Le général Puthod, jeune (Collection particulière - DR)

Jacques-Joseph-Marie Puthod

Général

(1769-1837)

Jérôme Croyet
Docteur en Histoire, Archiviste adjoint aux Archives Départementales de l'Ain

 Jacques-Joseph-Marie Puthod est né le jeudi 28 septembre 1769 à Bâgé le Chatel (Ain).  Son père, Claude Gabriel Puthod est un officier d'infanterie à la retraite. La famille des Puthod est une famille de notables bressans : son parrain Claude Jacques Puthod est curé de Montfalcon et syndic du clergé de Bresse. 

Jacques-Joseph-Marie, commence sa carrière sous l’Ancien Régime, en s’engageant, le 26 octobre 1785 au régiment de la Couronne. Le 17 mars 1787, il entre dans le prestigieux corps des gendarmes de Lunéville, compagnie du Dauphin, jusqu’à sa dissolution en 1788. Soldat de valeur, la Révolution lui permet de gravir des échelons que sa naissance de roturier et le mérite ne pouvaient lui offrir sous l’Ancien-Régime, puisqu’il est nommé lieutenant au 3e bataillon de volontaires de l’Ain le 12 décembre 1791. Il passe sous-lieutenant au 1er Régiment d'Infanterie de Ligne le 20 mai 1792 pour rapidement intégrer l’état-major, puisqu’il est nommé adjoint aux adjudants généraux à l’armée du Nord le 22 août 1792. Le 13 septembre, il passe capitaine, mais il est suspendu de ses fonctions jusqu’au 3 octobre où il est nommé adjudant Général provisoire le 3 octobre 1792. Il est aux combats de Jemmapes, Mons, Ath, Bruxelles et Tirlemont. Il sert lors du siège de Lille. 

Homme de confiance du nouveau gouvernement, il est nommé commissaire du pouvoir exécutif près de l’armée du Rhin chargé de la levée des 300 000 hommes, le 10 mars 1793. De retour dans le département de l’Ain pour remplir sa mission, il devient membre de la société des sans-culottes de Bourg. Homme de décision et de pouvoir, il sait déléguer et nomme deux agents militaires sous officiers pour l’assister dans recrutement de l'armée du Rhin, pour l’Ain, les 20 et 21 mars 1793. Méritant, son grade d’adjudant général chef de bataillon est confirmé par le conseil provisoire exécutif, le 30 juillet 1793. 

C’est alors que sa carrière militaire connaît une brève pause. En effet, il est exclu de la société de Bourg le 19 ventôse an II suite à sa dénonciation comme ami de Dumouriez par le lieutenant Leduc, officier d’état major du général Lajolais et père du poète Philibert Leduc. Il ne retrouve un emploi à l’armée de Rhin et Moselle que le 2 décembre 1794. 

Le 13 juin 1795, il passe à l’armée du Nord, puis le 7 juillet apprend qu’il est maintenu à l’armée de Rhin et Moselle. Malgré ses brillants états de service, il est admis à la retraite, le 13 avril 1796 et mis à la disposition du ministre de la Guerre le 1er novembre. C’est alors qu’il est nommé à l'armée d'Italie avec Moreau et retrouve son ami Joubert, le 3 décembre 1798. Moreau est général en chef en second de l'armée et Puthod est employé à la division Montrichard, jusqu’à ce qu’il soit nommé général de brigade provisoire par Macdonald, le 17 juillet 1799 sur le champ de bataille de la Trébia. 

Durant cette période, il assiste Joubert à la funeste bataille de Novi comme aide de camp. Son grade est confirmé par le Directoire Exécutif le 19 octobre 1799. Dès lors, il est réemployé à l'armée du Rhin, auprès de Moreau, le 27 janvier 1800. Cette affectation auprès du rival de Bonaparte, et son amitié pour ce dernier, vont l'éloigner de l'affection du Premier Consul et lui valoir une mauvaise réputation auprès de l'Empereur. 

