Consulat - Premier Empire

Les Acteurs

Guillaume Étienne Cord'homme (1786 - 1829)

Capitaine au 18e léger

Robert Ouvrard - d'après un article de M. E. Lemonchois, aimablement communiqué par M. Michel Pontis


Guillaume Étienne Cord'homme naît le 28 mars 1786. Il est le fils de Guillaume Richard Cord'homme et de Bonne Marie Le Scellierre, fermiers du château de Tourlaville.

Durant ses jeunes années, Guillaume acquiert un minimum de connaissances qui le serviront par la suite et décideront de sa carrière.

En 1804, âgé de 18 ans, il devance la conscription. Cette année là, Bonaparte  (décret du 21 janvier 1804), Bonaparte crée, au sein de sa garde, deux corps de vélites, de chacun 800 hommes. Guillaume Cord'homme est volontaire pour ce corps qui offre tant de promesses. Il est enrôlé le 5 Novembre 1804 et se voit affecté à la suite des chasseurs à pieds de la garde devenue impériale.

Guillaume quitte donc son pays natal, le Cotentin pour de nombreuses années. Les lettres qu'il va dès lors écrire à sa mère permettent de le suivre à travers l'Europe.

La nouvelle recrue fait part de ses premiers soucis :

Nous avons passé deux revues le même jour, en grand uniforme et l'autre en guêtres et pantalon de nanquin, qui nous ont fait acheté de suite ; aussi ceux qui n'avaient pas d'argent n'étaient pas blancs... nous montons la garde tous les 2 jours, et nous sommes obligés d'aller jusqu'à Saint-Cloud où est l'Empereur... j'ai reçu mes bas et cravates, dont  je suis on ne peut plus content ; quant aux miennes il m'est impossible de vous les faire passer.

(...) je voudrais bien être à Valognes pour aller à la noce ; vous me ferez savoir si vous y avez été et comme cela s'est passé avec les parents de la fille... faites-moi savoir ce que vous avez vendu de foin et si vous avez mis ce qui vous en est resté dedans sans eau ; vous me direz aussi si les petits viaux (sic) sont beaux et si vous avez les mêmes vaches

Le 3 février 1805, son admission dans les vélites est acceptée par l'Empereur. Un mois plus tard, il assiste donc à l'arrivée du pape Pie VII.

J'ai vu le pape et j'ai baisé sa mule, cela vaudra bien un couple de messes...


Mais l'Angleterre, menacée par l'armée de Boulogne, pousse la Russie et l'Autriche à la guerre. La Prusse doit suivre. La garde impériale reçoit l'ordre de se grouper à Strasbourg et, le 30 Septembre 1805, elle franchit le Rhin. Mack capitule le 17 octobre, à Ulm avec son armée et 16 généraux. La garde se dirige sur Munich. Le 22 octobre, Guillaume relate :

Nous avons déjà passé à Osebourg (note : Augsburg) pour aller à Houlm (sic), qui en est à 18 lieues, où il y avait et dans les environs une armée d'environ 40.000 hommes, mais ils sont maintenant en notre pouvoir ; la ville s'est rendue il y a 8 jours après une longue résistance, car l'on est monté à l'assaut par 3 fois ... l'Empereur est toujours au milieu de nous, ce qui nous encourage beaucoup .

Le 2 décembre 1805 près du village d'Austerlitz, c'est la victoire pour les Français. Le 5, Cord'homme écrit :

Hier, à l'appel de midy, le capitaine nous a fait former le cercle pour nous apprendre que notre régiment avait donné et qu'il avait fait 22.000 prisonniers.

Napoléon quitte Vienne le 28 décembre, la garde s'étant mise en marche la veille en direction de Paris, via Munich.

Nous sommes partis de Chênebrune (note : Schönbrunn) le 8 nivôse, ce qui nous a fait bien plaisir ; j'ai reçu vos trois lettres à Vienne, le 28 frimaire, le lendemain que nous sommes revenus d'Osterlitz (note : Austerlitz) , qui m'ont fait bien plaisir.

