Octobre 1812
NOTES.
Moscou 1812.
(Ces notes ne portent pas de date ; on présume qu'elles ont été dictées par
l'Empereur dans les premiers jours d'octobre.)
1° L'ennemi se dirigeant sur la route de
Kief, son but est évident : c'est qu'il attend des renforts de l'armée de
Moldavie. Marcher à lui, c'est agir dans le sens de ses secours, et se trouver
sans points d'appui pendant les cantonnements de l'hiver, ayant notre droite et
notre gauche en l'air, tandis que l'ennemi se trouverait avoir ses flancs et
ses derrières assurés. Moscou, se trouvant abandonné de ses habitants et
brûlé, n'entre plus pour nous dans aucune considération : cette ville ne peut
contenir nos blessés et nos malades; les ressources qui s’y trouvent une fois
épuisées, elle ne peut en fournir d'autres; enfin elle n'offre aucun moyen
d'organiser le pays.
2° Toute opération sur Kalouga n'est
raisonnable que dans le cas où elle aurait pour but, arrivé dans cette ville,
de se déployer sur Smolensk.
3° Si l'armée se reploie sur Smolensk,
est-il sage d'aller chercher l'ennemi et de s'exposer à perdre, dans une marche
qui aurait l'air d'une retraite, quelques milliers d'hommes devant une armée
connaissant bien son pays, ayant beaucoup d'agents secrets et une nombreuse
cavalerie légère ? Quoique l'armée française soit victorieuse, le mouvement
qu'elle ferait se trouverait tel, qu'elle aurait l'infériorité, puisqu'une
troupe d'arrière-garde perd chaque jour des hommes, tandis qu'une avant-garde
en acquiert, et qu'enfin l'arrière-garde est destinée à abandonner chaque jour
le champ de bataille, perd ses blessés, ses traîneurs et ses maraudeurs.
4° A ces considérations il faut ajouter
celle qu'il est probable que l'ennemi, ayant fortifié quelque bonne position et
ayant déjà reçu la tête de ses renforts, peut nous disputer le terrain et
donner 3 à 4,000 blessés; cela aurait bien l'air d'une défaite. Un mouvement
rétrograde de cent lieues, avec des blessés et des événements que l'ennemi
peindrait à son gré, lui donnerait l'avantage dans l'opinion, quoique battu.
5° Voulant se replier pour passer ses
quartiers d'hiver sur la Pologne, vaut-il mieux se reployer directement par la
route sur laquelle nous sommes venus ? On n'aurait pas l'ennemi sur soi; on connaît
bien la route et elle est plus courte de cinq marches ; nous pouvons aller
aussi vite que nous voudrons ; nous pouvons même recevoir à mi-chemin nos
convois venant de Smolensk. L'armée porterait d'ailleurs facilement quinze
jours de farine, et on arriverait à Smolensk sans être obligé de marauder. On
pourrait même s'arrêter à Viazma le temps que l'on voudrait ; on y trouverait
des subsistances et des fourrages, en s'étendant de droite et de gauche.
Nous sommes vainqueurs, nous sommes
organisés, et, si nous avions des affaires et des blessés, on serait dans la
position où nous étions en venant, à l'égard des blessés qu'a eus
l'avant-garde. A la vérité, on peut prévoir de l'embarras pour les fourrages;
mais on s'en procurerait à deux ou trois lieues; ce ne serait donc pas là une
difficulté de premier ordre.
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1°
Il n'y a aucune espèce de doute que, si Smolensk et Vitebsk étaient des pays
comme Königsberg et Elbing, le projet le plus sage serait celui dont il vient
d'être parlé ci-dessus, se rendant dans un beau pays pour y passer ses
quartiers d'hiver et y refaire l'armée.
2° Dans la situation ci-dessus, on ne
pourrait cependant pas se dissimuler que la guerre traînerait
en longueur; mais elle tournerait bien plus en longueur vers les mauvais pays,
tels que Smolensk et Vitebsk, qui offrent si peu de ressources et où on serait
si médiocrement établi pour passer huit mois de quartiers d'hiver.
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DE
CE QU'IL CONVIENDRAIT DE FAIRE.
1° Quel but a-t-on à remplir ? 1° placer
l'Empereur le plus près possible de France, et donner à l'Empire la confiance
que l'Empereur est au milieu d'un peuple ami pendant ses cantonnements d'hiver
; 2° cantonner l'armée dans un pays ami, la rapprocher de ses ressources
d'habillement et d'équipement; 3° se mettre dans une position qui appuie les
négociations de paix que l'Empereur fait faire en menaçant Saint-Pétersbourg;
4° soutenir l'honneur des armes à la hauteur où l'a élevé cette glorieuse
campagne.
2° Sans contredit, une manœuvre qui
réunirait les quatre conditions ci-dessus serait parfaite.
Cette manœuvre serait la suivante :
Le duc de Bellune, avec son corps renforcé
de quatre bataillons saxons, de deux bataillons westphaliens, de deux ou trois
bataillons d'Illyrie, de deux bataillons du 129e régiment d'infanterie, ce qui
doit approcher ce corps d'armée d'une force de 40,000 hommes, partirait de
Smolensk le premier jour de l'opération pour se porter sur Velije et
Velikié-Louki, où il pourrait arriver le huitième ou le neuvième jour ; de
Velikié-Louki, le duc de Bellune prendrait sa ligne d'opérations sur Polotsk et
Vitebsk. Le maréchal Saint-Cyr, partant de sa position de Polotsk, le
rejoindrait en six jours de marche.
Le maréchal duc de Tarente lui enverrait,
des environs de Dinabourg, une brigade d'infanterie pour le rejoindre. Le
maréchal duc de Bellune, comme le plus ancien, commanderait toutes ces troupes
réunies à Velikié-Louki, où, le dixième jour à partir du premier où
l'expédition serait mise en mouvement, se trouverait réunie une armée de 70,000
hommes. De Velikié-Louki, l'armée du duc de Bellune tirerait ses vivres de
Polotsk et de Vitebsk.
Le jour où le maréchal duc de Bellune
commencerait son mouvement, l'Empereur avec l'armée partirait de Moscou pour
marcher sur Velije, passant par Voskresensk, Volokolamsk, Zoubtsov, Bieloï,
pour arriver à Velije, la tête de l'armée le dixième jour de marche, et la
queue le treizième ou le quatorzième. De Velije, l'armée tirerait ses vivres
également de Vitebsk et de Polotsk. Ainsi, pendant que le duc de Bellune
menacerait Saint-Pétersbourg de sa position de Velikié-Louki, l'armée se
trouverait derrière lui sur la Dvina ; le 3e corps d'armée et le corps du duc
d'Abrantès, formant au moins 15,000 hommes, se porteraient de Moscou et de
Mojaïsk sur Smolensk par Viazma.
Tous les régiments de marche d'infanterie
et de cavalerie qui sont en marche pour rejoindre l'armée se dirigeraient sur
Vitebsk et Velije, pour se rencontrer avec l'armée et s'y incorporer à son
arrivée. L'Empereur, avec sa Garde à cheval, sa jeune et vieille Garde à pied,
marcherait en tête, de sorte à pouvoir se porter sur le duc de Bellune si,
contre toute attente, ce secours lui était nécessaire. Enfin, le douzième jour
de l'opération, c'est-à-dire du mouvement de l'armée, la position se trouverait
ainsi qu'il suit :
Le maréchal duc de Bellune, avec le
maréchal Saint-Cyr et une brigade du duc de Tarente, formant un corps de 60 à
70,000 hommes, serait à Velikié-Louki, ayant une avant-garde à plusieurs
marches de lui, sur la route de Saint-Pétersbourg.
L'Empereur, avec la Garde et le corps du
vice-roi, formant 40,000 hommes, serait à Velije.
Le roi de Naples, avec ses troupes et le
corps du prince d'Eckmühl, formerait une espèce d'arrière-garde ou corps
d'observation à trois journées en arrière, sur la direction de Bieloï.
L'armée ennemie ne pourrait entrer à Moscou
que le sixième jour de l'opération, et déjà le général Wittgenstein serait en
retraite; le duc de Bellune aurait passé la Dvina et menacerait
Saint-Pétersbourg.
L'armée ennemie, arrivée à Moscou six jours
après notre départ, suivrait notre mouvement pour nous livrer bataille à
Velije, et alors le roi de Naples, le prince d'Eckmühl, le maréchal duc
d'Elchingen nous auraient joints, tandis que les secours que l'ennemi attend de
Moldavie ne l'auraient pas joint et se perdraient sur les grands chemins. Il
arriverait donc sur nous avec des forces très-inférieures qui diminueraient
tous les jours, tandis que les nôtres augmenteraient.
Le duc de Bellune, cinq jours après son
arrivée à Velikié-Louki, renforcé du corps qui marcherait avec l'Empereur,
pourrait, s'il était nécessaire, se porter sur Novgorod.
Saint-Pétersbourg ainsi menacé, on doit
croire que l’ennemi fera la paix, et, si les circonstances des mouvements de l'ennemi
ne portaient pas à avancer, on resterait à Velikié-Louki.
Moscou, 1er octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, donnez les ordres suivants pour
l'armement et les fortifications du Kremlin :
Armement. — Les douze
premières pièces de canon qui seront placées au Kremlin le seront dans la
journée d'aujourd'hui et celle de demain, dans les emplacements ci-après : une
à la tour n° II, deux à la tour n° IV, une à la tour n° VIII, ce qui armera le
coté de la rivière, qui est long de 350 toises; une à la tour n° 1, deux à la
tour n° XVI, une à la tour n° XIV, ce qui armera le côté opposé, qui a 420
toises.
L'autre côté du trapèze a près de 500
toises ; on placera deux pièces à la tour n° XII, une pièce à la tour n° XI et
une pièce à la tour n° IX.
Ces douze pièces, obusiers, pièces de 12 et
pièces de 3, seront dans le cas de donner des feux sur tout le pourtour de
l'enceinte et de la flanquer entièrement.
Dix-huit autres pièces seront destinées à
achever l'armement du Kremlin. Le général d'artillerie fera connaître les lieux
où il faudra les placer.
Fortifications. — Les ouvrages les
plus importants à faire au Kremlin sont :
1° Démolir le bâtiment qui est adossé entre
la tour n° 1 et la tour n° 11 ;
2° Ouvrir quatre des cinq portes et les
environner d'un tambour, de sorte qu'on puisse se servir de ces quatre portes
pour déboucher et faire des sorties, et qu'en même temps ces portes se trouvent
à l'abri d'être enfoncées par les coups de canon, moyennant les palissades et
ouvrages en terre qui seront placés devant ;
3° Couper plusieurs murailles dans
l'intérieur, afin qu'on puisse en faire le tour rapidement;
4° Rétablir, en forme de lunettes, les
lunettes H, K et L, en les rattachant à la muraille et les bien palissadant, de
manière qu'on puisse y mettre beaucoup d'artillerie;
5° Achever le fossé et établir des espèces
de chemins couverts et de petits glacis, du côté de l'enceinte, entre les tours
XI et VIII, aux lieux qui paraissent la partie la plus faible de la place;
6° Démolir tous les bâtiments qui se
trouvent autour du Kremlin, surtout ceux qui sont entre la tour n° XIV et la
tour n° VIII, et spécialement une mosquée à plusieurs clochers.
Moscou, 2 octobre 1812.
Mon Amie.
J’ai reçu ta lettre où tu me parles de
Saint-Leu. Je suis bien aise que tu aies été contente de la vallée de
Montmorency, c’est un site très pittoresque, mais c’est au mois de mjuin qu’il est dans son beau. Ma santé est bonne. Je
t’aime, embrasse mon fils. Tout à toi.
Moscou, 3 octobre 1812.
A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie,
commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Moscou
Mon Fils, vous avez laissé à l'abbaye en
arrière de Mojaïsk deux obusiers de 5 pouces 6 lignes. Je ne sais pas pourquoi vous
affaiblissez votre artillerie. Prenez les chevaux des officiers qui ne doivent
pas en avoir, et menez avec vous toute votre artillerie. Témoignez mon
mécontentement au général de ce qu'il a
laissé ses pièces derrière; cela est contraire à l'honneur militaire : on doit
tout laisser excepté ses canons. Il faut aviser au moyen de recompléter ces batteries.
Je remarque aussi avec peine que son corps est celui qui laisse le plus de
chevaux en arrière; il y a 119 voitures qui sont sans attelages à Moscou; il
faut qu'il prenne des mesures pour les atteler.
Moscou, 3 octobre 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de Bassano, j'ai reçu vos
lettres du 25 septembre.
Nous n'avons rien de nouveau ici ; l'ennemi
est dans la direction de Kalouga. Nous tâchons de rétablir un peu d'ordre dans
la ville.
Moscou, 3 octobre 1812.
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la
marine, à Paris
Monsieur Decrès, j'ai jugé à propos
d'accorder la retraite au conseiller d'État Malouet ; vous en recevrez le décret
et vous le lui notifierez. Vous lui insinuerez également que mon intention est
que sous quinze jours il ait choisi son domicile à quarante lieues de Paris.
Vous ne lui laisserez pas ignorer que je suis mécontent de voir qu'après avoir
coopéré à la ruine de l'ancienne monarchie il continue, à son âge, par
inconduite et folie d'esprit, à se mêler encore d'intrigues qui ne peuvent
avoir aucun résultat, et qui montrent seulement que les hommes sont
incorrigibles. Comment un homme qui a vécu si longtemps chez les Anglais, et à
qui je dois supposer des relations très-étendues dans ce pays, au lieu de
reconnaître tous les bienfaits dont je l'ai comblé, de prendre leçon de tout ce
qu'il a vu depuis trente ans, au lieu de marcher droit, se mêle-t-il de pratiques
et de menées qui ne le regardent pas ? Il est inutile qu'il m'écrive, mais il
est indispensable qu'il s'éloigne de Paris.
Moscou, 3 octobre 1812.
Au
général comte de la Riboisière, commandant l'artillerie de la Grande Armée, à
Moscou.
Monsieur le Comte la Riboisière, j'ai été visiter aujourd'hui les salles d'artifice; j'y ai trouvé peu
d'activité et peu d'ordre. Tous les renseignements que l'on a font connaître
que l'ennemi avait 100,000 boulets dans ce parc, et l'on croit qu'il les a
jetés dans la pièce d'eau, qui, étant un étang, est facile à dessécher. Il faut
donc qu'on travaille avec activité à faire un petit fossé nécessaire pour cela
et qu'on retire ces fers coulés. On n'a fait, depuis quinze jours que nous
sommes ici, que 10,000 cartouches à boulet. Je désire qu'à dater d'après-demain
vous ayez monté cet atelier pour y faire 6,000 coups de canon par jour, qu'on
emmagasinera au Kremlin au fur et à mesure qu'ils seront faits.
Indépendamment d'un approvisionnement et
demi qu'il faut avoir attelé aux corps d'armée, il faut avoir en réserve un
demi-approvisionnement attelé.
J'ai été surpris de ne trouver aucun
officier supérieur du parc. J'ai vu 200 petits caissons russes ; je désire
connaître si vous comptez vous en servir ou non. Dans le cas où ces caissons ne
serviraient pas pour l'artillerie, on pourrait les employer pour les transports
militaires. Le prince Poniatowski se plaint d'avoir 100 caissons de trop,
ayant plus d'approvisionnements qu'il ne lui en faut. Je désire savoir combien
il a de pièces et combien il a d'approvisionnements : il parait qu'il
désirerait qu'on lui ôtât une centaine de caissons pleins.
Moscou, 3 octobre 1812.
Au général comte de la Riboisière,
commandant l'artillerie de la Grande Armée, à Moscou.
Monsieur le Comte la Riboisière, j'ai lu
avec attention vos états de l'artillerie. Je n'ai point compris, dans l'état n°
5, pourquoi vous portez deux fois, en dépôt pour les corps d'armée, à l'abbaye,
4 pièces, et dans les places, à l'abbaye, 24 pièces. Ces 24 pièces sont-elles à
l'abbaye ? Pourquoi sont-elles là ? Si l'ennemi s'emparait de l'abbaye, il
prendrait donc 28 pièces de canon ? Il résulte de l'état n° 1 que l'artillerie
française des 1er, 3e et 4e corps, des réserves de cavalerie et de la Garde
serait de 524 pièces, et de l'état n° 5 que, sur ce nombre, il n'y en a que 331
existantes; qu'il y en a 28 à l'abbaye, 47 en route avec les convois et 8 à
Moscou, ce qui ferait 414 pièces de canon. Je désire avoir le détail des 28
pièces qui sont à l'abbaye, savoir à quels corps elles appartiennent, si elles
ont des attelages et des caissons, et avoir les mêmes renseignements sur les 8
pièces qui sont à Moscou et sur les 47 pièces qui sont avec les convois ; enfin
savoir quand ces 83 pièces arriveront.
Il résulte de l'état n° 2 que la Garde a 113 pièces de canon; le 1er corps 86, le 3e corps 33, le
4e corps 70, les réserves de cavalerie 79; total, 381 pièces.
Pourquoi, cependant, n'en portez-vous que
331 à l'état n° 5 ? Ainsi la Garde devrait avoir 208 pièces, elle en a 113, il
lui en manque 95; il en manquerait au 1er corps 8, au 3e corps 11, au 4e corps
18, aux réserves de cavalerie 11, ce qui porterait à 48 le déficit du nombre de
pièces que les 3e et 4e corps et les réserves de cavalerie avaient à la
bataille, et ces corps n'ont obtenu aucune augmentation. Le 3e corps, qui
devait avoir 200 caissons, le 4e corps, qui devait en avoir 390, les réserves
de cavalerie, qui devaient en avoir 310, n'ont, savoir : le 3e corps que 139
caissons, le 4e corps 310, et les réserves de cavalerie 260, ce qui
fait 715 caissons au lieu de 900 : il manquerait donc 185 caissons à ces trois
corps, qui n'ont reçu aucune augmentation.
Par l’état n° 2, je vois qu'il y a à
l'armée 46 pièces de 12 qui devraient avoir 138 caissons pour avoir un
approvisionnement complet et qui n'en ont que 113, il manque donc 25 caissons
; qu’il y a 201 canons de 6 qui devraient avoir 402 caissons et qui n'en ont
que 312, ce qui fait un déficit de 90 caissons; qu'il y a 10 obusiers de 6
pouces 4 lignes qui devraient avoir 30 caissons et qui n'en ont que 24 ; qu'il
y a 92 obusiers de 5 pouces 6 lignes qui devraient avoir 184 caissons et qui
n'en ont que 172; qu'ainsi, pour avoir l'approvisionnement complet de 349
pièces, il manquerait 133 caissons. Ainsi, au lieu d'avoir à Moscou un double approvisionnement,
savoir : un et demi attelé avec les corps d'armée et un demi en réserve, je
n'ai pas même un approvisionnement.
