1er – 31 mars 1812
Paris, 1er
mars 1812.
NOTE POUR LE COMTE DARU, MINISTRE SECRÉTAIRE
D'ÉTAT, A PARIS.
L'Empereur, ayant souvent besoin
de consulter la note de ce que la Prusse doit fournir à la Grande Armée, désire que
M. le comte Daru l'envoie à son cabinet.
Paris, 2 mars 18I2.
A M.
Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Bassano, je
crois qu'il est nécessaire d'expédier aujourd'hui le courrier à
Lauriston. Ne lui parlez point de l'espionnage
de Czernitchef, que vous n'êtes pas censé connaître encore. Expliquez bien à Lauriston que, dans aucun cas, il
ne doit prendre d'engagement pour une
entrevue; que je verrai avec plaisir nouer une négociation lorsque mes troupes seront sur l'Oder et sur la Vistule ; que je ne veux point d'entrevue ; que
c'est un moyen dont il peut se servir, mais qu'il doit toujours me laisser le
maître de l'éluder.
Paris, 2 mars 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Bassano, par
le courrier que vous envoyez à Saint-Pétersbourg,
vous écrirez, à Berlin, au comte de Saint-Marsan que, aussitôt que le
traité sera ratifié, il demande qu'on mette un bon commandant, avec
une garnison suffisante, à Memel, et qu'on arme et approvisionne cette place
pour la mettre en état de tenir quelques jours, afin
que, dans tout événement, cette place ne soit pas compromise et
que les Russes ne puissent pas s'en emparer.
Paris, 3 mars 1812.
A M.
Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Bassano, écrivez
par l'estafette à mon ministre à Bade pour le charger de
demander que l'artillerie du contingent de Bade ait son double approvisionnement,
c'est-à-dire quatre cents coups à tirer par
pièce ; que les troupes portent pour vingt jours de vivres avec elles, et que le régiment de cavalerie soit
porté à 1,000 chevaux, savoir, à
quatre escadrons de 250 hommes chacun, et chaque compagnie à 125 hommes. Le grand-duché de Bade est assez riche pour faire cette augmentation à son contingent.
J'en ai besoin et je la désire.
Vous écrirez
par l'estafette à mon ministre à Darmstadt que je désire
que le régiment de cavalerie du contingent de Hesse-Darmstadt soit
porté à 1,000 chevaux, mais que je reconnais que ce pays a fait plus
qu'il ne devait et ne pouvait, et que, par conséquent, je n'exige rien
de lui; que je demande qu'il lève les hommes et les organise, et
qu'il achète les chevaux, et que je payerai le tout; qu'ainsi le grand-duc
de Hesse-Darmstadt aura 500 hommes de cavalerie, officiers
compris, à ses frais, et que les 500 autres seront à mes frais. Faites
faire un traité dans ce sens. Je ferai passer régulièrement les fonds
nécessaires pour payer ces dépenses ; cela fera un beau régiment
pour le prince Emile. Vous demanderez qu'il y ait
vingt jours de vivres portés sur des charrois à la suite du
contingent.
Faites demander au prince de
Nassau s'il pourrait lever un régiment
de 1,000 chasseurs à cheval, organisé comme ceux de
Bade et
de
Hesse-Darmstadt. Je traiterai avec lui, et je payerai la première
mise ainsi que l'entretien.
Paris. 3 mars 1812.
Au
prince Kourakine, ambassadeur de l’empereur de Russie à Paris
Monsieur l'Ambassadeur, j'ai
mis sous les yeux de Sa Majesté les lettres
que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet du sieur Jean
Custinguer (Custinguer, concierge de la légation
russe, avait été l'intermédiaire dont s'était servi M. de Czernitchef pour gagner un employé des bureaux de
la guerre, et obtenir ainsi des renseignements sur les préparatifs ordonnés par
l'Empereur
en vue d'une prochaine campagne contre la Russie).
Sa Majesté
a été péniblement affectée de la conduite de M. le comte
Czernitchef; elle a vu avec étonnement qu'un homme qu'elle avait
toujours bien traité, qui se trouvait à Paris, non comme un agent politique,
mais comme un aide de camp de l'Empereur de Russie, accrédité par une lettre auprès
de l'Empereur, ayant un caractère de
confiance plus intime même que celui d'un ambassadeur, ait profité de ce caractère pour abuser de ce qu'il y
a de plus sacré parmi les hommes.
Sa Majesté
se flatte que l'Empereur Alexandre sera aussi péniblement affecté qu'elle-même
de reconnaître, dans la conduite de M. de Czernitchef, le rôle
d'un agent de corruption, également condamné par le droit des
gens et par les lois de l'honneur.
S. M. l'Empereur se plaint que,
sous un titre qui appelait la confiance, on ait placé
des espions auprès de lui et en temps de paix, ce qui n'est permis
qu'à l'égard d'un ennemi et en temps de guerre ; il se plaint que les
espions aient été choisis, non dans la dernière classe de la
société, mais parmi les hommes que leur position attache aussi près du
souverain.
Je connais trop, Monsieur
l'Ambassadeur, les sentiments d'honneur qui vous ont distingué pendant toute la
durée d'une longue carrière pour croire que vous ne soyez personnellement
affligé d'une chose si contraire à la dignité des souverains.
Si
le prince Kourakine, a dit l'Empereur, avait pu entrer dans de
telles manœuvres, je l'excuserais; mais
il n'en est pas de même d'un colonel revêtu de la confiance
de son maître et attaché de si près à sa personne. »
Sa Majesté
venait de donner au comte de Czernitchef une grande preuve de confiance en
l'entretenant longtemps et directement ; elle était bien loin de
penser qu'elle ne s'entretenait qu'avec un espion et un agent de corruption.
Je suis chargé
spécialement de porter plainte à Votre Excellence ; Sa Majesté ne doute pas que
l'Empereur Alexandre ne fasse justice d'un pareil
manquement aux égards, aux procédés et aux lois de l’honneur.
Paris, 3 mars 1812
Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot de Préameneu,
il est temps de finir ce scandale des sœurs de la Charité en révolte contre
leurs supérieurs. Mon intention est de supprimer les maisons qui,
vingt-quatre heures après l'avertissement que vous leur donnerez, ne seraient pas rentrées dans la subordination. Vous remplacerez les
maisons supprimées, non par des sœurs
du même Ordre, mais par un autre Ordre de la Charité. Les sœurs de la
Charité de Paris y perdront de leur influence; ce sera un bien. Vous leur substituerez des sœurs d'un Ordre dont on est
le plus content et qui n'a point donné de sujets de plainte.
Paris, 3 mars 1812.
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès,
envoyez-moi la copie de la lettre que j'ai signée pour le
capitaine Barré et celle des instructions que vous avez
données à cet officier.
On a mis une imprévoyance impardonnable dans la sortie du
Rivoli. Le vaisseau anglais était tellement
près que, si l'on eût exécuté mes instructions,
on aurait été instruit de sa présence. J'attends votre rapport et les
renseignements qui éclaircissent ce malheureux événement.
Toutefois donnez ordre de faire
descendre à Malamocco le Regeneratore,
le Mont-Saint-Bemard, le Castiglione et
la Princesse-de-Bologne, et de menacer de
faire sortir ces vaisseaux pour obliger les Anglais à renforcer leurs croisières dans l'Adriatique.
Faites compléter les équipages de ces vaisseaux. Donnez ordre
que l’on construise une nouvelle paire de chameaux, pour qu'on
puisse faire franchir la passe à deux vaisseaux à la fois. Quand il y aura
quatre ou cinq vaisseaux là, j'enverrai une division de
vaisseaux pour les prendre sous son escorte. La présence des vaisseaux
à Malamocco obligera les Anglais à tenir deux ou peut-être trois
vaisseaux. Il suffira d'envoyer, quand il en sera temps, quatre ou
cinq vaisseaux.
La prise du Rivoli ne
doit pas empêcher de rendre justice aux ingénieurs
et aux hommes de l'art qui ont si habilement exécuté l'opération
de la sortie de ce vaisseau. Faites-moi un rapport sur cette opération,
afin que je blâme les uns et récompense les autres.
Indépendamment
de la Princesse-de-Bologne, il serait bon d'avoir une
ou deux autres frégates à Venise.
Paris, 3 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, le corps d'armée
polonais formera le 5e corps de la Grande Armée. La 1e
division portera le n° 16; la 2e division, le n° 17; et la 3e
division, le n° 18. Ce corps sera commandé par le prince
Poniatowski.
Le 6e corps de la Grande Armée
sera composé de Bavarois. La 1e division portera le n° 19,
et la 2e division le n° 20. Ce corps sera commandé par le
général Saint-Cyr.
Le 7e
corps sera formé par les Saxons. La 1e division portera le n° 21, et la
2e division portera le n° 22.
Le 8e corps sera formé
par les Westphaliens. La 1e division portera le n° 23, et
la 2e division le n° 24.
Le corps wurtembergeois ne
formera qu'une seule division, qui portera le n° 25.
La division composée
des brigades de Berg, de Hesse-Darmstadt et de Bade, que
commande le général Daendels, ne formera qu'une seule division et portera
le n° 26.
A dater du 1er avril, les dénominations
de corps d'observation de l'Elbe, de 2e corps de l'Elbe,
de corps de l'Océan, seront supprimées. Le corps
d'observation de l'Elbe prendra le nom de 1er corps de la Grande
Armée; il sera composé des 1e, 2e, 3e, 4e,
5e et 7e divisions, et sera commandé par le prince d'Eckmühl.
Le 2e corps de l'Elbe prendra le nom de 2e corps de la Grande Armée; il sera
composé des 6e, 8e et 9e divisions et sera commandé par
le duc de Reggio. Le corps d'observation de l'Océan prendra le
nom de 3e corps de la Grande Armée; il sera composé des 10e, 11e,
12e et 25e divisions, et sera commandé par le duc d'Elchingen.
Le 4e corps de la Grande Armée
sera composé des 13e, 14e, et 15e divisions.
Vous donnerez ordre à
la 25e division, composée des Wurtembergeois, de séjourner
à Cobourg, et de partir, après un séjour, pour Géra, où elle
recevra de nouveaux ordres. A Géra, cette division recevra
l'ordre de faire partie du 3e corps. Il est nécessaire qu'elle n'ait connaissance de
cette disposition qu'arrivée à Géra. Il est nécessaire également qu'elle ne reçoive l'ordre de départ que le 20 mars, pour partir le 21.
Donnez ordre au général
Tharreau de se rendre à Cassel, pour prendre
le commandement d'une des divisions du corps westphalien.
Écrivez au roi de Westphalie
que je lui ai envoyé le général Vandamme; que je lui
envoie le général Tharreau pour commander une de
ses divisions; que le général Chabert, n'ayant servi que comme major,
n'a pas l'aptitude nécessaire; que je fais choix d'un général de
brigade capable pour être son chef d'état-major ; qu'il fasse partir ses
bagages et sa maison militaire pour Halle, et qu'il vienne de sa personne,
avec très-peu de monde, à Paris. Il viendra incognito; il n'y
restera que deux ou trois jours ; après quoi, il ira rejoindre son corps
d'armée.
Paris, 3 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, réitérez les ordres au prince d'Eckmühl
pour qu'aussitôt que les brigades de
Hesse-Darmstadt et de Bade seront armées à Magdeburg il les fasse sur-le-champ partir pour la Poméranie, afin de désencombrer Magdeburg, qui est tout
entier destiné au corps du duc de
Reggio. Le duc de Reggio ne vous a pas fait connaître la situation de la division de cuirassiers, ni quand
elle sera réunie à Magdeburg.
Instruisez le prince d'Eckmühl que la division Bruyère qui doit se placer en avant, sur
la rive droite de l'Oder, doit se mettre en communication avec la brigade Pajol,
qui est à Danzig, et avec la cavalerie du Grand-Duché, de
manière que les ordonnances puissent toujours se communiquer. Prévenez-le qu'il
est possible que je lui donne ordre de partir du 15 au 20, pour
prendre position sur la Vistule avec tout son corps d'armée et y être
rendu le 1er avril; que cependant je ne suis pas encore décidé à ce
mouvement ; mais qu'il n'en est pas moins nécessaire que toutes ses
divisions soient placées de manière qu'en deux jours elles puissent passer
l'Oder; que je suppose que le général Dessaix, avec la partie de sa
division qui est à Stettin, sera rendu à Küstrin et aura occupé
Landsberg; que j'attends pour décider son mouvement à connaître le jour où le
général Damas, avec la brigade de Berg, la brigade de Hesse, la brigade de Bade,
arrivera dans la Poméranie, à Stettin et à Küstrin ; que cependant,
si l'armée russe ne fait pas de mouvement, il est possible que je
retarde de mon côté afin de gagner une meilleure saison ; que la brigade
Hesse, arrivant le 6 à Magdeburg, doit être arrivée avant le 15
dans la Poméranie.
Écrivez
au ministre de la guerre du roi de Saxe, en lui faisant remettre
votre lettre par mon ministre à Dresde, que j'ai ordonné au prince
d'Eckmühl de se porter avec sa 1e division sur l'Oder, d'envoyer
des détachements de sa cavalerie sur la rive droite et d'entrer en
communication avec Danzig et avec les troupes du Grand-Duché; que
j'ai envoyé le général Reynier pour commander le corps saxon que
je suppose réuni à Guben; que le prince Poniatowski
commandera trois divisions du Grand-Duché, formant un
corps d'armée; que mon intention est que le Roi donne ordre aux commandants des
corps saxons et du Grand-Duché d'être aux ordres du prince
d'Eckmühl, qui est à Stettin, de correspondre tous les jours
avec lui, de lui envoyer exactement leurs états de situation et de se
tenir constamment prêts à exécuter ses ordres; que ma principale
intention est que le Grand-Duché ne soit pas ravagé, et que, si les
Russes commençaient les hostilités, le prince d'Eckmühl puisse se porter avec
assez de rapidité pour protéger le territoire; qu'il faut
que le prince Poniatowski corresponde par ordonnances avec l'avant-garde du
prince d'Eckmühl.
Vous ferez connaître
au prince d'Eckmühl la lettre que vous aurez écrite au ministre
de la guerre du roi de Saxe. Vous lui ferez connaître que le
général Reynier commande le contingent saxon; que je lui
ai déjà mandé de faire charger de farine et de biscuit des bâtiments
à Küstrin ; que je suppose aussi que tout ce qu'il trouvera à Stettin, il
le fera charger sur des chariots du pays, afin d'assurer ses vivres et de
n'avoir à ce sujet aucune inquiétude sur la Vistule. Il doit renouveler les
ordres pour qu'à Danzig on convertisse une grande quantité de blé en farine. Enfin vous ferez connaître au prince
d'Eckmühl que j'ai ordonné aux Bavarois de partir le 10 pour se rendre à Glogau.
Paris, 3 mars 1812
NOTE
Le comte Daru et le ministre de
l'intérieur appelleront auprès d'eux
l'architecte Fontaine et deux autres architectes pour examiner les questions
suivantes.
Les Archives impériales
sont très-mal placées. On propose cette année une dépense de
300,000 francs. Il est à craindre qu'elles ne brûlent; or elles renferment en
quelque sorte les archives de l'Europe. Le projet de
l'Empereur était de les mettre au Louvre.
1e question. —
Peut-on mettre au Louvre la Bibliothèque impériale et les
Archives ?
2e question. —
Le deuxième étage du Luxembourg est vide. Faire des logements dans
un palais est peu convenable; les officiers du Sénat qui n'y sont
pas à vie y seraient mal logés ; de là l'idée d'y mettre
la bibliothèque de Sainte-Geneviève; cela offrirait l'avantage de rendre libre
pour le lycée l'emplacement de cette bibliothèque.
Mais les Archives sont d'une tout autre importance.
Convient-il de mettre seulement
la Bibliothèque impériale au Louvre, avec les
manuscrits, les médailles, le garde-meuble et toutes les
choses précieuses ? Si l'on avait de la place, qui empêcherait, par exemple,
de mettre au Louvre les modèles d'artillerie ? Tout cela orne
un palais et y est convenablement placé.
S'il était
plus important de placer sur-le-champ les Archives au Luxembourg,
ou la bibliothèque de Sainte-Geneviève, y a-t-il assez de
place pour les Archives ? Y seront-elles en sûreté ? Si l'on mettait les
Archives au Louvre, le pourrait-on dès cette année ?
On fera un rapport à
l'Empereur sur cet objet dans la semaine. (Un décret, du 12 mars 1812, ordonna la construction, sur
la rive gauche de la Seine, entre les ponts d'Iéna et de la Concorde, d'un
édifice destiné à recevoir les archives de l'Empire. Les travaux,
commencés peu de temps après, furent abandonnés en 1814.)
Paris, 3 mars 1812.
A Eugène Napoléon,
vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, j'ai appris la
catastrophe du Rivoli. Vous n'avez pas, dans cette circonstance, justifié
ce que j'attendais de vous. Je vous avais mandé, 1°
d'être de votre personne à Venise, au moment de la sortie du
vaisseau; 2° d'y attendre le retour des courriers que vous deviez envoyer à
Pola et les rapports d'une nuée d'avisos, qui vous
auraient appris avec certitude si l'Adriatique était libre;
3° de faire sortir avec le Rivoli la Princesse-de-Bologne ou une autre
frégate. Vous n'avez rien fait de tout cela. Si une frégate seulement fût
sortie avec le vaisseau, vous auriez été vainqueur. Si vous aviez
envoyé des courriers à Pola et des avisos partout, vous auriez su
qu'il y avait un vaisseau anglais dans l'Adriatique. Relisez les lettres que je
vous ai écrites, et vous verrez que je ne puis attribuer la
prise du Rivoli qu'au peu de soin que vous avez mis à exécuter les
instructions que j'avais données.
Paris, 3 mars 1812.
A Eugène Napoléon,
vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, on a fait de grandes
fautes en laissant sortir le Rivoli sans frégate et sans éclairer les mers. Il ne faut
cependant pas que cette perte décourage. Ne faites point sortir le Regeneratore, mais tenez-le à
Malamocco. Faites-y descendre le Mont-Saint-Bernard,
et, aussitôt que cela se pourra, le Castiglione et la
Princesse-de-Bologne. Faites construire une seconde paire de chameaux, afin qu'on puisse faire sortir deux vaisseaux à la fois. Quand
le moment sera favorable, j'enverrai une division de vaisseaux, qui me rendra
maître de l'Adriatique pendant le
temps que les vaisseaux sortiront pour aller
à Ancône. En attendant, les Anglais seront obligés de tenir plusieurs vaisseaux dans l'Adriatique.
Paris, 6 mars 1812.
NOTE POUR LE MINISTRE DE LA GUERRE SUR UN PROJET D'ORGANISATION DE
LA GARDE NATIONALE.
Ce décret me parait
bien, ainsi que tous les états.
Je ne veux pas de légion
; le dernier grade sera chef de bataillon.
Il faut un titre
d'administration ; celui-ci n'est pas assez développé.
Toutes les cohortes se réuniront
au chef-lieu de la division, où elles seront
habillées et équipées par le conseil d'administration, qui aura
à sa disposition tout le dépôt, un officier d'habillement, un quartier-maître,
des tailleurs, des cordonniers et un certain nombre d'ouvriers ;
tout cela comptant dans le dépôt.
Le préfet
est président du conseil d'administration ; le sous-préfet du chef-lieu est
spécialement chargé des détails. Le conseil d'administration
est composé du préfet, du sous-préfet, de l'ordonnateur de
la division, du quartier-maître, du capitaine de l'habillement et de
deux capitaines pris dans le dépôt.
Spécifier
que la masse de l'habillement se paye au dépôt, celle de linge
et chaussure à la cohorte.
Chaque cohorte aura un conseil
d'administration qui correspondra avec le conseil d'administration du département.
Les réserves
seront centralisées.
Le ministre de l'administration
de la guerre soldera au conseil d'administration ce qui lui revient pour première
mise et masse d'habillement, moyennant quoi le conseil
d'administration pourvoira à tout.
Dans le décret,
on ne fait pas assez sentir que la garde nationale doit
être pour la défense des côtes.
Je crois qu'il faut revenir au décret
qui a été proposé, ou bien le modifier de la manière suivante
: 5e division, au lieu de trois cohortes, quatre; 10e
division, au lieu de deux cohortes, quatre; 11e division, au
lieu de deux cohortes, trois; 20e division, au lieu d'une
cohorte, deux ; total, treize, au lieu de huit ; ce qui fera treize cohortes,
qui seront destinées à la défense des Pyrénées ; une cohorte pour les côtes de
la 9e division ; une pour Bordeaux ; mettez qu'il en faille une pour les autres
côtes, il restera toujours dix cohortes. Les quatre cohortes de
la 10e division seront toutes formées par les cadres des
quatre bataillons du régiment de la Méditerranée, 1er, 2e, 3e et
5e bataillon, qui arrivent à Toulouse.
Dans le décret,
il serait peut-être utile, sans s'engager à rien, d'indiquer le lieu où les
cohortes devront se réunir.
1e et 2e division militaire,
pour former une réserve à Paris, huit cohortes; 3e une;
4e, une; 5e, deux, pour garder Kehl et les places du Rhin; 6e, pour Paris,
trois; 7e et 8e, pour Toulon, six; 9e, 10e, 11e, 20e pour les
Pyrénées, treize; 12e pour la Rochelle, trois; 13e, pour Brest,
six; 14e et 15e, pour Cherbourg, six; 16e pour Bruges, sept; 16e, 18e, 19e, pour la réserve
de Paris, quatre; 21e, pour Pontivy, trois; 22e pour Amboise, quatre;
24e, pour l'Escaut, cinq; 25e, pour Wesel, trois; 26e, pour
Mayence, trois.
Il faudrait, dans le rapport,
dire que c'est la création d'une nouvelle armée de l'intérieur.
Dans le décret
d'organisation, il faudrait mettre que les officiers et
sous-officiers peuvent être pris parmi ceux qui sont en retraite ou qui
ont servi, qui sont dans les départements, et qu'ils cumuleront leurs
appointements avec leur retraite, et cela pour les soldats, caporaux,
sergents, lieutenants et sous-lieutenants, mais non pour les
capitaines, qui pourront cumuler une partie.
La cohorte de Toscane serait
formée par un des cadres du régiment
de la Méditerranée, qui est en garnison à l'île d'Elbe; celles de Rome
et de Gènes, de même. Le Piémont pourrait fournir quatre cadres.
