1813
Paris, 2 mars 1813
Au général comte Bertrand,
Commandant le corps d'observation d'Italie, à Trieste
Monsieur le comte Bertrand, recommandez aux généraux qui
commandent vos divisions qu'on fasse faire aux aux troupes
l'exercice à feu deux fois par semaine; que, deux fois par
semaine, elles tirent à la cible, et enfin que trois fois elles
fassent des manoeuvres. On leur fera faire les colonnes d'attaque
par bataillon; on les fera charger en colonne d'attaque et en se
déployant sous le feu de la première division et faisant feu
tout en arrivant sur la ligne de bataille. On formera également
la colonne d'attaque, tandis que la division du centre commence
le feu de file et se déploie sous le feu de file. Après cela,
on fera une charge de cent pas, battant la charge simplement et
sans fion (???) ni variantes, et on fera faire feu de file à
tous les pelotons, à mesure qu'ils viendront se placer sous la
ligne de bataille. Vous ordonnerez aussi qu'on fasse souvent la
manoeuvre de se mettre üromptement en bataillon carré, en
ployant derrière les dernières divisions du bataillon, à
distance de peloton et en faisant feu de file. C'est la manoeuvre
qu'il est le plus nécessaire que les colonels connaissent bien,
car la moindre hésitation peut compromettre la troupe.
Enfin, ordonnez que chaque
compagnie de voltigeurs soit instruite à former promptement le
carré et à faire sur-le-champ feu de file, afin qu'étant en
tirailleurs ils puissent promptement se réunir et résister à
la cavalerie. Faites donner la poudre nécessaire pour ces
exercices, et annoncez que ce sont ces manoeuvres plus particulièremnt
que je ferai faire devant moi.
(même lettre au général Lauriston et au maréchal duc de Valmy)
Trianon, 13 mars 1813
Au maréchal Ney, prince de
la Moskova, commandant le 3e corps de la grande Armée, à Paris
Il est nécessaire que vous soyez arrivé du 15 au 17 à Hanau.
Vous verrez à votre passage à Mayence et à Francfort les
divisions de votre corps, et vous me rendrez compte de leur
situation, des colonels et des majors qui manqueraient, ainsi que
des chefs de bataillon. Le duc de Valmy vous instruira de tous
les officiers qui sont arrivés ou doivent arriver pour remplacer
les officiers qui seraient mauvais ou trop vieux.
Votre corps prend le titre de 3e corps de la Grande Armée :
votre 1e division prend le n° 8, la 9e le n° 9, la 3e le n° 10,
et la 4e le n° 11.
J'ai également placé sous vos ordres la 39e division et la 38e,
que commande le général Marchand. La 39e division est composée
de la brigade de Hesse-Darmstadt, de la brigade de Bade et du régiment
du prince Primat. La division n° 38 est composée du contingent
wurtemberbergeois. Le général Marchand doit se rendre à Würzbourg
pour y réunir cette division. Le grand-duc de Hesse-Darmstadt a
déja envoyé à Würzburg deux bataillons. Deux bataillons de
Bade sont partis, ainsi que deux bataillons wurtembergeois. Vous
aurez aussi la division bavaroise que commande le général de
Wrede; elle est forte de quinze bataillons et se réunit à
Baireuth et à Bamberg.
Votre corps d'armée consistera donc en sept divisions.
ARTILLERIE. Votre artillerle sera composée de quatre-vingt-douze
bouches à feu attachées à vos quatre divisions françaises, et
une soixantaine de bouches à feu attachées aux trois divisions
alliées; ce qui fera cent cinquante bouches à feu, avec un
simple approvisionnement. Vous n'aurez d'abord que ce simple
approvisionnement, mais dans le courant d'avril le deuxième
approvisionnement vous rejoindra.
CAVALERIE. J'ai donné ordre au duc de Padoue de prendre le
commandement de la cavalerie de votre corps d'armée. Le ministre
de la guerre vous enverra deux bons généraux de cavalerie. Le
10e de hussards, fort de 400 hommes, est déjà à Aschaffenburg;
mais il y a à Metz près d'un millier d'hommes; faites-vous-en
rendre compte à votre passage, et mettez en mouvement tout ce
qu'il aura de disponible; le grand-duc de Hesse-Darmstadt vous
fournit un régiment de 600 chevaux; Bade, un régiment de 600
chevaux; cela fera brigade de 9,500 chevaux. Le roi de Wurtemberg
fournit six régiments, qui feront 2,400 chevaux; cela fera votre
2e brigade. Enfin la Bavière fournit 2,000 chevaux, qui
formeront une 3e brigade. En sorte que dans le mois d'avril vous
aurez plus de 6,000 chevaux. Les 600 chevaux de Hesse-Darmstadt
ne sont pas encore disponibles, mais il y en a 300 prêts à
partir. Les 600 chevaux de Bade sont déjà partis. Ainsi, dans
le premier moment, vous n'aurez que l,000 à 2,000 chevaux.