Dans l’état n° 5 on ne voit pas si les 194
caissons qui sont à Moscou aux dépôts des corps d'armée sont pleins ou vides.
Ces états ne me paraissent donc pas aussi clairs que je désirerais. Je
désirerais que vous me fissiez dresser un état qui me fit connaître, 1° la
quantité de pièces de canon attelées qui sont avec chaque corps, 2° la quantité
des caissons attelés qui sont avec chaque corps, 3° le nombre des pièces et des
caissons non attelés qui sont à l’abbaye, 4° la quantité de munitions sans
caissons, avec l'indication des lieux où elles se trouvent, afin que je voie,
si je devais marcher à l'ennemi, le nombre de pièces que j'aurais en batterie,
la quantité de munitions que j'aurais à consommer, enfin ce que j'aurais à
Moscou pour les remplacer. Cette ignorance où je suis de la situation de mon
artillerie influe beaucoup sur les opérations actuelles. Si je n'ai pas un
approvisionnement attelé, je ne peux pas être satisfait de voir si peu d'activité
dans les ateliers de confection.
Moscou, 3 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, le bataillon de Bade qui arrive
à Vitebsk et qui doit arriver à Smolensk fera partie de la 26e division et
rejoindra les troupes de Bade.
La 28e division sera composée de trois
brigades, savoir : 1e brigade, 6 bataillons des 4e, 7e et 9e
régiments polonais; 2e brigade, 4 bataillons saxons de Low et de Rechten ; 3e
brigade, 2 bataillons du 8e régiment westphalien et 2 bataillons de
Hesse-Darmstadt qui arriveront à Smolensk, ce qui portera cette division à 14
bataillons.
Par ce moyen, le 9e corps sera composé de
trois divisions, la 1e de 16 bataillons, la 2e de 14 bataillons, la 3e de 14
bataillons; total, 44 bataillons. Il est nécessaire qu'il y ait trois généraux
de brigade par division.
Faites-moi connaître la composition de
l'artillerie de ces divisions, qui, indépendamment des pièces de régiment,
doivent avoir : la 12e division, une batterie d'artillerie à pied et une à
cheval; la 26e division, 14 pièces d'artillerie de Berg et 8 de Bade, et la 28e
division, indépendamment de l'artillerie polonaise, 14 pièces à pied et à
cheval. Il serait nécessaire d'organiser à ce corps de réserve une ou deux
batteries de pièces de 12.
Moscou, 4 octobre 1812.
Au général comte de la Riboisière,
commandant l'artillerie de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, donnez ordre au général Marchand
de partir, à cinq heures du matin, demain, avec un millier d'hommes du 3e
corps, infanterie, cavalerie, artillerie, pour se rendre sur la Moskova ; d’y
faire construire une bonne redoute et retrancher une maison comme poste
d'observation, sous les ordres d'un capitaine intelligent et ferme, qui puisse
tous les jours rendre compte de ce qui se passe. Il pourra séjourner là jusqu'à
ce que ce poste soit en état de défense et approvisionné pour plusieurs jours.
Il sera nécessaire que des patrouilles de cavalerie aillent fréquemment
jusque-là.
Moscou, 4 octobre 1812, 2 heures du matin.
Ma chère Louise.
J’ai reçu ta lettre du 16 septembre, où tu
me dis tant de bien du petit roi. J’ai appris avec plaisir que tu étais bien
portante et tranquille. Je te prie d’être gaie si tu veux me plaire, car je ne
pourrais pas supporter l’idée que tu es triste et inquiète. Nous nous verrons
un mois plus tôt ou plus tard, cela me tarde autant qu’à toi, car tu ne doutes
pas que je ne t’aime beaucoup et que mon bonheur est d’être près de ma bonne
Louise. Embrasses trois fois le petit roi, aimes-moi et ne doute jamais.
Moscou, 4 octobre 1812, 11 heures du soir.
Ma bien bonne Louise. J’ai lu avec plaisir ta lettre du 17 septembre. Tu dis
que le nouvel opéra est bien beau. Pourquoi n’y as-tu pas été. Il t’aurait
amusé. Fait donner une gratification, quand tu iras, à l’auteur des paroles, de
la musique et du ballet, si toutefois tu en es contente. Ma santé est bonne. Il
fait ici le temps de la Saint-Martin pour le froid et beau soleil. Tout à toi.
Moscou, 5 octobre 1812.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre
de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, j'ai demandé
deux cents chirurgiens : je suppose que le ministre de l'administration de la
guerre les a mis en route. Veillez à ce qu'ils arrivent, car ils sont ici d'une
grande nécessité.
Moscou, 5 octobre 1812.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre
de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, par les
dernières dispositions prises cette année, la garnison des vaisseaux doit être
fournie par la marine. Dans la levée que j'ai ordonnée pour la marine, j'ai en
conséquence affecté 6,000 hommes à cette destination : la marine pourrait donc
rendre la plupart des compagnies de garnison qu'elle a, ce qui fournirait un
secours de 6,000 soldats qui ne serait pas indifférent. Discutez cela avec le
ministre de la marine, afin de voir à en former deux colonnes d'élite, qu'op
dirigerait sur la Grande Année pour remplacer les cadres; car il y a une bien
grande économie à employer des hommes faits, dans une guerre aussi lointaine.
Moscou, 5 octobre 1812.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre
de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, j'ai quatre
régiments étrangers allemands : deux sont en Italie et y sont utiles; deux, je
crois, sont en Hollande. Si ces régiments étaient bien composés et qu'on pût
s'y fier, on pourrait les faire venir et les préparer l'hiver pour pouvoir, au
mois de février, se mettre en marche pour la Pologne. Faites-moi un rapport
là-dessus. J'entends dire en Hollande beaucoup de bien d'eux, il faudrait
seulement avoir soin de n'y laisser aucun Russe, à moins qu'il ne fût né en
Pologne. Ces troupes, aujourd'hui, sont inutiles en Hollande, puisque les
cohortes suffisent pour la garde de l'intérieur.
Il faudrait que ces régiments fussent bien
habillés, que le nombre des officiers fût complété, et, ensuite, qu'on prit quelques précautions pour leur faire traverser
l'Allemagne. Mais je vous ferai connaître mes intentions ultérieurement et
quand j'aurai reçu votre rapport.
Moscou, 5 octobre 1812.
NOTE DICTÉE PAR
L'EMPEREUR AU PRINCE EUGÈNE.
La division Grenier, qui doit se réunir le
1er novembre à Vérone, sera composée de trois brigades, savoir : deux brigades
françaises et une brigade italienne.
le brigade: quatre
bataillons du 22e léger, deux bataillons du 1er léger;
2e brigade : quatre bataillons du 112e de
ligne, deux bataillons du 6e de ligne;
3e brigade : quatre bataillons du 5e
régiment de ligne italien, un bataillon du 1er de ligne, un bataillon du 2e
léger italien.
Chaque régiment aura son artillerie
régimentaire; on prendrait, pour ceux qui n'en auraient pas, l'artillerie des
corps qui restent en Italie.
Chaque bataillon français sera porté à 900
hommes et chaque bataillon italien à 1,000 hommes; de
cette manière, on suppose qu'ils arriveront sur l'Oder au complet de 840. Mais,
pour porter les bataillons français à 900 hommes, il serait nécessaire de
retirer des cinq dépôts français qui sont en Italie le nombre d'hommes nécessaire
pour compléter les bataillons des 6e et 112e de ligne, et, comme il n'y a point
d'infanterie légère en Italie, on prendra tout ce qui sera disponible dans le
dépôt du 3e léger, qui est à Parme, et même dans le bataillon du 8e léger, qui
est en Illyrie, s'il n'est pas trop loin. Enfin, si cela est nécessaire, on
laisserait un cadre de bataillon du 22e léger.
Les bataillons italiens seront complétés à
1,000 hommes par le moyen des dépôts des autres corps
qui existent dans le royaume.
Un régiment de cavalerie italienne, le 4e
de chasseurs, complété à 1,000 chevaux, sera attaché à
cette division.
Indépendamment de l'artillerie
régimentaire, il y aura trois batteries d'artillerie, savoir : une batterie
d'artillerie à pied française, une batterie à pied italienne, une à cheval
italienne; total, vingt-deux pièces, obusiers ou pièces de 6, et huit ou dix
pièces de 3 ; ce qui fera de trente à trente-deux bouches à feu. On y joindra
le nombre de caissons d'infanterie nécessaire.
On attachera à cette division une compagnie
de sapeurs italiens avec ses outils, et une compagnie de la marine de Venise,
complétée à 120 hommes.
On organisera dans le dépôt du 9e bataillon
de transports français une compagnie pour atteler 100 voitures à la comtoise,
et il en sera organisé une pareille dans les dépôts de transports italiens.
Le ministre de la guerre de l'Empire
enverra des modèles de voitures à la comtoise pour les faire construire, soit
à Vérone, soit à Venise, à moins qu'il ne juge plus convenable de faire
construire les toitures à Nuremberg, et même d'y faire acheter les chevaux,
s'ils n'existent pas aux dépôts de transports.
Les divisions d'artillerie, à l'exception
de celle régi ment a ire, pourront emmener leurs chevaux haut le pied, et ne
prendre leur matériel qu'à Glogau, où le ministre de la guerre aura soin de
l'y faire trouver.
Il sera affecté, dans cette division, deux
chirurgiens par bataillon et une ambulance par brigade.
Il sera donné quatre moulins portatifs par
bataillon et douze moulins en réserve de la division. Un modèle bien
confectionné sera envoyé sur-le-champ par le ministre de la guerre de l'Empire
à Vérone et à Venise, pour qu'il en soit construit.
L'intention de l'Empereur est que cette
division, qu'on peut considérer comme un corps d'armée, se mette en mouvement,
de Vérone, de manière à passer le Brenner dans les premiers jours de décembre.
Ce corps marcherait par brigades et serait dirigé, pour y être cantonné
jusqu'à nouveaux ordres, sur Nuremberg, Bamberg et Augsburg.
Tout ce qui manquerait à l'organisation
entière de ce corps, soit en matériel, soit en personnel, comme chirurgiens,
soldats du train, etc., serait, par les soins du ministre, complété en Bavière
ou en Silésie, où il est probable que cette division passera plusieurs mois de
l'hiver.
Moscou, 5 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, le mémoire de l'intendant
général me paraît erroné; j'ai peine à croire qu'il faille quarante-cinq jours
pour évacuer les blessés qui se trouvent à Mojaïsk, au couvent et à Ghjatsk ;
car je remarque que, dans ces quarante-cinq jours, en ne faisant rien, partie
guérira, partie mourra; il n'y aurait donc que le surplus à évacuer, et
l'expérience prouve que, trois mois après une bataille, il ne reste pas le
sixième des blessés ainsi, en comptant sur 6,000, il n'en resterait au bout de
trois mois que 1,000 à transporter. Mon intention est de rester maître de ma
ligne d'opération et de faire évacuer mes blessés. Vous prescrirez de
distinguer en deux classes ceux qui sont au couvent et à Mojaïsk : d'abord ceux
qui peuvent guérir dans un mois et qui s'évacueraient eux-mêmes; ceux dont les
chirurgiens augurent mal el qu'on peut également laisser à l'hôpital, puisque
le transport ne ferait qu'aggraver leur situation; enfin ceux qui, ayant besoin
de deux ou trois mois pour se rétablir, sont cependant susceptibles d'être
évacués sans inconvénient ou qui, étant amputés, ne peuvent marcher, et qu'il
faut évacuer sur Smolensk. Mon intention n'est pas que le peu de charrois que
j'ai ici, et qui montent à 800 ou 900 voitures, soient envoyés sur les
derrières. J'ai déjà consenti à ce que tout ce qui viendrait de Smolensk fût
employé aux évacuations, ainsi que toutes les voitures qu'on pourra se
procurer. Vous donnerez l’ordre que les 1er, 3e, 4e et 8e corps envoient 200
voitures pour concourir à cette opération, savoir : le 1er corps, 60 voitures;
le 3e 40; le 4e 60; le 8e 40. On prendra
aussi toutes celles qui existent au dépôt de cavalerie de Mojaïsk.
Les voitures que doivent fournir le 1er et
le 3e corps partiront demain et après-demain : elles seront chargées de farine,
d'eau-de-vie, de vin, de médicaments, qui seront envoyés à Mojaïsk et surtout
au couvent. Le général Ornano les fera escorter. Faites en sorte que ces
convois partent en règle et portent à ces hôpitaux les secours qui leur sont si
nécessaires. On commencera l'évacuation par les officiers.
Témoignez mon mécontentement à
l'ordonnateur qui est à Mojaïsk, aux commissaires des guerres et agents de
l'administration qui sont au couvent, et qui n'écrivent jamais pour faire
connaître la situation de leurs hôpitaux. Enfin envoyez un officier et un agent
de l'administration pour connaître exactement le nombre des malades à Mojaïsk,
au couvent, et jusqu'à Viazma, afin que dans toutes les circonstances je puisse
connaître le sacrifice qu'il y aurait à faire si les opérations amenaient
l'abandon de ces établissements.
Il faut que les états distinguent les
malades en officiers, sous-officiers et soldats.
Moscou, 6 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, ayant pourvu à ce que le duc
d'Abrantès et le général Baraguey d'Hilliers aient les hommes nécessaires pour
être maîtres du pays tout à l'entour, mon intention est que les effets
s'ensuivent. Vous chargerez, sous sa responsabilité, le duc d'Abrantès de faire
évacuer tous les blessés sur Viazma, et le général Baraguey d'Hilliers de les
faire évacuer de Viazma sur Smolensk. A cet effet, le
duc d'Abrantès et le général Baraguey d'Hilliers feront battre le pays à dix
lieues à la ronde, et ramasser un bon nombre de voitures pour pourvoir aux
dites évacuations. On pourra aussi y employer les transports militaires qui
arriveront jusqu'à Mojaïsk, et qui ne seraient pas chargés d'effets
d'habillement et d'hôpitaux, mais seulement de farines. On emploiera les
farines pour le service des hôpitaux et des étapes, et les voitures feront un
voyage pour aider les évacuations de Mojaïsk, de Rouza et de l'abbaye, jusqu'à
Viazma. Ainsi, les ordres de retenir les voitures des équipages militaires ne
doivent être donnés qu'au duc d'Abrantès et à l'adjudant commandant Simonin,
qui commande à l'abbaye. Ceux-ci emploieront les voitures jusqu'à Viazma, et
ensuite les voitures reviendront à vide de Viazma à Moscou. Faites connaître à
l'intendant ces dispositions qui modifient les ordres qu'il a donnés. Enfin,
quelque chose qui arrive, mon intention est que d'ici à huit jours il n'y ait
pas un blessé à Rouza, à l'abbaye, à Mojaïsk et à Ghjatsk ; faites connaître
aux généraux que cela est de la plus haute importance.
Moscou, 6 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, le duc de Trévise demande des
vivres pour les employés de la police ; il en demandera pour les enfants
trouvés ; il en demandera pour les Russes qui sont aux hôpitaux ; il en
demandera pour les habitants malades, etc.; toutes ces demandes sont fort légitimes,
mais nul n'est tenu à l'impossible. Il faut que la municipalité forme une
compagnie russe qui se rendra par détachements dans les villages et rapportera
des vivres en les payant ; l'intendant accordera l'argent nécessaire sur les
fonds que j'ai mis à sa disposition. On formera ici, à la municipalité, un
magasin qui sera destiné pour la ville et approvisionné ainsi qu'il vient
d'être dit. Cette compagnie pourra s'appeler compagnie de police; et, si cela
réussit, on pourra en former trois ou quatre autres semblables, lesquelles
parcourront les environs et feront arriver ici, en payant, tout ce qui est
nécessaire aux habitants et surtout aux hôpitaux. Voilà le seul moyen de
suffire à tout; parlez-en au sieur Lesseps (Barthelemy
de Lesseps – Préfet de Moscou), et qu'on ne perde pas un moment.
Moscou, 6 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, faites connaître au duc
d'Elchingen que j'approuve qu'il réunisse tout son corps à Bogorodsk; qu'il
organise parfaitement ce district ; qu'il tâche de lever quelques chevaux pour
sa cavalerie légère; qu'il y a un régiment de marche à pied pour garder le
Kremlin; que, s'il avait des chevaux, on lui enverrait des hommes avec leurs
selles, pour les monter; qu'il doit engager les gens du pays â venir au marché
à Moscou; que tout sera payé comptant; qu'ils apportent de l'avoine, des
fourrages et des vivres; qu'il doit éviter toute échauffourée, ne point
souffrir que les troupes aillent au maraudage, puisqu'il peut se faire
apporter par les paysans.
Vous lui donnerez l'ordre de laisser une
garnison, avec un officier supérieur, au couvent de Moscou, pour former le
dépôt de son corps d'armée; qu'il dirige de la farine et du biscuit sur ce
couvent, de sorte que, lorsque son corps reviendra à Moscou, il trouve là des
vivres pour six mois. Il faut qu'il se mette en mesure de pouvoir évacuer en
vingt-quatre heures sans rien perdre; qu'il doit donc mettre au couvent ses
hommes inutiles, ses convois, ses magasins de vivres; qu'aujourd'hui qu'il a
80,000 rations de biscuit il doit sentir l'importance de ne pas les consommer;
qu'il est donc nécessaire qu'il les dirige sur son couvent, qui sera son
chef-lieu.
Moscou, 6 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, faites partir demain un de vos
aides de camp pour Mojaïsk, et donnez ordre au duc d'Abrantès et à l'ordonnateur
qui doit se trouver à Mojaïsk de se réunir avec lui pour former une commission
et visiter les hôpitaux de cette ville, de l'abbaye et des environs. Ils seront
accompagnés de l'officier de santé le plus élevé en grade, et classeront tous
les malades sous trois titres : 1° ceux qui peuvent marcher ou qui, blessés
légèrement, pourront guérir en quinze jours; 2° ceux qui ne seront guéris que
dans deux ou trois mois; 3° ceux qui sont amputés et hors d'état de servir, et
ceux qui mourront de leurs blessures.
On distinguera dans cet état, qui sera fait
par corps et nominatif, les officiers et les soldats. Comme il faudra peut-être
plusieurs jours pour le dresser, votre aide de camp vous écrira journellement
par l'estafette. De là, il se rendra à Rouza pour y faire, avec le commandant,
la même opération; il portera au duc d'Abrantès et à l'adjudant commandant
Simonin les ordres d'évacuation et l'autorisation d'arrêter les voitures.
