Les départements coloniaux


La République hérita des diverses colonies de la couronne de France mais, peu après l'entrée en guerre de l'Angleterre (1793), elle les perdit quasiment toutes les unes après les autres. Certaines furent récupérées. D'autres tombèrent aux mains d'assemblées coloniales qui rompirent totalement ou partiellement les liens avec la métropole. Par la paix de Bâle (22 juillet 1795) avec l'Espagne, la France reçut la partie orientale de l'île de Saint-Domingue (mais cette possession resta toute théorique avant janvier 1801), tandis que la partie occidentale, déjà française, était en proie à la rébellion des habitants noirs et mulâtres.

Les colonies ne furent organisées en départements que sous l'empire de la Constitution de l'an III (23 septembre 1795/24 décembre 1799). Sous l'empire des constitutions consulaires et impériale (1799-1814), les colonies ne gardèrent en commun avec les départements métropolitains que l'institution du préfet (ici : préfet colonial), qui se trouvait subordonné à un capitaine-général, chef suprême de la colonie.

Dans la colonie révoltée de Saint-Domingue, une Assemblée coloniale adopta en juillet 1801 une constitution coloniale qui procédait à une nouvelle division des départements de l’île. Cette nouvelle subdivision servit plus tard de trame à l’organisation des départements de l’État indépendant d’Haïti, proclamé dans la partie occidentale de l’île le 1er janvier 1804 (voir Haïti).

Pour la plupart récupérées en vertu de la paix d'Amiens (27 mars 1802), les diverses colonies furent reperdues les unes après les autres durant les années qui suivirent.

Les petits établissements des îles Saint-Pierre-et-Miquelon (françaises jusqu'en 1793 et un court temps de 1802 à 1803) et des comptoirs du Sénégal (français jusqu'au 13 juillet 1809) ne furent jamais concernés par cette organisation administrative.

 

Les départements inscrits dans la Constitution de l'an III

 

NOM

Nom en langue locale

Date d'organisation

Chef-lieu

FRANCE (Île-de-) (1)

 

(jamais)

Port-de-la-Montagne(2)

GUADELOUPE (3)

 

25.10.1797

Port-la-Liberté (4)

GUYANE (5)

 

25.10.1797

Cayenne

INDES-ORIENTALES (6)

?

(jamais)

Pondichéry (Pondicherry)

INGANNE (7)

Inganna

25.10.1797

Saint-Domingue (Santo-Domingo)

LUCIE (SAINTE) (8)

 

(jamais)

Port-Castries (9)

MARTINIQUE (10)

 

(jamais)

Fort-de-France

NORD (7)

 

25.10.1797

Cap-Français (11)

OUEST (7)

Ouest/Oeste

25.10.1797

Le Port-Républicain (12)

RÉUNION (Île-de-la) (13)

 

(jamais)

Saint-Denis

SAMANA (7)

Samana

25.10.1797

Saint-Jacques (San Yago)

SUD (7)

Sud/Sur

25.10.1797

Les Cayes

(1) Département comprenant l'Île de France (actuellement Île Maurice), les îles ou archipels de Rodrigue, Seychelles, Amirantes ainsi que les comptoirs français de Madagascar. Le département était aux mains d'une assemblée coloniale sans rapports avec la métropole. Cette assemblée divisa la colonie en huit cantons.

(2) Aujourd'hui Port-Louis. L’assemblée coloniale, le 4 novembre 1795, lui rend son ancien nom de Port Louis, ou Port Nord Ouest.

(3) Département comprenant la Guadeloupe proprement dite, les îles des Saintes, de la Désirade, de Marie-Galande et la partie française de Saint-Martin.

(4) Aujourd'hui Pointe-à-Pitre.

(5) Département comprenant les colonies de Cayenne et de la Guyane (plus étendue que la Guyane française actuelle).

(6) Département formé des comptoirs de Chandernagor, Pondichéry, Yanaon, Karikal et Mahé, ainsi que des loges de Patna, Cassimbazar, Dacca, Jouqdia, Hougly, Balassore, Masulipatam, Calicut et Sourate. Le département était aux mains des Anglais.

