Les départements et subdivisions de même ordre créés à travers
l'Europe et ses colonies entre 1789 et 1815 à l'imitation de ce qui se fit en France
par
© Milou (Émile) RIKIR, en collaboration
avec
Jean-Jacques SUDRE
Édition revue et augmentée
Octobre 2002 (Brumaire an CCXI)
INTRODUCTION
Lorsque l'Assemblée Nationale Constituante
française décide, durant l'automne de l'an I de la Révolution et de la Liberté,
de donner un visage nouveau, unifié, à la carte administrative du Royaume de
France, son ambition est grande. Mais la majorité des Constituants est loin
d'imaginer combien le concept de "département" qu'ils créent va
susciter, à travers les décennies et les siècles suivants, et de surcroît à
travers les frontières européennes et même les continents, un tel enthousiasme
auprès de tous les hommes d'État désireux d'établir dans leur pays un cadre
administratif adéquat.
Aujourd'hui, sur pratiquement tous les
continents, un ou plusieurs États ont adopté le département comme degré
administratif intermédiaire entre le pouvoir central et les administrations
locales. Plusieurs républiques d'Amérique latine, beaucoup des républiques
africaines héritières des anciennes colonies françaises sont dans ce cas. Et
cela, aux côtés d'une France qui, nonobstant les changements de régime depuis
cette époque, que ce soit sous les rois, les empereurs ou les présidents, n'a
encore jamais remis en cause la division de son territoire en départements.
Le département "s'exporta", si
l'on peut dire, en premier lieu du fait de la guerre et des premières conquêtes
révolutionnaires (automne et hiver 1792/1793). Il ne s'agissait, dans un
premier temps, que de rendre à la France ses "frontières naturelles".
L'objectif fut - partiellement - atteint dès 1797 avec l'annexion (officielle
en 1801) des quatre départements cisrhénans.
Dans le même temps, les divers succès des
armées républicaines conduites par le général BONAPARTE dans la péninsule
italienne donnèrent naissance aux premières "républiques-soeurs".
Celles-ci adoptèrent quasiment de manière unanime le département comme
subdivision administrative. Une d'entre elles, cependant, fit exception, la
République helvétique qui, après moults projets, finit par garder sa
subdivision en cantons. Mais ceux-ci perdirent toute autonomie et furent
désormais dirigés par des préfets, fonctionnaires publics qui allaient inspirer
le premier Consul lorsqu'il choisit de réorganiser l'administration française
au début de 1800. On le voit, même si le contenant n'était pas parfaitement
identique, le contenu, lui, l'était; c'est bien le modèle départemental qui
s'exportait, pas forcément le terme.
Les diverses conquêtes napoléoniennes
fabriquèrent une France de 130 départements, comme l'on sait (et même 134, si
l'on veut bien compter les départements créés dans la Catalogne-Sud). Mais de
nombreux États vassaux, satellites ou alliés de l'Empire français adoptèrent
eux aussi le modèle départemental. Dès cette époque même, le modèle fut exporté
par le royaume de Hollande dans sa colonie des Indes orientales.
Le modèle était si bien adopté qu'en 1814,
à la chute de l'Empire, rares furent les États qui le remirent fondamentalement
en cause. Quand bien même ils le firent, ce le fut d'ailleurs bien souvent dans
le sens d'une rationalisation plus grande encore (comme dans plusieurs États
allemands). Il est en tout cas notable que les Bourbons (en France et à Naples
mais pas en Espagne) qui retrouvèrent leur trône à cette époque ne remirent pas
du tout en cause, ou seulement de manière accessoire, cette nouvelle structure.
C'est pourquoi il nous a semblé utile de
livrer aux lecteurs les résultats de nos recherches. Bien des informations
manquent encore pour donner un tableau tout-à-fait précis de l'ensemble. Nous
remercions par avance tous les lecteurs et chercheurs qui nous apporteraient
des éclaircissements sur tel ou tel aspect particulier de cette vaste question.