Moscou, 6 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, envoyez au duc de Bassano la lettre
de Varsovie du 25 septembre en lui faisant connaitre combien peu fait le
gouvernement du Grand-Duché, et la nécessité qui le stimule.
Moscou, 6 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, faites connaître au général Ornano
que sa correspondance n'est pas satisfaisante, qu'il doit toujours faire
connaître le nombre d'hommes qu'il envoie en escorte ; que le mot détachement
ne signifie rien ; que, s'il avait envoyé une force convenable, il aurait rossé
les Cosaques. Donnez ordre au générai Broussier et à lui de former trois gros
partis de cavalerie et d'infanterie, commandés par des officiers intelligents,
pour tendre la nuit des embuscades aux Cosaques dans les lieux où la route
peut être le plus facilement interceptée ; qu'ils doivent faire reconnaître
les lieux où ils se tiennent et les attaquer. Recommandez au général Ornano
d'envoyer des rapports très-détaillés tous les jours et tous les renseignements
qu'il prend.
Moscou, 6 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, faites part au général Baraguey
d'Hilliers de toutes les dispositions qui regardent l'organisation du 9e corps
et de la position qu'il doit tenir. Faites-lui connaître que j'adhère
parfaitement à la demande qu'il fait d'avoir un gros corps à Viazma, un gros
corps à Ghjatsk, un gros corps à Dorogobouje ; qu'en conséquence j'ordonne de
retenir les troupes suivantes, que vous prescrirez au commandant de Ghjatsk de
ne plus laisser dépasser Ghjatsk, et au duc d'Abrantès de ne pas laisser
dépasser Mojaïsk, si ces troupes n'avaient pas encore dépassé ces points,
savoir : deux bataillons des gardes de Hesse-Darmstadt, deux bataillons du 8e
régiment westphalien, trois 3e bataillons de la Vistule, deux bataillons de
Mecklenburg, le 1er bataillon du 33e régiment d'infanterie légère et le
régiment de Wurtemberg qui vient de Danzig et qui doit être aujourd'hui à
Vilna, d'où il se rendra à Smolensk; ce qui fera douze bataillons.
Le général Baraguey d'Hilliers placera le
régiment de Mecklenburg à Dorogobouje, cinq bataillons à Viazma et cinq
bataillons à Ghjatsk. Il sera maître d'ailleurs de garnir l'un et l'autre de
ces deux derniers points comme il l'entendra. En conséquence, les bataillons
westphaliens, autres que les deux bataillons du 8e régiment, retourneront à
Mojaïsk; la ligne de démarcation entre le duc d'Abrantès cl le général Baraguey
d'Hilliers sera la poste à mi-chemin entre Ghjatsk et Mojaïsk.
Toutes ces troupes sont déjà rendues à leur
destination, hormis le régiment de Wurtemberg, qui n'arrivera qu'à la fin
d'octobre. Le régiment de Mecklenburg arrive le 8 octobre à Smolensk; le régiment
de Westphalie, celui de Hesse-Darmstadt et les bataillons de la Vistule ont
déjà passé; ceux du 33e léger sont à Smolensk. Le 33e léger a deux bataillons,
le 1er et le 4e, qui arrivent à Smolensk : vous donnerez ordre que tous les
hommes disponibles du 4e bataillon soient versés dans le 1er bataillon, et que
le cadre du 4e bataillon retourne en France pour y prendre des conscrits. Vous
ferez connaître au général Baraguey d'Hilliers qu'il aura sous ses ordres à
Smolensk le régiment illyrien, qui a quatre bataillons, le 129e, qui a trois bataillons,
les régiments de marche d'infanterie n° 4 et 5, qui ont été formés à
Königsberg, lesquels resteront jusqu'à nouvel ordre à Smolensk, les 1er, 2e et
4e demi-brigades de marche, qui arrivent du 10 au 12 à Smolensk; ce qui portera
la garnison de Smolensk à 12,000 hommes. Cette force pourra permettre au
général Baraguey d'Hilliers d'en retirer, si cela était nécessaire, un bataillon
illyrien et un bataillon du 129e pour renforcer la ligne.
Moscou, 6 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, faites connaître au duc de
Bellune que je ne lui ai pas encore donné d'ordres pour son mouvement, parce
que cela dépend du mouvement de l'ennemi; que l'armée russe de Moldavie, forte
de trois divisions ou de 20,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie
comprises, a passé le Dniepr dans les premiers jours de septembre; qu'elle peut
se diriger sur Moscou pour renforcer l'armée que commande le général Koutouzov
ou sur la Volhynie pour renforcer l'armée de Tormasof ; que l'armée du général
Koutouzov, battue à la bataille de la Moskova, est aujourd'hui sur Kalouga, ce
qui pourrait faire penser qu'elle attend des renforts qui lui viendraient de
Moldavie par la route de Kiev; que, dans cette hypothèse, le duc de Bellune
recevrait ordre de venir se réunir à la Grande Armée, soit par la route
d'Yelnia et Kalouga, soit par toute autre; que, si au contraire les 20,000
hommes de Moldavie s'étaient portés au secours de Tormasof, ce renfort
porterait Tormasof à 40,000 hommes; mais que notre droite que commande le
prince Schwarzenberg serait encore d'égale force, puisque ce prince, avec les
Autrichiens, les Polonais et les Saxons, a environ 40,000 hommes; que d'ailleurs
j'ai demandé à l'empereur d'Autriche que le corps que commande le général autrichien
Reuss à Lemberg fit un mouvement, et que le prince Schwarzenberg reçût un
renfort de 10,000 hommes; que, d'un autre côté, l'ennemi renforce tant qu'il
peut la garnison de Riga et le corps de Wittgenstein, afin de pouvoir déposter
le maréchal Saint-Cyr de Polotsk et le duc de Tarente de Riga et de Dinabourg ;
que des lettres qui arrivent du prince Schwarzenberg, en date du 24, tendraient
à prouver que l'armée de Moldavie, au lieu de venir sur Moscou, s'est rendue à
l'armée de Tormasof et l'a renforcée ; qu'il est donc nécessaire de savoir ce
qui se passera; que, dans cet état de choses, je désire que le duc de Bellune
cantonne son corps de Smolensk à Orcha ; qu'il entretienne une correspondance
exacte par toutes les estafettes avec le duc de Bassano, afin que ce ministre
lui écrive et lui donne toutes les nouvelles qu'il aurait des différents points
; qu'il envoie un officier sage, discret et intelligent auprès du général Schwarzenberg
et du général Reynier; que cet officier apprendra du général Schwarzenberg ce
qui se passe et du général Reynier le véritable état des choses ; qu'il se
mette en correspondance réglée avec le gouverneur de Minsk, et qu'enfin il
envoie des agents dans différentes directions pour savoir ce qui se passe; que
la division Gérard sera placée du côté d'Orcha, où elle se trouvera à quatre ou
cinq marches de Minsk, à trois de Vitebsk, et à quatre ou cinq de Polotsk ; que
l'autre division, qui sera entre Orcha et Smolensk, pourra l'appuyer
rapidement, et qu'enfin la 3e division sera auprès de Smolensk; que par ce
moyen son corps d'armée se reposera et pourra se nourrir facilement ; qu'il
faut le placer au haut de la route, afin de laisser la grande communication
pour les troupes qui arrivent; que dans cette position il sera également à même
de se porter sur Minsk ou Vilna, si ce centre de nos communications et de nos
dépôts était menacé et si le maréchal Saint-Cyr était poussé à Polotsk, ou
d'exécuter l'ordre qu'il recevrait de venir à Moscou par la roule d'Yelnia et
de Kalouga, si la prise de Moscou et le nouvel état des choses avaient décidé
l'ennemi à se renforcer d'une portion des troupes de Moldavie ; qu'ainsi donc
le duc de Bellune formera la réserve générale pour se porter, soit au secours
du prince Schwarzenberg et couvrir Minsk, soit au secours du maréchal
Saint-Cyr et couvrir Vilna, soit enfin à Moscou pour renforcer la Grande Armée;
que le général Dombrowski, qui a une division de 8,000 hommes d'infanterie et
1,200 chevaux polonais, est sous ses ordres, ce qui portera son corps d'armée à
quatre divisions; que la brigade de réserve de Vilna, composée du 4e régiment
westphalien, de deux bataillons de Hesse-Darmstadt qui, vers la fin de ce mois,
arrivent de la Poméranie suédoise , et de huit pièces de canon, sera aussi sous
ses ordres; qu'enfin, dans le courant de novembre, deux nouvelles divisions se
réunissent, l’une à Varsovie, c'est la 32e division, qui sera augmentée des
trois bataillons de Würzburg et restera commandée par le général Durutte;
l'autre à Königsberg, c'est la 34e division, qui était en Poméranie sous les
ordres du général Morand, et qui, augmentée également de quelques bataillons,
sera désormais sous les ordres du général Loison; qu'ainsi, soit qu'il faille
venir à Moscou, marcher au secours du prince Schwarzenberg ou au secours du
maréchal Saint-Cyr, le duc de Bellune pourra toujours réunir une masse de
40,000 hommes; que, comme la correspondance par l'estafette est prompte, je
serai toujours à même de donner mes
ordres, et que ce ne serait que dans le cas où Minsk ou Vilna seraient menacés
que le duc de Bellune devrait se mettre en marche, de son autorité, pour
couvrir ces deux grands dépôts de l'Armée; que le duc de Bellune, ayant le
commandement général sur toute la Lithuanie et sur les gouvernements de
Smolensk et de Vitebsk, doit partout activer la marche de l'administration et
surtout prendre des mesures efficaces pour que les réquisitions de blés et de
fourrages aient lieu ; qu'il y a des fours à Mohilef, à Orcha, à Rossasna et à
Doubrovna; qu'il doit faire faire beaucoup de biscuit et se mettre en situation
d'avoir trente jours de vivres assurés pour son corps, sans prendre rien ni sur
les transports militaires, ni sur les convois qui viendraient à l'armée. Le duc
de Bellune aura soin d'avoir aussi une correspondance avec Vitebsk ; il est
maître d'y envoyer des troupes pour soutenir ce point et s'y maintenir; il
pourra de sa personne se porter à Mohilef, à Vitebsk, à Smolensk, pour bien
connaître le terrain et faire marcher l'administration. Si, par accident
quelconque, la communication avec Moscou venait à être interceptée, il aurait
soin d'envoyer de la cavalerie et de l'infanterie pour la rouvrir.
P. S. Son quartier général doit être à
Smolensk.
Moscou, 6 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, je vous ai fait connaître par
ma lettre du 4 de ce mois l'organisation que je voulais donner au 9e corps;
voici des modifications qui sont devenues nécessaires : Les deux bataillons du
8e régiment westphalien et les deux bataillons de Hesse-Darmstadt ayant déjà
dépassé Smolensk, je ne veux pas de mouvement rétrograde; en conséquence, la
28e division sera composée : 1e brigade, six bataillons des 4e, 7e et 9e
régiments polonais ; 2e brigade, quatre bataillons saxons de Low et de Rechten;
3e brigade, deux bataillons du 4e régiment de Westphalie et deux bataillons de
Hesse-Darmstadt. Ces quatre bataillons viennent de la Poméranie suédoise; j'ai
donné ordre qu'on les dirigeât d'abord sur Vilna, sous le titre de brigade de
réserve. Il faudrait donc désormais lui donner la dénomination de 3e brigade
de la 28e division (9e corps). Par ce moyen, cette division sera composée de
quatorze bataillons. Toutes les troupes de Bade qui sont à l’armée, hormis le
bataillon du quartier général, feront partie de la 26e division ; à cet effet,
le bataillon de Bade qui est en route pour arriver à Smolensk joindra cette
division à Orcha. L'artillerie du 9e corps sera composée : 12e division, une
compagnie d'artillerie à pied et une compagnie d'artillerie à cheval; 26e
division, quatorze pièces de Berg et huit pièces de Bade ; 28e division, cette
division aura deux compagnies d'artillerie à pied, indépendamment de
l'artillerie saxonne et polonaise. Jusqu'à ce qu'on ait pu organiser deux
batteries de huit pièces, à pied, attachées définitivement à cette division, deux
batteries de réserve de la Garde, servies par le 8e régiment à pied, seront
fournies au duc de Bellune. Il doit y avoir de cette artillerie entre Vilna et
Smolensk. Il est nécessaire aussi d'augmenter les ressources des corps en
munitions, de manière qu'ils aient plus qu'un approvisionnement complet attelé.
Le 9e corps aura en outre deux batteries de réserve de seize pièces de 12 et
deux obusiers. En attendant que ces batteries puissent être formées pour être
définitivement attachées au 9e corps, je consens à ce qu'on lui donne deux
batteries auxiliaires de la Garde, servies par le 8e d'artillerie, et qui
doivent se trouver entre Vilna et Smolensk. Ainsi, par ces opérations, le 9e
corps aurait sur-le-champ soixante et douze pièces de canon de position, outre
les pièces de régiment. Faites bien connaître au duc de Bellune que cette
artillerie est nécessaire; que dans la guerre actuelle nous en employons
beaucoup, et que soixante et douze à cent pièces de canon ne sont pas de trop;
qu'il lui faut surtout des pièces de 12. Il est nécessaire que le général
d'artillerie organise, soit à Danzig, soit ailleurs, les batteries de ces
divisions, et que sur les états d'artillerie de la Garde on porte comme
détachées au 9e corps une batterie d'artillerie à cheval, deux batteries
d'artillerie à pied et deux batteries de réserve auxiliaires ; total, cinq
batteries. Comme il y a dix batteries auxiliaires attachées à la Garde, il en
restera encore cinq que le général d'artillerie prendra toutes les mesures
nécessaires pour faire rejoindre le plus tôt possible à la réserve de la Garde.
Moscou, 6 octobre 1812.
Au capitaine d’Hautpoul, officier
d’ordonnance de l’Empereur, à Moscou
Monsieur le Baron d'Hautpoul, parcourez
demain tous les hôpitaux de la ville. Mettez-moi sur un plan leur nom et
l'indication de la quantité de malades, soit français, soit soldats russes,
soit habitants, qu'ils contiennent, en distinguant les blessés des fiévreux.
Joignez-y un rapport sur la tenue de chaque établissement. Employez la journée
de demain à faire ce travail.
Moscou, 6 octobre 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de Bassano, le duc de
Bellune reste à Smolensk ; il a une division à Orcha. La division Dombrowski
est toujours du côté de Bobrouisk. Par ce moyen, ce maréchal est à portée de
couvrir Minsk et Vilna, de quelque côté qu'ils soient attaqués. Je le tiens
dans cette position en réserve jusqu'à ce que je connaisse décidément les
affaires de Schwarzenberg. La division Durutte, forte de 12,000 hommes,
arrivera vers le 20 octobre à Varsovie, et le général Loison aura une division
de pareille force à Königsberg. Il est nécessaire que vous écriviez par
l'estafette au duc de Bellune toutes les nouvelles que vous aurez, en l'informant
des progrès de la marche de la division Durutte, qui doit avoir dépassé Posen,
ainsi que des progrès que fait dans sa marche la division Loison, qui doit
aujourd'hui être sur la Vistule. Vous lui communiquerez également toutes les
nouvelles que vous aurez relativement au 4e régiment westphalien et aux deux
bataillons de Darmstadt. Ces quatre bataillons, qui étaient à Stralsund, ont eu
ordre de se rendre, avec une pièce de canon, de Darmstadt à Vilna, où ils
seront à la disposition du duc de Bellune pour former la 3e brigade de la
division Girard. J'ai ordonné au 6e bataillon du 46e, au 6e
bataillon du 93e et au 6e bataillon du 22e léger, de s'arrêter à Minsk.
Instruisez-en le gouverneur, et faites-moi connaître où sont ces bataillons et
quand ils arriveront.
Instruisez-moi de l'état du 3e de lanciers
: où se trouvent les 400 hommes qu'il a et quand aura-t-il les 800 autres ?
J'ai le plus grand besoin de chevaux. Je vous ai fait connaître les mesures que
j'ai prises. Je donne ordre au comte Daru de vous envoyer une copie de mon
décret et des états. Faites donc accélérer la fourniture des mille chevaux de
cavalerie que doit fournir la Lithuanie.
Moscou, 6 octobre 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de Bassano, quarante
moulins portatifs sont partis en poste de Paris le 6 septembre; nous sommes au
6 octobre : ils doivent donc avoir dépassé Vilna. Je vous ai mandé de vous
informer de la marche de ce convoi. Mon intention est que vous retiriez un de
ces moulins pour servir de modèle. Faites-le opérer sous vos yeux, et
faites-moi connaître combien il a moulu en vingt-quatre heures et combien
d'hommes se sont succédé dans ce travail. Je désire que vous fassiez construire
à Vilna cinquante de ces moulins d'après celui qui vous servira de modèle.
Aussitôt que vous en aurez deux ou trois de faits, vous en enverrez en poste un
à Varsovie et un à Königsberg, en ordonnant qu'on en fasse cinquante à Varsovie
pour la division Durutte et cinquante à Königsberg pour la division Loison.
Vous en enverrez également un à Minsk pour qu'on en fasse une cinquantaine. Je
suppose qu'il y a dans le pays des ouvriers qui feront cela promptement. Il
faudra aussi en envoyer un au duc de Tarente, pour en faire faire sur ce modèle
à Mittau. Au reste, après avoir pris ce modèle, vous laisserez continuer sa
marche à ce convoi, car il me tarde bien de le recevoir. Un second convoi de
cent soixante de ces moulins, chargés sur quatre caissons, est parti de Paris
en poste le 16 septembre; il ne doit pas tarder à arriver. Si le premier avait
déjà passé, vous feriez cette opération sur le second. Je vous autorise à en
arrêter sur ce second envoi six, que vous enverrez en diligence au maréchal
Saint-Cyr ; peut-être pourra-t-il en faire fabriquer à Polotsk ; il en recevra
d'ailleurs un plus grand nombre sur les troisième et quatrième convois.
Moscou, 6 octobre 1812, à 2 heures du
matin.
Mon Amie. Je reçois ta lettre du 18
septembre. Je vois avec bien de la peine que tu as été incommodée, mais
j’espère que cela n’aura pas duré, que j’apprendrai demain que tu te portes
bien. Le temps est ici fort beau, aussi chaud qu’à Paris. Nous venons d’avoir
de belles journées de Fontainebleau, ce qui m’a fait regretter ce voyage par le
plaisir d’être avec toi. Embrasses mon fils, aimes-moi comme je t’aime, il mio dolce amor.
Moscou, 6 octobre 1812
Ma bonne Louise. J’ai reçu ta lettre du 19.
