küstrin, aux environs de Schwedt, de manière à déboucher par le pont de Schuedt. Il ne gardera avec lui que la brigade de cavalerie légère du général Corbineau.

Vous instruirez de ces dispositions le prince d'Eckmühl, qui, par ce mouvement, aura près de lui sur l'Oder la brigade Castex et la 3e division de cuirassiers, et toute la cavalerie du général Montbrun à Francfort-sur-l'Oder.

Vous donnerez l’ordre au général Saint-Cyr de commencer à faire partir les Bavarois le 5 avril pour se rendre à Posen , et de maintenir la meilleure discipline parmi ces troupes. Il placera la cavalerie dans la direction de Thorn, dans les lieux où elle pourra vivre le plus faci­lement, et son infanterie en colonne depuis Posen jusqu'à Gnesen.

Instruisez de ce mouvement le prince d'Eckmühl, afin qu'il donne ordre à la division Dessaix de se rendre à Thorn, et d'avoir évacué le 10 ou au plus tard le 12 Gnesen, puisque la tête des Bavarois doit occuper cette ville, et la queue, Posen.


Palais des Tuileries, 22 mars 1812.

ALLOCUTIONS DE L'EMPEREUR.

A LA DÉPUTATION DE L'ALLIER.

Je vous remercie des sentiments que vous m'exprimez au nom du collège électoral du département de l'Allier. Mes peuples me verront toujours prêt à tout entreprendre pour consolider sur des bases im­muables les destinées de cet empire et faire triompher la France de la haine de l'Angleterre. J'ai la confiance qu'aucun sacrifice ne paraîtra pénible aux Français, lorsque je le jugerai nécessaire pour l'accom­plissement de ces grands desseins.

A LA DÉPUTATION DES ARDENNES.

Les vœux que vous faites pour l'avenir seront accomplis : il doit consolider ce qui a été fondé par la bravoure des Français. Le dépar­tement des Ardennes se montrera toujours au premier rang par son zèle et son bon esprit. Je vous remercie des sentiments que vous m'exprimez en son nom.

A LA DÉPUTATION D'INDRE-ET-LOIRE.

La ville de Tours, quoiqu'une des plus belles de l'Empire, souffre de la médiocrité de la récolte. Neuf années d'abondance succèdent en France à une année médiocre. Mes peuples ne sauraient mieux me prouver l'amour qu'ils ont pour ma personne qu'en montrant le calme et la résignation que veulent les circonstances. J'agrée vos sentiments.

A LA DÉPUTATION DE LOIR-ET-CHER.

Les sentiments que m'expriment mes peuples, dans les différentes circonstances où ils sont appelés près de moi, sont chers et néces­saires à mon cœur. Le gouvernement du plus grand empire du monde comporte avec lui des soucis que l'amour d'es Français peut seul effacer.

A LA DÉPUTATION DE LA HAUTE-MARNE.

J'ai passé mes premières années au milieu de mes peuples de Cham­pagne; je sais combien ils sont bons et attachés à ce qui est estimable.


J'agrée les vœux que vous formez pour moi : ils me font plaisir; je sais qu'ils sont vrais.


Paris. 24 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, la division du général Bruyère, ou la 1e de la cava­lerie légère de la réserve, sera composée de deux brigades françaises et d'une brigade polonaise composée de trois régiments de cavalerie légère que le prince Poniatowski a déjà reçu l'ordre de former et de réunir à Thorn. La 2e division, ou la division Wattier, sera compo­sée de deux brigades françaises et d'une brigade commandée par le général Ornano, du régiment de chevau-légers wurtembergeois, qui a déjà servi dans la campagne de Prusse avec la réserve de cavalerie, et de deux régiments de chevau-légers prussiens. La 3e division, ou division Kellermann, sera composée de deux brigades françaises et de deux régiments de chevau-légers bavarois, et d'un régiment de chevau-légers saxons, sous les ordres du général de brigade Dommanget La 3e brigade de la division Bruyère prendra le n° 15; la 3e de la division Waltier portera le n° 16, et la 3e de la division Kellermann le n° 17. Ainsi chacune de ces divisions de cavalerie légère sera d'un complet de 6,000 hommes et d'un présent au moins de 4,000.

Il y aura un 4e corps de la réserve, composé de la 4e division de cavalerie légère et d'une 7e division de grosse cavalerie. La 4e divi­sion de cavalerie légère sera composée de deux brigades, chacune de trois régiments polonais, avec une batterie de six bouches à feu d'artillerie polonaise par brigade. Un général de division polonais et deux généraux de brigade polonais commanderont cette division. La 7e division de grosse cavalerie sera composée d'une brigade de cui­rassiers saxons et d'une brigade de cuirassiers westphaliens, ayant également douze pièces d'artillerie légère. Le général Lorge comman­dera cette division.

Le général Latour-Maubourg aura le commandement de la cava­lerie de toute la droite.

Le 5e corps aura trois brigades de cavalerie légère, composées chacune de deux régiments polonais; ce qui emploiera encore six régiments polonais.

Ainsi les seize régiments de cavalerie polonaise seront employés, savoir : trois à la division Bruyère, un à la brigade Pajol, six à la division de cavalerie légère et six avec les trois brigades du 5e corps. Ces trois dernières brigades porteront les n° 18, 19 et 20.

Les six régiments de cavalerie légère saxons seront employés de la manière suivante : deux attachés à la division de la réserve, un attaché à la division Kellermann ; les trois autres restants formeront brigade; cette brigade portera le n° 23 et sera attachée au corps d'armée saxon.

Des six régiments bavarois, deux feront partie de la division Kellerman, et quatre formeront deux brigades, qui seront attachées au corps d'armée bavarois et porteront les n° 21 et 22.

Des quatre régiments westphaliens, deux feront partie de la 7e divi­sion de grosse cavalerie, et deux feront brigade, attachés au corps westphalien sous le n° 24.

Des quatre régiments wurtembergeois, un fera partie de la brigade Ornano, et trois formeront brigade, seront attachés au 3e corps et porteront le n° 25.

Enfin vous me présenterez la formation de deux ou trois brigades avec les régiments prussiens, qui prendront les numéros suivants.

Je désire que vous me remettiez un état de situation, ainsi com­posé, de toute la cavalerie.

