Consulat - Premier Empire
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Lettre de Bonaparte à Monsieur Naudier, capitaine d'artillerie
(27 juillet 1792)
(NDLR : ce document – il s'agit d'une copie manuscrite - porte la mention : "écrite sans doute de la Corse", ce qui ne peut être correct, puisque Bonaparte est alors à Paris)

(Note ajoutée le 14 octobre 2008 : il s’agit en fait de la copie d’une lettre écrite le 27 juillet 1791, comme nous l’a fait remarquer l’un de nos lecteurs, qui possède l’original de cette lettre. Cette date est d’ailleurs confirmée dans l’Itinéraire de Napoléon au jour le jour – Tulard et Garros)

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Monsieur,

Tranquille sur le sort de mon pays et la gloire de mon ami (note ajoutée : je pense Paoli) je n'ai plus de sollicitude que pour la mère patrie, c'est à en conférer avec vous que je vais employer les moments qui me restent de la journée. S'endormir, la cervelle pleine de la grande chose publique et le cœur ému des personnes  que l'on aime et que l'on a un regret sincère d'avoir quitté : c'est une volupté que seuls les grands épicuriens connaissent.

Aura-t-on guerre ? se demande-t-on depuis plusieurs mois. J'ai toujours été pour la négative. Voyez mes raisons.

L'Europe est partagée par des souverains qui commandent à de hommes, et par des souverains qui commandent à des bœufs ou à des chevaux..

Les premiers comprennent parfaitement la révolution; ils en sont épouvantés, ils feraient volontiers des sacrifices pécuniaires pour l'anéantir; mais ils n'oseront jamais lever le masque, depuis que le feu se prend chez eux. Voilà l'histoire de l'Angleterre, de la Hollande, etc.

Quant aux souverains qui commandent à des chevaux, ils ne peuvent saisir l'ensemble de la constitution; ils la méprisent, ils croient que ce chaos d'idées incohérentes entraînera la ruine de l'empire français. A leurs dire, vous croiriez que nos braves patriotes vont s'entr'égorger, de leur sang purifier cette terre des crimes commis contre les rois, et ensuite ployer la tete plus bas que jamais sous le despote sinistre, sous les..... et surtout sous les brigades à parchemins. Ceux-ci ne feront donc aucun mouvement, ils attendent le moment de la guerre civile qui selon eux  ou leur plat ministre est infaillible.

Ce pays-ci est plein de zèle et de feu. Dans une assemblée composée des 22 sociétés des trois départements l'on fit la pétition que le roi fut jugé.

Mes respects à Madame  ****, à Marescot et à Madame de Gai; j'ai porté un toast aux patriotes d'Auxonne lors du banquet du 14. Ce régiment-ci est très sûr, en soldats, sergents et la moitié des officiers. Il y a deux places vacantes de capitaine.

Respect et amitié.

Buonaparte.

PS. Le sang méridional coule dans mes veines avec la rapidité du Rhône, pardonnez donc si vous éprouvez de la peine à lire mon griffonnage.