Je suis bien aise que tu aies été contente du panorama d’Anvers. Celui de
l’incendie de Moscou serait bien beau à faire. Pourquoi n’as-tu pas été voir la
Jérusalem à l’Opéra ? L’on dit que cet opéra est très beau, cela fera
plaisir et t’amusera. J’aime apprendre que tu donnes du mouvement. Le temps est
ici très beau comme à Paris, c’est une belle journée de Fontainebleau. Adieu
mon amie, embrasses le petit roi pour moi trois fois, et crois au plaisir que
j’aurai de te revoir, tu sais bien que je n’ai de bonheur que près de toi.
Écris souvent à ton père, envoies lui des courriers extraordinaires,
recommandes-lui de faire renforcer le corps de Schwarzenberg, pour qu’il se
fasse honneur. Adio, moi bene. Tout à toi.
Moscou, 8 octobre 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, donnez ordre au général
Durutte, qui est à Berlin, de se rendre en poste à Varsovie, afin d'y être
arrivé en même temps que sa division et de pouvoir la bien organiser. Cette
division sera
composée de trois brigades ; comme il est impossible d'y attacher de
l'artillerie légère et qu'elle n'a point d'artillerie de régiment, que pourtant
elle a dix-huit bataillons, en y comprenant le régiment de Würzburg, mon
intention est qu'il soit donné à cette division trois batteries d'artillerie à
pied (formant vingt-quatre pièces dont six obusiers) et vingt-deux pièces de 6.
Déjà la 22e compagnie du 1er régiment d'artillerie à pied et la 2e compagnie
du 5e régiment doivent être arrivées à cette division.
Proposez-moi d'y attacher deux compagnies d'artillerie à pied et deux
compagnies du train, en prenant pour les unes et les autres celles qui sont le
plus près de Varsovie. Il faut aussi que vous me proposiez un officier
supérieur pour commander et organiser cette artillerie. Quant au matériel,
faites-moi connaître d'où l’on pourrait le tirer. On pourrait prendre celui des
Polonais, qui doivent en avoir à Modlin, en attendant que l’on puisse désigner
celui qui sera affecté à cette division. Quant aux chevaux, s'il n'y en a point
à portée, le général Dutaillis en fera acheter, de manière que cette division
puisse, au commencement de novembre, se mettre en mouvement, si cela était
nécessaire pour la défense du Grand-Duché. Il est donc important que le général
Durutte y soit rendu sans délai pour en prendre le commandement, et que le
général Dutaillis ait la latitude convenable pour l'aider à l'organiser
promptement. Les hommes du train ne peuvent pas manquer; il y en a à Posen, à
Elbing, à Glogau. Si les chevaux manquent, moyennant l'autorisation que je
donne d'en acheter, on pourra en avoir promptement.
La 34e division aura seize bataillons. Deux
batteries à pied lui seront suffisantes. Donnez ordre que ces deux batteries
formant seize bouches à feu soient promptement organisées à Königsberg.
Désignez les deux compagnies d'artillerie à pied et la compagnie du train
nécessaires pour servir cette artillerie, et que le général Loison ait
l'autorisation d'acheter les chevaux pour l'atteler.
Moscou, 8 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, écrivez au vice-roi, au prince
d'Eckmühl, au duc d'Elchingen, au duc de Trévise, qu'il est nécessaire qu'ils
prennent des mesures, chacun dans son district, pour se procurer la quantité de
farine suffisante pour deux mois et de biscuit pour un mois ; de sorte qu'ils
aient toujours au moins trois mois de subsistances devant eux et trois mois de
blé. Le duc de Trévise fera son approvisionnement dans le district de Moscou.
Vous donnerez l’ordre que tous les huit jours ces commandants et leurs
ordonnateurs envoient un état de leurs magasins et de ce qu'ils ont pu se
procurer en blé, farine, gruau et biscuit, et de ce qu'ils ont de bestiaux en
parc. Ils devront se procurer également pour trois mois de pommes de terre et pour
six mois de choucroute. L'eau-de-vie leur sera fournie du magasin général. Les
dépôts dans lesquels seront renfermées ces subsistances seront, pour le 1er
corps, le couvent du 13e léger; pour le 4e corps, les prisons situées sur la
route de Saint-Pétersbourg ; pour le 3e corps, le couvent près les poudrières ;
pour le duc de Trévise, ainsi que pour la cavalerie et l’artillerie de la
Garde, le Kremlin.
Il faut choisir trois couvents retranchés,
sur les routes de Kalouga, Toula et Vladimir, pour en faire trois postes
retranchés. Il faut bien organiser le régiment de cavalerie à pied, pour qu'il
puisse servir à garder la ville pendant l'absence de l'armée. Enfin il faut
ordonner que l’on travaille à tous les retranchements des couvents et qu'on les
arme d'une ou deux pièces de canon.
Moscou, 8 octobre 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de Bassano, vous trouverez
ci-joint le rapport de l'intendant sur les magasins qui existent à Vilna, à
Minsk, à Vitebsk, à Mohilef, en conséquence des réquisitions que j'ai faites.
Vous y verrez qu'il y a peu de renseignements, soit par la difficulté de la
correspondance, soit par la négligence des administrateurs. Je vous prie de
m'envoyer l'état de ce que ces réquisitions ont produit et de ce qu'il y a dans
les différents magasins. Pressez, autant qu'il vous sera possible à cet égard,
les différents gouvernements ; car c'est le seul moyen d'épargner au pays les
ravages qu'il a essuyés l'été dernier. D'autres troupes peuvent d'ailleurs
arriver. Les gouvernements seront bien coupables s'ils ne font point de
magasins de blé et ne font point moudre de farine. Je remarque qu'il y a bien
peu de riz à Kovno.
Moscou, 8 octobre 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de Bassano, j'ai reçu votre
lettre dans laquelle vous m'envoyez celle du prince Schwarzenberg du 21. Mandez
à ce général de ne pas s'en laisser imposer par les Russes; que les Russes
exagèrent toujours beaucoup leurs forces ; que des courriers de Tormasof, que
j'ai interceptés ici, portent à penser que, même avec les renforts de Moldavie,
il est moins fort que le prince Schwarzenberg. Faites connaître aussi que je
suis étonné que le général Reuss ne fasse pas un mouvement sur les derrières
des Russes; écrivez à Otto pour le presser de faire faire ce mouvement. Envoyez
près du prince Schwarzenberg et du général Reynier un agent intelligent qui
puisse faire connaître ce que pense le général Reynier et quel est le véritable
état des choses de ce côté. Instruisez le duc de Tarente que je suppose que,
s'il les a crues exposées, il aura éloigné les poudres et les pièces de siège;
que, quant aux boulets et aux bombes, cela est moins important, parce qu'on
aurait toujours moyen de s'en procurer facilement de Danzig.
Moscou, 8 octobre 1812.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre
de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, aussitôt que le
2e régiment de voltigeurs et le 2e régiment de tirailleurs pourront partir,
bien habillés et bien équipés et complets à 1,600 hommes
par régiment, c'est-à-dire à 3,200 hommes la brigade, vous en passerez la
revue, et vous les ferez partir pour Magdeburg.
Faites former en régiment de marche tout ce
qu'il y aurait de disponible et en état de faire campagne, soit de la vieille
Garde, soit des fusiliers, soit des flanqueurs, soit des voltigeurs et
tirailleurs, qui ont leur régiment à l'armée, et faites-les partir également
pour Magdeburg.
Faites passer en revue et procéder à la
réforme de tous les hommes des régiments de voltigeurs, tirailleurs,
flanqueurs, gardes nationales, qui seraient hors d'état de faire campagne.
Ceux qui seraient dans le cas de faire le service à Paris, vous pourrez les y
laisser.
Voyez également à former un régiment de
marche de 6 ou 700 chevaux de mameluks, chasseurs, grenadiers, gendarmes
d'élite et chevau-légers des deux régiments, avec une centaine d'hommes
d'artillerie, auxquels vous donnerez autant de fois deux chevaux qu'il y aura
de soldats du train disponibles. Occupez-vous de la formation et du
complètement du 2e bataillon du 113e, afin que vous puissiez bientôt le diriger
sur Erfurt. Faites réformer dans les 5e bataillons et dépôts des régiments les
hommes inutiles et qui ne peuvent plus servir à l'armée. Veillez à ce que tous
les hommes des 5e escadrons disponibles soient montés
et mis en état de marcher. J'attends un rapport sur les compagnies de
canonniers des cohortes de gardes nationales. Ont-elles toutes
fait polygone, et peut-on les employer sur les côtes et dans les places
?
Moscou,
8 octobre 1812.
Ma bonne
Louise.
Je
reçois ta lettre du 20. Je vois avec plaisir que ton indisposition n’a pas eue
de suite et que ta santé est bonne. Il continue de faire un temps superbe comme
à Paris., un beau soleil et point froid, ce qui nous fait beaucoup de bien.
Embrasses pour moi le petit roi trois fois, trois fois, sois gaie et contente.
Tu fais bien de beaucoup te promener, cela te fais du bien. Adio,
moi ben. Tout à toi
Moscou, 10 octobre 1812.
DECISION.
|
Le comte de Montalivet, ministre de
l'intérieur, soumet à l'Empereur une décision de la direction de l'imprimerie
et de la librairie pour prohiber la publication d'un ouvrage historique
susceptible de porter atteinte à la réputation d'un membre de la famille
royale d'Angleterre. |
Je désapprouve entièrement cette fausse
direction donnée à la censure : c’est par là se rendre responsable de ce
qu'on imprime. Mon intention est qu'on imprime tout, absolument tout, excepté
les ouvrages obscènes et ce qui tendrait à troubler la tranquillité de
l'État. La censure ne doit faire aucune attention à tout le reste. Napoléon. |
Moscou, 9 octobre 1812
Ma bonne Louise.
J’ai reçu ta lettre du 22 septembre. Vous
veniez d’apprendre la bataille de la Moskova, tu auras depuis appris notre arrivée
à Moscou. Je sens vivement tout ce que tu éprouves. Tu sais bien que je t’aime
autant qu’il est possible, aussi tout le bien que tout le monde dit de toi me
fait-il bien du plaisir. J’espère que l’opéra de la Jérusalem t’aura amusé un
moment. Tu me diras s’il est aussi bon qu’on le dit. Je sais déjà gré à ton
fils du bien qu’il te fait et de la consolation qu’il te donne. Je désire aussi
ardemment que toi le moment de te revoir et de te dire tout ce que tu sais,
combien je t’aime. Tout à toi.
Moscou, 10 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, la route de Smolensk à Mojaïsk
étant épuisée, il est convenable que vous écriviez au général Baraguey d'Hilliers
pour qu'il charge les commandants de Dorogobouje, de Ghjatsk, de Viazma, etc.,
de faire reconnaître deux routes parallèles, à deux ou trois lieues de la
droite et où il y aurait des ressources, de sorte que les détachements venant
par ces routes touchassent aux points de Dorogobouje, de Viazma, de Mojaïsk,
mais se détournassent pour chercher une route où il y aurait des villages et
des abris.
Moscou, 11 octobre 1812.
Au comte de Montalivet, ministre de
l’intérieur, à Paris
Je n'approuve pas la direction que prend la
censure. Mon intention est qu'on laisse une liberté entière à la presse, qu'on
n'y mette aucune gêne, qu'on se contente d'arrêter les ouvrages obscènes ou
tendant à semer des troubles dans l'intérieur. Du reste, qu'un ouvrage soit
bien ou mal écrit, bête ou spirituel, contenant des idées sages ou folles,
utiles ou indifférentes, on ne doit point y faire attention. Les questions que
doit se faire le directeur de la librairie sont celles-ci : 1° L'ouvrage est-il
obscène, et sa publication serait-elle contraire aux règles de la police
municipale ? 2° L'ouvrage a-t-il pour but de réveiller les passions, de former
des factions ou de semer des troubles dans l'intérieur ? Toutes les fois qu'an
ouvrage n'est point dans l'un de ces deux cas, on doit le laisser passer.
Moscou, 11 octobre 1812.
Au général comte de la Riboisière, commandant
l'artillerie de la Grande Armée, à Moscou.
Monsieur le Général la Riboisière, je donne
ordre que les 13 compagnies d'artillerie qui sont à Erfurt, à Magdeburg, à
Spandau, à Glogau, à Küstrin, à Stettin, à Stralsund, à Thorn, à Danzig, à
Pillau et à Kovno, rejoignent l'armée aussitôt qu'elles seront remplacées par
22 compagnies que je fais venir de l'intérieur de la France. Par ce moyen, vous
aurez ces 22 compagnies qui vont se mettre en marche et les 13 compagnies qui
sont dans les places, ce qui fait 35 compagnies dont vous disposerez de la
manière suivante, savoir : 3 compagnies pour la Garde, 1 pour le 3e corps, 4
pour les 32e et 34e divisions d'infanterie, 2 pour la 28e division, 2 pour la
batterie de réserve attachée au 9e corps, 2 pour être envoyées à Vilna, 1 pour
être envoyée à Minsk, 3 pour être envoyées à Smolensk, ce qui fera 18
compagnies. Il vous restera 17 compagnies pour le parc général et pour subvenir
à tous les événements.
Les 22 compagnies qu'envoie le ministre de
la guerre seront dirigées, savoir : 1 compagnie sur Erfurt, 2 compagnies sur
Magdeburg, 2 sur Spandau, 2 sur Stralsund, 2 sur Glogau, 2 sur Küstrin, 2 sur
Stettin, 1 sur Thorn, 4 sur Danzig, 2 sur Pillau et Königsberg et 2 sur Kovno.
Moscou, 11 octobre 1812.
Ma
bonne Louise.
J’ai reçu ta lettre du 29 septembre. J’y vois
avec plaisir que tu te portes bien et que ta santé s’est entièrement rétablie.
Tout ce que tu me dis de mon fils me donne bien envie de le voir ; donnes
lui deux baisers de ma part. Je vois que vous êtes un peu exigeants à Paris,
vous voudriez avoir le bulletin au moment même ; quelques heures
d’intervalle vous fâche. Je l’espère que tu l’auras reçu le lendemain et qu’à
ta première lettre tu m’en parleras. Je suis heureux de te savoir contente, je
le serai davantage de te revoir. Tu serais bien injuste si tu doutais de tout
mon amour et si tu croyais que je pense pas souvent al
moi ben. Adieu, mon amie. Tout à toi.
Moscou, 14 octobre 1812.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre
de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, j'ai depuis
longtemps ordonné que la division Heudelet se rendit
dans la Poméranie suédoise pour remplacer la division Morand, que j'ai fait
venir sur Danzig et Königsberg. Il n'y aurait donc plus qu'une brigade de
cohortes dans la 32e division militaire. Je croyais vous avoir donné ordre d'y
envoyer une deuxième brigade composée d'anciens Français, par exemple celle qui
est à Utrecht ou celle qui est à Anvers. Faites partir sans délai une deuxième
brigade. Par ce moyen, il y aura 12 cohortes dans la 32e division militaire
occupant Lubeck, Hambourg, Bremen, etc. Vous ordonnerez en outre à 2 autres
brigades de se tenir prêtes à s'y porter en cas de descente ou d'invasion, de
sorte qu'au lieu de 18 cohortes, savoir : 0 qui y sont et 12 qui doivent s'y
porter à la première menace, il y en ait 24, savoir : 12 qui hiverneront dans
la 32e division et 12 prêtes à y venir de France.
Recommandez au duc de Castiglione de porter
le plus grand soin à l'organisation de ces troupes et à leur tenue au complet.
Qu'on leur fasse faire l'exercice à feu et qu'elles tirent à la cible.
Je pense qu'il serait nécessaire aussi de leur
envoyer leurs 12 compagnies d'artillerie, qui serviront pour les côtes de la
32e division, et qui feront aussi le service, de l'artillerie de campagne en
cas de besoin.
P. S. Tenez ces 12 cohortes au complet en y
envoyant des hommes de leurs dépôts.
Moscou, 14 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, je vois par votre rapport du 14
que le 9 un convoi d'artillerie de la Garde, commandé par le colonel Pellegrin,
est parti de Smolensk pour Moscou. Je suis surpris de cela, vu que j'avais
ordonné qu'on ne fit plus partir de Smolensk aucun
convoi d'artillerie. Témoignez-en mon mécontentement au duc de Bellune, et
réitérez l’ordre qu'on arrête à Smolensk tous les convois d'artillerie.
Envoyez l’ordre au duc d'Abrantès de ne
laisser passer aucun convoi d'artillerie pour Moscou, à dater de demain 15, et
de les faire tous rétrograder vers Smolensk. Envoyez le même ordre aux
commandants de Ghjatsk et de Viazma.
Donnez ordre qu'à compter du 17 aucune
troupe d'artillerie ni de cavalerie ne dépasse ni Mojaïsk, ni Ghjatsk, ni
Viazma. Le duc d'Abrantès réunira à ses troupes tout ce qui viendrait de Smolensk
à Mojaïsk, en envoyant l'état; le commandant de Ghjatsk réunira tout ce qui
arriverait à Ghjatsk, et le commandant de Viazma tout ce qui arriverait à
Viazma. Cela augmentera la garnison de ces échelles. Chacun enverra l'état de
ce qui arrivera, afin que par l'estafette on puisse faire connaître la
destination que devront recevoir ces troupes, selon les mouvements que fera
l’armée.
Quant aux équipages militaires, il me
semble que l’ordre a été donné qu'ils versassent leurs farines à l'abbaye et en
arrière de Mojaïsk, et que les voitures vinssent à l'abbaye et jusqu'à Mojaïsk
pour prendre des malades et les évacuer sur Smolensk.
Faites connaître au duc d'Abrantès qu'il
est indispensable que le 20 l'abbaye et Mojaïsk soient évacués; faites
connaître au commandant de Ghjatsk qu'il faut que le 22 tous ses malades
soient évacués, vu que l’armée va prendre une autre position, que la direction
de l’armée va être changée et toute cette route abandonnée.
Moscou, 14 octobre 1812.
Mon plus grand plaisir est de lire tes
lettres, c’est la première chose que je fais quand arrive l’estafette.
Elles sont charmantes comme toi, elles
peignent ta belle âme et l’on y voit toutes tes bettes qualités. Tu es
parfaite. Ma santé est fort bonne. Nous avons les premières neiges, il ne fait
pas cependant froid. Je ne crois pas que je puisse encore venir à Paris, et il
est bien loin pour te faire venir en Pologne. Embrasses
mon fils trois fois pour moi. Adio, miou ben. Tout à toi.
Moscou, 15 octobre 1812.
A Madame la comtesse
Gudin (le général Gudin, commandant la 3e division du 1er corps, avait eu les
deux jambes emportées au combat de Valoutina, le 19 août, et était mort à
Moscou le 21 du même mois.)