Par ce moyen, je serai maître de faire passer une brigade de cava­lerie légère d'un corps à l'autre, quand le bien de mes opérations l'exigera.

Le 1er corps aura en conséquence deux brigades; le 2e corps en aura deux; le 3e corps en aura trois; le 4e corps en aura deux ; le 5e corps en aura trois ; le 6e corps en aura deux ; le 7e corps en aura une; le 8e corps en aura une, et les Prussiens, qui formeront le 9e corps, en auront deux ou trois; total des brigades attachées aux corps d'armée, dix-huit ou dix-neuf.

Le 1er corps se trouvera ne pas en avoir assez; mais, comme il est probable que l’on tiendra toujours un corps de grosse cavalerie avec ce corps, il aura toujours les moyens d'être suffisamment éclairé.


Paris, 24 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre que les cent bouches à feu qui forment l'équipage de siège de Magdeburg soient embarquées à Magdeburg pour se rendre à Bromberg. Bouches à feu, charrettes, voitures, camions, porte-corps, boulets, poudre, artifices, tout s'embarquera. Soixante ou quatre-vingts bateaux doivent être suffisants. Les com­pagnies d'artillerie attachées à l'équipage de siège s'embarqueront avec l'équipage. Le tout marchera en règle, sous l'escorte d'un offi­cier d'artillerie du grade de chef de bataillon au moins. Arrivé à Küstrin, cet équipage recevra de nouveaux ordres pour marcher sur Bromberg. Vous ferez connaître au commandant de l'artillerie que, lorsque l'équipage sera rendu à Bromberg, je ferai connaître l'usage que j'en veux faire; et alors, si les cent bouches à feu ne sont pas nécessaires pour remplir mon but, je n'en prendrai que cinquante ou soixante, et les autres pièces serviront pour l'armement de Danzig et de Thorn.

Il est nécessaire que vos ordres soient donnés de manière que les cent bouches à feu et tout leur approvisionnement soient rendus à Bromberg dans les dix premiers jours de mai ; il faut donc que cela parte du 1er au 5 avril.


Paris. 34 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre que l'équipage de siège de cent trente bouches à feu de Danzig soit embarqué sur des bateaux, bouches à feu, camions, porte-corps, voitures, poudre, boulets, etc. Dès le 15 avril, on réunira les bateaux. Du 20 au 25, on commencera le chargement, de manière qu'au 1er mai les bateaux, en nombre néces­saire pour porter cet équipage de siège, puissent se mettre en mou­vement ; les compagnies d'artillerie destinées à son service l'escorteront.

Je suppose que le commandant de l'artillerie a donné des ordres pour faire transporter de Magdeburg à Danzig les poudres nécessaires pour l'armement de cette place.

Instruisez le prince d'Eckmühl des ordres que vous donnez pour l'embarquement de l'équipage de siège de Danzig, et rendez-moi compte de la quantité de poudre qui restera dans cette place après le départ de l'équipage de siège. Il est nécessaire que l'approvisionne­ment complet pour sa défense s'y trouve.


Paris, 25 mars 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, par le mouvement qu'a fait la division Belliard et celui que va faire la division Delaborde, Magdeburg va se trouver sans garnison. Il est nécessaire que vous écriviez au roi de Westphalie d'y envoyer son 4e régiment. Donnez ordre au gouverneur de garder, indépendamment des Westphaliens, 2,000 Français des bataillons de marche; ces bataillons se montent à une force de 9,000 hommes, qui doivent passer à Magdeburg.

Écrivez au duc de Reggio pour savoir quelle serait la force qu'il faudrait laisser pour garnison à Berlin, et quelle est la force de la garde bourgeoise qui fait le service.

Si, en conséquence du mouvement du prince d'Eckmühl sur la Vistule, les Russes déclaraient la guerre en envahissant le Grand-Duché, il serait nécessaire qu'il fît partir de Stettin la division Verdier, la faisant précéder par la brigade de cavalerie légère du général Castex et par la 3e division de cuirassiers; qu'avec le reste de son corps d'armée il se portât sur Stettin, et de là sur la Vistule, pour soutenir le prince d'Eckmühl ; dans ce cas, il laisserait à Berlin un régiment en garnison. Comme ce qui retarde le plus la marche, c'est le parc, il est nécessaire que le duc de Reggio le fasse partir pour Schwedt, lorsqu'il quittera Brandenburg, en le plaçant dans des endroits favorables entre Stettin et Küstrin , afin qu'il soit avancé d'autant.


Paris, 25 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre au duc d'Elchingen de se mettre en marche le 4 avril pour se rendre à Francfort-sur-l'Oder, où il aura son quartier général le 10. Il cantonnera ses troupes dans les environs de Francfort et sur le chemin de Posen, en leur faisant occuper des pays sains, où les troupes puissent bien se refaire. Vous lui ferez connaître que, si l'armée russe ne fait aucun mouvement, mon in­tention est de le laisser quelques jours dans cette position ; mais que si, par suite du mouvement du prince d'Eckmühl sur Thorn, des Saxons et des Westphaliens sur Varsovie et des Bavarois sur Posen, les Russes marchaient sur les frontières du Grand-Duché ou de la Prusse, il faut, prévoyant ce cas, que ses troupes soient disposées de manière qu'il puisse sur-le-champ déboucher par Posen et se porter rapidement sur Thorn. Il enverra un de ses aides de camp au prince d'Eckmühl, qui sera le 10 à Thorn pour connaître la situa­tion des choses. Mais la difficulté de se procurer des fourrages me porte à le laisser quelques jours sur l'Oder; ce qui sera utile au repos de ses troupes, si les mouvements de l'ennemi n'obligent pas à faire autrement.


Paris, 25 mars 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre au général de division Walther de se rendre sans délai de sa personne à Würzburg pour diriger les mou­vements de la Garde, infanterie, cavalerie, artillerie, sur Dresde. Les chasseurs à cheval arrivent le 29 à Würzburg; les dragons y arrivent le 2 avril, et les grenadiers le 4 avril. Il dirigera ces trois régiments de cavalerie sur Dresde, après leur avoir donné un séjour à Würzburg et un séjour à Bamberg. Il donnera ordre à la colonne de cavalerie composée du 1er régiment de chevau-légers polonais et de deux détachements de chasseurs et de gendarmes d'élite de la Garde, qui arrivent le 29 à Dresde, d'y séjourner deux jours et de continuer sa route sur Glogau. Les deux batteries d'artillerie qui ont marché avec cette colonne suivront son mouvement sur Dresde.