A l'armée du Rhin, il prend le commandement de la 2e brigade de la division Souham, le 25 avril, puis de la division Gudin, le 23 mai. Il y commande la 10e demi brigade légère et le 8e régiment de hussards. Le 18 juin 1800, il se distingue à la bataille d’Höchstadt, en lançant une contre-offensive victorieuse qui repousse la contre-attaque d'un bataillon wurtembergeois sur le poste de Donauwerth. Cependant. Les Wurtembergeois, bientôt, enveloppés, sont faits prisonniers par la brigade du général Puthod : 4 000 hommes et 28 canons. Avec cette victoire Française, sous le commandement des généraux Moreau et Lecourbe, sur l’armée autrichienne du général Kray, le Danube est forcé. 

Le général Puthod, sous l'empire (Musée de Brou, Bourg, Ain - DR)Le 27 juin, il est au combat de Neubourg, le 11 juillet à la prise de Fussen, le 14 décembre au passage de la Saal. Après la victorieuse campagne de Moreau, Puthod est remercié par l'administration consulaire et est mis en non activité le 23 septembre 1801. Il ne retrouve un emploi, plutôt de seconde zone, que le 23 septembre 1802 où il est employé dans la 5e division militaire, puis dans la 6e, comprenant l'Ain et le Jura, le 29 septembre 1803. Il est alors sous les ordres du général Ménard. Il est fait chevalier de la Légion d'Honneur le 11 décembre 1803. Commandant de la Légion d'Honneur le 14 juin 1804. Le 3 avril 1805, il rejoint la 5e division militaire comme commandant le département du Haut-Rhin. Son activité ne consiste alors qu'à administrer les affaires militaires. Le 24 septembre, sa situation s'améliore, puisqu'il obtient un commandement plus actif, dans le 2e corps de l'armée de Réserve, puis dans les divisions de Colaud en Hollande, en janvier 1806. Toutefois, cet emploi n'est que de courte durée, puisqu'il est de nouveau remisé à la 5e division militaire dès le 31 mars 1806. 

Cette mise à l'écart dure jusqu'au 23 janvier 1807, où il obtient le commandement de la 1ère légion du Nord, sous les ordres de Lefebvre. Toutefois, avec le début de la campagne de Pologne, Puthod retrouve un poste à l'armée et commande une brigade badoise, dans la division Ménard, lors du combat de Dirschau, le 23 février 1807. Il commande la 1e brigade de la division Michaud, lors du siège de Dantzig, en mars 1807. Malgré ses efforts, Puthod n'est pas en faveur auprès de l'Empereur durant cette campagne ; le 6 avril 1807, de Finkenstein, dans un courrier au maréchal Lefebvre, Napoléon se plaint de Puthod : "Il paraît que le général Puthod n'a pas tenu la conduite convenable". 

Dès le 1er juin, il est écarté de l'armée et envoyé comme inspecteur général de la légion du Nord. Toutefois, le 22 octobre, il remplace Drouet, comme chef d'état-major du corps d'Oudinot, à la Grande Armée. Le 28 juin, il est appelé à Berlin pour recevoir de nouveaux ordres : il prend le commandement de la 2e brigade d'infanterie composée des 94e et 95e régiments d'infanterie de ligne, sous Victor. Cette promotion n'est faite que pour l'envoyer en Espagne avec sa division, en octobre 1808. 

Si Puthod prend plus en compte ses fonctions militaires que sa tenue : 

Je dus avoir une assez mauvaise opinion d'un général d'infanterie habillé de cette manière. Ses gestes, ses manières, son ton léger et ses paroles me parurent être parfaitement en harmonie avec son costume" [4]

il utilise sa fonction pour promouvoir des jeunes bressans méritants. Ainsi, il emploie, en 1813, comme domestique, Claude Bredy de Ceyzériat. Pour son état-major, il fait appel Claude Joseph Dagallier, de Bâgé le Châtel, en 1799 et 1800, puis à Pierre Marie Bernard, de Bourg. En 1813, il tente plusieurs fois de faire venir auprès de lui Alphonse Descrivieux et Jean François Nicolas Descrivieux de Bourg, pour être ses aides de camp. Le 5 avril 1820, Jean François Nicolas Descrivieux devient son aide de camp. De même, Puthod utilise son poste pour aider des "païs" qui le lui demande tel Maurice Godet, de St Germain de Joux, capitaine au 2e régiment de Tirailleurs de la Garde Impériale, qui vient le voir en 1810, après l'avoir rencontré à Bergame en 1800, pour lui demander et obtenir son aide, afin d'avoir une place dans l'administration des tabacs pour sa retraite. Puthod est aussi un homme fidèle en amitié, même si celle-ci lui coûte chère, comme celle envers Moreau que Napoléon lui fera payer durant toute sa carrière. 