Madame la Comtesse Gudin, je prends part à
vos regrets; la perte est grande pour vous ; elle l’est aussi pour moi. Vous et
vos enfants aurez toujours des droits auprès de moi. Le ministre secrétaire
d'État vous expédie le brevet d'une pension de douze mille francs que je vous
ai accordée sur le trésor de France, et l'intendant du domaine extraordinaire
vous fera parvenir le décret par lequel j'accorde une dotation de quatre mille
francs à chacun de vos enfants cadets avec le titre de baron. Élevez-les dans
des sentiments qui les rendent dignes de leur père.
Moscou, 16 octobre 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Lettre en chiffre dont il n'a pas été
possible de faire la traduction. On croit pouvoir affirmer que l'extrait de la
dépêche suivante, adressée par le duc de Bassano au comte Otto, ambassadeur de
France à Vienne, reproduit la partie la plus importante de cette lettre
chiffrée.
…… Je
vous ai fait connaître par ma lettre du 17, et d'après les nouvelles reçues du
quartier général à la date du 9, qu'un changement dans les positions de l'armée
était possible, et qu'il pourrait arriver que vers le mois de novembre Sa
Majesté prit ses quartiers d'hiver entre le Borysthène et la Dvina, afin d'être
plus à portée de ses secours, de faire reposer l'armée, et de vaquer plus
facilement à beaucoup d'autres affaires.
Les détails qui me parviennent aujourd'hui
de Moscou, sous la date des 16 et 17, confirment ces dispositions. Leur
exécution produira de la sensation, dans les pays surtout qui sont éloignés du
théâtre de la guerre. Il peut en résulter des combinaisons nouvelles, dont
l'existence se manifesterait près de vous. Il est donc utile que vous soyez
averti d'avance et du fait en lui-même et de l'aspect sous lequel il convient
de le présenter. Je vous communique a
cet effet le texte même de ma correspondance.
Sa Majesté a fait évacuer les blessés et
les malades sur Smolensk, au nombre de 2 ou 3,000, et se proposait de partir de
Moscou le 19, pour se rendre à Kalouga, battre l'armée ennemie si elle veut,
comme on l'annonce, couvrir cette grande place, et, selon la saison, aller sur
Toula ou Briansk, ou retourner de suite sur Smolensk si le temps devient
rigoureux. L'Empereur compte que ses
quartiers d'hiver seront pris entre Smolensk, Minsk et Moghilev, dans
les premières semaines de novembre. Il se décide à ce mouvement parce que
Moscou, qui a cessé d'exister, n'est pas une position militaire pour ses
opérations futures. De Moscou à Kiev il y a deux cent quinze lieues, et de
Smolensk à Kiev il n'y en a que cent-douze ; de Smolensk à Pétersbourg, il
n'y a que cent quarante lieues, tandis que de Moscou à Pétersbourg il y en a
cent quatre-vingt-dix, et que cette marche d'ailleurs obligerait toujours à
prendre une ligne d'opération qui revînt sur Vitebsk. L'armée se trouvera, à
Smolensk, appuyée sur un pays ami qui fournira à tous ses besoins, et
l'Empereur sera en mesure de préparer ses moyens pour la campagne de
Pétersbourg, et de se porter où sa présence serait nécessaire.
Ce simple aperçu vous suggérera des
explications convenables, lorsque vous serez dans le cas d'en donner. En
attendant, il importe de ne rien laisser pénétrer de ce que je vous écris. Dans
des choses de cette nature, l'événement se trouve quelquefois différer beaucoup
de ce qui avait été prévu
Duc de Bassano.
Vilna. 26 octobre 1812.
P. S. Au moment où mon courrier va partir,
je reçois de Moscou, 19 octobre, le paragraphe suivant:
« L'armée est en marche. On se décidera
demain à faire sauter le Kremlin et à passer ou par Kalouga ou par Viazma, pour
arriver avant les grands froids et prendre les quartiers d'hiver. Tout du reste
va bien. »
Moscou, 16 octobre 1812.
A Madame la comtesse
de Montesquiou, gouvernante des Enfants de France, à Paris.
Madame la Comtesse de Montesquiou, j'ai
reçu votre lettre du 28 septembre. J'agrée les sentiments que vous m'exprimez.
C'est moi qui vous suis tout à fait redevable pour les soins si vrais que vous
prenez du petit Roi ; j'en suis très-reconnaissant : j'entends avec plaisir
parler des espérances qu'il donne.
Moscou, 16 octobre 1812.
Au général Koutouzov
Le général Lauriston avait été chargé de
proposer à Votre Altesse de prendre des arrangements pour donner à la guerre un
caractère conforme aux règles établies et prendre des mesures pour ne faire
supporter au pays que les maux indispensables qui résultent de l'état de
guerre. En effet, la dévastation de son propre pays est nuisible à la Russie
autant qu'elle affecte douloureusement l'Empereur. Votre Altesse sentira
facilement l'intérêt que j'ai à connaître là-dessus la détermination définitive
de votre gouvernement.
Moscou, 16 octobre 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de Bassano, j'ai ici deux
régiments prussiens qui se sont distingués à l'avant-garde de la Grande Armée;
mais, comme de raison, ils ont beaucoup souffert. Le roi de Prusse ne
pourrait-il pas les faire relever par deux régiments frais et bien montés ? Ces
deux régiments-ci rentreraient alors en Prusse pour s'y refaire. Le Roi y
gagnerait de toutes manières, puisqu'il n'aurait pas besoin de faire si
promptement des frais pour remonter ces régiments, et que cela ajouterait au
nombre de ses troupes qui se sont disciplinées et auraient pris l'habitude de
la guerre dans ces grands mouvement».
J'ai donné au contingent prussien une
direction naturelle en l'envoyant sur Riga; mais je voudrais bien que le
secours de ma 7e division ne fût pas nécessaire de ce côté. Je demande donc au
roi de Prusse s'il ne voudrait pas faire une augmentation de 1,000 chevaux et
de 6,000 hommes d'infanterie qui se rendraient à Riga et équivaudraient à la
7e division. Il peut tirer facilement ces troupes de Königsberg, de Kolberg, de
Graudenz, et par ce moyen elles arriveraient en peu de jours. On les
remplacerait par ce qui serait tiré de plus loin, en complétant quelques cadres
ou en faisant venir des troupes de Silésie. Ainsi le roi de Prusse réunirait en
ligne 4,000 hommes de cavalerie et 20,000 hommes d'infanterie. Il vous sera
facile de faire comprendre qu'il est de son intérêt que tout finisse
promptement, puisqu’en attendant il se trouve fatigué et gêné; qu'il n'y a
qu'une bonne manière de finir cette lutte, que c'est de faire voir à la Russie
l'impossibilité qu'il y a de miner l'armée, comme elle l'espère, par les grands
moyens de recrutement que l'Empereur a non-seulement dans ses États, mais
aussi par le secours de ses alliés. Le même raisonnement doit être fait en
Autriche ; le même doit être fait en Bavière, à Stuttgart et partout.
Non-seulement je désire qu'on envoie des renforts, mais je désire aussi qu'on
exagère ces envois et que les souverains fassent mettre dans leurs gazettes le grand
nombre de troupes qui part, en en doublant le nombre. Il est bien entendu que
le corps prussien qui est à Memel ne doit pas être compris dans ces renforts.
Moscou, 16 octobre 1812.
DÉCISION.
|
Le ministre de la guerre fait cou naître
à l'Empereur les mesures qu'il a prises pour remédier à la nostalgie qui
affecte les 7e et 75e cohortes. |
Non-seulement j'approuve ces mesures mais
je désapprouve d'avoir mis ces cohortes en danger de prendre les fièvres, puisqu’il
n'y avait rien à craindre pour Walcheren; d'ailleurs, l'escadre qui est là
pouvait, en cas d'événement, y jeter 1,500 hommes. C'est, pour combattre un
mal chimérique, s'attirer un mal réel. Napoléon. |
Moscou, 17 octobre 1812.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de Bassano, j'ai lu avec
intérêt, dans votre lettre du 10 de ce mois, tout ce que vous me dites
relativement à l'approvisionnement du 1er corps, mais les 6,000 quintaux n'y
seront pas d'un grand secours; c'est de la farine qu'il faut envoyer et non du
blé. Il est nécessaire que le district de Minsk fournisse sur Smolensk et non
sur Polotsk.
Je vois dans votre lettre que les
transports déjà effectués de Kovno à Minsk s'élèvent à 30,000 quintaux, ce qui
me coûte 600,000 francs.
Je désirerais avoir l'état de ce qui a
composé ces 30,000 quintaux. Si ce sont des effets d'hôpitaux, il n'y a rien à
dire; si ce sont des munitions de guerre dont le général d'artillerie ait
reconnu l'urgence, c'est encore bien ; mais si c'était du biscuit et des
farines, il y aurait bien de l'absurdité de la part de l'administration à me
faire payer ainsi 20 francs le quintal de farine rendu à Minsk, et ce non
compris ce que ce même quintal m'a coûté d'achat et de transport antérieurement
à Kovno, lorsque le quintal de farine ne vaut pas 6 francs à Minsk. Il y aurait
tant de bêtise dans cette opération que je n'y crois pas. Je désire que vous me
donniez des éclaircissements là-dessus. Ce sont surtout des effets
d'habillement qu'il faut faire transporter sur Minsk et sur Vilna.
Quant aux vivres, il doit y en avoir une
grande quantité dans ces deux villes. S'il n'y en avait pas, la commission du
gouvernement serait bien coupable, et je ne pourrais qu'en témoigner mon mécontentement
à tout le monde.
Napoléon.
P. S. Je vous envoie ma réponse au roi de
Saxe (cette lettre n’a pas été retrouvée).
Moscou, 17 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, mandez au duc de Bellune qu'il
fasse partir, le 20 ou le 21, la division Baraguey d'Hilliers pour se rendre à
Yelnia, ville située à vingt-deux lieues de Smolensk, sur la route de Kalouga.
Si le général Baraguey d'Hilliers n'était pas encore arrivé, étant parti de
Mojaïsk le 14, il donnerait le commandement de cette division au général qu'il
jugera le plus capable. Cette division sera composée des trois demi-brigades de
marche qui faisaient partie de la division Lagrange. Il est nécessaire qu'il
soit attaché à cette division une batterie de six pièces de canon au moins; il
doit y en avoir à Smolensk, venant rejoindre l'armée, soit de l'artillerie de
la Garde, soit autre. S'il ne s'y en trouvait point, le duc de Bellune devra
les fournir de son corps. Ce maréchal formera un régiment de cavalerie de
marche avec les escadrons de marche qui doivent être arrivés à Smolensk. Il
réunira les détachements des mêmes corps et des mêmes armes dans les mêmes
escadrons, de manière à faire un beau régiment de quatre escadrons et de 1,000
chevaux. Il attachera une compagnie de sapeurs avec des outils à cette
division, qui, arrivée le 23 au soir à Yerna, fera sur-le-champ construire des
fours et établira des magasins de bestiaux, farines et autres vivres. Le
régiment polonais de cavalerie doit toujours se trouver à Smolensk ; il fera
partie de cette division. La cavalerie sera commandée par un général de brigade
de cavalerie, de ceux qui viennent joindre l’armée, ou bien par un officier
supérieur. Cette opération est importante. La route sera organisée d'Yelnia à
Smolensk, en mettant 100 hommes de six lieues en six lieues, avec un
commandant, qui se retrancheront pour être à l’abri des Cosaques. Cela marquera
les étapes de Smolensk à Yelnia. Le duc de Bellune enverra sur la roule d'Yelnia les pièces d'artillerie et les transports
militaires qui arriveront à Smolensk en faisant marcher tout cela en ordre, de
manière qu'il n'y ait point d'échauffourées. La cavalerie marchera en force et,
le plus possible, avec de l’infanterie et du canon toujours à portée.
Moscou, 18 octobre 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, donnez ordre au générai Éblé,
aux pontonniers et à l'équipage de ponts, de partir demain, à la pointe du
jour, pour suivre le mouvement de la Garde impériale. Donnez le même ordre au
général Chasseloup pour le parc du génie.
Moscou, 18 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, mandez au roi de Naples que
toute l’armée est en mouvement. Le duc d’Istrie, avec ma Garde à cheval, couche
ce soir à quatre lieues; moi-même je pars celte nuit. Je prendrai la route de
Desna, à moins que les nouvelles que je recevrai cette nuit ne me fassent
changer de détermination. Un officier envoyé par le général Girardin nous a
fait connaître que le Roi s'était porté sur Voronovo. La division Broussier est
à Fominskiya avec le général Ornano. Il est nécessaire que le Roi lui envoie
des ordres pour se porter partout où les mouvements de l'ennemi l'exigeront,
soit vers Voronovo, soit vers Desna. Nous supposons que le Roi aura écrit
directement, la canonnade ayant cessé à midi. Les nouvelles qu’il enverra me
mettront à même de bien connaître l'état des choses.
Moscou, 18 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, donnez ordre au prince d'Eckmühl
de porter son quartier général, ce soir, au-delà de la porte de Kalouga, et d'y
placer son infanterie, son artillerie et tous ses équipées militaires, ainsi
que ses bagages, de manière à pouvoir partir demain, à la pointe du jour, pour
faire une forte journée. Il laissera une garde au couvent retranché, jusqu'à ce
que le duc de Trévise l'ait fait relever, s'il y a lieu.
Donnes ordre au duc d'Elchingen de porter
aujourd'hui son quartier général hors de la porte de Kalouga et d'y bivouaquer
avec son infanterie, sa cavalerie, son artillerie et ses bagages, de manière à
pouvoir faire demain une forte journée. Donnez le même ordre au vice-roi, qui
se placera une lieue en avant, afin de pouvoir partir le premier.
Donnez ordre au petit quartier général, au
duc de Danzig, au quartier général de l'Empereur, de se rendre hors de la porte
de Kalouga ; la Garde bivouaquera en carré autour du logement de l'Empereur.
Le duc d'Elchingen laissera une
arrière-garde d'infanterie et de cavalerie au couvent retranché et à la porte
de Kolomna, qu'il garde. Cette troupe fera l'arrière-garde et ne quittera que
lorsque le corps recevra l’ordre de marcher. Le vice-roi laissera également une
arrière-garde d’infanterie et de cavalerie à la porte de Saint-Pétersbourg et à
la maison retranchée qu'il occupe, jusqu'à ce que son corps marche en avant et
que le duc de Trévise ait pourvu au remplacement de cette garde. Si le vice-roi
laisse un dépôt, il le chargera de garder cet endroit.![]()
Moscou, 18 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, faites connaître au duc de
Trévise que je pars demain matin avec l'armée pour poursuivre l'ennemi, que mon
intention est que le duc de Trévise se loge au Kremlin et y caserne, 1° la
division Delaborde; 2° la brigade du général Carrière, composée de quatre
bataillons de cavalerie à pied et forte de près de 4,000 hommes; 3° deux
compagnies de sapeurs; 4° une compagnie d'artillerie; 5° l'artillerie de la
division Delaborde ; enfin une brigade de 500 hommes à cheval. Avec cette
force, le duc de Trévise pourra garder la ville, mais avec la prudence
convenable. L'intendant laissera un ordonnateur, plusieurs commissaires des
guerres et des chefs de service. Le général du génie laissera un officier
supérieur commandant. Le général d'artillerie laissera un officier supérieur
d'artillerie et plusieurs officiers d'artillerie. Le duc de Trévise fera
travailler avec la plus grande activité à l'armement du Kremlin et mettra en
batterie les pièces qui se trouvent ici ; il fera construire une petite
batterie en terre sur le terre-plein, où il fera mettre ses pièces de campagne
de manière à bien battre le pont de pierre; il tiendra un fort poste au couvent
du prince d'Eckmühl, dont la position est importante parce qu'elle commande un
pont sur la Moskova. Tous les malades qui se trouveront ici seront réunis aux
Enfants-trouvés; il doit y en avoir 3 à 400, il faudra donc les faire garder en
force. Le magasin d'eau-de-vie, près le pont de pierre, doit être également
gardé par un fort détachement. Tous les magasins qui sont trop éloignés, le duc
de Trévise les fera réunir dans le Kremlin. Tous les généraux, officiers
supérieurs d'administration qui se trouvent ici, logeront dans le Kremlin. Le
commandant de la place et l'intendant pourront continuer à loger dans le
logement du gouverneur ou dans le logement que le duc de Trévise occupe près du
Kremlin. Le duc de Trévise verra s'il veut faire garder le couvent du maréchal
Ney. Il serait utile de garder par un poste la prison qu'a fait retrancher le
vice-roi sur la route de Saint-Pétersbourg; pour tout le reste, il réduira le
service comme il l'entendra, en conservant de préférence ce qui sera le plus
près du Kremlin.
Demain, quand l'armée sera partie, il fera
faire par la municipalité une proclamation pour prévenir les habitants que les
bruits d'évacuation sont faux, que l'armée se porte sur Kalouga, Toula et
Briansk, pour s'emparer de ces points importants et des manufactures d'armes
qui s'y trouvent ; pour engager les habitants à maintenir la police et à
empêcher qu'on ne vienne achever de ruiner la ville. Il fera dès demain
commencer les travaux du Kremlin et veillera à ce qu'ils soient poussés avec la plus grande activité. Il fera faire
de fortes patrouilles dans la ville, surtout du côté des portes de Mojaïsk et
de Kalouga, afin de pouvoir recueillir tout convoi et régiment qui seraient en
route de Mojaïsk pour se rendre ici.
La division Roguet restera ici la journée
de demain ; elle partira demain soir, escortant le trésor et le quartier
général de l'intendant.
Le duc de Trévise fera dans la ville une
police sévère; il fera fusiller tout soldat russe qu'on trouverait dans la rue;
à cet effet, il fera donner l'ordre à tous ceux qui sont aux hôpitaux de n'en
plus sortir; on ne mettra nulle part de petits postes, afin d'être à l'abri de
la malveillance des paysans et des surprises des Cosaques. Enfin le duc de
Trévise doit réunir le plus de vivres qu'il pourra; il fera confectionner
beaucoup de biscuit; il s'assurera des vivres au moins pour un mois en farines,
pommes de terre, choucroute, eau-de-vie, vin, etc. Il doit conserver cet
approvisionnement pour les circonstances urgentes, en faisant moudre à tous
les moulins, pour que, s'il est possible, cela puisse alimenter son journalier.
Ayez soin de donner au duc de Trévise un
chiffre, afin que la correspondance avec lui puisse être libre et sûre.
Moscou, 18 octobre 1812.
Au maréchal Mortier, duc de Trévise,
commandant la Jeune Garde, Gouverneur de Moscou.