Mettre que des sénateurs
seront envoyés dans les divisions militaires pour
organiser les cadres, et que, dans chaque département, un
conseil présidé par le préfet et composé du sous-préfet du chef-lieu,
de l'officier de gendarmerie, de l'officier supérieur commandant le
département, du commissaire des guerres ou ordonnateur, de
l'inspecteur aux revues, désignera les officiers, sous-officiers et soldats
pensionnés capables d'entrer dans ces cadres, en les désignant
au sénateur, qui tiendra un conseil composé du général de division,
de l'inspecteur aux revues, du préfet, de l'ordonnateur, pour
désigner ceux qui devront composer les cadres; ils
les appelleront au chef-lieu et s'assureront qu'ils ont les
qualités requises.
Les sous-officiers et soldats
qui auraient servi dans la garde nationale, ou qui, sans avoir des pensions, auraient déjà
servi, seront susceptibles d'être admis.
Le sénateur
formera les cadres sur-le-champ et en adressera l'état au ministre de la
guerre, qui, après avoir pris communication du procès-verbal du
conseil, approuvera les sous-officiers et soumettra à
notre approbation les officiers avec les états de service et l'âge des
individus.
Aussitôt
que ce décret sera rédigé, le général Dumas le présentera imprimé
au Conseil.
Il faut bien faire comprendre
dans mon décret que cela est l'armée de
l'intérieur ; que sans doute la conscription est suffisante, mais qu'elle
sera appelée à l'armée l'année prochaine; qu'il est donc convenable,
dans les circonstances, d'avoir une armée toute de l'intérieur, qui, d'ici à
deux ans, sera meilleure que l'armée de ligne; de sorte
que nous n'ayons aucune inquiétude pour nos établissements du
Texel, Toulon, Alexandrie, et pour la sûreté des places qui sont le
boulevard de l'Empire; que cette création met pour toujours la France
à l'abri de toute inquiétude; que, si elle avait existé, on n'aurait
pas vu ce qui s'est passé dans l'Escaut et aux Pyrénées.
Ce qui a pu se
passer par des événements particuliers, n'aura plus lieu pour mon
empire, 80,000 hommes vieillissant cinq à
six ans sous les drapeaux, ayant la sûreté de ne pas
sortir de France.............................................................
Cette armée
ne sortira pas de l'intérieur, car la conscription de cette
année, instruite, restera pour recruter les pertes de la campagne ,
et ainsi de suite.
Je n'approuve point le considérant
du décret ; il faut supposer un sénatus-consulte
récent.
Le sénatus-consulte
sera précédé d'un rapport du ministre des relations extérieures sur le système
actuel de l'influence de l'Empire et d'un rapport du
ministre de la guerre.
Ce ne sont pas les bataillons
qui manquent en France, mais il est honteux qu'une armée d'élite soit exclusivement affectée à
l'intérieur.
On fera remarquer qu'on ne met
que des chefs de bataillon, parce que l'état-major, ce doit être l'état-major de l'armée.
Si on avait mis des chefs de légion
ayant six cohortes, c'aurait été des chefs avec un
esprit à part, au lieu que des cohortes réunies, par deux ou par
quatre, sous les ordres d'un major ou d'un colonel, et
par six ou huit, sous un général de brigade, formeront un système régulier
et utiliseront les états-majors des divisions.
La pratique et l'économie
conseillent également cette mesure.
SÉNATUS-CONSULTE.
Article
1er. La
garde nationale est divisée en premier ban, deuxième ban et
arrière-ban.
2. Le premier ban est composé
de tous les conscrits des six dernières classes.
3. Le deuxième
ban réunit les citoyens jusqu'à quarante ans.
4. L'arrière-ban,
tous les Français jusqu'à soixante ans.
5. La garde nationale, soit le
premier ban, le deuxième ban ou l'arrière-ban, ne
peut, sous quelque prétexte que ce soit, sortir du territoire
de l'Empire; elle n'est destinée qu'à la garde des frontières, à la police intérieure et à la conservation des grands
dépôts de munitions, arsenaux et places fortifiées.
6. Aucune partie du premier ban de
la garde nationale ne peut être levée que par un
sénatus-consulte, d'avis des ministres.
7. Le premier ban de la garde
nationale pour 1812 sera formé par
les différents départements, conformément au tableau ci-joint.
8. Cent cohortes seront mises à
la disposition du ministre de la guerre; chaque cohorte a huit compagnies, dont
six d'activité, une d'artillerie et une de dépôt. Les gardes seront pris
parmi les hommes de telle et telle classe. Jusqu'à ce qu'il ait été
procédé à l'organisation du deuxième et du troisième ban, il n'est rien
innové aux lois existantes sur l'organisation et la levée de la
garde nationale.
Demain au Conseil d'État; lundi au Sénat; mardi au Conseil
d'État pour le rapport.
Le sénatus-consulte,
jeudi.
Signé
par Sa Majesté vendredi.
Le ministre de la guerre pourra
en envoyer un extrait aux préfets des
départements pyrénéens ; il préparera son travail pour commencer
par là.
Le secrétaire
d'État me présentera cinq sénateurs : le général Hédouville, pour les
quatre cohortes au-delà des Alpes; le général Rampon, pour celles
des Pyrénées, 9e, 10e et 11e
division; le général Latour-Maubourg, 13e, 14e et 15e division;
Sainte-Suzanne, 5e et 26e division.
Il faut que Daru mette bien
l’ordre qu'on ne dépendra pas du ministre de la
guerre, et que l'argent soit mis sur-le-champ à la disposition
des conseils d'administration.
Daru fondera ces dispositions
sur ce que je dois avoir dit, dans quelques occasions semblables, que tant que nous aurons la guerre avec
l'Angleterre nous devons rester armés; que le peuple
français doit se considérer comme dans des circonstances
extraordinaires tant que la paix avec l'Angleterre ne sera pas rétablie.
Dans la forme de l'habillement,
parler de nouveaux modèles.
Chaque cohorte aura un fanion,
qui sera donné par les conseils d'administration,
lorsqu'elles seront réunies en brigades.
L'Empereur donnera l'aigle pour
la brigade.
Paris, 6 mars 1812.
NOTE DICTÉE EN CONSEIL DES MINISTRES.
Les bassins d'Anvers et de
Flessingue suffisent à la marine de l'Escaut. C'est une
rade qu'il s'agit d'avoir.
On demande, à
la hauteur de Terneuse, un canal analogue à celui
de Nieuwe-Diep, soit à Terneuse, soit dans le canal
de l'Écluse, soit dans celui du Sas-de-Gand.
Un croquis de l'emplacement du
fort de Nieuwe-Diep sera adressé au ministre de la guerre, qui
ordonnera au directeur du génie de se transporter sur les
lieux et de présenter un projet pour ce fort. Il devra être à 900 toises tout
au plus de l'extrémité du banc.
Le directeur du génie
fera sonder la ligne avec la plus grande exactitude. Il se
concertera avec l'amiral Ver Huell pour marquer le nombre
de vaisseaux qui pourront mouiller dans cette rade et les points
où ils pourront s'approcher du fort.
Il avait été
réglé dans les conseils du génie qu'on ferait deux grosses
batteries pour protéger les travaux du fort. On travaillera dès
cette année à ces deux batteries, en y plaçant des mortiers et des
pièces de 36; et, en attendant que le fort soit terminé, ce qui ne
pourra être que la campagne prochaine, on y campera un bataillon
; ce qui permettra à l'amiral de faire sortir ses frégates et de les tenir en
grande rade.
Paris,
6 mars 1813.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, je vous renvoie les
lettres du prince d'Eckmühl. Mandez-lui qu'il
doit placer son corps d'armée de la manière suivante, à compter du
15 mars :
Le général
Bruyère, avec sa cavalerie légère, à une marche en avant
de Stargard, en coupant les trois directions de Kolberg, Danzig
et Bromberg. Ce général aura son artillerie et son quartier général à
une journée d'étape plus près de la Vistule que Stargard, afin que cette
division, avec son artillerie légère, puisse en six ou sept jours être réunie
sur la Vistule.
La 2e brigade de cavalerie du
1er corps portera son quartier général
à Landsberg. Elle sera sous les ordres du général de division Dessaix.
Elle aura des postes sur les directions de Bromberg et Posen.
Le général
Dessaix aura son artillerie, ses administrations et toute sa
division réunies à Küstrin. Le régiment qu'il a à Glogau le joindra à
Posen, lorsque la division recevra l’ordre de marcher.
Le quartier général
du corps d'armée, avec une division d'infanterie, sera à
Stettin.
Les deux autres divisions seront
sur la rive gauche de l'Oder, bien cantonnées, de manière qu'une division puisse dans un jour
arriver à Stettin et passer le lendemain la rivière; l'autre arrivera à Stettin
le deuxième jour. La division Gudin sera à Stargard,
sur la rive droite. Le parc sera placé à une ou deux marches de Stettin, de manière
à y arriver le deuxième jour et passer la rivière.
Les cuirassiers seront placés
de manière qu'en un jour ils puissent passer l'Oder, pour
appuyer la division Bruyère.
Un bataillon de Hesse-Darmstadt
et un bataillon de Bade doivent être rendus le plus
tôt possible à Küstrin, pour former le fond de la garnison
de cette place.
Un autre bataillon de Bade et un
autre bataillon de Hesse-Darmstadt doivent être placés à une marche de Stettin, de sorte que, lorsque
la division qui est à Stettin recevra l'ordre de marcher en avant,
ces bataillons puissent se rendre à Stettin pour en former la garnison.
Toute la brigade de Berg doit être
dans la Poméranie suédoise, ainsi que le reste des brigades
de Hesse-Darmstadt et de Bade. Un bataillon pourra
être détaché pour garder les côtes du Mecklenburg.
Le contingent du Mecklenburg
doit marcher avec la dernière division
du corps d'armée. Elle sera utile au corps d'armée pour bien des
services.
Le prince d'Eckmühl
donnera ordre au prince Poniatowski de réunir une brigade
de cavalerie légère de 2,000 hommes, de la mettre sous les
ordres d'un bon général polonais , et de la placer du
côté de Thorn. Cette brigade fera partie de la division Bruyère, qui, dès le 20
mars, lui enverra des ordres. Cette brigade de cavalerie polonaise
ne bougera pas, du reste, de Thorn ni des environs, pour ne
pas donner d'inquiétude.
Le prince Poniatowski, sans
faire de mouvements extraordinaires, doit rapprocher de Varsovie les troupes polonaises qui sont à
Posen et à Kalisz, afin que son corps puisse, en cas
d'événement, se trouver tout réuni sur la Vistule. Il doit même
rapprocher ce qui est à Thorn. Ces mouvements se feront par la rive gauche.
Thorn sera gardé par le 5e régiment polonais, qui appartient à
la 7e division, et par la brigade de cavalerie légère dont j'ai parlé
plus haut. Par ce moyen, le
prince Poniatowski aura avancé sur la Vistule
tout son corps d'armée. Il faut qu'il ait, au 1er avril, 1,500,000 rations de farine et 500,000 rations de biscuit à
Modlin.
Les Saxons doivent se tenir prêts
à passer l'Oder vingt-quatre heures après qu'ils en
recevront l'ordre. Ils doivent avoir, pour le 25 mars, sur
des chariots, de la farine et du biscuit pour tout le corps d'armée saxon
pendant vingt jours, afin qu'ils puissent faire leur mouvement sans
être arrêtés par aucune considération.
Avant le 20 mars, le 1er corps
d'armée ne fera aucun mouvement ; d'ici à ce temps, le
prince d'Eckmühl aura reçu mes ordres. Il est nécessaire qu'il
puisse partir le 20 mars, s'il en reçoit l'ordre, ses chariots
chargés de biscuit et de farine, chaque soldat ayant ses cartouches
de guerre et ses pierres à feu. Il faut qu'il y ait assez de vivres dans
les magasins de Stettin pour que le corps d'armée puisse en prendre,
en passant, pour huit jours. Il faut qu'indépendamment le corps
d'armée ait sur des chariots et à sa suite du biscuit, mais surtout
de la farine, des bœufs, pour vingt jours. Le corps d'armée doit,
s'il ne reçoit pas d'ordres, pouvoir rester sans faire de mouvement
quinze ou vingt jours de plus.
Quant aux Prussiens, j'ai signé
un traité d'alliance avec eux. Le pont de Schwedt
doit être levé. Le prince d'Eckmühl leur signifiera que,
étant sur un pied d'observation, aucun mouvement militaire ne doit
avoir lieu dans ses lignes ; que leurs troupes doivent rester où elles
sont et ne pas en bouger jusqu'à ce qu'on soit convenu du mouvement
qu'elles doivent faire. Le comte Saint-Marsan, aussitôt que le traité sera
ratifié, pourra faire connaître aux différents corps prussiens les emplacements qu'ils doivent occuper.
Il est bien important que les
cuirassiers aient leurs mousquetons, qu'on
leur fasse brûler quelques cartouches et qu'on leur apprenne la charge.
Recommandez au prince d'Eckmühl
de ne rien emmener qui appartienne au 2e corps. Il doit
emmener six compagnies de sapeurs, une pour chacune de ses
divisions et une pour son parc. Il doit faire filer le bataillon
de marins avec ses outils sur Danzig, et assurer sa marche pour que ce
bataillon si précieux ne coure aucun danger ; ce bataillon est utile
à Danzig pour travailler aux constructions.
Vous manderez au prince d'Eckmühl
qu'il faut que, lorsqu'il en recevra l’ordre, il puisse
arriver en douze jours, et s'il est nécessaire en dix jours, sur
la Vistule, en marchant par les trois routes. Je désire qu'il vous
fasse connaître par un courrier extraordinaire le temps qu'il fait entre l'Oder
et la Vistule, s'il y a beaucoup de neige, si le dégel a commencé ou
quand on croit qu'il commencera. Il faut qu'il demande au
général Rapp quelle est la situation des fourrages dans
l'île de Nogat, sans cependant rien faire qui puisse
alarmer. Demandez au prince d'Eckmühl si le canal de Küstrin
à la Vistule est gelé et quand on pourra s'en servir.
Il faut qu'on prépare
à Danzig quatre ou cinq barques armées, pour nous rendre entièrement maîtres du
Haff. Enfin donnez ordre au prince d'Eckmühl de faire
venir à Stettin un des deux équipages de flottille de la
32e division militaire, afin qu'il ait avec lui un millier de
marins, qui seront très-utiles pour le passage des rivières et pour les
transports. Il faut qu'aucun mouvement ne se fasse à Danzig pour ne
pas alarmer.
Paris, 6 mars 1812.
Au
comte Hédouville, sénateur, à Paris
Monsieur le Comte Hédouville, nous désirons que vous vous
rendiez sans délai dans votre sénatorerie,
que vous visitiez les départements de
Rome et du Trasimène.
Votre mission, comme celle des sénateurs
dans leur sénatorerie, doit être toute d'observation; vous vous
environnerez pendant votre séjour des fonctionnaires
publics et des personnes les plus considérables du pays. Leurs communications
avec vous auront l'effet de répandre le véritable esprit du
Gouvernement et de faire parvenir à votre connaissance
les observations, tant sur les hommes que sur les choses, dont il
importerait au bien de notre service que nous fussions informé.
Nous vous autorisons à nous écrire
directement de tous les chefs-lieux où vous irez, pour nous communiquer vos
observations et les renseignements que vous aurez recueillis.
Vous ferez néanmoins
un rapport général, que vous nous remettrez a votre
retour, et qui comprendra non-seulement un compte rendu
sur la situation du pays, mais aussi les observations que vous croirez
devoir nous présenter, tant sur les fonctionnaires publics actuels
et les hommes dignes d'être appelés à des fonctions publiques
, que sur les parties de l'administration qui pourraient être en souffrance
et qui exigeraient ou des encouragements ou des modifications.
Nous avons le droit, Monsieur le
Comte Hédouville, de compter sur votre zèle, lorsque nous
voulons recevoir de vous des
informations utiles aux intérêts de l'État et au bien-être
de nos peuples.
Paris, 7 mars 1812.
Au
général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la
guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac, je
vous autorise à faire la deuxième commande de 1,150 chevaux pour l'armée d'Espagne. Il est important
que les 4,800 chevaux qui doivent former le dépôt de l’armée d'Espagne
existent dans le courant d'avril, afin de recruter les armées
d'Espagne, d'avoir un bon nombre d'hommes sur les frontières
d'Espagne et de pouvoir placer un peloton de cavalerie à tous les
débouchés des vallées, enfin d'avoir, pour le service des côtes et de
l'intérieur, la valeur de 2,400 hommes prêts à se porter où le besoin
l'exigerait.
La Prusse doit me fournir 15,000
chevaux, dont 6,000 de cavalerie légère, 3,000 de grosse cavalerie, 6,000 d'artillerie
ou d'équipages, par quart, de mois en mois. J'approuve donc
que vous portiez les 1,700 chevaux dont les commandes ne sont pas
faites en France sur les fournitures de la Prusse; ils passeront, en
conséquence, au compte du dépôt de Berlin. Quant aux 6,000 chevaux
d'artillerie ou d'équipages militaires, mon intention est qu'on en
prenne pour affecter aux bataillons pour lesquels l'achat des chevaux n'est
pas encore ordonné, mais dont les cadres sont faits et les
hommes fournis par la conscription. Il faudrait faire faire les
voitures à Berlin; les hommes se mettraient en marche avec les harnais,
aussitôt qu'ils seraient armés, habillés et équipés; ils
trouveraient à Berlin les voitures et les chevaux; cela
ferait une économie considérable.
Ainsi il restera à
me remettre un état, 1° des commandes faites en Allemagne au
dépôt de Hanovre, 2° des commandes faites à l'intérieur, 3° des
commandes faites au dépôt de Potsdam. Le dépôt de Berlin et celui de Posen
seront sous les ordres d'un officier particulier; ils rentreront
dans la comptabilité du général Bourcier, quand sa mission actuelle
sera terminée et lui permettra de s'y rendre. Faites partir en
diligence toutes les selles, car je vois qu'il y a 5,000
hommes à Hanovre et qu'il y aura bientôt 5,000 chevaux qui ne
pourront être utilisés si l'on n'a de quoi les équiper. J'ai ordonné aussi
l'achat de 3,000 chevaux dans le duché de Varsovie, et ordonné qu'on y enverrait 850 hommes de chasseurs portugais; mais ces chevaux sont
destinés à remplacer les pertes résultant de la guerre. Il
est nécessaire de bien indiquer dans l'état le lieu où chaque régiment
doit prendre ses chevaux, afin de bien diriger les hommes. Quant
aux chariots des équipages militaires, le major général vous fera
connaître que mon intention est que le départ des bataillons soit accéléré,
et qu'à défaut de voitures du nouveau modèle on en prenne de
l'ancien, car l'essentiel est que les bataillons partent; sans cela ils
n'arriveront pas à temps pour être utiles dans les premières opérations.
Les équipages
des 6e, 7e bataillons sont en retard ; les voitures du nouveau
modèle ne seront pas pour cela inutiles ; elles seront envoyées
au moyen de chevaux qu'on se procurera par des marchés à loyer, et elles
partiront, celles qui sont en Italie, de Vérone, et celles qui sont en France, de Mayence. Elles serviront à conduire des
effets qui, par ce moyen, ne seront pas déchargés, et, quand les voitures auront rejoint l'armée, on les
emploiera selon les circonstances.
Paris, 7 mars 1812.
Au
général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la
guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac,
je réponds à votre lettre du 1er mars. Je
vois avec plaisir que les 3e et 4e compagnies du 2e bataillon des équipages
militaires sont parties le 4 mars de Wesel, chargées d'effets d'habillement;
que les 5e et 6e compagnies partent de Mayence, chargées d'effets
d'habillement ou d'ambulance; que le 10e bataillon est en marche sur Mayence.
Il est inutile de donner à une compagnie des caissons du
nouveau modèle, si elle a des caissons de l'ancien modèle
: il faut maintenir l'uniformité. Je vois que les 4e, 5e et 6e
compagnies du 6e bataillon auront reçu cent vingt caissons ; mais je vois avec
peine que les trente-sept voitures qui devraient être parties
depuis un mois ne le sont pas encore. Je tiens à l'exécution de mes
ordres pour les détachements des 1e, 2e et 3e compagnies, le temps me presse;
il en est de même pour le 7e bataillon. Comme je vois
que Sampigny a quatre cent soixante caissons de
l'ancien modèle, mon intention est que la confection des voitures ne
retarde pas le départ des bataillons ; encore une fois, je suis
pressé par le temps.
Au fur et à
mesure que les nouveaux caissons seront achevés, il faudra
les diriger sur Mayence.
Que l'ordonnateur des hôpitaux
parte dans la journée de demain pour Mayence, qu'il
fasse charger les effets d'ambulance sur les premiers caissons et
qu'il se rende au quartier général, qui est déjà à Erfurt,
qu'il aura peut-être de la peine à rejoindre.
Le demi-bataillon que vous
organisez à Paris ne pourra partir qu'au
1er avril ; il servira ce que de raison ; mais il est possible que je
ne puisse plus compter sur lui.
Je me trouve dans la situation de craindre de
n'avoir aucune ambulance pour les premières
affaires, qui sont toujours très-sanglantes. L'ordonnateur des
hôpitaux devra rester tout au plus deux jours à Mayence pour mettre
en route les effets les plus nécessaires, il se rendra en diligence
à Erfurt, où il faut qu'il soit arrivé le 20. L'intendant
général y sera aussi à cette époque. A peine arrivés,
ils recevront l'ordre de se diriger sur Berlin et
successivement sur la Vistule. Les gros effets d'hôpitaux qui ne seraient pas
partis dès à présent pour le quartier général, c'est-à-dire le
magasin général de ce service, pourront être portés par le bataillon
que vous organisez.
Mandez à
l'intendant général et aux ordonnateurs des différents services
qu'il n'y a pas un moment à perdre et que chacun doit être à son poste.
Tout ce qui ne sera pas le 20 à
Erfurt ne rejoindra plus.
Paris, 7 mars 1812.
Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre
directeur de l'administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac, je
réponds à votre lettre sur l'opération
des eaux-de-vie : elle me parait mal calculée et ne réussira pas;
il faut, ce me semble, renoncer à cette opération. Qu'on n'achète plus rien ;
qu'on fasse transporter à Magdeburg tout ce qui est acheté, et
que ces transports soient effectués par des marchés tels que les entrepreneurs
soient responsables de la quantité et de la qualité des eaux-de-vie.
Quant à celle de Paris, vous pouvez la donner au commerce,
ou, si vous la faites transporter à Magdeburg, il importe que ce
soit avec les mêmes précautions. Il paraît qu'il est facile de s'assurer
si l'eau-de-vie a été altérée. Mais, si ce transport est effectué autrement,
les précautions sont un détail immense et ne peuvent avoir un résultat.
J'aurai dépensé 2 ou 3 millions et je n'aurai rien. Je
crois donc qu'il faut réduire cette opération au moyen d'exécution le
plus simple possible.