(7) Départements formés à l'intérieur de l'île de Saint-Domingue. La Constitution de l'an III prévoyait la division de l'île en quatre départements au moins, six au plus. La loi en organisa cinq. Il est à noter - cas unique - que l'un des départements coloniaux ainsi créés (Nord) portait le même nom que l'un des départements métropolitains existants. Néanmoins, il faut noter qu’avant janvier 1801, l’existence des départements d’Inganne, de Samana et, partiellement, du Sud, est toute théorique puisque les troupes françaises n’occupent Santo Domingo et sa province qu’à cette époque. Le 6 juillet 1801, la Constitution votée par l’Assemblée de Saint-Domingue disposera d’une nouvelle subdivision de l’île en six départements (voir Haïti).

(8) Département comprenant les colonies de Sainte-Lucie et Tabago (aujourd'hui Tobago). Le département était aux mains des Anglais.

(9) Aujourd'hui Castries.

(10) Le département était aux mains des Anglais.

(11) Aujourd'hui Cap-Haïtien.

(12) Aujourd'hui Port-au-Prince.

(13) Le département était aux mains d'une assemblée coloniale contrôlée par les royalistes.

Les colonies sous l'empire des Constitutions des ans VIII, X et XII

NOM

Date d'érection

Présence effective

Chef-lieu

DOMINGUE (SAINT) (1)

03.1801

1799-07.07.1809

Le Port-Républicain; puis (1802) Saint-Domingue

GUADELOUPE

19.04.1801

1799-06.02.1809

Pointe-à-Pitre

GUYANE

?

1799-12.01.1809

Cayenne

INDES-ORIENTALES (2)

03.02.1803

15.08.1803-02.09.1810

Port-Louis (Port-Napoléon en 1809)

INDES-ORIENTALES (3)

09.07.1810

18.02.1811-18.09.1811

Batavia (auj. Jakarta)

LOUISIANE (4)

1802

30.11.1803-20.12.1803

La Nouvelle-Orléans (auj. New-Orleans)

MARTINIQUE (5)

26.05.1802

09.1802-24.02.1809

Fort-de-France

TABAGO

30.06.1802

1802-1803

Scarborough

(1) Colonie regroupant officiellement l'ensemble des cinq anciens départements de l'île. La partie occidentale (ex-française) fut perdue dès 1802/1803 et se déclara indépendante le 1er janvier 1804. Les troupes et administration françaises continuèrent de contrôler la partie orientale (ex-espagnole) jusqu'à la capitulation du 7 juillet 1809.

(2) Colonie regroupant les anciens départements de l'Île de France, des Indes-Orientales et de l'Île de la Réunion (devenue Île Bonaparte le 2 février 1809). Les comptoirs et loges de l'Inde ne furent jamais rétrocédés par les Anglais, malgré les dispositions de la paix d'Amiens. Rodrigue fut rapidement reperdue. La Réunion fut définitivement reprise par les Anglais le 9 juillet 1810. Les Seychelles le furent le 10 juillet 1811 et la même année, le pavillon français était baissé à Tamatave et dans les autres comptoirs de Madagascar.

(3) Les Indes orientales ex-bataves, ex-hollandaises, devinrent de jure françaises par l'annexion du royaume de Hollande à l'Empire français (9 juillet 1810). La colonie, essentiellement composée (encore que partiellement) des îles de Java et Madura, était divisée en 10 préfectures (voir Hollande). Elles deviennent françaises de facto le 18 février 1811 (le drapeau français est hissé à Batavia au lieu du drapeau hollandais) mais sont perdues définitivement dès le 18 septembre suivant. Nous n'avons pas repris ici les autres colonies de jure hollandaises (Cap de Bonne-Espérance, Guyane, Antilles, golfe de Guinée) qui étaient déjà aux mains des Anglais lors de l'annexion de 1810 et ne furent dès lors jamais de facto sous souveraineté française.

(4) La colonie espagnole (ex-française) de la Louisiane fut restituée à la France par le traité secret de San Ildefonso (1er octobre 1800). Mais par un nouveau traité secret, la colonie fut vendue aux États-Unis d'Amérique (30 avril 1803) avant d'avoir été effectivement récupérée. L'affirmation de la souveraineté française n'y dura effectivement que moins d'un mois.

(5) Les colonies de la Martinique et de Sainte-Lucie sont regroupées en un même et unique capitanat général. Sainte-Lucie sera reperdue dès 1803.