Mon Cousin, vous devez garder tout Moscou,
autant que cela est possible sans compromettre les troupes; vous devez surtout
garder le Kremlin, qui est une place forte; les Enfants trouvés, où il faut
réunir les malades ; le grand magasin d'eau-de-vie, le pont de pierre et le
couvent du prince d'Eckmühl, où il y a un pont sur la Moskova. Vous ferez
demain travailler avec activité à doubler l'artillerie qui est en batterie;
vous ferez travailler aux portes et à les mettre à l'abri du canon; vous
placerez deux pièces de canon au couvent du prince d'Eckmühl; tous les convois
qui arriveront à Moscou, vous les placerez sous la protection de ce couvent,
entre le couvent et la rivière : par ce moyen, ils seront à l'abri de toute
insulte; vous ne ferez plus rien parquer dans le faubourg par où nous sommes
arrivés. Vous aurez soin demain de faire ramasser tous les traînards et de les
envoyer à leur corps; après-demain, vous les ferez incorporer dans vos cadres
en subsistance. Demandez un chiffre ce soir au major général pour pouvoir
correspondre facilement et sûrement. Tenez les régiments de cavalerie à pied
pour la défense du Kremlin, de la maison des Enfants trouvés, du pont de pierre
et de la caserne du prince d'Eckmühl. Que tout le monde soit demain logé au
Kremlin, de sorte que la nuit tout votre monde soit sons la clef; ne souffrez
pas que personne loge en ville, si ce n'est le commandant de la place et
l'intendant, qui se tiendront près des Enfants trouvés et du Kremlin, ayant
bonne garde. Ramassez des vivres, faites faire du biscuit, faites faire le
service comme dans une place de guerre. Toute l’armée ennemie serait-elle
contre vous, vous devez tenir au Kremlin bien des jours. Organisée bien votre
brigade à pied. Il y a ici des colonels, des majors, des capitaines
d'infanterie, qui sont blessés légèrement; mettez-les à la tête de ces
bataillons. Prenez dans la jeune Garde une douzaine d'officiers et
sous-officiers pour les attacher à ces bataillons et les instruire. Portez une
grande attention au feu. Vous avez ici 200,000 livres de poudre, 2 millions de
cartouches, 300 caissons chargés. Ne nous écrivez jamais qu'en chiffre pour les
choses importantes. Un chef de bataillon d'artillerie est chargé d'incendier le
Kremlin en cas d'ordre; qu'il étudie bien sa besogne. Faites charger et porter
sur les tours des bombes, des obus et des grenades pour défendre les murailles.
P. S. Après le départ de l'armée, faîtes
faire par l'intendant une proclamation qui rassure les habitants et leur fasse
connaître que l’on ne veut pas évacuer leur ville.
Moscou, 18 octobre 1812.
Au général comte de la Riboisière, commandant
l'artillerie de la Grande Armée, à Moscou.
Monsieur le Général la Riboisière, je porte
ce soir mon quartier général à la porte de Kalouga, où toute l'armée va
bivouaquer. Demain dans la journée, je me mettrai en marche pour aller où est
l'ennemi.
Le duc de Trévise avec 10,000 hommes reste
en ville, et à tout événement défendra le Kremlin. Il est donc nécessaire que
demain matin tous les caissons et voitures quelconques soient réunis au
Kremlin. Il est possible que je revienne à Moscou. Il ne faut donc rien
détruire de ce qui serait précieux, tel que poudre, cartouches d’infanterie,
coups de canons, plomb à faire des balles; mais le salpêtre, le soufre peuvent
être brûlés; j'ai assez de poudre. Les hangars, magasins, qui sont autour de la
ville, peuvent être brûlés. Les caissons russes et autres matériaux qui ne
peuvent pas être transportés au Kremlin seront brûlés demain, à huit heures du
matin, avec le soufre et le salpêtre.
Le duc de Trévise commande à Moscou. II
faut y laisser un officier supérieur d'artillerie avec des garde-magasins. Il
faut y laisser une compagnie d'artillerie pour le service des pièces qui sont
sur le rempart, et quatre officiers d'artillerie attachés au Kremlin pour ce
service important.
Il est nécessaire d'avoir à la suite de
l'armée le plus de caissons possible. Il faut donc que les 400 chevaux de
l'équipage de pont attèlent les caissons que l'on a et suivent l'armée. Le
grand quartier général partira demain, sous l'escorte d'une division
d'infanterie.
Écrivez au duc de Trévise pour lui faire
connaître le colonel d'artillerie, les quatre officiers d'artillerie et la
compagnie d'artillerie que vous laissez, et tous les détails relatifs à
l’artillerie du Kremlin. La compagnie d'artillerie emploiera la journée de
demain et la suivante à augmenter la défense du Kremlin, charger les obus,
bombes, grenades, et à pourvoir aux moyens qui peuvent assurer la défense de
cette place. Les officiers d’artillerie chargés de faire sauter le Kremlin,
quand il en sera temps, resteront au Kremlin.
Moscou, 18 octobre 1812.
Ma chère Louise.
J’ai reçu ta lettre du 1er octobre.
Tu étais inquiète de ne pas avoir de détails sur mon entrée à Moscou. J’espère
que tu en auras eu le 2. Tu auras vu la folie de ces gens-ci qui ont mis le feu
à leur propre pays et l’ont ainsi ruiné pour des siècles, car Moscou était
d’autant plus belle et d’autant plus étonnante qu’elle était presque seule de
cette force dans cette immense contrée. Apprends-moi bientôt que le petit roi
se porte bien et que tu es contente, et surtout que tu te portes bien et que tu
es contente, et surtout que tu te portes bien. Adieu, mon amie. Tout à toi. Ton
fidèle et tendre époux.
Moscou, 19 octobre 1812, cinq heures du
matin.
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna
Monsieur le Duc de Bassano, le général
Sébastiani, placé à une lieue sur la gauche du roi de Naples à l'avant-garde,
s’est laissé surprendre par une horde de Cosaques, le 18 à cinq heures du
matin. Il a perdu six pièces de canon qui étaient au bivouac. L'infanterie
ennemie s'est alors portée sur les derrières du roi de Naples pour aller
occuper un défilé. Le roi de Naples, à la tête des carabiniers et cuirassiers,
a enfoncé cette infanterie et l'a écharpée. Le général Dery, aide de camp du
Roi, a été tué. Je vous donne ces détails pour votre gouverne. Les pertes sont
égales, à nos pièces de canon près que nous avons perdues.
L'armée est en marche ; on se décidera
demain à faire sauter le Kremlin et à passer par Kalouga ou par Viazma pour
arriver avant les grands froids et prendre les quartiers d'hiver. Tout du reste
va bien. (Ce dernier paragraphe, écrit en chiffre sur l'original, n'a pu être
traduit; il est donné ici d'après une dépêche adressée par le duc de Bassano à
l'abbé de Pradt, dépêche qui semble être la
reproduction textuelle de la lettre de l'Empereur.)
Moscou, 19 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon cousin, écrivez au roi de Naples pour
lui faire connaître que l'armée se met en mouvement à cinq heures du matin,
pour se diriger sur lui par la route de Desna; qu'il doit manœuvrer pour se
tenir à la tête de l'armée; que le prince de Hohenzollern vient d'arriver.
Écrivez au chef d'état-major Borelli qu'il ait à vous envoyer un état des
prisonniers que nous avons faits, des prisonniers que l'ennemi nous a faits et
de notre perte en hommes, bagages, artillerie, etc.
Moscou, 19 octobre 1812 (date présumée).
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Il paraît qu'il restera ici un millier de
malades ou blessés; il pourra y en avoir davantage dans le courant de la marche
de l'armée s'il y a des affaires ; il est donc indispensable de connaître le
nombre des voitures que l'armée a à sa suite, indépendamment des bataillons du
train des équipages militaires et des compagnies des équipages régimentaires.
En conséquence, le major général donnera des ordres pour que dans chaque corps
d'armée et à l'état-major général il soit fait un recensement exact de toutes
les voitures.
Les propriétaires des caissons, fourgons,
berlines, calèches, cabriolets, briskas, charrettes, et généralement de toutes
voitures quelconques, seront tenus d'en faire la déclaration, afin que ces
voitures puissent recevoir l’ordre de prendre un ou deux blessés, lorsque les
circonstances l'exigeront. Les déclarations seront faites à l'état-major
général pour les voitures de la Maison de l'Empereur, pour celles de
l'état-major général et de l'administration générale de l'armée, et à
l'état-major de chaque corps d'armée pour les voitures appartenant à ce corps.
Les voitures seront enregistrées et
numérotées, de manière qu'il y ait une série pour l'état-major général et une
série pour chaque corps d'armée. Chaque voiture sera marquée du numéro qui lui
aura été donné dans sa série. Il n'y aura d'exceptées de cette disposition que
la voiture de l'Empereur, une voiture du major général, une du ministre
secrétaire d'État, une de chaque maréchal ou général commandant en chef un
corps, et une de l'intendant général de l'armée.
Le vaguemestre du quartier général et les
vaguemestres des corps d'armée tiendront le contrôle des voitures numérotées.
Toute voiture non numérotée sera confisquée. Toute voiture numérotée qui aurait
reçu l'ordre de prendre un ou plusieurs blessés et qui sera trouvée en marche
sans lesdits blessés sera brûlée.
Moscou, 19 octobre, 7 heures du matin.
Ma bonne Louise.
Je t’écris au moment où je monte à cheval
pour visiter mes avant-postes. Il fait ici chaud, un très beau soleil, aussi
beau qu’il peut faire à Paris dans le courant d’octobre. Nous n’avons encore eu
aucun froid, nous n’avons pas encore éprouvé la rigueur du climat du nord. Mon
intention est de prendre bientôt mes quartiers d’hiver et j’espère pouvoir te
faire venir en Pologne pour te voir.
Baise pour moi le petit roi 2 fois et ne doutes jamais des sentiments de ton
tendre époux.
Troitskoïe, 20 octobre 1812.
ORDRE POUR LE MAJOR
GÉNÉRAL.
Le 22, on lèvera le cantonnement de la
maison Galitzine, et par conséquent les postes de Desna et de Charapovo.
Passé six heures du soir, le 21,
l'estafette doit donc rétrograder de la maison Galitzine sur Koubinskoïé et
être expédiée de Koubinskoïé sur Ojigovo et Fominskiya, où se trouve le
vice-roi d'Italie.
Les estafettes qui arriveront jusqu'au 23
inclusivement suivront donc cette direction. Le commandant de Koubinskoïé aura
les moyens nécessaires pour les bien faire escorter.
Le 24, Koubinskoïé devant être évacué, les
estafettes qui arriveraient rétrograderaient sur Mojaïsk; le duc d'Abrantès,
qu'on préviendra, les expédiera sur le vice-roi, avec lequel il doit être en
communication, sur Fominskiya ou sur Borovsk.
Écrire au vice-roi et au duc d'Abrantès
pour leur recommander ce service.
Le major général enverra 100 chevau-légers
bavarois à Koubinskoïé.
Les postes d'estafettes se reploieront sur
Mojaïsk à mesure que la ligne prendra une autre direction.
Envoyer un officier de l’état-major de
l’Empereur et un agent des postes pour veiller sur ce service et rendre compte
par le passage de chaque estafette.
Troitskoïe, 20 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Moscou.
Mon Cousin, donnez ordre au duc de Trévise
de faire partir demain, à la pointe du jour, les hommes fatigués, et éclopés
des corps du prince d’Eckmühl et du vice-Roi, de la cavalerie à pied et de la
jeune Garde, et de diriger le tout sur Mojaïsk.
Le 22 ou le 23, à deux heures du matin, il
fera mettre le feu au magasin d'eau-de-vie, aux casernes et aux établissements
publics, hormis à la maison des Enfants trouvés. Il fera mettre le feu au
palais du Kremlin. II aura soin que les fusils soient tous brisés en morceaux;
qu'il soit placé des poudres sous les tours du Kremlin; que tous les affûts
soient brisés ainsi que les roues des caissons. Quand ces expéditions seront
faites, que le feu sera en plusieurs endroits du Kremlin, le duc de Trévise
quittera le Kremlin, et se portera sur la route de Mojaïsk. A
quatre heures, l'officier d'artillerie chargé de cette besogne fera sauter le
Kremlin comme l’artillerie en a reçu l’ordre.
Sur sa route, il broiera toutes les
voitures qui seraient restées en arrière, fera autant que possible enterrer
tous les cadavres et briser tous les fusils qu'il pourrait rencontrer. Arrivé
au palais Galitzine, il y prendra les Espagnols et les Bavarois qui s'y
trouvent, fera mettre le feu aux caissons et à tout ce qui ne pourra pas être
transporté. Il ramassera tous les commandants de poste et reploiera les
garnisons.
Il arrivera à Mojaïsk le 25 ou 26. Il
recevra là des ordres ultérieurs pour se mettre en communication avec l'armée.
Il laissera, comme de raison, une forte avant-garde de cavalerie sur la route
de Mojaïsk.
Il aura soin de rester à Moscou jusqu'à ce
qu'il ait vu lui-même le Kremlin sauter. Il aura soin de faire mettre le feu
aux deux maisons de l'ancien gouverneur et à celle de Razoumovski.
P. S. S'il reste encore aux hôpitaux
quelques officiers, qu'il les fasse prendre sur les caissons; également qu'il
fasse parcourir les hôpitaux pour voir tout ce qu'on en peut ôter, et fasse
faire des recherches pour retirer les hommes isolés et traînards qui
pourraient s’y trouver encore.
Que le 21 et le 22 il tienne beaucoup de
cavalerie sur la route de Desna, afin de maintenir ses communications libres
contre les Cosaques. Qu'il place une arrière-garde à trois ou quatre lieues
pour empêcher qu'il ne revienne plus personne, malades ou autres, à Moscou.
Troitskoïe, 20 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Troitskoïe.
Mon Cousin, donnez ordre au général Roguet
de se porter avec le quartier général à deux lieues avant d'arriver à Desna, et
d'envoyer ce soir un aide de camp faire son rapport. Il aura soin de ne laisser
personne en route et de ne laisser passer aucun homme isolé ni blessé se
rendant à Moscou ; il ramassera et consignera tout le monde; il mettra le feu à
toutes les charrettes et voitures qui resteraient sur la route, et enfin se
regardera comme l’arrière-garde de l’armée et fera filer devant lui tout ce
qu'il rencontrera. Chargez le général de division qui commande les ponts de
raccommoder tous les ponts, afin de faciliter le passage de la Desna, et de
faire cette opération d'ici au quartier général.
Troitskoïe, 20 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Troitskoïe.
Mon Cousin, donnez ordre au maréchal Ney de
se porter à l’avant-garde et de prendre position sur la Motcha. Il laissera
tous ses objets inutiles et ses parcs de réserve, de manière à déboucher
facilement sur la route de Tchechkova à Ojigovo. Donnez ordre au prince
d'Eckmühl de porter aujourd'hui la tête de son corps ici et sa queue à Desna.
Faites connaître à l'un et à l'autre de ces maréchaux qu'il est possible que
Moscou soit abandonné le 21 au soir.
Donnez ordre au prince Poniatowski de faire
filer set malades et blessés et tous ses
embarras par Tachirovo et Ojigovo sur Fominskiya; aussitôt que le duc
d'Elchingen l'aura remplacé, il commencera son mouvement et sera sous les
ordres du vice-roi, à qui il enverra demander des ordres. Tous ses malades et
blessés, aussitôt qu'il sera à Fominskiya, doivent filer sur Mojaïsk, et tout
son corps appuiera les mouvements du vice-roi.
Troitskoïe, 20 octobre 1812.
A Eugène Napoléon, vice-roi
d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée.
Mon Fils, j'envoie mon officier
d'ordonnance Christin pour me rapporter des renseignements sur la route de
traverse que vous allez prendre de Tchechkova à Ojigovo. Il faut activer vos
sapeurs, afin de faire des ponts où cela sera nécessaire; il en faudra
plusieurs sur les petits ravins. Envoyez un officier du génie au général
Broussier; qu'il s'y rende en toute diligence et me fasse connaître les routes
de Fominskiya à Mojaïsk et de Fominskiya à Koubinskoïé. Aussitôt que vous serez
passé, le prince Poniatowski se rendra de Tchechkova à Fominskiya ; il sera
sous vos ordres, mais il est nécessaire que tous ses bagages inutiles, il les
fasse filer sur Mojaïsk. Cela formera toujours une augmentation de 5,000 à
6,000 hommes. Il ne sera rendu que demain 21.
Troitskoïe, 20 octobre 1812, 4 heures de l’après-midi.
Mon fils, je vous envoie un officier, pour
que, par son retour, vous me fassiez connaître la nature de la route, les
nouvelles que l’on a de l’ennemi, de Tominskoié et de Borowsk.
Le général Pino vous a-t-il rejoint ou est-il sur la traverse ? Est-il
rallié et a-t-il tout son monde ?
Desna, 20 octobre 1812, 7 heures.
Mon amie, je suis en route pour prendre mes
quartiers d’hiver (en fait, c’est le début de la
longue retraite), le temps est superbe mais il ne saurait durer. Moscou
étant tout brûlé, et n’étant pas une position militaire pour mes desseins
ultérieurs, je le ferai abandonner et retirerai la garnison que j’y ai laissé.
Ma santé est bonne, mes affaires vont bien. Le prince Beauveau
a été blessé à la cuisse d’un coup de lance, il se porte bien et n’a pont de
dangers, fais-le savoir à sa mère par quelque de ses amies. Cet évènement a eu
lieu dans une échauffourée d’avant-garde avec les Cosaquesd.
Ma santé est bonne, soit contente et embrasse pour moi 3 fois le petit roi.
Tout à toi.
Krasnoie, 21 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Krasnoie.
Mon Cousin, faites connaître au duc de
Trévise qu'aussitôt que son opération de Moscou sera finie, c'est-à-dire le 23,
à trois heures du matin, il se mette en marche et arrive le 24 à Koubinskoïé ;
que, de ce point, au lieu de se rendre à Mojaïsk, il ait à se diriger sur
Vereya, où il sera le 25. Il servira ainsi d'intermédiaire entre Mojaïsk, où
est le duc d'Abrantès, et Borovsk, où sera l'armée. Il sera convenable qu'il
envoie des officiers par Fominskiya pour nous instruire de sa marche. Il mènera
avec lui l'adjudant commandant Bourmont, les Bavarois et les Espagnols qui sont
à la maison Galitzine. Tous les Westphaliens de la première poste et de la
deuxième, et tout ce qu'il trouvera de Westphaliens, il les réunira et les
dirigera sur Mojaïsk; s'ils n'étaient pas en nombre suffisant, il ferait
protéger leur passage par de la cavalerie.