Paris, 7 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, je reçois
votre lettre du 5 mars sur les différents détachements des
équipages militaires qui arrivent sur le Rhin. Vous me
remettrez sous les yeux les états de mouvement indiquant le jour où les 2e et
3e compagnies du 2e bataillon des équipages militaires arriveront
à Magdeburg, ainsi que ce qu'elles ont chargé à Wesel. Mon intention est que le
magasin général soit établi à Magdeburg, que ces effets ne
soient point déchargés, mais seulement qu'on vérifie les
chargements, qu'on répare les caisses, tonneaux ou ballots, et qu'on
leur fasse continuer leur route sur Danzig.
Les 1e, 2e et 3e compagnies du
6e bataillon arriveront le 20 mars à Mayence. Si le
ministre de l'administration de la guerre a des effets d'habillement
à y charger, il en profitera; à défaut de quoi, on les chargera
d'effets d'ambulance et, à défaut de ceux-ci, d'eaux-de-vie, de
manière que le 23, pour tout délai, elles se mettent en marche pour Magdeburg.
Donnez l'ordre que les
trente-neuf caissons d'ancien modèle qui partent de Sampigny pour Wesel continuent leur route sur Hanovre, où
ils sont nécessaires pour compléter les 4e, 5e et 6e compagnies du
6e bataillon, que forme le maréchal duc de Reggio.
Les détachements
des 1e, 2e 3e, 4e et 5e compagnies du 10e bataillon, qui
prennent des caissons à Strasbourg, devront s'y charger d'effets
d'habillement; à défaut d'effets d'habillement, d'effets d'ambulance; à défaut d'effets d'ambulance, ils s'y
chargeront d'eaux-de-vie, et, s'il
n'y a point d'eaux-de-vie, d'outils. Ils passeront le Rhin au plus tard le 22,
et se dirigeront sur le quartier général.
Les 1e, 3e et 6e compagnies du
10e bataillon, qui arriveront à Mayence
le 20, en partiront le 22. Les 2e, 4e et 5e, qui arriveront le 21, en partiront
le 23 et se dirigeront sur le quartier général. Elles se chargeront d'effets
d'habillement appartenant à l'administration
de la guerre, d'effets appartenant aux corps, d'effets d'ambulance, d'eaux-de-vie, de fusils, en ayant soin de
mettre un très-léger chargement, et de ne prendre les derniers de ces
objets qu'à défaut des premiers.
Je ne sais ce que c'est que
dix-huit caissons du 13e bataillon que le ministre veut faire partir de Strasbourg pour Wesel. Un mouvement de Strasbourg sur Wesel,
quand le corps sur lequel ils se dirigent est à Stettin, est un
faux mouvement qui double la distance. Instruisez le ministre qu'aucun
mouvement ne doit se faire que par mon ordre. Ces dix-huit caissons du 12e
bataillon ne doivent point partir sans mon ordre. Il faut leur faire acheter
des chevaux, leur donner des charretiers pris dans un dépôt, leur
faire passer le Rhin et les charger à Strasbourg. Ce sera un bon renfort
que recevra le 12e bataillon. Je vois que le 6e aurait soixante
voitures, et le 7e deux cents ; aussitôt qu'ils auront leurs conscrits ils
devront se mettre en route; mais il est nécessaire que les vingt chariots que
le 6e bataillon doit prendre à Sampigny se
rendent à Metz, afin qu'ils puissent sans délai partir pour Mayence. Le 7e bataillon
doit prendre ses chariots à Anvers, Strasbourg, Auxonne,
Douai et Delft.
Il ne faut point que le ministre
compte que mon intention soit que les chevaux aillent prendre les voitures :
cela retarderait trop l'arrivée de ce corps à l'année. Mon intention est qu'il
prenne les vingt voitures qui sont à Mayence, les vingt qui sont à
Strasbourg, ce qui lui formera une compagnie. Les premiers chevaux
disponibles partiront à cet effet de Metz pour Strasbourg ; les cent
chariots d'Anvers, les vingt de Douai et les vingt de Delft doivent
être envoyés à Mayence par les transports militaires, et si, lorsque le
bataillon sera prêt à partir, ces voitures ne sont point arrivées, mon
intention est qu'il prenne des caissons de l'ancien modèle à Sampigny. Les caissons au nouveau modèle suivront plus tard,
et, lorsqu'ils seront arrivés à l'armée, ils seront
utilisés.
Mon intention est que, sous
aucun prétexte, les bataillons n'éprouvent
aucun retard, car l'armée est en marche. Aussitôt que les chevaux
el les hommes seront prêts, il faut qu'ils partent avec des caissons
de Sampigny, chargés ou non. Le principal est d'avoir
des caissons du nouveau ou de l'ancien modèle. Exprimez bien mon intention
au ministre de l'administration de la guerre pour que cela n'arrive
pas trop tard.
Les caissons du nouveau modèle
qui arriveront par les transporte militaires
trouveront toujours leur emploi. Aussitôt que les 100 chevaux
du 9e bataillon seront arrivés à Plaisance, les caissons se mettront en
marche. Aussitôt que les vingt
voitures de celui qui est à Versailles seront prêtes,
qu'elles partent; les équipages militaires sont fort en retard. Le 12e bataillon, le 2e et le 9e sont seulement en mesure; le 6e, le 7e et le 10e
sont encore bien loin. Je serais fort fâché que tous ces bataillons ne pussent
pas partir dans le courant de mars, afin qu'ils puissent
rejoindre avant le 1er juin. Je suppose que les trois
compagnies du 6e bataillon qui se forment à Hanovre
arriveront à temps.
Je désire
que le major inspecteur du train vous fasse un rapport clair sur les autres
bataillons que j'ai organisés, savoir : celui à la comtoise
n° 14, qui doit être organisé avec des conscrits de Danzig et des Polonais. Les
cadres sont-ils désignés et partis ? Un ou plusieurs officiers
sont-ils partis en poste ? Des ordres ont-ils été donnés pour la construction
des voitures et l’achat des chevaux ? Les chevaux peuvent se prendre sur ceux de la Prusse ; le roi de Saxe tient les hommes tout prêts pour les envoyer sur la première
demande du général Rapp. Le 20e
bataillon de bœufs doit être formé à Danzig; les bœufs doivent être fournis par la Prusse à Danzig. Les chariots doivent déjà être construits. Les cadres sont-ils
partis ? Pour les hommes, le général
Rapp en prendra à Danzig; le supplément sera fourni par les Polonais. J'ai chargé le roi de Saxe d'organiser un bataillon à la comtoise à mes frais. Je désire
cependant que le commandant et deux
officiers y soient envoyés pour diriger la formation de ce bataillon. L'inspecteur aux revues, qui doit
être envoyé à Varsovie pour faire la
revue des hommes de l'armée du duché qui sont à ma solde, fera fournir les avances nécessaires pour l'organisation de ce bataillon d'équipages. Les hommes seront
Polonais; le bataillon portera le n°
16. Les bataillons à la comtoise n° 15 et 17 ont-ils leurs cadres nommés ? A-t-on commandé les voitures,
harnais et chevaux ? Quand seront-ils
disponibles ? Le temps est le grand élément de tout. Il faut que l'inspecteur s'assure bien des faits; c'est de
l'argent jeté si on me fait perdre plusieurs mois, car il faudrait faire encore
les mêmes dépenses pour y suppléer par d'autres moyens. Le major inspecteur prendra de même des renseignements
positifs sur les bataillons de bœufs.
Vous lui recommanderez de vérifier soigneusement les renseignements qui lui seront donnés dans les bureaux, et de vous faire sur tout cela un rapport bien
circonstancié sur lequel je puisse
compter.
Paris, 8 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, renouvelez l'ordre
au général Reille de se porter sur Berga et sur la Cerdagne
française pour déloger les insurgés. Il n'est que trop vrai
qu'ils se nourrissent de France, et qu'ils sont cantonnés à
Puycerda, d'où ils ne bougent point. Réitérez-lui
l'ordre d'envoyer une division italienne dans la Navarre. Il tiendra l'autre division
italienne dans l’Aragon et gardera avec lui
la division française.
Paris, 8 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, je vous ai fait
connaître que je donnais le commandement
de la division polonaise, composée des régiments de la Vistule,
au général Claparède : cependant ce général l'ignorait ce matin. D'où vient cette
négligence ? J'ai vu également ce matin l'adjudant-commandant Lagrange: comment n'est-il pas parti pour se rendre auprès du prince de Wurtemberg ? Mes ordres
s'exécutent bien lentement.
Faites-le partir dans la journée de demain.
Paris, 8 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, je reçois
le rapport du général la Riboisière. Donnez-lui les ordres les
plus pressants. Mon intention est que le 12 mars tout ce qui
appartient aux équipages de pont se mette en marche de Wesel,
de Mayence et de Strasbourg, en se dirigeant sur Magdeburg, afin qu'au 1er
avril j'aie dans cette place, sinon tous les chevaux des équipages
de pont, du moins tout ce qu'il sera possible d'avoir. Faites
comprendre que tous les chevaux qui n'auront pas passé le Rhin au 10
mars n'arriveront pas à temps pour mes projets.
Paris,
8 mars 1812.
Au
maréchal Bessières, duc d'Istrie, commandant la garde impériale, à Paris
Mon Cousin, vous m'avez dit que
le bataillon des Pupilles qui est à Évreux était
habillé et armé : il n'a ni habits ni gibernes et est dans le
plus mauvais état. Faites-moi connaître quand ce bataillon sera armé et
habillé, et faites-moi un rapport sur sa situation, bataillon par
bataillon.
Paris, 10 mars 1812.
Au
comte Collin de Sussy,
ministre des manufactures et du commerce, à Paris
Monsieur le Comte de Sussy, par mon décret du 25 décembre
dernier, j'ai accordé un million pour le service des
subsistances dans les différentes villes. Sur cette somme, 290,000
francs ont été affectés pour les primes données aux boulangers de Paris
; il reste donc encore 710,000 francs disponibles. Comme nous sommes
dans l'époque la plus fâcheuse de l’année, il est
convenable que vous me présentiez un projet pour la répartition de ce reste
de fonds.
Paris, 10 mars 1812.
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès,
je vous renvoie votre rapport sur la sortie du Rivoli,
En relisant mes lettres et vos instructions, je ne sais comment
il est possible que cet événement soit arrivé. Je désire approfondir
cette affaire.
Écrivez
au vice-roi pour savoir si la lettre dont copie est ci-jointe a été
remise par lui au capitaine Barré, et si en chargeant l'amiral Villaret de
remplacer ce capitaine à Venise on lui a remis également copie de vos
lettres et instructions. Dans ce cas, cet amiral aurait montré bien
peu de prudence. Si le vice-roi n'avait pas communiqué ces lettres
et ces instructions à l'amiral Villaret, il serait coupable. Écrivez-lui
là-dessus une lettre honnête, mais ferme. 1° Mon intention était
que le vaisseau ne sortit pas qu'il n'y fût présent : y était-il ? 2°
J'avais ordonné que le vaisseau fût accompagné de frégates et de corvettes. 3°
Un grand nombre d'avisos devaient éclairer la mer, et, dans ce cas, tous
bateaux pécheurs sont avisos. Dans votre lettre au vice-roi,
relatez-lui les termes positifs des lettres qui lui ont été écrites,
et demandez-lui comment, ayant prévu toutes les circonstances,
il se fait qu'on n'ait pas obéi à mes ordres. Comme j'aime à récompenser
et à témoigner ma satisfaction quand on fait bien, je désire
aussi témoigner mon mécontentement quand on fait mal. Si l'amiral Villaret a
reçu les instructions du vice-roi, c'est à lui que je m'en prendrai. Il faut
que votre lettre soit raisonnée. Joignez-y copie de ma lettre et des
instructions, afin qu'il soit bien convaincu de son tort;
cela aura du moins quelque avantage pour l'avenir; il mettra moins de légèreté
dans la lecture des ordres.
Paris, 10 mars 1812
Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre
directeur de l'administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac, je
reçois la situation des hôpitaux au
1er février. J'y vois que les malades sont au nombre de 49,000 au 1er
février, et qu'il n'y en avait que 42,000 au 1er janvier; ce qui ferait
donc une augmentation de 7,000 malades pendant janvier. Ce premier résultat m'a
d'abord effrayé; mais, en y regardant de plus près, je vois que
la 32e division est portée pour 6,400 malades au 1er février, et
qu'elle était portée pour zéro au 1er janvier; que Danzig est
compris pour 1,500 malades dans l’état de février, et qu'il figurait
pour zéro dans l'état de janvier: voilà donc une différence de 8,000
qui provient de la manière de disposer les chiffres. Ainsi le nombre
des malades a été à peu près le même dans les deux mois de janvier et de
février; ils ont diminué en Italie, en Illyrie, dans les
îles Ioniennes; ils ont augmenté de 100 hommes dans la 5e division
militaire; ils ont diminué dans la 8e division, dans la 10e et dans
la 11e division, quoiqu'il ait passé beaucoup de prisonniers; ils ont
également diminué dans la 12e, dans la 16e division, dans la 17e
division militaire, enfin ils ont diminué presque partout. Votre résultat
n'est donc pas exact ; il y a eu moins de malades en février qu'en
janvier, malgré les mouvements extraordinaires de troupes et l’augmentation
de 20,000 prisonniers espagnols qui sont entrés dans le
pays.
Paris,
10 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, témoignez
mon mécontentement au duc d'Abrantès de ce qu'il a été à
Munich avant ses troupes, et de ce qu'il a ainsi démasqué mon mouvement deux
jours plus tôt ; ce qui est cause que le courrier russe,
qui ne serait parti que le 2 mars, est parti le 29 février. Je
désire qu'il n'aille pas à Dresde et qu'il reste constamment
avec ses troupes, marchant avec sa 1e division.
Paris, 10 mars 1812.
Au
maréchal Bessières, duc d'Istrie, commandant la garde impériale, à Paris
Mon Cousin, donnez ordre que la
3e division de la Garde, composée des trois régiments de la vieille Garde, parte de
Metz pour Mayence, savoir : le 3e régiment de grenadiers, le
13; le 2e de chasseurs et le 2e de grenadiers, le 14 ou le 15.
Ces régiments ne séjourneront qu'un jour à Metz. La division
d'ambulance avec son matériel, une compagnie de sapeurs, une batterie
d'artillerie servie par les canonniers de la jeune Garde et deux
batteries d'artillerie à pied, formant seize pièces de canon, avec seize
caissons d'infanterie et leur approvisionnement, partiront également de
Metz successivement pour Mayence. Les trois régiments de cavalerie partis de
Paris ne feront qu'un séjour à Metz et continueront leur route sur Mayence. Toute l'artillerie de la réserve de la Garde
marchera avec les grenadiers, les
chasseurs et les dragons. Enfin le parc d'artillerie de la Garde, y compris la réserve de la Garde, ainsi que
le parc du génie, les boulangers et
les administrations, se mettront également en marche le 15 pour Mayence.
Donnez ordre au général
Walther de se rendre à Mayence pour prendre le commandement de la cavalerie, et
de l'artillerie légère qui y sera attachée. Faites partir
demain un bataillon de chasseurs, composé de 800 hommes,
et un bataillon de 800 grenadiers, sous les ordres d'un major.
Vous choisirez les hommes les plus fatigués ou que le voyage en
poste incommoderait davantage. Les ambulances, les caissons des
deux régiments de grenadiers et de chasseurs restant, les
chevaux et bagages des officiers des corps qui doivent partir en poste,
et ce qui reste des administrations, partiront avec ces deux bataillons;
de sorte qu'il ne reste que 1,600 hommes de toute la vieille
Garde, lesquels pourront se porter en poste sur l'Elbe, c'est-à-dire
en quinze jours.
Ainsi ma Garde sera composée
de la manière suivante, savoir : 1e division (division
Delaborde) : 5e régiments de tirailleurs et de voltigeurs,
quatre bataillons ; 6e régiments de tirailleurs et de voltigeurs, quatre
bataillons; 4e régiments de tirailleurs et de voltigeurs, quatre
bataillons ; total, douze bataillons.
2e division : 1er régiments de tirailleurs et de
voltigeurs, quatre bataillons; fusiliers,
quatre bataillons; flanqueurs, deux bataillons; total, dix bataillons.
3e division (vieille Garde) 1er
et 2e régiment de chasseurs, quatre bataillons;
1er, 2e et 3e régiment de grenadiers, six bataillons; total, dix
bataillons.
La 2e division sera commandée
par le général de division Roguet ; la 3e division, ou
division de vieille Garde, sera commandée par le général Curial.
Vous me présenterez les adjudants généraux de la Garde qui doivent
être employés dans ces divisions.
Cavalerie : les cinq régiments
formant 5,000 hommes.
Artillerie : l'artillerie se
compose,
1° De quatre
compagnies de régiment : une compagnie de huit pièces sera attachée
à la division Delaborde; une compagnie de huit pièces
à la division Roguet; une de huit pièces aux chasseurs, et une de huit pièces aux
grenadiers, formant seize pièces pour la 3e division.
2° Il y aura
attachées à la 1e division deux batteries d'artillerie à pied formant seize
pièces de la réserve attachée à la Garde; à la 2e division , deux batteries d'artillerie de seize pièces de la réserve attachée
à la Garde ; à la 3e division, deux batteries ou seize pièces servies par la Garde ; à la cavalerie, deux batteries
à cheval de la Garde formant douze pièces; à la réserve, marchant avec le parc,
deux batteries d'artillerie à cheval de la Garde, douze pièces; quatre
batteries d'artillerie à cheval de la
ligne, vingt-quatre pièces; deux batteries de pièces de 12 de la ligne attachées à la Garde, seize pièces; deux batteries de pièces de 12 de la Garde, seize
pièces; deux batteries d'artillerie à
pied de la Garde, seize pièces. Les cent soixante et seize pièces de la Garde seront donc réparties
comme il suit, savoir : vingt-quatre pièces à la 1e division; vingt-quatre
pièces à la 2e division; trente-deux pièces à la 3e division; douze pièces à
la cavalerie; quatre-vingt-quatre pièces à la réserve; total, cent soixante et
seize pièces.
Chaque pièce
de canon aura aux divisions un approvisionnement complet; le double
approvisionnement sera avec la réserve au parc. Chaque
division aura ses seize caissons; les autres caissons seront au
parc.
Génie : le génie se
compose des compagnies de sapeurs. Une de celles qui sont à
Metz doit avoir reçu l’ordre de partir avec la 1e division.
Une compagnie sera attachée à la 2e division ; une compagnie sera
attachée à la 3e division ; une compagnie sera attachée au parc avec
des pontonniers, mineurs et ouvriers, ainsi que la compagnie du
grand-duché de Berg, avec ses pontonniers et avec les marins.
Il faut que les états
de situation de la Garde me soient désormais présentés dans cette
forme. On y portera ce qui existe et ce qui manque. Chaque division
aura ses ambulances et la partie des administrations qui lui
est nécessaire; le reste restera au parc avec l'ordonnateur.
Donnez ordre que la compagnie
de marins et tout ce qui peut partir parte demain.
J'approuve l'idée
de former aux grenadiers et aux chasseurs une 9e compagnie pour
la garde de Paris et pour faire le service auprès de
l'Impératrice et du roi de Rome. On composera chacune de ces deux
9e compagnies des hommes malingres sortant des hôpitaux, ou vieux
et qui ont besoin de repos.
Paris, 10 mars 1812.
Au
maréchal Bessières, duc d'Istrie, commandant la garde impériale, à Paris
Mon Cousin, il est nécessaire que la Garde emporte ses
drapeaux. L'arme des chasseurs n'aura qu'une
aigle ; l'arme des grenadiers n'aura
qu'une aigle, qui sera toujours portée au 1er régiment de vieille Garde
de chaque arme; les grenadiers à cheval n'auront qu'une aigle; les dragons, qu'une aigle ; les chasseurs à cheval, qu'une aigle; les régiments de chevau-légers n'auront point
d'aigle.
Donnez ordre aux colonels de
fournir le fanion que doit avoir chaque bataillon. Les voltigeurs auront des fanions rouges et les tirailleurs des fanions blancs;
ces fanions ne porteront rien qui indique à quel régiment ils appartiennent, ni qu'ils
appartiennent à la Garde.
Paris, 10 mars 1812.
A Eugène Napoléon,
vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, je reçois
votre lettre du 4 mars. Il est fâcheux que sur une simple lettre
d'Aldini vous ayez laissé introduire des marchandises
coloniales venant d'Allemagne. Il faut un décret pour autoriser de
pareilles violations du système continental. Ce n'est pas en n'empêchant
pas la circulation de ces marchandises que vous avez mal fait,
mais c'est en autorisant leur entrée sur une simple lettre.
Paris, 11 mars 1812
NOTE DICTÉE EN CONSEIL DES MINISTRES.
Sa Majesté
se fait rendre compte de la ressource qu'offrent, pour les secours à la classe
indigente du peuple, les soupes à la Rumford. Elle remarque que
les soupes à la Rumford n'exigent point de blé. Le fait est qu'on
manque de blé en France. Il faudrait ordonner à l'administration des villes et
aux préfets de faire établir partout une grande quantité de fourneaux pour les
soupes à la Rumford, non seulement à délivrer gratis, mais encore à vendre. Il
faudrait d'abord en établir dans les communes des environs de Paris,
et notamment à Saint-Denis. Les ministres de l'intérieur et des
manufactures s'occuperont de l'exécution de ces dispositions. Le
ministre de l'intérieur écrira à tous les préfets pour leur faire connaître
que l'Empereur a vu avec mécontentement que, dans les pays où le pain
est très-cher et les subsistances rares, ils n'aient pas pris
des mesures pour faire établir des soupes à la Rumford par des
entrepreneurs qui les vendraient au public. Il établira le calcul qu'une soupe
coûte tant et nourrit comme tant de pain; qu'ainsi, dans les
moments de pénurie, cette ressource offre au peuple un moyen de se
nourrir comme si le pain ne coûtait que tant. Il leur enverra une
instruction sur la manière de construire les fourneaux et d'établir les
soupes.
On pourrait ensuite les donner à
moitié prix. À Saint-Denis et dans les environs de
Paris, il faudrait que le préfet fît faire les soupes par des
entrepreneurs et les fit afficher. Il faudrait également à Paris introduire
l'usage de les vendre, ce qui devrait être absolument séparé de
la distribution gratuite. D'ailleurs, l'ouvrier qui a un peu d'aisance
peut rougir d'aller à la charité, tandis qu'il peut trouver commode,
surtout pour ses enfants, d'en acheter à bon marché. Il y a plus
d'avantage pour le peuple de les établir à vendre que de les donner gratis, car la distribution
gratuite ne peut être
que limitée, au lieu que dans les pays où le blé est cher cela pourrait prendre
une grande extension.