Donnez ordre qu'on les exerce et qu'on ne les compromette en
aucune manière.
EQUIPAGES MILITAIRES. Une compagnie du 6e bataillon des équipages
maritimes, ayant quarante voitures, est déjà rendue à votre
corps. Sur ces quarante caissons, trente sont chargés d'effets
d'ambulance, et forment cinq ambulances, chacune de six caissons,
portant de quoi suffire au premier pansement de 10,000 blessés.
Vous attacherez une de ces ambulances, ou six caissons, à
chacune de vos divisions, et la cinquième à votre quartier général
Cela offrira de quoi fournir le premier pansement à 50,000 blessés.
La 2e compagnie de ce bataillon achève de se former et vous
rejoindra en avril.
GÉNIE. Vous trouverez arrivé à votre corps un bataillon de
sapeurs espagnols; vous en attacherez une compagnie à chaque
division.
Votre corps fera partie de l'armée du Main, que je commanderai
en personne. Le général Pernety, qui commande en second
l'artillerie de la Grande Armée sous les ordres du général
Sorbier, lequel reste à l'armée de l'Elbe, commandera en chef
l'artillerie de l'armée du Main. Le général Pellegrin sera le
directeur général du parc de l'armée du Main, et sera
directeur général en second des parcs de la Grande Armée, sous
les ordres du général Neigre, directeur général, qui restera
à l'armée de l'Elbe.
Aussitôt que votre le division que commande le général Souham,
aura ses généraux de brigade, ses colonels, son artillerie et
chirurgiens, vous la dirigerez sur Würzburg, après avoir préalablement
fait établir des ponts sur le Main. Vous ferez garder ces ponts
par des palissades qui serviront de corps de garde. J'ai ordonné
qu'on armât la citadelle de Würzburg; prenez toutes les mesures
pour que cela soit promptement exécuté, que l'artillerie soit
mise en batterie et que la place soit approvisionnée pour deux
mois, J'ai aussi ordonné que la petite citadelle de Koenigshofen
soit mise en état et armée de quelques canons. Kronach est également
mis en état; le roi de Bavière a déjà donné les ordres nécessaires.
Aussitôt que votre 2e division aura ses généraux, ses
colonels, son artillerie et ses chirurgiens, vous la dirigerez également
sur Würzburg; de même pour la 3e, de même pour la 4e.
Le ler avril vous porterez votre quartier général à Würzburg, afin de donner place à la Garde et au 2e corps d'observation du Rhin, qui prendra le titre de 6e corps de la Grande Armée. Le corps d'observation d'Italie prendra celui de 4e corps de la Grande Armée. Il débouche en ce moment dans le Tyrol; il arrivera du 10 au 15 sur le Main, et son quartier général sera à Nuremberg.
Soixante pièces de canon de ma Garde, 3,000 chevaux et 12,000 hommes d'infanterie se réunissent à Francfort. Le 3e corps de cavalerie se réunit à Metz.
Arrivé à Würzburg, vous occuperez les États de Saxe-Cobourg, Saxe-Memmingen et des autres petits princes de Saxe. Vous tirerez de partout des subsistances, et vous aurez soin d'avoir toujours pour dix jours de biscuit. Aussitôt que la citadelle de Würzburg sera en état, vous y ferez venir de Mayence un million de cartouches et dix mille coups de canon. Vous manderez au roi de Bavière de pousser sur Kronach également un million de cartouches et dix mille coups de canon. Le bataillon de marche du corps d'observation d'Italie, qui a été formé à Mayence et s'était mis en marche sur Bamberg, a reçu ordre de revenir à Würzburg; ce sera un fonds pour la garnison de cette ville. Aussitôt que le général Marchand sera arrivé à Würzburg et aura réuni la division de Darmstadt et de Bade, vous la pousserez sur Schweinfurt et Kronach. Aussitôt que les wurtembergeois seront arrivés, vous les placerez également en avant, et vous concentrerez les quatre divisions de votre corps à Würzburg et à une journée de marche de cette ville, en ayant soin de les cantonner dans les villages par bataillon entier, afin que vos troupes exercent constamment.