Le général de brigade Boyer prendra provisoirement le comman­dement des deux bataillons du 3e régiment de grenadiers, des deux bataillons du 2e régiment et des deux bataillons du 2e de chasseurs. Le 3e régiment de grenadiers arrive le 29 à Würzburg; il y séjour­nera deux jours et en partira le 1er avril pour Dresde. Le général Boyer marchera avec ce régiment. Le 2e régiment de grenadiers par­tira le 3 avril, et le 2e régiment de chasseurs le 4. Tous ces régi­ments auront des séjours à Bamberg et partout où il sera nécessaire.

Le général Walther prendra connaissance du mouvement de l'armée d'Italie, qui se dirige sur Dresde, pour régler sa marche de manière qu'il n'y ait pas de confusion.

Les bataillons de vieille Garde qui arrivent le 10 avril à Würzburg y séjourneront deux jours et se mettront en marche pour Dresde. Les deux bataillons de flanqueurs, les sapeurs et les différentes bat­teries d'artillerie séjourneront deux jours à Würzburg, deux jours à Bamberg, et se dirigeront sur Dresde.

Vous réitérerez l’ordre à la Garde de faire partir ses bagages, cais­sons, ambulances et toutes ses voitures, pour se diriger par Metz, Mayence et Würzburg sur Dresde.

Vous donnerez ordre au général Sorbier d'être rendu de sa per­sonne le 8 avril à Würzburg, pour diriger lui- même le mouvement de toute l'artillerie de la Garde.

Vous donnerez le même ordre au général du génie. Il prendra toutes ses mesures pour que son service soit bien organisé.

Vous donnerez ordre au général de division Delaborde, qui arrive le 29 à Magdeburg, d'y séjourner le 30 et le 31 et de partir le 1er avril pour Stettin. Vous autoriserez ce général, si deux jours de séjour ne lui paraissent pas suffisants, à en prendre deux ou trois de plus. Vu l’éloignement, je ne puis que m'en rapporter à ce général ; il est maître de ne partir que le 3 ou le 4 au lieu de partir le 1er. Il aura soin de laisser à Magdeburg un dépôt des hommes malades ou fatigués, et des chevaux éclopés.

Vous donnerez ordre au général Bourcier de diriger les chevaux de la Garde qui sont en remonte à Hanovre sur Stettin, où ils rejoin­dront la division Delaborde.

Envoyez ces ordres directement au général Walther et au général Delaborde, pour qu'ils les fassent exécuter. Envoyez-les aussi au duc d’Istrie, qui, de son côté, veillera à leur exécution.

Donnez ordre au général Saint-Sulpice d'être rendu le 10 avril à Würzburg pour prendre, sous les ordres du général Walther, le commandement des trois régiments de la cavalerie de la Garde.

Vous donnerez ordre que l'ordonnateur de la Garde, avec les admi­nistrations, soit rendu le 10 avril à Würzburg, pour arriver à Dresde avant la Garde.


Paris. 25 mars 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vois par l'état de situation du contingent prussien que dix bataillons se réunissent à Königsberg et trois à Berlin, ce qui fait treize bataillons; que quatorze escadrons se réunissent à Königsberg et deux à Berlin, ce qui fait seize escadrons. Écrivez au ministre de la guerre du roi de Prusse que je désirerais que les trois bataillons et les deux escadrons qui se réunissent à Berlin joignissent les cinq bataillons et les quatre escadrons qui se réunissent à Breslau, ce qui ferait huit bataillons et six escadrons, ou 6,000 hommes d'in­fanterie et 1,200 chevaux réunis à Breslau ; que je désirerais que ces troupes fussent prêtes à partir de Breslau le 10 avril; que les dix bataillons et les quatorze escadrons qui se réunissent à Königsberg, sous les ordres du général qui commande cette armée auxiliaire, manœuvrassent avec le prince d'Eckmühl, qu'une garnison suffisante de ces troupes fût mise à Pillau, et que le reste fût sous les ordres de ce général; que, moyennant cet arrangement, je laisserai les troupes prussiennes où elles sont, et que, lorsqu'on verra la tour­nure que prennent les choses, je ferai réunir les corps de Prusse; que jusque-là il me parait nécessaire de les laisser tels qu'ils sont.

Par ce moyen, le prince d'Eckmühl se trouvera avoir dans les mains 8,000 hommes d'infanterie et 3,000 hommes de cavalerie de plus; ce qui, avec les Bavarois, mettra à sa disposition au 10 avril sur la Vistule 140,000 hommes, avec lesquels il sera parfaitement en mesure de protéger toute la basse Vistule. Recommandez au prince d'Eckmühl de s'attacher à bien garder Pillau. Il chargera le général Grawert d'en aller faire l'inspection et d'y mettre une bonne garnison avec un bon commandant, en prenant toutes les mesures pour que cette place soit en parfait état de défense.

Vous donnerez ordre au prince d'Eckmühl de faire partir du 12 au 15 avril deux bataillons, 50 chevaux, une compagnie de sapeurs et deux pièces d'artillerie, de Danzig, pour construire à la pointe du Xehrung une redoute qui croise ses feux avec Pillau. Il faut que cette redoute soit construite de manière que 300 hommes du côté de l'île la mettent à l'abri d'un coup de main et donnent le temps de venir de Danzig. Il est convenable que cette opération ne se fasse pas avant le 15 avril. On se servira des matériaux qui avaient été préparés contre Pillau pour construire cette redoute, en conservant la partie des ouvrages actuels qui peut être utile.


Paris, 25 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie qu'il est nécessaire qu'il soit rendu de sa personne le 10 avril à Glogau, où il trouvera le général Marchand et les généraux employés à l'aile droite, et que le 12 il soit à Kalisz; qu'il ne doit donner aucun ordre, ne prendre aucun commandement que sur son corps d'armée, à moins que les Russes n'aient fait un mouvement et déclaré la guerre en attaquant le Grand-Duché, auquel cas il devrait se rendre sur-le-champ à Var­sovie et prendre le commandement de la droite, composée des 5e, 7e et 8e corps. Il sera muni d'ordres non cachetés pour le prince Poniatowski et le général Reynier, annonçant à ces généraux qu'ils sont sous ses ordres avec leurs corps. Si les Russes ne font aucun mou­vement, vous écrirez au Roi qu'il doit rester à Kalisz, ignoré et commandant son seul corps.

