"C’est aux sciences et aux lettres que l’homme doit ce qu’il est; sans leurs secours, il ne tiendroit qu’un rang obscur dans la nature, & c’est par elles qu’il a acquis cette supériorité qui le distingue de la foule des êtres.”

Thomas Riboud

Un magistrat humaniste

(1765 - 1835)

Jérôme Croyet

Docteur en histoire, archiviste adjoint aux Archives Départementales de l’Ain, collaborateur du magazine Napoléon 1er

 

Thomas Riboud est né le 24 octobre 1755 à Bourg. Il fait ses études au collège des Jésuites de Bourg puis chez les oratoriens à Beaune. Il obtient sa licence de droit à Dijon en 1774 et devient avocat à Lyon. Il y fonde, en 1778, avec Gerson, Geoffroy et Delandine, la Société littéraire de Lyon. C’est sans doute aussi à Lyon qu’il entre dans la franc-maçonnerie et fonde la première loge de Bourg en 1777. De retour dans la capitale bressane, il achète la charge de procureur du roi au bailliage de Bresse en 1779. Il préside ainsi l’ouverture de l’assemblée du Tiers Etat en 1781, 1784, 1787 et 1789. Après avoir fondé une société politique en 1782, il récrée la société d’Emulation de l’Ain en 1783 et en devient le secrétaire perpétuel.

La Société d'Emulation de l'Ain, sera interdite dix ans plus tard. Rétablie en 1801 à la demande du Préfet Ozun, elle sera reconnue d'utilité publique en 1829.

En s'adressant à la Société, Riboud souligne à ses collègues l'importance d'insufler à leurs compatriotes un plus grand sens de l'initiative et un plus grand intérêt envers les études. Bien que considérant ses compatriotes "naturellement indolents", Riboud pensait que cet obstacle pouvait être surmonté en répandant la notion d'émulation parmi les habitants de la province. "Remplissez leur esprit du feu salutaire de l'émulation, donnez leur de l'esprit et bientôt vous ne les reconmnaîtrez plus; faîtes-leur voir ce qu'ils sont et ce qu'ils pourraient être; montrez-leur la réputation et l'honneur accordés aux grands hommes nés dans cette même province; montrez-leur l'humanité et la nation remerciant les hommes éduqués qui ont oeuvré pour eux, l'ignorance méprisée, la paresse insultée; rapidement ils seront dégoutés par leur inaction passée, bientôt vous les verrez agir et créer avec la plus grande énergie. (...) Pensons continuellement à ce que nous pouvons faire de bon; ouvrons à nos compatriotes une route qu'ils suivront dignement; gagnons leur estime et que l'Émulation, qui est notre devise, devienne celui de tous les Bressans"

Cette même année, il est nommé subdélégué de l’intendant de Bourgogne en Bresse. Auteur d'une dissertation sur un phénomène solaire à la Société d'Emulation de Bourg le 10 mars 1783. Nommé jury pour le prix de la Reyssouze, le 16 avril 1787.

Il obtient un passeport le 3 septembre 1789 pour se rendre dans le Bugey en députation de la province de Bresse. Homme des lumières, il travaille et agit en un émule de Condorcet; ainsi, favorable aux révolutionnaires, il devient le premier procureur syndic général du département en 1790. Elu député de l’Ain à l’Assemblée législative le 1er septembre 1791, il siège avec les Feuillants et se montre favorable aux réformes mais hostile aux mesures prises contre le clergé et les immigrés.

Lors de la vente des biens du clergé, Thomas Riboud obtient un décret du 13 mars 1791 qui range l’église de Brou au nombre des monuments nationaux à conserver par l’Etat. Protecteur et bienfaiteur de la famille Buget de Bourg, il interfère auprès de ses contacts à Paris pour faire nommer le Buget sous-lieutenant au régiment du Barois en 1792. Il milite à la société populaire de Bourg de 1791 à décembre 1794 mais ses prises de positions politiques et son personnage lui valent d’être inscrit sur la liste des suspect, à Bourg, le 22 mars 1793 puis d’être arrêté le 11 janvier 1794. Libéré, il devient juge au tribunal de l’Ain le 17 octobre 1795. Nommé commissaire exécutif du département en décembre 1796 il est destitué après le 4 septembre 1797 car jugé trop proche des royalistes.