L'administration
pourrait, d'ailleurs, aider en fournissant les fours et en veillant à ce que les soupes fussent bonnes et au
meilleur marché possible.
L'Empereur ajoute à ces observations les questions suivantes :
Quelle est la manière de se procurer dix millions pour subvenir aux besoins de la classe
indigente de la France, ce qui, pour avril, mai, juin, juillet et août, ferait deux
millions par mois ? Les ressources paraissent être le revenu des communes.
S'il reste des fonds de départements, soit en non-valeurs, soit des
compagnies de réserve, non-seulement de l’année courante, mais de tous les exercices
arriérés, soit enfin des économies qui peuvent être faites sur les budgets, en
ajournant des dépenses moins urgentes et en accordant quelque chose sur le trésor,
s'il est nécessaire ?
Les fonds une fois trouvés, quelle est la manière de les employer, de telle sorte que cela ne soit pas une source
d'abus plus nuisible qu'utile ? Ces dix
millions doivent être employés à soulager la classe indigente, pour l'indemniser de la hausse du blé.
Il faut donc connaître les
départements où le prix est le plus élevé et qui souffrent, et enfin
déterminer quelle doit être la distribution de ces fonds entre les départements, et le procédé à suivre pour
arriver au but.
Il faut marcher dans la direction qui a été donnée à Paris ; on y a distribué trente mille livres de pain et
quarante mille soupes à la Rumford. On peut
se vanter aujourd'hui qu'aucun habitant de la capitale ne souffre de la faim.
Les ministres de l'intérieur et des manufactures, le ministre du trésor, les conseillers d'État
composant le conseil des subsistances et les ministres d'État Regnaud et Defermon
se réuniront chez le ministre de
l'intérieur, avec le ministre de la police et le conseiller d'Étal directeur général de la comptabilité des
communes, pour s'occuper de ce
projet.
Paris, 11 mars 1812.
Au comte Mollien, ministre
du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte Mollien, on envoie beaucoup d'argent à Corfou; cela a des
inconvénients. Je désire que vous envoyiez, à compte de ce que vous y faites passer,
500,000 francs en bons du trésor payables, savoir : 300,000 francs par le
trésorier de Venise ou de Trieste et 200,000 francs par le trésor de
France. Vous manderez au payeur que les 300,000 francs serviront à payer les
achats faits en Illyrie (les Illyriens se feront bien payer à Trieste), et les 200,000
francs pour ceux qui voudront envoyer leur argent en France.
Paris, 11 mars 1812.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de
la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, mon
intention est d'avoir six bataillons de 840 hommes chacun, formés de prisonniers
espagnols, de bonne volonté, conformément au décret que j'ai pris; ce
qui fera trois régiments.
Le 3e bataillon du régiment
de Walcheren est à Strasbourg, et j'ai ordonné par mon décret qu'il prendrait
800 prisonniers. Le 4e bataillon de Walcheren est en marche
de l'île de Ré avec 900 conscrits réfractaires. Mon intention est que ce
bataillon vienne à Paris; il continuera de Paris sa route
sur l'armée, où il sera incorporé dans l'infanterie de ligne, et le cadre
reviendra à Strasbourg pour y prendre des
prisonniers espagnols. Vous donnerez ordre au major du régiment de Walcheren de se rendre à Strasbourg pour
présider à la formation et à
l'habillement de ces deux bataillons.
Il est nécessaire
que les officiers du 4e bataillon ne sachent pas que leurs soldats
doivent être incorporés dans les régiments de l'armée, parce qu'ils
porteraient moins de zèle à y arriver intacts.
Donnez ordre au cadre du 3e
bataillon du régiment de Belle-Île, complété en
officiers et sous-officiers, de partir sous les ordres du major du régiment et
avec le 4e bataillon complété à 900 conscrits réfractaires, pour
se rendre à Paris. Le cadre du 3e bataillon doublera celui du 4e
bataillon jusqu'à leur arrivée à Paris. Vous ferez retirer du 4e bataillon tous
les hommes malingres, les mauvais sujets et ceux dont on ne
serait pas sûr.
Arrivé
à Paris, le cadre du 3e bataillon se rendra à Strasbourg pour
prendre des Espagnols, et le 4e bataillon rejoindra la Grande Armée. Lorsqu'il sera
arrivé, on l'incorporera dans l'infanterie légère, et le cadre retournera à Strasbourg pour y prendre des prisonniers
espagnols.
Donnez ordre que les cadres des
3e et 4e bataillons du régiment de l'île de Ré,
sous les ordres du major, se rendent à Strasbourg pour
y recevoir des Espagnols.
Il ne restera donc aux régiments
de Walcheren, de Belle-Île et de l’île de Ré, que
les 1er, 2e et 5e bataillons.
J'aurai ainsi à Strasbourg trois régiments composés
d'Espagnols, commandés par les majors.
La comptabilité
se rattachera à celle des régiments de Walcheren, de
Belle-Île et de l’île de Ré.
Chargez le général
Kindelan, que je nommerai inspecteur des Espagnols
et auquel je donnerai le rang de général de division, d'aller passer la revue
des dépôts de prisonniers espagnols et d'y choisir les meilleurs sujets, en
exécutant tout ce qui est prescrit par mon décret. Vous
donnerez ordre que les hommes de ces nouveaux bataillons qui déserteraient,
et qu'on ne jugerait pas à propos de fusiller pour l'exemple, soient conduits
dans l'île de Walcheren.
Les Espagnols qui seront
incorporés dans le bataillon de Belle-Île prendront
l'uniforme d'infanterie légère affecté à ce régiment. Ceux qui
seront incorporés dans les régiments de Walcheren et de l'île de Ré porteront
l'uniforme d'infanterie de ligne de ces régiments, hormis que, dans chaque régiment, ils auront des parements
et revers bleus avec un passepoil
jaune, pour qu'on les distingue facilement de toute arme française.
Je ne m'opposerai point à ce que,
lorsqu'il y aura des vacances, on mette dans ces bataillons quelques officiers et sous-officiers espagnols sûrs.
En conséquence
de ces dispositions, mon intention est de rapporter le décret qui
crée le régiment de Catalogne.
Paris,
11 mars 1812.
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, réitérez
l'ordre aux majors des régiments de la Vistule de
n'admettre que des Polonais et de rejeter tout ce qui est allemand et russe ;
ces régiments ne doivent avoir que des hommes parlant
polonais.
Donnez ordre au détachement
du 7e régiment de chevau-légers polonais, qui arrive
à Saint-Jean-d'Angely, d'en partir pour Sedan avec
le dépôt du régiment.
Donnez ordre que les dépôts
des trois régiments polonais du grand-duché de Varsovie
qui sont du côté de Bordeaux se rendent à Sedan. Ces dépôts laisseront aux
lieux où ils sont ce qui sera nécessaire aux régiments qui
reviennent d'Andalousie et qui passeront à ces dépôts. Il
est nécessaire que ces régiments trouvent, en arrivant à Sedan, de quoi
s'habiller et s'équiper, et se mettent en état de continuer leur route
pour entrer en campagne en arrivant dans le Grand-Duché.
Paris, 12 mars 1812.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de
la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre,
remettez-moi la situation de la cavalerie de la Grande Armée, arme par arme et régiment
par régiment. Que cette situation parte du 1er mars; qu'elle me fasse connaître
l'état au 1er mars des hommes de chaque régiment à cheval rendus en Allemagne,
première colonne; dans une deuxième colonne, ce qui est à cheval
en route pour rejoindre, avec l'époque du départ et de l'arrivée;
dans une troisième colonne, ce qui est à pied au dépôt de Hanovre ; dans une
quatrième colonne, ce qui existe en France ; dans une
cinquième colonne, les hommes à recevoir de la conscription de 1812. On fera
connaître dans le même état les chevaux existants, à recevoir
soit en France, soit en Allemagne. Enfin vous me ferez connaître
également ce qu'il y aurait de disponible en hommes montés aux
dépôts, au 15 mars, et ce qu'il y aurait de disponible, habillé et
équipé, mais non monté, qu'on pourrait envoyer en Allemagne pour
prendre des chevaux.
Paris, 13 mars 1812
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, expédiez
aujourd'hui l'aide de camp du duc de Raguse. Mandez à ce
maréchal que vous m'avez mis sous les yeux sa dernière lettre;
que la réunion de ses forces à Salamanque n'est pas suffisante pour
le but qu'il doit remplir; qu'il est nécessaire qu'il jette
un pont sur l'Agueda et y ait une tête de pont, afin
que, si l'ennemi laisse moins de cinq divisions sur la rive
droite du Tage, il
puisse
se porter sur la Coa, sur Almeida, et ravager tout le
nord du Portugal ; que la saison des pluies doit finir ; que si Badajoz est pris par deux
simples divisions anglaises, et que lui, duc de Raguse, ait retenu
sur la rive droite cinq divisions anglaises, la prise de Badajoz ne pourra pas
lui être imputée et retombera tout entière sur l'armée
du Midi; que si, au contraire, l'ennemi s'affaiblit de plus de cinq
divisions et n'en laisse que deux, ou même trois ou quatre sur la
rive droite, ce sera la faute de l’armée de Portugal si elle ne marche
pas sur le corps de l'ennemi, n'investit pas Almeida, ne ravage
pas tout le nord du Portugal et ne jette pas des partis jusqu'au Mondego,
qu'enfin le rôle principal de l'armée de Portugal se réduit à
ceci : tenir en échec six divisions de l'armée anglaise ou au moins cinq,
prendre l'offensive dans le Nord, ou si l'ennemi a pris l'initiative, ou si
toute autre circonstance l'ordonne, faire filer par le Tage sur Almaraz, pour faire lever
le siège de Badajoz, autant de divisions qu'en aura
fait filer lord Wellington.
Lorsque vous aurez expédié
cette lettre, vous direz à l'aide de camp de venir à
l'Élysée à huit heures; je lui dirai un mot.
Paris, 13 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, prévenez
le duc de Reggio que probablement je lui expédierai des
ordres qui devront être exécutés vers le 20 ; que je ne suis
pas encore décidé sur ce mouvement, mais que j'ai cru devoir l'en
prévenir, afin que, recevant les ordres, il puisse les exécuter vingt-quatre
heures après. La brigade Corbineau et la division de cuirassiers
avec douze pièces d'artillerie légère, formant 3 ou 4,000 chevaux,
passeront les premières le pont de Magdeburg pour se diriger sur Berlin. Lui,
de sa personne, avec son quartier général et la division Legrand, déboucherait
un jour après. La division Verdier partirait le même
jour de Brunswick. Le parc de l'armée partirait avec la division Verdier. La division
Belliard se centraliserait à Magdeburg. Le
maréchal entrerait à Berlin avec ses 4,000 hommes de cavalerie et la
division Legrand. La division Verdier resterait à Magdeburg. Le parc y resterait également. Les choses resteraient ainsi jusqu'à nouvel ordre. Il est donc nécessaire que
les troupes de la division Verdier prennent position entre Brunswick et
Magdeburg,
et que
les compagnies soient placées de manière à
pouvoir déboucher en vingt-quatre heures. Le maréchal aura une
instruction sur la manière de se conduire et sur tout ce qu'il doit
faire ; il ne doit encore que se préparer et ne rien laisser transpirer
de ce mouvement. Ses dispositions doivent être faites de manière à se
faire honneur par la belle tenue de l'armée. Il pourra s'arrêter,
s'il est nécessaire, un jour à Brandenburg. Il devra éviter Potsdam, où, par la convention, on ne doit pas passer. Je suppose que tout son
parc sera bien attelé, que chaque division aura ses ambulances, que l'armée aura
ses compagnies d'équipages
militaires, et que rien ne sera conduit par réquisition. Envoyez au maréchal une estafette
extraordinaire à ce sujet, et que, par le retour, il vous fasse connaître
quelle sera la situation de tout son
corps d'armée en cavalerie, infanterie, génie, artillerie, sapeurs, etc., au moment de son entrée. Son
infanterie pourrait marcher par
brigade, chaque brigade ayant, indépendamment de ses canons et caissons de régiments, savoir : la 1e
brigade, les batteries d'artillerie à
cheval, et la 2e brigade, les batteries d'artillerie à pied. Généraux, officiers d'état-major, ordonnateurs,
etc., tout le monde restera à son
poste et ne marchera qu'avec la troupe. Le général Doumerc commandera toute la cavalerie.
Paris, 13 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, faites-moi un
rapport sur le service de l'estafette. Il devient nécessaire d'établir une estafette de Paris à
Magdeburg et Berlin. Je pense qu'il sera nécessaire de conserver jusqu'au 1er avril l'estafette de Paris à Hambourg. À dater du 1er
avril, la ligne de l'estafette sera
transportée de Hambourg à Magdeburg, et il n'y aura plus d'autre estafette que celle de Magdeburg à
Paris par Mayence. Au 1er avril, l'estafette ira jusqu'à Berlin et même jusqu'à
Stettin.
Paris, 14 mars 1812.
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès,
remettez-moi dans la journée un rapport qui me fasse connaître le nom et l'organisation
des deux bataillons de flottille qui sont sous les ordres du
vice-amiral Ver Huell, et présentez-moi un projet d'ordre
pour faire partir 1,000 de ces marins, français ou hollandais,
pour se rendre en diligence à Danzig. Proposez-moi en
même temps de faire partir 1,000 autres de ces marins, français ou
hollandais, bien armés et bien équipés, sous les ordres du contre-amiral Baste, pour
Magdeburg. Il est nécessaire que ces hommes soient armés, qu'ils aient leurs
cartouches et des gibernes. Les deux
équipages, tant celui qui part du Nord que celui qui part de Boulogne, et la compagnie de 200 hommes des marins
de la Garde que le duc d'Istrie a eu
ordre de faire partir, seront sous les ordres du vice-amiral Ganteaume s'il peut suivre l’armée. Si l'amiral Ganteaume n'est pas en état de faire la campagne, le
capitaine Motard ne pouvant pas venir, le contre-amiral Baste
commandera. Enfin le vice-roi emmène avec lui
deux compagnies de marins italiens de Venise. Cela fera donc 2,400 marins que j'aurai à l'armée,
indépendamment des deux bataillons d'ouvriers de la marine, qui porteront à
4,000 hommes les troupes de la
marine.
Vous confierez l'exécution
des ordres relatifs au mouvement de la flottille sur
Cherbourg à un autre officier; d'ailleurs, il me semble que
la saison est bien avancée pour qu'il soit prudent de faire ces mouvements
devant l'ennemi, surtout pour les prames. Vous me ferez un
rapport qui me fasse connaître où en sont les armements et ce qu'il
sera convenable de faire de ce qui restera à Boulogne.
Paris, 14 mars 1812.
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, la
brigade de fusiliers de la Garde est arrivée à Bayonne le 13; la brigade des
1er régiments de voltigeurs et de tirailleurs
est arrivée le 14. Mon intention est que ces huit bataillons
partent en poste du lieu où on les rencontrera pour se rendre à Paris, en
faisant trois ou quatre étapes par jour. Chargez le duc d'Istrie d'envoyer
au-devant de ces régiments un officier qui sera porteur de vos
ordres aux différents préfets pour que tout soit préparé.
Paris, 14 mars 1812.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de
la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, témoignez
mon mécontentement au général qui commande à l'île d'Elbe du peu
d'instruction du 7e bataillon du 6e de ligne et du 14e léger; ces hommes
savent à peine manier les armes ; c'est la faute de ce général :
s'il leur avait fait faire l'exercice, et s'il en avait
passé la revue lui-même toutes les semaines, ces hommes, qui
n'avaient presque rien à faire, seraient aujourd'hui parfaitement
instruits. Faites-lui les mêmes reproches pour les hommes tirés des bataillons de la Méditerranée.
Témoignez mon
mécontentement au général qui commande en Corse de la mauvaise
qualité des fournitures faites aux soldats par l'administration du régiment de
la Méditerranée. Les chemises et les souliers sont si
mauvais, que le soldat n'a pu s'en servir. Faites faire une
enquête pour connaître les auteurs des infidélités et malversations qui ont
été commises.
Écrivez
à la Grande-Duchesse pour que toutes les troupes qui sont à
l'île d'Elbe soient réunies par bataillon tous les jours, de sorte que,
d'ici un mois, elles puissent commencer l'exercice à feu et être parfaitement
instruites. Recommandez-lui d'envoyer des officiers pour surveiller l'exécution de ses ordres.
Si le chef de bataillon du 3e
bataillon étranger, qui est arrivé à Livourne,
n'est pas bon, il faut qu'on en mette un autre.
Le secrétaire
des commandements de la Grande-Duchesse ne doit pas correspondre
avec vous; écrivez que ce n'est pas convenable; qu'il peut faire les lettres, mais que
tout doit être signé de la Grande-Duchesse
ou par son mari ; que cette manière de faire est ridicule et contraire à la dignité de mes ministres et au
bien du service; qu'en fait d'armée il n'y a pas de rang ; le roi
d'Espagne doit écrire lui-même au ministre de
la guerre, comme il écrit au major général quand il lui rend compte du commandement que je lui ai confié.
Paris, 14 mars 1812.
Au
général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de la Grande Armée, à
Paris
Monsieur le Comte la Riboisière,
je vous envoie cette lettre par un de mes pages, afin d'être
sûr qu'elle vous sera remise en main propre, et pour
qu'elle ne sorte point de vos mains. L'objet de cette lettre
est de vous faire connaître (et je vous mets seul dans mon secret)
que mon intention est de débuter dans la campagne par le siège
de Dinabourg et par celui de Riga. Je destine
l'équipage de siège de Danzig pour Riga et l'équipage de siège de
Magdeburg pour Dinabourg.
Prenez indirectement et secrètement des renseignements sur ces
deux places, et faites-moi connaître, par une note écrite de votre propre
main, la composition de l'une et de l'autre de ces places. Faites-moi
connaître combien de bateaux il faudrait pour embarquer l'équipage
de Magdeburg; il n'y a pas de temps à perdre, désirant qu'il
soit embarqué le 1er avril, pour être transporté par la Vistule. Faites-moi
connaître combien il faut de jours pour que cet équipage arrive
à Bromberg; il faudrait qu'il y fût rendu le 1er mai. Il devra là
descendre et continuer la navigation sur le Haff,
entrer dans le Haff de Memel, et remonter le Niémen
jusqu'à Vilna, d'où il sera porté par terre devant la place
de Dinabourg; ce qui est un trajet d'environ
quarante lieues. Les mêmes bateaux pourraient-ils suffire pour
tout ce trajet, ou faut-il qu'ils rompent charge, et combien de fois
? Il sera nécessaire que cet équipage soit arrivé au 1er juin à Vilna, afin de
pouvoir ouvrir la tranchée vers la mi-juin.
Dans le matériel
que vous avez à transporter, mettez le matériel du génie, ne jugeant
pas nécessaire de mettre le général du génie dans ma confidence.
Combien faut-il de bateaux pour
porter l'équipage de Danzig ? De Danzig,
cet équipage devra être transporté, soit sur Memel, soit sur Tilsit, pour de là se
rendre par terre devant Riga ; c'est un trajet d'une soixantaine de lieues. Les mêmes bateaux peuvent-ils aller à Tilsit ou à Memel ? Quel jour faut-il que le chargement
ait lieu à Danzig, et combien de
jours faut-il pour opérer le transport ? Il est indispensable qu'il ne s'opère
qu'au moment opportun, pour ne rien démasquer; le chargement de l'équipage de
Magdeburg ne démasquera rien, puisqu'il peut être censé destiné
à l'armement de Danzig ou de Thorn. Enfin faites-moi connaître combien de
voitures il faudra pour transporter
l'un et l'autre de ces équipages de Vilna à Dinabourg et de Memel à Riga. Je suppose que le siège de ces places ne m'arrêtera pas plus de quinze jours, savoir : cinq
jours pour l'investissement,
l'ouverture de la tranchée, la construction des batteries et le commencement du feu et dix jours de tranchée
ouverte. Il faut donc que les approvisionnements soient arrivés dans quinze
jours, à raison d'un convoi par jour,
de Memel et de Vilna. Quelle portion de chevaux l'armée
pourra-t-elle fournir pour ce charroi, et quelle est la portion
qu'il faudra prendre dans le pays ?
Paris,
15 mars 1812.
Au général Lacuée, comte de
Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac, je
ne veux point faire acheter d'eau-de-vie à Vienne; mais je vous autorise à charger le comte
Otto, mon ambassadeur, de traiter avec un fournisseur pour
l'achat de deux millions de bouteilles de vin de Hongrie, avec les
conditions qu'il ne reviendra pas à plus de dix sous la bouteille rendu
à Varsovie; ce qui fera la dépense d'un million.
Paris, 15 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, donnez l'ordre le
plus précis au général Dorsenne de
faire partir les trois régiments de marche de l'armée de Portugal pour
cette armée. Cet ordre ne souffre pas de délai ; il faut que ces trois
régiments rejoignent.
Donnez-lui l’ordre d'envoyer des
officiers à la recherche de la division Palombini
pour hâter sa marche.
Les sept régiments
de marche d'infanterie de l'armée du Midi, formant une seule
colonne avec les régiments de marche de cavalerie, se rendront
à Madrid et de là à Séville, pour renforcer leurs régiments.
Tous les régiments de marche de l'armée de Portugal se rendront à l'armée de
Portugal, où ils seront dissous, et les cadres rejoindront leurs
dépôts.
L'armée
du Nord sera composée de la manière suivante, savoir : de
la division Caffarelli, de la division Palombini, de la division de la Garde,
2e, 3e de voltigeurs et de tirailleurs, gardes nationales ,
dix bataillons, et d'une division composée du 40e et
du 34e de ligne, de ce qui reste du 34e léger, du 113e et des
détachements suisses.
Réitérez l'ordre que
tout ce qui appartient à la Garde de Paris rejoigne sans délai
en France.
Faites connaître
au général Dorsenne qu'on envoie à Saint-Sébastien, à Vitoria, à
Burgos, des régiments de marche, mais qu'il est nécessaire qu'au
moment où des troupes reviennent d'Espagne les Espagnols voient des
troupes rentrer dans l'intérieur de l'Espagne.
Donnez ordre que tout ce qui appartient à l'armée de Valence
parte de l'armée du Nord pour s'y rendre.
Ces différents
ordres ne souffrent aucun délai dans leur exécution.
Paris, 16 mars 1812
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de
la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, dans
mon dernier voyage en Hollande, j'ai ordonné par différents
décrets que plusieurs compagnies départementales fussent
augmentées. Pourtant il n'y a rien de fait, et, lorsqu'on parle de
ces décrets aux préfets, ils ne savent même pas ce que cela
signifie. Envoyez ces décrets à Hogendorp; chargez-le
dépasser la revue de ces compagnies et de prendre toutes les mesures nécessaires pour
qu'avant la fin d'avril elles soient organisées conformément à mes décrets.