De retour à Paris, la garde est reçue par l'Empereur le 15 mars, et 12 vélites-chasseurs, camarades de Guillaume, sont nommés sous-lieutenants dans la ligne. Il s'essaye à dresser un bilan des mois écoulés :

Les vélites qui sont restés en arrière à payer (note : qui ont un arriéré) et qui n'auront pas éxibé (note : qui ne se seront pas présentés) pour le 15 de ce mois seront chassés du corps et renvoyés dans la ligne, quand au (sic) régiment que nous avons égalé il ne sont point étranger et sont des grenadiers réunit qui étaient avec nous pour la réserve et qui ne se sont battus que dans les moments ou il y faisait chaud... (...) Desfossés sait ce que c'était avec la 9e légère, mais c'était bien pire ici ; il y en a eu 8 de chez nous de tuer de la semaine dernière . 

Le 9 août 1806, alors que la paix semble définitive, la Prusse, et Napoléon, qui refusait d'y croire, se rend à l'évidence le 12 septembre, lorsque les troupes de Frédéric-Guillaume entrent en Saxe.

Le 24 août à Paris, Cord'homme écrit :

Si j'ai été longtemps sans vous faire réponse, c'était rapport aux grandes occupations que nous avons surtout depuis que S.M. l'Empereur est arrivé ; nous avons déffilé (sic)dimanche aux Tuileries ; il n'y a eu personne qui n'ai pu s'exempté de s'y trouver ; les malades qui ont pu marcher sont venus avec leurs sabres. Il (I'Empereur) a fait des questions au Général Curial, l'état des hommes qui pouvaient faire la campagne et nous avions des souliers, guêtres et tout ce qui est nécessaire pour faire route. Le secrétaire du général Curial m'a dit que si nous passions ici le reste du mois cela tromperait Mr Curial. Sans cependant avoir d'ordre positif, nous nous attendons plutôt d'aller en Autriche qu'en Espagne, ce dont nous sommes bien contents, vu que ce pays est meilleurs. Le départ ne nous surprend pas, vu que nous voici dans le temps ou nous sommes partis les années précédentes.


Le 18 septembre, tard dans la nuit, Napoléon écrit à Dejean : « La garde à pied partira en poste le 18 et le 20 pour être à Mayence le 28 au plus tard ». Il quitte lui-même Paris le 25 et arrive le 2 octobre à Wurz bourg, où Cord'homme le lendemain note : 

Nous sommes partis de Paris le 20 ; jusqu'à Mayence nous avons marché jour et nuit et jusqu'ici je n'ai pas eu un quart d'heure pour vous donner de mes nouvelles.

Le 10, Lannes est vainqueur à Saafeld. Le 14, Napoléon écrase l'armée de Hohenlohe et de Rückel à Iéna, tandis que Davout, le même jour, bat Brunswick à Auerstaedt.

Une fois de plus la garde à pied assiste en spectateur à la défaite ennemie. Le 24, Cord'homme arrive à Postdam et entre le 27 à Berlin. Le lendemain il ne manque pas de rassurer sa mère . 

Nous n'avons arrêté qu'un jour, qui était à Iéna, le lendemain de la bataille dont vous avez sans doute entendu parler, car elle n'était pas mince. Nous n'avons point donné (ce n'est pas faute que le Maréchal Lefèvre qui nous commandait ne l'ai assez demandé a' l'Empereur), mais il a répondu que sa garde n'avait point donné pour un Empereur (note : à Austerlitz), c'est pourquoi elle ne donnerait point pour un roi ; j'ai oublié de vous dire que nous les avons attaqués avec la moitié de monde qu'eux, nous étions approchant 40.000 h. et eux plus de 100.000 ; il ne nous est venu du renfort que sur les 4 h. de l'après-midi ou la cavalerie a arrivé, qui les a chargés au complet ; ils ont pris la fuite et nous n'avons plus vu arriver que prisonniers par régiments entiers.