Malgré cela, il se distingue, le 10 novembre, à Espinosa. Ses mérites lui valent tout de même le grade de général de division, le 24 novembre 1808. Le 18 avril 1809, il est employé en Allemagne et nommé commandant de la province de Linz le 7 mai. Du 1er juin au 30 juillet 1809, il retrouve une place active comme commandant de la 4e division du 3e corps de Davout : 7e et 17e régiments d'infanterie légère, 12e, 25e, 30e, 33e, 61e, 65e, 85e et 111e régiments d'infanterie de ligne. Sa division, qui paraît très suffisante à Napoléon le 29 juin, est à l'avant garde de l'avancée française, en compagnie des divisions Gudin, Lasalle et Marulaz. Posté le long du Danube par ordre de l'Empereur du 21 juin, il signe, durant cette campagne, de nouveaux faits d'armes glorieux, notamment le 6 juillet, où, à la tête de sa division, il enlève le village de Wagram à la baïonnette. 

Après cette période faste en gloire, il se retrouve de nouveau en disponibilité et ne reprend du service que le 15 octobre, à la tête de la 4e division du corps de Masséna. Le 20 janvier 1810, il passe à l'armée du Brabant, sous Oudinot et commande la 2e division du corps d'observation de Hollande, le 5 avril. A la dissolution de sa division, il prend le commandement de la 25e division militaire, à Maestricht, le 21 avril. Sans doute désireux d'allier à son destin cet officier général de grande valeur, Napoléon le fait baron d'Empire, le 23 mai 1810. Ses revenus annuels sont de 15 000 francs par an, sans compter sa dotation en Westphalie. 

Il est suspendu de ses fonctions, au plus grand damne de ses subordonnés pour avoir fait arrêter l'officier d'ordonnance Mortemart, le 15 août 1811 : 

le général Puthod, auprès duquel j'ai fini la campagne, a éprouvé une disgrâce qui fait un tort infini à tous les officiers de son état-major"[1].

Dès le 25 août, il est remplacé dans ses fonctions et ne retrouve un emploi que le 4 octobre, à la tête de la 31e division militaire, à Groningue. Avec le désastre de la campagne de Russie, il retrouve un poste d'active, le 18 janvier 1813, comme commandant de la 2e division du corps d'observation de l'Elbe. Lors de la campagne d'Allemagne de 1813, il commande la 1ère division du 5e corps de la Grande Armée, dont la Légion Irlandaise qui, malgré sa piètre qualité militaire, fait merveille sous son commandement au point qu'il demande, avec l'appui de Lauriston, plusieurs Légions d'honneur pour ses officiers. 

Il combat à Moöckern le 3 avril, à Bautzen le 21 mai, à Neukirch le 31 mai et à Plagwitz, qui est le désastre de la division Puthod. En effet, ce dernier avait été détaché sur Schönau et Jauer, dans la journée du 26 août. Il était au tiers du chemin de Schönau à Jauer, lorsqu’il fut informé de la malheureuse issue de la bataille de la Katzbach. Cette nouvelle l’obligeant à revenir sur ses pas, il se retire sur Harschberg, où il tente inutilement de passer la Bober. Le pont ayant été rompu en cet endroit, le général Puthod longe la rive droite pour tâcher de découvrir un passage plus bas. Il arrive, le 29, en vue de Lowenberg, et il essaye vainement de rétablir le pont de cette ville. Le général Langeron l’ayant bientôt joint, il veut percer par Buntzlau ; mais déjà, la route de cette dernière ville est au pouvoir du général Korf et de l’infanterie du prince Czerbatow. Ainsi cerné, le général Puthod se résout à se défendre. Il prend position sur la hauteur de Plagwitz, devant Lowenberg, et attend l’ennemi. Deux divisions d’infanterie et une cavalerie nombreuse l'attaquent de trois côtés : la division française se défend avec la plus grande résolution mais les munitions manquent et, accablée par le nombre, elle est rompue, précipitée dans la Bober et presque entièrement détruite. 