Vous instruirez de ces dispositions le prince d'Eckmühl ; vous le préviendrez que le roi de Westphalie doit être rendu le 12 à Kalisz ; que les Saxons s'approcheront de Puławy et de Sandomir, et que le corps westphalien sera réuni le 12 à Kalisz avec le Roi; que le général Marchand remplira les fonctions de chef d'état-major; que, si les Russes n'attaquent point et ne déclarent pas la guerre en violant le territoire prussien ou polonais, mon intention est que le roi de West­phalie reste inconnu a Kalisz et ne prenne aucun autre commande­ment que celui de son corps ; que, dans le cas contraire, il se rende à Varsovie pour prendre le commandement de la droite; qu'il est, à cet effet, porteur d'ordres pour le prince Poniatowski et pour le général Reynier ; qu'il est donc nécessaire qu'aussitôt que le prince d'Eckmühl apprendrait la déclaration de guerre par la marche des Russes sur les frontières du Grand-Duché ou de la Prusse, il en pré­vienne le roi de Westphalie.

Vous instruirez le prince d'Eckmühl que les Bavarois seront le 20 avril à Posen ; que le 5 avril le 2e corps de cavalerie que com­mande le général Montbrun sera rendu à Francfort-sur-l'Oder; que le…    la division Verdier, avec la brigade Castex et la 3e division de cuirassiers, sera rendue à Stettin ; que la division de la Garde que com­mande le général Delaborde sera rendue à Stettin à peu près à la même époque; que, si les Russes ne font aucun mouvement, on doit rester au statu quo, réparer Marienburg, approvisionner Thorn, Danzig, et ne point bouger, puisque nous sommes toujours en paix, et que je désirerais, dans cette situation, pouvoir gagner le mois de mai ; mais que, si les Russes déclarent la guerre, le prince d'Eckmühl doit faire venir les Bavarois à Thorn, prévenir le duc d'Elchingen qu'il doit marcher sur Posen , et le duc de Reggio qu'il marcherait sur la Vistule. L'armée d'Italie ne sera entièrement réunie à Glogau que le 15 avril.

Le langage du prince d'Eckmühl doit donc être très-pacifique ; il doit éviter toute reconnaissance ou mouvement militaire au-delà de la Vistule; il faut qu'aucune de ses patrouilles n'aille même jus­qu'à Osterode.

Quant au contingent prussien, le général qui doit le commander sera rendu le 10 à Thorn. Il faut que le prince d'Eckmühl en emploie une partie pour garder Pillau et place l'autre partie sur le Niémen pour éclairer la marche des Russes; bien entendu qu'en cas d'attaque cela viendrait se réunir sur la Vistule au corps du prince d'Eckmühl, qui, par ce moyen, aurait son corps d'armée, les Bavarois et les Prussiens sous la main, et ne tarderait pas à être joint par le duc d'Elchingen et par le duc de Reggio.


Palais des Tuileries, 25 mars 1813.

NOTE DICTÉE EN CONSEIL DES MINISTRES.

Le ministre de la marine rend compte d'une dépêche qu'il a reçue du Transport Office, relativement à l’échange des prisonniers. Sa Majesté indique ainsi qu'il suit la réponse à faire :

J'ai reçu votre lettre du 10 de ce mois; je l'ai mise sous les yeux du ministre de la marine. La négociation qui a eu lieu par le canal de M. Mackensie, dans le courant de 1810, a tellement simplifié cette question de l'échange, que, si le gouvernement britannique veut réellement l'échange général des Français et des alliés de la France contre les Anglais et les alliés de l'Angleterre, cette négociation peut être très-promptement terminée. Les deux gouvernements sont d'accord sur le principe, mais ne paraissent pas d'accord dans leurs intentions. Le gouvernement anglais ne veut réellement avoir que les prisonniers anglais et être le maître, lorsqu'il aura opéré cet échange, de continuer ou non l'échange du reste des prisonniers français contre les alliés de l'Angleterre. Le gouvernement français ne veut point dé­pendre en cela d'un changement de dispositions dans le gouverne­ment anglais, et il veut que le mode d'exécution assure la réalité de l'exécution du principe.


Paris, 26 mars 1812.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, la construction des vaisseaux de ligne, non-seulement de 74, mais encore de 80 et même à trois ponts, sur la Loire, est de la plus haute importance : alors Brest ne devient plus qu'une place d'armement, et les vaisseaux se construisent à l'em­bouchure de la Loire.

Il y a bien des années que j'ai le pressentiment que l'on peut construire des vaisseaux à l'embouchure de la Loire. Les rapports de la commission que j'avais établie alors ne m'ont point paru convain­cants. Puisque des frégates ayant leur armement avec six mois de vivres et d'eau et tirant 18 à 19 pieds peuvent sortir pour se rendre dans les Indes, comment des vaisseaux légers ou armés en flûte et tirant 14 pieds d'eau ne peuvent-ils point sortir ? Or, quand il sera prouvé que mes vaisseaux ne peuvent sortir qu'en flûte et tirant 15 à 16 pieds, ils se trouveront en la même situation que les frégates chargées. Il est à présumer qu'ils ne pourront sortir définitivement qu'en temps de paix ; mais ce sera déjà un grand résultat d'avoir en temps de guerre sept ou huit vaisseaux sur chantier, qui utilisent des bois précieux qui se pourrissent à Nantes, et nous mettraient en situation d'avoir à la paix un grand nombre de vaisseaux de tous côtés.

Serait-on obligé d'attendre la paix ? Qui empêcherait de mettre à l'eau des vaisseaux en suivant le procédé qui a eu lieu à Venise ? Le vaisseau a été relevé de 5 pieds 6 pouces et a passé avec un tirant d'eau de 13 pieds 6 pouces.

On pourrait donc, en faisant venir les vaisseaux désarmés en rade de Mindin, les armer là, les placer sur les chameaux, et alors, tout armés, tirant au plus 14 pieds d'eau, ils tireraient 4 pieds moins que les frégates, pour se rendre en haute mer. Ainsi un vaisseau de 80, ne tirant lui-même avec les chameaux que moins de 16 pieds d'eau, se trouverait dans une condition au moins inférieure à la frégate.