Les Français entrent en Pologne. Le 10 novembre, Davout traverse Posen, où la garde pénètre un mois plus tard. Cord'homme va bientôt regretter l'Autriche et la Prusse, comme dans cette lettre datée de Posen du 5 décembre 1806 : 

Depuis que nous sommes entrés en Pologne, je n'ai point vu un seul habitant qui sut ni lire ni écrire, ainsi ce n'était pas pour pouvoir me procurer ni papier ni encre. Il est impossible de vous dépeindre le vilain pays dans lequel nous habitons et encore moins les habitants, ils sont d'une saleté' abominable,, on ramasserait les poux sur eux avec une pelle ; il fait froid comme je n'en ai jamais enduré ; nous sommes arrivés hier midi et nous attendons a partir demain pour Varsovie ; il faut vous dire que pour comble de bonheur tout est d'un prix extraordinaire ; on vend rien à moins de trois soux.

Le 20 novembre, les Russes quittent Varsovie devant Murat qui reçoit un accueil enthousiaste. Napoléon fait son entrée le 18 décembre, accompagné de la garde. Lempsest épouvantable. Au soir du 19 janvier, alors que Benningsen se rapproche, Cord'homme note ses souffrances : 

Nous sommes arrivés le 21 à 5 h., et le lendemain, à 4 h. du matin, nous passions la Vistule ; nous avons été aux avants postes qui étaient à 36 ou 40 lieues de Varsovie ; le 27 nous nous attendions à nous mesurer avec MM. les Russes, mais, au lieu de nous conduire au combat, on nous a ramené à Varsovie. Je ne puis vous dire toute la misère que nous avons eue dans ce petit voyage ; il y a de la boue jusqu'au cou. Nous trouvions, d'endroit à autre, des soldats péris dedans ; avec cela, nous avons été 10 jours sans pain, mais en récompense nous avons joliment mangé la volaille.

La rencontre entre les deux armées a lieu près du village d'Eylau, le 8 février 1807. Les Russes ne sont pas détruits pour autant et peuvent se replier. Au cours de cette bataille, le colonel Yves Le Marois, dit Deslongchamps, commandant le 43e régiment d'infanterie de ligne, tombe à la tête de ses troupes. Cette disparition, Cord'homme ne l'apprend que beaucoup plus tard, alors qu'il s'informe pour remettre au colonel une lettre de son frère Louis Le Marois, jointe au dernier courrier de sa mère : 

J'ai reçu le petit billet que Mr Le Marois a eu la bonté de joindre ; j'ai été de suite pour le présenter à Mr son frère, le Capitaine (note : en fait colonel), ou j'ai appris avec peine que Mr Deslongchamps avait été tué a la bataille d'Elo et que depuis ce temps Monsieur son frère avait été attaqué de la fièvre (René Le Marois, chef de bataillon).

(Note : Guillaume avait été baptisé par un abbé Le Marois, vicaire de la paroisse de Tourlaville, peut-être de la même famille).


Dans cette même  du 31 mars, Guillaume relate les péripéties de la bataille d'Eylau :

Le jour où la bataille d'Elo a eu lieu, qui était le 8 février, -c'est là ou nous avons été étriqués comme il faut , j'ai eu 2 fois ma file droite emportée par un boulet. Depuis 9 h. du matin jusqu'à 8 h. le soir, l'artillerie nous a criblé de mitraille... la cavalerie nous a voulu charger plusieures fois, mais nous avons formé le carré et crié « En avant », ce qui les a interdit. Bref ils ont eu peur de nous. Cela n'a pas empêché que nous n'ayons perdu 750 à 800 h. (...) Vous devez aussi avoir vu sur les papiers que la garde s'est immortalisée et a sauvé une partie de l'armée; vous voyez que cela nous fait une belle plume.

Début juin, c'est l'offensive de Benningsen, mais l'optimisme est de rigueur : 

On nous fait travailler de 3 h. du matin a la nuit, mais, en dédommagement, nous avons un camp dont vous ne pouvez vous faire une idée de la beauté. Nous avons bâti la baraque de l'Empereur au milieu du carré. Il vient tous les jours nous voir et on parle très fort que c'est là ou la paix se fera ». 