Présentez-moi
aussi un projet d'instruction au général Molitor et au
commandant de la 31e division militaire, pour qu'en cas d'événements on puisse
réunir ces compagnies en un bataillon provisoire ; ce
qui, joint à la garde soldée de Rotterdam et d'Amsterdam, doit faire
un corps de plus de 3,000 hommes pour la défense du pays.
Paris, 16 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, faites connaître au roi d'Espagne,
par une estafette extraordinaire qui partira
ce soir, que je lui confie le commandement
de toutes mes armées en Espagne, et que le maréchal Jourdan remplira les fonctions de chef d'état-major. Vous
donnerez en même temps cet ordre au
maréchal Jourdan. Vous informerez le Roi que je lui fais connaître mes intentions sous le point de vue politique par le canal de mon ambassadeur.
Vous écrirez
au maréchal Suchet, au duc de Dalmatie et au duc de Raguse, que j'ai
confié an roi d'Espagne le commandement de mes armées
dans ce royaume ; que le maréchal Jourdan fera les fonctions de chef d'état-major,
et qu'ils aient à se conformer à tous les ordres qu'ils recevraient
du Roi pour faire marcher les armées dans une même direction.
Vous écrirez,
en outre, particulièrement au duc de Raguse que la nécessité de
mettre de l'ensemble dans les armées du Midi, de Valence et de
Portugal, m'a déterminé à donner au roi d'Espagne le commandement
de ces armées, et qu'il ait à régler ses mouvements sur
les ordres qu'il en recevra.
Dans la journée
de demain, vous écrirez plus en détail au Roi, mais il est
nécessaire d'expédier ce soir une estafette à Bayonne. Vous chargerez le
général l'Huillier de faire partir un officier en
poste pour porter votre lettre au Roi.
Paris, 16 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, faites connaître
au prince d'Eckmühl que je lui ai envoyé les ordres
de mouvement pour le 1er avril, dans la supposition que les Russes
ne quitteront pas leur frontière et ne commenceront pas les
agressions ; que dans ce cas tout ce que j'ai ordonné s'exécutera
littéralement, et que le principal sera de faire reposer les troupes,
de bien les faire nourrir, d'organiser les ponts et têtes de pont
de la Vistule, et d'être, en un mot, maître de partir de là pour commencer
la campagne avec activité, si les hostilités ont lieu. Mais si,
au contraire, les Russes commençaient les hostilités et entraient en
Prusse ou dans les États du Grand-Duché, le 5e corps, qui est de près
de 40,000 hommes et que commande le prince Poniatowski, serait
appuyé par le 7e, qui est fort de 20,000 hommes, et par le 8e
qui est également fort de 20,000 hommes. Le roi de Westphalie, qui
sera rendu le 1er avril à Krossen, à la tête de son
contingent, et qui suivra sa marche jusqu'à Varsovie, prendra alors
le commandement de ces trois corps, qui seront commandés par le
prince Poniatowski et par les généraux Vandamme et Reynier, et
avec ces trois corps verrait à couvrir Varsovie. Le 1er corps s'avançant sur
l'Aile, sur Osterode, Allenstein et Guttstadt,
menacerait de tourner les corps qui déboucheraient par
Varsovie par Grodno et obligerait l'ennemi à garder le
Niémen. D'ailleurs, aux premières nouvelles du prince d'Eckmühl, le 2e, le 3e et le 4e corps se
mettraient en grande marche
de Krossen, de Berlin, de Küstrin et de Glogau, pour
se diriger tous les trois
sur Thorn, ce qui réunirait 250,000 hommes sur la gauche. J'ai désiré que le prince d'Eckmühl connût ces
idées générales,
afin qu'il se comportât en conséquence.
Il est
nécessaire qu'on ignore
jusqu'au dernier moment que le
roi de Westphalie doit commander ma droite.
Si, au contraire, les Russes ne font aucun mouvement, le
prince Poniatowski placera alors les Saxons et les
Westphaliens entre Kalisz et Varsovie pour les
nourrir plus facilement. Le 1er corps fera son mouvement
comme je l'ai ordonné,
et les 2e, 3e et 4e corps ainsi que la Garde s'avanceront successivement et méthodiquement dans le courant d'avril. Le grand quartier général sera à
Berlin le 1er avril.
Le prince d'Eckmühl doit, au contraire, se faire annoncer à
Varsovie avec tout son corps d'armée, comme s'il était destiné à s'y rendre.
Paris, 16 mars 1812.
Au prince de Neuchâtel et de
Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, donnez ordre au duc d'Elchingen, 1° d'occuper pour tête de pont Torgau, au lieu
de Wittenberg; 2° de faire venir sur l'Elbe toute la cavalerie et le parc, qui
sont en arrière à Gollia et ailleurs, en s'étendant
dans le pays de Dessau, qui va être évacué par les Westphaliens, dont le mouvement
commence le 24; de sorte qu'au 1er avril tout son corps, ainsi que le 2e corps
de cavalerie, soit pelotonné
de Leipzig à Torgau et à Wittenberg, et que, s'il en reçoit l'ordre au 1er
avril, il puisse se mettre en marche pour se diriger sur l'Oder.
Paris, 16 mars 1812.
Au prince de Neuchâtel et
de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de faire passer
le pont de l'Elbe, du 21 au 24, à la brigade de cavalerie
du général Corbineau
et à la 3e division de cuirassiers avec ses douze pièces d'artillerie légère; de
diriger ces 4,000 chevaux sur Brandenburg; de faire passer le lendemain la division Legrand et de la diriger également
sur Brandenburg; de mettre en même temps en marche la division
Verdier et de la diriger également sur Brandenburg; de faire passer
son parc et de le diriger sur Brandenburg; de réunir toute la division
Belliard à Magdeburg. La cavalerie et la 1e division d'infanterie
séjourneront à Brandenburg le temps nécessaire pour n'entrer à Berlin que le 28
mars, où le maréchal entrera avec ses 4,000 hommes de cavalerie,
sa 1e division, l’artillerie de sa division et les équipages militaires
de sa division. La division Verdier restera à Brandenburg avec le parc de l'armée. La division Belliard passera l'Elbe le 27 ou le 28, et se cantonnera entre Magdeburg et
Brandenburg.
Vous communiquerez au duc de
Reggio les extraits du traité avec la
Prusse relatifs à la non-occupation de Potsdam. Il doit donc de Brandenburg
suivre une autre route que celle de Potsdam, où ses troupes
ne peuvent pas entrer. Il doit également ne pas occuper le palais
de Charlottenburg, ni le palais du roi à Berlin. 1,500 Prussiens
doivent rester pour garder Potsdam ; une compagnie doit rester pour garder
Charlottenburg; une autre compagnie de Prussiens doit également
rester pour garder le palais de Berlin. Il ne doit y avoir aucune
troupe à Spandau; les Prussiens n'y auront que des invalides. Le
duc de Reggio me fera connaître dans quelle situation est cette place.
Sans occuper la forteresse, il faut placer un bataillon dans la ville.
Donnez l'ordre au grand quartier général de séjourner deux ou trois
jours à Erfurt ; après, il continuera sa route pour se rendre à Berlin,
où pourtant il est nécessaire qu'il n'arrive pas avant le 1er
avril, c'est-à-dire qu'il ne doit y arriver que deux jours après que le
maréchal duc de Reggio y sera entré. Soumettez à mon approbation la route que
le quartier général doit faire chaque jour. Écrivez au comte Saint-Marsan pour
lui faire connaître en gros le mouvement du 2e corps, que commande le duc de
Reggio.
Paris, 16 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, instruisez le prince
d'Eckmühl que, le 28 mars, le 2e
corps entre à Berlin; que le 3e corps, sous les ordres du duc d'Elchingen,
sera dans les premiers jours d'avril sur l'Oder à Krossen
; que les Bavarois et le 4e corps ou
l'armée d'Italie arrivent à Glogau ; que désormais je ne puis
plus donner des ordres de détail ; que je ne puis plus donner
que des instructions, puisqu'on s'approche des frontières
de l'ennemi; que mon intention est que le général Dessaix parte
le 1er avril de Küstrin, avec la 2e brigade de cavalerie légère du
1er corps d'armée et les deux régiments de sa division qui sont à Küstrin,
pour se diriger sur Posen; que le régiment de sa division qui
est à Glogau se dirige également sur Posen, de sorte qu'avant le 10
avril ce général, avec sa division, avec l'artillerie de sa division et
la brigade de cavalerie légère, soit réuni à Posen. Il enverra en avant
des commissaires des guerres pour que les vivres soient assurés à
sa troupe. En partant de Küstrin, il fera distribuer le pain pour quatre
jours et il en portera pour quatre jours avec lui, afin que sa marche
n'éprouve aucun ralentissement et que le soldat ne manque de rien. La division
de cavalerie du général Bruyère et la division Gudin se porteront
sur Thorn, où elles pourront être également du 10 au 12. Une division du corps d'armée
pourra se diriger par la route, le long de la mer,
pour arriver plus rapidement à Danzig, sans pour tant
passer à Kolberg, que nous ne devons pas
occuper. La grosse cavalerie se dirigera sur Marienwerder. Le prince d'Eckmühl
portera son quartier général et le parc de son armée à
Thorn. Du 10 au
15 avril, il fera occuper Marienburg et travailler
sans délai à établir les ponts à Dirschau et à
Marienburg, si toutefois la débâcle a eu lieu. Il fera
travailler aux ouvrages de Marienburg pour les relever et
les mettre en état, afin que quinze jours après on puisse les armer.
Il fera également relever
la tête de pont de Marienwerder et rétablir le pont. Au même
jour, 1er avril, le prince d'Eckmühl donnera l'ordre aux Saxons
de partir de Krossen (les Saxons étaient
à Guben et non à Krossen ;
voir la lettre suivante) le
30 pour se porter sur Kalisz ; au prince Poniatowski de réunir tous les
Polonais sur Varsovie, en faisant venir sur Varsovie tout ce qui serait
du côté de Posen et en retirant également tout ce qu'il y aurait à Thorn; de sorte
qu'en cas d'événement le prince Poniatowski ait pour défendre le duché les
trois divisions polonaises et le corps saxon, qui de Kalisz pourra
se porter rapidement sur Varsovie.
Ainsi, du 10 au 12, si les
Russes n'ont fait aucun mouvement qui ait obligé le prince d'Eckmühl à changer ces dispositions, le
quartier général sera à Thorn, ayant dans des cantonnements en avant,
mais pas très-loin, la cavalerie légère et tout le 1er corps de cavalerie;
ayant à Thorn une division; en ayant une autre à Posen; la 7e division réunie à
Marienburg, et les trois autres se trouvant, une sur
Marienwerder et aux environs, et deux sur Danzig; les Polonais réunis sur Varsovie,
leur cavalerie légère en avant; les Saxons à Kalisz, prêts à se
porter sur Varsovie. La garnison de Stettin sera formée par
plusieurs bataillons de la division Daendels, ainsi que la garnison
de Küstrin. Si les Russes ne commettent pas d'hostilités, soit
en entrant en Prusse, soit en entrant dans le Grand-Duché, le prince d'Eckmühl
laissera ainsi reposer toutes ses troupes jusqu'au 15
avril, et d'ici à cette époque il aura de nouvelles instructions.
Il est nécessaire,
1° d'approvisionner Thorn; à cet effet j'ai demandé que la Prusse versât une grande
partie de ce qu'elle doit verser; 2° je
désire que le prince d'Eckmühl fasse embarquer tout ce qu'il a dans les magasins de Küstrin, en farine, blé,
biscuit, avoine, etc., et qu'il le fasse
venir à Thorn ; je désire également qu'il fasse mettre, soit dans ses caissons, soit dans des voitures, le
plus de biscuit et de farine qu'il
pourra à Stettin et les dirige également sur Thorn ; 3° qu'on forme sur-le-champ à Thorn une
manutention capable de faire par jour
60,000 rations de pain, et qu'on y établisse un grand magasin. On doit avoir à Danzig 2,000,000 de rations de biscuit, indépendamment de 250,000 quintaux de farine, avec
beaucoup de biscuit et de riz ; il est
nécessaire qu'on ait des bâtiments pour embarquer cela. Il faut s'assurer 300,000 quintaux poids de marc de blé, et 100,000 quintaux de seigle, de manière
à avoir, à nous appartenant, 600,000
quintaux à Danzig, y compris les 25,000 quintaux déjà existants. Il faut qu'au Grand-Duché on fasse sans délai des magasins à Modlin et à Varsovie pour
pouvoir nourrir l'armée. Enfin, le
grand quartier général devant être le 1er avril à Berlin, l'intendant général et les généraux
commandant l'artillerie et le génie, qui arrivent dans cette ville, donneront
de là les ordres de détail pour leur service.
Faites-moi connaître
si vous avez un chiffre avec le prince d'Eckmühl; si vous n'en
avez pas, établissez-en un avec lui et avec tous les corps d'armée,
parce que mon intention est de leur faire parvenir en chiffre les ordres pour
les mouvements les plus importants. Prévenez directement le
général Reynier, qui commande les Saxons, de l’ordre qu'il va
recevoir du prince d'Eckmühl de partir le 1er avril pour
se rendre à Kalisz. Recommandez-lui d'envoyer un aide de camp
au prince Poniatowski pour le prévenir qu'il sera en mesure de se porter, s’il
est nécessaire, au secours de Varsovie et d'appuyer le corps du Grand-Duché.
Donnez l’ordre au corps westphalien de passer, le 24, l’Elbe à Dessau et de se diriger sur Krossep,
de manière à y être arrivé le 1er ou
le 3 avril. Instruisez également le prince d'Eckmühl du mouvement du corps westphalien sur Krossen, et que ce corps doit se rendre sur Kalisz
et de là sur Varsovie. Le prince d’Eckmühl
activerait la marche de ce corps selon les circonstances, c'est-à-dire
si les Russes commençaient les hostilités et menaçaient Varsovie,
ce que je ne pense pas. S'il n'y a rien de nouveau, le corps
westphalien se reposera quelques jours, et je lui enverrai moi-même
des ordres avant le 10 avril pour continuer son mouvement.
Ces 400,000 quintaux, qu'on se
procurera à Danzig, seront pris par réquisitions; on enverra
les individus par-devant l'intendant général pour régler
les prix et les payements.
Paris, 16 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, il y a une faute de
rédaction dans mes dernières dépêches.
Le corps saxon est à Guben et non à Krossen. Vous devez donc lui donner l’ordre simplement de
partir de ses cantonnements actuels pour se rendre à
Kalisz, le laissant maître de passer l'Oder où il le jugera
convenable. Vous devez diriger les Westphaliens, non sur Krossen, mais sur Sorau et Spremberg. Faites-leur faire de petites
marches et donnez-leur des séjours tous les trois jours; ils prendront deux
jours de repos aux environs de Sorau et de Spremberg. Vous m'informerez du
jour où ils arriveront sur ces deux points, afin
que je donne des ordres pour leur faire continuer leur mouvement sur Glogau et Kalisz. Ainsi, au lieu d'arriver
le 3 à Glogau, ils n'y arriveraient
que le 5 ou le 6.
P. S. Dites-moi donc
quand les Bavarois et l'armée d'Italie arriveront
à Glogau.
Paris,
16 mars 1812
INSTRUCTIONS
DICTÉES PAR L'EMPEREUR SUR LES SERVICES ADMINISTRATIFS DE LA GRANDE ARMÉE.
1° Tout ce qui est relatif au dépôt
de Hanovre ne fera point partie des attributions de
l'intendant. Le général Bourcier continuera de correspondre avec
le ministre de l'administration de la guerre, qui soldera les dépenses
du dépôt, et avec le ministre de la guerre, pour ce qui concerne les
chevaux destinés à l'artillerie.
2° Tout ce qui est
relatif à la formation et au payement des trois compagnies du 6e
bataillon des équipages militaires, qui se forment en Hanovre, ne regardera pas
l'intendant général.
3° Les hôpitaux et le
service de la 32e division militaire ne regarderont point l'intendant. L'ordonnateur
de Hambourg correspondra toutefois avec
l'intendant pour tous les rapports avec l'armée. Le ministre fera toutes les
dépenses de cette division.
4° La même chose
pour le département de la Lippe, dépendant de la 25e division
militaire.
5° Le ministre de
l'administration de la guerre fera des fonds spéciaux, et par le
canal de l'intendant, pour solder le bataillon des équipages
militaires à la comtoise et celui de bœufs qui se forment à
Danzig, et enfin pour tout ce qui est relatif à l'accroissement de l'armée
polonaise, conformément au dernier traité.
6° Tout ce qui est relatif à
l'exécution du traité avec la Prusse regardera
l'intendant, ainsi que l'emploi des 15,000 chevaux et toutes les dépenses des
dépôts de Berlin, Francfort-sur-l'Oder, ou tout autre qui serait établi avec des chevaux de la Prusse. Or la Prusse doit fournir 3,000 chevaux de grosse cavalerie et 6,000
de cavalerie légère; cela rend donc nécessaires, sinon 9,000 selles, au moins 6,000, car c'est beaucoup supposer que de dire que
sur 3 chevaux perdus on retrouvera un
harnachement. Ces chevaux sont destinés, non à la remonte, mais à réparer les pertes.
Le général
Bourcier viendra se mettre à la tête de ce dépôt, quand ses
affaires de Hanovre seront terminées. Le dépôt de Hanovre est destiné
à remonter les hommes à pied venant de France. En attendant,
il est nécessaire qu'un général, ayant plusieurs officiers à sa disposition
et un commissaire des guerres, vienne s'établir à la tête du
dépôt des chevaux prussiens. Le major général me proposera ce général
demain. Il faut un général d'une probité à l'abri de toute surprise.
Il sera indépendant du général Bourcier jusqu'à ce que celui-ci
ait fini son travail à Hanovre.
Les harnachements ne seront
point faits en Prusse, mais pris sur les envois du ministre et des corps. Les 6,000 chevaux de trait seront donnés
: 5,000 à l'artillerie, 1,000 aux équipages militaires. Les harnais
seront également fournis sur les harnais que les bataillons enverront
pour rechange. Sur les 6,000 harnais de rechange, il pourra
y en avoir de reste, parce que l'on perd moins de harnais que de
selles.
7° Les 6,000 chevaux,
à l'exception de ceux du bataillon à la comtoise qui se
forme à Danzig, ne sont destinés qu'à réparer les pertes
des batailles ou des marches.
8° Si le ministre a
fait des dispositions pour monter le bataillon qui se forme à
Danzig, il doit annuler ses ordonnances.
9° La convention dit que les
chevaux seront fournis par quart en quatre mois : cela est
impossible et inutile; quand cette livraison se ferait en six ou sept mois, il n'y aurait point
d'inconvénient.
10° Je suppose qu'on a pourvu
dans le budget à la masse de ferrage des dépôts.
11° Les régiments de
cavalerie n'y pourraient pas pourvoir sur leurs masses : il
faut donc un fonds pour les dépenses extraordinaires, car les
dépôts vont mal, faute de ces petites sommes, et cela retarde la disponibilité
des chevaux.
12° On doit demander
que les chevaux soient livrés sur la Vistule, près de Graudenz et de
Marienwerder, entre la Vistule et l'Oder, sur un point du canal le
plus propre à servir de dépôt, et enfin pour une très-petite quantité du côté
de Berlin.
13e Il sera
d'ailleurs nécessaire que l'intendant sache d'où les Prussiens
les font venir, afin que, selon les circonstances, on puisse diriger
leur marche, notamment de ceux qui viendraient de la Silésie.
Il faut être très-rigoureux sur le choix ; les mauvais chevaux ne
sont bons à rien.
Le service de l'armée
se divise en arrondissements : entre le Rhin et l'Elbe, entre l'Elbe et l'Oder,
entre l'Oder et la Vistule, entre la Vistule et les
frontières de Russie.
Quant aux routes de
communication de l'armée, une route partira de Mayence et ira à
Magdeburg, de là à Küstrin, Posen, et se dirigera d'un côté sur
Varsovie, de l'autre sur Thorn, et du troisième côté sur Danzig.
Les prolongements seront faits à
mesure que les mouvements seront démasqués au-delà de la
Vistule.
Une autre route ira de Wesel à
Magdeburg, Berlin, Stettin et Danzig, un embranchement
tombera sur Dirschau et Marienburg. Une
autre route ira de Hambourg à Stettin. Enfin une autre route ira
de Mayence à Würzburg, Bamberg, Kronach, Leipzig, Torgau,
Glogau, et de là à Posen ; de Glogau un embranchement ira à Kalisz et à
Varsovie.
Une autre roule ira
d'Innsbruck, Augsburg, Nuremberg, et joindra la précédente à
Bromberg.
Toutes ces routes sont nécessaires
pour soulager le pays; un immense mouvement ne pourrait s'opérer sur une seule
route sans l’épuiser.
Il n'y aura ni commandant ni
commissaire des guerres entre le Tyrol, le Rhin et l'Elbe ; cela sera une économie d'employés
et de commandants. Le prince Primat, le prince de Nassau,
les princes de Saxe, le gouverneur d'Erfurt, la Saxe, y
pourvoiront. Ils auront de la gendarmerie alliée, avec un détachement de
leurs troupes, des commissaires des guerres, des municipaux et tout ce qui est nécessaire.
Du côté
de Wesel, on traversera la 32e division militaire et la Westphalie,
qui y pourvoira.
Ainsi il n'y aura ni
gendarmerie, ni aucun employé français, si ce
n'est toutefois un ou deux inspecteurs ou commissaires des guerres, pour
s'assurer du bon état des hôpitaux, magasins, et vérifier les plaintes.
A Magdeburg, il y aura un
commandant français et une administration
française. Dans la Prusse, il faut des commandants français et de la force
française; mais il faudrait qu'il n'y eût ni commissaire des
guerres, ni employés français; les gens du pays y pourvoiront.
Dans le duché de Varsovie, ni ambulances françaises, ni
administrations françaises ; il y aura des militaires des dépôts du Grand-Duché.
Toutefois il y aura à Magdeburg un officier supérieur qui
aura la police de tout le pays entre l'Elbe et le Rhin, recevra les rapports
de toutes les routes sur les mouvements, les hôpitaux et le service en général.
Quelques commissaires des guerres ou adjoints, quelques chirurgiens et médecins
lui seront nécessaires pour la surveillance sur les
divers points. On présume qu'il faudra un hôpital à Fulde,
un à Erfurt, un à Leipzig, un à Magdeburg, un à Wesel, un
à Munster, un à Osnabrück, un à Brunswick, et ainsi pour toutes les
routes; tout cela tenu par les administrations du pays; de sorte que
les malades qui seraient restés dans quelques autres lieux soient, en peu de
jours, transportés dans ces établissements et sous l'inspection
de l'administration de Magdeburg.