De Paimbœuf à Mindin il y a deux lieues; le vaisseau placé à Paimbœuf sur chameaux pourrait être établi de manière à ne tirer que 9 ou 10 pieds d'eau, et dès lors pourrait mettre le temps néces­saire pour se rendre en rade de Mindin. Mais enfin, s'il était vrai qu'il y eût des difficultés de Paimbœuf à Mindin, pourquoi ne pas construire à Mindin ou à Saint-Nazaire ? De Saint-Nazaire à Mindin il y a 1,000 toises; on peut considérer l'embouchure comme parfai­tement défendue.

Je pense qu'il faut donner l’ordre à M. Tupinier de se rendre en toute diligence à Paris, en lui écrivant toutefois la lettre que vous proposez pour qu'il fasse ses observations et rapports, sa réponse. Il ira à Paimbœuf, Saint-Nazaire et Mindin, et pourra ainsi faire un bon mémoire sur cette question, à laquelle j'attache une si haute importance. À l'embouchure de la Loire, on trouve bois, chanvre, mâture, fers, artillerie; tout y est facile, tandis que tout est difficile à Brest.

Quant à la construction d'un bassin, je désirerais que vous don­niez à l'ingénieur Cachin la commission de se rendre à Saint-Nazaire et Mindin. La petite rade touche au rocher de Siméon ; qui empê­cherait de creuser un bassin pour trois vaisseaux entre Saint-Nazaire et la pointe de Penhouet, et même d'y construire une forme à la manière de l'ingénieur hollandais, c'est-à-dire d'y établir des pompes à feu pour le jeu des eaux ? Trois formes établies ainsi me donneraient deux vaisseaux par an. L'ingénieur Cachin peut s'y rendre de Cherbourg sans faire une absence de plus de huit à dix jours, et me don­ner les premières idées sur ce projet.


Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Paris, 26 mars 1812.

Mon Cousin, la 1e division du grand-duché de Varsovie a son quartier général à Varsovie. La 3e division a son quartier général à Bromberg; les troupes occupant Posen, Kulm, Thorn et Bromberg, je pense que le quartier général de cette division doit s'approcher de Modlin, et les troupes se répartir entre Plock et Varsovie. La 3e divi­sion a son quartier général à Varsovie, les troupes placées sur la Vistule, entre Varsovie et Pulawy. Ces trois divisions doivent être placées de manière qu'elles puissent se réunir en trois jours sur Praga ou sur Modlin. Je suppose que chaque division a son artillerie, ses cartouches, etc., et est prête à entrer en campagne.


Paris, 26 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, si les Russes déclaraient la guerre, le duc de Reggio n'aurait pas besoin d'aller jusqu'à Stettin; il serait plus simple qu'il passât l'Oder au pont de Schwedt, ce qui lui ferait gagner trois mar­ches. Le mouvement du parc du 2e corps sur Schwedt doit être opéré directement et aussitôt que ce parc se sera reposé à Brandenburg.

Il faut expliquer au général Reynier qu'il doit consulter le prince Poniatowski sur les meilleurs cantonnements à donner à ses troupes ; qu'il doit les cantonner entre Kalisz et la Vistule, de manière à avoir des avant-postes à Pulawy sur sa droite, et aussi à portée de Varso­vie que la nécessité de faire vivre ses troupes lui en fait une loi.


Paris, 26 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, vous donnerez l'ordre que les 919 chevaux de l'équi­page de pont qui arrivent à Magdeburg le 30 mars, les 3, 5 et 8 avril, se reposent le nombre de jours nécessaire pour se remettre, y attellent des charrettes et des voitures légères d'artillerie, et soient ensuite dirigés sur Stettin et de là sur Danzig, pour arriver entre le 20 et le 30 avril; de sorte que, du 20 au 30 avril, le général Eblé aura à Danzig les compagnies de pontonniers et 900 chevaux, ce qui pourra déjà suffire aux premiers besoins de l'équipage de pont.

Donnez ordre que la portion du parc général qui a été tirée du 1er corps suive ce corps sur la Vistule; que celle du 2e corps reste attachée jusqu'à nouvel ordre au 2e corps, et que le personnel de l'équipage du parc général, soit de l'artillerie, soit du génie, se réu­nisse sur l'Oder, où il sera rendu le 15 avril, afin que l'un et l'autre soient rendus sur la Vistule, si cela est nécessaire, à la fin d'avril. Ainsi les parcs du génie et de l'artillerie se sépareront du quartier général et prendront position ensemble entre Stettin et Küstrin, du côté de Schwedt.


Paris, 26 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre au prince d'Eckmühl de faire partir sur-le-champ, par terre, 50 milliers de poudre de Stettin sur Thorn; de faire partir sans délai, par eau , 50 milliers de poudre de Thorn pour Modlin ; enfin de faire partir de Modlin 50 milliers de pondre pour Zamosc. Il est bien important que Zamosc soit abondamment approvisionné de tout, puisque cette place est la plus susceptible d'être assiégée. J'ai fait écrire en Saxe pour qu'on fasse partir sur-le-champ 100 milliers de poudre pour Modlin.

La Prusse doit fournir 600 milliers de poudre; demandez que ces 600 milliers de poudre soient fournis, savoir : 100 milliers à Thorn, 200 à Modlin et 300 à Danzig. Les 300 milliers de plomb seront répartis dans la même proportion.

Écrivez au général commandant en chef l'artillerie pour qu'il prenne les mesures nécessaires pour l'expédition de 300 milliers de poudre sur Danzig, de 100 milliers sur Thorn et de 200 milliers sur Modlin ; et que les différents mouvements de poudre de Modlin sur Zamosc, de Thorn sur Modlin et de Stettin sur Thorn, aient lieu sans délai. Chargez-le de prendre des informations sur l'époque du versement des 300 milliers de poudre à Thorn et à Modlin. Je sup­pose que la poudre qui sera versée à Modlin viendra de Silésie. Il est très-nécessaire que cet envoi soit fait sans délai.