Il doit y avoir dans votre corps de quoi nommer à tous les emplois vacants. Présentez-moi des capitaines pour les places de chefs de bataillon, des lieutenants pour les places de capitaines et des sous-lieutenants pour les places de lieutenants; mais ne me présentez point pour les sous-lieutenances : il y a assez de sous-lieutenants sortant de l'école de Saint-Cyr pour remplir toutes les places vacantes. Il est nécessaire que les régiments formés de cohortes aient leurs colonels et leurs majors. Le colonel commandera le ler bataillon et le 2e bataillon, et le major commandera le 3e et le 4e. Faites-moi connaître les régiments qui n'ont pas d'aigles; on les préparera, et je les leur donnerai moi-même, ainsi qu'au 22e régiment de ligne, qui a perdu la sienne en Espagne. Il faut aussi que le colonel et le major du 22e de ligne soient au régiment.
Faites beaucoup faire l'exercice à feu et tirer à la cible. Vous ferez aussi beaucoup manoeuvrer et faire des ploiements et des déploiements, et le bataillon carré, qu'il faut que les chefs de bataillon sachent faire si promptement pour être à l'abri d'une charge de cavalerie.
Vous verrez le règlement que j'ai pris sur les bagages; tenez la main à son exécution. Je n'accorde point de caissons aux régiments pour leurs papiers; je leur donne, en place, des chevaux de peloton. Moins il y aura de voitures, mieux cela vaudra; notre armée a besoin d'être leste.
Votre ordonnateur fera toutes les réquisitions nécessaires pour remplir vos magasins; il payera tout avec des bons bien en règle, qui seront ensuite liquidés.
Chaque régiment provisoire doit être commandé par un colonel en second, un major ou un major en second. Passez tous vos corps en revue, comme je les passe moi-même, et faites-moi connaître le résultat de ces revues. Ayez soin de joindre à vos propositions étais de service des différents officiers, afin que je puisse fairi nominations sans les renvoyer au ministère de la guerre.
Le 2e corps d'observation du Rhin, qui devient le 6e corps de la Grande Armée, sera à Hanau le 1er avril , et probablement, à la même époque, j'aurai moi-même mon quartier général à Francfort. Stettin , Küstrin et Glogau ont de fortes garnisons. Le vice-roi sera le 7 à Wittenberg, ayant évacué Berlin et laissé une bonne garnison à Spandau. Wittenberg est en état de défense. Torgau a une bonne garnison saxonne. Le général Reynier était encore à Dresde. Le général Lauriston est à Magdeburg. J'ai ordonné au vice-roi de prendre un camp à une lieue en avant de Magdebourg, d'en fortifier les ailes par des redoutes, d'y faire baraquer ses troupes, et de réunir les quatre divisions du corps d'observation de l'Elbe, devenu le 5e corps de la Grande Armée, les trois divisions du 11e corps et la division de la Garde; ce qui lui fera huit divisions. Le prince d'Ecmühl, avec une division du 1er corps, est sur l'Elbe, à moitié chemin entre Hambourg et Magdeburg. Le duc de Bellune, avec une division du 2e corps, est sur la gauche, ayant son quartier général à Dessau.
Il y a à Wittenberg une garnison de 3,000 hommes. Si le général Reynier était obligé d'évacuer Dresde, il se retirerait derrière la Mulde pour couvrir Leipzig, et se rapprocherait de la droite du vice- roi. Dans le cas où le vice-roi serait obligé de quitter Magdeburg, il y laisserait le général Haxo pour gouverneur et les deux divisions des 1er et 2e corps pour garnison, et se retirerait sur Cassel et Hanovre; mais je ne pense pas que cette hypothèse puisse se réaliser. Erfurt a 2,000 hommes de garnison; la citadelle est armée et approvisionnée; j'ai ordonné de construire des tambours aux portes de la ville pour la mettre à l'abri des Cosaques.
Votre premier but doit être de former vos troupes, de préparer vos magasins et de réunir des vivres; ensuite de couronner les montagnes de la Thuringe et d'empêcher l'ennemi, s'il était en force à Dresde, de déboucher sur Leipzig et Erfurt pour se porter sur la droite du vice-roi, ce qu'il ne pourrait pas faire sans laisser la moitié de son armée pour vous masquer. En général, je désire qne les divisions françaises soient concentrées dans la plaine autour de Würzburg, et que les positions dans les montagnes soient occupées par les troupes alliées.
J'ai demandé une réserve de 10,000 quintaux de farine à Würzburg. Il serait bon d'y avoir une manutention dune vingtaine de fours; je ne sais si celle que j'y avais fait établir dans la campagne de 1806 a été démolie.
Mon intention est de prendre vigoureusement l'offensive au mois de mai, de reprendre Dresde, dégager les places de l'Oder, et, selon les circonstances, débloquer Danzig et rejeter l'ennemi derrière la Vistule. Le corps autrichien et le corps polonais du prince Poniatowski sont derrière la Pitica. Les Polonais se réorganisent derrière les Autrichiens, et ils sont déjà au nombre de 15,000 hommes.
