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Consulat
- Premier Empire |
Cet article a d'abord paru dans Stamp News Australasia May 1990. Nous remercions son auteur pour l'autorisation qu'il nous a accordée d'en publier ici la traduction. Le document est non seulement intéressant par les informations anecdotiques qu'il contient sur le court séjour de Napoléon en Angleterre, mais aussi par le croquis qu'il contient.
(Les notes entre parenthèse sont de l'auteur)
Lors de l'exposition Quespex 79, dans Brisbane, j'ai acheté
une vieille lettre quelque peu souillée d'eau, parce que je n'avais jamais vu
le cachet de la poste auparavant. Il s'agissait du Dock de Plymouth, daté le 11
août 1815. Le cachet de la poste incorporait le chiffre 200, qui est la
distance en milles de Londres. Le '11' écrit dans le manuscrit, sur l'en-tête,
correspondait au coût pour envoyer une une lettre à une destination située
entre 170 et 330 milles. Ce taux fut en application de 1812 à 1839, lorsque le
"Penny Post" fut introduit en Grande-Bretagne.
Mais il s'est avéré, en ouvrant la lettre, que son contenu
était encore plus intéressant. Il s'agissait d'une lettre d'un officier de
marine britannique à son oncle et concernait les derniers derniers jours de
Napoléon avant son bannissement à Sainte-Hélène. L'auteur de la lettre a inclus dans
sa lettre la copie d'un croquis de Napoléon (voir ci-contre). Bien que cette
lettre ait plus de 170 ans et a évidemment subi quelques dégâts, l'écriture
et le croquis sont extrêmement clairs et lisibles. J'ai vérifié dans
l'Encyclopédie Britannica : ce que l'auteur de la lettre dit est
entièrement correct. Napoléon Bonaparte a quitté la France sur le BELLEROPHON, puis
a été transféré sur le NORTHUMBERLAND et quitté Plymouth sur ce
navire le 11 août 1815, qui est arrivé à Sainte-Hélène le 15 octobre 1815.
J'ai souhaité présenter cette lettre dans sa presque totalité, car elle montre comment une lettre de famille ordinaire peut jeter la lumière sur un événement historique réel, lui apportant de la vie.
Mon Cher Monsieur,
J'ai retardé d'écrire si longtemps dans l'attente d'être appelé par le service de recrutement et de vous renseigner sur notre destination. Comme la guerre semble cependant s'être terminée nous resterons pour le moment où nous sommes.
[ Note : la bataille de Waterloo, le 15 juin 1815, a mis fin à la guerre franco-anglaise, lorsque Napoléon Bonaparte a été battu par l'armée de Wellington. Après cette défaite, Napoléon a été forcé d'abdiquer et a demandé la protection du gouvernement britannique. Ce qui lui a été accordé, et il est arrivé en Angleterre à bord du BELLEROPHON le 15 juillet 1815.]
"Je vous envoie, comme la plus grande curiosité que j'ai, la copie d'un croquis de Bonaparte, fait environ une semaine après la montée à bord du BELLEROPHON par son secrétaire, le colonel Lanat - L'ayant très bien vu moi-même, je peux certifier que c'est très ressemblant avec les contours de son visage et de sa tête. Le jour suivant son arrivée, un de nos colonels a emprunté le bateau du général et je fus heureux de saisir l'occasion d'emmener Emily voir cette merveille de l'époque. Lorsque nous sommes arrivés près du bateau nous avons vu Bonaparte allant et venant dans la cabine, en conversation avec le général Bertrand..."
(Le général Henri-Gratien Bertrand était ingénieur militaire et l'ami de Napoléon. Il eut une carrière militaire distinguée, culminant avec sa nomination de Grand Maréchal du Palais de la cour de Napoléon à Paris. Il avait accompagné Napoléon dans son précédent exil à l'île d'Elbe et l'accompagnait maintenant à Sainte-Hélène.)
La lettre continue...
"Notre bateau (qui était très beau et rempli de dames et d'officiers) ayant attiré son attention, il s'est avancé et nous a regardés de temps en temps avec des jumelles d'opéra, l'espace de cinq minutes. Il était vêtu d'un manteau vert à col et poignets rouges, des épaulettes dorées et il arborait une décoration. Après être resté debout suffisamment longtemps pour satisfaire la curiosité des dames, il s'est assis à une table, et nous ne l'avons plus vu.