Par ce moyen, Zamosc, qui a 68 milliers de poudre, en recevrait 50 milliers de Modlin et se trouvera avoir 118 milliers de poudre; Modlin, qui a 100 milliers de poudre, en recevrait 100 milliers de la Saxe et 200 milliers de la Prusse, ce qui ferait 400 milliers ; Thorn, qui a 76 milliers de poudre, en recevrait 100 milliers de la Prusse, ce qui ferait 176 milliers. Il serait nécessaire qu'aussitôt que les 200 milliers de la Prusse seraient arrivés à Modlin on envoyât à Zamosc 80 autres milliers, de sorte qu'il y ait à Zamosc 200 milliers de poudre. Mais il est urgent que, sans perdre de temps, on dirige de Modlin de la poudre sur Zamosc, laquelle sera remplacée à Modlin par de la poudre tirée de Thorn et par la poudre de Saxe.

Il faut que vous écriviez au ministre de la guerre du roi de Saxe pour que le premier convoi de 100 milliers de poudre pour Modlin parte dans les premiers jours d'avril, afin qu'elle soit arrivée dans le courant de ce mois à Modlin, et pour qu'il soit envoyé de la poudre à Zamosc, car cette place est compromise par le peu de poudre qui s'y trouve dans ce moment.


Paris, 27 mars 1812.

Au comte Collin de Sussy, ministre des manufactures et du commerce, à Paris

Monsieur le Comte de Sussy, le procès-verbal de la séance du conseil des subsistances du 24 mars ne me fait pas connaître la situation des choses. Demandez au comte Maret d’y faire insérer les renseignements accoutumés, c'est-à-dire la situation des achats, les quantités de farine, les quantités de blé et les lieux où tout cela se trouve, afin que je puisse me faire une idée de notre situation actuelle.


Paris, 28 mars 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie un état de l'armée russe remis par les Prussiens. Demandez au prince Schwarzenberg de vous communiquer les idées qu'on a là-dessus à Vienne. Il me semble que par cet état il y a trois divisions de plus.


Paris. 28 mars 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, par le dernier état que vous m'avez présenté, je vois qu'on doit fournir encore 4,800 chevaux en France et 8,400 à Hanovre. Comme il paraît que la Prusse exécute vive­ment la livraison des chevaux, je ne serais pas éloigné de n'employer à la Grande Armée que ce qui serait fourni au 15 avril, ou en route, sur les 4,800 chevaux achetés en France. Le surplus serait fourni à Berlin, où les hommes se rendraient à pied avec leurs selles. Le reste des marchés passés en France pourrait continuer de recevoir son exécution, mais les chevaux qui en proviendraient seraient destinés à l'armée d'Espagne. Faites-moi un rapport là-dessus.


Paris, 28 mars 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois l'organisation des troupes qui restent dans l'intérieur de l'Italie, conformément à l'instruction que je vous ai donnée.

La 1e division sera composée de la brigade du général Schilt, de quatre bataillons du 13e de ligne ayant deux pièces d'artillerie, qui se réunira à Udine, et d'une brigade commandée par le général Zucchi, se réunissant à Padoue, composée de six bataillons italiens et de quatre pièces d'artillerie ; ce qui forme une division de dix bataillons, de six pièces d'artillerie régimentaires, de quatre escadrons et de six pièces d'artillerie à cheval, présentant une force de près de 8,000 hommes. Je nommerai incessamment un général de division.

La 2e division sera commandée par le général Barbou. Elle sera composée de la brigade Renard, qui se réunit à Ancône, ayant deux pièces d'artillerie, un escadron de chasseurs et un escadron de dra­gons, et formant 2,000 hommes d'infanterie et 400 chevaux. La 2e brigade sera composée de deux bataillons du 112e, qui sont encore à Florence et qui recevront incessamment l'ordre de se rendre à Bologne; ce qui portera cette division à 4,000 hommes. Il y sera attaché une batterie de six pièces d'artillerie, servie par une compa­gnie d'artillerie à pied italienne.

Indépendamment de ces deux divisions, il y aura le corps d'ob­servation de l'Italie méridionale, que commande le général Grenier, placé à Perugia, en situation de se porter sur Ancône, sur Livourne et sur Naples, selon les événements.

La 1e et la 2e division se porteront, selon les circonstances, sur Venise, sur les provinces illyriennes, sur le Tyrol, sur Ancône, sur Livourne, sur Gênes. Il y aura donc en Italie une force active de 20,000 hommes, qui pourra se porter partout où besoin serait, sans comprendre ce qui serait en Piémont.

J'approuve la composition que vous avez arrêtée des garnisons des places de Palmanova, Osoppo, Venise, Mantoue, Legnago, Peschiera, de la Rocca d'Anfo, du château de Vérone. Il est nécessaire que vous preniez toutes les mesures pour compléter les cadres des corps italiens; les cadres français vont l'être. Les compagnies d'ar­tillerie entières à Palmanova, à Venise, à Mantoue, seront dis­ponibles.

Disposez tout pour donner aux choses cette direction ; accélérez le complètement des dépôts et la remonte des 5e escadrons, afin d'avoir, cet été, 1,500 chevaux disponibles.

Je suppose que tout ce qui doit partir pour la Grande Armée est déjà parti.

Il est nécessaire que vous vous concertiez avec les Bavarois pour connaître la quantité de troupes qu'ils laisseront dans le Tyrol. Il est convenable de laisser quelques troupes à Trente. Une colonne d'in­fanterie, avec quelque cavalerie, et six pièces de canon sont indis­pensables pour surveiller tout le Tyrol italien, étouffer sur-le-champ tout mouvement et maintenir la tranquillité.

Le général Vignolle restera en Italie comme chef d'état-major ; je nommerai un général pour y commander.

Quant au gouvernement civil, je m'imagine qu'il sera le même qu'à l'époque de la campagne de Vienne; vous laisserez au duc de Lodi la présidence du conseil des ministres ; je suppose qu'il est en état d'agir.

Préparez tout pour votre départ, car dans trois ou quatre jours je vous écrirai de venir à Paris, et peut-être de Paris vous rendrez-vous directement à Glogau, et de là à votre corps d'armée.

Je ne veux point vous laisser ignorer que j'ai conclu depuis plu­sieurs mois une alliance avec l'Autriche, qui fait cause commune avec moi et me fournit un contingent de 40,000 hommes.