Le 10, à Heilsberg (Nous avons eu plusieurs tués et blessés dans ma compagnie et même j'ai eu deux fois ma file droite emportée...) et le 14 à Friedland les Français font oublier le demi-succès du 8 février. L'armistice est signé à Tilsit le 21, et, le 25, la première rencontre de Napoléon et d'Alexandre a lieu sur un radeau, au centre du Niémen.

Au cours des mois qui vont suivre, Guillaume va pouvoir oublier la guerre au milieu des réjouissances sans nombre (et sans nom) organisées par les deux gardes impériales (française et russe).

Le 5 juillet, avant-veille du traité de paix, il exprime sa joie : 

C'est avec le plus grand plaisir du monde que je vous apprends la paix, quoique je me doute que vous le sachiez déjà, peut-être mieux que moi qui suis sur les lieux. Je n'entrerai pas dans de grands détails, vu que je n'ai point de temps à moi. Je vous dirai seulement que j'ai vu S.M. l'Empereur de Russie, ainsi que le prince Constantin ; la première était le jour de l'entrevue ou j'étais de garde, et différentes autres fois qu'ils sont venus nous faire faire l'exercice à feu, où ils nous ont félicité sur notre belle manœuvre et notre belle tenue. Je ne vous oublierai pas de vous dire que nous avons donné à diner a sa garde, ce dont nous n'étions pas plus contents, car on nous a donné une ration de pain. Nous espérons partir sous peu pour la France. La ville que nous occupons est occupée moitié par nous, moitié par les russes.

Parlant de Heilsberg et Friedland : 

Nous avons trouvé l'ennemi et été témoin de différentes batailles que vous devez avoir vu sur les journaux. Nos fusillier ont été durement frotter. Le général Rouselle, chef d'état major de la garde, qui les commandait, a reçu un éclat d'obus dont il est mort quelques jours après ».


Défilés, revues, fêtes, vont se succéder à Tilsit, sur la route du retour et à Paris pendant un mois ; mais le service a ses obligations. Le 10 décembre, Cord'homme écrit :

Je vous dirai que je suis arrivé depuis 2 jours. Je ne me suis point trouvé à la fête qui a eu lieu le 25, vu que j'étais de garde aux fourgons.

Le 2 avril, Napoléon quitte Saint-Cloud pour les départements du midi, proches de l'Espagne. Cord'homme reste dans la région parisienne : 

Je suis rentré dans l'esclavage : 4 h. d'exercice par jour 

Il cherche à rencontrer le colonel Curial (qui sera promu général le 25 juin) :

J'ai fait voir la lettre à Mr Curial et me suis transporté chez lui et il m'a promis que lorsqu'il faudrait des officiers qu'il penserait à moi. 

Vous me demandez quel réception Mr Curial m'a fait le voici : je l'ai salué de la manière que je dois le faire et le lui ai remis ma lettre de la part de Mr Pruvost. Il m'a parti qu'il ne le connaissait pas, vu qu'il m'a demandé qui il était. je lui ai dit, et, sur cela, il a décacheté la lettre qu'il a lue ensuite et ma demandé si j'étais ancien vélite et si j'avais fait la campagne. Sur mon oui, il m'a dit qu'il verrait cela. je l'ai salué et je me suis retiré, mais toujours dans la crainte d'être oublié. Le même jour l'adjudant-major est venu nous voir manœuvrer.


Le 20 Septembre, ce qui reste de la garde, notamment les chasseurs a pied, quitte Paris pour le midi. Le 2 Mai 1809 (dos de mayo), Madrid s'est soulevée contre les Français et Murat n'a rétablit l'ordre qu'au prix d'exécutions sanglantes. Le 23, l'Espagne entière prend les armes.