Vous verrez par les journaux que la présence ici de Bonaparte a fait sensation, mais les histoires qu'on rapporte sur lui sont sans fondements : en fait, il est parti avec beaucoup d'élégance et, ayant été invité à monter à bord du NORTHUMBERLAND lundi dernier, il a immédiatement désiré que tous les officiers lui soient présentés - et le soir même il était confortablement installé dans la chambre des cartes avec l'amiral.
Il est accompagné par Bertrand et trois autres officiers supérieurs et deux dames avec leurs enfants et huit domestiques. Étant désireux que le chirurgien du BELLEROPHON l'accompagne également, et le chirurgien le désirant également, cela lui a été autorisé, et il lui a promis cinq cents (note : livres ?) par an, en plus de sa paie. Il a pris avec lui vingt mille livres sterling environ en pièces de monnaie française (Napoléon). Il regrettait constamment que l'on ne lui ait pas permis de rester en Angleterre et de s'installer ici, mais, prenant congé de Lord Keith, il s'est dit satisfait et obligé par la politesse de l'Amiral - et tous ceux qui l'ont approché ont été heureux de ses manières et se sentent quelque peu radoucis vers lui. Le NORTHUMBERLAND et l'escadre ont salué notre côte pour la dernière fois ce matin et, pour ce qui est de Napoléon, l'Europe peut être en paix. Mais l'esprit existe toujours en France et je crois fermement que les Bourbons ne régneront jamais dans le calme. "
( Il avait raison !)
"J'ai été deux fois à Sainte-Hélène, et j'ai dîné souvent dans la maison qui sera la résidence de Napoléon. C'est un endroit délicieux et, avec la moitié du confort dont il bénéficiera, je pourrais facilement imaginer y vivre quelques années ...",
( En fait Napoléon est mort à Sainte-Hélène, le 5 mai 1821; malgré ses vingt mille livres et le chirurgien du BELLEROPHON, il a survécu seulement six ans).
La lettre se termine par un paragraphe, au-dessus du croquis...
"Comme je ne veux pas gâter mon travail ci-dessous, je dois terminer et Emily me gronderait si je ne lui laissait pas de place pour dire avec combien de plaisir elle joint amour et toutes sortes de bon souhaits à ma tante et vous-même, Veuillez agréer l'expression de nos sentiments les plus distingués
Affectueux Neveu.... "
La signature est le seul mot illisible dans la lettre, elle peut signifier n'importe qui.
D'habitude les lettres écrites dans cette période avaient le nom et l'adresse de l'expéditeur écrit ou sur l'intérieur ou à l'extérieur de la lettre. Dans ce cas j'imagine que ce ne fut pas nécessaire, puisque l'oncle devait savoir qui l'avait écrit et que, plus avant dans la lettre, il est dit :
"Nous sommes dans les mêmes logements et passons notre temps très confortablement et paisiblement, recevant beaucoup d'attention de la part des Messieurs et des Dames"...
Il est donc évident que son oncle saurait l'adresse.
Une commentaire secondaire est intéressant à souligner, quand il dit :
"Les marchés qui étaient un peu montés, par suite des nombreux bateaux présents en ce moment, tomberont ici de nouveau : les produits de première nécessité sont en général trente pour cent meilleur marché ici qu'à l'est, ce qui peut peut-être être expliqué par les quantités immenses de poisson qui sont constamment apporté ici. Je regrette que nous ne soyons pas assez près, j'aurais pu fournir votre table en poisson, avec très peu de dépense..."
Ajoutons que les deux bateaux BELLEROPHON et NORTHUMBERLAND étaient des bateaux de ligne, tous les deux des "Seventyfours" (74), appelés ainsi en raison du nombre de leurs canons. Ce type de bâtiment a existé très longtemps, et on en a construit de ce beaucoup plus que tous les autres vaisseaux de guerre. En fait, pour les anglais du 19ème siècle, les mots "SOIXANTE-QUATORZE" étaient synonymes d'invincibilité navale.
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