Il est élu membre du Conseil des Cinq-Cents aux élections du 18 avril 1799. Il n’arrête pas pour autant ses travaux scientifique et invente, en 1798, un hydraspirateur dont un suisse s’approprie le mérite à la société des Arts de Genève. De retour à Bourg après le coup d’état du 18 brumaire, il devient professeur d'histoire et de philosophie à l'école centrale de Bourg. Secrétaire perpétuel de la Société d’Emulation de l’Ain. Rallié au nouveau régime, il refuse le 1er avril 1800 le poste de conseiller de préfecture pour être installé le 27 mai président du tribunal criminel de l’Ain. Il est en même temps juge à la cour d’appel de Lyon. Elu premier notable du département à l’automne 1801.

Il paye, le 17 frimaire an XII, le remplacement de son fils Jean-Bernard, conscrit de l’an XI, désigné pour servir comme ouvrier de la marine, par un maître charpentier de Dunkerque contre la somme de 600 livres. Il fait parti des 100 personnes les plus imposées de Bourg en l'an XII. Le 12 mai 1801, il tombe de cheval en revenant de dîner du château de Châtenay et « emporté sur quarante pas, affligé de 150 blessures, échappe à la mort ».

Il est désigné membre du Corps législatif par le Sénat le 7 mars 1807, renouvelé le 6 janvier 1813. Désigné comme électeur pour la nomination des candidats au corps législatif de 1806 :

“ ses connaissances étendues dans presque toutes les branches des sciences utiles, son zèle bien connu pour les intérêts de son département. . .lui donnent sa considération la plus marquée parmi toutes les classes de ses concitoyens. Il est attaché autant par sentiments que par conviction au gouvernement actuel ”[1].

De part ses contacts à Paris, il n’a de cesse d’intervenir pour aider les personnes à talents ou de l’Ain : il recommande des jeunes médecins de l’Ain au médecin en chef des Invalides Coste et il intervient auprès du colonel du 1er régiment de Hussards, en l’an XIII, pour procurer à Victor de Villette, fils du député Villette, “ les douceurs que toute personne bien née a droit d’attendre d’un chef ”[2].

Il accorde son soutien, le 2 janvier 1808, au commissaire de police de Bourg, Joly, attaqué dans un libelle. Membre du comité de législation de 1808 à 1811, il rapporte sur plusieurs titres du code civil. En 1810, il intervient auprès du conseiller d’Etat Directeur Général des revues et de la conscription et de Fouché, pour obtenir le remplacement de Villette.

Président de chambre à la cour impériale de Lyon le 2 avril 1811, il se rallie aux Bourbons sous la première Restauration. Ses revenus annuels sont de 20 000 francs. Officier de la Légion d'Honneur en 1814. Il rentre à Bourg en 1814 pour s'occuper d'agriculture et d'histoire. Il fait lever la contribution forcée autrichienne sur l’Ain en mai 1814. Elu le 14 mai 1814 à la Chambre des représentants. Son élection est annulée, par la Chambre, car il est considéré trop royaliste.

Membre du Comité Fédératif de Bourg en mai 1815. Président honoraire à la cour royale de Lyon le 25 octobre 1815, il se retire à Jasseron et se consacre à ses travaux historiques et littéraires qui sont considérables. Homme de travail, plus humaniste que spécialiste, il écrit et publie sur l’histoire, le droit, l’ethnologie ou l’archéologie. Il est membre correspondant de l’Institut, des académies de Dijon, Bordeaux, Lyon, Arras, Harlem et de nombreux journaux comme le journal de l’Ain ou le journal de Paris. Il est nommé conseiller de l’arrondissement de Bourg en 1822 jusqu’en 1829. Il décède à Jasseron le 6 août 1835.

Figure emblématique de son époque, Thomas Riboud, très respecté de ses concitoyens et de ses contemporains, a laissé de nombreuses traces encore visibles de nos jours. Parmi ces traces de Thomas Riboud, la plus grande et la plus impressionnante est sans doute l’église et les cloîtres de Brou. Il laisse aussi une des plus vieilles académie savante de France, la Société d’Emulation de l’Ain, toujours active après plus de 220 ans d’existence. Homme de travail, plus humaniste que spécialiste il laisse une très riche collection de manuscrits et d’imprimés sur l’histoire, le droit, l’ethnologie ou l’archéologie, tant conservés aux Archives Départementales qu’à la Société d’Emulation. Il laisse un cadran solaire toujours visible dans le 3e cloître de l’église de Brou. Une rue de Bourg porte son nom depuis 1887 et une plaque, jadis visible, avait été apposée à l’entrée du 1er cloître de Brou, en 1925.


[1] Nom des magistrats qui composent les tribunaux du département de l’Ain, n.d. A.D. Ain série M.

[2] Lettre du colonel Rouvillois à Thomas Riboud, 27 floréal an 13. Collection particulière.