Napoléon, qui a rencontré l'Empereur Alexandre à Erfurt le 27 septembre, rentre à St-Cloud le 18 Octobre et part pour l'Espagne le 29. Arrivé à Bayonne le 3 Novembre, il est le 5 à Vittoria, accompagné de la garde, qui a couvert 35 lieues en 36 heures. Par Burgos, Aranda, Somo-Sierra, l'armée arrive le 2 décembre devant la capitale. Cord'homme bivouaque près de San Bernardino, à proximité du camp impérial. La ville capitule le 4 et la garde fait son entrée.

Cord'homme va tenir garnison à Madrid jusqu'au 22 décembre. Le 12, il écrit :

Il parait que nous allons partir pour Florence, et, de là, nous iront a coup sur a Lisbonne (sic ... ) ; j'ai vu hier Mr Le Marois et Mesnilgran (Gallis de Menilgrand - capitaine de cavalerie) ; il se porte bien tous les deux, le dernier est toujours sous-lieutenant et il me paraît qu'il se plairait mieux à la maison qu'au régiment...

Un peu après il rapporte :

La ville n'est pas aussi belle que je le croyais... je vous ai fait un vilain portrait des Polonais, mais je crois que les Espagnols sont encore plus vilains... tous est or de prix, une pièce de 100 soulx ne veaut que 3 livres dix sept soulx...

Il témoigne :

Un fusiller a été fusillié, il était convaincu d'avoir fait contribuer un bourgeois les armes a la main. Il avait 26 ans 5 mois et 8 jours. 

Le 23 décembre, la garde quitte Madrid et remonte vers le nord à la recherche de l'anglais Moore, qui doit être à Valladolid. La Sierra Guadarrama est franchie au prix d'efforts surhumains.

Nous sommes partis de Madrid le 23 pour poursuivre l'ennemi ; le 24, nous avons passé la montagne du Lion qui passe pour une des plus élevées d'Espagne. Je ne puis vous dépeindre tout le mal que nous avons eu pendant ce trajet rapport au vent et aux tourbillons de neige. Nous n'y avons perdu qu'un homme. La veille, les fusiliers ont monté en approchant a moitié, mais ils ont été obligés de redescendre. S. M. 1'Empereur étant arrivé dans ces entrefaites les a fait remonter, a mis pied a terre et a marché a leur tête (ils ont perdu 5 hommes). Nous avons continué notre route sans interruption jusqu'à Bénévente ou Messieurs les Anglais nous ont coupé les ponts. Le 1er, 2 et 3 janvier, nous avons passé l'eau à la poitrine ; dans toute l'infanterie de la garde, nous avons eu 8 hommes d'entrainès, mais les chasseurs à cheval ne s'en sont pas tirés a si bon marché, vu qu'ils se sont trop hasardés. Ils sont arrivés un jour avant nous et ont passé la rivière de suite, sans savoir si l'ennemi était plus ou moins fort qu'eux ; lorsqu'ils ont été de l'autre côté, il leur est tombé une dizaine de régiments de cavalerie sur les reins qui les ont frotté d'importance. Le général Lefèvre qui les commandait a été dangereusement blessé et fait prisonnier (note : il s'agit du général lefebvre-Desnouettes). Bitouzé a reçu 2 balles dans le cou de son cheval, mais il se porte bien ; l'armée a poursuivi les rouges et nous sommes revenus avec S.M. ou nous sommes maintenant. PS : Nous devons partir demain pour Paris. Mr Le Marois est resté malade à Madrid (note : il s#agit de rené Le Marois).


Le 23, l'Empereur rentre à Paris.

Le 29 mars 1809, Cord'homme est à Rocquefort et envoie la dernière lettre qui nous soit parvenue : 

Je viens d'apprendre une nouvelle qui m'oblige à vous écrire : aujourd'hui, il vient d'arriver un courrier qui apporte une dépêche a notre colonel, afin qu'il prenne la poste de Bordeaux pour que nous soyons rendus le 15 du mois prochain à Paris et repartis le 21 pour l'Allemagne.

Le 12 avril, les Autrichiens ouvrent les hostilités. A Essling, les 21-22-23 mai, la garde est en réserve, mais non à l'abri des coups. « Les obus faisaient sauter les bonnets à poil », note Coignet.