Le duc de Trévise instruira le duc d'Abrantes de son arrivée à Vereya et de tout ce qui sera
relatif à l'évacuation de Moscou. Il est nécessaire qu'il nous écrive demain
22, non plus par la route de Desna, mais bien par la route de Charapovo et
Fominskiya. Le 23 il nous écrira par la route de Mojaïsk ; son officier
quittera la route à Koubinskoïé pour venir sur Fominskiya, le quartier général
devant être probablement le 23 à Borovsk ou à Fominskiya. Soit que le duc de
Trévise fasse son opération demain 22, à trois heures du matin, soit qu'il la
fasse le 23, à la même heure, comme je le lui ai fait dire depuis, il doit
prendre ces mêmes dispositions. Par ce moyen, le duc de Trévise pourra être
considéré comme l’arrière-garde de l’armée.
Je ne saurais trop lui recommander de
charger sur les voitures de la jeune Garde, sur celles de la cavalerie à pied
et sur toutes celles qu'on trouvera, les hommes qui resteraient encore aux
hôpitaux. Les Romains donnaient des couronnes civiques à ceux qui sauvaient des
citoyens; le maréchal duc de Trévise en méritera autant qu'il sauvera de
soldats. Mandez-lui qu'il faut qu'il les fasse monter sur ses chevaux et sur
ceux de tout son monde; que c'est ainsi que l'Empereur a fait à Saint-Jean
d'Acre; qu'il doit d'autant plus prendre cette mesure, qu'à peine ce convoi
aura rejoint l'armée on trouvera à lui donner les chevaux et les voitures que
la consommation aura rendus inutiles; que l'Empereur espère qu'il aura à
témoigner sa satisfaction au maréchal duc de Trévise, pour lui avoir sauvé 500
hommes ; qu'il doit, comme de raison, commencer par les officiers, ensuite les
sous-officiers, et préférer les Français ; qu'il assemble tous les généraux et
officiers sous ses ordres, pour leur faire sentir l'importance de cette mesure
et combien ils mériteront de l'Empereur d'avoir sauvé 500 hommes.
Krasnoïé, 21 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Krasnoie.
Mon Cousin, faites connaître au duc
d'Elchingen qu'il doit former l’arrière-garde de l'armée, qu'il aura à cet
effet son corps augmenté de la division Claparède, ses deux brigades de
cavalerie légère, celle du général Girardin; que le roi de Naples a ordre de
faire partir aujourd'hui les divisions Friederichs et Friant pour suivre le
mouvement de l'armée ; que le duc d'Elchingen doit faire relever le bataillon
et la batterie qui sont en avant; que, si cela peut se faire de jour, il le
fera faire, sans quoi il le fera faire ce soir à sept heures ; qu’il aura
soin que l'ennemi ne s'aperçoive de rien et qu'il n'y ait rien de changé devant
lui.
La division Morand reste à Desna. Cette
division se rendra demain sur les hauteurs de Gorki, à l'intersection, de la
route qui conduit sur Fominskiya, et à midi, s'il n'y a rien de nouveau, cette
division continuera sa route pour arriver le plus tôt possible à Fominskiya, en
laissant un bataillon au pont de Desna où se trouve la brigade du général
Colbert. Toute la cavalerie du Roi partira demain à la pointe du jour pour
rejoindre l’armée, qui se porte sur Borovsk. Demain 22, le duc d'Elchingen fera
passer tout son bagage, toutes ses réserves d'artillerie et tout ce qui
pourrait l'embarrasser, sur la route de Fominskiya par Tchechkova, et se
disposera de manière que le 23, à une heure après minuit, il puisse disparaître
sans que l'ennemi en sache rien et faire une grande marche, la plus forte
possible, pour se porter sur Fominskiya.
Faites connaître au duc d'Elchingen que le
23, à trois heures du matin, le Kremlin doit sauter, que probablement il en
entendra l'explosion, et que Moscou sera évacué; que le duc de Trévise se
rendra avec ses troupes par la route de Mojaïsk sur Vereya; que le général
Colbert, qui est au pont de Desna, et le général Morand, qui sera demain sur
les hauteurs de Gorki, doivent partir demain, après-midi, pour ne pas
embarrasser la route, et se porter à Fominskiya. Cependant le duc d'Elchingen
devra s’assurer qu'il n'y a plus personne, afin qu'à la pointe du jour, le 23,
les Cosaques puissent aller jusqu'à Moscou sans nous prendre personne. Dons la
journée de demain 22, le duc d'Elchingen fera battre des patrouilles pour
ramasser les bagages, traineurs et hommes isolés. Que tous prennent la route de
Borovsk. Arrivé à Fominskiya, le duc d'Elchingen recevra des ordres. Ce soir ou
dans la journée de demain, nous devons occuper Borovsk; il sera nécessaire que
le duc d'Elchingen dirige sa marche par ce lieu, où le quartier général de
l'Empereur sera cette nuit, parce qu'on y laissera un poste de correspondance
et que le duc d'Elchingen pourra y trouver des ordres. Le duc d'Elchingen
enverra demain, à huit heures du matin, un officier pour faire connaître s'il y
a du nouveau.
Château Soltikof, 21 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Krasnoie.
Mon Cousin, donnez ordre au général Colbert
d'envoyer au moins 200 chevaux sur Moscou jusqu'à ce qu’ils rencontrent la cavalerie
du colonel Deschamps, et qu'on soit sûr que l'officier qui porte des ordres
importants arrive au Kremlin avant neuf heures du soir. Il fera connaître au
duc de Trévise qu’il attend sa réponse, qu'il est nécessaire qu’il l’ait avant
minuit. Le duc de Trévise l’enverra par un de ses officiers qui reviendra avec
le parti de 200 chevaux.
P. S. Le parti que le général Colbert
enverra retournera sur Desna, d'où il fera partir un officier frais pour porter
la réponse du duc de Trévise au quartier général de l'Empereur par Gorki et à
droite sur la route de Fominskiya.
Le général Colbert profitera de ce parti
pour nettoyer la route de Moscou, ramasser les traîneurs, brûler toutes les
voitures restées en arrière, et être certain que demain 22, à sept heures du
matin, il n'y a plus rien entre Desna et Moscou.
Château d’Ignalovo, 22 octobre 1812, sept
heures du matin.
A Eugène Napoléon,
vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Fominskiya
Mon Fils, je reçois votre lettre. Je serai
avant midi à Fominskiya avec la Garde à cheval et à pied. Le 1er corps de
réserve n'arrivera qu'une heure après. Toute la cavalerie du roi de Naples y
arrivera dans la journée. Le major général vous mande qu'avant tout il faut
occuper aujourd'hui Vereya. Que le prince Poniatowski y marche avec son corps ;
qu'il se fasse précéder d'une avant-garde de 500 à 600 hommes de cavalerie, de
1,000 hommes d'infanterie de ses meilleurs marcheurs, et d'une ou deux
batteries d'artillerie légère; qu'ils y arrivent aujourd'hui ; que le reste de
son corps suive. Peut-être que ses coureurs seuls suffiront pour entrer à
Vereya. Qu'aussitôt qu'il y sera il se mette en communication avec Bogorodsk et
Borisovo, où le duc d'Abrantès a des postes fixes. Indépendamment de ce que
cela établira tout de suite mes communications avec Mojaïsk, j'ai grand besoin
de recevoir et d'envoyer des estafettes. Vous avez un poste de 100 hommes à
Charapovo; il faut l'y laisser et y envoyer un officier de confiance qui
placera un cheval à mi-chemin; il y restera jusqu'à minuit ou trois heures du
matin, heure où il doit entendre l'explosion du Kremlin. Aussitôt qu'il
l'entendra, il viendra ventre à terre pour m'en instruire; alors les piquets
d'infanterie et de cavalerie se mettront en marche pour venir à Fominskiya, où
ils rejoindront leurs régiments. Dans tous les cas, ce détachement se mettra en
marche à cinq heures du matin, demain, le 23 octobre 1812, s'il n'entend pas
l'explosion. Cet officier, pour mieux entendre l'explosion, pourra se porter un
peu en avant avec le piquet de cavalerie qui est là.
Quant au détachement que commande
l'adjudant commandant Bourmont, à la maison Galitzine, le duc de Trévise a
ordre de le ramasser en passant. Comme l'ennemi croit avoir encore toute
l'armée devant lui sur l'autre route, il est convenable que vous ne montriez
pas trop de troupes, et seulement ce qui est nécessaire pour bien éclairer et
avoir des nouvelles. L'occupation de Vereya est la grande affaire
d'aujourd'hui.
Fominskiya, 22 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Fominskiya.
Mon Cousin, écrivez au duc d'Elchingen
qu'il n'y a ici rien de nouveau ; que le vice-roi marche sur Borovsk, où il
doit être arrivé à l'heure qu'il est; que toute l'armée est sur Fominskiya,
mais que la pluie tombée ce matin a rendu les chemins un peu difficiles, que,
si cela est possible, il sera utile de se maintenir maître du débouché de
Gorki, ou un peu plus bas, pendant toute la journée de demain. La cavalerie
légère, une batterie d'artillerie et quelques compagnies de voltigeurs
paraîtraient suffisantes pour maintenir, si l'ennemi n'a fait aucun mouvement,
les quatre ou cinq pulks de Cosaques qui viendraient en reconnaissance; qu'il
ne faudra pas, dans la journée de demain, dépasser le demi-chemin
d'entre les deux routes, c'est-à-dire le village où a couché le maréchal
Davout, afin de donner le temps aux bagages de filer, et de sauver beaucoup
d'hommes qui restent toujours en arrière; que la traverse qui joint la grande
route ayant trois ou quatre débouchés, il les faudra occuper. Envoyez-lui un
croquis de la route qu'a suivie l'armée.
Château d’Ignatiewo,
22 octobre 1812.
Mon fils, je reçois votre lettre. Je serai
avant midi à Tominskievo, avec la garde à cheval et à
pied.
Le 1er corps (de réserve) n'arrivera qu'une
heure après. Toute la cavalerie du roi de Naples y arrivera dans la journée. Le
major général vous mande qu'avant tout il faut occuper aujourd'hui Vereja. Que
le prince Poniatowski y marche avec son corps; qu'il se fasse précéder d'une
avant-garde de 5 à 600 hommes de cavalerie, de 1,000 hommes d'infanterie de ses
meilleurs marcheurs et de 1 ou 2 batteries d'artillerie légère; qu'ils y
arrivent aujourd'hui; que le reste de son corps suive. Peut-être que ses
coureurs seuls suffiront pour entrer à Vereja. Qu'aussitôt qu'il y sera, il se
mette en communication avec Gharodok-Borizow, où le
duc d'Abrantès a des postes fixes. Indépendamment de ce que cela établira tout
de suite mes communications avec Mojaïsk, j'ai grand besoin de recevoir et
d'envoyer des estafettes. Vous avez un poste de 100 hommes à Cherapowo, il faut
l'y laisser et y envoyer un officier de confiance, qui placera un cheval à
mi-chemin. Il y restera jusqu'à minuit ou trois heures du matin, heure où il
doit entendre l'explosion du Kremlin. Aussitôt qu'il l'entendra, il viendra,
ventre à terre, pour m'en instruire. Alors les piquets d'infanterie et de
cavalerie se mettront en marche pour venir à Tominskoié, où ils rejoindront
leur régiment. Dans tous les cas, ce détachement se mettra en marche à cinq
heures du matin, demain 23, s'il n'entend pas l'explosion. Cet officier, pour
mieux entendre l'explosion, pourra se porter un peu en avant avec le piquet de
cavalerie qui est là.
Quant au détachement que commande l'adjudant-commandant
Bournour, à la maison Gallitzin, le duc de Trévise a ordre de le ramasser en passant.
Comme l'ennemi croit avoir encore toute l'armée devant lui sur l'autre route,
il est convenable que vous ne montriez pas trop de troupes, et seulement ce
qui est nécessaire pour bien éclairer et avoir des nouvelles. L'occupation de Vereja
est la grande affaire d'aujourd'hui.
Fominskiya, 22 octobre 1812.
Ma bonne amie. Je n’ai pas de tes nouvelles
depuis 2 jours. Je t’ai prévenu que je me mettais en marche, qu’il ne fallait pas
t’inquiéter de demeurer trois jours, que tu pourrais être sans avoir de mes
lettres. Ma santé est bonne, mes affaires vont bien. J’ai abandonné Moscou
après avoir fait sauter le Kremlin. Il me fallait 20.000 hommes pour garder
cette ville. Détruit comme elle était, elle gênait mes opérations. Le temps est
très beau, il fait le matin du brouillard jusqu’à deux heures après-midi, alors
le temps devient très beau et le soleil est très chaud, le soir, belle lune
jusqu’à minuit. L’on n’a jamais vu un pareil temps. Adio,
moi ben, soie gaie et portes-toi bien. Tout à toi, 3 baisers au petit roi.
Fominskiya, 23 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Fominskiya.
Mon Cousin, écrivez au prince Poniatowski
que le vice-roi est entré hier à Borovsk; qu'il faut donc qu'il se mette en communication
avec lui. Écrivez au duc d'Elchingen que nous sommes entrés hier à Borovsk ;
qu'il a dû recevoir mes instructions sur sa marche d'aujourd'hui ; qu'il est
nécessaire qu'il ne laisse rien derrière lui ; que tous les renseignements
reçus hier 22 portaient que l'ennemi était encore devant lui dans ses anciennes
positions.
Fominskiya, 23 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Fominskiya.
Mon Cousin, écrivez au prince Poniatowski
que tous les régiments de marche d'infanterie, de cavalerie, les batteries
d'artillerie et autres objets que le duc d'Abrantès enverra à Vereya, seront
sous ses ordres, et que, lorsqu'il aura un ordre de mouvement, il ne doit rien
laisser, mais emmener tout avec lui jusqu'à ce qu'il rejoigne l'armée.
Faites-lui connaître également qu'il ne doit pas envoyer ses blessés et malades
sur Mojaïsk, ce qui encombrerait cette route, qui l'est déjà trop; qu'il vaut
mieux qu'il les mène avec lui.
Écrivez au général Teste, qui commande à
Viazma, une lettre que vous ferez passer par l'officier que vous expédiez au prince
Poniatowski et que celui-ci enverra au duc d'Abrantès, pour la transmettre.
Dans cette lettre vous ferez connaître au général Teste que l'intention de
l'Empereur est que le général Evers, avec une colonne de 3 à 4,000 hommes,
infanterie, cavalerie, artillerie, en prenant spécialement les régiments de
marche qui iraient rejoindre l’armée, se dirige de Viazma sur Youkhnov, à
dix-huit lieues de Viazma, et de là pousse des postes
jusqu'à l'intersection de ces routes à Znamenskoïe. Ce général mènera avec lui
les estafettes qui seraient arrivées de Smolensk. Il placera à chaque poste,
c'est-à-dire à Sosova, Trofimova et Andriéyenki, des détachements de 100 hommes
d'infanterie et d'un piquet de cavalerie, sous les ordres d'un commandant de
place, qui se retrancheront dans les maisons pour être à l'abri des Cosaques et
des paysans. Mandez au général Teste décrire à Smolensk pour faire connaître
que l'armée se dirige sur Kalouga, et de là prendra sa ligne d'opération sur
Yelnia. Donnez ordre au général Teste de retenir toutes les estafettes qui
passeraient, pour les diriger de Viazma sur Youkhnov, où il est probable que la
jonction se fera très-promptement, c'est-à-dire du 25 au 27.
Borovsk, 23 octobre 1812, sept heures et
demie du soir. (Sa Majesté, ayant dicté cette lettre en se mettant au lit, a
ordonné qu'elle fût envoyée sans sa signature. Signé Baron Fain. - Note de la
copie.)
A Eugène Napoléon,
vice-roi d'Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Fominskiya.
Mon Fils, beaucoup de renseignements
porteraient à penser que l'ennemi est encore aujourd'hui dans son ancienne
position de son camp retranché, à l'embouchure de l'Istia dans la Nara. Il
aurait craint d'être tourné par Fominskiya et aurait envoyé une colonne
d'infanterie et de cavalerie pour bien éclairer la marche des divisions françaises.
Cette colonne aurait suivi le mouvement de l’armée et se placerait cette nuit
sur la lisière des bois, entre Borovsk et son camp, à peu près à deux lieues de
la rivière, afin d'arrêter les mouvements de notre armée et de prévenir l'armée
ennemie, si nous la tournions en marchant sur elle. Si cela était ainsi, ce ne
serait que cette nuit, lorsque la petite ville que le général Delzons doit
occuper le serait, que l'ennemi pourra penser qu'au lieu de tourner sa position
pour l'attaquer nous marchons droit sur Kalouga. Il est nécessaire que le
général Delzons, aussitôt qu'il sera maître de cette petite ville, s'éclaire
bien sur sa gauche. II faut même que vous vous éclairiez beaucoup sur votre
gauche, et que vous me rendiez compte, demain matin de bonne heure, de ce que
vous aurez vu. Il faudra, à cet effet, envoyer sur votre gauche de fortes
reconnaissances une heure avant le jour. Nous faisons ici, depuis le général
Delzons jusqu'à Fominskiya, face à l'ennemi. Je serais aise si le général
Delzons s'emparait cette nuit de la petite ville. Vous pouvez lui donner pour
instruction que, si jamais il entendait une grosse canonnade, il devrait
retourner pour prendre part à la bataille. Si l'ennemi montre des feux,
faites-les bien observer ce soir.
1 Sa Majesté, ayant dicté celle lettre en
se mettant au lit, a ordonné qu'elle fût envoyée sans sa signature. Signé Baron
F.im. (Note de la copie.)
Borovsk, 23 octobre 1812
26e BULLETIN DE LA
GRANDE ARMÉE.
Après la bataille de la Moskova, le général
Koutouzov prit position à une lieue en avant de Moscou ; il avait établi
plusieurs redoutes pour défendre la ville; il s'y tint, espérant sans doute en
imposer jusqu'au dernier moment. Le 14 septembre, ayant vu l’armée française
marcher à lui, il prit son parti et évacua la position en passant par Moscou.
Il traversa cette ville avec son quartier général, à neuf heures du matin.
Notre avant-garde la traversa à une heure après midi.
Le commandant de l’arrière-garde russe fit
demander qu'on le laissât défiler dans la ville sans tirer : on y consentit;
mais, au Kremlin, la canaille, armée par le gouverneur, fit résistance et fut
sur-le-champ dispersée. 10,000 soldats russes furent le lendemain et les jours
suivants ramassés dans la ville, où ils s'étaient éparpillés par l'appât du
pillage; c'étaient d'anciens et bons soldats : ils ont augmenté le nombre des
prisonniers.
Les 15, 16 et 17 septembre, le général
d'arrière-garde russe dit que l'on ne tirerait plus et que l’on ne devait plus
se battre, et parla beaucoup de paix. Il se porta sur la route de Kolomna, et
notre avant-garde se plaça à cinq lieues de Moscou, au pont de la Moskova.
