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L'Empereur détrôné Napoléon dans la caricature |
Dinspiration nationaliste, comme en
Allemagne ou en Russie, ou tout simplement politique et
idéologique, comme en France (héritage révolutionnaire
oblige), la caricature peut se définir comme un acte de liberté
de lopinion, et ceci dans toute lEurope
napoléonienne.
Sur un continent largement contrôlé par
ladministration impériale, la caricature apparaît comme
un « combat de lombre », et il ne faut donc pas
sétonner quune grande proportion de celles
apparaissant en France, en Allemagne (sous limpulsion de la
Prusse), en Russie, ne soient pas signées, ou sous la forme
dun simple monogramme, difficile quelquefois à décrypter.
Ce nest évidemment pas le cas pour la production anglaise
(absente dans cette exposition). Dans un pays où la liberté de
la presse obéit à une longue tradition, et qui soppose à
la France depuis le début de la Révolution - l'Angleterre,
jamais envahie, mais toujours en guerre, se refusera toujours à
reconnaître l'Empereur, qui demeurera pour elle le général
Buonaparte ! - les artistes (comme le célèbre Gillray) et
leurs éditeurs nhésitèrent jamais à signer leurs
uvres.
Les caricatures présentées ici, sont, dans leur
grande majorité, dorigine française et sont toutes
postérieures à lannée 1812 année de la fatale
campagne de Russie.
Ce fait traduit bien entendu la condition de la
censure française jusquà cette époque, et son
relâchement relatif à partir des guerres de libération en
Allemagne. Car, même si les efforts des caricaturistes pour
contrecarrer lÉtat furent, jusquà cette année là,
certains, comme en témoignent les archives de la Police, il
ne faut pas sétonner, compte tenu, justement, de
lefficacité de cette police impériale, dirigée par
Fouché, que la caricature française ne prenne vraiment son
essor quaprès 1814, grandement aidée, semble-t-il, par
lassociation secrète royaliste et catholique des
Chevaliers de la Foi.
Les auteurs, lorsquils ont signé leurs
uvres (à peu près 50% des dessins présentés ici sont en
effet anonymes) sont des artistes relativement réputés dans ce
domaine, comme Lacroix, Dubois, Elie ou Bassompierre.
La caricature anti-napoléonienne vise à
démobiliser les opinions publiques, tout en les
ménageant : il sagit de rejeter sur le seul Napoléon
les maux qui accablent les citoyens des pays quil gouverne.
Cest ainsi que les caricaturistes français
évitèrent de trop froisser le peuple en rappelant les origines
révolutionnaires du gouvernement impérial. On ne relève guère
que quelques uvres rappelant les sources républicaines du
régime, comme Les Trois Fédérés (n° 9), de Lacroix. De
même, Napoléon est rarement assimilé au contraire de ce
qui se faisait en Allemagne à un dieu de la guerre et de
la mort.
Alors, quoi de mieux que dattaquer
limage de lEmpereur et la noircir ? même
si les attaques touchèrent également dautres personnages,
comme le maréchal Ney ou la "hyène" (reine) Hortense
- Cest lusurpateur que lon attaque : il
sagit en effet non pas de changer de régime, mais de
replacer sur le trône un héritier de droit divin
« légitime » - Louis XVIII. Il sagit là
dune manuvre très habile.
Mais on ne sattaque pas au physique de
Napoléon dailleurs, peu propre à des
représentations caricaturales mais à ses particularités
psychologiques ou supposées telles. On le présente alors comme
pervers, ambitieux, envieux, méprisant, calculateur et lâche.
Le voilà tantôt rasé (n° 1, n° 3), tantôt
poilu comme un singe (n° 16). Souvent, on le déculotte,
Napoléon se faisant impudiquement baiser le postérieur par un
entourage servile (n° 14), fouetter ou battre lorsquil
sert de grosse caisse à lEurope (n° 2).
On dérive aussi du registre pornographique au
scatologique, Napoléon déféquant et vomissant à plaisir (n°
14).
Le recours à limage animalière fera
également recette. Cest essentiellement la
caricature anglaise qui sera la championne de cette animalisation
de limage de Napoléon, ou des bêtes associées à cette
image. Mais elle est aussi présente dans la production
continentale, comme on peut en juger ici : on voit en effet
apparaître le lapin fuyant (n° 13), les rats (n° 32), les poux
(n° 11), le bouc ou le chat (n° 32).
Lorsquil sera déchu, ou sur le point de
lêtre, on verra lex-empereur transformé en un jouet
livré au bon plaisir de ses vainqueurs, quil sagisse
dune toupie (n °23) ou dun volant (n° 24).
Pratiquement toutes les caricatures sont assorties
de textes, soit à lintérieur de limage, soit sous
forme de « bulles » (inventées par les dessinateurs
anglais) : le spectateur devient alors lecteur, il ne peut
se passer ni du titre, ni du commentaire.
Très rapidement, le public fut pris dun
goût certain (sinon en France, du moins en Angleterre et en
Allemagne) pour ces gravures satiriques et contestataires. Ici et
là, des collectionneurs trouvèrent là un nouveau champ
dintérêt.
La série de caricatures présentées ici fait partie de la collection encore conservée de nos jours à l'abbaye de Klosterneuburg, près de Vienne (Autriche). Elles furent rassemblées par lun de ses vénérables membres, le chanoine Vinzenz Seback, alors également Recteur de lUniversité de Vienne.
Elles furent publiées - en noir et blanc - dans "Napoleon in Österreich - Szenen und Karikaturen aus Klosterneuburgs Franzosenzeit " - V. D. Ludwig und Claire E. Stransky - Wien, Berlin, 1927 - Reinhold Verlag.
Rarement exposées (la dernière
fois, en 1973), elles sont parvenues jusquà nous dans une
parfait état de conservation.
Il est à noter que le thème de beaucoup d'entre elles fut repris dans différents pays (Angleterre, Allemagne, notamment)
Ces caricatures ont été exposées, du 9 au 27 septembre 2003, à l'Institut Français de Vienne (Autriche), durant l'esposition "L'Empereur détrôné". Les photographies utilisées ici sont toutes dues à M. Michel Mougey, qui a bien voulu les mettre à notre disposition, ce dont nous le remercions bien vivement.
Les différentes notices doivent
beaucoup au livre "Napoléon vu à travers la
caricature" Ouvrage collectif sous la direction de
Hans-Peter Mathis. Verlag NZZ, 1998