À Brandenburg il y aura un hôpital,
un à Berlin, un à Küstrin, un à Stettin, un à Bromberg, un
à Posen, un à Glogau, un à Marienwerder, un à Marienburg,
un à Danzig. En suivant ce qui a été fait dans la
dernière guerre, on réglera ce qui doit être établi sur la
ligne; on ne croit pas qu'il en faille plus d'un de cinq en cinq marches.
14° Si l'ordre du jour prescrit
par Sa Majesté n'existait pas, il faudrait en
provoquer l'émission.
15° Nous avons dit que
le quartier général de l'administration et dû militaire entre
le Rhin et l'Elbe serait à Magdeburg : entre l'Elbe et
l'Oder, il sera à Berlin; entre l'Oder et la Vistule, à Posen. Le major
général présentera le projet de la division territoriale qui avait été
établie dans la dernière guerre, en forme d'ordre du jour, pour servir de règle
à l'intendant général, afin que le militaire, l'administration
et la police soient dans le même centre et à portée de remédier
à tous les abus.
16° Aucun homme ne marchera isolément;
tous seront réunis à Mayence, Wesel ou Vérone, et partiront aux époques
où doivent partir les convois, pour en former les escortes. Il
doit y avoir à peu près deux convois par mois; cela est suffisant.
17° Toutes les troupes doivent
coucher à Magdeburg et à Berlin, où il y aura une administration
supérieure, qui recevra du major général l'ordre de
leur direction.
18°
Les effets de petit équipement seront délivrés à Berlin, Thorn et
Varsovie.
19° Au fur et à
mesure que les convois arriveront de France, sans appartenir
à aucun corps, on prendra les ordres de Sa Majesté pour leur
direction.
20° Il sera nécessaire
que le ministre de l'administration de la guerre ait pour son
compte des effets et surtout des souliers à Vérone, Strasbourg,
Mayence et Wesel, pour que tous les hommes partent bien
pourvus.
21° L'équipement et l'armement seront donnés
également à Berlin, Thorn et Varsovie.
22° Les hommes sortant
des hôpitaux, qui ne viendront pas de France, joindront
un dépôt de convalescents sur les places de l'Oder et
delà Vistule, conformément aux ordres de l'armée, où ils seront habillés
et réunis aux hommes de leur corps pour rejoindre leurs corps
d'armée ensemble.
L'état-major doit
rechercher l'état de remplacement des dépôts qui ont été formés en Prusse
pendant la première campagne, et renouveler les ordres pour qu'aucun homme
isolé ne passe plus isolément le Rhin, l'Elbe, l'Oder ni la Vistule, à
moins qu'il ne soit en voiture.
23° Le décret sur
l'habillement sera envoyé au major général et à l'intendant général,
Afin qu'ils connaissent bien ce qui est ordonné pour ce service.
Sa Majesté ne veut rien laisser au hasard, ni à
l'arbitraire des employés. Elle ne veut rien
prendre ni faire confectionner par le pays. Il sera établi deux ateliers de confection, l'un à Danzig, l'autre à Glogau ;
celui de Glogau sera affecté aux régiments
dont les dépôts sont en Italie.
L'intendant recevra tous les
mois l'argent porté au budget de l'administration de la
guerre, et devra organiser des dépôts sous la surveillance du directeur de
l'habillement.
Le premier travail qu'on
remettra à Sa Majesté sera pour lui faire connaître
l'arrivée à destination du premier convoi, qui est déjà en marche,
et qui appartient à l'administration de la guerre.
24°
L'état ci-joint fait connaître les denrées que la Prusse doit fournir en mars,
avril, etc. L'intention de Sa Majesté est qu'elles soient
versées spécialement à Thorn, Königsberg et Modlin ; il faut en
laisser une partie pour les places de l'Oder; la moitié à Thorn, un
sixième sur les places de l'Oder, un sixième à Modlin, un sixième à Königsberg.
Tout ce que la Prusse doit
fournir sur ce qui existe, en sus de l'approvisionnement nécessaire à Graudenz et à
Kolberg, devra être livré à Königsberg ; toutefois on mettra l'état sous
mes yeux, aussitôt que les quantités en seront connues.
Il est nécessaire
que le gouvernement du Grand-Duché approvisionne abondamment,
et dans le plus bref délai, Posen, Varsovie et les autres points d'étape.
Thorn se trouvera approvisionné par la Prusse ou par la
France.
Tous les grains, farines,
biscuits et riz actuellement existant à Stettin,
Küstrin et Glogau, seront dirigés sans délai sur Thorn, en embarquant
toutes ces denrées à Küstrin.
L'expédition
devra avoir lieu au 1er avril. On laissera dans les places
seulement ce qui est nécessaire à leur approvisionnement. Le sixième des
fournitures à faire par la Prusse alimentera suffisamment ces places. Il faut que tout ce qui sera expédié
de ces trois points soit préalablement
converti en farine.
Le premier soin de l'intendant
général sera de me présenter l'état de
ce qu'on laissera dans ces places et de ce qu'on en expédiera, en faisant
connaître le nombre de bateaux qui seront employés à ce transport.
Un détachement du bataillon d'équipages de marins sera réparti
sur des bateaux pour apprendre celte navigation. Des ingénieurs des ponts et
chaussées seront employés sur ce canal pour lever les
obstacles que cette navigation pourrait éprouver. Si au 1er avril il y en avait
encore, on ferait transporter tout à Thorn de Glogau, de
Stettin et de Küstrin par voitures. Le major général a donné l'ordre
aux corps d'armée qui sont en mouvement d'emporter tout ce qu'ils
pourraient. Toutes les voitures des équipages militaires qui arriveront à
vide sur l'Oder s'y chargeront de farine et de biscuit. On embarquera
à Magdeburg tous les riz venant d'Italie et les eaux-de-vie
venant de France pour se diriger sur Küstrin.
Il y a à
Danzig 250,000 quintaux de blé; j'ai ordonné depuis longtemps leur conversion
en farine; on doit les embarquer sur des bateaux pour suivre le mouvement de l'armée. Il faut faire connaître la quantité de bateaux nécessaire, se les procurer
sur-le-champ, les faire monter par des marins français, et y placer des
commissaires des guerres et des
agents de l'administration.
L'intendant général
devra se concerter avec le commandant de l'artillerie, qui a une grande
quantité de bateaux à Magdeburg et à Danzig.
300,000 quintaux de blé
et 100,000 quintaux de seigle, poids de marc, seront
requis, le 5 avril à midi, à Danzig; ce qui portera à
650,000 quintaux les ressources en grains à Danzig. On les fera sur-le-champ
convertir le plus vite possible en farine. 50,000 quintaux
resteront pour les besoins de la place ; 600,000 quintaux seront pour
l'armée.
Un ordonnateur intelligent, dont
on me fera connaître le nom, doit spécialement
être envoyé pour diriger l'administration des corps qui
se rendent à Varsovie.
L'intendant général
écrira au ministre de la guerre du Grand-Duché pour que 1,500,000 rations en farine et 500,000 rations en pain soient
prêtes au 1er avril ; ce qui assurera le service de 100,000 hommes
pendant vingt jours.
Je dois avoir à
Danzig 500,000 boisseaux d'avoine.
Les divisions des corps d'armée
étant toujours ensemble, et peu de raisons devant
occasionner leur dissémination dans l'immense plaine, je pense
qu'il serait convenable de n'établir un service de postes
qu'au quartier général de chaque corps d'armée. Cependant, s'il
est indispensable d'en donner aux divisions françaises, il ne faut jamais
en donner aux alliés.
Le service des postes sera entièrement
ordonnancé par l'administration des postes, et l’on comptera à la fin de la
campagne. Le ministre des finances en sera prévenu.
Quant à
mon service, l'estafette sera établie depuis l'Elbe jusqu'à Paris,
comme en France. Au-delà de l'Elbe, le service sera fait avec des
chevaux du pays, mais par des courriers français; à cet effet, on
établira, de trente en trente lieues, des détachements de courriers.
À la poste du grand quartier général, il y aura à la disposition du
grand écuyer des postillons et des chevaux en nombre suffisant pour faire
le service sur une ligne de cent lieues, de sorte que les cent dernières
lieues seront toujours servies par des chevaux et des postillons
français, et que, les postes ordinaires de l'armée venant à être
dérangées, mon paquet ne soit jamais retardé d'un instant. Sans cet
établissement, on pourrait être plusieurs jours sans courriers, ce qui
est arrivé. Le directeur général des postes verra le grand écuyer pour
organiser les courriers et leur fournir les selles et équipages nécessaires.
Quant aux chevaux, il les fera acheter à Danzig et à Thorn
; on ne serait plus à temps de les envoyer.
Paris, 17 mars 1812.
Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre
directeur de l'administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac, vous
avez lu le décret d'organisation du premier ban
de la garde nationale. Il est nécessaire que vous envoyiez
aux ordonnateurs des différentes divisions des modèles d'effets d'habillement,
et que vous fassiez rédiger une instruction pour leur faire connaître les prix et
les différentes règles qu'ils doivent observer.
Paris, 17 mars 1812
Au
comte Daru, ministre secrétaire d'État, à Paris
Monsieur le Comte Daru, le
ministre de l'intérieur est malade depuis trois mois,
et mes affaires souffrent. Rendez-vous chez lui pour voir comment
il se porte. Il serait convenable qu'il me demandât de désigner
quelqu'un pour gérer le ministère, comme l'a fait le comte
Cretet. Il y a huit jours qu'un conseil de
subsistances doit avoir lieu ; pendant ce temps le peuple souffre d'un mal
auquel on ne porte point de remède. Quel que soit le zèle du
ministre de l'intérieur, personne ne peut surmonter la nature; il se
rétablira plus vite en prenant deux mois de repos. Je désirerais
que la demande vint
de lui, pour qu'il ne croie pas que je veux lui ôter
le ministère.
Avant de vous rendre chez le
ministre de l'intérieur, faites venir chez vous son
médecin, pour savoir quelle espèce de maladie il a, et
si cela doit durer encore longtemps.
Paris, 18 mars 1812
Au
maréchal Bessières, duc d'Istrie, commandant la garde impériale, à Paris
Mon Cousin, donnez ordre que la division de la
vieille Garde (chasseurs et grenadiers),
les régiments de chasseurs, dragons et grenadiers à
cheval, l'artillerie à cheval de la Garde, l'artillerie de la ligne attachée à
la Garde, les équipages, les ambulances et administrations quelconques
de la Garde, continuent leur route sur Würzburg.
Donnez ordre qu'on fasse partir de la Fère, de Metz et de
Mayence tout ce qu'il sera possible de faire
partir pour Würzburg.
P. S. Remettez-moi un état
de mouvement de la Garde, division par division.
Paris, 19 mars 1812
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, donnez ordre au général
Grouchy de diriger le 3e corps de cavalerie, savoir, la division
Kellermann et la division de dragons, avec les dix-huit
pièces d'artillerie légère, de manière à gagner la tête de la
colonne, ou du moins à gagner le plus d'avance possible. Donnez le
même ordre au duc d'Abrantès. Il faut que la cavalerie rejoigne,
parce qu'on peut en avoir besoin. Donnez ordre au général Montbrun d'être rendu à
Torgau le 1er avril, pour prendre le
commandement de son corps. Donnez ordre au duc d'Elchingen de faire
porter la cavalerie du 2e corps de réserve en avant de Torgau, pour qu'elle prenne la tête de la colonne
et qu'elle puisse marcher rapidement
si les circonstances le voulaient.
Paris, 19 mars 1812.
À
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, le 13, le 15 et le 17
février, le 5e bataillon du 6e de ligne,
le 5e bataillon du 14e d'infanterie légère et le bataillon de marche du 1er régiment
de la Méditerranée sont partis de l'île d'Elbe, faisant ensemble 1,800 hommes. Ils ont passé à
Florence le 20, le 22 et le 24 ;
ainsi ils ont dû arriver avant le 2 mars à Mantoue.
Je suis surpris que vous ne m'en
parliez pas dans votre lettre du 4. Vous pouvez mettre en subsistance dans les 5e bataillons du 14 léger
et du 6e de ligne les 500 bommes du bataillon de la
Méditerranée, dont vous pourrez par ce moyen renvoyer le cadre à
l'Ile d'Elbe. Les 5e bataillons du 14e et du 6e seront alors forts chacun de
900 hommes. Faites mettre ces deux bataillons en marche
pour continuer leur route ; faites passer la revue de leur armement
et de leur habillement à Vérone; qu'on leur donne des cartouches et qu'ils
aillent rejoindre vos corps. Vous ferez la répartition de
ces 1,800 hommes entre vos régiments qui sont à la Grande Armée; cela
comblera à peu près la moitié du déficit qu'éprouvent vos
régiments. Ayez soin d'incorporer les hommes d'infanterie légère dans les régiments d'infanterie légère, et ceux de la ligne dans la ligne. On
me dit que l'habillement est en
mauvais état ; faites rectifier tout cela avant leur départ de Mantoue. J'ai très
à cœur que tous les régiments qui sont partis d'Italie soient portés au complet de 140 hommes par compagnie et y soient maintenus. Le 4e bataillon du 8e léger doit
être arrivé; comme, avec le
détachement du 14e léger, le 8e et le 18e léger seront assez forts, mon intention est que le 4e bataillon du 8e
léger soit envoyé à Trieste, où il
tiendra garnison. Ce sera l'augmentation d'un bataillon pour la province illyrienne ; il y en a deux,
cela fera trois et ne peut être que
fort utile. Ayez bien soin que ces bommes qui vous arrivent aient deux paires de souliers dans le sac
et une bonne paire à leurs pieds ;
faites-leur compléter cette fourniture à Vérone.
Il est indécent
que la route militaire passe par Munich ; cela gêne le roi;
faites-la passer par Augsburg, Nuremberg, Donauwœrth, et de là sur Glogau, où
doit être le dépôt de votre armée.
Vous ne m'avez pas parlé
de l'arrivée des 300 hommes du 92e ; dans quels régiments les avez-vous
incorporés ? Je vous envoie le rapport des ministres sur le mouvement des
hommes des 6e et 14e.
Paris, 20 mars 1812
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de
la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, il
n'y a pas d'inconvénient à écrire ces lettres aux
généraux commandant les 17e et 31e divisions militaires.
Il faudra donner une nouvelle
instruction au général Molitor, aussitôt qu'on aura
décidé les troupes qui doivent garder la Hollande.
II va avoir deux cohortes des
gardes nationales du pays, fortes ensemble de 1,600 hommes; un bataillon des compagnies de réserve
départementales; deux bataillons des gardes soldées
d'Amsterdam et de Rotterdam ; ce qui fera une bonne brigade de près
de 4,000 hommes. Indépendamment de ce, il a, je crois, en
compagnies d'artillerie et en régiments étrangers, la force de 3,000
hommes environ. Le général Molitor aurait donc dès ce moment 7,000
hommes. Il y aura en outre en Hollande six cohortes de gardes
nationales de l'intérieur, qui se réuniront à Utrecht; ce qui fera
encore une brigade de 5,000 hommes. Il y aura également une brigade de six 4e
bataillons. Ainsi quatre brigades ou 18 ou 20,000 hommes
se trouveront en Hollande. Anvers, Bruges, Wesel, même Hambourg et
Boulogne, fourniront bientôt un autre renfort de 25 à
30,000 hommes.
Il est nécessaire
que le général de division connaisse d'avance l'usage qu'il doit
faire de ces troupes, non pour leur rien ordonner, mais
seulement pour avoir l'œil sur leur formation, les passer en revue
et censurer leur tenue et leur instruction.
Paris, 20 mars 1812
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris
Mon Cousin, donnez ordre au duc
d'Elchingen de faire partir le 1er avril de Torgau le 2e corps de réserve de cavalerie,
composé des divisions Wattier, Defrance et Sébastiani, pour se
diriger sur Francfort-sur-l'Oder, et prendre là des
cantonnements. .
Paris, 20 mars
1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, écrivez
au prince d'Eckmühl que le corps bavarois sera le 28 à
Glogau, et que, s’il y avait quelque chose de nouveau et
qui exigeât des mesures extraordinaires, il est autorisé à diriger ce
corps sur Posen.
Vous connaissez la destination
que je désire donner au général Marchand;
il est nécessaire qu'il soit rendu le 1er avril à Glogau.
Paris, 21 mars 1812
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès,
je désire que vous m'apportiez mercredi des plans et des mémoires qui me
convainquent de l'impossibilité absolue de construire
des vaisseaux de ligne à Nantes, même avec la perfection
que l'exemple du Rivoli a donnée à nos chameaux. J'attache toujours la
plus grande importance à construire des vaisseaux à l'embouchure
de la Loire.
Paris, 21 mars 1812
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, donnez ordre au duc
de Reggio que, s'il n'y a rien de nouveau après son entrée à Berlin, il fasse partir le 1er avril
la division Verdier, qui est à Brandenburg, pour se
rendre directement, sans passer par Berlin, à Stettin, et qu'il mette la
brigade de cavalerie légère du général Castex sous les ordres du
général Verdier, qui établira cette brigade sur le chemin de Stettin
à Stargard. La division Belliard se réunira à Brandenburg.
Comme une trop grande quantité de cavalerie
pourrait être nuisible à Berlin, le duc de
Reggio donnera ordre à la 3e division de cuirassiers de se porter avec son artillerie légère entre Stettin et Küstrin, aux environs de Schwedt, de manière à déboucher
par le pont de Schuedt. Il ne gardera avec lui que la brigade de
cavalerie légère du général Corbineau.
Vous instruirez de ces
dispositions le prince d'Eckmühl, qui, par ce
mouvement, aura près de lui sur l'Oder la brigade Castex et la 3e
division de cuirassiers, et toute la cavalerie du général Montbrun à
Francfort-sur-l'Oder.
Vous donnerez l’ordre au général Saint-Cyr de
commencer à faire partir les Bavarois le 5
avril pour se rendre à Posen , et de maintenir la
meilleure discipline parmi ces troupes. Il placera la cavalerie dans la direction de Thorn, dans les lieux où elle
pourra vivre le plus facilement, et
son infanterie en colonne depuis Posen jusqu'à Gnesen.
Instruisez de ce mouvement le prince d'Eckmühl, afin qu'il donne ordre à la division Dessaix de se rendre à Thorn,
et d'avoir évacué
le 10
ou au plus tard le 12 Gnesen, puisque la tête
des Bavarois doit occuper cette ville, et la queue, Posen.
Palais des Tuileries, 22 mars
1812.
ALLOCUTIONS DE L'EMPEREUR.
A LA DÉPUTATION
DE L'ALLIER.
Je vous remercie des sentiments
que vous m'exprimez au nom du collège électoral du département de l'Allier. Mes
peuples me verront toujours prêt à tout entreprendre pour consolider sur des
bases immuables les destinées de cet empire et faire
triompher la France de la haine de l'Angleterre. J'ai la confiance qu'aucun
sacrifice ne paraîtra pénible aux Français, lorsque je le jugerai
nécessaire pour l'accomplissement de ces grands desseins.
A LA
DÉPUTATION
DES ARDENNES.
Les vœux
que vous faites pour l'avenir seront accomplis : il doit consolider ce qui a
été fondé par la bravoure des Français. Le département des Ardennes
se montrera toujours au premier rang par son zèle et son bon
esprit. Je vous remercie des sentiments que vous m'exprimez en son
nom.
A LA DÉPUTATION
D'INDRE-ET-LOIRE.
La ville de Tours, quoiqu'une
des plus belles de l'Empire, souffre de la médiocrité de la récolte. Neuf années d'abondance
succèdent en France à une année médiocre. Mes peuples ne sauraient mieux me
prouver l'amour qu'ils ont pour ma personne qu'en montrant le calme et la
résignation que veulent les circonstances. J'agrée vos sentiments.
A LA DÉPUTATION
DE LOIR-ET-CHER.
Les sentiments que m'expriment
mes peuples, dans les différentes circonstances
où ils sont appelés près de moi, sont chers et nécessaires
à mon cœur. Le gouvernement du plus grand empire du monde
comporte avec lui des soucis que l'amour d'es Français peut seul
effacer.
A LA DÉPUTATION
DE LA HAUTE-MARNE.
J'ai passé mes premières années au milieu de mes
peuples de Champagne; je sais combien ils
sont bons et attachés à ce qui est estimable.
J'agrée
les vœux que vous formez pour moi : ils me font plaisir; je sais
qu'ils sont vrais.
Paris. 24 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, la division
du général Bruyère, ou la 1e de la cavalerie
légère de la réserve, sera composée de deux brigades
françaises et d'une brigade polonaise composée de trois
régiments de cavalerie légère que le prince Poniatowski a déjà reçu l'ordre de
former et de réunir à Thorn. La 2e division, ou la division
Wattier, sera composée de deux brigades françaises et d'une brigade
commandée par le général Ornano, du régiment de chevau-légers wurtembergeois,
qui a déjà servi dans la campagne de Prusse avec la
réserve de cavalerie, et de deux régiments de chevau-légers prussiens. La 3e division,
ou division Kellermann, sera composée de deux brigades
françaises et de deux régiments de chevau-légers bavarois, et d'un
régiment de chevau-légers saxons, sous les ordres du général de
brigade Dommanget
La 3e brigade de la division Bruyère prendra le n° 15; la 3e
de la division Waltier portera le n° 16, et la 3e de
la division Kellermann le n° 17. Ainsi chacune de ces divisions
de cavalerie légère sera d'un complet de 6,000 hommes et d'un
présent au moins de 4,000.
Il y aura un 4e corps de la réserve,
composé de la 4e division de cavalerie légère et d'une 7e
division de grosse cavalerie. La 4e division de cavalerie
légère sera composée de deux brigades, chacune de trois
régiments polonais, avec une batterie de six bouches à feu d'artillerie
polonaise par brigade. Un général de division polonais et deux
généraux de brigade polonais commanderont cette division. La 7e
division de grosse cavalerie sera composée d'une brigade de cuirassiers
saxons et d'une brigade de cuirassiers westphaliens, ayant également douze
pièces d'artillerie légère. Le général Lorge commandera
cette division.
Le général
Latour-Maubourg aura le commandement de la cavalerie de toute la
droite.
Le 5e corps aura trois brigades
de cavalerie légère, composées chacune de deux
régiments polonais; ce qui emploiera encore six régiments polonais.
Ainsi les seize régiments
de cavalerie polonaise seront employés, savoir : trois à
la division Bruyère, un à la brigade Pajol, six à la division
de cavalerie légère et six avec les trois brigades du 5e corps. Ces
trois dernières brigades porteront les n° 18, 19 et
20.