Paris, 29 mars 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, il est nécessaire d'écrire à mes mi­nistres en Bavière, Wurtemberg et Bade, pour leur faire connaître que je désire que ces trois princes aient des contingents dans l'inté­rieur de leurs États pour se secourir mutuellement, en cas d'insur­rection dans quelqu'une de leurs provinces.

Écrivez aussi à mon ministre en Suisse. Je désire que la Suisse entre dans cette confédération et qu'elle ait un corps de 4 à 5,000 hommes disponibles pour contenir le Tyrol et le Vorarlberg, en cas de mouvement de ce côté, conjointement avec la Bavière, Wurtemberg et Bade, et les troupes qui partiront d'Italie.

Mes ministres connaîtront cet ensemble; car, si le Tyrol était agité, pendant qu'un corps partirait de Trente, un corps bavarois marcherait par Innsbruck, un corps wurtembergeois se porterait sur le Vorarlberg, et un corps partirait de Suisse. Une division française de réserve même sera réunie à Strasbourg ; j'en déterminerai la force après que les différents princes auront fait connaître ce qu'ils auront disponible. Vous aurez soin d'ajouter que je n'ai aucune raison de rien craindre du Tyrol, puisque l'Autriche est avec nous; mais que toutes les précautions doivent être prises, et qu'il faut avoir un sys­tème bien lié, afin de n'être point pris au dépourvu.

Il faudrait également écrire à mes ministres et chargés d'affaires près les cours de Saxe, de Westphalie et de Hesse-Darmstadt, pour connaître les forces qui resteront dans ces pays et les secours que ces princes pourraient réciproquement s'envoyer à la demande de l'un d'eux, en cas d'insurrection. Vous leur ferez également connaître que ces mesures sont de pure précaution; que le Danemark entre dans mon système et fournit, en cas de descente des Anglais, un corps de 10,000 hommes.


Paris, 29 mars 1812.

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j'ai accordé, il y a plus d'un mois, un million pour l'emprunt de Saxe; cependant ce million tant attendu n'était pas encore arrivé le 16 mars à Varsovie. Faites-moi un rap­port là-dessus.

Remettez-moi l'état des fonds que vous avez faits pour payer les remontes du dépôt de Hanovre, l'état des fonds que vous avez faits à Danzig pour solder le budget de neuf millions de 1811, l'état des fonds que vous avez faits à Danzig pour les 500,000 francs par mois en février, mars et avril, pour le service de l'administration de la guerre, l'état des fonds que vous avez faits pour le service du mois d'avril de la Grande Armée, les dispositions que vous avez prises pour fournir les millions que j'ai pris dans l'emprunt de la Saxe, enfin l'état des fonds que vous avez faits pour payer la partie de l'armée polonaise que j'ai prise à ma solde par le traité conclu le mois passé.

Il faut préciser le jour où les fonds seront versés.


Nous sommes dans un moment précieux où il faut que les fonds ne manquent nulle part.


Paris, 29 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, instruisez le duc de Raguse des nouvelles qu'on reçoit du général Thouvenot, et faites-lui comprendre que voilà le funeste effet de l'occupation des Asturies par les insurgés.

Faites-moi un rapport sur l'accroissement des bandes qui, des Asturies et de la Galice, inondent les derrières de l'armée.

Voyez si les estafettes qui ont été interceptées ne portaient point de lettres importantes de vous.


Paris. 30 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, faites connaître au prince d'Eckmühl que je suppose que les Russes se garderont bien de faire aucun mouvement ; qu'ils ne peuvent pas ignorer que la Prusse, l'Autriche et probablement la Suède sont avec moi; que, les hostilités recommençant en Turquie, les Turcs feront de nouveaux efforts; que le sultan lui-même va se rendre à l'armée, et que tout cela parait de nature à ne pas les enga­ger à me braver facilement; que je pense qu'au 1er avril le 1er corps d'armée, avec six divisions d'infanterie, et le 1er corps de cavalerie se trouveront entre Thorn et Danzig, occupant Marienburg et Marienwerder, ayant pour avant-garde le corps prussien occupant Pillau et ayant des détachements sur leurs frontières; qu'à la même époque les Westphaliens, les Saxons et les Polonais seront près de Varsovie, et les Bavarois à Posen ; que la division Verdier et une division de la Garde se trouveront à Stettin, que le 3e corps d'armée, avec le 2e corps de cavalerie, sera à Francfort-sur-l'Oder; enfin que le corps d'Italie sera à Glogau. Si les Russes ne font aucun mouvement, mon intention est de passer ainsi tout le mois d'avril, me contentant de travailler avec la plus grande activité à relever la tête de pont de Marienburg et à l'armer; à fortifier le pont de Marienwerder, en rattachant à des pilote et non simplement à des ancres ; à avoir de bons ponts à Marienburg et à Dirscbau, à établir une bonne tête de pont à Dirschau sur la rive droite de la Vistule, dans l’île de Nogat, pouvant servir de retraite à l'armée, au cas qu'elle se retirât sur Danzig ; à occuper l'extrémité du Nehrung, vis-à-vis Pillau ; à appro­visionner le magasin de Thorn ; à faire moudre le plus de farine que possible à Danzig ; à préparer des bateaux pour embarquer de 50 à 60,000 quintaux de farine; à préparer des bateaux pour embarquer tout l'équipage de siège; enfin à préparer l'équipage de pont; les chevaux arriveront dans le courant d'avril pour l'atteler.

Le prince d'Eckmühl placera son parc de réserve près de Dirschau, dans l'île de Nogat. Il fera concentrer de grands magasins à Pillau. Le prince Poniatowski réunira de grands magasins à Zamosc et surtout à Modlin.

Le prince d'Eckmühl approchera insensiblement sa droite de Marienwerder, vu que le corps du duc d'Elchingen doit se porter sur Thorn. Pour ne pas alarmer les Russes, il ne poussera aucune recon­naissance sur la rive droite de la Vistule, à plus de deux lieues d'Elbing, de Marienburg, de Marienwerder, de Kulm, de Thorn; mais les Prussiens, qui lui feront des rapports, lui serviront pour former des magasins à Osterode et dans toute autre position.