Le 25 Cord'homme reçoit l'épaulette et passe au 18e régiment d'infanterie légère qui arrive d'Italie (division du général Lamarque sous les ordres du général Macdonald). Le 6 juillet, à 10 h., une masse de rupture de 50.000 hommes, parmi lesquels se trouve Cord'homme, attaque le village de Sussenbrunn, mais doit évacuer les villages d'Aderklaa et Breitenlee. Pour résister à la cavalerie de Liechtenstein, le corps se forme en carré, puis reprend sa marche en avant, et, à 14 h., entre dans Sussenbrunn.

Macdonald reçoit le bâton de maréchal et Cord'hornme le grade de lieutenant, le 28 septembre et ... sa première blessure au pied droit.

La paix revenue par le traité de Vienne, Guillaume va tenir garnison soit à Laybach, soit à Villach en Illyrie qui vient d'être attribuée à l'Empire Français. 

Au cours des premiers mois de 1812, le conflit avec les Russes devient inévitable et la grande armée se reconstitue. 600.000 hommes vont la composer et parmi eux 155.000 Français, dont le 18e léger, sous les ordres du colonel Gaussart. Le régiment est incorporé au IVe corps du prince Eugène et à la 14e division du général Broussier. Le 27 Juin, Cord'homme passe le Niémen à Piloni et entre en Russie. L'effectif du régiment est alors de 1.551 hommes.

Le lendemain, le IVe corps entre à Vilna que les Russes n'ont pas défendue, puis arrive devant Vitebsk le 27 juillet. Le 2 août, Cord'homme est promu capitaine.

À Borodino, près de la Moscowa, le 18e a le dur privilège d'attaquer la grande redoute, clef de la bataille, soutenu par la cavalerie du général Caulaincourt qui est tué. Dix jours plus tard, le 15, c'est l'entrée à Moscou, bientôt la proie des flammes. 

Le 26, Cord'homme quitte la ville avec son unité chargée de l'avant- garde, car un repli est envisagé. A cette date, le 18e compte encore 39 officiers et 1092 h. Napoléon quitte la capitale le 19 octobre.

Le 24, à Malo-Yaroslavetz, le corps d'Eugène se heurte à Doctorov et aux cosaques de Platov et livre bataille dans la ville en flamme, prise et reprise sept fois. Cord'homme est atteint au bras droit. Le corps d'Eugène, épuisé, passe à l'arrière-garde, ce qui n'est guère mieux, et est ensuite remplacé par celui de Davout.

Le 18e se bat à Krasnoé, où le 4e corps est coupé du reste de l'armée, mais une contre-attaque de Napoléon rétablit la jonction. 

Depuis le 3 novembre, la neige tombe. Pendant plus d'un mois, dans des conditions épouvantables, Cord'homme va lutter pour survivre par une température de - 20 - 30°. La Bérésina est franchie entre les 24 et 29 novembre ; le 31 décembre 1812 il sort de Russie, et entre à Marienwerder. Le 18e léger se compose alors de 29 officiers et de 69 hommes (auxquels viennent s'ajouter 80 h. des dépôts). Le régiment a donc eu 98 % de pertes...

Cord'homme reçoit la Croix le 12 février 1813.

La nouvelle campagne qui s'ouvre en mai, commencée avec succès, va se terminer à Leipzig. Le 18e reconstitué est toujours composé des 1e et 2e bataillons, sous les ordres des commandants Vandaël et Bureau. Le colonel Gaussart, promu général, est remplacé par le colonel Bertrand. Le régiment se bat le 21 mai 1813 à Wurschen, arrive en août à Hoyeswerder, et se trouve inclus dans la 1e brigade du général Gruyer de la 2e division du général Guilleminot du 12e corps, commandé par le maréchal Oudinot.

La marche sur Berlin est compromise à Gross Beeren le 23 août, quand les généraux Bertrand et Reynier subissent un échec, alors que la 2e division qui se trouve à 2 lieues, ne peut arriver à temps, malgré une marche forcée. Oudinot n'insiste pas et se replie sur Wurtemberg.