Les six régiments
de cavalerie légère saxons seront employés de la manière suivante : deux
attachés à la division de la réserve, un attaché à la
division Kellermann ; les trois autres restants formeront brigade;
cette brigade portera le n° 23 et sera attachée au corps d'armée
saxon.
Des six régiments
bavarois, deux feront partie de la division Kellerman, et quatre formeront deux
brigades, qui seront attachées au corps d'armée
bavarois et porteront les n° 21 et 22.
Des quatre régiments westphaliens, deux feront
partie de la 7e division de grosse
cavalerie, et deux feront brigade, attachés au corps westphalien sous le n° 24.
Des quatre régiments
wurtembergeois, un fera partie de la brigade Ornano, et trois
formeront brigade, seront attachés au 3e corps et porteront
le n° 25.
Enfin vous me présenterez
la formation de deux ou trois brigades avec les régiments
prussiens, qui prendront les numéros suivants.
Je désire
que vous me remettiez un état de situation, ainsi composé,
de toute la cavalerie.
Par ce moyen, je serai maître
de faire passer une brigade de cavalerie légère d'un
corps à l'autre, quand le bien de mes opérations l'exigera.
Le 1er corps aura en conséquence
deux brigades; le 2e corps en aura deux; le 3e corps en aura
trois; le 4e corps en aura deux ; le 5e corps en aura
trois ; le 6e corps en aura deux ; le 7e corps en aura une;
le 8e corps en aura une, et les Prussiens, qui formeront le 9e
corps, en auront deux ou trois; total des brigades attachées aux corps
d'armée, dix-huit ou dix-neuf.
Le 1er corps se trouvera ne pas
en avoir assez; mais, comme il est probable que l’on tiendra toujours un corps de grosse cavalerie avec ce corps, il aura toujours les
moyens d'être suffisamment éclairé.
Paris, 24 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, donnez ordre que
les cent bouches à feu qui forment l'équipage de siège
de Magdeburg soient embarquées à Magdeburg pour se rendre à Bromberg. Bouches à feu, charrettes, voitures, camions,
porte-corps, boulets, poudre, artifices, tout s'embarquera. Soixante ou
quatre-vingts bateaux doivent être suffisants. Les compagnies
d'artillerie attachées à l'équipage de siège s'embarqueront avec
l'équipage. Le tout marchera en règle, sous l'escorte d'un officier
d'artillerie du grade de chef de bataillon au moins. Arrivé à Küstrin,
cet équipage recevra de nouveaux ordres pour marcher sur Bromberg. Vous ferez
connaître au commandant de l'artillerie que, lorsque l'équipage
sera rendu à Bromberg, je ferai connaître l'usage que
j'en veux faire; et alors, si les cent bouches à feu ne sont pas nécessaires
pour remplir mon but, je n'en prendrai que cinquante ou
soixante, et les autres pièces serviront pour l'armement de Danzig et
de Thorn.
Il est nécessaire
que vos ordres soient donnés de manière que les cent bouches à feu
et tout leur approvisionnement soient rendus à Bromberg dans les dix premiers
jours de mai ; il faut donc que cela parte du 1er au 5
avril.
Paris. 34 mars
1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, donnez ordre que l'équipage
de siège de cent trente bouches à feu de Danzig soit embarqué sur des
bateaux, bouches à feu, camions, porte-corps, voitures, poudre,
boulets, etc. Dès le 15 avril, on réunira les bateaux. Du 20 au 25, on
commencera le chargement, de manière qu'au 1er mai les bateaux, en nombre nécessaire pour porter cet équipage de siège, puissent
se mettre en mouvement ; les
compagnies d'artillerie destinées à son service l'escorteront.
Je suppose que le commandant de
l'artillerie a donné des ordres pour faire transporter de Magdeburg à
Danzig les poudres nécessaires pour
l'armement de cette place.
Instruisez le prince d'Eckmühl
des ordres que vous donnez pour l'embarquement de
l'équipage de siège de Danzig, et rendez-moi compte de la
quantité de poudre qui restera dans cette place après le départ de l'équipage
de siège. Il est nécessaire que l'approvisionnement complet pour
sa défense s'y trouve.
Paris, 25 mars
1812
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, par le mouvement
qu'a fait la division Belliard et celui que va faire la division Delaborde, Magdeburg va se trouver sans garnison. Il est nécessaire
que vous écriviez au roi de Westphalie d'y envoyer
son 4e régiment. Donnez ordre au gouverneur de garder,
indépendamment des Westphaliens, 2,000 Français des bataillons
de marche; ces bataillons se montent à une force de 9,000
hommes, qui doivent passer à Magdeburg.
Écrivez
au duc de Reggio pour savoir quelle serait la force qu'il faudrait
laisser pour garnison à Berlin, et quelle est la force de la garde bourgeoise
qui fait le service.
Si, en conséquence
du mouvement du prince d'Eckmühl sur la Vistule, les Russes
déclaraient la guerre en envahissant le Grand-Duché, il serait
nécessaire qu'il fît partir de Stettin la division Verdier,
la faisant précéder par la brigade de cavalerie légère du général Castex
et par la 3e division de cuirassiers; qu'avec le reste de son corps
d'armée il se portât sur Stettin, et de là sur la Vistule, pour soutenir
le prince d'Eckmühl ; dans ce cas, il laisserait à Berlin un régiment
en garnison. Comme ce qui retarde le plus la marche, c'est
le parc, il est nécessaire que le duc de Reggio le fasse partir pour Schwedt,
lorsqu'il quittera Brandenburg, en le plaçant dans des
endroits favorables entre Stettin et Küstrin , afin
qu'il soit avancé d'autant.
Paris, 25 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, donnez ordre au duc
d'Elchingen de se mettre en marche le 4 avril pour se rendre à
Francfort-sur-l'Oder, où il aura son quartier général le 10. Il cantonnera ses
troupes dans les environs de Francfort et sur le chemin de Posen, en leur
faisant occuper des pays sains, où les troupes puissent bien se
refaire. Vous lui ferez connaître que, si l'armée russe ne fait aucun
mouvement, mon intention est de le laisser quelques jours dans cette
position ; mais que si, par suite du mouvement du prince d'Eckmühl sur
Thorn, des Saxons et des Westphaliens sur Varsovie et des
Bavarois sur Posen, les Russes
marchaient sur les frontières du Grand-Duché ou de la Prusse,
il faut, prévoyant ce cas, que ses troupes soient disposées de
manière qu'il puisse sur-le-champ déboucher par Posen et se porter
rapidement sur Thorn. Il enverra un de ses aides de camp au prince
d'Eckmühl, qui sera le 10 à Thorn pour connaître la situation des choses. Mais
la difficulté de se procurer des fourrages me porte à le laisser
quelques jours sur l'Oder; ce qui sera utile au repos de ses
troupes, si les mouvements de l'ennemi n'obligent pas à
faire autrement.
Paris, 25 mars 1812
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, donnez ordre au général
de division Walther de se rendre sans délai de sa
personne à Würzburg pour diriger les mouvements de la
Garde, infanterie, cavalerie, artillerie, sur Dresde. Les
chasseurs à cheval arrivent le 29 à Würzburg; les dragons y arrivent
le 2 avril, et les grenadiers le 4 avril. Il dirigera ces trois régiments
de cavalerie sur Dresde, après leur avoir donné un séjour à
Würzburg et un séjour à Bamberg. Il donnera ordre à la colonne de cavalerie composée
du 1er régiment de chevau-légers polonais et de deux détachements de chasseurs et de gendarmes d'élite de la Garde, qui arrivent le 29 à Dresde, d'y séjourner deux
jours et de continuer sa route sur
Glogau. Les deux batteries d'artillerie qui ont marché avec cette colonne
suivront son mouvement sur Dresde.
Le général de brigade Boyer prendra provisoirement le
commandement des deux bataillons du 3e
régiment de grenadiers, des deux bataillons
du 2e régiment et des deux bataillons du 2e de chasseurs. Le 3e régiment de
grenadiers arrive le 29 à Würzburg; il y séjournera deux jours et en partira
le 1er avril pour Dresde. Le général Boyer
marchera avec ce régiment. Le 2e régiment de grenadiers partira le 3 avril, et le 2e régiment de chasseurs le
4. Tous ces régiments auront des
séjours à Bamberg et partout où il sera nécessaire.
Le général Walther prendra connaissance du mouvement de
l'armée d'Italie, qui se dirige sur Dresde,
pour régler sa marche de manière qu'il n'y ait pas de confusion.
Les bataillons de vieille Garde
qui arrivent le 10 avril à Würzburg
y séjourneront deux jours et se mettront en marche pour Dresde. Les deux bataillons de flanqueurs, les sapeurs et
les différentes batteries
d'artillerie séjourneront deux jours à Würzburg, deux jours à Bamberg, et se dirigeront sur Dresde.
Vous réitérerez l’ordre à la Garde de faire
partir ses bagages, caissons, ambulances et
toutes ses voitures, pour se diriger par Metz, Mayence et Würzburg sur Dresde.
Vous donnerez ordre au général
Sorbier d'être rendu de sa personne le 8 avril à Würzburg,
pour diriger lui- même le mouvement de toute
l'artillerie de la Garde.
Vous donnerez le même
ordre au général du génie. Il prendra toutes ses mesures
pour que son service soit bien organisé.
Vous donnerez ordre au général
de division Delaborde, qui arrive le
29 à Magdeburg, d'y séjourner le 30 et le 31 et de partir le 1er
avril pour Stettin. Vous autoriserez ce général, si deux jours de séjour
ne lui paraissent pas suffisants, à en prendre deux ou trois de
plus. Vu l’éloignement, je ne puis que m'en rapporter à ce général ; il
est maître de ne partir que le 3 ou le 4 au lieu de partir le 1er. Il aura
soin de laisser à Magdeburg un dépôt des hommes malades ou fatigués,
et des chevaux éclopés.
Vous donnerez ordre au général
Bourcier de diriger les chevaux de la Garde qui sont
en remonte à Hanovre sur Stettin, où ils rejoindront la division Delaborde.
Envoyez ces ordres directement
au général Walther et au général Delaborde, pour qu'ils les
fassent exécuter. Envoyez-les aussi au duc d’Istrie, qui, de
son côté, veillera à leur exécution.
Donnez ordre au général
Saint-Sulpice d'être rendu le 10 avril à Würzburg pour prendre, sous les ordres
du général Walther, le commandement des trois régiments de la cavalerie de
la Garde.
Vous donnerez ordre que l'ordonnateur de la Garde,
avec les administrations, soit rendu le 10
avril à Würzburg, pour arriver à Dresde avant
la Garde.
Paris.
25 mars 1812
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, je vois par l'état
de situation du contingent prussien que dix bataillons
se réunissent à Königsberg et trois à Berlin, ce qui fait treize
bataillons; que quatorze escadrons se réunissent à Königsberg et deux
à Berlin, ce qui fait seize escadrons. Écrivez au ministre de la guerre
du roi de Prusse que je désirerais que les trois bataillons et les deux escadrons qui se réunissent à Berlin joignissent
les cinq bataillons et les quatre
escadrons qui se réunissent à Breslau, ce qui ferait huit bataillons et
six escadrons, ou 6,000 hommes d'infanterie
et 1,200 chevaux réunis à Breslau ; que je désirerais que ces troupes fussent prêtes à partir de Breslau le 10
avril; que les dix bataillons et les
quatorze escadrons qui se réunissent à Königsberg, sous les ordres du général
qui commande cette armée auxiliaire, manœuvrassent
avec le prince d'Eckmühl, qu'une garnison suffisante de ces troupes fût mise à Pillau, et que le reste fût
sous les ordres de ce général; que,
moyennant cet arrangement, je laisserai les troupes prussiennes où elles sont, et que, lorsqu'on verra la tournure
que prennent les choses, je ferai réunir les corps de Prusse; que jusque-là il me parait nécessaire de les
laisser tels qu'ils sont.
Par ce moyen, le prince d'Eckmühl se trouvera avoir dans
les mains
8,000 hommes d'infanterie et 3,000 hommes de cavalerie de plus; ce qui, avec les
Bavarois, mettra à sa disposition au 10 avril sur la Vistule 140,000 hommes,
avec lesquels il sera parfaitement en mesure de protéger toute la basse
Vistule. Recommandez au prince d'Eckmühl de s'attacher à bien garder Pillau. Il chargera le général Grawert d'en aller faire
l'inspection et d'y mettre une bonne garnison avec un bon commandant, en prenant toutes les
mesures pour que cette place soit en parfait état de défense.
Vous donnerez ordre au prince d'Eckmühl de faire partir du 12
au 15 avril deux
bataillons, 50 chevaux, une compagnie de sapeurs et deux pièces d'artillerie,
de Danzig, pour construire à la pointe du Xehrung une redoute qui croise ses feux avec Pillau.
Il faut que cette redoute soit
construite de manière que 300 hommes du côté de l'île la mettent à l'abri d'un coup de main et donnent
le temps de venir de Danzig. Il est
convenable que cette opération ne se fasse pas avant le 15 avril. On se servira des matériaux qui
avaient été préparés contre Pillau pour construire cette redoute, en conservant la
partie des ouvrages actuels qui peut
être utile.
Paris, 25 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, écrivez
au roi de Westphalie qu'il est nécessaire qu'il soit rendu de sa
personne le 10 avril à Glogau, où il trouvera le général Marchand et
les généraux employés à l'aile droite, et que le 12 il soit à Kalisz;
qu'il ne doit donner aucun ordre, ne prendre aucun commandement que
sur son corps d'armée, à moins que les Russes n'aient fait
un mouvement et déclaré la guerre en attaquant le Grand-Duché,
auquel cas il devrait se rendre sur-le-champ à Varsovie et prendre le
commandement de la droite, composée des 5e, 7e et
8e corps. Il sera muni d'ordres non cachetés pour le prince Poniatowski
et le général Reynier, annonçant à ces généraux qu'ils sont sous
ses ordres avec leurs corps. Si les Russes ne font aucun mouvement, vous
écrirez au Roi qu'il doit rester à Kalisz, ignoré et commandant son seul corps.
Vous instruirez de ces
dispositions le prince d'Eckmühl ; vous le préviendrez que le roi de Westphalie doit être rendu
le 12 à Kalisz ; que les Saxons s'approcheront de Puławy et de Sandomir,
et que le corps westphalien sera réuni le 12 à Kalisz avec le
Roi; que le général Marchand remplira les fonctions de chef
d'état-major; que, si les Russes n'attaquent point et ne
déclarent pas la guerre en violant le territoire prussien ou polonais, mon
intention est que le roi de Westphalie reste
inconnu a Kalisz et ne prenne aucun autre commandement
que celui de son corps ; que, dans le cas contraire, il se rende à
Varsovie pour prendre le commandement de la droite; qu'il est, à cet
effet, porteur d'ordres pour le prince Poniatowski et pour le général
Reynier ; qu'il est donc nécessaire qu'aussitôt que le prince d'Eckmühl
apprendrait la déclaration de guerre par la marche des Russes sur les
frontières du Grand-Duché ou de la Prusse, il en prévienne
le roi de Westphalie.
Vous instruirez le prince d'Eckmühl
que les Bavarois seront le 20 avril à Posen ; que le 5 avril le 2e corps de cavalerie
que commande le général Montbrun sera rendu à
Francfort-sur-l'Oder; que le…
la division Verdier, avec la brigade Castex
et la 3e division de cuirassiers, sera rendue à Stettin ; que la
division de la Garde que commande le général Delaborde
sera rendue à Stettin à peu près à la même époque;
que, si les Russes ne font aucun mouvement, on doit rester au statu quo, réparer Marienburg, approvisionner Thorn, Danzig, et ne point bouger, puisque nous sommes toujours en paix,
et que je désirerais, dans cette
situation, pouvoir gagner le mois de mai ; mais que, si les Russes déclarent la guerre, le prince d'Eckmühl doit
faire venir les Bavarois à Thorn, prévenir le duc d'Elchingen qu'il doit
marcher sur Posen , et le duc de Reggio
qu'il marcherait sur la Vistule. L'armée d'Italie ne sera entièrement réunie à Glogau que le 15 avril.
Le langage du prince d'Eckmühl
doit donc être très-pacifique ; il doit éviter toute
reconnaissance ou mouvement militaire au-delà de la Vistule; il
faut qu'aucune de ses patrouilles n'aille même jusqu'à Osterode.
Quant au contingent prussien, le
général qui doit le commander sera
rendu le 10 à Thorn. Il faut que le prince d'Eckmühl en emploie une
partie pour garder Pillau et place l'autre partie sur
le Niémen pour éclairer la marche des Russes; bien entendu
qu'en cas d'attaque cela viendrait se réunir sur la Vistule au corps du prince
d'Eckmühl, qui, par ce moyen, aurait son corps d'armée, les
Bavarois et les Prussiens sous la main, et ne tarderait pas à être
joint par le duc d'Elchingen et par le duc de Reggio.
Palais des Tuileries, 25 mars
1813.
NOTE DICTÉE EN CONSEIL DES MINISTRES.
Le ministre de la marine rend
compte d'une dépêche qu'il a reçue du Transport
Office, relativement à l’échange des prisonniers. Sa Majesté
indique ainsi qu'il suit la réponse à faire :
J'ai reçu
votre lettre du 10 de ce mois; je l'ai mise sous les yeux du ministre de la
marine. La négociation qui a eu lieu par le canal de
M. Mackensie, dans le courant de 1810, a tellement
simplifié cette question de l'échange, que, si le gouvernement
britannique veut réellement l'échange général des Français et des alliés
de la France contre les Anglais et les alliés de l'Angleterre, cette
négociation peut être très-promptement terminée. Les deux
gouvernements sont d'accord sur le principe, mais ne paraissent pas
d'accord dans leurs intentions. Le gouvernement anglais ne veut
réellement avoir que les prisonniers anglais et être le maître, lorsqu'il aura
opéré cet échange, de continuer ou non
l'échange du reste des prisonniers français contre les
alliés de l'Angleterre. Le gouvernement français ne veut point dépendre
en cela d'un changement de dispositions dans le gouvernement anglais, et il
veut que le mode d'exécution assure la réalité de l'exécution
du principe.
Paris, 26 mars 1812.
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès,
la construction des vaisseaux de ligne, non-seulement de 74,
mais encore de 80 et même à trois ponts, sur la Loire, est de la
plus haute importance : alors Brest ne devient plus qu'une place
d'armement, et les vaisseaux se construisent à l'embouchure
de la Loire.
Il y a bien des années
que j'ai le pressentiment que l'on peut construire des vaisseaux
à l'embouchure de la Loire. Les rapports de la commission que
j'avais établie alors ne m'ont point paru convaincants.
Puisque des frégates ayant leur armement avec six mois de vivres
et d'eau et tirant 18 à 19 pieds peuvent sortir pour se rendre dans
les Indes, comment des vaisseaux légers ou armés en flûte et tirant
14 pieds d'eau ne peuvent-ils point sortir ? Or, quand il sera prouvé
que mes vaisseaux ne peuvent sortir qu'en flûte et tirant 15 à 16
pieds, ils se trouveront en la même situation que les frégates chargées.
Il est à présumer qu'ils ne pourront sortir définitivement qu'en
temps de paix ; mais ce sera déjà un grand résultat d'avoir en temps de guerre
sept ou huit vaisseaux sur chantier, qui utilisent des bois
précieux qui se pourrissent à Nantes, et nous mettraient en situation d'avoir à
la paix un grand nombre de vaisseaux de tous côtés.
Serait-on obligé
d'attendre la paix ? Qui empêcherait de mettre à l'eau des vaisseaux
en suivant le procédé qui a eu lieu à Venise ? Le vaisseau
a été relevé de 5 pieds 6 pouces et a passé avec un tirant d'eau
de 13 pieds 6 pouces.
On pourrait donc, en faisant
venir les vaisseaux désarmés en rade de Mindin, les
armer là, les placer sur les chameaux, et alors, tout armés,
tirant au plus 14 pieds d'eau, ils tireraient 4 pieds moins que
les frégates, pour se rendre en haute mer. Ainsi un vaisseau de
80, ne tirant lui-même avec les chameaux que moins de 16 pieds d'eau,
se trouverait dans une condition au moins inférieure à la frégate.
De Paimbœuf
à Mindin il y a deux lieues; le vaisseau placé à Paimbœuf sur chameaux pourrait
être établi de manière à ne tirer que 9 ou 10 pieds
d'eau, et dès lors pourrait mettre le temps nécessaire
pour se rendre en rade de Mindin. Mais enfin, s'il était vrai qu'il
y eût des difficultés de Paimbœuf à Mindin, pourquoi ne pas construire
à Mindin ou à Saint-Nazaire ? De Saint-Nazaire à Mindin il y a 1,000
toises; on peut considérer
l'embouchure comme parfaitement défendue.
Je pense qu'il faut donner l’ordre
à M. Tupinier de se rendre
en toute diligence à Paris, en lui écrivant toutefois
la lettre que vous proposez pour qu'il fasse ses observations et rapports, sa
réponse. Il ira à Paimbœuf, Saint-Nazaire et Mindin, et pourra
ainsi faire un bon mémoire sur cette question, à laquelle j'attache
une si haute importance. À l'embouchure de la Loire, on trouve
bois, chanvre, mâture, fers, artillerie; tout y est facile, tandis
que tout est difficile à Brest.
Quant à
la construction d'un bassin, je désirerais que vous donniez
à l'ingénieur Cachin la commission de se rendre à Saint-Nazaire et
Mindin. La petite rade touche au rocher de Siméon ; qui empêcherait
de creuser un bassin pour trois vaisseaux entre Saint-Nazaire et
la pointe de Penhouet, et même d'y construire une
forme à la manière de l'ingénieur hollandais, c'est-à-dire d'y
établir des pompes à feu pour le jeu des eaux ? Trois formes établies
ainsi me donneraient deux vaisseaux par an. L'ingénieur Cachin peut s'y rendre
de Cherbourg sans faire une absence de plus de huit à dix
jours, et me donner les premières idées sur ce projet.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Paris, 26 mars 1812.
Mon Cousin, la 1e division du
grand-duché de Varsovie a son quartier général à
Varsovie. La 3e division a son quartier général à Bromberg;
les troupes occupant Posen, Kulm, Thorn et Bromberg, je
pense que le quartier général de cette division doit s'approcher de Modlin,
et les troupes se répartir entre Plock et Varsovie. La 3e division
a son quartier général à Varsovie, les troupes placées sur la Vistule,
entre Varsovie et Pulawy. Ces trois divisions doivent être placées
de manière qu'elles puissent se réunir en trois jours sur Praga ou
sur Modlin. Je suppose que chaque division a son artillerie, ses cartouches,
etc., et est prête à entrer en campagne.