Pendant ce temps, l'armée russe quitta la route de Kolomna et prit celle de
Kalouga par la traverse. Elle fit ainsi la moitié du tour de la ville, à six
lieues de distance. Le vent y portait des tourbillons de flammes et de fumée.
Cette marche, au dire des officiers russes, était sombre et religieuse. La
consternation était dans les âmes : on assure qu'officiers et soldats étaient
si pénétrés, que le plus grand silence régnait dans toute l'armée, comme dans
la prière.
On s'aperçut bientôt de la marche de
l'ennemi.
Le duc d’Istrie se porta à Desna avec un
corps d'observation.
Le roi de Naples suivit l'ennemi d'abord
sur Podolsk, et ensuite se porta sur ses derrières, menaçant de lui couper la
route de Kalouga. Quoique le Roi n'eut avec lui que
l'avant-garde, l'ennemi ne se donna que le temps d'évacuer les retranchements
qu'il avait faits, et se porta six lieues en arrière, après un combat glorieux
pour l'avant-garde. Le prince Poniatowski prit position derrière la Nara, an
confluent de l’Istia.
Le général Lauriston ayant dû aller au
quartier général russe le 5 octobre, les communications se rétablirent entre
nos avant-postes et ceux de l'ennemi, qui convinrent entre eux de ne pas s'attaquer
sans se prévenir trois heures d'avance; mais le 18, à sept heures du matin,
4,000 Cosaques sortirent d'un bois situé à demi-portée de canon du général
Sébastiani formant l'extrême gauche de l'avant-garde, et qui n'avait été ni
occupé ni éclairé ce jour-là. Ils firent un hourra sur cette cavalerie légère
dans le temps qu'elle était à pied à la distribution de farine. Cette cavalerie
légère ne put se former qu'à un quart de lieue plus loin. Cependant, l'ennemi
pénétrant par cette trouée, un parc de douze pièces de canon et de vingt caissons
du général Sébastiani fut pris dans un ravin, avec des voitures de bagages au
nombre de 30, en tout 65 voitures, au lieu de 100 que l’on avait portées dans
le dernier bulletin.
Dans le même temps, la cavalerie régulière
de l'ennemi et deux colonnes d'infanterie pénétraient dans la trouée; elles
espéraient gagner le bois et le défilé de Voronovo avant nous. Mais le roi de
Naples était là ; il était à cheval, il marcha et enfonça la cavalerie de ligne
russe dans dix ou douze charges différentes. Il aperçut la division de six
bataillons ennemis commandée par le lieutenant général Müller, la chargea et
l'enfonça. Cette division a été massacrée. Le lieutenant général Müller a été
tué.
Pendant que ceci se passait, le prince
Poniatowski repoussait une division russe avec succès. Le général polonais
Fischer a été tué d'un boulet.
L'ennemi a non-seulement éprouvé une perte
supérieure à la nôtre, mais il a la honte d'avoir violé une trêve
d'avant-garde, ce qu'on ne vit presque jamais. Notre perte se monte à 800 hommes
tués, blessés ou pris; celle de l'ennemi est double. Plusieurs officiers
russes ont été pris ; deux de leurs généraux ont été tués. Le roi de Naples,
dans cette journée, a montré ce que peuvent la présence d'esprit, la valeur et
l'habitude de la guerre. En général, dans toute la campagne, ce prince s'est
montré digne du rang suprême où il est.
Cependant l'Empereur, voulant obliger
l'ennemi à évacuer son camp retranché et le rejeter à plusieurs marches en
arrière, pour pouvoir tranquillement se porter sur les pays choisis pour ses
quartiers d'hiver, et nécessaires à occuper actuellement pour l'exécution de
ses projets ultérieurs, avait ordonné, le 17, par le général Lauriston à son
avant-garde de se placer derrière le défilé de Vinkovo, afin que ses mouvements
ne pussent pas être aperçus.
Depuis que Moscou avait cessé d'exister,
l'Empereur avait projeté ou d'abandonner cet amas de décombres, ou d'occuper
seulement le Kremlin avec 3,000 hommes; mais le Kremlin, après quinze jours de
travaux, ne fut pas jugé assez fort pour être abandonné pendant vingt ou trente
jours à ses propres forces. Il aurait affaibli et gêné l'armée dans ses
mouvements sans donner un grand avantage. Si l'on eût voulu garder Moscou
contre les mendiants et les pillards, il fallait 20,000 hommes. Moscou est
aujourd'hui un vrai cloaque malsain et impur. Une population de 200,000 âmes
errant dans les bois voisins, mourant de faim, vient sur ses décombres chercher
quelques débris et quelques légumes des jardins pour vivre. Il parât inutile de
compromettre quoi que ce soit pour un objet qui n'était d'aucune importance
militaire, et qui est aujourd'hui devenu sans importance politique.
Tous les magasins qui étaient dans la ville
ayant été découverts avec soin, les autres évacués, l'Empereur fit miner le
Kremlin. Le duc de Trévise le fit sauter le 23, à deux heures du matin. L'arsenal,
les casernes, les magasins, tout a été détruit. Cette ancienne citadelle, qui
date de la fondation de la monarchie, ce premier palais des czars, ont été !
Le duc de Trévise s'est mis en marche pour
Vereya. L'aide de camp de l'empereur de Russie, Winzingerode, ayant voulu
percer, le 22, â la tête de 500 Cosaques, fut repoussé et fait prisonnier avec
un jeune officier russe, nommé Nariskine.
Le quartier général fut porté le 19 au
château de Troitskoïe; il y séjourna le 20. Le 21 il était à Ignatovo; le 22 â
Fominskiya, toute l'armée ayant fait deux marches de flanc, et le 23 à Borovsk.
L'Empereur compte se mettre en marche le 24 pour gagner la Dvina, et prendre une
position qui le rapproche de quatre-vingts lieues de Pétersbourg et de Vilna,
double avantage, c'est-à-dire plus près de vingt marches des moyens et du but.
De 4,000 maisons en pierre qui existaient à
Moscou, il n'en restait plus que 200; on a dit qu'il en restait le quart, parce
qu'on y a compris 800 églises; encore une partie en est endommagée. De 8,000
maisons en bois, il en restait à peu près 500. On proposa à l'Empereur de
faire brûler le reste de la ville pour servir les
Russes comme ils le veulent, et d'étendre cette mesure autour de Moscou; il y a
2,000 villages et autant de maisons de campagne ou de châteaux. On proposa de
former quatre colonnes de 2,000 hommes chacune, et de les charger d'incendier
tout à vingt lieues à la ronde.
Cela apprendra aux Russes, disait-on, à
faire la guerre en règle, et non en Tartares; s'ils brûlent un village, une
maison, il faut leur répondre en leur en brûlant cent. L'Empereur s'est refusé
à ces mesures, qui auraient tant aggravé les malheurs de cette noble nation. Sur
9,000 propriétaires dont on aurait brûlé les châteaux, 100 peut-être sont des
sectateurs du Marat de la Russie; mais 8,900 sont de braves gens déjà trop
victimes de l'intrigue de quelques misérables. Pour punir 100 coupables, on en
aurait ruiné 8,900. Il faut ajouter que l'on aurait mis absolument sans
ressources 200,000 pauvres serfs innocente de tout
cela. L'Empereur s'est donc contenté d'ordonner la destruction des citadelles
et établissements militaires selon les usages de la guerre, sans rien faire
perdre aux particuliers, déjà trop malheureux par les suites de cette guerre.
Les habitants de la Russie ne reviennent
pas du temps qu'il fait depuis vingt jours. C'est le soleil et les belles
journées du voyage de Fontainebleau. L'armée est dans un pays extrêmement
riche, et qui peut se comparer aux meilleurs de la France et de l'Allemagne.
Borovsk, 24 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Borovsk.
Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune en
chiffre, puisqu'il ne recevra pas cette lettre avant le 26 et qu'alors il aura
vu le général Nansouty. Faites-lui connaître qu'étant toujours sans estafette,
je ne sais pas le dernier état des choses de son côté; que j'ignore si les
événements l'ont forcé à quelques mouvements, mais que, dans le cas où il n'en
aurait fait aucun et que la division Girard serait encore disponible, ainsi que
la brigade de cavalerie légère, je désirerais qu'il se mît sur-le-champ en
route avec ses troupes pour venir à Yelnia et de là pousser sur la route de
Kalouga pour se rencontrer avec l'armée, afin de faire notre jonction ; s'il
peut se mettre en marche le 26, il pourrait être le 30 à cinq marches de
Kalouga ; que j'établis ma ligne d'opération d'abord par Viazma, Youkhnov et Znamenskoïe
jusqu'à ce que notre jonction soit faite avec lui ; qu'alors je l'établirai par
Smolensk et Yelnia ; qu'en parcourant ainsi une quarantaine de lieues il faut
qu'il ait soin d'organiser cette partie de la route en plaçant à chaque poste
un commandant d'armes, un détachement de 100 hommes et un relais pour
l'estafette; que ceci ne doit pourtant pas influer en rien sur le parti qu'il
avait à prendre s'il survenait quelque chose d'extraordinaire.
Ajoutez au duc de Bellune, en clair, que
l’armée est réunie à Borovsk, que Moscou a été évacué, après avoir frit sauter
le Kremlin, et que l'armée se dirige sur Kalouga; que la province de Kalouga
est une des plus abondantes de la Russie, et qu’en effet nous sommes ici dans
une grande abondance de tout.
Borovsk, 24 octobre 1812, 6 heures du
matin.
Ma bonne amie, je n’ai pas reçu de lettres
de toi depuis 3 jours parce que j’ai trois estafettes qui sont arrivées et
retenues dans un poste, parce qu’il a parut quelques
partisans. Je les ai envoyé prendre. Je les recevrai aujourd’hui. Mon armée est
en marche. J’ai fait sauter le Kremlin et quitté Moscou. Il ne convenait pas à mes projets d’y passer
mes quartiers d’hiver. Ma santé est bonne, le temps est beau, mes affaires vont
bien. Adio, moi ben. Tout à toi.
Borovsk, 26 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Borovsk.
Faites connaître au prince d'Eckmühl que le
prince Poniatowski est à Egorevskoïé ; qu'il était nécessaire là pour garder le
débouché qui vient de Medyne à Vereya; qu'il doit en partir au même moment que
le prince d’Eckmühl partira de Vereya ; qu'il se rentra sur Mojaïsk en droite
ligne ; qu'il faut que sa marche soit calculée de
manière à arriver à Mojaïsk avant le prince d’Eckmühl.
Donnez ordre au prince Poniatowski
d'envoyer un officier au prince d'Eckmühl et de recevoir ses ordres pour son
mouvement.
Faites connaître au prince Poniatowski
qu'il sera convenable qu’il disparaisse de nuit de devant les Cosaques et règle
sa marche de manière à arriver à Mojaïsk avant le prince d'Eckmühl.
Instruisez également le vice-roi de la
position du prince Poniatowski et de tous les mouvements.
Borovsk, 26 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Borovsk.
Mon Cousin, expédiez sur-le-champ un
officier au prince Poniatowski avec ordre de faire filer promptement ses bagages
sur Mojaïsk et de là sur Viazma, et d'aller prendre avec son corps une bonne
position à trois ou quatre lieues de Vereya, sur la route de Vereya à
Egorevskoïé, en tenant son avant-garde à ce dernier endroit, qui est à
l'embranchement de la route de Medyne à Mojaïsk. Quand il sera temps de partir
de ce point pour se rendre à Mojaïsk, je désire qu'il puisse effectuer ce
mouvement en un jour. Il comprendra que la position qu'il va prendre a pour
objet de couvrir la marche de l'armée. Il laissera sous les ordres du duc de
Trévise tous les régiments de marche français qu'il aurait.
Écrivez au duc d'Abrantès pour lui faire
connaître que l'armée russe s'était portée sur Malo-Yaroslavetz ; que son
avant-garde y arrivait sur une rive en même temps que notre avant-garde
arrivait sur l'autre ; que la ville est située sur la rive de l'ennemi et dans
une position très-élevée, ce qui a donné lieu à un combat qui a duré toute la
journée du 24; que, pendant que notre avant-garde soutenait ce combat, toute
l'armée russe est arrivée; que, de notre côté, de[ troupes du prince d'Eckmühl
sont arrivées au secours du vice-roi ; que nous sommes restés maîtres du champ
de bataille; que l'ennemi a perdu 7 à 8,000 hommes ; notre perte est de 2,000
tués et blessés ; le général Delzons a été tué; nous avons trouvé les cadavres
de deux généraux russes ; 250 à 300 prisonniers sont restés entre nos mains.
Écrivez aussi que le 25 l’armée a pris position; l'armée russe était vis-à-vis,
à une lieue en arrière de Malo-Yaroslavetz ; que nous marchions le 26
pour l'attaquer, mais qu'elle était en retraite; que le prince d'Eckmühl s'est
porté à sa suite; mais que le froid et la nécessité de se débarrasser des
blessés qui sont avec l'armée ont décidé l'Empereur à se porter sur Mojaïsk et
de là sur Viazma; qu'il est donc nécessaire qu'il écrive sur-le-champ au
commandant de Viazma pour que le détachement qu'on aurait envoyé sur Youkhnov
soit rappelé; que l'infanterie ennemie, depuis la bataille de la Moskova, est
extrêmement diminuée; qu'elle ne se compose pas de 15,000 vieux soldats; mais
qu'ils ont recruté leurs Cosaques, et que cette cavalerie, peu dangereuse en
réalité, fatigue beaucoup.
Recommandez au duc d'Abrantès d'avoir soin
qu'il ne parte pas de voitures sans prendre des blessés ou des malades ; de se
préparer à un mouvement qui, aussitôt qu'il sera remplacé, le portera sur
Viazma. Prévenez-le que le duc d'Elchingen a pris une route de traverse pour
se porter d'ici également sur Viazma ; enfin qu'il fasse tout ce qui lui sera
possible, et qu'il écrive au commandant de Viazma pour que la route soit bien
gardée et qu'on puisse facilement communiquer.
Écrivez au duc de Bellune à peu près la
même chose sur le combat, et, en chiffre, que l'intention de l'Empereur est de
se porter sur Viazma; que le mouvement sur Yelnia, s'il a été fait, aura été
utile, et qu'il faut envoyer à notre rencontre sur Viazma le plus de vivres
qu'on pourra et faire venir d'Yelnia sur Dorogobouje ce qui aurait été réuni et
dirigé sur Yelnia.
Borovsk, 26 octobre 1812.
Ma bonne amie. J’ai reçu ta lettre du 9.
Tous les détails que tu me fais du petit roi m’ont fait bien plaisir, et tout
ce que tu me dis de tes sentiments que tu exprimes si bien, parce qu’ils sont
sincères et purs comme toi, me font éprouver
bien de la satisfaction. S’il était possible que mon amour pour toi
augmentât toutes tes bonnes qualités ! Et l’estime qu’elles imposent à
tout le monde y serait bien propre. Tu verras par le Bulletin les nouvelles. Je
me rapproche de toi, et je vais penser à te faire venir en Pologne si ta santé
peut te permettre un aussi grand voyage. Adio, moi doulce amore. Tout à toi.
PS. Écris à la vice-reine que le vice-roi a
eu un beau combat, qu’il s’est distingué et qu’il se porte bien.
Borovsk,
26 octobre 1812.
Ma chère
amie, j’ai reçu ta lettre du 8 octobre. Je vois avec plaisir que ta santé est
fort bonne. Je partage le désir que tu as de voir la fin de tout ceci ; tu
ne dois pas douter du bonheur que j’aurai de t’embrasser, tu ne dois pas être
inquiète ni trop de chagrin. Cela pourra être, pourvu que ta santé soit assez
bonne. Le vice-roi a eu un très beau combat, où il a mis hors de combat à l’ennemi
5 à 6.000 hommes. Il se porte bien, instruis-en la vice-reine. Embrasses mon
fils 2 fois et ne doute jamais de ton fidèle époux.
Vereya, 28 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Vereya.
Mon Cousin, réitérez l’ordre au général
Marchand, qui part aujourd'hui de Mojaïsk, de faire charger tous les malades
et blessés qui sont à l'abbaye, en se servant à cet effet de tous les carrosses
et voitures, sans distinction. Donnez à cet effet des ordres à l'état-major
général. Je donne ordre au grand écuyer d'en prendre dans mes bagages au moins
cent.
Ghjatsk, 30 octobre 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major
général de la Grande Armée, à Ghjatsk.
Mon Cousin, le quartier général partira
aujourd'hui à deux heures après midi pour se rendre à Velitchevo, à quatre
heures d'ici. Le duc d'Istrie recevra l'ordre d'y envoyer 500 chevaux de la
Garde. Le duc de Trévise y sera rendu avec tout son corps. Le duc d'Abrantès
recevra ordre de dépasser ce lieu et d'aller bivouaquer à la poste. Les
équipages du grand et du petit quartier général fileront aussi loin qu'ils le
pourront. Le duc d'Elchingen ira entre Ghjatsk et Velitchevo.
La division de la vieille Garde restera ici
toute la journée pour se rallier et prendra quatre jours de vivres sur ses
caissons.
Le général Lauer et la gendarmerie seront
chargés de faire évacuer dans la journée les blessés et les malades qui sont à
Ghjatsk.
Le 2e et le 4e corps de cavalerie iront
prendre position aux environs de Ghjatsk, afin de garder, l'un la gauche et
l'autre la droite de la route pour protéger les bagages et la grande
communication.
La division Roguet se joindra à la vieille
Garde, aujourd'hui, à Ghjatsk, et prendra aussi ses vivres.
Le général Sébastiani et le général
Latour-Maubourg enverront un officier au duc de Danzig pour lui faire connaître
la position qu'ils prendront ce soir; cet officier restera auprès du maréchal,
afin que, si la route était inquiétée ou que ces corps eussent besoin d'être
soutenus, il leur envoyât l’ordre de venir prendre position près de lui.
Le vice-roi sera prévenu de ces
dispositions et du lieu où j'aurai mon quartier général, afin que le duc de
Danzig ait des forces suffisantes pour tout protéger.
Demain, s'il n'y a rien de nouveau, la
Garde se mettra en marche.
La vieille Garde partira à cinq heures du
matin ; la division Roguet ne partira que quand les troupes soit du vice-roi,
soit du prince d'Eckmühl seront à Ghjatsk. Les deux corps de cavalerie se
dirigeront, l’un par la droite, l'autre par la gauche, sur Viazma, pour y
arriver après-demain.
Le général d’artillerie, celui du génie,
l'intendant général, l'ordonnateur et tout ce qui appartient au quartier
général recevront des ordres en conséquence de ces dispositions.