Benoît Prosper Sibuet

(1773 - 1813)

Jérôme Croyet

Docteur en histoire, archiviste adjoint aux Archives Départementales de l’Ain, collaborateur du magazine Napoléon 1er


Benoît Prosper Sibuet est né le dimanche 6 juin 1773 à Belley. Son père, Maximilien, est procureur au bailliage du Bugey et sa mère une fille Lavigne. Il est baptisé le 10 juin suivant. Son parrain est Benoît Balme marchand confiseur et sa marraine est Claudine Janet. Benoît Prosper, qui avait suivit de bonnes études aux Joséphistes de Belley pour devenir prêtre, attache sa vie à la Révolution en partant comme volontaire au 2e  bataillon de l’Ain le 1er  décembre 1791.

 

Quelques temps avant son départ, il signe un exploit culinaire tel que Brillat-Savarin, son ami, le note dans sa Physiologie du goût :

 

 “ Lorsqu’il entra un soir dans la cuisine de Genin, aubergiste chez lequel les anciens de Belley avaient coutume de s’assembler pour manger des marrons et boire du vin blanc nouveau qu’on appelle vin bourru. On venait de tirer de la broche un magnifique dindon, beau, bien fait, doré, cuit à point, et dont le fumet aurait tenté un saint. Les anciens, qui n’avaient plus faim, n’y firent pas beaucoup attention ; mais les puissances digestives du jeune Prosper en furent ébranlées ; l’eau lui en vint à la bouche, et il s’écria : Je ne fais que sortir de table, je n’en gage pas moins que je mangerai ce gros dindon à moi tout seul. Si vous le mangez, je vous le paie ; mais si vous restez en route, c’est vous qui paierez, et moi qui mangerai le reste, répondit Bouvier du Bouchet, gros fermier qui se trouvait présent. L’exécution commença immédiatement. Le jeune athlète détacha proprement une aile, l’aval en deux bouchées, après quoi il se nettoya les dents en grugeant le cou de la volaille, et but un verre de vin pour servir d’entre acte. Bientôt il attaqua la cuisse, la mangea avec le même sang-froid, et dépêcha un second verre de vin pour préparer les voies au passage du surplus. Aussitôt la seconde aile suivit la même route : elle disparut, et l’officiant, toujours plus animé, saisissant déjà le dernier membre, quand le malheureux fermier s’écria d’une voix dolente : Hélas ! je vois bien que c’en est fini ; mais Monsieur Sibuet, puisque je dois le payer, laissez-m’en au moins un morceau. Prosper était aussi bon garçon qu’il fut depuis bon militaire ; il consentit à la demande de son anti-partenaire, qui eut, pour sa part, la carcasse ”[1].

 

Employé à l’armée du Rhin, il passe sergent le 1er  juin 1792 sur le champ de bataille de Limbourg, puis occupe la place de sous lieutenant le 1er août 1792 lors su siège de Mayence. Végétant comme sergent major au dépôt de son bataillon à Belfort, en juillet 1793, il obtient du général Flers une place de lieutenant à la Légion Rozenthal le 10 juillet. C’est sans doute à cette époque qu’il acquiert son sabre d’officier de cavalerie légère. Détaché à l’état-major de l’armée des Pyrénées-Orientales le 1er  septembre 1793, il rallie Perpignan dès le 20 août, pour s’apercevoir que Flers a été remplacé et que son poste a été attribué. Se présentant devant le général Giacomoni, il obtient une place d’adjoint dans son état major.

 

Malgré tout, Sibuet demande le 1er  octobre 1793, aux représentants Fabre et Gaston des dédommagements de route ainsi que le traitement équivalent à sa fonction. Pour cela il obtient le soutien du général Muis. Quinze jours plus tard, le 16 octobre, les représentants accèdent à sa demande. Cela ne l’empêche pas de combattre vaillamment.

 

A Peyrestole, le 17 septembre 1793, son cheval est tué sous lui. Dès le 20 nivôse an II, Sibuet, toujours officier d’état major, prend place au sein de l’état major du général Despinoy à l’avant Garde de la 5e  division. Blessé lors de l’assaut de Puycerdale 26 juillet 1795, il reçoit un sabre d’honneur. Il est incorporé comme lieutenant au 16e  régiment de cavalerie.

 

Suite à ses blessures, il est détaché à l’école de cavalerie de Versailles comme instructeur durant 18 mois. Là, il se fait remarquer par le général républicain Masséna qui le prend comme aide de camp à l’armée d’Helvétie le 17 décembre 1799. Sibuetest blessé au talon gauche lors du blocus de Gênes. Il est fait capitaine par Masséna le 1er juin 1800, confirmé dans ce grade par arrêtédes Consuls le 26 octobre 1800, et reçoit deux pistolets d’honneur.

 

Chevalier de la Légion d'Honneur le 17 janvier 1805. Il devient chef d’escadron le 22 février 1805. Il suit toujours le général Masséna en Italie. Il se bat à Caldiero et à Campo Pietro en octobre 1805. Il est à la prise de Naples en mars 1806, puis passe à la Grande Armée avec qui il fait la campagne de Pologne de 1807. Il est nommé major, le 10 novembre 1807, au 119e régiment d’infanterie de ligne et doit quitter Masséna le 28 octobre 1808 pour rejoindre son régiment à Bayonne.

 

Le 7 mars 1809, il est nommé commandant. Le 17 juillet 1809, après autorisation ministérielle du 24 mai 1809, il épouse Geneviève Angélique Morand, la fille du général Joseph Morand et devient ainsi beau-frère du général Louis Montbrun.

 

Il entre au 96e régiment de ligne le 13 avril 1810 et est nommé chevalier de l'Empire le 30 octobre 1810 avec une dotation en Westphalie. Il est nommé colonel du 147e régiment de ligne le 16 janvier 1813. Il combat à Bautzen et est blessé d’un ricochet un boulet de canon à la cuisse, le renversant de cheval le 24 mai 1813 sur le bord de la Katzbach. Général de brigade le 23 août 1813 et officier de la Légion d'Honneur sur le champ de bataille de Dresde. Il devient chef de la deuxième brigade de la 17e division du 5e corps de la Grande Armée dirigé par Macdonald.

 

Il meurt noyé dans la Bober en crue le 23 août 1813 en essayant de sauver l’aigle du 147e régiment d’infanterie de ligne, après avoir fait jeter les aigles de ses régiments à l'eau, brise son épée et se précipite à cheval dans le torrent de la Bober où il expire sous les balles ennemies.

 

Le nom de Sibuet est inscrit sur l'Arc de Triomphe en mai 1867, sur le pilier sud, en bas de la colonne 30. Quant à la ville de Paris, elle donne le nom de Sibuet à une rue du 12e arrondissement en 1868.



[1] BRILLAT-SAVARIN : Physiologie du goût.