Instruisez-moi en détail de la situation de vos corps, et rendez- moi présent à toutes les revues que vous passerez.
Paris, 27 mars 1813
Au général comte Bertrand, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Vérone
Le carré se forme indistinctement sur toutes les divisions d'une troupe en ligne, parallèlement ou perpendiculairement à cette ligne, et selon les circonstances et la nature du terrain; il y a, à la suite de l'Ordonnance, une instruction sur ce point, donnée, je crois, en 1805, qui ne laisse rien à désirer; mais il importe de la rendre familière aux troupes et de faire serrer les serre-files sur le troisième rang, le carré étant formé et la cavalerie cherchant à l'enfoncer. Il convient qu'une compagnie de voltigeurs ait toujours une réserve sur laquelle elle se ralliera, quand elle ne pourra résister à une charge étant en tirailleurs.
La colonne d'attaque se formera toujours d'après les principes de l'Ordonnance; mais, si la ligne devait se porter en avant dans cet ordre, la première division, ou division de tête de chaque colonne, croiserait la baïonnette, et, arrivées à la hauteur où la ligne devra s'arrêter, ces mêmes divisions de tête ouvriront leur feu de deux rangs, et les colonnes se déploieront sous la protection de ce feu.
Je désire dans cette manoeuvre plus de promptitude que n'en indique le règlement, c'est-à-dire que chaque peloton doit commencer son feu en arrivant sur la ligne, et qu'il faut supprimer les guides.
Si l'on se trouvait dans le cas de se remettre en colonne d'attaque, le feu étant établi sur toute la ligne, on pourrait de même le faire sous la protection du feu des divisions de tête; mais alors le chef de chaque bataillon fera prévenir, par son adjudant-major et ses adjudants, les chefs des pelotons des ailes du mouvement qu'ils devront exécuter, le roulement pour faire cesser le feu ne devant pas être ordonné. La charge ne doit jamais se battre qu'en présence de l'ennemi ou à la manoeuvre , et toujours de la manière la plus simple, c'est la plus imposante. L'instruction sur le tir à la cible est bonne; il faut s'attacher à faire tirer beaucoup, individuellement, et donner un léger encouragement aux plus adroits.
Mayence, 17 avril 1813
Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la grande Armée, à Eisenach
Je recois au moment même votre rapport, daté de Hanau 10 avril, qui revient de Paris.
Vous trouverez ci-jointe la notice des décrets que je viens de prendre; faites reconnaître ces officiers sur-le-champ. Il est de plus haute importance que vous présentiez de bons sujets pour les places vacantes dans les régiments de marine. Que votre présentation arrive dans vingt-quatre heures, vous aurez sur-le-champ les décrets, et, sans perdre de temps, vous ferez reconnaître ces officiers. Ayez toujours soin de prendre de bons officiers et de les prendre dans un régiment pour suppléer à ce qui manquerait dans l'autre. Aussitôt que j'aurai votre rapport, il n'y aura plus rien à faire sous ce point de vue.
De toutes les manoeuvres, je dois vous recommander la plus importante : c'est le ploiement en carré par bataillon. Il faut que les chefs de bataillon et les capitaines sachent faire ce mouvement avec la plus grande rapidité; c'est le seul moyen de se mettre à l'abri des charges de cavalerie et de sauver tout un régiment. Comme je suppose que ces officiers sont peu manceuvriers, faites-leur-en faire la théorie, et qu'on la leur explique tous les jours, de manière que cela leur devienne extrêmement familier.
Pour le 25e régiment, vous parlez toujours de vos envois au minitre de la guerre : envoyez-moi les demandes et les propositions nécessaires pour compléter ce régiment. Choisissez les officiers pour le 86e dans le 47e, et que par ce moyen ce régiment provisoire soit complété en officiers. Vous ne parlez pas du major ou colonel qui commande le 25e provisoire. J'écris au ministre de la guerre pour faire rejoindre les deux compagnies du 86e qui sont dans la Mayenne.
Donnez des ordres pour que le bataillon espagnol ne soit pas envoyé en détachement et qu'on l'ait toujours sous la main, à l'abri de la séduction. Il ne faut point l'employer au service d'avant-garde, ni d'escorte, mais le tenir toujours ensemble et au milieu des bataillons francais.
Sur les officiers revenus d'Espagne, on va vous envoyer les officiers dont vous avez besoin. Envoyez la récapitulation de ce qui vous manque en colonels, majors, majors en second, chefs de bataillon , capitaines, etc.