Puthod fut un officier énergique et talentueux. Homme de goût, même si en état de guerre ses manières et ses habits ne sont pas ceux d'un homme de cour, il aime s'entourer de belles pièces et outre une passion pour les livres, (il possède plus de 371 volumes portant sur l'histoire et la réglementation militaire, mais aussi la religion et la littérature), son raffinement fait de lui un amateur de bon vin ; il apprécie particulièrement le St Emilion et possède une cave de plus de 1320 litres de vin blanc et 1870 litres de vin rouge. Puthod, dans ses campagnes, porte d'élégants vêtements d'officier, ornés des attributs de son rang : son habit de grande tenue avec ses deux épaulettes, contenant 671 grammes d'or, est estimé à 387 francs en 1837. Ses armes, fonctionnelles (il arbore un sabre de hussard et une paire de pistolet au combat), sont aussi représentatives de son rang et de son goût raffiné : ses deux épées sont garnies d'argent ainsi que sa paire de pistolet d'arçon, le tout estimé à 180 francs.

Le général Puthod, est fait prisonnier avec un de ses généraux de brigade. Il est emmené en Hongrie. Sa résistance et sa détermination lui valent le respect : 

Le général Puthod, qui montra, dans cette cruelle circonstance, autant de valeur que de sang froid, et qui, par sa fermeté et par sa tenue, après son malheur, a acquis des droits bien légitimes à mon estime"[2]. 

Puthod ne rentre en France qu'en juin 1814, alors que Louis XVIII s'est assis sur le trône encore chaud de Napoléon. Louis XVIII, intelligemment, le décore de la croix de St Louis, le 19 juillet 1814 et le nomme inspecteur général de l’infanterie dans le département du Haut-Rhin le 29 juillet. 

Lors des Cents Jours, Napoléon fait appel à lui et le place commandant militaire des gardes nationaux de la 19e division militaire, à Lyon, le 9 mai 1815, où il retrouve Legrand de Pont-de-Vaux. Malgré les combats héroïques de cette campagne de l'armée des Alpes et l'empressement qu'il met dans l'organisation de la Garde Nationale de Lyon, il signe la convention d'évacuation de Lyon, le 12 juillet 1815, alors que les derniers coups de feu se font entendre dans les bois de Meximieux. 

Suspendu de ses activités, il n'est pas compris dans l’organisation de l’état-major le 30 décembre 1818. Il lui faut attendre le 30 mars 1820 pour qu’il reprenne du service comme commandant de la 14e division militaire à Caen. Grand officier de la Légion d'honneur le 1er mai 1821, il est fait vicomte en 1822. Il est définitivement admis à la retraite le 10 décembre 1834. 

Il s'installe avec sa seconde femme au rez-de-chaussée d'une grande maison [3] donnant sur les halles de Tournus à Libourne. Il décède à Libourne le 31 mars 1837.

Son nom est gravé au côté nord de l'Arc de Triomphe.


Lieux de mémoire

Une statue est érigée à sa mémoire dans sa ville natale. Durant la seconde guerre, les allemands s’en emparent et la font fondre. Le 18 septembre 2004, une nouvelle statue sera inaugurée.

 


[1] Lettres du commandant Coudreux à son frère - 1804-1815, page 168. Plon, Paris, 1908.

[2] LANGRON : "Mémoires", page 164.

[3] Elle compte outre un jardin, trois chambres, une salle à manger, un salon, une bibliothèque, un cabinet, une cuisine, une cave, un grenier et une écurie.

[4] COQUEUGNIOT : "Nouvelle revue rétrospective", 1898.