Paris, 26 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, si les Russes déclaraient
la guerre, le duc de Reggio n'aurait pas besoin d'aller
jusqu'à Stettin; il serait plus simple qu'il passât l'Oder au
pont de Schwedt, ce qui lui ferait gagner trois marches. Le mouvement du parc
du 2e corps sur Schwedt doit être opéré directement et
aussitôt que ce parc se sera reposé à Brandenburg.
Il faut expliquer au général
Reynier qu'il doit consulter le prince Poniatowski sur les
meilleurs cantonnements à donner à ses troupes ; qu'il doit les cantonner entre
Kalisz et la Vistule, de manière à avoir des avant-postes à
Pulawy sur sa droite, et aussi à portée de Varsovie que la
nécessité de faire vivre ses troupes lui en fait une loi.
Paris, 26 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, vous donnerez
l'ordre que les 919 chevaux de l'équipage
de pont qui arrivent à Magdeburg le 30 mars, les 3, 5 et 8
avril, se reposent le nombre de jours nécessaire pour se remettre, y
attellent des charrettes et des voitures légères d'artillerie, et soient ensuite
dirigés sur Stettin et de là sur Danzig, pour arriver entre le 20
et le 30 avril; de sorte que, du 20 au 30 avril, le général Eblé
aura à Danzig les compagnies de pontonniers et 900
chevaux, ce qui pourra déjà suffire aux premiers besoins de
l'équipage de pont.
Donnez ordre que la portion du
parc général qui a été tirée du 1er
corps suive ce corps sur la Vistule; que celle du 2e corps reste attachée
jusqu'à nouvel ordre au 2e corps, et que le personnel de l'équipage
du parc général, soit de l'artillerie, soit du génie, se réunisse sur l'Oder,
où il sera rendu le 15 avril, afin que l'un et l'autre soient
rendus sur la Vistule, si cela est nécessaire, à la fin d'avril. Ainsi
les parcs du génie et de l'artillerie se sépareront du quartier général
et prendront position ensemble entre Stettin et Küstrin, du côté
de Schwedt.
Paris, 26 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, donnez ordre au prince d'Eckmühl de faire partir sur-le-champ, par terre, 50 milliers de poudre de
Stettin sur Thorn; de faire partir
sans délai, par eau , 50 milliers de poudre de Thorn pour Modlin ; enfin de faire partir de Modlin 50
milliers de pondre pour Zamosc. Il est bien important que Zamosc
soit abondamment approvisionné de
tout, puisque cette place est la plus susceptible d'être assiégée. J'ai fait écrire en Saxe pour
qu'on fasse partir sur-le-champ 100
milliers de poudre pour Modlin.
La Prusse doit fournir 600
milliers de poudre; demandez que ces 600 milliers de poudre soient fournis,
savoir : 100 milliers à Thorn, 200 à Modlin et 300
à Danzig. Les 300 milliers de plomb seront répartis dans la
même proportion.
Écrivez
au général commandant en chef l'artillerie pour qu'il prenne
les mesures nécessaires pour l'expédition de 300 milliers de poudre sur Danzig,
de 100 milliers sur Thorn et de 200 milliers sur Modlin ; et que les
différents mouvements de poudre de Modlin sur Zamosc,
de Thorn sur Modlin et de Stettin sur Thorn, aient lieu sans
délai. Chargez-le de prendre des informations sur l'époque du versement
des 300 milliers de poudre à Thorn et à Modlin. Je suppose
que la poudre qui sera versée à Modlin viendra de Silésie. Il est très-nécessaire
que cet envoi soit fait sans délai.
Par ce moyen, Zamosc, qui a 68 milliers de poudre, en recevrait 50 milliers de Modlin et se
trouvera avoir 118 milliers de poudre; Modlin, qui a 100 milliers de poudre, en recevrait 100 milliers de la Saxe et 200 milliers de la
Prusse, ce qui ferait 400 milliers ; Thorn, qui a 76 milliers de poudre, en recevrait 100 milliers de la Prusse, ce qui ferait 176
milliers. Il serait nécessaire qu'aussitôt que les 200
milliers de la Prusse seraient arrivés à Modlin on envoyât
à Zamosc 80 autres milliers, de sorte qu'il y ait à Zamosc 200 milliers de poudre. Mais il
est urgent que, sans perdre de temps, on dirige de Modlin de
la poudre sur Zamosc, laquelle sera remplacée
à Modlin par de la poudre tirée de Thorn et par la poudre de
Saxe.
Il faut que vous écriviez
au ministre de la guerre du roi de Saxe pour que le premier
convoi de 100 milliers de poudre pour Modlin parte dans les premiers jours d'avril,
afin qu'elle soit arrivée dans le courant de
ce mois à Modlin, et pour qu'il soit envoyé de la poudre à
Zamosc, car cette place est compromise par le peu de
poudre qui s'y trouve dans ce moment.
Paris, 27 mars 1812.
Au
comte Collin de Sussy,
ministre des manufactures et du commerce, à Paris
Monsieur le Comte de Sussy, le procès-verbal de la
séance du conseil des subsistances du 24 mars ne me fait pas
connaître la situation des choses. Demandez au comte Maret d’y
faire insérer les renseignements accoutumés, c'est-à-dire la situation
des achats, les quantités de farine, les quantités de blé et les
lieux où tout cela se trouve, afin que je puisse me faire une idée de
notre situation actuelle.
Paris, 28 mars 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Bassano, je
vous envoie un état de l'armée russe remis par les Prussiens.
Demandez au prince Schwarzenberg de vous communiquer les idées qu'on a
là-dessus à Vienne. Il me semble que par cet état il y a trois divisions de
plus.
Paris. 28 mars 1812.
Au
général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la
guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac,
par le dernier état que vous m'avez présenté, je vois
qu'on doit fournir encore 4,800 chevaux en France et
8,400 à Hanovre. Comme il paraît que la Prusse exécute vivement
la livraison des chevaux, je ne serais pas éloigné de n'employer à la Grande
Armée que ce qui serait fourni au 15 avril, ou en route, sur les 4,800 chevaux
achetés en France. Le surplus serait fourni à Berlin, où les
hommes se rendraient à pied avec leurs selles. Le reste
des marchés passés en France pourrait continuer de recevoir son exécution,
mais les chevaux qui en proviendraient seraient destinés à l'armée d'Espagne.
Faites-moi un rapport là-dessus.
Paris,
28 mars 1812.
A Eugène Napoléon,
vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, je reçois
l'organisation des troupes qui restent dans l'intérieur de l'Italie,
conformément à l'instruction que je vous ai donnée.
La 1e division sera composée
de la brigade du général Schilt, de quatre
bataillons du 13e de ligne ayant deux pièces d'artillerie, qui se réunira à Udine, et
d'une brigade commandée par le général Zucchi, se réunissant à Padoue, composée de six bataillons italiens et de quatre pièces d'artillerie ; ce qui forme une
division de dix bataillons, de six
pièces d'artillerie régimentaires, de quatre escadrons et de six pièces d'artillerie à cheval, présentant une
force de près de 8,000 hommes. Je
nommerai incessamment un général de division.
La 2e division sera commandée
par le général Barbou. Elle sera composée
de la brigade Renard, qui se réunit à Ancône, ayant deux pièces
d'artillerie, un escadron de chasseurs et un escadron de dragons,
et formant 2,000 hommes d'infanterie et 400 chevaux. La 2e
brigade sera composée de deux bataillons du 112e, qui sont encore à
Florence et qui recevront incessamment l'ordre de se rendre à Bologne;
ce qui portera cette division à 4,000 hommes. Il y sera attaché
une batterie de six pièces d'artillerie, servie par une compagnie d'artillerie
à pied italienne.
Indépendamment
de ces deux divisions, il y aura le corps d'observation de l'Italie
méridionale, que commande le général Grenier, placé à Perugia, en situation de se porter sur Ancône, sur Livourne
et sur Naples, selon les événements.
La 1e et la 2e division se
porteront, selon les circonstances, sur Venise, sur les provinces illyriennes, sur le Tyrol, sur Ancône,
sur Livourne, sur Gênes. Il y aura donc en Italie une
force active de 20,000 hommes, qui pourra se porter partout où
besoin serait, sans comprendre ce qui serait en Piémont.
J'approuve la composition que
vous avez arrêtée des garnisons des places
de Palmanova, Osoppo, Venise, Mantoue, Legnago, Peschiera, de la Rocca
d'Anfo, du château de Vérone. Il est nécessaire que
vous preniez toutes les mesures pour compléter les cadres des corps
italiens; les cadres français vont l'être.
Les compagnies d'artillerie entières à Palmanova, à Venise, à Mantoue,
seront disponibles.
Disposez tout pour donner aux
choses cette direction ; accélérez le
complètement des dépôts et la remonte des 5e escadrons,
afin d'avoir, cet été, 1,500 chevaux disponibles.
Je suppose que tout ce qui doit
partir pour la Grande Armée est déjà parti.
Il est nécessaire
que vous vous concertiez avec les Bavarois pour connaître la quantité de
troupes qu'ils laisseront dans le Tyrol. Il est convenable de laisser quelques
troupes à Trente. Une colonne d'infanterie, avec
quelque cavalerie, et six pièces de canon sont indispensables
pour surveiller tout le Tyrol italien, étouffer sur-le-champ tout
mouvement et maintenir la tranquillité.
Le général
Vignolle restera en Italie comme chef d'état-major ;
je nommerai un général pour y commander.
Quant au gouvernement civil, je
m'imagine qu'il sera le même qu'à l'époque de la campagne de
Vienne; vous laisserez au duc de Lodi la présidence
du conseil des ministres ; je suppose qu'il est en état
d'agir.
Préparez
tout pour votre départ, car dans trois ou quatre jours je vous
écrirai de venir à Paris, et peut-être de Paris vous rendrez-vous directement à
Glogau, et de là à votre corps d'armée.
Je ne veux point vous laisser
ignorer que j'ai conclu depuis plusieurs mois une alliance avec l'Autriche, qui fait cause commune avec moi et me fournit un contingent
de 40,000 hommes.
Paris,
29 mars 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Bassano, il
est nécessaire d'écrire à mes ministres
en Bavière, Wurtemberg et Bade, pour leur faire connaître que
je désire que ces trois princes aient des contingents dans l'intérieur
de leurs États pour se secourir mutuellement, en cas d'insurrection
dans quelqu'une de leurs provinces.
Écrivez
aussi à mon ministre en Suisse. Je désire que la Suisse entre
dans cette confédération et qu'elle ait un corps de 4 à 5,000
hommes disponibles pour contenir le Tyrol et le Vorarlberg, en cas de
mouvement de ce côté, conjointement avec la Bavière, Wurtemberg
et Bade, et les troupes qui partiront d'Italie.
Mes ministres connaîtront
cet ensemble; car, si le Tyrol était agité, pendant
qu'un corps partirait de Trente, un corps bavarois marcherait
par Innsbruck, un corps wurtembergeois se porterait sur le Vorarlberg, et un
corps partirait de Suisse. Une division française de réserve même sera
réunie à Strasbourg ; j'en déterminerai la force après que les différents princes auront fait connaître ce qu'ils auront disponible. Vous aurez soin d'ajouter que je n'ai
aucune raison de rien craindre du
Tyrol, puisque l'Autriche est avec nous; mais que toutes les précautions
doivent être prises, et qu'il faut avoir un système bien lié, afin de n'être point pris au dépourvu.
Il faudrait également
écrire à mes ministres et chargés d'affaires près les cours de
Saxe, de Westphalie et de Hesse-Darmstadt, pour connaître les forces qui
resteront dans ces pays et les secours que ces princes pourraient
réciproquement s'envoyer à la demande de l'un d'eux, en cas
d'insurrection. Vous leur ferez également connaître que ces
mesures sont de pure précaution; que le Danemark entre dans mon
système et fournit, en cas de descente des Anglais, un corps de
10,000 hommes.
Paris, 29 mars 1812.
Au
comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte Mollien, j'ai
accordé, il y a plus d'un mois, un
million pour l'emprunt de Saxe; cependant ce million tant attendu n'était
pas encore arrivé le 16 mars à Varsovie. Faites-moi un rapport
là-dessus.
Remettez-moi l'état
des fonds que vous avez faits pour payer les remontes du dépôt
de Hanovre, l'état des fonds que vous avez faits à Danzig pour solder
le budget de neuf millions de 1811,
l'état des fonds que vous avez faits à Danzig pour les 500,000
francs par mois en février, mars et avril, pour le service de l'administration
de la guerre, l'état des fonds que vous avez faits pour le
service du mois d'avril de la Grande Armée, les dispositions que
vous avez prises pour fournir les millions que j'ai pris dans l'emprunt de la
Saxe, enfin l'état des fonds que vous avez faits pour payer la partie de l'armée
polonaise que j'ai prise à ma solde par le traité conclu le mois
passé.
Il faut préciser
le jour où les fonds seront versés.
Nous sommes dans un moment précieux
où il faut que les fonds ne manquent nulle part.
Paris, 29 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, instruisez le duc
de Raguse des nouvelles qu'on reçoit du
général Thouvenot, et faites-lui comprendre que voilà
le funeste effet de l'occupation des Asturies par les insurgés.
Faites-moi un rapport sur
l'accroissement des bandes qui, des Asturies et de la Galice, inondent les derrières
de l'armée.
Voyez si les estafettes qui ont
été interceptées ne portaient point de
lettres importantes de vous.
Paris. 30 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, faites connaître
au prince d'Eckmühl que je suppose que les Russes se
garderont bien de faire aucun mouvement ; qu'ils ne peuvent pas
ignorer que la Prusse, l'Autriche et probablement la Suède
sont avec moi; que, les hostilités recommençant en Turquie, les
Turcs feront de nouveaux efforts; que le sultan lui-même va se rendre
à l'armée, et que tout cela parait de nature à ne pas les engager
à me braver facilement; que je pense qu'au 1er avril le 1er corps d'armée,
avec six divisions d'infanterie, et le 1er corps de cavalerie se
trouveront entre Thorn et Danzig, occupant Marienburg et Marienwerder,
ayant pour avant-garde le corps prussien occupant Pillau
et ayant des détachements sur leurs frontières; qu'à
la même époque les Westphaliens, les Saxons et les Polonais seront
près de Varsovie, et les Bavarois à Posen ; que la division Verdier et
une division de la Garde se trouveront à Stettin, que le 3e corps d'armée, avec
le 2e corps de cavalerie, sera à Francfort-sur-l'Oder; enfin que le corps d'Italie sera à Glogau. Si les Russes ne font
aucun mouvement, mon intention est de
passer ainsi tout le mois d'avril, me contentant de travailler avec la plus
grande activité à relever la tête de pont de Marienburg et à l'armer; à fortifier le pont de Marienwerder, en rattachant à
des pilote et non simplement à des ancres ; à avoir de bons
ponts à Marienburg et à Dirscbau, à établir une bonne
tête de pont à Dirschau sur la rive droite de la
Vistule, dans l’île de Nogat, pouvant
servir de retraite à l'armée, au cas qu'elle se retirât sur Danzig
; à occuper l'extrémité du Nehrung, vis-à-vis Pillau ; à approvisionner le magasin de Thorn ; à faire
moudre le plus de farine que possible à Danzig ; à préparer des bateaux pour
embarquer de 50 à 60,000 quintaux de farine; à préparer des bateaux
pour embarquer tout l'équipage de siège; enfin à préparer
l'équipage de pont; les chevaux arriveront dans le courant d'avril pour
l'atteler.
Le prince d'Eckmühl
placera son parc de réserve près de Dirschau, dans l'île de Nogat. Il fera concentrer de grands magasins à Pillau. Le prince Poniatowski réunira de grands magasins à Zamosc et surtout à Modlin.
Le prince d'Eckmühl
approchera insensiblement sa droite de Marienwerder, vu que le corps du duc d'Elchingen
doit se porter sur Thorn. Pour ne pas alarmer les Russes, il ne
poussera aucune reconnaissance sur la rive droite de la Vistule, à plus
de deux lieues d'Elbing, de Marienburg, de Marienwerder, de Kulm, de Thorn; mais les Prussiens,
qui lui feront des rapports, lui serviront pour former des magasins
à Osterode et dans toute autre position.
Vous préviendrez
le prince d'Eckmühl qu'il est probable que le 15 avril je
donnerai ordre au 2e corps de cavalerie, qui est à Francfort-
sur-l'Oder, de se porter sur Thorn ; et le 20 avril, au 3e corps, de
se porter sur Thorn, et aux Bavarois de se porter sur Plock. L'armée
d'Italie se portera également sur Plock. Ce sera là la ligne de
bataille de l'armée au moment de déboucher, savoir : le 1er corps à
Elbing, à Marienburg, à Marienwerder; le 2e corps à Danzig; le 3e
corps à Thorn ; le 4e corps et les Bavarois, sous les ordres du vice-roi,
à Plock; les Westphaliens, les Saxons, les Polonais et une division
de Prussiens à Varsovie; les Autrichiens, appuyant sur la Vistule,
à l'extrême droite; le quartier général et la Garde à Posen. Il
est nécessaire que le prince d'Eckmühl fasse faire des magasins à Posen,
à Plock, à Varsovie, à Pulawy, à Marienwerder, à Marienburg , à Elbing ; que, du
reste, il ne fasse connaître ses projets de mouvement à personne
; qu'au contraire il annonce qu'il va porter son quartier
général à Varsovie; que, si les Russes ne bougent pas, il
se rende à Danzig pour y inspecter tout. Par la date des ordres que je
lui ai donnés, il verra que ce ne sera que le 1er mai que mon armée
se trouvera ainsi en bataille sur la Vistule. Du reste, il ne doit
faire aucun mouvement qu'il n'en ait reçu l'ordre. Mandez-lui que ceci est
pour le prévenir, afin qu'il puisse faire ses dispositions en
conséquence.
Recommandez-lui de faire venir à
lui les 14e et 16e bataillons de voitures comtoises
et le 20e bataillon de voitures à bœufs., qu'il a été chargé
d'organiser. Les bataillons de voitures comtoises étant de 600
voitures, les deux bataillons formeront 1,200 voitures,
portant 12,000 quintaux. Le chargement des voitures à bœufs
étant de 20 quintaux, le 20e bataillon portera 6,000 quintaux
; enfin les 240 voitures du 12e bataillon porteront 4,800
quintaux, ce qui fera 22,000 quintaux de farine, ou près de 2 millions de
rations de vivres fournissant à la nourriture de 100,000 hommes
pendant vingt jours. Je compte qu'au 1er mai ces trois bataillons seront
prêts, et que le prince d'Eckmühl pourra partir d'Elbing, de
Marienburg, de Marienwerder et de Thorn, avec vingt jours de vivres sur
les voitures et quatre jours dans le sac. Il est convenable que les
vivres soient en farine, parce que les fours sont toujours assez
promptement construits, et parce que c'est ce qui fait le moins
d'encombrement. Jusqu'au Niemen, le prince d'Eckmühl
fera vivre son corps avec les ressources du pays, car la
consommation de ces vivres ne doit commencer qu'après le
passage du Niémen. Chargez-le de prendre des informations pour savoir si les fours
que j'ai fait construire à Osterode existent toujours.
Paris, 31 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, je vous renvoie la lettre du général prussien Yorck ; faites-la repasser au prince d'Eckmühl en lui
réitérant l’ordre, non d'occuper Memel,
puisque le fort n'est pas occupable (sic), mais
d'occuper fortement Pillau et de faire en sorte que, dans aucun cas, il n'y ait aucun danger pour cette place.
Paris. 31 mars 1812.
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.
Mon Cousin, la route de Mayence à
Berlin par Magdeburg est de vingt jours de marche et trois
séjours; en tout vingt-trois journées.
Si, à
partir d'Eisenach, la route se dirigeait par Leipzig et Wittenberg,
on n'aurait que dix-sept jours de marche et trois séjours, en tout vingt journées ;
ce serait trois journées d'épargnées. Il faut faire tracer ces deux routes ; celle par Magdeburg se trouverait trop fatiguée, et, pour tout ce qui se dirige sur Berlin, la
route par Wittenberg parait plus
convenable. Il faut cependant s'assurer si de Wittenberg à Berlin et vers Lüterbock la route
est praticable, afin d'éviter Potsdam.
Au reste, comme il n'y a réellement point de routes dans ce pays, il ne peut y
avoir que peu d'obstacles pour passer soit à droite, soit à gauche de Potsdam; il y aura tout au plus quelques ponts à raccommoder et quelques haies à abattre. Je
désire que vous fassiez tracer sur une
carte ces routes, ainsi que celle de Wesel à Berlin par Magdeburg, celle de Hambourg à Stettin, celle de Mayence à Dresde par Würzburg (il faut savoir si celle par
Bayreuth et Hoff est meilleure que celle par Kronach, et tracer la
meilleure), celle de Strasbourg à
Dresde, de Stettin à Danzig, de Stettin à Marienwerder, de Berlin à Thorn, par Schwedt et Schneidemûhl, de Berlin à Küstrin, de Berlin à Francfort, de Glogau à Posen, de Dresde à Posen par Glogau, de Dresde à Varsovie par Kalisz,
de Dresde à Plock sur la Vistule par Glogau. Faites-moi mettre sur ces routes bien tracées les distances ; faites indiquer de
quelle espèce de lieues il est question,
combien elles ont de toises. Faites marquer la population des villes d'étapes, et, en marge de la
carte, des renseignements pris dans
la dernière guerre, de manière que cette carte puisse servir pour toutes les opérations. Vous ferez
tracer sur la même carte le canal de
Magdeburg à Küstrin et à Bromberg, le temps nécessaire pour la navigation, les communications latérales et le genre d'obstacles qu'on peut éprouver.
Paris, .... mars 1812. (La minute ne
porte pas la date du jour.)
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès,
faites-moi connaître le nombre des officiers français
qui sont en Angleterre et celui des officiers anglais qui
sont en France. J'ai 7,000 officiers espagnols, peut-être serait-il à
propos, si j'ai un égal nombre d'officiers en Angleterre, de proposer au
Transport-Office de faire pour les officiers l'arrangement qu'ils n'ont pas
voulu accepter pour les soldats, c'est-à-dire d'échanger 1,000
officiers français contre une partie d'Anglais et une partie d'Espagnols.
Cela aurait l'avantage d'économiser plusieurs millions et
de me rendre de bons officiers qui gémissent dans les prisons ; cela
serait aussi avantageux aux Anglais, puisque ce serait des hommes dont ils
pourraient disposer, et qu'il paraît qu'ils craignent quelque chose de nos prisonniers, qui seraient beaucoup moins à craindre quand ils n'auraient plus d'officiers.