Les 5 et 6 septembre, Ney attaque le village de Dennewitz, où se sont retranchés les corps de Bülow et de Tauenzin. Il ne parvient pas à percer et fait lancer par Oudinot la brigade Gruyer (le 18e et les Marie-Louise du 156e de ligne) qui pénètre dans le village, mais ne peut s'y maintenir, malgré le soutien de la seconde brigade.

Dans cette affaire Cord'homme reçoit sa 3e blessure (la deuxième à la même main) ; le 26 septembre, il est à Worlitz où le nouveau colonel Daulion est également blessé. Trois jours plus tard, devant Dessau, il reçoit sa quatrième blessure.

Du 16 au 19 octobre, autour de Leipzig, 500.000 h. s'affrontent. Le 3e jour, un caporal affolé fait sauter prématurément les ponts de l'Elster, alors qu'il reste sur la rive droite les 5e, 7e, 11e corps et... Cord'homme.

Les circonstances de sa capture ne sont pas connues et le journal de marche du régiment indique qu'elles sont ignorées : les 1e et 2e bataillons du 18e font partie de la masse des 15.000 Français contraints de se rendre.

Dépouillé de son uniforme, Guillaume fait connaissance avec les geôles prussiennes. Il ne participe donc pas, quelque mois plus tard à la campagne de France et n'assiste pas aux derniers jours de l'Empire.

La paix revenue entraîne sa libération. Il retrouve la France à Strasbourg le 15 juillet 1814 et Valognes le 7 août. Il a été dix années absent ! 

Il voudrait se reposer : le 18 mars 1815, il se voit contraint de partir pour Saint-Lô, un ordre royal du 9 vient de le nommer capitaine de la 1e compagnie provisoire du Bataillon de réserve. Car Napoléon est en effet débarqué le ler mars et va être à Paris le 20. Dès son arrivée les dispositions royales sont annulées et Cord'homme se retrouve licencié le 27.

Un tel homme ne peut rester inactif. Le 30, il écrit au Maréchal Davout, ministre de la guerre, pour lui demander sa réincorporation, n'ayant « rien de plus à cœur de servir mon prince et l'état ». Cette lettre est transmise le 2 avril par le général commandant le dépôt de la Manche avec avis très favorable.

Le général Le Marois le nomme le ler mai, capitaine de la 1e compagnie des grenadiers du 3e bataillon de la 1e légion de gardes nationales de la Manche qui ne quitteront pas le département.

Waterloo met fin définitivement à sa carrière. Le 16 juillet, le maire d'Avranches, Belleétoile du Motet, lui délivre un certificat élogieux : 

Nous, maire de la ville d'Avranches, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, attestons et certifions que Mr Cord'homme de la 1e Cie des grenadiers du 3e Bon de la le légion de la Manche, stationnée en cette ville depuis environ un mois, s'y est conduit de la manière la plus honnête et qu'il a tenu ses grenadiers dans le meilleur ordre et discipline possible, dans les temps orageux et difficiles qui viennent de s'écouler. En foi de quoi, le présent lui a été délivré, etc... .


Cord'homme est rayé définitivement des cadres le 23 juillet, mais conserve, semble-t-il, l'espoir de reprendre de l'activité, car ses états de service, certifiés par le maire de Valognes le 23 septembre, se terminent ainsi : 

Le maire ajoutant que cet officier, bien élevé, distingué par sa bonne conduite, sa bonne tenue et sa bravoure, s'est bien comporté dans cette ville et que s'il était employé dans les armées du roy, tous assurent qu'il se ferait un devoir de s'y distinguer par son zèle, son aptitude et sa fidélité .

Mais le 26 février 1816, il est admis à la retraite après 10 ans, 9 mois et 27 jours de service et se voit allouer une pension annuelle de 600 frs. Il a 43 ans.

Guillaume Étienne Cord'homme, capitaine au 18e léger, meurt à Valognes, le jour de la Saint-Napoléon, le 15 août 1829.