Vous préviendrez le prince d'Eckmühl qu'il est probable que le 15 avril je donnerai ordre au 2e corps de cavalerie, qui est à Franc­fort- sur-l'Oder, de se porter sur Thorn ; et le 20 avril, au 3e corps, de se porter sur Thorn, et aux Bavarois de se porter sur Plock. L'armée d'Italie se portera également sur Plock. Ce sera là la ligne de bataille de l'armée au moment de déboucher, savoir : le 1er corps à Elbing, à Marienburg, à Marienwerder; le 2e corps à Danzig; le 3e corps à Thorn ; le 4e corps et les Bavarois, sous les ordres du vice-roi, à Plock; les Westphaliens, les Saxons, les Polonais et une division de Prussiens à Varsovie; les Autrichiens, appuyant sur la Vistule, à l'extrême droite; le quartier général et la Garde à Posen. Il est nécessaire que le prince d'Eckmühl fasse faire des magasins à Posen, à Plock, à Varsovie, à Pulawy, à Marienwerder, à Marien­burg , à Elbing ; que, du reste, il ne fasse connaître ses projets de mouvement à personne ; qu'au contraire il annonce qu'il va porter son quartier général à Varsovie; que, si les Russes ne bougent pas, il se rende à Danzig pour y inspecter tout. Par la date des ordres que je lui ai donnés, il verra que ce ne sera que le 1er mai que mon armée se trouvera ainsi en bataille sur la Vistule. Du reste, il ne doit faire aucun mouvement qu'il n'en ait reçu l'ordre. Mandez-lui que ceci est pour le prévenir, afin qu'il puisse faire ses dispositions en conséquence.

Recommandez-lui de faire venir à lui les 14e et 16e bataillons de voitures comtoises et le 20e bataillon de voitures à bœufs., qu'il a été chargé d'organiser. Les bataillons de voitures comtoises étant de 600 voitures, les deux bataillons formeront 1,200 voitures, portant 12,000 quintaux. Le chargement des voitures à bœufs étant de 20 quintaux, le 20e bataillon portera 6,000 quintaux ; enfin les 240 voitures du 12e bataillon porteront 4,800 quintaux, ce qui fera 22,000 quintaux de farine, ou près de 2 millions de rations de vivres fournissant à la nourriture de 100,000 hommes pendant vingt jours. Je compte qu'au 1er mai ces trois bataillons seront prêts, et que le prince d'Eckmühl pourra partir d'Elbing, de Marienburg, de Marienwerder et de Thorn, avec vingt jours de vivres sur les voitures et quatre jours dans le sac. Il est convenable que les vivres soient en farine, parce que les fours sont toujours assez promptement con­struits, et parce que c'est ce qui fait le moins d'encombrement. Jus­qu'au Niemen, le prince d'Eckmühl fera vivre son corps avec les ressources du pays, car la consommation de ces vivres ne doit commencer qu'après le passage du Niémen. Chargez-le de prendre des informations pour savoir si les fours que j'ai fait construire à Osterode existent toujours.


Paris, 31 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vous renvoie la lettre du général prussien Yorck ; faites-la repasser au prince d'Eckmühl en lui réitérant l’ordre, non d'occuper Memel, puisque le fort n'est pas occupable (sic), mais d'occu­per fortement Pillau et de faire en sorte que, dans aucun cas, il n'y ait aucun danger pour cette place.


Paris. 31 mars 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, la route de Mayence à Berlin par Magdeburg est de vingt jours de marche et trois séjours; en tout vingt-trois journées.


Si, à partir d'Eisenach, la route se dirigeait par Leipzig et Wittenberg, on n'aurait que dix-sept jours de marche et trois séjours, en tout vingt journées ; ce serait trois journées d'épargnées. Il faut faire tracer ces deux routes ; celle par Magdeburg se trouverait trop fati­guée, et, pour tout ce qui se dirige sur Berlin, la route par Wittenberg parait plus convenable. Il faut cependant s'assurer si de Wittenberg à Berlin et vers Lüterbock la route est praticable, afin d'éviter Potsdam. Au reste, comme il n'y a réellement point de routes dans ce pays, il ne peut y avoir que peu d'obstacles pour passer soit à droite, soit à gauche de Potsdam; il y aura tout au plus quelques ponts à raccommoder et quelques haies à abattre. Je désire que vous fassiez tracer sur une carte ces routes, ainsi que celle de Wesel à Berlin par Magdeburg, celle de Hambourg à Stettin, celle de Mayence à Dresde par Würzburg (il faut savoir si celle par Bayreuth et Hoff est meilleure que celle par Kronach, et tracer la meilleure), celle de Strasbourg à Dresde, de Stettin à Danzig, de Stettin à Marienwerder, de Berlin à Thorn, par Schwedt et Schneidemûhl, de Berlin à Küstrin, de Berlin à Francfort, de Glogau à Posen, de Dresde à Posen par Glogau, de Dresde à Varsovie par Kalisz, de Dresde à Plock sur la Vistule par Glogau. Faites-moi mettre sur ces routes bien tracées les distances ; faites indiquer de quelle espèce de lieues il est question, combien elles ont de toises. Faites marquer la popu­lation des villes d'étapes, et, en marge de la carte, des renseigne­ments pris dans la dernière guerre, de manière que cette carte puisse servir pour toutes les opérations. Vous ferez tracer sur la même carte le canal de Magdeburg à Küstrin et à Bromberg, le temps nécessaire pour la navigation, les communications latérales et le genre d'obstacles qu'on peut éprouver.


Paris, .... mars 1812. (La minute ne porte pas la date du jour.)

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, faites-moi connaître le nombre des officiers français qui sont en Angleterre et celui des officiers anglais qui sont en France. J'ai 7,000 officiers espagnols, peut-être serait-il à propos, si j'ai un égal nombre d'officiers en Angleterre, de proposer au Transport-Office de faire pour les officiers l'arrangement qu'ils n'ont pas voulu accepter pour les soldats, c'est-à-dire d'échanger 1,000 officiers français contre une partie d'Anglais et une partie d'Espagnols. Cela aurait l'avantage d'économiser plusieurs millions et de me rendre de bons officiers qui gémissent dans les prisons ; cela serait aussi avantageux aux Anglais, puisque ce serait des hommes dont ils pourraient disposer, et qu'il paraît qu'ils craignent quelque chose de nos prisonniers, qui seraient beaucoup moins à craindre quand ils n'auraient plus d'officiers.